Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause ! (1970)Les Bidasses en folie (1971)

Comédies françaises Années 70

Le Distrait (1970)  par Phil DLM


LE DISTRAIT (1970)

Résumé :

Pierre Malaquet, un jeune homme excentrique, distrait et rêveur, est engagé dans l'agence de publicité de M. Alexandre Guitton parce que sa mère est la maîtresse de ce sérieux P-DG. Les idées iconoclastes de Malaquet ne vont pas tarder à semer la zizanie au sein de l'agence, mais Guitton refuse de renvoyer l'intrus en raison de son puissant soutien familial...

Critique :

Pierre Richard est ici à la fois réalisateur et acteur principal. On peut se demander s'il n'est pas doté du don d'ubiquité, car comment peut-on se trouver en même temps devant et derrière la caméra ? Hormis cette interrogation légitime, le résultat est plutôt bon, puisqu'il nous offre un petit film certes dans prétention, mais finalement bien sympathique, et non dénué d'une certaine poésie.

Aucune surprise dans le rôle que s'est auto-attribué Pierre Richard, typique de ses habitudes : un homme maladroit et particulièrement gaffeur et distrait, ici publiciste aux idées d'avant-garde, aux prises avec les conceptions qu'il juge rétrogrades de son patron, de ses conseillers, mais aussi de ses collègues.

Le rôle tenu par Bernard Blier est tout aussi conforme à son personnage habituel : un monsieur sérieux, un entrepreneur austère (du moins en apparence car sa vie privée ne l'est guère...), un patron peu amène avec ses subordonnés. Quasiment le même rôle que dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et tant d'autres comédies légères des années 60 et 70, voire 80. M. Guitton dirige l'agence de publicité Jérico, dont le slogan est Jérico sert illico !

Certains aspects du personnage de Pierre Malaquet sont plus plaisants que d'autres. On peut se montrer réservé sur ses innovations en matière de publicité, souvent de mauvais goût. En revanche, les scènes où Malaquet rencontre Monsieur Klerdenne, un entrepreneur aussi distrait que lui, sont excellentes, de grands moments de cinéma comique, grâce au talent de Pierre Richard et de son partenaire, le génial Paul Préboist.

M. Klerdenne est enchanté de rencontrer celui qu'il prend pour le patron de l'agence. Forcément, un homme aussi distrait que lui... Et il va l'être doublement après que l'idée publicitaire de Malaquet ait produit une augmentation significative des ventes de sa pâte dentifrice.

Le brave M. Klerdenne ne veut plus avoir affaire qu'à Malaquet, il veut revoir « le patron, vous savez, le jeune homme aux yeux blonds, aux cheveux bleus (!) »  

M. Guitton a du mal à trouver des prétextes pour conserver Malaquet, au fur et à mesure des énormités produites par le distrait. Les revendications de Klerdenne tombent à pic pour se justifier aux yeux de ses collaborateurs, comme le montre ce dialogue sans appel de Guitton avec l'un de ses conseillers :

-J'ai deux raisons pour le garder : premièrement, un client le réclame, lui et lui seul. Deuxièmement... (Il pense avec délice à sa maîtresse, la sémillante Maria Pacôme, en train de l'amadouer avec ses « Gazou !... Gazou, Gazou... ») Deuxièmement, un client le réclame !

-Mais c'est la même !

-Raison de plus !

Autre bon moment, l'intrusion de Malaquet chez M. Gastier, un industriel irascible interprété par François Maistre, qui se montre aussi aimable que dans son rôle du divisionnaire Faivre dans la série Les Brigades du Tigre. Guitton avait cru confier une mission auprès de Gastier à un autre de ses collaborateurs. Malaquet a écouté et exécute les ordres, mais il se rend au domicile de Gastier, au lieu d'aller à son bureau, qui plus est un soir de réception mondaine.

Chez Gastier, il bat des records de sans-gêne et de maladresse, au détriment de l'agence Jérico, qui espérait un juteux contrat avec l'important et richissime M. Gastier.

Gastier a deux filles de caractères diamétralement opposés. La première, Véronique, est cassante et antipathique, mais sa volonté de remettre à sa place ce gêneur de Malaquet va se retourner contre elle (Tant mieux!).

La seconde, Lisa, interprétée par Marie-Christine Barrault, a rompu par idéalisme avec sa famille bourgeoise, et occupe un emploi modeste à l'agence Jérico. Elle a beaucoup de sympathie pour Malaquet, mais ce dernier ne se rend pas compte qu'il est amoureux d'elle. Il n'en prendra conscience qu'à la fin du film, ce qui engendrera une scène également très plaisante.

Parmi plusieurs très bons moments, on retiendra aussi la scène où Pierre se trompe d'appartement. En croyant rentrer chez lui, il s'installe chez le voisin du dessous. Totalement inconscient de son erreur, il prend le voisin pour un visiteur lorsqu'il le découvre et lui offre un de ses cigares ! Le voisin éberlué n'est autre qu'Yves Robert, qui a participé aussi à la production du film.

Les quelques passages décevants sont souvent dus aux idées de publicités macabres ou de mauvais goût de Malaquet, ce qui confirme qu'elles constituent le point faible de l'histoire. En particulier, les scènes d’œufs écrasés sur le crâne, malheureusement trop longues, s'avèrent rapidement pesantes.

Néanmoins, l'ensemble s'avère fort agréable et distrayant, même si Pierre Richard fera beaucoup mieux par la suite.

Anecdotes :

  • Avec près d'un million et demi d'entrées, ce film a contribué à lancer la carrière de Pierre Richard, qui explosera véritablement deux ans plus tard avec Le Grand Blond.

  • On remarque la présence dans un petit rôle de Thérèse Liotard, alors âgée de 20 ans et à cette époque speakerine débutante à la télévision, où elle assurait les remplacements lors des vacances d'été !

Séquences cultes :

Monsieur le Directeur

Vous avez une petite tâche là

Et vite !

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