Alice au Pays des merveilles (2010)Frankenweenie (2012)

Saga Tim Burton

Dark Shadows (2012)


DARK SHADOWS
(DARK SHADOWS)

Résumé :

En 1760, parce qu’il a repoussé l’amour d’Angélique, qui est en fait une sorcière, Barnabas Collins est métamorphosé en vampire et enfermé dans un cercueil dont il ne sort qu’en 1972. Il est décidé à redonner à sa famille son lustre d’antan. Mais la sorcière mal-aimée, toujours vivante elle aussi, tente de déjouer ses plans en utilisant tous ses charmes.

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Critique :

Adaptation d’une série télévisée, ce film est un bijou d’humour totalement survolté. Fan de la série, Johnny Depp apporta à Tim Burton l’idée de la porter sur grand écran. Il tient le rôle phare de Barnabas Collins avec une autorité incontestable. Le bémol, c’est que, faute de pouvoir développer tous les membres de la famille Collins (une belle brochette d’inadaptés sociaux), le film se concentre sur la lutte brûlante de Barnabas et d’Angélique au point de laisser les autres personnages au rang de silhouettes. Seule l’expérimentée Michelle Pfeiffer sort son épingle du jeu.

Au niveau des décors, c’est très réussi et notamment Collinwood, la maison de maîtres, absolument somptueuse. Si le grand salon avec son lustre magnifique et son grand escalier est la pièce que l’on voit le plus, son caractère gothique est souligné par sa décoration soignée. La description énamourée qu’en fait Barnabas à Elizabeth est une des scènes clés du commencement du film. Sa remise en ordre, qui donne lieu à une succession de saynètes amusantes, marque le retour du maître. Symbole de la famille, il sera logiquement la cible de la sorcière.

La famille Collins est un des moteurs de l’action, pas tant par ses individualités, assez lamentables, mais par ce qu’elle représente, par le passé qui est le sien. La complainte du sang qui ouvre le film est éloquente : on est d’abord quelqu’un parce que l’on s’insère dans une histoire familiale. D’où aussi le regroupement des Collins malgré leur dénuement : ils sont solidaires parce qu’ils sont des Collins, peu importe qu’ils ne s’aiment pas. Et gare à ceux qui trahissent ! Leur châtiment peut être…définitif. Vouloir redonner son rang à sa famille n’est pas une lubie pour Barnabas, c’est son devoir. Peu importe là encore qu’il soit un vampire, il est un Collins. En matriarche d’un clan qu’elle s’efforce de préserver, Elizabeth est le second besogneux du chef génial. On la voit très souvent à son bureau, mettant en œuvre, on imagine, les idées de Barnabas. La loyauté d’Elizabeth au nom des Collins est appréciée de Barnabas qui n’hésite pas à lui dévoiler le secret du manoir. Avoir confié ce rôle à Michelle Pfeiffer est une idée lumineuse de Tim Burton tellement l’actrice s’impose par son charisme.

La survenue du vampire en 1972 – curieusement, la même année que Dracula chez la Hammer ! – est parfaitement anecdotique. A quelques répliques amusantes et scènes assez drôles (mais brèves), la confrontation du vampire venu du XVIIIème siècle et de la modernité des années 70 sera tout juste survolée. Quelque part, ce n’est pas très grave.

Le clou du film, sa colonne vertébrale, c’est la lutte implacable entre deux anciens amants, Barnabas et Angélique. Les deux monstres (elle se qualifie elle-même ainsi) s’affrontent à quatre reprises. Chacune de leurs scènes est un mélange de chaud/froid fascinant. Angélique est une maîtresse femme qui ne s’en laisse pas compter. A sa façon, elle incarne cette modernité où les femmes décident par elle-même ce qu’elles veulent faire, travailler (elle dirige la firme qui a ruiné les Collins, est membre du conseil municipal) et faire l’amour quand elles le décident. Nouvelle venue dans l’univers de Tim Burton (on la reverra), Éva Green crève l’écran et s’impose. Son Angélique représente une certaine revanche sociale, de ces petites gens qui surent s’élever par leur travail et damnent le pion aux grandes familles aristocratiques. Angélique n’a pas peur : elle provoque même, elle « allume » (Johnny Depp en est soufflé !), elle jouit de sa propre perversité.

Le duel de Barnabas et d’Angélique est également alimenté par une formidable attraction sexuelle qui culmine dans une scène dantesque où ils détruisent littéralement toute la pièce ! L’actrice s’amuse mais elle rend également visible l’intense douleur intérieure de son personnage ; celle qui alimente sa prodigieuse soif de pouvoir et de revanche ; celle qui est un gouffre insondable d’une violence qui ne peut mener qu’à la destruction. Le talent d’Éva Green est de réussir à faire de cette femme un être complexe, attachant à sa façon, moderne et digne.

Anecdotes :

  • Dark Shadows fut d’abord une série en 1245 épisodes de 23 minutes diffusés entre 1966 et 1971. Elle est toujours inédite dans les pays francophones. Le film est dédié à Dan Curtis, créateur de la série.

  • Tim Burton remit au scénariste Seth Graham-Smith coffrets, ouvrages, CD, novellisation, description des personnages, un premier jet de John August (crédité) et son expertise de fan plus celle de Johnny Depp. Le scénariste est un admirateur du réalisateur.

  • C’est la dernière fois que Christopher Lee (Silas Clearney) joue dans un film de Tim Burton. L’acteur, qui avait retrouvé une nouvelle carrière grâce à Sleepy Hollow, aura participé en tout à 5 films pour Burton.

  • Nouvelle curiosité capillaire : Eva Green, brune au naturel, est ici blonde.

  • Éva Green/Angélique Bouchard : actrice française, vue au cinéma dans Arsène Lupin (2004), Casino Royale (2006), A la croisée des mondes : la boussole d’or (2007), Sin City : j’ai tué pour elle (2014), D’après une histoire vraie (2017). Elle a également joué à la télévision : Camelot (2011), Penny Dreadful (2014-2016).

  • Michelle Pfeiffer/Elizabeth : actrice américaine dont la carrière est particulièrement riche : Grease 2 (1982), Scarface (1983), Les sorcières d’Eastwick (1987), Les liaisons dangereuses (1988, BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle), Susie et les Baker Boys(1989, Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique),    Batman : le Défi (1992), Wolf (1994), Le songe d’une nuit d’été (1999), Sam, je suis Sam (2001), Chéri (2009), Malavita (2013), Maléfique : le pouvoir du mal (2019).

  • Jackie Earle Haley/Willie : acteur américain, il débute au cinéma avec Un homme est mort (1972). On le verra ensuite dans La bande des quatre (1979), Nemesis (1993), Watchmen-Les Gardiens (2009), Freddy-Les Griffes de la nuit (2010), La chute de Londres (2016), La Tour sombre (2017). Il tourne aussi pour la télévision : La planète des singes (1974), La croisière s’amuse (1979), MacGyver (1985), Arabesque (1986), Human Target (2010-2011), Preacher (2016), Narcos-Mexico (2018).

  • Jonny Lee Miller/Roger : acteur anglais révélé par Trainspotting (1996). Au cinéma, on l’a vu dans Dracula 2001 (2000), Melinda et Melinda (2004), Byzantium (2012), Trainspotting 2 (2017). Il tourne également pour la télévision : Inspecteur Morse (1991), Cadfael (1994), The Canterbury Tales (2003), Dexter (2010), Elementary (2012-2019).

  • Bella Heathcote/Victoria/Josette : actrice australienne, vue au cinéma dans Time Out (2011), The Neon Demon (2016), Cinquante nuances plus sombres (2017).

  • Chloé Grace Moretz/Carolyn : actrice américaine vue au cinéma dans Amityville (2005), Kick-Ass (2010), Hugo Cabret (2011), Kick-Ass 2 (2013), My Movie Project (2013), La Cinquième vague (2016), Suspiria (2018). Elle tourne aussi pour la télévision : Le Protecteur (2004), Desperate Housewifes (2006-2007), Dirty Sexy Money (2007-2008), 30 Rock (3 épisodes, 2011-2013).

  • Gully McGrath/David : acteur australien, vu dans Rush (TV, 2008), Hugo Cabret (2011), Lincoln (2012), Boys in the trees (2016).

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