Les Gaspards (1974)
Le Retour du grand blond (1974)

Comédies françaises Années 70

La moutarde me monte au nez (1974)  par Sébastien Raymond


LA MOUTARDE ME MONTE AU NEZ (1974)

Résumé :

Pierre, un professeur de mathématiques, est victime d’une blague de ses élèves qui intervertissent le contenu de trois de ses dossiers. Les conséquences en sont désastreuses. Pierre va devoir rétablir la situation, et c’est bien loin d’être une sinécure. Il doit jongler avec son cours, des photos de paparazzi, un père politicien très austère, une fiancée jalouse et une star de ciné très attirante...

Critique :

Nom d’une choupinette ! Je n'avais pas vu ce film depuis une bonne vingtaine d'années et j'ai pris une bonne grosse claque sur le beignet, celle du temps qui passe. Tout ce film me paraît vieillot, que ce soit la vieille voiture de Pierre Richard, ou cette école de filles, ces personnages avec des balais mal rangés (Claude Piéplu ou Jean Martin) ou que ce soit le regard porté sur la morale. Sur ce dernier point, la récente actualité en France fait rejaillir encore ces vieilles badernes à la moralité mortifère qui de temps en temps viennent dégueuler leur haine du désordre, des lumières, du corps, des homos, de la libre pensée, etc. Donc, en y regardant de plus près, ce film n'est pas si vieux que ça… malheureusement.

Je me retrouve donc une nouvelle fois devant un de ses mystères qui me laissent pantois, que je n'arrive jamais à comprendre. Ici, il s'agit du mystère Claude Zidi. Je ne comprends pas son cinéma. Je ne parviens pas à faire le lien entre tous ses films. Il n'y a pas à proprement parler de style Claude Zidi, ni même d'univers qui de près ou de loin ferait sens. La plupart de ses films me paraissent franchement mauvais et pourtant, trois ou quatre réussissent à sortir du lot et même me plaisent bien. L'Inspecteur la Bavure est formidable par exemple.

Bien entendu, l'explication nostalgique est très attirante alors. Par exemple, avec cette moutarde, cela fonctionne à plein tube ! Une claque du temps qui passe et que j'aime à recevoir… si ce n'est pas un cas de nostalphilie aiguë !

J'ai aimé ce personnage lunaire, totalement irréel, ce corps élastique, ces yeux discrets, souvent étonnés par le monde qui les entoure. Pierre Richard n'est peut-être pas aussi fouillé que dans ses autres films, notamment ceux qu'il a lui-même écrit et réalisé. Mais le scénario qu'il a co-écrit avec Michel Fabre et Claude Zidi lui donne surtout un vaste espace pour exercer cette errance poétique. Son personnage ne tient pas en place : il lui faut bouger tout le temps, quitte à faire des va-et-viens incessants, gauche-droite, haut-bas ; il monte à la corde, il descend de la corde ; il sort d'une baignoire pour monter sur le toit d'une caravane d'où il redescend pour retomber dans la baignoire ; sa voiture passe, puis repasse à toute berzingue. La seule fois où il stoppe vraiment, c'est quand il se heurte à la belle Jane Birkin.

Cette histoire d'amour paraît peu crédible tout de même ! Jane Birkin a du mal à me faire oublier Gainsbourg quand elle est dans les bras de Pierre Richard. C'est bête, hein ? Qu'y puis-je ? Mais au moins cet improbable couple libère quelques papillons. La scène dans cette Camargue, toute généreuse dans son horizontalité, libre, pleine de promesses, est rafraîchissante.

Même si l'on ne meurt pas de rire sous les coups de boutoir pas toujours fins des gags physiques qui font le costume de ce film, au moins sommes-nous baignés dans une atmosphère gentiment douce, heureuse. Je crois que c'est ce qui a le plus touché les spectateurs dans le cinéma de Claude Zidi : cette exubérante insouciance. Et qui fait aujourd'hui encore rire les enfants. De L'inspecteur la bavure aux Sous-doués, des Charlots aux Ripoux, Claude Zidi a toujours créé des comédies souriantes, souvent empreintes de cette insouciance post-soixante-huitarde. On n'est plus là dans la génération qui a connu la peur et les privations de la guerre ; on n'est pas encore dans celle d'aujourd'hui qui craint de perdre son travail et d'avoir faim. Zidi, c'est la France de l'entre-deux.

Et cette moutarde, comme la plupart de ses autres films, ne semble pas maquiller la réalité, mais possède tellement ce pouvoir de légèreté propre à sa génération qui lui impose sa volonté de sourire avant tout.

Alors que dans le parcours de Pierre Richard, dont l'autonomie et la personnalité ne sont plus à démontrer, il y a une part beaucoup plus forte d'incertitude. Derrière le masque du clown, toujours cette récurrente image mélancolique, quasi stéréotype, je sais. Surtout pour Pierre Richard, qui n'a pas l'air neurasthénique. Mais, il n'empêche... plus que le petit prince dans le désert, il se dégage autour d'un regard, d'un silence quelque chose de triste, tout au fond, bien caché chez ce comédien. C'est d'ailleurs sûrement ce qui fait qu'il n'est pas pour le public juste un pantin désarticulé, une coquille vide, mais bel et bien un personnage attachant, qui parvient malgré toutes les emmerdes qui lui tombent dessus à aller de l'avant, à bouger encore et encore et à sourire.

Sur ce film-là, avec un récit aussi remuant, échevelé par la bourrasque Jane Birkin ou le mistral, l'association Zidi/Richard se complète bien, alimentant une aventure riche en rebondissements joyeux et finit par emporter l'adhésion. Moments légers et tendres, délicats, aimables, ce film moyen reste pour moi d'une saveur particulière.

Anecdotes :

  • Une des élèves de Pierre Richard est appelée au tableau par un “Mademoiselle Fechner”, un clin d’oeil au producteur du film Christian Fechner.

  • Alors que Pierre Richard et Claude Zidi dinaient dans une brasserie parisienne pour discuter du film, ils en vinrent à réfléchir à l’actrice qui devrait tenir la tête d’affiche. Pierre Richard voulait d’abord Brigitte Bardot dont il était fan : “On dirait que la pellicule a été inventée pour elle. On dira ce qu’on voudra, mais quand elle apparaît sur un écran, elle bouffe le cadre, elle mange la caméra, elle dévore le spectateur. Je sais qu’elle ne veut plus faire de cinéma, mais tentons notre chance.” Hélas, la belle blonde refusa de déroger à sa règle : elle avait définitivement arrêté le cinéma.

  • Mais ce refus fut à l’origine d’une belle découverte. Pierre Richard de déclarer dans son autobiographie : “Bardot a dit non. Et on a choisi une actrice dont on se félicite encore d’y avoir pensé : Jane Birkin. Elle était aussi drôle que belle. C’est peu dire.”

  • Beau succès public avec près de 3.7 millions de spectateurs venus admirer le duo Birkin/Richard.

  • Pierre Richard ne tarit pas d’éloge sur le professionnalisme de Jane Birkin : “Elle était totalement disponible, acceptant qu’on lui tire les cheveux, qu’on la jette dans les baignoires, qu’on la balance dans la boue, elle n’avait jamais peur du ridicule. Et plus on l’enlaidissait, plus elle était belle.”

  • Le succès du film invita comme de coutume l’équipe à se retrouver pour La course à l’échalote, qui fut moins réussi, là aussi, comme de coutume.

  • Ce que l’on sait moins, c’est qu’avant même que Pierre Richard soit de la partie, les producteurs avaient songé à Jean-Paul Belmondo.

  • Le film a été tourné en grande partie à Aix-en-Provence et en Camargue.

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