Les Chinois à Paris (1974)Je te tiens, tu me tiens par la barbichette (1978)

Saga Jean Yanne

Chobizenesse (1975)


CHOBIZENESSE

classe 4

Résumé :

Clément Mastard, organisateur de spectacles, est contraint de faire appel à l'aide financière de quatre frères marchands d'armes pour éviter la faillite. Décidé à promouvoir coûte que coûte un compositeur qu'il juge génial, il accepte toutes les compromissions pour pouvoir mettre en scène un spectacle dont la musique est composée par le surdoué. Mais les commanditaires veulent récupérer rapidement leur investissement...

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Critique :

Un film qui promettait beaucoup, et qui ne tient pas du tout ses promesses. Une critique acerbe du monde du spectacle, voilà qui, a priori, avait tout pour faire un bon, et même un grand film de la part de Jean Yanne, qui avait réalisé un excellent film dans ce genre avec Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

La satyre sur le show-business, elle est présente. Ils sont nombreux, ceux qui en prennent pour leur grade, des investisseurs rapaces aux producteurs intellos subventionnés, en passant par les artistes eux-mêmes, montrés sous un jour cynique et égoïste, à l'image de l'ex-épouse de Mastard.

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Alors, qu'est-ce qui a engendré l'échec ? Déjà, on peut évoquer la tonalité plus grave que les précédents films de Yanne. Le cinéaste-acteur nous avait habitués à des comédies légères, avec bien entendu des aspects satyriques évidents, mais les aspects comiques rendaient les caricatures attrayantes. Ici, peu d'occasions de rire, ni même de sourire, malgré le nom bien choisi du compositeur, Jean-Sébastien...Bloch ! Pour pousser à fond le parallèle avec Bach, la femme de Bloch se prénomme Anna-Magdalena, tout comme celle du génial compositeur baroque.

Mais deux éléments essentiels vont précipiter le film dans l’abîme. D'abord, le personnage de Jean-Sébastien Bloche, justement, et pire encore, celui de sa femme. Je n'apprécie guère le jeu prétentieux de Robert Hirsch, il est vrai typique de sa façon de jouer, car il m'avait déjà déplu dans Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre, avec Jean Gabin. Robert Hirsch a fait une grande carrière au théâtre, et était probablement plus fait pour les planches que pour le grand écran.

Quant au personnage de Anna-Magdalena Bloch, il est absolument grotesque, à l'image de ces scènes pénibles à supporter où elle houspille son mari dans leur taudis de banlieue.

Ensuite, le final totalement raté va enfoncer le clou. Mastard, dans son délire de vouloir imposer coûte que coûte la musique de Bloch, devient un véritable forcené, qui prend les armes face à ses commanditaires. Passe encore que les policiers soient subjugués par la musique de Bloch, il est vrai fort belle, mais cette conclusion ridicule, où ils finissent par tirer sur ordre des frères Boussenard et trucident Bloch et Mastard, achève le spectateur, si tant est qu'il ait tenu jusqu'à ce moment-là, et on ne lui reprocherait pas d'avoir décroché auparavant.

Jean Yanne nous avait habitués à dire ses quatre vérités en utilisant la dérision, et cela marchait bien. La tentative de s'immiscer dans le domaine du drame s'avère un échec cuisant.

Anecdotes :

  • Pas de jolie femme pour apporter une touche de charme dans ce film : Nicole Calfan est partie et Mimi Coutelier pas encore arrivée.

  • La piètre qualité du film a engendré un très logique échec commercial, avec à peine plus de 500 000 entrées.

  • Jean Yanne, qui en était à son quatrième film en quatre ans en tant que réalisateur, attendra trois ans avant de tourner le suivant. On peut penser qu'il a été échaudé par cet échec, et senti le besoin de se ressourcer afin de trouver de nouvelles idées.

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