La Cage aux folles 2 (1980)Psy (1981)

Comédies françaises Années 80

La Boum (1980) par Sébastien Raymond


LA BOUM (1980)

Résumé :

Vic est une adolescente de 14 ans qui connaît ses premiers émois amoureux. Ses parents connaissent en parallèle une crise de couple majeure et ont du mal à négocier le passage délicat de la jeune fille qui va trouver chez sa grand-mère le soutien dont elle a besoin.

Critique :

J’ai revu ce film à reculons. J’osais espérer une surprise, celle de découvrir des petits trucs amusants ou attachants, de bonnes scènes de comédiens, des gags étonnants, un scénario pas trop mal foutu. En fin de compte, je n’ai pas échappé à ce semblant d’ennui que j’avais déjà éprouvé à l’époque où je l’avais vu la première fois. Je devais avoir l’âge requis pourtant.

Ce n’est pas une comédie à proprement parler, mais plutôt une chronique familiale où la jeune adolescente jouée par Sophie Marceau tient le rôle axial. A ses côtés, pour ne pas complètement ennuyer les parents spectateurs, on a ajouté de façon un petit peu artificiel des histoires d’adultère dans le couple parental. On s’y attarde beaucoup, mais tout de même les soubresauts amoureux de la petite sont privilégiés par le scénario.

Ces deux enjeux amoureux semblent évoluer en parallèle, mais se répondent l’un à l’autre, illustrant l’idée très à la mode à l’époque qu’il n’y a pas d’âge pour aimer et pour subir des chagrins d’amour, une évidence qui ne l’était peut-être pas encore en ce temps-là. On ne nous épargne pas les détails de la vie amoureuse de la grand-mère qui ne sont, heureusement, que évoqués. Les histoires qu’on nous raconte n’ont rien de bien folichon. C’est du classique, du gentiment banal. Oh attention, ce n’est pas non plus mal fichu, mais disons qu’il n’y a pas une grande tension romantique, ni de surprises. L’évolution de ces idylles restent à peu près sobres. Il y a bien quelques palpitations quand les amants sont punis, mais aussitôt fait, la marche familiale reprend son cours, comme de bien entendu. Sans heurt, le film se laisse regarder et les acteurs pas mauvais (mention spéciale pour Claude Brasseur et Brigitte Fossey) laissent une once d’intérêt.

On voit que le scénario de Claude Pinoteau et Danièle Thompson cherche à produire quelques rires par-ci par-là, mais en ce qui concerne la vis comica, l’humour y est très bof-bof, tellement de fois vu par ailleurs que ça tombe à plat à chaque fois.

Il faut également souligner que cette première apparition de Sophie Marceau à l’écran est néanmoins remarquable. Certes, son jeu n’est pas toujours très juste, un peu maladroit, mais elle s’en tire pas trop mal. Je m’attendais à pire.

Denise Grey en fait des tonnes en mamie supra cool, mais elle est plaisante au bout du compte : elle y va franco certes, elle tient bien son rôle avec une exubérance qui finit par emporter l’adhésion. Au début, je trouvais qu’elle exagérait, mais en fait je me rends compte que le rôle exigeait bel et bien cela, qu’elle aurait eu du mal à le jouer autrement. Pour les autres jeunes comédiens, c’est assez insipide, comme souvent dans ces distributions sans expériences.

Pour conclure, je crois que c’est un film qui peut encore aujourd’hui plaire à un certain public. Il illustre bien certaines difficultés des adolescentes à l’heure où elles commencent à vouloir s’émanciper de la tutelle parentale, à construire des histoires d’amour, etc.

Le film a plu et continue de plaire à celles et ceux qui l’ont vu dans leur jeunesse. Je n’ai pas cette chance. Reste que c’est un film générationnel, qui a compté pour un grand nombre à sa sortie. Je crois que la versatilité du personnage de Vic m’avait refroidi pour tout dire. Son côté chouineuse aussi me l’avait définitivement rendue un poil antipathique et du coup, l’aspect nostalgique qui peut jouer sur le plaisir de la revoyure de nos jours ne m’atteint pas non plus et me laisse toujours aussi distant vis à vis des enjeux de la trame. J’ai pourtant pu apprécier l’esthétique, les mentalités, les pratiques d’un autre temps que j’ai vécu, le temps de l’avant numérique, l’avant portable, l’avant internet…. la préhistoire en somme.

Anecdotes :

  • La première semaine d’exploitation en salle est très mauvaise : 2000 entrées sur Paris. Mais le bouche à oreille commence à faire son effet exponentiel. Le film terminera l’année en grand vainqueur avec plus de 4.4 Millions de spectateurs, devant L’empire contre-attaque. Il restera 35 semaines à l’affiche.

  • Danièle Thompson, fille de Gérard Oury est réalisatrice et surtout scénariste de nombreux films. Elle a co-écrit les scénarii de La grande vadrouille (1966) ou Les aventures de Rabi Jacob (1973) par exemple. Elle raconte avoir eu l’idée du film le jour où elle rentra chez elle, alors qu’une boum était organisée. Elle s’attendait à une surprise partie bon enfant et découvrit une ambiance torride, lumière tamisée, musique douce et roulages de pelles d’ados tripoteurs.

  • La chanson du film, Reality, a été un succès phénoménal, numéro 1 dans plusieurs pays européens et asiatiques avec plus de 8 millions d’acheteurs. Le titre a d’abord été proposé à Gilbert Montagné qui a refusé préférant chanter ses propres oeuvres. Le chanteur Richard Sanderson avait rencontré Vladimir Cosma peu de temps auparavant.

  • Sheila O’Connor qui interprète Pénélope a bien failli obtenir le rôle de Vic. Trois semaines encore avant le tournage, il était prévu qu’elle jouât le personnage. L’arrivée de Sophie Marceau bouleversa ce qui avait été convenu. C’était évidemment le premier rôle de la jeune comédienne promise à une très grande carrière internationale.

  • Sheila O’Connor a connu un après-film compliqué : elle a dû changer de lycée car elle était harcelée et même moquée par des élèves et des professeurs. D’autre part, on l’a menacé de mort, on lui a arraché sa boîte à lettres. Elle a très vite arrêté ses études et entrepris de poursuivre au plus tôt sa carrière de comédienne. Elle n’y est pas parvenue de façon satisfaisante. Elle a bien décroché un rôle dans P.R.O.F.S et un autre dans la série de TF1 Père et maire, mais elle a fini par ne faire que des doublages dans des dessins animés. Elle a surtout fait des petits boulots d'hôtesse d’accueil ou de vendeuse. Elle raconte également qu’ayant du mal à payer ses impôts elle avait écrit à François Mitterrand pour lui demander un abattement car elle avait joué dans La boum. Ce qui fut accepté.

  • Il y eut plusieurs futures vedettes à l’audition pour le rôle de Vic : Cristina Réali et Emmanuelle Béart entre autres.

  • Claude Pinoteau raconte l’audition de Sophie Marceau : "Elle avait un côté très digne, très réservé, elle ne cherchait pas à faire du charme comme les autres petites filles. [...] Elle était très juste, très simple… Bon, il y avait du travail, ce n’était pas parfait, mais elle ressentait vraiment ce qu’elle disait." Au cours du casting, il lui a donné la réplique en endossant le rôle du père (joué par Claude Brasseur). C’était la scène où Vic et François partagent un repas et leurs peines de cœur. Vic est triste. "C’est Mathieu ?", demande son père. Vic répond "Ça me fait une petite boule là, c’est désagréable". “Tiens-moi aussi dis donc, c’est marrant", avoue François. "Et toi, c’est maman ?", demande Vic. "Et tout d’un coup, elle m’a eu", raconte Claude Pinoteau. "J’avais les larmes aux yeux, derrière la caméra, en donnant la réplique. Elle avait un potentiel d’émotions tout à fait étonnant."

  • Cela faisait bien dix ans que Denise Grey n’était pas apparue sur grand écran. Son dernier film datait de 1969 : La maison de campagne de Jean Girault.

  • Claude Pinoteau et Sophie Marceau tourneront encore ensemble deux autres fois : pour La boum 2 et L’Étudiante.

  • Si nos frères italiens ont attendu la sortie du film de façon démesurée (la bande originale sortit bien avant le film et fut un succès fracassant), le film eut encore plus de succès qu’en France avec 7.8 millions d’entrées, déglinguant au passage le pauvre vieil ET.

  • Celle qui connaît dans le film son premier baiser, la très jeune Alexandra Gonin a expliqué que c’était bel et bien son premier baiser dans sa vie. Elle était à l’époque danseuse à l’opéra de Paris. Elle a continué sa carrière de danseuse.

  • Pour le rôle de Mathieu, Patrick Bruel et Anthony Delon avaient participé à l’audition mais n’ont donc pas été retenus.

  • Sophie Marceau avait été très peu payée 40 000 francs, soit en tenant compte de l’inflation environ 16 000 euros aujourd’hui.

  • Curieusement, un autre film a emprunté la chanson Reality et connut un très grand succès : Sunny, un film coréen de 2011.

Séquences cultes :

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