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Comédies françaises Années 70

Le Retour du grand blond (1974)  par  Phil DLM


LE RETOUR DU GRAND BLOND (1974)

Résumé :

Le capitaine Cambrai, membre des services secrets, tente de trouver des preuves de la culpabilité de son supérieur, le colonel Toulouse, chef du contre-espionnage français, dans l'assassinat de son rival, le colonel Milan. François Perrin, dit « Le Grand Blond », un civil que Toulouse avait manipulé à son insu aux fins de se débarrasser de Milan, va se retrouver à nouveau coincé entre deux bandes d'espions rivales, au risque d'y perdre la vie.

Critique :

On l'a constaté à plusieurs reprises dans l'histoire du cinéma : les « suites » à un premier film à grand succès ne sont souvent que de vaines tentatives de surfer sur la vague du film précédent, et atteignent rarement la qualité de l'original. Pour une fois, on a affaire ici à une suite particulièrement réussie, et qui parvient même à dépasser la qualité du premier film.

Qu'est-ce qui confère à ce Retour du Grand Blond une supériorité manifeste sur le film original ? En premier lieu, le scénario. Le Grand Blond avec une chaussure noire était un peu juste en la matière. Son script était tout de même assez plat, le film jouait avant tout sur l'observation incrédule de François Perrin par le colonel Milan, ce qui, à la longue, devenait redondant. C'étaient avant tout ses quelques temps forts irrésistibles qui avaient généré son succès populaire.

Cette suite bénéficie d'un scénario autrement riche et travaillé, beaucoup plus inventif et doté de rebondissements parfois géniaux. Rien n'a été laissé au hasard, jusqu'aux moindres détails. Par exemple, les cloches qui sonnent lors du faux enterrement du Grand Blond : après avoir sonné le glas, elles continuent sur la mélodie du générique ! Voilà le genre de détails qui, cumulés au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, bonifient considérablement un scénario déjà bien ficelé.

Corollaire à l'amélioration du scénario, les scènes comiques de haut niveau burlesque se succèdent du début à la fin, à un rythme d'enfer. Le Grand Blond avait un rythme sinusoïdal, quelques grands moments parmi un ensemble plus quelconque. Le Retour est un festival ininterrompu de gags tous plus réussis les uns que les autres, depuis les péripéties qui empêchent l'exécution de Perrin à Rio jusqu'au numéro extraordinaire de Pierre Richard en agent secret digne de James Bond, fort à son affaire dans son combat victorieux contre les agents de Toulouse, munis d'armes chargées à blanc (ceci dans le but de convaincre Cambrai que le Grand Blond est réellement un super agent secret), en passant par les fameux dossiers répertoriant les casseroles et turpitudes des agents rivaux.

On doit souligner à nouveau l'excellence de l'interprétation. Dans le rôle du rival de Toulouse, Michel Duchaussoy a le loisir de pouvoir montrer toutes les facettes de son talent, face à un Jean Rochefort toujours aussi efficace. Duchaussoy a la chance que n'avait pas eue Bernard Blier sur le premier opus, où il était resté cantonné du début à la fin dans un rôle décevant d'observateur incrédule.

Le capitaine Cambrai possède une personnalité caractéristique très développée, dont on devine les contours grâce au dossier constitué par ses rivaux. Il est sérieux et obstiné, mais possède un talon d'Achille, son inexpérience du terrain. Il a fait toute sa carrière dans les bureaux, n'a jamais vu une goutte de sang. Il a essayé de devenir un homme d'action en entrant dans des services « spéciaux » en Afrique, volontaire pour les interrogatoires, mais il n'a pas tenu la distance et craqué nerveusement, avant de retourner dans les bureaux. Toulouse et son adjoint Perrache vont, comme à leur habitude, très habilement exploiter ce point faible.

Mais ils ne sont pas les seuls à compulser les dossiers de leurs adversaires. Le capitaine Cambrai aussi se documente à bon escient, et il va montrer le dossier de Toulouse à François Perrin. Ce dossier est loin d'être triste. On apprend que l'impitoyable Toulouse aux nerfs d'acier a été élevé vêtu en petite fille par des parents qui ne voulaient pas d'un garçon, que ses camarades de classe l'avaient surnommé La Poupée, et que la fille d'un amiral, qu'il avait épousé à l'âge de 21 ans, a demandé un an plus tard l'annulation de son mariage auprès du Vatican !

Ainsi, on comprend mieux les raisons de l'homosexualité du colonel Toulouse... Et ces séquences de dossiers sont vraiment excellentes, de haut niveau comique.

Un autre acteur apporte lui aussi une plus-value, c'est Jean Bouise dans le rôle du ministre de l'intérieur ahuri, surnommé « Le Grand Bouc ». Arrivé tout droit du ministère de l'agriculture où, selon sa propre expression, les choses étaient « plus simples, plus directes », le ministre est un jouet entre les mains du capitaine Cambrai, qui se sert de lui (et de François Perrin) pour régler ses comptes avec Toulouse. Il se laisse aussi abuser très facilement par le rusé colonel Toulouse, lorsque ce dernier veut gagner du temps.

Il faut reconnaître que le ministre a de quoi être déconcerté. On lui annonce la mort du Grand Blond, il fait rapatrier le corps, on l'enterre, et aussitôt après on lui dit que le Grand Blond est ressuscité et on lui demande de l'envoyer en mission !

Toulouse lui présente le Grand Blond, le fameux agent secret, mais pour éviter qu'il l'envoie sur une mission dangereuse, comme le lui a conseillé Cambrai (désireux de prouver que Perrin n'est pas un agent secret, même au prix de sa vie),  il prétend que le super agent est fatigué après sa dure mission au Brésil, et pour prouver ses dires teste Perrin, qui évidemment se montre lamentable et maladroit. Et le ministre marche ! Comme le remarque le capitaine Cambrai, « le ministre est bon public ».

Paul Le Person est toujours excellent dans le rôle de Perrache, l'adjoint de Toulouse. On remarque qu'il est de plus en plus réticent face aux combines de son patron tendant à faire assassiner Perrin. Car, de quelque manière que les choses tournent, Toulouse finit toujours par vouloir se débarrasser du Grand Blond. A se demander si ce n'est pas psychologique. Le colonel serait-il inconsciemment amoureux de François Perrin, amoureux sans espoir avec ce violoniste fou des femmes ? Souhaite-t-il se venger de son infortune inéluctable en le faisant trucider ?

On retrouve également avec plaisir Mireille Darc, un Jean Carmet (« Mon cher Maurice »...) toujours aussi naïf avec son survêtement et son bonnet, et Colette Castel comme il se doit amoureuse de François, et qui va être bien utile pour lui sauver la vie.

Dans le rôle des espions de grades subalternes, des barbouzes chargés tantôt de protéger le Grand Blond, tantôt de l'assassiner, suivant l'évolution de la situation et des intérêts de leur patron le colonel Toulouse, Prince et Charmant ont succédé aux Poucet et Chaperon du premier film. A noter la très bonne composition de Henry Guybet dans le rôle de Charmant.

Le malheureux Charmant n'est pas chanceux puisqu'en tentant de tuer le Grand Blond, il va successivement prendre un bouchon de Champagne dans l’œil et se faire coincer et écraser une main dans une boîte ! L'anecdote fait beaucoup rire Perrache, qui a toujours désapprouvé l'assassinat programmé de François Perrin. Malgré cette divergence, Perrache reste fidèle à Toulouse, avec qui il s'enfuira lorsque leurs magouilles auront été démasquées par le capitaine Cambrai.

Quant à François Perrin, il remerciera à sa manière le capitaine Cambrai. En guise de conclusion, l'agent secret recevra un joli coup de poing, après que Le Grand Blond lui ait assené ses quatre vérités au sujet de ses agissements réalisés au mépris de la vie privée des citoyens. Ainsi, le scénario reprend et même accentue la critique des services de « renseignements », déjà présente dans le premier film.

Anecdotes :

  • Le réalisateur Yves Robert joue le rôle du chef d'orchestre, à la fin du film.

  • Hervé Sand, qui interprète Prince, le tueur inséparable de Charmant-Henry Guybet, est décédé d'un cancer à l'âge de 39 ans, deux ans après le tournage.

  • Attentats simulés et balles à blanc sont au programme. Alors que le premier film était une accumulation de cadavres, aucun mort dans le second, malgré les apparences.

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