Le Maitre de GuerreLa dernière cible

Saga Clint Eastwood

Bird (1988)


 BIRD
(BIRD)

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Résumé :

La carrière et la vie perturbées du musicien de jazz, Charlie ‘Bird’ Parker. Le saxophoniste arriva à New York en 1940 et il attira rapidement l’attention pour sa remarquable façon de jouer. Junkie dès le plus jeune âge, il devint également alcoolique, et sa femme, Chan, le soutint du mieux qu’elle put jusqu’au bout de sa courte vie.

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Critique :

Ce biopic conte les hauts et les bas du saxophoniste qui brûla la vie par les deux bouts. Sa santé vacillante l’aurait conduit dans une institution pour malades mentaux sans la présence de Chan, sa femme compatissante et attentionnée. Jusqu’au bout, malgré les démons qui le rongeaient, il interpréta un nouveau style de musique qui révolutionna le jazz.  Musicien accompli, il devint un créateur de génie en élevant le saxophone comme personne. Le film s’attarde sur la carrière et, surtout, les drames personnels de Parker, son addiction à la drogue et à l’alcool, son désir effréné de nouvelles conquêtes, mais aussi son amour incommensurable pour Chan. Le long-métrage est constitué de scènes de sa vie, de son enfance à Kansas City, à son décès, survenu à l’âge de 34 ans.

Clint Eastwood, amoureux du jazz dès son enfance, a toujours été fasciné par Charlie Parker et sa musique depuis qu’il le vit jouer à Oakland en 1945. Avant le tournage, le réalisateur/producteur rencontra Chan Richardson, la femme du musicien, dont les mémoires servirent de script au film. Elle donna à Eastwood une collection d’enregistrements qu’elle gardait dans un coffre de banque. Bird fut tourné plus de trente ans après le décès prématuré de Parker, dont le comportement autodestructeur, composé de drogues et d’alcool, n’a pas permis d’établir pleinement son génie musical auprès du public de son vivant. 

Quinze ans après Breezy, Eastwood passe pour la seconde fois derrière la caméra sans jouer. Il a travaillé sur un budget relativement réduit avec des acteurs de renommée secondaire à l’époque. Le film s’appuie davantage sur les tourments de la courte vie de Parker et son histoire d’amour avec Chan et délaisse l’angle purement musical, ce qui permet au public qui aime le jazz, sans en être de fins connaisseurs, d’adhérer au projet. Par contre, les inconditionnels de ce style de musique, comme mon père à qui j’ai emprunté ce film que je n’avais jamais vu, reprochent cette approche. Eastwood met l’accent sur le côté dépressif du saxophoniste avec une abondance d’obscurité, que cela soit dans les night-clubs ou les scènes de rues, très souvent sous la pluie, qui rend ce long-métrage morose en transmettant plus l’aspect tourmenté de Parker que son rayonnement musical. 

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Parmi les critiques à l’encontre du film, la longueur est souvent mentionnée et il est vrai qu’une quarantaine de minutes en moins aurait pu donner plus de vigueur à ce long métrage de 2h40. La vie de Parker est évoquée à de nombreuses reprises par des flashbacks et parfois des flashbacks dans les flashbacks, ce qui demande un second visionnage pour en apprécier toute la signification, et ce procédé, destiné à souligner l’état mental tourmenté du musicien, peut déconcerter les moins assidus. Certains de ces retours en arrière sont très intéressants, comme les premiers pas de Parker, ‘Charlie from just around’, et la cymbale lancée pour l’arrêter, d’autres le sont moins. Bird débute par une représentation dans un petit jazz club new yorkais puis un retour au domicile difficile avec une dispute et une tentative de suicide qui situe l’action à environ six mois avant le décès le 12 mars 1955 et Chan semble blasée : « That was stupidity. Now I have to call an ambulance. »

La santé de Parker est ruinée par ses dépendances aux drogues, à l’alcool, et les ulcères qui le rongent. A cela, il doit faire face aux policiers qui le harcèlent pour coincer les dealers. Le musicien avait l’habitude de dire que Chan le rendait ‘paisible’ alors qu’elle désirait ‘rendre les hommes fous’. Elle se plaignait constamment des nombreuses maitresses de Charlie, et elle se retrouve de son côté enceinte d’un autre musicien….Mais elle est toujours là pour Parker en essayant de convaincre les propriétaires de clubs d’engager son époux. La carrière du saxophoniste est surprenante ; alors que sa tournée à Paris est un triomphe et que son nom est donné  au plus grand jazz-club de New York, le "Birdland", il doit pour survivre se produire avec des orchestres médiocres et accepter d'enregistrer des disques commerciaux. Finalement, la mort prématurée de sa fille le pousse au désespoir.

Certaines scènes ressortent de l’ensemble, comme, par exemple, Parker qui joue du saxo dans la rue et réveille Dizzy en plein milieu de la nuit en improvisant ‘Now’s the Time’, ou le saxophoniste qui accompagne Red Rodney à un mariage juif. Dans ce registre, il faut évoquer la courte scène lorsque Parker fait stopper la voiture conduite par Audrey, sa maitresse énigmatique, devant la demeure d’Igor Stravinsky à Los Angeles. Les deux génies se toisent de loin et le chef d’orchestre referme sa porte. Audrey est interprétée par la jolie blonde Anna Thomson, la prostituée agressée dans Impitoyable, et elle assiste passive à une autre grande scène du film lorsque Parker envoie télégramme sur télégramme à Chan après le décès de leur fille. Le saxophoniste est confronté aux changements de goûts musicaux lors d’un passage surprenant, avec l’éclosion du rock and roll et la transformation des clubs de jazz  en boites de strip-tease. La tournée dans le sud est également un bon moment où Rodney passe pour un chanteur noir albinos afin d’éviter les tensions raciales. Alors que le trompettiste est à son tour soumis à la drogue, il a une conversation prémonitoire avec Parker, se demandant lequel des deux atteindra la quarantaine. Et lorsqu’il demande à Rodney de lui botter le cul – au sens premier du terme – Parker concède alors qu’il a gâché sa carrière. 

Evidemment, la dernière conversation téléphonique prémonitoire de Parker avec Chan fait partie des séquences incontournables. Il est conscient de sa fin proche, de ses espoirs perdus et de son sentiment de solitude, mais il transmet aussi son amour pour toute sa famille en tentant de rassurer son épouse. Il va chez la baronesse Nica et il décède d’un arrêt cardiaque et, en entendant le rapport du médecin: «Approximately 65 years of age. », elle ne peut que  constater, dubitative: « He was 34. » 

Malgré un rythme lent, le film séduit par le jeu des acteurs, mais aussi, évidemment, la musique qui éblouit, même les novices. Il ne faut pas négliger les décors de l’époque bien reconstitués et la prodigieuse photographie de Jack N. Green qui démontre sa collaboration passée avec Surtees lors de superbes plans dans l’obscurité des night-clubs et les ténèbres du monde glauque de Parker – un film à regarder dans le noir -, et les magnifiques images lumineuses de la tournée dans le sud des Etats-Unis. 

Si le film captive, en dépit de ses longueurs, cela est dû au jeu des deux acteurs principaux. Forest Whitaker, qui remporta la Palme à Cannes, est prodigieux et interprète sans aucun doute un de ses meilleurs rôles. Diane Venora est également exemplaire et le rôle de Chan lui assura la consécration avec une nomination au Golden Globe et le prix de la meilleure actrice au New York Film Critics Award. Elle rejouera onze ans plus tard dans un autre Eastwood, Jugé coupable. L’interprétation du trompettiste Red Rodney par Michael Zelniker est époustouflante et on y voit l’influence de Parker aussi bien dans le domaine de la musique que la dépendance à l’héroïne.

Eastwood a travaillé sur des projets plus personnels et il a connu une pause dans les succès de sa carrière entre 1988 et 1992. Bird fait partie de ces choix intimistes qui ont connu quelques critiques, dont celle du détestable Spike Lee, raciste et antisémite, souvent en désaccord avec Eastwood et cantonné dans ses délires comme lors de la sortie de Mémoires de nos pères…Quoi qu’il en soit, malgré ses nombreuses récompenses et les critiques élogieuses, le film fut un échec commercial, mais il faut le découvrir car cette histoire dramatique présente de nombreux attraits indéniables.  Deuxième film eastwoodien basé sur la musique après Honkytonk Man, Bird a obtenu des critiques publiques controversées à cause du rythme lent, du ton extrêmement pessimiste, et du déroulement chronologique aléatoire privilégiant quelques moments clefs de la fulgurante trajectoire de Parker. J’ai hésité entre deux et trois et il est possible que mon jugement change à un second visionnage. Les connaisseurs de jazz regrettent que le film ne s’intéresse que superficiellement à l’importance du saxophoniste dans l’histoire de la musique, préférant mettre l’accent sur l’enfer de la vie privée de l’artiste.

Pour la seconde fois, après Pale Rider, Eastwood fit une apparition au festival de Cannes pour Bird, une incroyable coïncidence lorsqu’on sait que pour l’acteur-réalisateur-producteur, le western et le jazz sont les deux moyens d’expression capables le mieux de définir la culture et le mode de vie américains.  

Anecdotes :

  • Le film fut présenté au festival de Cannes le 21 mai 1988 et il sortit dans l’hexagone le 1er juin. Il est sorti plus tard aux USA, le 26 septembre pour le festival du film à New York et quatre jours plus tard pour la sortie nationale. Bien que tourné avant La dernière cible, Bird sortit aux USA deux mois après les dernières aventures de l’inspecteur Harry. Le film fut présenté au festival de Deauville en 2005 et bénéficia d’une ressortie le 20 juillet 2011. 

  • Le film récolta neuf récompenses et fut nominé neuf fois. Parmi les récompenses : l’Oscar du meilleur son, le Golden Globe pour le meilleur réalisateur (Eastwood), le prix d’interprétation masculine (Forest Whitaker) et Grand prix de la commission supérieure technique à Cannes. 

  • Le tournage eut lieu en Californie et dans le Missouri et dura 52 jours, à cheval sur trois mois, d’octobre à décembre 1987.

  • Clint Eastwood réalisa un autre film sur le jazz en 1988, un documentaire Thelonious Monk: Straight, No Chaser. Il réalisa quelques documentaires sur ce thème musical pour la télévision de 1988 à 2003 : Dave Brubeck: In His Own Sweet Way (2010), Monterey Jazz Festival: 40 Legendary Years (1998) et The Blues: Piano Blues (2003).  

  • Le musicien Charles McPherson est la doublure pour tous les gros plans sur les mains et le corps de Charlie Parker. McPherson a dû apprendre à respirer exactement comme Parker dans les enregistrements.

  • Damon Whitaker, qui joue le jeune Charlie Parker, est le frère de Forest.

  • Le film commence par une citation de F. Scott Fitzgerald: “There are no second acts in American lives." A la fin du film, une autre dédicace: “This picture is dedicated to musicians everywhere".

  • Le traitement de la bande son a fait l'objet d'un travail unique : les prises originales de Charlie Parker, souvent de simples enregistrements monophoniques, ont été numérisées, la partie de saxophone a été isolée puis remixée avec une nouvelle orchestration de Lennie Niehaus. La performance technique, saluée par plusieurs prix, a néanmoins été accueillie avec scepticisme par de nombreux amateurs de jazz (source : wikipedia).

  • Eastwood sur la musique : « J'ai toujours été fasciné par les musiciens. Honkytonk Man était une sorte d'archétype des chanteurs de folk et de country. Mais j'adore les jazzmen depuis toujours. Lester Young, Count Basie, Dave Brubeck, Gerry Mulligan. Aujourd'hui, les jeunes connaissent le rock, pas le jazz. Dommage. Avant de tourner, il était plus important de rencontrer ceux qui avaient connu Parker que de lire des livres sur lui. Le cinéma se fait en observant la vie des gens. Parker était quelqu'un d'incroyable, au cerveau curieusement fait. Pour la musique, il avait des années d'avance sur tout le monde. Mais dans la vie, il est resté un garçon gentil et sensible. »

  • Eastwood sur la longueur du film: « Mais comment peut-on comprendre et aimer Parker si on n'a pas le temps de s'imprégner de sa musique ? Je déteste les prétendus films de jazz où il n'y a que deux mesures à la fin. Au milieu, les gens parlent, parlent. Ce n'est pas le cas dans Bird, je crois. Mais la musique, sans doute, pénètre en vous moins vite que les mots. » (source : wikipedia)

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