La femme de mon poteLa vengeance du serpent à plumes

Saga Coluche au Cinéma

Tchao Pantin (1983)


TCHAO PANTIN

classe 4

Résumé :

Lambert, un pompiste travaillant de nuit, fait connaissance d’un jeune dealer d’origine arabe avec qui il se lie d’amitié. Mais la mort de ce dernier va pousser Lambert à retrouver ses meurtriers. Se faisant, le pompiste déprimé va en quelque sorte pourchasser ses propres démons.

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Critique :

Tchao pantin est un film noir, ultra noir, composé de deux parties bien distinctes. La première présente les personnages et montre très délicatement, avec beaucoup de soin et de patience comment se construit la relation amicale, puis filiale entre Lambert (Coluche) et Youssef (Richard Anconina). La seconde détaille avec un peu plus de fracas la vendetta de Lambert sous les yeux et le cœur de Lola (Agnès Soral).

La première partie opte pour un ton très doux, bien qu’entouré par les brumes du noir. La photo est éclairée par une lumière sombre et rehaussée par des couleurs très crues de la ville, bleues et rouges la plupart du temps. Alors que la deuxième me semble encore plus ténébreuse, sauf un joli plan final rayonnant du ciel de Paris, zébré du vol des pigeons et des premiers rais de soleil matinaux, semblant comme une résurrection, un éclair de vie pour Lambert.

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A 99,99% très noir, le film ne l’est pas uniquement sur l’image bien sûr. Ce parcours en forme de rédemption est tout simple, assez classique bien qu’il met en branle tout un monde interlope marqué par son temps, un Paris populaire, cosmopolite, pauvre, où tout le monde essaie de survivre, se télescopant parfois, oubliant sa solitude comme il peut, dans l’alcool, la dope ou dans des espoirs minces d’amour, d’amitié, de mains et de lèvres tendues.

Rien de révolutionnaire, sauf que le scénario et la mise en scène de Claude Berri manient tout cela de façon très habile : à la fois par son réalisme cru, au limite du pathétisme, le film, sans tomber non plus dans la caricature exprime une tendresse évidente de générosité pour ses personnages. Lambert a beau dire : il n’est pas aussi mort qu’il le croit, et c’est là son drame. Mais comme il s’agit d’un film noir, forcément sa vie ne tient plus qu’à un fil. Trop tard pour la renaissance.

La direction d’acteurs est impressionnante. Les comédiens restent toujours dans les clous, ultra précis et offrent des prestations merveilleuses. J’ai bien conscience que l’adjectif est fort, mais en aucun cas il n’est disproportionné ni usurpé. 

Le jeune Richard Anconina se révèle extrêmement juste, sobre. Coup de maître pour son premier grand rôle.

La performance d’Agnès Soral, elle aussi révélée par ce film, est remarquable pour un rôle tellement casse-gueule. Son personnage doit jouer de l’esbroufe punk, mais en plus elle doit opérer de compliqués virages à 90 degrés avec Anconina d’abord, puis avec Coluche. Elle pourtant fort bien la route, crédible du début à la fin.

La prestation de Coluche est désormais historique : dès qu’un comique dévoilera son talent de tragédien, on parlera dorénavant de son “Tchao pantin” en guise de mètre-étalon de la conversion réussie et révélatrice. En effet, Coluche nous met une belle claque : très fermé, très sobre lui aussi, il maintient un jeu efficace, sans éclat particulier, dont les nuances apparaissent progressivement avec une puissance inattendue, jusqu’à cette fameuse scène finale où il nous fait totalement oublier le clown pour nous cueillir par ses larmes, simples, pudiques qui soulignent toute la finesse de son jeu. Dans l’humour comme la tristesse, Coluche aura su jouer avec sincérité et largesse.

Pas étonnant que ce film ait reçu autant de prix ; il les mérite amplement !

Anecdotes :

  • L’expression « Tchao Pantin »  de nos jours complètement désuéte était quelquefois  utilisée au début des années 1980. Elle équivaudrait à un  « Salut mon pote ».

  • La gifle que donne Coluche à Richard Anconina claque si vrai : elle l’est en effet! Longtemps hésitants, insatisfaits par les précédentes où Coluche se retenait, les acteurs et le réalisateur ne trouvait pas de solution en douceur, jusqu’à ce que Richard Anconina demande à Coluche d’y aller franchement. Vlan!

  • Tchao Pantin a reçu cinq Césars en 1984. Celui du meilleur acteur pour Coluche ; celui de meilleur second rôle masculin pour Richard Anconina ; celui du meilleur espoir masculin encore pour Richard Anconina ; celui de la meilleure photo pour Bruno Nuytten ; et enfin celui du meilleur son pour Jean Labussière et Gérard Lamps : en tout et pour tout 5 César!

  • Coluche vivait à cette époque une sévère dépression. A tel point qu’elle lui faisait mésestimer sa propre performance. Malgré l'avalanche de César qu’a remporté le film et notamment celui de meilleur acteur principal pour lui même, Coluche n'était toujours pas satisfait. Gérard Lanvin rapporte qu’il lui a dit ceci : "Ces cons-là m'ont filé un César pour mon interprétation dans ce film alors que je n'ai strictement rien fait. On m'a juste filmé dans ma déprime."

  • A ce propos, au moment du tournage, Coluche sort d’un difficile divorce. Surtout il traverse une période de grande souffrance due à un fort sentiment de culpabilité après le suicide de son ami Patrick Dewaere à qui il avait confié le revolver avec lequel il a mis fin à ses jours. Depuis sa consommation de stupéfiants de plus en plus importante mine son existence. On peut dire que le jeu de l’acteur a par conséquent beaucoup changé, prenant un tour dramatique et grave. Durant le tournage, il incarne un Lambert plein de vérité et d'alcool (en réalité la drogue pour le comédien). Le personnage le bouleverse à tel point qu'il garde alors sur lui, même en dehors du tournage, les vêtements de son personnage de pompiste.

  • Il faut noter que les décors de Belleville, quartier populaire de Paris ont été signés Alexandre Trauner célèbre décorateur (ex: Hôtel du Nord). La station-service était proche du métro La Chapelle mais a disparu de nos jours, détruite et remplacée par un immeuble. Le film donne l’image d’un Paris décrépi des années 1980 (Barbès, République ou Bastille), en pleine décomposition urbaine à l’époque. Aujourd'hui ces quartiers ont été rénové et réhabilité, mais ont perdu pas mal de leur caractère populaire et historique.

  • Agnès Soral (Lola la jeune punk) était était totalement étrangère à la culture “punk”. La comédienne a dû vivre plusieurs jours dans un squat pour mieux appréhender cet univers et son personnage.

  • Le groupe punk que l’on voit jouer est un véritable groupe français, La Horde, dont le chanteur est Gogol Premier.

  • Tchao Pantin est tiré d’un roman d'Alain Page. C’est le tout premier film que Claude Berri (producteur, scénariste, réalisateur) a réalisé sans avoir imaginer lui même le canevas.

  • Avec Tchao Pantin, Coluche retrouve Claude Berri comme réalisateur. Il l’avait fait démarrer sur le grand écran en 1970 avec Le Pistonné dans un petit rôle mais lui en avait offert un premier grand pour Le maître d'école en 1982.

Séquences cultes :

Ça va pas non ?

L'avantage avec les putes c'est que tu sais à quoi t'en tenir.

J'ai mal.

Et alors si t'en casses quatre, ça va faire une omelette.

T'es un poulet ?

J'attends que ça de crever.

Tricolore jusqu'au slip

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