Bird

Saga Clint Eastwood

La Dernière Cible (1988)


 LA DERNIÈRE CIBLE
(THE DEAD POOL)

classe 4

Résumé :

Après être devenu une star médiatique suite à l’arrestation d’un mafieux, l’inspecteur Harry Callahan enquête sur les meurtres de plusieurs personnalités du show-business et des médias. Toutes les victimes figurent sur une mystérieuse liste secrète de notoriétés locales, susceptibles de disparaître rapidement, établie candidement par un réalisateur de films d’horreur. Lorsque son nom apparaît en dernière place sur la liste, l’inspecteur, aidé d’une journaliste, piste et finit par épingler le tueur psychopathe. 

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Critique :

Cet ultime opus des aventures de l’inspecteur Harry est le plus court et, il faut le reconnaître, le moins bon des cinq films. Au box-office, les fans ne se sont pas laissés abuser car c’est celui de la saga qui fit le moins cliqueter le tiroir-caisse (moitié moins de recette que l’excellent épisode précédent, Sudden Impact). En fait, on peut écrire qu’Eastwood fut un peu contraint de reprendre une dernière fois son Magnum. Les studios Warner Bros avaient en effet accepté de financer le projet cher à l’acteur concernant Charlie Parker et, en contrepartie, il avait souscrit aux doléances du studio de tourner un autre Dirty Harry, film plus commercial, qui fut le troisième et dernier long métrage produit pendant son mandat de maire. Malpaso apporta l’argent mais Eastwood se désintéressa du script et ne se colla pas derrière la caméra en laissant Buddy Van Horn, responsable des cascades et chef de la seconde équipe, aux manettes. Ce désintérêt flagrant de la star pour ce cinquième Harry démontre que le film a été conçu uniquement à des fins contractuelles. Pratiquement un quart de siècle après avoir connu la renommée, Clint Eastwood subissait un tassement dans sa carrière à la fin des années 80. Ses films attiraient moins de gens mais sa popularité auprès des critiques ne cessait de croitre. La stratégie de la star de compenser les déficits d’œuvres personnelles par des films commerciaux trouva ses limites, et, heureusement, il changera son fusil d’épaule, sans jeu de mots, dès le début des années 90.

L’histoire de The Dead Pool fut écrite par trois connaissances d’Eastwood sans aucune expérience, à part celle d’avoir été consultants sur Firefox, l’arme absolue…! D’ailleurs, aucun des trois n’a fait autre chose de conséquent pour le cinéma par la suite, ce qui explique un résultat bien décevant en comparaison avec les quatre autres films. Le scénario poussif est indigne et fait penser à un pâle épisode de la série connue de l’époque, Rick Hunter. Il n’y a pas de véritable intrigue, et certaines pistes, telles que les films d’horreur ou l’importance des médias, ne sont qu’effleurées. On décèle un côté lorgnant vers la parodie, mais est-ce vraiment assumé ? Ce n’est pas sûr ; cependant, la plupart des fans de la série sont certains d’une chose : La dernière cible est l’épisode de trop. Certes, tout n’est pas à jeter car certaines scènes et répliques font partie de l’univers légendaire de Dirty Harry, sans oublier la musique de Lalo Schifrin, qui utilise à bon escient quelques bribes de la superbe partition du film original de 1971. Ainsi, Callahan attire la presse, devient célèbre et il est susceptible de véhiculer une bonne image de la police, surtout si son coéquipier est un Asiatique. Mais où est passé le ‘politiquement incorrect’ des opus précédents ? Où est le thème dérangeant du film ? ….Harry Callahan rentre dans le rang, comme pour satisfaire les désidératas des producteurs.   

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Alors que le témoignage de Callahan permet de mettre un ponte de la mafia à l’ombre, l’inspecteur devient la cible de tueurs patentés ; la sortie du parrain fait penser à la première scène de Magnum Force et les tentatives des sous-fifres de la mafia à Sudden Impact. Les répliques, telles que ‘Swell’, ‘Marvelous’, sont des reprises des opus précédents et on a l’inévitable attaque d’un commerce – ici, un restaurant chinois – par une bande de dégénérés, qui se conclut par une réplique assassine : « You're shit outta luck ! ». A cela s’ajoutent les mêmes obligations des autres films de la saga : faire profil bas avec la presse et accepter un nouveau coéquipier, ici Al Quan (Evan C. Kim). Tout se précipite lorsqu’un célèbre réalisateur de films d’horreur met au point avec son équipe un nouveau jeu – The Dead Pool – qui consiste à choisir dix personnalités qui, à leur avis, ne survivront pas à la fin du tournage pour diverses raisons (mauvaise santé, professions à risques). Quand les personnes de la liste du réalisateur succombent de morts violentes, dont un chanteur rock junkie, Harry rentre en piste pour découvrir que son nom est ciblé et il doit s’accommoder de la présence d’une journaliste, Samantha Walker (Patricia Clarkson), qui désire ardemment faire un papier sur ce flic hors norme. Parmi les répliques, la plus connue – et usitée par les fans américains – est : « Opinions are like assholes. Everybody has one. »[Les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un]. Sortie en société, elle garantit du meilleur effet, j’écris en connaissance de cause !

Les deux scènes clés du film sont celles de l’ascenseur et de la poursuite avec la voiture miniaturisée. Si la première peut convaincre, la seconde désacralise le personnage et d’une certaine façon la saga, même si elle est, parait-il, la préférée d’Eastwood. De plus, elle n’atteint pas son but, loin s’en faut, qui était de rivaliser avec la poursuite de Bullitt! Personnellement, j’en privilégie une troisième : la visite de Callahan au mafieux Janero à la prison de San Quentin, avec des répliques tranchantes comme des lames de rasoir : « See that gorilla down there? That's Butcher Hicks... and he's killed three men. You know how he did it? He tore 'em apart with his teeth! Didn't even find all the pieces... you might say he has an unhealthy appetite.”[Tu vois ce gorille là-bas? C'est le boucher Hicks ... et il a tué trois hommes. Tu sais comment? Il les a déchirés avec ses dents! On n’a même pas retrouvé tous les morceaux ... On peut dire qu'il a un appétit malsain.]. Quant au final, c’est d’une exagération déplacée. Dans les films précédents, Callahan liquidait l’ignoble salopard en légitime défense, alors qu’ici, il harponne le cinglé qui n’a plus de balle dans sa pétoire. On est en pleine démesure dans la surenchère, après le bazooka de The Enforcer, c’est le harpon monstrueux qui punaise le tueur sur la porte. Il était temps d’arrêter les frais….

L’interprétation est, avec le scénario, l’autre point faible du film. Personne ne convainc et même Eastwood fait sa partition Callahan sans forcer son talent.  Dans un de ses premiers rôles, Jim Carrey (James au générique) apparaît brièvement en junkie défoncé, tandis que Evan C. Kim, le coéquipier Quan, et Patricia Clarkson, la journaliste Samantha Walker, sont transparents. Kim n’arrive pas à la cheville de tous les partenaires du célèbre policier, même s’il effectua toutes ses cascades - le partenaire asiatique qui pratique le kung-fu, ben voyons -  et Clarkson a une voix désagréable au possible. En fait, c’est Liam Neeson qui tire le mieux son épingle du jeu en cinéaste imbu de sa personne. Quant au tueur, c’est l’une des plus grosses aberrations du script, car il n’existe pas, alors que ceux des quatre autres films avaient de l’envergure.   

Avec La dernière cible, on assiste à la déchéance d’Harry Callahan qui n’est plus que l’ombre de lui-même, car nous sommes très loin des deux premiers épisodes qui constituent de véritables références du genre. C’est rageant de terminer une saga de cette façon, alors que Sudden Impact offrait justement une conclusion parfaite. Même si on éprouve un certain plaisir à revoir le célèbre inspecteur, la satisfaction est gâchée par une histoire indigne, ne comportant aucun message politiquement incorrect contrairement aux précédents films, ce qui aboutit à un film policier banal, ancré dans les années 80. Même si on retrouve, lors de quelques rares répliques et scènes, le Harry Callahan qu’on affectionne, La dernière cible est clairement l’épisode le plus faible car il s’éloigne de ce qui faisait l’identité et le succès de Dirty Harry, en dénaturant le personnage emblématique des années 70. Eastwood traversait une mauvaise passe avec deux films consécutifs aux résultats commerciaux décevants, et le prochain ne va pas redresser la barre, au contraire, touchant là le fond du fond… 

Anecdotes :

  • Le film sortit le 13 juillet 1988 aux Etats-Unis et le 11 janvier 1989 en France. Bird fut filmé avant The Dead Pool, fin 87 pour le premier, début 88 pour le second, mais le dernier Harry sortit pendant l’été, plus de deux mois avant Bird, car la saison estivale est très lucrative aux Etats-Unis.

  • Le tournage eut lieu à San Francisco, malgré quelques protestations ‘citoyennes’, de février à avril 88. Certains grincheux y voyaient une mauvaise image pour la ville, tandis que beaucoup considéraient que Callahan était un symbole célèbre, mythique et légendaire du cinéma américain moderne, et que la franchise avait été une bonne publicité pour la ville et ses attractions touristiques. 

  • Eastwood a toujours été attaché, avec raison, à son personnage, déclarant par exemple : « C'est amusant, de temps en temps, d'avoir un personnage auquel vous pouvez revenir. C'est comme revisiter un vieil ami que vous n'avez pas vu depuis longtemps. Vous vous dites : ‘Je reviens voir ce qu’il pense maintenant’. »

  • C’est le second des trois films eastwoodiens réalisé par Buddy Van Horn, le coordinateur des cascades, après Ca va cogner (1980) et avant Pink Cadillac (1989). Eastwood le choisit car il savait que Van Horn tournait rapidement, une qualité appréciée par l’acteur.

  • Dans la séquence de l'ascenseur en plein air, Patricia Clarkson a déclaré qu'elle était pétrifiée quand l'ascenseur a été mitraillé par un feu nourri assourdissant et effrayant, mais elle a été réconfortée par Clint Eastwood qui, comme Dirty Harry, la couvrait et protégeait. Clarkson a révélé que les balles de la batterie d'Uzis étaient en fait des billes.

  • D’après le film documentaire sur les bonus de l’édition spéciale, la critique de cinéma qui est tuée dans le film est une référence à Pauline Kael, une gauchiste, farouche opposante au personnage, qui s’était révoltée contre le premier Dirty Harry. Je n’avais pas, sciemment, cité son nom lors de ma chronique de L’inspecteur Harry précisant néanmoins : « The New Yorker publia, par l’intermédiaire d’une journaliste en mal de renommée, une critique virulente en janvier 1972. ». Les scénaristes ont donc cherché à placer un message de représailles envers Kael, car le maniaque lui demande plusieurs fois, avant de la tuer, si elle aime ses films. J’ai trouvé le clin d’œil amusant. Ce ne fut pas le cas de tout le monde…

  • La scène de la poursuite avec la petite voiture téléguidée nécessita une semaine et demie de tournage. Le passage dans les abattoirs fut tourné en trois jours à Los Angeles et non à San Francisco. Le seul tourné en dehors de Frisco et, pour cela, cette séquence fut la dernière en boite.

  • Jim Carrey, alors inconnu, fit une courte apparition dans le film suivant d’Eastwood, Pink Cadillac. Il travailla trois jours sur The Dead Pool.

  • Parmi les petits détails : Samantha Walker présente un press-book à Callahan avec sa carrière, et on aperçoit une photo de Scorpio, le tueur de L’inspecteur Harry. C’est aussi le seul film de la saga où l’inspecteur ne conduit pas une véritable voiture de police…

  • Certains membres de la production font partie de la liste Dead Pool, comme Jack Green, le directeur de la photographie, Michael Cipriano, monteur assistant, et Tom Stern, le chef éclairagiste. Dans la distribution, Harry Demopoulos, le médecin dans la chambre d’hôpital, est le véritable docteur d’Eastwood.  

  • Le seul Harry sans Albert Popwell, occupé sur un autre film au moment du tournage.

  • Durant cette période, Eastwood se sépare de Sondra Locke, leur relation se dégradant depuis que Locke a réalisé son film Ratboy en 1986. Eastwood refuse de donner quoi que ce soit à son ex-compagne, puisqu'elle est toujours mariée à un autre homme. Elle décide donc d'intenter une action en justice pour obtenir un dédommagement de 70 000 000 $, mais ils arrivent à trouver un arrangement négocié (source : wikipedia).  

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