La Gorgone (1964)L’invasion des morts-vivants (1966)

Saga Hammer

La femme reptile (1966)


LA FEMME REPTILE
(REPTILE)

Résumé :

A la mort de son frère Charles, dans des circonstances étranges, Henry Spalding et son épouse viennent habiter son cottage en Cornouailles. Mais l’atmosphère est lourde, les habitants ont visiblement peur. Mais de quoi ?

Critique :

On ne fera pas le procès à la Hammer de ne pas vouloir chercher des idées nouvelles mais, cependant, cela ne se révèle pas tout à fait convainquant. Pourtant, si l’atmosphère est travaillée, la relative lenteur du film ne permet pas d’installer une véritable dramaturgie.

D’abord la tentative de renouvellement. La Hammer abandonne cette fois l’habillage gothique pour la campagne anglaise retrouvant la geste lovecraftienne : l’horreur a plus de force quand elle jaillit dans un quotidien et un décor connu et rassurant. D’entrée de jeu, le spectateur est plongé dans l’étrange. Un dialogue entre le cafetier, Tom Bailey et l’original du coin, Pierre le Fou, nous apprend qu’il y a eu plusieurs autres victimes. Pourquoi cet homme en noir fleurit-il ces tombes ? Pourquoi les villageois se montrent-ils hostiles envers Harry Spalding ? Qui a saccagé le cottage (belle rupture musicale entre la mélodie bucolique de l’arrivée du couple et la musique sombre quand ils découvrent le saccage) ? De qui parle Pierre Le Fou quand il dit « Ils » avant de succomber à son tour, le visage atrocement marqué ?

Le personnage d’Anna illustre cette tentative de renouvellement. Jacqueline Pearce n’est pas là pour « faire joli » dans le décor : elle participe de plein pied à l’action. Avec le rôle d’Anna, elle donne une solide composition passant de la jeune femme effrayée à la femme sensuelle au regard soutenant sans faillir celui de son père. Une réelle ambigüité est apportée à son personnage. Qui est-elle réellement ? A-t-elle peur ou est-ce lui qui tremble ? L’atmosphère orientalisante portée par le décor, l’habillement, la musique est très dépaysante et parvient à déstabiliser le spectateur.

Réalisateur moins connu mais néanmoins talentueux, John Gilling est le maître d’œuvre de ce film. Assez intéressante est sa manière de donner les premières explications tout en rejouant à deux reprises la scène initiale qui se déroule sur la lande. Le spectateur sait ce qui va se passer tout en comprenant davantage ce qui s’est passé ! John Gilling parvient à instiller des moments angoissants et à noircir son atmosphère. Dommage que le film ait manqué de rythme car, dans cette troisième reprise, il reste alors peu de temps pour peser sur les nerfs du spectateur. L’enrichissement d’une situation qui se répète est un procédé utile et très intéressant mais il aurait eu plus d’impact si les trois scènes avaient été mieux répartie dans le temps. Enfin, mais c’est un poncif de la Hammer : le final est précipité et très peu convaincant.

Cette louable tentative de renouvellement tourne cependant court. En effet, des noms des protagonistes, des lieux et quasiment de tout l’arrière-plan, il y a plus que des réminiscences du Chien des Baskerville. En outre, la pratique du moment de la Hammer des tournages multiples fait redite et désarme tout suspense : l’impression de déjà-vu pèse sur le déroulé du film. A aucun moment, nous ne serons surpris par ce qui arrive. Le village, par exemple, est le même que celui de L’invasion des morts-vivants. L’habit de Noel Wilman le fait également ressembler à Dracula. Il y a enfin le décor du manoir. Manoir qui ressemble furieusement à tous ceux que la Hammer a déjà utilisé. Ne manquez pas l’escalier et son entresol à colonnade antique !

Le film est également desservi par un montage abscons lors de la scène-clef du dîner. Il donne l’impression que l’après-dîner succède à un repas qui n’a pas eu lieu. La scène permettait pourtant de placer tous les personnages au même endroit et de travailler plus profondément l’atmosphère. Sauf que, mis à part le moment où Jacqueline Pearce joue de la cithare en tenue des Indes, créant un réel malaise, le reste est dénué d’intérêt et on a la nette impression que de la pellicule a été plus que coupée !

Les personnages font également pencher la balance dans le mauvais sens. Hormis Anna, ils sont certes bien interprétés mais sans réelle épaisseur. L’impression qui en ressort est celui d’archétypes, comme dans les Mystères médiévaux où l’on personnifiait les vices et les vertus. Nous avons donc Ray Barrett qui joue Harry Spalding. C’est un soldat de Sa Majesté qui affirme avoir « roulé sa bosse » ; sa solidité physique ne fait aucun doute. C’est donc le Héros : aimant, courageux, aux nerfs solides. Jennifer Daniel joue sa femme. Elle manque de charme mais se défend dans l’émotion. Par contre, elle n’échappe pas au cliché de la « demoiselle en détresse ». En revanche, les autochtones jouissent d’excellents interprètes. John Laurie en Pierre le Fou donne de l’épaisseur à son personnage voué à être « l’innocente victime ». Et Michael Rippert – c’est vraiment son nom ! – est celui qui sait mais que la peur paralyse avant qu’au contact du Héros, il ne choisisse de faire le bien. Dommage, et malgré une bonne composition de l’acteur qu’il donne subitement l’impression d’en savoir long ou de comprendre brusquement ce qu’il avait sous les yeux. Certes, on pourrait dire que Spalding a agi comme un révélateur mais c’est trop rapidement amené.

Enfin, la plus franche déception vient du docteur Franklyn joué par Noel Wilman et de son majordome Malay incarné par Marne Maitland. Le premier veut certes donner une raideur à son personnage et une discourtoisie qui sont évidemment les oripeaux qui cachent la peur qui tenaille Franklyn. Cependant, le personnage n’évolue pas et on en reste à la surface des choses. Pire est le sort réservé à Malay. C’est en effet un curieux homme à la mine vaguement orientale qui ne cesse de rôder - sa présence récurrente crée un malaise grandissant car Marne Maitland a un certain charisme. Sauf qu’il est quasiment muet et n’a que des bribes de scènes pour installer son personnage dont on ne comprend pas trop bien le rôle exact. Le scénariste tenait là les vecteurs qui auraient installé son texte dans le domaine de la possession/dépossession et l’aurait dramatisé. Le potentiel est là mais pas le développement.

Anecdotes :

  • Scénario de John Elder (Anthony Hinds)

  • Réalisation : John Gilling.

  • Sortie anglaise : 6 mars 1966. Sortie France : 2 août 1967

  • Il était initialement prévu plusieurs monstres avant que des coupes budgétaires n’en gardent finalement qu’un seul.

  • Selon le Kinematograph Weekly : « Chroniqué à la lumière froide de la raison, ceci est une absurdité complète. Mais au moins, c’est réalisé avec intelligence et très bien interprété ».

  • Avec ce film, la Hammer abandonne sa pratique des tournages multiples enchaînés. Conçus pour faire baisser les coûts, elle se révéla décevante sur ce plan et pesa sur la qualité.

  • Le dossier de presse recommandait aux gérants de cinéma d’utiliser des slogans comme « Ce film vous plongera dans les limbes de la terreur » ou « Vous endurerez une vie entière de cauchemars ».

  • Le film fut tourné au studio de Bray en septembre 1965 trois jours après L’invasion des morts-vivants.

  • Le maquillage de Jacqueline Pearce prenait deux heures à chaque fois et l’actrice le trouvait inconfortable.

  • Noel Wilman/Dr Franklyn : acteur irlandais (1918-1988), vu au cinéma dans Androclès et le lion (1952), le Beau Brummel (1954), L’homme qui en savait trop (1956), Le baiser du vampire (1963), Le Docteur Jivago (1965), La déesse des sables (1968), Le dossier Odessa (1974). Il a aussi joué pour la télévision : Amicalement Vôtre (1971), Les 21 heures de Munich (1976)

  • Jacqueline Pearce/Anna Franklyn : actrice britannique, elle a joué dans L’invasion des morts-vivants (1966) mais, ensuite, uniquement pour la télévision : Chapeau melon et bottes de cuir (1967), L’homme à la valise (1967-1968, 2 épisodes), Les rivaux de Sherlock Holmes (1971), David Copperfield (1974-1975), Blake’s 7 (1978-1981), Docteur Who (3 épisodes, 1985), Les aventures du jeune Indiana Jones (1993), Docteur Who : la mort arrive au temps (2001), Casualty (2006).

  • Ray Barrett/Harry George Spalding : Raymond Charles Barrett (1927-2009), acteur australien, il a joué au cinéma dans La Vallée des Rois (1964), Violence en sous-sol (1971), Les otages  (1975), Goodbye Paradise (1983), Hôtel Sorrento (1995), Australia (2008). Il a joué aussi pour la télévision : Emergency Ward-10 (1960-1961), Chapeau melon et bottes de cuir (1963), Ghost Squad (1963-1964), Le Saint (1964), Docteur Who (1965), Les sentinelles de l’air (1965-1966), The Troubleshooters  (1975-1982), Le vent d’Australie (1980), Bordertown (1995)

  • Jennifer Daniel/Valérie Spalding : actrice britannique, vue dans Le baiser du vampire (1963) mais pratiquement uniquement à la télévision : Barnaby Rudge (1960), The Edgar Wallace Mysteries  (1960-1963), The Sleepers (1964), Hopital Général (1972), Capitale (1990)

  • Marne Maitland/Malay : acteur britannique né aux Indes (1920-1991), il a une longue carrière au cinéma : La croisée des destins (1956), Les étrangleurs de Bombay (1959), Le Fantôme de l’Opéra (1962), Cléopâtre (1963), Lord Jim (1965), Fellini Roma  (1972), L’homme au pistolet d’or  (1977), A la recherche de la panthère rose  (1982). Il a aussi tourné pour la télévision : Destination Danger  (1961), Le Saint (1963-1969, 4 épisodes), Chapeau melon et bottes de cuir  (1967), Le Retour du Saint  (1979).

  • Michael Ripper/Tom Bailey : acteur britannique (1913-2000), sa carrière débute dès 1936 par de petits rôles non crédités. C’est une des figures récurrentes de la Hammer. On le voit dans Oliver Twist (1948), Richard III (1955), 1984 (1956), La malédiction des pharaons (1959), Les maîtresses de Dracula (1960), La nuit du loup-garou (1961), Le Fantôme de l’Opéra (1962), Les maléfices de la momie (1964), L’invasion des morts-vivants (1966), Dans les griffes de la momie (1967), Dracula et les femmes (1968), Une messe pour Dracula (1970), Le prince et le pauvre (1977). Il a aussi tourné pour la télévision : OSS 117 (1957), Douglas Fairbanks Jr Presents (1955-1957), Ivanhoé (1958), The Invisible Man (1958-1959), Destination Danger (1960-1961), Sir Francis Drake (1962), Gideon’s Way (1964), Adam Adaman (1966), Le Saint (1967), Sir Yellow (1973), Regan (1975), Coronation Street (1976), Crown Court (1975-1978), Papillons (1978-1983), Jeeves et Woosters  (1990-1991).

  • John Laurie/Pierre le fou : acteur et metteur en scène écossais (1897-1980), il joue beaucoup au théâtre avant de débuter au cinéma en 1930 avec Junon et le paon d’Alfred Hitchcock. Au cinéma, il a joué dans Les 39 marches (1935), Henry V (1944), Hamlet (1948), L’île au trésor (1950), Richard III (1955), Le prisonnier de Zenda (1979). A la télévision, il a joué dans quatre épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir (1962, 1963, 1967, 1969).

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