Les documents

couverture

Martin Winckler nous a gentiment envoyé un texte très rare : l'excellent article qu'il a écrit sur la série pour le livre Les Grandes séries britanniques de Jacques Baudou et Christophe Petit (ed. Huitième Art) paru en 1994 (malheureusement épuisé et difficilement trouvable d'occasion). Un grand merci à M. Winckler de nous avoir permis de publier ce document exceptionnel !

La production

Mode d'emploi


Analyse de la série

Pour de nombreux téléspectateurs, Chapeau Melon et Bottes de Cuir est, plus encore qu'une série mythique, une série familière, dont le titre est connu de tous, que n'importe quel passant abordé dans la rue est capable d'évoquer en citant le nom des principaux personnages. Tant il est vrai que, depuis trente ans, les aventures de John Steed (Patrick Macnee) et de ses ravissantes partenaires font indissolublement partie du paysage télévisuel français (et mondial). Pourtant, peu de séries télévisées ont plus évolué au cours de leur existence. Chapeau Melon et Bottes de Cuir est en effet, quand on y regarde de près, une œuvre polymorphe, dont les acteurs mais aussi l'esprit se modifièrent profondément au cours des années, et dont les Français méconnaissent les trois premières saisons, qui n'ont jamais été diffusées par la télévision de notre pays.

saison 1

À l'origine, il s'agissait en effet d'une sorte de "série noire" à l'anglaise, mettant en scène un médecin, le Dr David Keel. Parti à la poursuite des assassins de sa fiancée, Keel (interprété par Ian Hendry) était secondé par un agent secret, John Steed. Ces deux hommes, les Avengers, combattaient des espions souvent très glauques et hauts en couleurs, mais au cours d'intrigues relativement conventionnelles. Ian Hendry disparut à la fin de la première année d'existence de la série, laissant la première place à Steed. Celui-ci, après avoir hésité entre deux partenaires épisodiques (une blonde un peu fofolle nommée Venus et un autre médecin, le Dr King), finissait par s'associer à une anthropologue douée d'une forte personnalité : Catherine Gale (Honor Blackman). L'association Steed-Cathy Gale fut le déclic qui installa les éléments essentiels de la série. Le premier de ces éléments est le couple/duo aux rôles et à l'aspect typés : Steed symbolisant l'élégance, la classe et le flegme du dandy anglais à parapluie, melon et costume trois-pièces ; Cathy Gale incarnant la fougue, la combativité et le charme des femmes en voie de libération. Pour bien indiquer l'investissement des acteurs dans la définition de leur personnage, il suffit de dire que Patrick Macnee dessina lui-même ses costumes dès le tournage des derniers épisodes de la 1re saison, tandis qu'Honor Blackman, en prévision des scènes d'action, et sur la suggestion de son partenaire, demanda à un des grands couturiers britanniques de l'époque, Michael Whittaker, de lui réaliser une garde-robe tout en cuir. Tournés en direct et jamais diffusés en France, certains de ces épisodes existent à présent en vidéo et nous y découvrons un personnage féminin d'une étonnante énergie, une Cathy très masculine dans sa manière d'appréhender les difficultés (et de mettre ses adversaires hors de combat). Peu à peu, Cathy devient la seule partenaire de Steed, mais les scénarios, toujours construits autour d'histoires d'espionnage, restent conventionnels, d'autant plus que le tournage en studio leur impose des limites incontournables. Alors que la série remporte un considérable succès en Grande-Bretagne, Honor Blackman décide de voler vers d'autres cieux. Elle quitte la série pour devenir Pussy Galore, inoubliable adversaire-partenaire de James Bond dans Goldfinger. (Notons, à ce sujet, que Diana Rigg, dans Au service secret de Sa Majesté et Patrick Macnee dans Dangereusement vôtre, joueront eux aussi, bien plus tard, des rôles de premier plans aux côtés de deux autres 007.) .

C'est alors le début de l'âge d'or. Des moyens plus importants permettent de tourner en 35 mm et en extérieurs, tandis qu'une actrice fraîche et sexy, féminine et gaie, prend la place de Cathy dans le cœur des Anglais et conquiert, avec eux, le reste du monde : Diana Rigg, qui incarne l'inoubliable personnage de Mrs Peel – Mrs Emma Peel...

emma peel

Chapeau Melon et Bottes de Cuir est, comme l'indique si bien son titre français, synonyme de toute une époque, mais aussi de tout un esprit, d'un bain culturel qui imprégna nombre d'entre nous, adolescents et jeunes gens, au cours des années 60. À l'époque, l'Amérique était, en effet, bien moins à la mode que l'Angleterre. Les années 60, c'est l'époque des Beatles et des Rolling Stones, c'est l'époque d'un style vestimentaire, d'un état d'esprit anti-conformiste voire franchement iconoclaste, encore contenu par les conventions et donc obligé de se manifester par des voies détournées, en particulier celles de l'humour et de la dérision. Chapeau Melon et Bottes de Cuir est – du moins pour les saisons les mieux connues en France, celles qui mettent en scène Steed et Emma, puis Steed et Tara King (interprétée par Linda Thorson) – l'émanation de cet état d'esprit, ludique, impertinent, mutin et mordant.

macnee saison 5

Steed, le "chapeau melon" de la série, est un un homme du monde. Il est fin, brillant, beau parleur, courageux et... très anglais. Patrick Macnee le décrit lui-même comme un Beau Brummel des temps modernes (et pendant les deux saisons Diana Rigg, ses costumes seront signés Pierre Cardin...). Il ne se plaint jamais de la nourriture, ouvre les portes devant les dames et respecte toujours les convenances, même s'il lui arrive d'assommer un adversaire d'un coup de son melon (doublé d'acier, il est vrai). Emma Peel est une jeune femme extrêmement séduisante, qui cultive l'appeal (la séduction) cryptée dans son nom au moyen d'une distance toujours respectable et d'un sourire irrésistible. Tous deux sont des Avengers, des redresseurs de tort. Leurs aventures se situent dans le monde d'aujourd'hui, mais dans un monde qui n'est pas tout à fait semblable au nôtre. Car pour être truffée d'espions, de savants fous, de robots menaçants et de personnages aussi maléfiques qu'improbables, Chapeau Melon et Bottes de Cuir n'est pas, à proprement parler, une "série d'espionnage".

Ce qui prime ici, en effet, c'est le bizarre, l'étrange, l'insolite. En un terme comme en cent : le nonsense, cette forme de pensée proprement magique et onirique, d'une logique incontournable et impitoyable, dont l'Alice au pays des merveilles ou De l'autre côté du miroir, de Lewis Carroll, sont les exemples littéraires les plus connus. Il y a quelque chose d'une Alice qui aurait grandi (et appris le close-combat) chez Emma, quelque chose du Chat du Cheshire chez Steed. Agents semi-officiels, enrôlés volontaires pour remplir des missions invraisemblables (l'une de leurs aventures ne s'intitule-t-elle pas Mission très improbable ? ), Steed et Emma affrontent certes des criminels, mais pas n'importe lesquels. Comme dans une série d'espionnage « classique », leurs intentions sont presque toujours d'infiltrer le territoire britannique, d'en déstabiliser l'économie, ou d'en décimer l'élite, mais tout cela n'est que prétexte. Ce qui compte, ce n'est pas la nature du crime, mais la forme que prennent la machination ou le piège, les moyens employés et, tout spécialement, le lieu où tout se déroule.

Bien sûr, Steed et Emma mettront hors d'état de nuire des tombereaux d'agents ennemis (Voyage sans retour, Avec vue imprenable), feront échouer des invasions secrètes (Le village de la mort) ou déjoueront des complots contre de hauts dignitaires étrangers (Du miel pour le prince ). Mais ce qui est le plus caractéristique de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, c'est la volonté d'explorer (et de se moquer) de lieux ou de situations typiquement britanniques, qu'il s'agisse d'une base de la RAF (L'heure perdue), d'un château hanté (Castle De'Ath), d'un terrain de golf (Le jeu s'arrête au 13), d'un grand magasin (Mort en magasin), d'une gare de chemin de fer (Une petite gare désaffectée), d'un vénérable collège (L'économe et le sens de l'histoire), ou d'un club dont les membres cultivent la dépravation et la décadence propres au XVIIIe siècle anglais (Le club de l'enfer). La série – et c'est aussi ce qui la rapproche beaucoup des livres de Lewis Carroll – se plaît a teinter les jeux, les comptines ou d'autres situations intimement liées à l'enfance, d'une tonalité proprement fantastique, mêlant l'horreur à l'humour, tant il est vrai que rien ne vaut le rire pour faire face à la peur du noir. Le bestiaire de la série regorge donc des monstres de nos nuits enfantines : tigres invisibles (Le tigre caché), assassins venu de l'espace (Bons baisers de Vénus), plante mangeuse d'hommes (The man-eater of Surrey Green), robots indestructibles (Les cybernautes, que Steed et Emma affronteront en noir et blanc, puis en couleurs dans Le retour des cybernautes).

Quoi de plus drôle, par ailleurs, que de tourner en dérision les tics, les stéréotypes d'une société ? Chapeau Melon et Bottes de Cuir ne s'en prive donc pas, et l'on verra Emma et Steed affronter des nurses transformant de hauts fonctionnaires en enfants d'âge préscolaire (Rien ne va plus dans la nursery), des gentlemen-assassins en chapeau melon (Meurtres distingués), des danseuses-mantes religieuses (La danse macabre), une agence matrimoniale dont les membres décochent des flèches assassines (Cœur à cœur), des majordomes avides d'informations ultra-secrètes (Les espions font le service), des féministes avides de pouvoir (Abus de confiance). Dans le monde de nos héros, les rêves ne sont pas un lieu sans histoire, puisqu'ils sont parfois annonciateurs de catastrophes (La porte de la mort), la pluie – elle aussi tellement britannique – n'est pas sans arrières-pensées (Dans 7 jours le déluge) et il faut même se méfier du Père Noël (Faites de beaux rêves). Les deux enquêteurs du bizarre rencontrent, bien évidemment, des inventeurs démoniaques et leurs stupéfiantes réalisations : androïdes des plus vrais que nature (Interférences), voyage temporel (Remontons le temps), téléphones qui tuent (Meurtre par téléphone), machine à rétrécir (Mission très improbable)...

duo saison 4

On le comprend, nous sommes au royaume de l'incongru, du loufoque, de l'invraisemblable. Mais ce qui n'aurait pu être qu'une suite d'histoires sans queue ni tête prend toute sa saveur en raison de la nature profonde des personnages, et du regard qu'ils portent sur les extravagances dans lesquelles ils sont entraînés. Steed est, par essence, incrédule, ironique, soupçonneux. On ne la lui fait pas, mais il ne perd jamais son sens de l'humour. Il est rare, d'ailleurs, qu'il manifeste la moindre peur. Tout au plus peut-il parfois apparaître un peu plus concentré (quand il doit se tirer d'un mauvais pas) ou légèrement préoccupé (quand c'est Emma qui est en difficulté). Emma, elle, est la femme idéale. Ravissante et pleine d'esprit, courageuse et sentimentale, elle adore les mondanités et la galanterie, mais elle a horreur des brutes et ne se gêne pas pour les envoyer au tapis. Sa méthode d'auto-défense (une sorte de close-combat chorégraphié qui n'appartient qu'à elle) est élégante et aérienne. Aussi à l'aise en combinaison de cuir qu'en mini-jupe à la Courrèges, elle ne passe jamais inaperçue.

Si Steed a quelque chose de monolithique dans sa britannicité, Emma est un personnage complexe, qui acquiert une épaisseur et une richesse rares au fil des cinquante épisodes qui la mettent en scène. Certains des plus beaux sont d'ailleurs presque entièrement construits autour d'elle, en particulier L'héritage diabolique et Le joker qui, tous deux (l'un en noir et blanc, l'autre en couleurs et de manière très différente), décrivent Mrs Peel aux prises avec un ennemi invisible et imprévisible à l'intérieur d'une maison toute en faux-semblants. Ce qui, malgré tout, l'emporte toujours dans les aventures du tandem, c'est l'humour et la dérision. Très caractéristiques de la série sont, en effet, la complicité de Steed et Emma et le goût qu'ont les personnages à se moquer d'eux-mêmes. Au cours de la saison noir et blanc, à la fin de chaque épisode, le couple s'éloigne sur une route de la campagne anglaise, chaque fois dans un véhicule différent, du tandem au kart, en passant par le tilbury et le camion de laitier... Au début des épisodes couleurs, nous retrouvons Emma dans son appartement, où Steed lui fait savoir au moyen d'un message de forme chaque fois différente, qu'on a besoin d'eux : « Mrs Peel, We're needed ». L'appartement des héros, tout particulièrement celui de Steed, est d'ailleurs un lieu important et récurrent de l'action.

Ce qui ne devait être au départ qu'un procédé de mise en scène facile et peu coûteux deviendra, au fil de ces deux saisons et de la suivante, un véritable petit théâtre, où l'intimité que le spectateur cultive avec nos héros sera (à peine) troublée par leurs ennemis, entre deux bons mots de Steed et deux verres de champagne. Cette intimité des héros restera toujours parfaitement elliptique, mais se transformera au fil des saisons... et des couples. Si notre gentleman essayait de temps à autre de séduire Cathy Gale (qui, en bonne féministe, ne l'entendait pas de cette oreille et le rembarrait avec froideur), il existe entre Steed et Mrs Peel – qui comme son nom l'indique, fut mariée – une complicité et un marivaudage d'autant plus délicieux qu'il passe exclusivement par les regards, les jeux de mots et les attitudes, mais jamais par le contact direct. Voyez simplement le générique de la saison couleur : Steed tient une bouteille de champagne, Emma la débouche d'un coup de revolver à dix mètres ; puis il sort une épée du manche de son parapluie, embroche un œillet qu'Emma rattrape au vol puis vient accrocher à la boutonnière du dandy. Nous sommes sans arrêt dans l'allusion, dans le sous-entendu, et les dialogues de ces deux saisons sont un régal d'humour et d'esprit, mêlant aux péripéties et aux acrobaties des personnages des échanges brillants et légers.

winckler duo

Acteurs hors pair, Patrick Macnee et Diana Rigg ne dédaignent pas jouer d'autres rôles que ceux qui leur sont habituellement dévolus : Patrick Macnee sera à la fois Steed et son double vulgaire dans Un Steed de trop, tandis que Qui suis-je ? raconte comment deux agents ennemis échangent leurs corps avec les brillants agents britanniques, ce qui donne lieu à une série fort réjouissante de scènes à contre-emploi.

Après deux années de très belles histoires, riches en parodies (voir par exemple Maille à partir avec les taties, qui tourne en dérision Agents Très Spéciaux, ou Le vengeur volant, splendide « mise en bandes dessinées » de nos héros), Emma s'en va à son tour, pour rejoindre son époux enfin retrouvé. Elle cède la place, au cours d'un épisode mémorable (Ne m'oubliez pas !) à une jeune femme espiègle, drôle et elle aussi pleine de charme, Tara King (Linda Thorson). Au lieu de remplacer Emma, les scénaristes et producteurs de la série ont l'intelligence de renouveler le style de la série, en conservant leur principale caractéristique : son rythme fofollement anglais. Pendant cette sixième saison, Steed sera encadré par la féminité juvénile et mutine de Tara et par leur étrange supérieur, « Mère-Grand » (interprété par Patrick Newell), fonctionnaire obèse se déplaçant uniquement en fauteuil roulant et donnant ses instructions depuis les emplacements les plus surprenants (juché sur un escabeau au milieu d'une piscine, par exemple...).

saison 6

Les scénarios seront encore plus délirants qu'avant et la sixième saison s'achève par l'envol de Steed et Tara (en robe de mariée ? ) dans une fusée interplanétaire... Cette dernière saison, si elle n'eut pas l'heur de plaire suffisamment au public américain et entraîna l'abandon de la série, reste cependant bourrée des qualités de la période précédente. Tara King est un personnage différent d'Emma Peel, et Linda Thorson l'incarne avec beaucoup de présence, un mélange d'innocence et de sensualité cette fois-ci très tactile (il n'est pas rare qu'elle se colle littéralement à Steed lorsqu'il lui explique quelque chose) et parfaitement savoureuse. Même si la qualité de la série est en déclin, ces derniers épisodes n'en sont pas moins un grand bonheur de télévision.

new avengers

En 1976, les producteurs de la série originelle, Albert Fennell et Brian Clemens, eurent l'occasion de faire revivre leur bébé. Steed devait, inévitablement, être de l'aventure, mais Patrick Macnee ayant pris de l'âge, on lui réserva un rôle plus proche de celui de la Mère-Grand de la saison Tara King. Il devint donc la figure tutélaire d'un trio comprenant par ailleurs Purdey, à qui Joanna Lumley prêta sa longiligne silhouette blonde, et Gambit, homme d'action interprété par Gareth Hunt. Placés délibérément dans le souvenir de la série initiale, l'une de leurs premières aventures les verra affronter Le dernier des cybernautes. Malheureusement, ni le traitement visuel, ni le jeu des acteurs, ni la qualité des scénarios ne sont à la mesure des années Diana Rigg. Certains épisodes sont assez réussis et, du fait de la coproduction française, les trois personnages croiseront Raymond Bussières, Pierre Vernier, Sacha Pitoeff, Christine Delaroche et même... Emma Peel (dans Le long sommeil) mais l'esprit originel n'est plus...

Il reste que Chapeau Melon et Bottes de Cuir est une des séries les plus riches que nous ait offertes la télévision britannique, non seulement par la subtilité de ses scénarios, mais aussi par les qualités exceptionnelles de ses principaux acteurs, le brio de la mise en scène, débordante d'invention et de clins d'œil au spectateur, ainsi qu'un sens du décor parfois étonnant (le bureau sur lequel un Steed miniaturisé tente de passer un coup de téléphone dans Mission très improbable, le coin de jeux pour enfants de Rien ne va plus dans la nursery, etc.) et un bon goût constant : pas une goutte de sang, pas de femme parmi les victimes, et jamais de tache sur le revers de Steed. Certains épisodes, comme L'héritage diabolique (4e saison), Le vengeur volant et Caméra Meurtre (5e saison) ou Clowneries (6e saison) sont de purs joyaux, qui brillent de leurs feux longtemps après avoir été vus, et nous rappellent que classe, humour, provocation et intelligence, alliés à une totale absence de sérieux, ont su jadis – et savent encore – ravir les téléspectateurs.

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La production

En 1960, un producteur de la chaîne britannique ABC, Sidney Newman, décide de créer une série d'action pour la télévision. Il recrute pour cela Ian Hendry, déjà interprète d'un rôle de médecin dans Police Surgeon, et Patrick Macnee, acteur vivant au Canada, cousin de David Niven... et qui, après avoir joué dans des séries télévisées américaines comme La Quatrième Dimension ou Alfred Hitchcock présente... envisageait à l'époque de quitter la comédie pour devenir producteur. Croyant dissuader Newman, il demande à être payé très cher... et le producteur accepte. C'est le début des Avengers dont les deux héros masculins combattent les criminels avant tout grâce à la ruse et à l'intelligence. John Steed est alors décrit comme un « loup pour les femmes et un amateur d'ennuis », selon les mots de Macnee lui-même.

À la fin des 26 épisodes de la première saison, à la suite d'un conflit avec le syndicat des acteurs, Ian Hendry quitte la série. À Steed se joint alors Honor Blackman dont le personnage de Cathy Gale est une féministe convaincue, aussi experte en judo qu'en sciences humaines et chevauchant volontiers une énorme motocyclette Triumph. Réécrits pour une femme, les scénarios font alors de Cathy Gale le contre-point indispensable à celui de Steed. Un cocktail de classicisme et de modernité fait pour la première fois son entrée à la télévision. De l'avis de tous ceux qui ont connu cette époque, c'est le personnage d'Honor Blackman qui a le plus influé sur le devenir de la série, celui de Patrick Macnee ne faisant que s'orienter « naturellement » vers une satire de la bourgeoisie britannique, de ses us et de ses tics. Le duo Steed/Cathy Gale évoluera pendant deux saisons de 26 épisodes.

Le départ d'Honor Blackman en 1964 correspondra également à des changements dans l'équipe de production. Julian Wintle, à qui ABC confie les rènes de la série, s'adjoint Albert Fennell et Brian Clemens. Ce dernier, scénariste, a déjà écrit plusieurs des aventures des Avengers. Il va devenir la véritable cheville ouvrière de la série, en apportant son style, son sens... du nonsense et de prodigieuses idées scénariques au couple Steed/Emma. Le rôle de Mrs Peel, riche héritière d'un industriel et jeune veuve d'un pilote d'essai, est d'abord attribué à une très belle et très talentueuse actrice shakespearienne, Elizabeth Shepherd. Mais après avoir visionné les rushes des deux premiers épisodes, les producteurs réalisent (heureusement pour nous) qu'elle n'a ni le charme, ni l'esprit qu'ils veulent insuffler au personnage.

diana rigg en interview

Ils se tournent alors vers une comédienne de théâtre, Diana Rigg qui, bien qu'elle pense ne pas convenir, accepte le rôle... pour s'amuser un peu. C'est le début d'une collaboration d'une exceptionnelle qualité entre les deux acteurs et leur équipe de production. Diana Rigg est alors âgée de 28 ans (Honor Blackman en avait 36 lorsqu'elle enfila les bottes de Cathy Gale), mais le rôle lui va à merveille. Pour... infiltrer le marché américain, les épisodes sont à présent filmés en 35 mm, le côté typically british de la série est décliné à l'extrême grâce au soin apporté aux accessoires, aux costumes, à la musique (confiée à Laurie Johnson) aux décors et aux détails les plus infimes. La garde-robe de Steed et de Cathy avait déjà fait l'objet d'une très grande attention (et de plusieurs défilés de présentation). C'est encore plus vrai pour les saisons Emma Peel, dont les vêtements, mais aussi la montre, seront dessinés par le styliste John Bates lors de la saison noir et blanc, par Alun Hughes au cours de la saison couleurs.

Aux ensembles de cuir que portait déjà Cathy Gale s'ajoutent des vêtements très « dans le vent »... et beaucoup plus sexy !, en particulier les fameurs Emmapeelers de crimplène et de jersey, félines combinaisons créées par Alun Hughes. Grâce à un cascadeur de grand talent, Ray Austin, Emma se voit dotée d'une technique de combat mêlant Kung-Fu et chorégraphie, tandis que Steed se sert plutôt de son parapluie-canne-épée-magnétophone-bombe-lacrymogène ou de son melon blindé. Emma roule en coupé Lotus Elan bleue ; Steed en Vauxhall ou en Bentley, puis carrément en Rolls au cours de certains épisodes de la saison Tara King, laquelle dispose d'une Lotus rouge. Mère-Grand, lui, se déplace en mini-moke, comme les habitants du Village, dans Le Prisonnier. Ce soin du détail se maintiendra tout au long de la série, lui conférant un look inimitable et inoubliable.

À l'issue de la saison 67-68, Diana Rigg quitte à son tour Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Les épisodes en couleurs ont eu un immense succès à l'étranger et, aux États-Unis, Diana Rigg reçoit une nomination pour un Emmy Award – que remportera Barbara Bain, la Cinnamon de Mission : Impossible (quel dilemme pour les votants !). Après avoir tourné dans quelques films, dont un James Bond, Diana Rigg retourne à sa première passion, le théâtre, où elle excelle encore aujourd'hui, au point de recevoir récemment le titre honorifique de "Lady" accordé par la Reine Elizabeth en personne.

promo france

Merci au site Deadline pour cette photo !

Clemens et Fennell, un moment évincés de la production, retrouvent Patrick Macnee en compagnie d'une toute jeune femme de 21 ans, Linda Thorson, engagée en leur absence. Son inexpérience leur paraît bien grande pour qu'elle puisse succéder à Diana Rigg, mais il est trop tard pour reculer : les 33 épisodes à venir ont déjà été vendus à la télévision américaine. Comme Emma, Tara est une jeune femme de son temps et porte souvent mini-jupe ou culottes courtes, mais elle se maquille et aime les bijoux, ce qui n'était pas le cas de Mrs Peel. Les relations de Steed avec Tara sont manifestement plus intimes qu'elles ne l'étaient avec ses partenaires précédentes : il arrive quelquefois à la jeune femme de passer la nuit dans l'appartement... Le personnage de Mère-Grand, qui devait simplement être de passage dans Ne m'oubliez pas (l'épisode où Emma et Tara se croisent dans l'escalier de l'appartement de Steed), est plébiscité par le public américain et Clemens et Fennell en font un supporting character régulier.

Côté production, les scénarios rendent souvent hommage à d'autres personnages ou œuvres de fiction prestigieux : de Sherlock Holmes (Trop d'indices) au Prisonnier (Étrange hôtel). Mais la magie des années Diana Rigg manque aux spectateurs américains, et la série est abandonnée... tandis qu'en France, Linda Thorson comble un public qui lui restera très longtemps fidèle. En 1975, un producteur français, Rudolph Roffi, contacte Brian Clemens pour faire tourner Linda Thorson et Patrick Macnee dans un spot publicitaire pour du champagne. Il finit par convaincre Clemens et Fennell de ressusciter Chapeau Melon et Bottes de Cuir... grâce à des capitaux français et canadiens. Plusieurs épisodes seront tournés au Canada, et certains seront même réalisés par des Français.

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Mode d'emploi

Temps forts et temps faibles de la série

Les saisons Diana Rigg sont de l'avis général les plus belles. Il vaut mieux, bien entendu, les voir en premier, avec une préférence pour la saison couleurs, qui est la plus achevée à tous points de vue. Ensuite, on se doit de voir la saison Linda Thorson, qui doit beaucoup à la précédente et dont l'esprit est très proche. Un certain nombre d'épisodes des saisons Honor Blackman sont aujourd'hui disponibles en vidéo et méritent d'être vus, d'abord pour l'actrice elle-même, ensuite parce qu'ils présentent un intérêt historique et de curiosité.

Il vaut mieux ne pas commencer par les New Avengers, dont l'esprit est très éloigné de l'âge d'or de la série. Il n'y a ni début, ni fin à proprement parler, mais il est bon de voir l'épisode « charnière » Emma/Tara, Ne m'oubliez pas, à sa place entre les saisons 5 et 6.

Épisodes remarquables, à ne pas manquer :(à l'époque je n'avais pas vu les trois premières saisons)

4e saison (Diana Rigg, Noir et Blanc) : Les cybernautes, Voyage sans retour, Castle De'ath, L'heure perdue, Un Steed de trop, Faites de beaux rêves, Le club de l'Enfer, Du miel pour le prince et le sublime Héritage diabolique, épisode toutefois un peu atypique, qu'il ne faut peut-être pas voir en premier.

5e saison (Diana Rigg, couleurs) :Bons Baisers de Vénus, Remontons le temps, L'homme transparent, Le vengeur volant, Le tigre caché, Caméra meurtre, Interférences, Le Joker, Rien ne va plus dans la nursery, Le retour des cybernautes, La porte de la mort, Meurtres à épisodes, Le village de la mort, Mission très improbable

6e saison (Linda Thorson, couleurs) : Ne m'oubliez pas, À vos souhaits, Mais qui est Steed ?, Jeux, Miroirs, Clowneries, Étrange hôtel, Bizarre.

The New Avengers :Le repaire de l'Aigle, Le dernier des cybernautes, Le baiser de Midas et Cible.

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©Martin Winckler

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