Angélique du pire au meilleurMerveilleuse Angélique

Saga Angélique

Angélique, Marquise des Anges (1964)


ANGÉLIQUE, MARQUISE DES ANGES

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Résumé :

En 1657, dans la France d’un Roi Soleil illuminant l’Europe de tous ses feux, la jeune et sublime Angélique de Sancé de Monteloup doit, au sortir du couvent, épouser Joffrey de Peyrac. Sa famille, de noblesse ancienne mais impécunieuse, a en effet besoin de la dot offerte par ce Comte dont la fortune n’a d’égale que la sulfureuse réputation d’alchimiste. D’abord horrifiée par ce mari hideux et boiteux, Angélique va découvrir en lui un homme extraordinaire. Une indéfectible passion unit dès lors les deux époux. Toutefois, de passage dans leur château, Louis XIV prend vite ombrage de l’insolente fortune de Peyrac, ainsi que de la fascinante beauté de son épouse. L’irascible fierté de Joffrey achève de le perdre et il est arrêté pour sorcellerie. Une diabolique cabale se déchaîne alors contre Angélique, par avidité mais aussi par vengeance, car elle a jadis fait échouer une conspiration menée par la Fronde. Elle trouve refuge à la Cour des Miracles, où elle retrouve Nicolas, son amour de jeunesse. Elle va y devenir la Marquise des Anges, adorée des gueux. Aidée par ses amis, elle va mener un combat désespéré afin de sauver Joffrey, promis au bûcher malgré les efforts de l’avocat Desgrez.

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Critique :

Avant de devenir une figure mythique du grand et du petit écran français, Angélique fut un personnage littéraire. Entre 1956 et 1985, aidée par son mari Serge pour la documentation historique, Anne Golon écrivit treize romans narrant les aventures d’Angélique, personnage formidablement moderne. Ces livres connurent un grand succès : traduits en vingt-sept langues, on estime leurs ventes à 150 millions d’exemplaires.

Ces aventures historiques, composant notamment une fresque détaillée du règne à nul autre semblable de Louis le Grand. Ils se lisent toujours avec grand plaisir aujourd’hui. Le passage de l’écrit à l’image assuré par Bernard Borderie (assisté de Claude Brulé et Frédéric Cosne) s’avère de grande qualité, aboutissant à une version réellement optimisée pour le cinéma, tant du point de vue de l’univers d’Angélique que de l’héroïne elle-même.

A rebours du film, la saga d’Anne Golon se montrait particulièrement abondante en personnages et faits historiques. Bien entendu les scénaristes doivent couper dans cette masse documentaire, mais ils le font avec un goût très sûr. Les personnages clés de l’intrigue (Condé, Monsieur, La Grande Demoiselle…) se voient conservés et croqués avec verve, même si cela parfois d’une certaine latitude vis-à-vis de la véracité. Les grands évènements historiques se trouvent pareillement passés sous silence, ou relégués en arrière-fond, afin de ne pas rompre la vivacité du récit.

De manière caractéristique la première rencontre entre Louis et Angélique se déroule au retour des noces avec Marie-Thérèse à Saint-Jean-de Luz, et non plus au cours de celles-ci, ce qui donnait lieu à d’amples considérations. On remarque également la quasi-disparition des dates scandant et encadrant le récit, ce qui donne au spectateur l’impression que les événements galopent, alors que plusieurs années se passent. Au total, tout en la profilant pour le cinéma, le film parvient à demeurer fidèle aux grandes lignes de l’intrigue originelle. Il en ira à peu près de la sorte pour les opus suivants, hormis les deux derniers.

Certes le scénario utilise largement le temps ainsi dégagé pour mettre le focus sur la romance entre Angélique et Joffrey, mais aussi Nicolas. Certes davantage érotisée que dans les romans, pour autant l’héroïne ne se voit pas réduite à ses seuls émois. Elle se bat autant qu’elle le peut, et avec les armes qui sont les siennes, contre une société patriarcale et machiste clairement dénoncée tout au long du film. De ce fait Angélique demeure, elle aussi, emblématique de ces années 60 voyant s’esquisser la libération de la femme et des mœurs, même de manière encore partielle 

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Des deux côtés de l’écran, le mouvement demeure encore limité et la fougueuse Angélique ne conçoit en définitive ses amours qu’à travers le mariage. Cette saveur Sixties apporte beaucoup au film de nos jours, bien à rebours d’un kitsch dépassé, on aime à y retrouver une plaisante saveur de madeleine, avec ce jeu, ces coiffures, ses maquillages, cette tonalité de capes et d’épées délicieusement d’époque. Même l’affirmation d’une grandeur nationale obtenue sous l’égide d’un chef charismatique trouve un écho dans une France du Général ayant, en 1964, laissé derrière elle les tumultes algériens et connaissant alors son apogée.

D’un point de vue purement cinématographique, Angélique, Marquise des Anges se révèle également digne d’éloges. Selon les normes d’alors, et n’ayant guère souffert du passage des années, sa mise en scène s’avère alerte, avec des effets très variés et un souffle authentique, à l’unisson d’un scénario riche en péripéties. Certes, comme souvent là aussi parmi les productions 60’s, les décors font très décors (l’intérieur du château de Peyrac, le couloir dérobé, la cour des miracles, la salle de justice…). On se croirait parfois dans un épisode richement doté du Saint, mais l’ensemble du travail de production relève néanmoins d’une remarquable qualité.

La beauté des costumes de Rosine Delamare apporte beaucoup à la splendeur inaltérée du film, avec, là aussi, une écorne bienvenue à la réalité historique, pour le plus grand plaisir des yeux (les vêtures des dames résultent nettement plus sensuelles qu’en réalité). Le scénario sait d’ailleurs en jouer, la sévère tenue espagnole d’une Marie-Thérèse en provenance de l’Escurial met ainsi idéalement en valeur la splendeur de la tenue d’Angélique, qui laisse en outre peu de place à l’imagination. Il en va pareillement pour les magnifiques châteaux retenus, tous parfaitement en accord avec la fortune et le prestige de leur propriétaire.

L’aspect visuel du film est clairement pensé dans sa globalité par la mise en scène. L’interaction obtenue entre costumes, bâtiment et décors évoque avec splendeur le Grand Siècle, selon une imagerie avec lequel il se confond désormais pour son public, tant l’écho du film se réitère à chaque rediffusion. Mais la musique, peut-être le chef-d’œuvre de Michel Magne, apparaît également essentielle. Mariant habilement romantisme et baroque, elle donne lieu à plusieurs morceaux de bravoure, dont le thème de la Marquise des Anges lui-même, dont les ascensions pianistiques sont inoubliables. Variée, la bande son irrigue précieusement de nombreuses scènes du film, avec un grand pouvoir d’évocation.

Mais le meilleur atout du film réside sans doute dans sa distribution. Bien servis les dialogues finement ciselés de Daniel Boulanger, plusieurs des meilleurs comédiens de l’époque viennent délivrer un récital. On admirera ainsi un Yves Barsacq impérial en procureur très anachronique (mais qu’importe), Madeleine Lebeau évoquer une très tonique Grande Demoiselle (que l’on retrouvera malheureuse plus par la suite), François Mestre incarner avec délectation un Condé relevant de la meilleure tradition des félons de cinéma, etc. Giuliano Gemma et la brune Rosalba Neri s’insèrent correctement au sein de la distribution, ce qui ne va pas toujours de soi dans les coproductions internationales.

Si Claude Giraud, de la Comédie française, n’a encore guère ici l’occasion de briller (Plessis-Bellières restera l’un des personnages des romans les plus sacrifiés), Jacques Toja également sociétaire – et futur administrateur – de la Compagnie, crée déjà avec classe et brio un savoureux Louis XIX, se rêvant en Soleil, mais aux très humaines faiblesses. Avec un talent et une personnalité déjà hors normes il confère à Desgrez un piquant tout à fait irrésistible, entre humour cynique et ruse madrée. On s’amusera à constater que le molosse de cet avocat alors si anti- système et rebelle se nomme Sorbonne, quatre ans avant les évènements de Mai 1968.

Mais c’est bien entendu le duo vedette, désormais devenu mythique, qui focalise l’attention.  Le passage de l’écrit à l’image rend bien entendu Joffrey de Peyrac bien moins repoussant qu’il ne le paraissait initialement dans les romans. On peut légitimement douter qu’une seule des spectatrices d’Angélique, Marquise des Anges (film également parfaitement calibré pour le public féminin) ait jamais trouvé Robert Hossein laid. Mais il en incarne idéalement l’aura et le sombre charisme, ainsi que la dimension aventureuse à la Alexandre Dumas. L’acteur accomplit l’exploit de rendre aussi crédible que possible ce personnage plus grand que la vie. Lui et Michèle Mercier créent d’emblée une puissante alchimie valant au film plusieurs moments irrésistiblement romantiques (la fameuse scène de la statue antique, le duel, les adieux, l’échange de regard au procès...).

Aussi lumineuse que Robert Hossein est ténébreux, Michèle Mercier n’a toutefois pas besoin de son partenaire pour crever l’écran. Passée par la Nouvelle vague et un fructueux détour par l’Italie, sa carrière atteint ici son apothéose, mais l’actrice connaîtra par la suite bien un mal à s’affranchir d’un rôle l’ayant propulsé au rang de Sex symbol des 60’s, à l’instar d’une Bardot. On lui a parfois reproché de ne pas être une actrice de composition et certes d’autres choix auraient été envisageables pour incarner Angélique à l’écran. Bernard Borderie aurait ainsi pu retenir Michèle Grellier, elle aussi de la Comédie française, avec laquelle il vient de remporter un beau succès avec Le Chevalier de Pardaillan (1962) et qu’il retrouvera ultérieurement dans Gaston Phébus (1978). Mais Angélique, Marquises des Anges n’aurait dès lors plus représenté qu’un très bon film en costumes parmi tant d’autres.

Car c’est bien à la personnalité irrésistible de naturel et à l’inouïe sensualité de Michèle Mercier que le film doit sa spécificité et son attrait inaltéré. L’apport de l’actrice va d’ailleurs bien au-delà de l’érotisme autrefois frissonnant et aujourd’hui bien léger de la production. Son incroyable vitalité et son énergie subliment des péripéties délicieusement kitsch en l’aventure épique d’une vie. Michèle Mercier suscite une formidable empathie pour Angélique, faisant que le spectateur prend toujours fait et cause avec la même passion pour la Marquise. Son chien et son pétillement achèvent d’ériger Angélique en héroïne moderne, bien décidée à devenir maîtresse de son destin et à tracer sa voie dans un monde encore si dominé par les hommes. C’est bien pour ce rayonnement unique que le public poursuivra le voyage en sa compagnie, sur le chemin de Versailles.

Anecdotes :

  • Les évènements narrés dans le film correspondent essentiellement à ceux du roman Angélique, Marquise des Anges, deuxième opus de la saga littéraire d’Anne Golon (1958).

  • En salles le 8 décembre 1964, le film va connaître un très grand succès. Avec 2 958 684 entres, Angélique Marquise des Anges devient le onzième plus grand succès du box-office français parmi les films sortis cette année-là. Le classement reste néanmoins largement dominé par Le Gendarme de St-Tropez et ses 7 809 334 entrées.

  • L’écho rencontré auprès du public va susciter la réalisation de quatre suites : Merveilleuse Angélique (1965), Angélique et le Roy (1966), Indomptable Angélique (1967) et Angélique et le Sultan (1968). Le box-office demeurera toujours conséquent, mais le succès ira régulièrement décroissant. Initialement programmé un sixième film ne sera finalement pas tourné, suite aux résultats moindres que prévus d’Angélique et le Sultan.

  • La popularité persistante du film se voit soulignée par ses multiples rediffusions. Comme chacun des autres opus de la saga, il continue à connaître des audiences fort correctes lors de ces passages devenus un rituel de la télévision française. D’après le Centre National du Cinéma, la saga a été diffusée 19 fois au petit écran, ce qui le situe dans le groupe de tête de note cinéma. Le record reste malgré tout fixé à 26, pour le trio formé par Ne nous fâchons pas, Le Pacha et La Traversée de Paris.

  • En 1995, Angélique, Marquise des Anges fut adaptée au théâtre par Alain Decaux (qui avait déjà participé à l’écriture d’Angélique et le Roy). Nantie d’un budget de 70 millions de francs, la pièce fut produite et mise en scène par Robert Hossein, au Palais des Sports de Paris. Au terme de ses 130 représentations, elle connut un indéniable succès. Hossein y reprend son rôle de Joffrey de Peyrac, mais choisit une jeune comédienne, Cécile Bois (aujourd’hui aragonite de Candice Renoir), pour incarner Angélique. La communication autour de la pièce s’organisera également pour partie autour de cette nouveauté. Cette situation devait entraîner une brouille, qui durera plusieurs années, avec Michèle Mercier.

  • En 2013, Ariel Zeitoun réalise un remake d’Angélique, Marquise des Anges, avec Gérard Lanvin et Nora Arnezeder en duo vedette. Le film se veut plus sombre et réaliste que son prédécesseur, plus proche des romans historiques d’Anne Golon également. Malgré un confortable budget de 15 000 000 d’euros, il connut un échec à la foi critique et public, avec moins de 116 000 entrées au total.

  • Michel Magne fut un important compositeur de musiques de cinéma durant les années 60 et 70, comptant 73 bandes originales à son actif. Il collabora régulièrement avec Jean Yanne et fut également l’auteur de la fameuse musique de Cinq colonnes à la une. En 1964 il a déjà créé les mélodies de films aussi connus qu’Un singe en hiver, Mélodie en sous-sol ou encore Les Tontons flingueurs. Les Fêtes de fin d’année révèlent au public les musiques d’Angélique, Marquise des Anges, dont le fameux thème de l’héroïne, mais aussi celles de Fantômas, sorti simultanément. Magne se suicidera en 1984, suite à la faillite de son studio d’enregistrement situé au Château d’Hérouville et qui avait longtemps accueilli des grands noms de la chanson.

  • Le film est une coproduction internationale, et ses scènes en intérieur furent tournées aux Studios de Boulogne et à Cinecittà.

  • Outre Versailles, les différents châteaux vus lors des scènes en extérieur sont les suivants : Tanlay (résidence de Peyrac), Marigny le Cahouët (résidence du baron de Sancé de Monteloup) et Esclimont (résidence de Plessis-Bellière), ainsi que l’abbaye de Fontenay (le couvent).

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