CETTE GRANDEUR QU’ÉTAIT ROME…

( THE GRANDEUR THAT WAS ROME)

Tournage : novembre 1963

Diffusion : ITV, 2 novembre 1963 – 13ème RUE, 30 avril 1998

Scénario : Rex Edwards

Réalisation : Kim Mills

Hugh Burden (Bruno), Colette Wilde (Octavia), John Flint (Marcus), Ian Shand (Eastow), Raymond Adamson (Lucius), Kenneth Keeling (Appleton), Colin Rix (Barnes).

Résumé

D’étranges épidémies se développent un peu partout dans le monde. Steed et Cathy enquêtent et ne tardent pas à découvrir que tout est lié aux divers engrais d’un même fabricant industriel : Sir Bruno Lucer. Celui-ci, follement nostalgique de la grandeur de l’Empire Romain, se prend pour un nouveau César et – à la tête une organisation fasciste, le Parti pour l’Empire Mondial – veut asservir le monde en introduisant le bacille de la peste dans l’eau courante. Cathy Gale est capturée et doit servir de cobaye à cette affreuse expérience ! Steed vole à son secours et pénètre dans la somptueuse villa romaine de Lucer, au moment où de somptueuses bacchanales y sont organisées…


CRITIQUES


Estuaire44 28 mars 2008


Cette grandeur qu'était Rome apparaît comme un épisode singulièrement en retrait face à l'excellent niveau global maintenu jusqu'ici par la saison 3. La faute en revient principalement à une très faible intrigue.

Pourtant, d'entrée on est séduit par la teinte d'antiquité romaine que revêt l'épisode. Les décors sont magnifiques, de même que les costumes. Les citations latines abondent, ainsi que les clins d'œil historiques ou culturels. Cette dimension confère une fantaisie bienvenue à l'épisode, tout en lui évitant une vacuité absolue. Toutefois cette originalité ne saurait suffire à masquer la criante faiblesse de l'histoire qu'elle habille.

En effet il est frappant de constater que, une fois posés les fondements de l'épisode, plus rien ne se passe vraiment, jusqu'à la scène de conclusion. Comme au pires moments de la saison 2, l'essentiel de l'épisode se décompose en bavardages oiseux, considérations techniques hors de propos, description inutilement minutieuse d'une conspiration mondiale finalement déjouée par une échauffourée brouillonne de quelques instants. Le caractère bavard et statique de l'intrigue provoque une absence de progression dramatique ou de suspense. On s'ennuie ferme, tandis que l'auteur, pour meubler, croit utile de développer une histoire amoureuse parallèle, au demeurant totalement inutile et inopérante sur l'action. La seule inflexion de l'histoire demeure l'investissement de la villa par les Avengers, construite sans finesse et dont la résolution tient plus de l'opérette qu'autre chose.

On note d'ailleurs que l'intrigue ne se contente pas d'aligner verbiages et longueurs narratives, mais comporte également des moments d'une rare désinvolture laissant véritablement pantois. C'est ainsi que nous voyons un Steed menacé par une épée pointée sur sa gorge apparaître totalement libre à la scène suivante, sans que l'on daigne nous fournir la moindre explication. La série ne nous a pas habitué à ce genre de licence pullulant dans les films se série Z ! De même Cathy Gale fait manifestement exprès de se laisser capturer, sans aucun plan ni même avertir son partenaire. Une stratégie pour le moins étrange. Le Top Agent Steed omet de prévoir un numéro de téléphone quand il vient se présenter en négociant. Et ainsi de suite. Dans cet épisode romain, les invraisemblances sont décidément... légions !

La mise en scène paraît appliquée mais dépourvue de l'audace et de la fantaisie qu'aurait nécessité le développement du délire romain, le point fort de l'épisode. Il faut dire que l'accumulation de scènes totalement statiques ne laisse pas de latitude au réalisateur. Tout de même, on aurait pu espérer mieux comme combat que cette agitation désordonnée lors de la scène finale : le spectateur ne se trouve guère récompensé d'avoir patienté durant tout ce peu palpitant épisode. On remarque que, visiblement, le reste des décors a été sacrifié au magnifique atrium romain. On regrette également l'absence d'une musique de circonstance originale, éventuellement inspirée des péplums.

À l’instar de l’histoire qui les suscite, les personnages secondaires apparaissent globalement dénués d’intérêt et de profondeur. Le duo Octavia/Marcus n’existe que pour servir de paravent à l’immobilisme de l’intrigue. Si le jeu de John Flint demeure médiocre, on incline dangereusement vers le mauvais avec Colette Wilde. Ses effets très appuyés fatiguent très vite. Il en en va de même pour Ian Shand, d’autant que la pseudo révélation qu’il est Apollodore tient vraiment du pétard mouillé, tant les efforts pour charger Appleton sautaient pathétiquement aux yeux.

Une seule exception, mais de taille : Hugh Burden réalise une superbe performance en tyran mesquin et pleutre, dont la cruauté et la voracité se dissimulent sous des postures grandiloquentes. Le contraste entre ses prétentions et la réalité de son caractère rend le personnage véritablement distrayant et fait de lui le second atout de l’épisode. L’acteur est, lui, réellement impérial, dans plusieurs scènes, comme lors de l’offrande de la Couronne de lauriers où la fausse modestie de Sir Bruno est un régal.

Malheureusement l’éclat de ce personnage rend, par comparaison, encore plus terne la partition jouée par nos héros durant cette histoire. On les aura rarement vus faire aussi peu durant un épisode, à part mener une enquête d’une facilité enfantine ou se faire capturer puis s’en sortir grâce à la triste pirouette citée plus haut. Vraiment, rien de tout ceci ne soulève l’enthousiasme. Heureusement le talent des comédiens est, lui, toujours au rendez-vous : ils sont tous les deux très convaincants. Honor Blackman porte toujours avec panache son inimitable chapeau et donne de l’intensité à ses scènes, même insignifiantes. On s’amuse toujours de la voir accumuler les compétences au-delà de toute vraisemblance, on citera ici biologie, vénérologie et citations latines ! On aurait aimé voir un Steed plus alerte et fantaisiste dans sa vente de magnifiques objets d’arts, mais l'admirer en costume romain est également divertissant. Patrick Macnee s’en sort également bien mais il ne semble vraiment pas à son aise dans la bagarre finale !

EN BREF : Un épisode à l’intrigue d’une insigne faiblesse et aux dialogues pesants comme des tripes de sanglier frites dans de la graisse d'urus ! Il échappe toutefois à la fosse aux lions pour son évocation réussie de la Rome Antique et le très amusant adversaire du jour.


VIDÉO


La chute de l’Empire Romain !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité

o Le sous-titrage accomplit un superbe lapsus en présentant Cathy Gale comme appartenant à L’organisation de secours pour la famine et la santé. (4’56’’) :

o L’épisode est marqué par toute une série de chocs de la caméra contre des éléments du décor ou même des acteurs ! C’est ainsi le cas à 8’52’’, 31’27’’ et 41’18’’ !

o Plus subtil à 21’30’’ le sous-titrage traduit purple par violet, concernant la « toge des Césars » que Lucer va porter durant son couronnement. Or la véritable couleur en question est le pourpre ! Les toges de cérémonie des citoyens les plus importants (Chevaliers, Sénateurs) se distinguent par une bande pourpre verticale portées sur leurs toges de cérémonie. La largeur de cette bande indique l’importance de leur statut : l’augusticlave de l’Ordre Equestre est ainsi moins large que le laticlave de l’Ordre Sénatorial. Les Empereurs ont droit au privilège d’une toge intégralement pourpre, pailletée d’or lors des Triomphes. Pour les vêtements communs, l’intensité du rouge indique également le rang social.


Détails

oLa société de Lucer se nomme United Foods and Dressings ltd.

o Durant son enquête Cathy Gale réside à l’hôtel The Bell, situé dans High Street. En Grande-Bretagne, le nom de High Street est traditionnellement attribué à la rue commerçante autour de laquelle la ville s’est historiquement développée. Généralement il s’agit d’un carrefour de voies commerciales où se tiennent foires et marchés. Dans son acception moderne, High Street désigne plus communément une rue commerçante importante, aux nombreux magasins et boutiques. Aux États-Unis, on emploie le terme de Main Street, comme c’est d’ailleurs le cas dans les Disneylands !

o Quand Steed doit improviser un numéro de téléphone, c’est tout naturellement celui du British Museum qui lui vient à l’esprit. C'est-à-dire là où travaille Cathy Gale !

o Octavia lit le magazine féminin Hers (14’40’’), précisément celui où Cathy Gale a écrit un article dans Ne vous retournez pas, cette même saison.

o Lucer est le nom primitif d’une des trois anciennes tribus constituant Rome lors de sa création par Romulus. Il correspond aux Étrusques, les deux autres étant les Sabins et les Latins.

o Apollodarus (Appolodore) n’est pas un prénom romain, mais grec ! Il désignait souvent le dieu Apollon.

o La peste porcine se développant en Asie (5’37’’) trouve un triste écho dans le monde réel, ce fléau apparaissant sporadiquement à travers le monde. 4 000 porcs durent être abattus en France en 1993 et 10 000 en Grande-Bretagne en 2000. Une alerte fut déclarée aux Philippines en 2007.

o Steed chantonne Un jour mon prince viendra (22’50’’), la célèbre chanson de Blanche Neige, le tout premier long métrage de Walt Disney (1937), inspiré des frères Grimm. Le prestigieux American Film Institute classe Someday my Prince will come à la dix-neuvième place de son classement des cent meilleures chansons de cinéma, la première étant Over The rainbow, interprétée par Judy Gardland dans le Magicien d’Oz (1939). Un jour mon Prince viendra… Prémonition ? Diana Rigg apparaîtra dans une version musicale de Blanche Neige en 1987 ! Mais elle y joue le rôle de la marâtre… Extrait dans la section vidéo du site.

o La fête des lupercales est une célébration romaine de la purification et de la vie, où les 12 prêtres du dieu Faunus lui sacrifient un bouc, dans la grotte du Lupercal. Cette grotte, située sur le Mont Palatin, serait l’endroit où la louve légendaire a allaité Remus et Romulus. Après le sacrifice, des jeunes gens parcouraient la Ville en frappant de la peau du bouc les femmes désirant avoir un enfant, pour leur assurer la fertilité. Cette cérémonie fut interdite lors de l’avènement du Christianisme en 496. Se tenant le 14 février, elle fut remplacée par la St-Valentin !

o Les Bacchanales, évoquées à plusieurs reprises dans l’épisode, sont d’autres cérémonies religieuses de la Rome antique. Elles étaient destinées à Bacchus, dieu du vin, et demeuraient primitivement destinées à de jeunes femmes très respectables. Ces fêtes devinrent par la suite de véritables orgies, y compris sexuelles. Le culte pris tant d’importance que le Sénat y vit une menace contre la République et une terrible répression s’ensuivit (7 000 morts). Le culte fut rétabli par César, 150 ans plus tard.

o La devise du Parti pour l’Empire Mondial, déclamée par Lucer (31’46’’) « One Empire, one People, one Caesar » est une allusion évidente au slogan hitlérien « Ein volk, ein Eeich, ein Fuhrer » placardé sur tous les murs lors de l’Anschluss (1938), qu’il prétendait justifier.

o L’Irlande, touchée par la conspiration, fut effectivement victime d’un terrible épidémie de mildiou de 1846 à 1848, détruisant la pomme de terre, élément de base de l’alimentation. Une effroyable famine s’ensuivit, provoquant la mort d’un tiers des Irlandais ! La Grande Famine provoqua une des plus importantes émigrations européennes, la moitié de la population survivante cherchant refuge en Amérique du Nord. Elle fit également s’élever le ressentiment nationaliste (et l’IRA) contre la Grande-Bretagne qui, non seulement n’envoya aucun secours, mais continua à prélever les ressources agricoles de l’Irlande.

o L’ergot est un champignon parasitaire des céréales contenant de l’acide lysergique, soit le composant de base du LSD… Consommé, il peut conduire à des hallucinations. L’ergotisme était d’ailleurs appelé « Mal des Ardents » au Moyen-âge et assimilé à la sorcellerie. Dans ses formes les plus extrêmes, l’ergotisme peut entraîner une gangrène des extrémités du corps.

o Le botulisme est une maladie paralytique dûe à l’ingestion de toxines généralement présentes dans les conserves éventées. Ces toxines disparaissent à la cuisson prolongée. La toxine botulique est utilisée pour ses propriétés paralysantes dans certains produits cosmétiques (rides, transpiration…) !

o Ardentes fortuna juvat déclare Lucer (2’38’’), soit : "La fortune sourit aux audacieux". Il s’agit d’une citation classique de Virgile, fameux poète romain (70-19 avant J.C.). Elle est tirée de son plus célèbre ouvrage, l’Énéide, retraçant les origines troyennes légendaires de Rome à travers l’épopée du prince Énée.

o En 1966 un épisode du Saint (La fête romaine, saison 5) confronte également Simon Templar à des adorateurs de l’Empire Romain. On peut également remarquer que les rôles secondaires sont tenus par des acteurs apparaissant également dans les Avengers : Peter Wyngarde (Le club de l’enfer, saison 4 et Caméra meurtre, saison 5) et Suzanne Lloyd (Cœur à cœur, saison 4).

o La grandeur de Rome et le fantasme d’un Empire Romain mondial ont inspiré une superbe uchronie au grand auteur de Science-Fiction américain Robert Silverberg : Roma Aeterna (2003), paru chez Robert Laffont, collection Ailleurs et demain. À travers les intrigues de l’élite, l’ouvrage décrit l’épopée d’un Empire polythéiste ayant survécu aux invasions barbares et étendant sans cesse ses frontières tout au long de l’Histoire.

o La Peste Noire : Faber évoque une terrible épidémie de peste bubonique (16’20’’). Si ces épidémies sont apparues périodiquement dans l’Histoire (dont une sous Justinien), il est ici fait référence à la plus terrible de toutes : la grande Peste Noire qui ravagea l’Occident de 1347 à 1350. Apparue en Chine, la contagion transite d’une manière atténuée par l’Asie centrale et les Mongols, avant d’atteindre l’Italie puis d’embraser toute l’Europe. La population n’y a pas d’anticorps contre cette variante du bacille de la Peste et se trouve affaiblie par une succession de famines. En tout près de 25 millions de personnes disparaissent, soit le quart de la population européenne de l’époque. En France les pertes atteignent 40% de la population. Le fléau finit par refluer mais la sociéte et l’économie européennes en restent bouleversées à tout jamais. La disparition du féodalisme médiéval en résulte ainsi accélérée, de même que la concentration foncière et par suite le développement de la mécanisation agricole. Dans ses Chroniques des années noires (2002), Kim Stanley Robinson décrit finement une uchronie où l’Occident a été entièrement détruit par la Peste Noire : la Chine et l’Islam se partagent le monde…

Acteurs - Actrices

o Hugh Burden (1913-1985) La carrière de cet acteur, débutée durant les années 30, se prolonge sur près d’un demi-siècle. En 1938, il intègre l’une des premières émissions de sketchs de la BBC : Light relief. Par la suite, il participera à Z Cars, Public Eye, L’Homme à la Valise, Dr Who, Crown Court

o Collette Wilde est également apparue dans l’épisode Le clan des grenouilles (saison 2). Elle a aussi participé à quelques autres séries (Destination Danger, L’Homme Invisible...).

o Raymond Adamson (2005) a joué dans trois épisodes des Avengers : Le décapode (saison 2), Cette grandeur qu’était Rome (saison 3) et L’homme au sommet (saison 6). Il a également participé à un grand nombre de séries, jusqu’à la fin des années 90 (Destination Danger, Emma, Bergerac…).

o Kenneth Keeling est également apparu dans l’épisode Monsieur Nounours (saison 2). Il a participé à de nombreuses productions télévisuelles des années 60 et 70 (Crossroads, The Troubleshooters…) tout en tournant régulièrement pour Z-Cars (1962-1973).

o Colin Rix (932) est apparu dans une multitude de séries : Crossroads, Le Saint, Public Eye, Dixon of Dock Green, Z Cars, Les Professionnels

À noter que…

o Un des grands codes de la série est introduit dans cet épisode. Jusqu’ici absolu partisan du scotch whisky, Steed découvre les joies du Champagne en en buvant en compagnie de sa partenaire. Cette première apparition manque encore de... pétillant et demeure assez anodine. D’ailleurs Cathy Gale ne quittera même pas son microscope pour cela ! Cette petite cérémonie évoluera dans l’avenir et son goût pour le champagne deviendra un identifiant majeur de John Steed.

o On associe souvent John Steed à son parapluie-épée du fait du générique de la saison 5. Mais c’est bien dans cet épisode qu’il y aura recours pour la seule et unique fois (49’25’’) !

o D’autres épisodes reprennent le thème de la contagion par défoliant ou virus : The deadly air (saison 1), Les œufs d’or (saison 2) et La poussière qui tue (saison 4).

o Pour se déguiser Steed utilise des lunettes, un élément de plus nous rapprochant de la saison 2, Steed et Cathy y ayant déjà eu recours dans les épisodes Mauritius Penny, Les œufs d’or et Inter-crime
!télés

o Titre provisoire de l’épisode : The glory that was Rome.

o Rex Edwards : Cette grandeur qu’était Rome est sa seule participation aux Avengers. Il est surtout remémoré pour sa participation à Dixon of Dock Green (1955-1976), dont il écrivit 37 épisodes.

o Kim Mills (1931-2006) a réalisé de nombreux épisodes de diverses séries anglaises des années 60 (Public Eye, Mystery and Imagination, Armchair Theatre…) avant de débuter une carrière de producteur dans les années 70 (Zodiac, The rivals of Sherlock Holmes…). Il a en tout réalisé 10 épisodes des Avengers : Le grand penseur, La boîte à trucs, L’homme dans le miroir, La baleine tueuse (saison 2), Concerto, Mort à la carte, Mort d’un ordonnance, Les sorciers, La grandeur qu’était Rome et Le quadrille des homards (saison 3). Il a eu ainsi l’honneur de conclure chacune de ces deux saisons !

Fiche de Cette grandeur qu'était Rome des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-10.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/308.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-10-Grandeur.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale37.htm

 

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