Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentilLes Chinois à Paris

Saga Jean Yanne

Moi y'en a vouloir des sous (1973)


MOI Y'EN A VOULOIR DES SOUS

classe 4

Résumé :

Benoît Lepape est conseiller financier d'une grande entreprise d'électronique. Il fait le désespoir de son oncle Adrien Colbart, président d'un syndicat ouvrier, qui estime qu'il trahit sa famille en travaillant au profit de ses ennemis capitalistes. Pour avoir déconseillé d'investir dans des placements douteux mais préconisés par son patron, également président du patronat français, Lepape est mis à la porte.

Il propose alors à son oncle de lutter contre le capitalisme de l'intérieur en rachetant en sous-main avec l'argent du syndicat une fabrique de vélos en difficultés, dont il sera le président. Lepape espère réussir dans le monde des affaires afin de prendre sa revanche sur son ancien employeur.

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Critique :

Une intéressante satyre sociale dans le plus pur style parodique de Jean Yanne. Le film est admirablement construit. D'abord, le constat : Jean Yanne renvoie dos à dos les capitalistes purs et durs, sans scrupules et magouilleurs, représentés par Fernand Ledoux et Jacques François, et les syndicalistes bornés incarnés par Bernard Blier et sa bande, caricature de la CGT.

Il faut souligner le talent exceptionnel de Bernard Blier, que l'on est habitué à voir en patron suffisant ou en chef de la police autoritaire, et qui se glisse ici dans la peau d'un dirigeant de syndicat ouvrier avec une facilité incroyable. On oublie instantanément le Blier grand bourgeois pour adhérer au Blier prolo.

A l'inverse, le rôle de prêtre est taillé sur mesure pour Michel Serrault, qui fût séminariste avant de choisir la comédie.

Jean Yanne a même pensé aux enragés, ou plutôt aux enragées, puisqu'il s'agit d'un groupe de furies féministes emmenées par Nicole Calfan, la sœur du prêtre. Ces enragées s'opposent souvent au syndicat, plus raisonnable malgré les apparences et prêt à négocier avec le patronat pour le bien des travailleurs.

Jean Yanne utilise le personnage de Benoît Lepape pour exprimer ses idées sur les relations sociales dans l'entreprise. Persuadé que les objectifs du syndicat sont justes et légitimes, mais que ses méthodes, manifestions et pancartes, sont vaines, Lepape pense qu'il faut combattre le capitalisme, et surtout ses excès, par le capitalisme lui-même.

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Benoît se montre habile à la manœuvre, il sait utiliser le syndicat de son oncle à ses fins. Le syndicat a racheté une entreprise de vélos : il se convertit soudain à l'écologie et prône la lutte contre la pollution... qui conduit à accroître la vente de vélos, puis provoque des grèves de pompistes pour miner la concurrence de l'automobile.

Lepape incarne un patronat souriant, moderne et social. Ses ouvriers sont choyés au sein d'usines modèles. En avance sur son temps, il n'est pas suivi par le monde ouvrier sur toutes ses initiatives. Là encore, la description sonne juste : le syndicat veut récupérer ses bénéfices pour construire un bâtiment neuf, alors que Lepape voulait réinvestir les profits. Quant aux ouvriers, ils refusent ses propositions d'autogestion.

Cette situation est bien connue dans la « vraie vie » : les syndicats et les travailleurs ne souhaitent pas transformer profondément les structures du capitalisme, mais veulent simplement des augmentations de salaires. Le titre du film résume bien cet état d'esprit. Bien souvent, le patronat cède, même lorsqu'il serait préférable de réinvestir une partie des profits. Du mois était-ce ainsi à l'époque du film, avant que l'avènement de l'ultralibéralisme dans les années quatre-vingts ne rende le patronat intransigeant et impitoyable.

Nicole, « l'enragée », décide de séduire Lepape pour mieux le ruiner. Elle prend des cours de « pratiques de riches » pour s'introduire dans son monde, mais cela la dégoûte. Voilà qui me rappelle « Le Mot de passe », l'épisode de la série Amicalement Vôtre où Danny Wilde se fait passer pour un marxiste déguisé en grand capitaliste et se « forçant » à vivre comme un riche.

Désormais à la tête d'un grand empire industriel, Lepape est déçu de constater que, même lorsqu'il entreprend des actions en faveur des travailleurs, cela finit toujours par lui rapporter de l'argent. Il décide alors d'investir dans des secteurs traditionnellement déficitaires comme la presse, le théâtre et le cinéma, mais la dynamique du succès est de son côté, et ces entreprises sont toutes des réussites.

Seule une grève illimitée de sa part finira par faire accepter aux partenaires sociaux son retrait définitif. Il pourra alors couler des jours heureux avec Nicole, dans la modeste maison offerte à titre de reconnaissance par les travailleurs, à qui il vient de céder tous ses biens.

Et comme il ne peut échapper à son destin de riche éternel, il fait jaillir du pétrole dans son jardin dès son premier coup de pioche...

Jean Yanne a bétonné la distribution en faisant appel aux mêmes poids lourds et rôles secondaires que sur Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un élément de plus qui renforce le sentiment d'explorer un univers particulier, l'univers parodique et désopilant de l'humoriste.

Sans atteindre tout à fait le niveau de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ce Moi y'en a vouloir des sous est une comédie satirique à la fois très juste et distrayante, que l'on revoit toujours avec plaisir, petit sourire au coin des lèvres.

Anecdotes :

  • Le tournage a eu lieu à Paris, en région parisienne et en Picardie.

  • Nicole Calfan était à l'époque la compagne de Jean Yanne.

  • Le titre ne pourrait être attribué à un film de nos jours, lobbies du politiquement correct obligent...

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