Le bourreau des coeurs (1983)Les Ripoux (1984)

Comédies françaises Années 80

Pinot simple flic (1984) par Sébastien Raymond


PINOT SIMPLE FLIC (1984)

Résumé :

Pinot est un simple flic parisien. Son quotidien est tristement banal et ennuyeux, que ce soit dans son panier à salade ou bien dans son petit commissariat de quartier. Jusqu’au jour où il parvient, non sans mal, à appréhender une jeune femme qui couvrait la fuite d’un dealer. Elle est très jolie et le coeur de Pinot n’est pas loin de ressentir quelque émoi sincère pour la petite rebelle.

Critique :

Ce film m’a toujours laissé le cul entre deux chaises. Déjà à sa sortie, j’avais eu ce sentiment de ne pas savoir réellement quelles étaient les intentions de Gérard Jugnot (acteur et réalisateur mais également co-scénariste sur ce film) et de ses deux comparses dans l’écriture. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à définir ce film. Le parti pris comique est évident, mais le portrait sociétal est d’un glauque ! Oui, le fond est foncièrement attristant. Est-ce un souci de réalisme ? Gérard Jugnot a-t-il voulu créer une sorte de comédie réaliste, ou plutôt, un peu à l’image de la comédie italienne, une satire très sombre par le biais de situations presque grotesques ?

Quoiqu’il en soit, le personnage de Pinot, joué par Jugnot lui-même, est abordé d’abord sous l’angle franchement comique et peu à peu une sorte de gravité, sinon romantique au moins morale, l’emplit jusqu’à l’obsession, la colère et même jusqu’à des actes héroïques surprenants. Il y a bien une jolie progression du personnage. Le comédien en profite pour faire montre de la très large étendue de ses talents. A l’époque, je me demande même si ce n’est pas le premier film dans lequel on peut apercevoir de cette palette.

Autour de lui gravitent des comédiens plus ou moins expérimentés, parmi lesquels Pierre Mondy. Il ne fait qu’une trop brève apparition à mon goût pour qu’elle soit aussi marquante qu’on l'espérait. Jean Rougerie pour sa part a beaucoup plus à se mettre sous la dent, accompagnant Pinot dans ses missions extérieures. Toujours aussi bon, le comédien profite de son physique et de sa voix hors-pair pour asseoir un comique efficace. J’aime le petit rôle amusant de Gérard Loussine, un acteur qu’on voyait fréquemment à la télé dans des émissions comme Les jeux de 20h ou L’académie des 9 et qui a un peu disparu des écrans malheureusement. La prestation de Fanny Bastien est convaincante. Ce film aurait pu marquer un début de carrière plus flamboyant, ce ne fut pas vraiment le cas. Sa filmographie est maigrelette mais pas non plus famélique, correcte, disons qu’elle semble peu en rapport avec le talent de l’actrice, on l’aurait pensée plus grasse.

On suit donc avec un certain plaisir le quotidien de Pinot, ce simple flic, dans l’aventure banale de tous les jours, avec les petits tracas de cette police pataugeant dans la France d’en bas, très bas, pauvre, camée, violente. Le portrait qui est fait du pays est relativement misérable, voire misérabiliste. Difficile d’y trouver matière à positiver un chouïa comme on pourrait s’y attendre dans une comédie réaliste. La charge est rude, ténébreuse. 

Encore ce fichu malaise, cette comédie trop sombre, cette inadéquation fondamentale qui me chiffonne : pourquoi avoir assombri le film à ce point caricatural ? On passe effectivement les bornes de la crédibilité, peut-être pour rendre le sentiment amoureux de Pinot plus beau, plus angélique encore car né sur un monceau d’immondices, sur la lie de la société ? Plus fantasmagorique alors du coup ? Parce que le réel, même au bas de l’échelle n’est ni noir, ni blanc, il est totalement bariolé, plein de nuances que le film oblitère complètement.

Restent quelques gags, des intentions louables et de très bons comédiens. Dans l’ensemble, Pinot, simple flic est un bon film.

Anecdotes :

  • Pinot, simple flic est le premier film de Gérard Jugnot derrière la caméra. Il récidivera dès l’année suivante avec Scout toujours, encouragé il est vrai par un très joli succès public : Pinot a récolté pas moins de 2.4 millions de spectateurs !
  • Vous aurez noté le côté parodique de l’affiche, copiant celle de Rambo.

  • Mais le film n’est pas avare d’autres types de clins d’oeil : dans la distribution se cachent de nombreux cinéastes pour lesquels Gérard Jugnot a joué. C’est Charles Nemes qui joue le poivrot qui hurle “Présent” au moment de l’appel dans le commissariat ; il a fait jouer Jugnot dans Les héros n’ont pas froid aux oreilles en 1979. Patrice Leconte est un passager du métro qui n’aime pas l’odeur de Pinot ; il l’a fait jouer dans plusieurs films, dont Les bronzés bien entendu. Jean-Marie Poiré est le jeune homme qui écoute religieusement sa musique avec son baladeur pendant que Pinot se fait agresser sur le quai du métro. Il était son réalisateur quand Jugnot était Félix dans Le père Noël est une ordure. Et enfin, Philippe Galland est le cycliste qui double Pinot ; il l’avait fait jouer dans Le quart d’heure américain en 1982

  • Drôle d’idée pour finir le film : il se termine avec la caméra qui recule et filme toute l’équipe de tournage affairée, entre deux prises.

  • Les deux autres scénaristes, Christian Biegalski et Pierre Geller n’ont pas hésité à passer plusieurs semaines dans des commissariats par souci d’authenticité.

  • Vous noterez, si vous avez l'ouïe fine, que l’acteur Christophe Clark, plus connu pour sa filmographie X que conventionnelle, est doublé par Martin Lamotte.

Séquences cultes :

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