Le Distrait (1970)Le Viager (1972)

Comédies françaises Années 70

Les Bidasses en folie (1971)  par Sébastien Raymond


LES BIDASSES EN FOLIE (1971)

Résumé :

Un groupe de jeunes désœuvrés font ce qu’ils peuvent pour participer à un concours de musique. Ils vont même être obligés… horreur... de travailler pour arriver à leurs fins. Mais l’armée les appelle sous les drapeaux : c’est l’heure du service national et ses corvées.

Critique :

Premier film de Claude Zidi derrière la caméra, premier film des Charlots devant, premier film du producteur Christian Fechner, c’est toute une histoire de premières, qui se solde par un fracassant succès. L’aventure des “Charlots” est lancée ainsi que le développement d’un sous-genre cinématographique à part entière : la “bidasserie”. “Quand on a vu une bidasserie, on les a toutes vues” n’est pas une phrase bateau qu’on pourrait contredire aisément, tellement la thématique va être consommée jusqu’à plus soif au cours des années 70/80, explorée, exploitée jusque dans les moindres replis nanarisants de la production bis française. Aussi, ce premier opus se révèle une pierre angulaire difficile à écarter avec désinvolture. Un film porteur a sans aucun doute des qualités qu’il faut aller détailler et mettre en lumière, juste retour des choses.

A titre personnel, et je suppose que ce titre est partagé par beaucoup de monde de ma génération, les Charlots n’ont jamais été pris très au sérieux, mais ont été l’objet d’une sérieuse affection. Ils ont bercé mon enfance, et leurs pitreries à deux francs six sous, commencées sur ce film-là ne sont pas sans effets agréables. Ils ont diverti, ils ont fait sourires des nuées d’enfants. Eux même enfants des 30 glorieuses, ils sont le bonheur incarné. 

De nos jours, le film peut paraître comme un OVNI : voyez comme cette bande de zozos lutte pour éviter de travailler, combien d’efforts ils concèdent pour se faire virer de leurs boulots. Une société du plein emploi a pu produire un film où s’amuser à faire de la musique et rien d’autre est la source d’un rire désormais inconcevable. De ce film qui accumule des petits gags gentillets semble se dégager une drôle d’idée, très courte finalement, celle d’une vie simple, sans réel heurt, sans angoisse non plus, sans tristesse, sans conséquence. Enfance prolongée, comme une garantie éternelle même. Les Charlots font rire les enfants parce qu’ils sont restés immatures et irréels.

Le monde des Charlots est parallèle, dans une autre dimension. Ceux qui les côtoient en acceptent plus ou moins la folie. Marion Game en joue avec autant de gentillesse que de beauté. Jacques Dufilho et Jacques Seiler en font des frais plus douloureux.

Chez les Charlots proprement dit, Gérard Rinaldi reste celui qui semble le plus à son aise dans le jeu. J’ai un petit faible pour Luis Rego, par ailleurs l’avocat du tribunal des flagrants délires de France Inter, le portugais à qui on a osé refuser la nationalité française. Luis Rego a une place dans mon coeur. Pour les trois autres, je serais moins enthousiaste. 

Le film avance doucement mais surement, énumérant ses gags, en file indienne, avec un bonheur varié et mesuré. Le film clairement composé de deux parties assez distinctes parait un peu déséquilibré de fait. La première partie est plus vivante, innovante, animée par la joie de vivre, le projet musical du groupe, alors que la deuxième partie, toute militaire et qui donne son titre au film me semble plus lourde et un peu plus commune.

Dans l’ensemble, le film distille une poésie de l’humour un peu naïve, flower power, aujourd’hui très datée, mais qui n’est pas sans charme, avec ses couleurs criardes, son inventivité exagérée, à la Gaston Lagaffe et ses petits jeux enfantins où l’absurde n’est jamais trop loin. Le film se laisse regarder. Dans la série des Charlots, il y en aura de bien mauvais. Celui-là ne fait pas d’étincelles, mais n’arrache pas l’oeil non plus, restant dans un entre-deux acceptable.

Anecdotes :

  • Le film a été tourné en Normandie. La scène de la cabine de plage a été tournée par exemple à Cabourg. Les séquences urbaines l’ont été à Caen (le magasin de musique, le quartier autour de l’église St Pierre). La caserne est à Falaise, de même que la maison aux coquillages, qui est la vraie maison des parents de Gérard Filipelli.

  • Pour un premier film, Claude Zidi fait fort, très fort : il explose le box-office avec près de 7 millions d’entrées.

  • Les Charlots ont rencontré Claude Zidi sur le tournage de La grande java, dont il est l’auteur, mais réalisé par Philippe Clair. Ils ont tellement bien sympathisé avec le scénariste qu’ils ont refusé de tourner La grande mafia du même Philippe Clair pour tourner ce film-ci avec Claude Zidi.

  • Lors du concours de musique les deux groupes qui proposent un de leurs morceaux, existent bel et bien : Triangle et Martin Circus.

  • Le succès du film fut tel que son producteur Christian Fechner (frère de Jean-Guy Fechner, le Charlot barbu) aura la possibilité de créer sa propre maison de production et lancer une carrière pleine de futurs autres succès.

  • Christian Fechner est à l’origine même du phénomène Charlots au cinéma. C’est lui qui les a réunis. A l’origine, ils formaient un groupe appellé Les problèmes qui accompagnait Antoine. Fechner a également produit leur premier tube musical.

  • Inquiet de voir son nom trop associé et cloisonné par le groupe des Charlots, Luis Rego mettra un terme à sa collaboration avec les Charlots juste après la sortie du film. Il n’acceptera de renouer sur grand écran qu’à deux reprises : pour Le retour des bidasses en folie (1982) dans lequel il ne joue pas un “Charlot” mais un sergent et pour Le retour des Charlots (1992).

  • Jacques Seiler est un habitué des films des Charlots. On le retrouve aussi bien dans Les bidasses s’en vont en guerre que dans Les fous du stade ou Le grand bazar.

  • Après Les Bidasses en folie, Les bidasses s'en vont en guerre suivra et l’on pourra dès lors parler de série. En effet, le principe de suivre les aventures de troufions donnera lieu à trois autres films, mais sans les Charlots à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dont Les Bidasses aux grandes manœuvres. Gérard Filipelli, Jean Sarrus et Gérard Rinaldi clôtureront la série en 1982 avec Le Retour des bidasses en folie.

Séquences cultes :

À la caserne

The Tourists

On va les servir nous-mêmes !

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