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Comédies françaises Années 90

Une époque formidable... (1991) par Sébastien Raymond


UNE ÉPOQUE FORMIDABLE... (1991)

Résumé 

Berthier perd son boulot. Très vite en même temps que l’estime de soi, il perd sa femme, sa famille, son foyer. Dans sa chute sensationnelle, il tombe sur un groupe de sans domicile fixe qui vont l’aider à se retrouver, tant bien que mal.

Critique :

Je me rappelle que ce film eut un joli succès à sa sortie, autant en termes de box-office que de saluts critiques.

Déjà avec Pinot simple flic, Gérard Jugnot avait signé une comédie aux teintes assez sombres. Sans pour autant aller jusqu’à évoquer la comédie italienne, subversive et politique, Une époque formidable n’est pas sans mordant. Cette satire ose un pari risqué : faire rire avec le déclassement social, l’un des périls les plus angoissants dans nos sociétés post-modernes consuméristes. Déjà dans les années 90, fortement imprégnées les sociétés subissaient le phénomène : le terme de « sinistrose » faisait la une des pages politiques, économiques et sociales de la presse.

Malgré quelques maladresses du scénario quand il en rajoute sur le pathétique ou le mélodrame que subissent certains personnages, le film parvient tout de même à maintenir un bon équilibre entre la gravité de la situation et une bonne dose d’humour pour tenter d’alléger le ton général. Servis par de très bons acteurs, les dialogues ont parfois une belle touche « Splendid », de la percussion dans la punchline. Gérard Jugnot arrive sur ce film là en particulier à tirer de cet humour un certain lyrisme qui n’est pas sans poésie.

Outre la performance de Gérard Jugnot lui-même, très sobre, avec un personnage courageux mais très fragilisé par son échec professionnel, avec un orgueil et une pudeur intacts, je retiendrais des comédiens avant tout la prestation de Ticky Holgado, tout en gouaille généreuse, personnage fort sympathique et émouvant et ensuite celle de Richard Bohringer. Dans un premier temps mystérieux, voire ambigu, toujours dans une sorte de retenue, dans un deuxième laissant se développer un je ne sais quoi d’élégance et qui fait preuve d’une belle aisance. Attention de ne pas oublier celle plus attendrissante encore de Victoria Abril. La comédienne espagnole parvient dans un rôle secondaire à faire la démonstration d’une grande maîtrise, tout en simplicité mais efficace.

En dépit d’une ou deux séquences un poil trop criardes sous des effets larmoyants ou trop faciles, Une époque formidable réussit tout de même à garder un agréable équilibre en proposant un film intelligent et touchant.

Anecdotes :

  • Sans doute échaudé par l’échec de son précédent film Sans peur sans reproche, Gérard Jugnot s’en fait justement des reproches. Il revient à une comédie plus sombre, comme l’avait été dans une certaine mesure Pinot simple flic. Une époque formidable pousse même le côté social sombre encore plus loin, bien que l’aspect comédie n’est pas non plus renié.

  • Philippe Noiret a refusé le rôle du toubib dévolu ensuite à Richard Bohringer.

  • Le film a été nommé pour 4 Césars : César du meilleur acteur pour Gérard Jugnot, César du meilleur second rôle masculin pour Ticky Holgado, César du meilleur espoir masculin pour Chick Ortega et César du meilleur scénario original. Il n’obtint aucune récompense.

  • Le film connut un joli succès avec 1.67 million de spectateurs.

Séquences cultes :

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