Sweeney Todd (2008)Dark Shadows (2012)

Saga Tim Burton

Alice au Pays des merveilles (2010)


ALICE AU PAYS DES MERVEILLES
(ALICE IN WONDERLAND)

Résumé :

Dans l’Angleterre victorienne, Alice est insatisfaite de sa vie et de celle qu’on lui propose. Elle fuit et replonge dans un lieu où on l’attendait mais qu’elle a complètement oublié, le Pays des Merveilles. Mais c’est un lieu dévasté et la jeune fille va devoir surmonter bien des épreuves.

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Critique :

L’adaptation que réalise Tim Burton du livre de Lewis Carroll est littéralement une réappropriation. Le réalisateur s’empare des lieux, des personnages et en restitue une œuvre personnelle, grandiose, sombre et poétique.

L’ouverture prend dix minutes. Il faut poser les bases, présenter Alice, une jeune fille en âge de se marier mais qui est fort peu conventionnelle, à la fois distraite et rêveuse mais aussi dotée d’une certaine force de caractère. Pressée de dire « oui » à une demande en mariage, elle élude la question et n’y répondra qu’à la toute fin, même si le suspense n’est pas grand. D’emblée, Mia Wasikowska s’empare du rôle et s’impose comme une évidence ; son jeu donne d’Alice une image douce, jolie mais pas du tout décorative comme ce que la société victorienne attendait d’une jeune fille de bonne famille. Irrévérence plutôt que rébellion ; elle veut qu’on la laisse vivre. La fuite d’Alice est celle d’un jeune qui n’est pas encore devenu adulte. C’est tout autant un film d’apprentissage qu’un film fantastique. Le merveilleux a un rôle ; il n’est pas purement décoratif chez Burton.

La vision du Pays des Merveilles est en rupture complète avec ce que l’on pourrait pu attendre : c’est un lieu dévasté, abandonné dans lequel Alice entre après les épreuves bien connues mais les interrogations chuchotées sont bien plus intéressantes. En effet, tout au long du film, la question de l’identité d’Alice va être posée et s’imposer à la jeune fille. L’obstination de celle-ci à considérer le Pays des Merveilles comme un rêve peut se lire comme un refus d’accepter la réalité. Dans ce cas-là, comment savoir qui l’on est ? La formule de la chenille Absolem – « Elle est loin d’être Alice » - est assez claire malgré son énoncé sibyllin. Le Pays des Merveilles – des décors numériques soignés dans lesquels domine la couleur grise – n’est pas un endroit paisible pour Alice.

C’est un lieu d’épreuves mais, au-delà des péripéties menées tambour battant – aucune longueur, aucune perte de temps – l’enjeu a été posé d’emblée. Tous attendent le retour de la « véritable Alice » pour le « jour frabieux » - le film regorge de ces mots étranges forgés par Lewis Carroll qui adorait les inventer – le jour où le champion de la Reine Blanche (merveilleuse Anne Hathaway, à la fois éthérée et pleine de résolution, tout autant que d’empathie) affrontera le Jabberwocky, un dragon aux ordres de la Reine Rouge, sœur de la précédente à qui elle a dérobé le trône. Tout est écrit mais, une fois encore, Alice refuse de se plier à ce qu’on attend d’elle : « Le chemin, c’est moi qui le trace » assène-t-elle avec détermination. Le jour venu, le Chapelier fou lance la révolte. Alice devra faire un choix. Acceptant le Pays des Merveilles, elle accepte sa part de rêve et affronte le monstre. Le décor du combat est un jeu d’échec géant et les couleurs sont le blanc et l’orange avec le gris dominant. Tim Burton réalise une œuvre au noir d’où sortira la lumière. Alice change la grisaille en couleur ; elle est un alchimiste à sa façon. A l’issue du combat, Alice est plus sûre d’elle-même.

Ce qui fait la force de l’univers créé par Tim Burton, c’est sa consistance car le réalisateur a su donner vie au Pays des Merveilles. Son coup de génie de ne pas adapter purement l’histoire mais de se situer dans un après qui place le spectateur dans la même position qu’Alice : il connaît le Pays des Merveilles mais l’a oublié et doit le redécouvrir. A la lecture métaphorique s’ajoute donc une lecture psychanalytique. Alice doit devenir adulte et le spectateur doit redevenir un enfant. Pour réussir ce tour de magie, Tim Burton dispose bien sûr de toute la machinerie des effets spéciaux dont il sait intelligemment user et surtout leur donner une part de poésie et de noirceur. Le Chat de Cheshire est ainsi à la fois beau visuellement mais aussi mystérieux et vaguement inquiétant. Le réalisateur a surtout des acteurs de premier ordre, au premier rang desquels Johnny Depp. L’acteur n’est jamais meilleur que quand il tourne avec Burton et cela se réalise encore ici. Inspiré, littéralement habité par son rôle, il joue avec une flamme un personnage totalement allumé mais chez qui la « folie » est poésie. Sa danse finale, quoique brève, est un joli morceau à la fois drôle et tendre. C’est à la mesure de l’univers de Burton, on peut y rire mais plus souvent y sourire car l’effroi n’est jamais loin.

En Reine Rouge, Helena Bonham Carter est prodigieuse et elle compose une adversaire à la fois ridicule mais dangereuse. Son obsession de couper des têtes – sentence énoncée d’une voix glapissante – montre un personnage totalement déséquilibré mais qui s’efforce d’instaurer un ordre sur lequel elle aura prise. Sentiment bien connu des despotes et des usurpateurs. Le choix de Mia Wasikowska est validé, lui, à chaque plan du film car la jeune actrice ne quitte pas souvent la scène ! Burton voulait quelqu’un ayant une « force intérieure latente », à la fois « belle et dure ». La jeune Australienne est prodigieuse ; souriante, déterminée, courageuse ; son Alice, qu’elle crée petit à petit, est une réussite complète.

Anecdotes :

  • Sortie US : 5 mars 2010 Sortie France : 24 mars 2010

  • Le budget était de 200 millions$. Le film en a rapporté 1 024 391 110$.

  • Scénario : Linda Woolverton (d'après les romans de Lewis Carroll). Scénariste américaine, elle a écrit pour Disney les scenarii de Le Roi Lion (1994), Mulan (1998), Maléfique (2014) et Alice de l’autre côté du miroir (2016)

  • Lewis Carroll : écrivain anglais né Charles Lutwidge Dodgson (1832-1898), il fut professeur de mathématiques et photographe. C’est pour une petite fille, Alice Liddell, qu’il imagine les histoires rassemblées dans Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles (1865). De l’autre côté du miroir paraît en 1871 et, si sa partie de jeu d’échecs est restée célèbre, c’est aussi un ouvrage de nonsense et de surréalisme avant l’heure. La chasse au Snark (1876), œuvre en vers, va plus loin et n’est pas une œuvre gaie. Sa dernière œuvre sera Sylvie et Bruno (1889) où il essaye d’accoler le rêve et la réalité. Son œuvre mathématique, publiée sous son vrai nom, a été reconsidérée positivement au vingtième siècle.

  • Le film a remporté l’Oscar de la meilleure direction artistique et l’Oscar de la meilleure création de costumes.

  • Johnny Depp a remporté le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie.

  • Crispin Glover ne mesurant pas les 2,30 mètres de haut de son personnage, il a dû tourner ses scènes avec sur des échasses. De la même façon, Matt Lucas (Tweedledee et Tweedledum) a été filmé dans un costume vert en forme de poire, qui l’empêchait d’avoir les bras collés le long du corps. Grâce à ces accessoires, les deux comédiens pouvaient ainsi mieux entrer dans la peau de leur personnage respectif, tandis que Tim Burton pouvait faire intervenir des personnes de tailles différentes dans un même plan.

  • Avec Alice au pays des merveilles, Johnny Depp tourne pour la septième fois (et la quatrième d’affilée) avec Tim Burton, soit une fois de plus qu’Helena Bonham Carter, qui en est ici à sa sixième collaboration avec son réalisateur de mari. Le film marque par ailleurs les retrouvailles de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman et Timothy Spall, qui s’étaient donné la réplique (en chanson) dans Sweeney Todd, le précédent film de Tim Burton.

  • Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Imelda Staunton et Frances de la Tour, s’étaient déjà croisés sur quelques épisodes de la saga Harry Potter.

  • En faisant des recherches pour son personnage, Johnny Depp a découvert que les chapeliers du XIXème siècle souffraient d’empoisonnement au mercure : « L’expression « fou comme un chapelier » provient en fait des vrais chapeliers qui, pour fabriquer des hauts-de-forme en peau de castor, utilisaient une colle qui contenait une concentration élevée de mercure. Elle tâchait leurs mains et le mercure finissait par les rendre fous », raconte le comédien.

  • Outre la bande-originale « classique » composée par Danny Elfman, Alice au pays des merveilles bénéficie également d’une compilation de titres inédits signés Avril Lavigne, Franz Ferdinand, Wolfmother ou encore Tokio Hotel.

  • Les prises de vues n’ont duré que 40 jours, entre septembre et octobre 2008, avant de laisser place aux effets spéciaux.

  • Si la tête d’Helena Bonham Carter a été retouchée par ordinateur pour paraître deux fois plus grosse sur l’écran que dans la réalité, la comédienne devait néanmoins passer par une longue séance de maquillage : « Cela prenait trois heures, mais j’adore être royale. Le problème, c'est que comme elle n’arrête pas de hurler, je perdais ma voix presque tous les jours vers 10h00... (...) C’était vraiment épuisant toutes ces colères ! », raconte l’actrice.

  • Avec le rôle du Dodo, Tim Burton a réussi à faire sortir Michael Gough de sa retraite pour la troisième fois, après Sleepy Hollow (2000) et Les Noces funèbres (2005), et signe sa cinquième collaboration avec lui. Ce fut le dernier film de Michael Gough avant sa mort le 17 mars 2011 à l’âge de 94 ans.

  • Les noms d’Amanda Seyfried et Lindsay Lohan avaient circulé pour le rôle d’Alice.

  • Avant que Tim Burton ne participe au projet, Anne Hathaway avait refusé le rôle d’Alice car elle le trouvait trop semblable à d’autres rôles qu'elle avait précédemment joués. Cependant, elle était désireuse de travailler avec Burton et joue donc la Reine Blanche. Elle a tourné toutes ses scènes en deux semaines.

  • Johnny Depp a admis avoir trouvé le processus de tournage sur un écran vert « épuisant », et qu’il se sentait « confus à la fin de la journée ».

  • Tous les personnages du Pays des merveilles ont un nom propre. Ces noms ont été inventés pour ce film, car dans les livres et la plupart des autres versions de films, ils ne sont mentionnés que par des titres descriptifs. Les potions de changement de taille sont également nommées pour la première fois.

  • Stephen Fry, Alan Rickman, Barbara Windsor, Sir Christopher Lee, Michael Gough, Imelda Staunton et Jim Carter ont tous enregistré leur dialogue en une seule journée.

  • La Reine rouge et Stayne affirment qu’il vaut mieux être craint qu’aimer. Cela paraphrase une citation célèbre du « Prince » de Nicolas Machiavel : « On peut répondre que l’on devrait souhaiter être les deux, mais parce qu’il est difficile de les unir en une seule personne, il est beaucoup plus sûr d’être craint qu’aimé. »

  • L'année de la sortie de ce film a marqué le 145e anniversaire du livre.

  • Mia Wasikowska/Alice : actrice australienne d’origine polonaise, elle débute sa carrière artistique comme danseuse de ballet. Elle débute au cinéma avec Le Feu sous la peau (2006) puis enchaîne avec Les Insurgés (2008, avec Daniel Craig), Amelia (2009, avec Hillary Swank). Suivront Jane Eyre (2011), Des hommes sans loi (2012, avec Jessica Chastain), Madame Bovary (2014), Crimson Peak (2015, avec Jessica Chastain). Elle reprend le rôle d’Alice pour Alice de l’autre côté du miroir (2016) avant d’enchaîner avec HHhH (2017).

  • Anne Hathaway/La Reine blanche : actrice américaine, une des plus douées de sa génération. Elle est lancée par Garry Marshall avec la comédie Princesse malgré elle (2003) et va tourner quelques films dans la même veine : Un mariage de princesse (2004), Rachel se marie (2008), Meilleures ennemies (2009) ajoutant la comédie dramatique à son arc : Jane (2007), Love et autres drogues (2010), Un jour (2011). Elle se hisse au plus haut avec ses participations à The Dark Knight Rises (2012), Les Misérables (2013, Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle ainsi que Golden Globe et BAFTA), Interstellar (2014). Elle a également beaucoup joué dans des comédies : Le Diable s’habille en Prada (2006) qui l’installe définitivement, Max la Menace (2008), Le Nouveau stagiaire (2015), Ocean’8 (2018).

  • Crispin Glover/Stayne, le Valet de Cœur : acteur américain vu dans Vendredi 13- chapitre final (1984), Retour vers le futur (1985), Tout pour réussir (1990), Sailor et Lula (1990), The Doors (1991), Larry Flint (1996), Charlie et ses drôles de dames (2000), Charlie’s Angels : les anges se déchaînent (2003), La légende de Beowulf (2007).

  • Matt Lucas/Tweedledee et Tweedledum : acteur britannique, vu dans Astro Boy (2009), Mes meilleures amies (2011), Alice de l’autre côté du miroir (2016). A la télévision, on l’a vu dans Docteur Who (2015-2017).

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