Le tigre caché5-09-01Interférences

MEURTRES DISTINGUÉS
(THE CORRECT WAY TO KILL)

Steed changes partners – Emma joins the enemy

Tournage : janvier & février 1967

Diffusion : ITV, 11 mars 1967 - 2e chaîne ORTF, 30 juillet 1968

Scénario : Brian Clemens

Réalisation : Charles Crichton

Anna Quayle (Olga), Michael Gough (Nutski), Philip Madoc (Ivan), Terence Alexander (Ponsonby), Peter Barkworth (Percy), Graham Armitage (Algy), Timothy Bateson (Mr. Merryweather), Joanna Jones (Hilda), Edwin Apps (J. Nathan Winters), John G. Heller (Groski).

Résumé

Des espions russes sont liquidés en Angleterre et les soupçons se portent sur les Britanniques. Pour prouver leur bonne foi et démasquer les coupables, les Avengers font équipe avec les agents de la Mère Patrie... L'enquête les conduit à SNOB, une école pour gentlemen...

Épilogue

Steed, couvert d'une chapka, raconte la soirée passée en compagnie d'Olga : 'The evening was heavily instructive but lacking..." [la soirée fut très instructive mais manquait ...] et Mrs Peel termine la phrase qui est sûrement la devil mind de l'épisode : "... a certain bourgeois, capitalist, decadent touch !" [... d'un certain côté capitaliste et décadent !]


CRITIQUES

5-09-02

Denis Chauvet

Avis : Une satire de la guerre froide mais l’histoire est somme toute banale. Les mimiques extravagantes d’Olga tapent vite sur les nerfs et rappellent l’insupportable Brodny. De plus, son physique ingrat nous fait envier les espionnes russes des James Bond (Bons baisers de Russie, L’espion qui m’aimait). L’accent russe exagéré de nombreux protagonistes lasse, surtout à la rediffusion. L’épisode est néanmoins correct grâce à une seconde partie bien meilleure. Winters est un excellent excentrique, SNOB une parfaite critique du gentleman britannique et nous avons droit à de bons combats d’escrime lors du dénouement (malgré l’apparence de doublures). Pour terminer, les costumes rayés de Steed, style mafioso, font regretter la sobriété de la saison noir et blanc.

Avec le recul (nouvel avis, janvier 2012): Après Le tigre caché, cet opus fait bien pâlot et, parfois, même lourdingue. 2 melons et c’est bien le maximum pour cet épisode qui a mal vieilli avec sa parodie d’agents soviétiques, les ‘comrades’ à la pelle et le baragouinage ridicule. Il reste les passages intéressants chez Hubert Merryweather et Nathan Winters et une des meilleures répliques de la série : ‘Is he dumb or something ?’ ‘No, he’s British !’.

Steed3003 8 décembre 2004

Voici un épisode qui contient toutes les caractéristiques ayant fait et faisant toujours l'énorme succès de la série.

De l'excellente séquence d'introduction à l'hilarant tag final, l'épisode est imprégné d'un ton décalé, unique à la série, so british et so… jouissif ! Le traitement que Brian Clemens fait des relations Est-Ouest durant la guerre froide est décoiffant, loin de l'insupportable ton sérieux des trois premières saisons. En caricaturant les méthodes anglaises et les méthodes soviétiques, Brian Clemens offre un des meilleurs chocs culturels de la série, avec Qui suis-je ?. Il faut bien avouer que l'intrigue en elle-même n'est pas d'une folle originalité, mais les dialogues bourrés d'humour, les personnages brillamment dépeints et tous plus excessifs, donc délectables, les uns que les autres et les surprise bien amenées nous régalent déjà considérablement. L'école des gentlemen, correspondant parfaitement au style de la série, est de plus un monument Avengers comme l'était l'école de tricot dans Maille à partir avec les taties.

Le travail de Charles Crichton est irréprochable. Sa réalisation, sans effets inutiles, n'a pas du tout vieilli. Il sert un excellent scénario avec style et rythme. De plus, les quelques scènes de meurtre de l'épisode ont un aspect quasiment chorégraphié, pas désagréable du tout. La bagarre finale est très réussie, même si ces redondants problèmes de doublures (on reconnaît la doublure de Mrs Peel derrière le masque d'escrime, tandis que celle de Steed a une coupe très différente de celle de Macnee) gâchent un peu le plaisir. La direction d'acteurs est tout aussi excellente. Michael Gough, futur Alfred des Batman, domine la distribution.

On apprend dans cet épisode que le parapluie de Steed est le meilleur modèle existant sur le marché. Steed est décidément un gentleman accompli, comme le confirme d'ailleurs le professeur de l'école des gentlemen. Mrs Peel ouvre maintenant des coffres forts blindés en quelques secondes et parle russe (mais combien de langues parle-t-elle ?). À force de rendre son personnage si parfait, si inaccessible, les scénaristes commencent à nous lasser. On apprend aussi, sans trop de surprises néanmoins, qu'elle est de pur sang british.

Steed, et c'est plutôt rare, porte dans cet épisode des costumes rayés avec toujours autant d'élégance. L'ensemble mauve de Mrs Peel est impeccable, son emmapeeler orange kitsch à souhait.

De la ruelle du début (qui rappelle énormément celle de Brouillard) au décor de SNOB, en passant par le magasin de Winters, les décors sont dans cet épisode très fouillés et plein d'inventivité.

Cerise sur le gâteau : la musique dans cet épisode est en général bien meilleure que d'habitude.

EN BREF : Un épisode tout en excès, doté d'un humour incisif et de cet irrésistible côté anglais exclusif de Chapeau Melon. À voir absolument. Une excellente entrée en matière pour ceux qui ne connaissent pas la série.

 

Estuaire44 15 Septembre 2013

Après L'homme transparent et Le mort vivant, Meurtres distingués enracine cet attachement aux reprises caractérisant cette saison 5, en attendant la suite. Elle l'accentue même, car cette fois il s'agit d'une copie quasi conforme, du moins sur le fond, d'un épisode de l'ère Cathy Gale, Les Charmeurs. Ce fait limite fatalement l'intérêt de l'opus. Devant une répétitivité aussi prévisible et linéaire des évènements, le spectateur gardant en mémoire l'original se demandera si, au moins, ce remake se justifie par un surcroît d'intérêt dans la forme.

Evidemment les réfractaires au noir et blanc pourront se réjouir du passage au Technicolor, de même que de l'accroissement de la qualité d'image inhérent à la présence de la pellicule. Mais ce progrès qualitatif ne demeure que relatif. Si le budget de l'épisode marque évidemment une progression par rapport à son équivalent de la saison 3 (avec notamment davantage de seconds rôles et de plateaux), Meurtres distingués, par la quasi absence de ses extérieurs, et la relative pauvreté de ses décors, se positionne en deçà de la norme de sa période. Redite scénaristique et maigrelette enveloppe : on pourrait fort bien retrouver ici l'un de ces épisodes avant tout réalisés afin d'en atteindre le nombre prévu pour la saison.

Mais c'est surtout au niveau de l'écriture que Meurtres distingués ne convainc guère. De nombreux personnages perdent en intérêt et en substance, le récit privilégiant désormais clairement l'impact visuel et l'humour, mais aussi les dialogues au double sens égrillard. Nutski apparaît nettement plus terne que Keller, avec un Michael Gough  bien moins marquant que lors des Cybernautes. En rodage du futur Grodny, Warren Mitchell manifestait une personnalité et une présence autrement plus savoureuses. La scène d'évocation de souvenirs entre Steed et son antagoniste, au verbatim strictement identique, perd ainsi terriblement de son impact. Il en va de même pour le tueur soviétique, avec ici un Philip Madoc confronté à un rôle bien caricatural et indigne de son talent. On atteint néanmoins un summum avec l'inénarrable Olga se substituant à la fine et volontiers moderne Kim. On regrette vivement que des scènes aussi démonstratives, vociférantes et volontiers machistes aient été préférées à un tel duel de charme et d'esprit, porteur d'une vraie alchimie. On s'en tient présentement à une épuisante comédie, avec une Anna Quayle déployant une belle énergie mais autrement moins subtile que Fenella Fielding.

Bien entendu, l'épisode conserve quelques atouts intrinsèques, au-delà ce cette comparaison guère flatteuse. La mise en scène bénéficie d'une certaine fluidité et autorise plusieurs jolis coups, dont le superbe duel final. Meurtres distingués bénéficie aussi de ces atouts traditionnels de l'ère Emma Peel que sont les Excentriques. Le duo de tueurs et le marchand de parapluie s'avèrent délectables, mais l'on éprouvera un faible certain pour Ponsonby, porté avec flamme par un parfait Terence Alexander. L'anti Steed fonctionne autrement mieux que l'anti Mrs Peel ! Les scènes entre Avengers résultent également réussies, on apprécie en particulier le gag des photos ou la jalousie d'Emma. Répandue à l'époque Cathy Gale, l'absence de tout élément relevant de la Science-fiction lui vaut par ailleurs une relative originalité ausein de cette cinquième saison, comme une respiration (il en ira de même pour Le Joker et Un petit déjeuner trop lourd, de similaires reprises).

Au total Meurtres distingués apparaît comme un remake apportant certes une évolution quant à la forme, mais sans générer suffisamment de valeur ajoutée pour pleinement justifier son existence. Toutefois, il parviendra sans nul doute à divertir les spectateurs n'ayant pas encore eu l'opportunité de découvrir une troisième saison riche en pépites.

EN BREF : Humour et intérêt des personnages répondent bien à l'appel que dans The Charmers, l'épisode original de cette reprise dont l'intérêt, une nouvelle fois cette saison, ne s'impose pas.


VIDÉO

L'école des gentlemen !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

5-09-03

Tournage

o Le teaser semble avoir été tourné dans le même décor que l’épisode Remontons le temps.


Continuité

o Philip Madoc/Ivan est doublé pour faire sa cabriole en entrant chez Steed. Dans le final, il y a pléthore : Cyd Child remplace Diana Rigg pendant presque toute la séquence et Anna Quayle a une doublure lors du combat en duo (à gauche). Quant à Patrick Macnee, sa doublure est très visible dans son duel (à droite) avec quelques gros plans de Patrick Macnee, qui tentent de masquer la supercherie.

o ‘You haven’t met Mrs Peel’ déclare Steed en présentant Emma à Ivan alors qu’ils se sont déjà rencontrés dans une scène précédente.

o Winters présente un parapluie avec une tête de chien à Steed, puis deux secondes plus tard, sans avoir bougé, ses bras sont chargés de plusieurs parapluies différents.

o Nutski laisse Emma seule à 21h30 mais il revient à la même heure.


Détails

o SNOB signifie Sociability, Nobility, Omnipotence, Breeding inc ; sa devise est : "Seek, hate, kill !"

o En VO, Mrs Peel prononce en russe : "Da svidania, tavaritch", ce qui veut dire "Au revoir, camarade".

o Dans le teaser, Mrs Peel achète un journal dont le titre est "Mrs Peel, we're needed". Parmi les journaux, on peut discerner une couverture représentant le pape Paul VI.

o Dans les dossiers trouvés sur le bureau de Nutski, Mrs Peel découvre sa photographie et celle de Steed. Au dos de celle de l'agent au chapeau melon "Dangerous, handle with care." et au dos de la sienne "Very dangerous. Do not handle at all" !

o Sur la porte de Nathan Winters, on peut lire: ‘J. Nathan Winters, purveyor of quality goods for the gentlemen of fashion’. Un slogan à l’intérieur du magasin : ‘Ward off winter with Winters.’

o Mrs Peel est dans un fauteuil roulant face à Nutski. Une référence à l’autre rôle tenu dans la série par Michael Gough (Dr Armstrong dans Les cybernautes) ?

o Il y a une Mona Lisa dans le bureau de Nutski. La même que chez Gregorie Auntie ?

o Un jeu de mots intraduisible en français. Steed modifie le dicton : ‘Half a loaf is better than no bread’ par ‘Half an oaf is better than low bred’ mais la VF n’a pas vu la subtilité et reste au dicton d’origine : ‘Faute de grives, on mange des merles’.

o En début d’épisode Mrs Peel consulte un kiosque de revues internationales. On y distingue notamment deux françaises. Tout d’abord, en bas à droite, le n° 400 de Jours de France, publié le 14 juillet 1962. Grace Kelly est en couverture, avec la légende «  Grace de Monaco : pourquoi j’ai renoncé à redevenir une star ». Situé plus haut, se trouve ensuite le n° 726 de point de vue Images du Monde, publié le 11 mai 1962. La une représente la Princesse Margaret, avec la légende « Margaret maman modèle deux ans après le mariage ». Il s‘agit du mariage survenu le 6 mai 1960 avec le photographe Antony Armstrong-Jones, alors devenue le Comte de Snowdon (ils divorceront en 1978). Le petit enfant est le premier enfant issue de leur, union, le Vicomte Linley, seizième dans l’ordre de succession au trône. 

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Acteurs – Actrices

o Michael Gough (1916-2011) a joué le rôle du docteur Armstrong dans l'épisode Les cybernautes, saison 4. Apparu dans plus de 100 films, son rôle le plus populaire demeure l'Alfred des quatre Batman originaux. À la télévision, il fut notamment le Celestial Toymaker, l’un des adversaires les plus marquants de Dr Who (1966), série où il réalisa plusieurs autres apparitions. Il est également très populaire parmi les amateurs de film d’horreur, ayant tenu des rôles importants dans plusieurs œuvres cultes (Le cauchemar de Dracula 1958, Crimes au musée des horreurs 1959, Le fantôme de l'opéra 1962…)

o Edwin Apps (1931) joue le rôle d'un M. Smith dans un épisode de… Joséphine, ange gardien !

o Peter Barkworth (1929-2006) était une figure des Avengers surtout pour son rôle de Merlin dans Le matin d'après (saison 6). Il a participé à deux autres épisodes de la série : Kill the King (saison 1) et Les sorciers (saison 3). Célèbre en Grande-Bretagne pour la série Telford’s Change dans les années 70 où il joue un directeur de banque, P. Barkworth avait le don de transformer toute oeuvre par sa présence. Il fut très présent sur le petit écran des années 50 aux années 80 dans diverses productions mais surtout au théâtre ayant terminé quatrième à RADA (Royal Academy of Dramatic Art, l'équivalent du Conservatoire français) à l'âge de 19 ans. Il débuta sa carrière en 1948 mais il revint à RADA de 1955 à 1963 où il donna des cours à, entre autres, Anthony Hopkins et Diana Rigg, puis il fut membre du conseil de RADA pendant 16 ans ! Il écrivit quatre livres sur l'art de jouer la comédie. Il vivait seul dans un cottage du dix-huitième siècle qu'il avait acheté dans le Hampstead dans les années 60.

o Philip Madoc (1934) a joué dans quatre autres épisodes des Avengers : Le décapode et Six mains sur la table (saison 2), Mort d'une ordonnance (saison 3) et Mon rêve le plus fou (saison 6). Également vu dans les séries britanniques Le Baron, Le Saint, L'homme à la valise, Les champions, Paul Temple, Jason King, Regan, Cosmos 1999, Doctor Who mais son rôle du Premier Ministre David Lloyd George dans la série The Life and Times of David Lloyd George l'a vraiment mis au premier plan. Ses lectures dans des livres audio demeurent très populaires Outre-Manche. Il soutient activement le parti nationaliste gallois, le Plaid Cymru. Madoc explique avoir surtout joué des rôles de méchants du fait de son physique ténébreux, ce qu’il ne regrette pas car, selon lui, ce sont les meilleurs !

À noter que…

o Cet épisode est un des trois remakes des saisons Cathy Gale (Les charmeurs, saison 3).

o Romeo Gorrara et Peter Clay, deux hommes à tout faire de la série (cascadeurs, doublures), joue respectivement les rôles d’Arkadi et Zoric. Les tros opposants d’Olga sont également souvent présents sur la série comme cascadeurs ou figurants : Peter Brace, Alf Joint et Terry Plummer (photo).

o Commentaire de Macnee pour cet épisode : "Le compositeur Laurie Johnson ne réutilisait jamais le même thème (note : Ouh le menteur !), convaincu que chaque épisode avait son atmosphère et sa personnalité. Il les traitait comme des éléments distincts et composait jusqu'à 40 minutes de musique pour chaque épisode." – (source : DVD 3 de la collection Optimum, Granada Plus Points)

o Bizarreries de traduction : lors de l'introduction "He's british" est traduit par "C'est un gentleman" ! Encore plus surprenant : lorsque Mrs Peel, après le combat d'escrime de la fin, déclare "I'm British through and through" [Je suis 100% britannique], la version française lui fait dire "de mère anglaise et de père breton !".

o Sur le DVD3 de la collection Optimum, Brian Clemens présente l’épisode avec une poupée  à l’effigie de Steed et il dit : ‘I am the man who pulled the strings on the puppets including my favourite Steed.’[Je suis l’homme qui tirait les ficelles des marionnettes, y compris de ma préférée, Steed]. Il précise que c’est un remake de The Charmers et qu’il a récrit deux/trois épisode, parmi les meilleurs, pour le nouveau marché international. Cet épisode est très Avengerish dit-il, c’est l’humour anglais et le suspense à son meilleur niveau. Aussi bon qu’un Hitchcock. Il conclut par: ’Steed still talks, he’s still around. So am I! [Steed parle toujours, il est toujours là, moi aussi!]

o Il y a plusieurs variantes d’Olga présentant ses armes sous son manteau de fourrure ; Diana, en tenue d’escrimeuse, est en grande discussion avec Ray Austin, le cascadeur, sur le plateau de tournage (DVD3 de la collection Optimum, Image galleries).

o Le podologue Merryweather donnera son nom à la société de météo sur commande dans le film The Avengers.

o Coupures de presse lors de la 1re diffusion française.

Télé Magazine

Télé Poche

Télé 7 Jours

Fiche de Meurtres distingués des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/peel2-9.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/emmacol/509.html
http://deadline.theavengers.tv/PeelS2-09-CorrectWay.htm
En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/peel36.htm
En italien
http://www.avengers.it/09col.htm
En espagnol
http://losvengadores.theavengers.tv/peel_correct.htm