saison 1Saison 3

Journal intime d'une call girl 

Saison 3


1. AMOUR, GLOIRE ET BONTÉ
(EPISODE 3.1)

Scénario : Chloe Moss

Réalisation : Owen Harris

If I'm going to write a second book, I'm going to have to do some serious whoring.

Résumé :

Belle assiste déguisée en serveuse au lancement de son livre sur sa vie aventureuse de call-girl. Le succès est rapidement fulgurant et son éditeur, un des seuls à connaître sa véritable identité, lui demande d’écrire un autre livre en trois mois plus axé sur sa psychologie, et celle de ses clients. Elle se met au travail…

La critique de Clément Diaz:

C’est un entraînant carnaval burlesque qui ouvre la saison 3, qui va en effet se distinguer par un humour azimuté et des personnages très excentriques, sans oublier son arrière-plan bien sombre. Mais ici, point d’introspection douloureuse : Chloe Moss balance toute noirceur à la pelleteuse et imagine cinq mini-histoires toutes reliées les unes aux autres par le fil rouge du livre de Belle : avec une telle densité d’écriture, la scénariste peut donc démultiplier gags et bonne humeur sans faiblir pendant 22 minutes - à un cliffhanger dramatique près - soit la recette des meilleures sitcoms. Cet épisode capte en effet tous les avantages du genre sans rien abdiquer de sa spécificité. Au final, un modèle de pilote de saison.

Les auteurs tirent tout l’humour moins grâce aux situations qu’aux personnages, ce qui est toujours le meilleur parti à prendre. James d’Arcy réussit fort bien son entrée en scène en éditeur sensationnaliste, relayé par Ben crânant à mort, et surtout la séance d’humiliation publique avec une gourdasse blonde lisant toute vulgarité dehors le début du livre sous les yeux catastrophés d’une Belle soudain très ridicule en serveuse. Moss se permet même tout un méta-récit en se moquant des rumeurs sur le fait que Belle de Jour était en fait un homme avec Ben tentant de profiter de la situation avec une groupie. L’auteure fait coup double en ayant l’idée géniale de superposer les deux scènes de sexe entre Belle et Jesse d’un côté, et Ben et Camilla de l’autre : la première est glamour et torride, l’autre maladroite et plus puritaine. On se tient les côtes pendant que Camilla lance des cochonneries à un Ben totalement dépassé et que Belle et Jesse décollent vers le septième ciel en cabotinant comme il faut. De plus, Owen Harris confirme toute sa maîtrise en saturant la scène glamour de couleurs chaudes, et en filmant la scène avec Ben plus froidement. Et puis, avouons-le, la grossesse de Billie Piper nous avait privé pendant une saison de scènes de sexe bien excitantes, alors on les retrouve avec grand-plaisir. Jesse lui-même est un sympathique personnage, extraverti, bon vivant, à la bonne humeur contagieuse. Bon, la danse de Belle fait très publicité pour Contrex mon partenaire minceur, mais a le mérite de rappeler combien la BO est soigneusement travaillée dans la série.

La deuxième partie de l’épisode ne relâche pas le tempo en captant les réactions amenés par le livre de Belle : on retiendra surtout celle de Stéphanie, copieusement dézinguée par son ancienne « fille » : la scène avec une Bambi décidément totalement nulle en matière de mensonges est une des plus hilarantes de la série : la combinaison du jeu frigide de Cherie Lunghi et celui déphasé d’Ashley Madekwe est explosive ! Surtout, à la demande de son éditeur décidément très excité par tout ça, Belle doit poursuivre ses investigations et frappe très fort avec un client d’un ennui mortel, dont la scène sexuelle vire dans le n’importe nawak (on s’attend presque à voir Hank Moody débarquer). L’épisode s’achève dans la joie en exaltant la jeunesse du trio central fêtant le succès de Belle dans une ambiance euphorique, arrêtée seulement par le cliffhanger final, qui instaure un nouvel arc feuilletonnant pour la saison. Un épisode totalement lumineux, et un des plus drôles de la série.

La critique d'Estuaire44 : 

Secret Diary démarre sa troisième saison sur les chapeaux de roue, Belle nous entrainant d’emblée dans une torride scène d’amour, puis un trépidant plan séquence dans les couloirs du palace. Le spectateur est happé d’emblée alors que la série célèbre joyeusement le retour de son actrice libérée des contraintes de la grossesse et plus alerte que jamais. Tout au long de l’épisode elle va faire étalage avec dynamisme de sa liberté corporelle retrouvée. (Belle marche beaucoup (entre autres activités), Ce bonheur communicatif est visiblement partagé par une équipe technique n’ayant plus  à gérer l’heureux évènement et délivrant une mise en scène pleine d’entrain. La bourrasque emporte également les plans de Londres jusqu’ici emblématiques de la série, mais ne séquençant plus l’action.

Au-delà de la liesse des retrouvailles, l’opus représente un parfait pilote de saison, resituant le contexte des personnages et plantant le décor d’une nouvelle thématique. Tout comme Hank Moody explorait un univers différent à chaque saison de Californication, Belle découvre ici le monde de la littérature, ou plutôt celui des best-sellers médiatiques. L’occasion d’une satire sociale massivement jouissive, ironisant sur ce microcosme pour qui le le livre reste moins important que l’évènement qu’il constitue et auquel on s’émoustille de participer). Ben, grimé très à la Eleven, avec nœud papillon et sans cravate, lui, est appelé à la rescousse, avec son hilarante nuit d’amour bien plus factice, que celle, pourtant tarifée, de Belle.

 Le scénario n’hésite pas à jouer la carte du métarécit, tout comme The L Word avec le livre de Jenny en retraçant la saison 1. De manière irrésistible, Belle se voit confrontée à un double caricatural d’elle-même déclamant les premiers mots entendus de la série, ou son éditeur lui enjoignant d’écrire une suite fouillant la psychologie au-delà de l’amusement, c'est-à-dire que ce la saison 2 a apporté à la première. Les personnages secondaires ont tous droit à des scènes finement ciselées, avec un Ben désormais en liberté, une Bambi toujours drôle et touchante et une Stefanie hilarante de colère froide. Notre Queen of Evil préférée est à peu près tout sauf stupide et il apparaît évident qu’elle devine d’où vient le coup, ce qui promet pour la suite. Duncan effectue une entrée réussie et crédible, grâce au caméléon James d’Arcy, futur Jarvis d’Agent Carter et adversaire de David Tennant dans Broadchurch.

Au terme de ce pilote de saison euphorisant et très riche, animé par une galvanisante Billie Piper, Belle et ses deux amis semblent avoir trouvé un équilibre et former un trio indissociable. La suite de la saison va bien évidemment balayer tout cela comme un château de cartes.

 

Anecdotes :

  • James d’Arcy intègre le générique de la distribution. Il joue Duncan (encore non nommé ici), l’éditeur de Belle et son love interest dans les 8 épisodes de cette saison 3.

  • de la réception, Ben crâne avec son nœud papillon d’une manière assez similaire au Onzième Docteur (que Belle connut très intimement en saison 1). Il enfonce le clou que ou « c’était ça ou la cravate » ce qui semble être une référence au Dixième Docteur, amateur de cravates et âme sœur de Rose Tyler. Ça commence à faire beaucoup de coïncidences tout ça…

  • Belle publie son premier livre aux éditions Atwood & Kalberg. Cette maison d’édition est fictive. L’éditeur des livres de la véritable Belle de Jour fut Orion Publishing Group. De même, le premier livre de l’héroïne s’appelle dans la série The Secret life of a London Call Girl mais dans la réalité, le premier opus de Belle de Jour fut nommé The Intimate Adventures of a London Call Girl.

  • No rest for the wicked taquine l’éditeur à Belle pour l’encourager à écrire rapidement son deuxième livre. Cette expression vient du livre d’Esaïe (48:22, 57:20-21), aujourd’hui utilisée couramment comme expression ironique à propos d’une série de travaux importants que l’on ou d’autres ont à faire. 

  • Camilla bosse dans les PR de la maison d’édition, c’est-à-dire les relations publiques (« Public Relations »).osse dans les PR de la maison d’édition, c’est-à-dire les relations publiques (« Public Relations »). 

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2. LA CLÉ DU FANTASME
(EPISODE 3.2)

Scénario : Tim Price

Réalisation : Owen Harris

- No one will pay 350 quid an hour for you.

- Why not ?

- They want Stepford wives who can suck, no EastEnders who can fuck.

Résumé :

Séparée de son mari, Jackie, la sœur de Belle, vient squatter chez elle à son grand dam. Jackie découvrant un nombre impressionnant de jouets sexuels chez sa sœur, Belle tourne la situation en sa faveur en essayant de la « décoincer ». D’abord révoltée, Jackie accepte de se lâcher, mais pas de la manière que Belle attendait. Pendant son temps, Bambi a rendez-vous avec un client très excentrique…

La critique de Clément Diaz:

On ne peut pas reprocher à Tim Price d’en faire trop peu : cet épisode est rempli à ras-bord de mini-intrigues brillamment enchevêtrées à la densité foisonnante, adornées par ailleurs de magnifiques thématiques sur le comportement sexuel humain et sur notre monde contemporain dont les règles prétendument « morales » se voient ici violemment dénoncées. La réussite n’est malheureusement pas complète, un des axes majeurs de l’intrigue - le vaudeville Belle-Jackie-Ben - tombant à plat par sa soudaineté absurde et sa gratuité pure et simple, révélateur du malaise des auteurs sur l’incorporation de la sœur de Belle dans la série. L’épisode enregistre cependant l’arrivée en fanfare d’un des plus réjouissants personnages de la série : le 100% excentrique, 100% romantique Byron, dont la particularité est son quasi mutisme : c’est que Byron s’exprime plus par actes qu’en paroles, et pendant toute la saison, il va nous régaler de ses apparitions lumineuses et adorables.

La première moitié de l’épisode accumule à un tempo ultra rapide scènes et confrontations chocs. Après une cold open fascinante par son esthétique morbide, l’épisode juxtapose des contrastes aussi tranchés que rigolards. En la matière, on est catapultés directement à des hauteurs lysergiques lorsque Belle traîne sa soeurette puritaine dans un club sexuel hallucinatoire ! Le choc des cultures est aussi hilarant qu’explosif, enchaînant les tirs au bazooka entre les deux sœurs, puis entre Belle et Stéphanie ici en mode hardcore - jamais la série n’aura été plus proche de Californication. La description de cet antre du 3e type du plaisir s’effectue avec un respect mêlé de sympathie : les auteurs mettent un point d’honneur à ne pas juger des pratiques stigmatisées par ailleurs comme « déviantes ». Ici, le sexe est joyeux et délirant, à l’image de son irrésistible hôte. Les dialogues crépitent en continu et ont le mérite de ne pas être gratuits : on aime voir Belle prendre sa revanche sur son ancienne employée (comme elle démolira plus tard Duncan), mais Stéphanie n’hésite pas à dénoncer sa mesquinerie, ce que Belle, dans son nuage, ne relève pas. La même Stéphanie se montre d’un cynisme dévastateur lorsque Bambi la confronte au racisme latent des clients quant aux filles de couleur. On applaudit Bambi de tenir tête à sa maquerelle (un exploit que même Belle n’a jamais réussi) passive devant cette inégalité. L’on sent que Stéphanie n’est pas à l’aise, elle a accepté ces dérives à cause de sa connaissance du terrain, plus amer et sordide qu’il n’y paraît, et qui a déteint sur elle. Grâce à la parfaite Cherie Lunghi, l’on sent le ravage de son personnage derrière sa muraille cassante. Stéphanie représente bien l’antidote au vernis glamour de la série, qui ne trompe personne une fois qu’on s’y immerge pleinement. La série restant quand même comique, cette gravité est équilibrée par Ashley Madekwe, jouant habilement d’un jeu totalement faux et excessif à pleurer d’hilarité.

Le conflit entre les deux sœurs s’avère aussi drôle que dramatique. Ainsi, alors qu’on est prêt à consoler Jackie, trahie par son mari infidèle, nous voyons en fait qu’elle est un véritable dragon femelle, infantilisant, castrateur, et engoncé dans son double carcan puritain et de son élevé rang social. Belle n’apparaît pas si sympathique non plus, se montrant tout aussi moralisatrice ; on applaudit la série de ne pas ménager ses héroïnes, cela les rend plus émouvantes dans leurs erreurs. Malgré les allures de vaudeville (irruptions de Bambi et Ben chez Belle), le fossé entre elles demeure profond. Jackie incarne une idée d’une société bourgeoise n’ayant que mépris pour la classe des « petites gens », à laquelle elle a échappé grâce à un mariage désastreux. Toutefois, l’épisode chute dans les clichés de la telenovela pour décrire comment Jackie se « décoince ». Le vaudeville Ben-Jackie arrive trop rapidement pour cette dernière. Voir Ben n'être que le jouet sexuel de Jackie apparaît aussi artificiel que vulgaire. Il aurait mieux valu que Jackie ait simplement accepté l’univers de Belle sans le juger plutôt que cette histoire sacrifiant trop au sensationnel. Reste que la fureur de Belle n'est pas sans nous intriguer, comme si elle manifestait une jalousie que Jackie "s'amuse" avec son meilleur ami. L’on regrette que Jackie reste trop unidimensionnelle (la performance percutante de Joanna Bobin n’y pallie pas vraiment), elle ne semble qu’être une petite peste, humanisée seulement par une sous-entendue frustration sexuelle qu’elle s’est imposée par ses propres règles (d’où une masturbation compensatrice) et fantasmant malgré elle sur une vie sexuelle plus pimentée. Par là, l'épisode souligne une société aussi schizophrène qu’elle, libérant sans réflexion les mœurs d’un côté, tout en s’en tenant à une sclérosante condamnation morale de l’autre. Nous touchons là sur une cause de l’insatisfaction sexuelle d’une grande part de l’humanité. Le rendez-vous de Belle s’avère moins enthousiasmant que de coutume, malgré une tenue spectaculairement sexy.

Cette deuxième partie décevrait s’il n’y avait pas eu une des meilleures idées de cette troisième saison et de la série tout entière : l’entrée en scène de Byron. Le coup de cœur pour ce client bizarre est immédiat. Incarnation aboutie du dandy anglais rock’n’roll - comme un croisement entre John Steed et les Who - à l’excentricité pétillante, et au romantique débordant, son histoire avec Bambi débutant ici est une parenthèse euphorique rare dans la série. Sa mise en scène de leur rendez-vous est à la fois drôle par son décalage, impressionnante par sa démesure, et émouvante par son romantisme aveuglant. Byron et Bambi vont composer un des plus grands atouts de cette troisième saison tout en faisant évoluer la padawan de Belle. Il est clair qu’avec ses prétentions et ses airs de diva que Bambi suit le chemin de l’arriviste Naomi, et Byron apparaît comme celui qui l’en fera dévier vers un avenir bien plus radieux, incarnation de ces miracles qui peuvent arriver dans une vie, sans tomber dans le béat Hollywoodien. David Dawson, bien qu’en roue libre, retranscrit sans faiblir toutes les qualités de ce personnage électrique.

La critique d'Estuaire44 : 

On reprochera à l’épisode de partiellement retomber dans les défauts de la première saison, avec ses épisodes aux thématiques trop explicitement soulignées. Ici on indique d’emblée que l’on va traiter du fantasme, tout comme on a eu jadis l’opus estampillé BDSM ou échangisme. Il reste dommage de reprendre aussi manifestement la  main du spectateur, après  une période aux contours davantage subtils, on se croirait dans la première saison de Sex and the City. Au moins ce parcours fléché prend-t-il son essor via une séquence somptueusement filmée, avec une ambiance de Série noire aussi torride qu’élégante, une vraie réussite. Le scénario retrouve des couleurs par son second degré, n’opposant pas le fantasme à la réalité, comme on le pratique si couramment, mais bien à l’illusion.

En définitive nos héros se réfugient dans la fantaisie non tant pour échapper à un morne réel  (comme a pu le faire, dans un univers voisin, une certaine jeune londonienne s’engouffrant dans une boite bleue magique) que pour échapper au piège d’un bonheur illusoire où ils se sont eux-mêmes cadenassés. L’aventure avec Ben permet à la sœur d’oublier son mariage, mais celui-ci n’était déjà qu’un mirage consensuel. De même, Ben tente d’oublier l’illusion  déçue d’un possible bonheur avec Belle. La merveilleuse rencontre  avec Byron permet à Bambi de connaître une alternative au pseudo bonheur matérialiste dans laquelle elle s’est enferrée. Cette magnifique séquence dépasse d’ailleurs en quelques minutes tout ce que qu’ont pu proposer en matière de romantisme les mornes rencontres entre Belle et Alex la saison précédente. Car, pour une fois, le miracle va survenir et le fantasme devenir réalité. Une magie existe en ce monde et Bambi vient de la découvrir.

Belle elle-même se réfugie dans une réminiscence du mythe de Pygmalion et Galatée afin de dépasser cet opium du succès littéraire qui n’a jamais constitué qu’un pis aller à son vide intérieur, une rustine. Au total, le panorama de l’opus décrit l’humanité en troupeau aveugle, navigant d’un bonheur en trompe-l’œil à l’autre, car incapable d’appréhender sa vérité intrinsèque et de s’y confronter. .Sous son humour, le propos de la série rejoint un moralisme quasi nihiliste. D’ailleurs celle qui résout le mieux le dilemme existentiel reste notre Stefanie, par son adhésion au cynisme le plus absolu et revendiqué. On  peut qu’admirer cette femme faisant face à toutes les situations, même les plus embarrassantes, avec lucidité et aplomb, sans jamais se payer de mots ni se bercer d’illusion (et il nous faut absolument l’adresse de ses bars).

 A côté de ce discours très riche, on regrettera quelques maladresses se traduisant par des scènes sonnant assez faussement. On a peine à croire que Belle emmène sa sœur dans une soirée SM aussi carabinée, autrement plus hardcore que la branchée de la première saison ou le jeu de rôles polisson de la deuxième. Ou alors c’est une mauvaise blague, mais s’il existe un personnage de série télévisée dépourvu de toute méchanceté, c’est bien Belle. Leur engueulade entre sœurs fait un peu cliché. On a peine à croire que Bambi tombe des nues à ce point quant à l’impact du racisme sur sa valeur marchande, pour reprendre le vocabulaire fleuri de ces dames. La question aurait du logiquement s’imposer bien plus tôt dans sa carrière. Malgré ces quelques faiblesses, on apprécie que l’épisode fasse la part belle aux épatants personnages secondaires de la série.

Anecdotes :

  • Première apparition de l’aristocrate Byron, incarné par David Dawson. Il va devenir successivement client régulier, petit ami, et enfin époux de Bambi le temps des 7 épisodes de cette saison où il sera présent.

  • On note que Ben prend un bref instant un accent écossais, en hommage à David Tennant peut-être…

  • Stéphanie mentionne le roman Stepford Wives et la série EastEnders. Le premier, connu en France sous sa traduction Les femmes des Stepford, est un roman satirique américain d’Ira Levin paru en 1972 mettant en scène de jeunes femmes aussi belles qu’exagérément soumises à leurs maris. EastEnders est un soap opera anglais crée en 1985 mettant en scène plusieurs clans familiaux ; très populaire en Grande-Bretagne, les personnages féminins de la série sont souvent des femmes ravagées au comportement excessif, et aux manières de diva. La pointe de Stéphanie prend son sens car Bambi se comporte dans la scène comme un personnage de ce soap au lieu de la douce soumission demandée.

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3. L’ÉCUME DU SUBCONSCIENT
(EPISODE 3.3)

Scénario : Richard Hurst

Réalisation : Owen Harris

- Are you sure you're ok with this ? You must get some real perverts.

- If I'm lucky.

Résumé :

Belle continue de retranscrire ses rendez-vous avec ses clients. Celui du jour est un jeune homme timide qui aime que ses partenaires se comportent comme des animaux de ferme. Ben et Jackie continuent leur relation au grand dégoût de Belle que sa solitude oppresse de plus en plus. Malgré les avertissements de Belle, Bambi s’engage avec Byron dans une relation plus intime…

La critique de Clément Diaz:

La série continue d’enthousiasmer en osant un humour toujours plus frappadingue, alors que son regard sur les relations humaines est de plus en plus pessimiste. Les clients de Belle deviennent en effet des cas quasi psychiatriques, mais révèlent autant un délire comique qu’un poignant ravage intime. L’égoïsme fondamentalement présent dans le sentiment amoureux, les conséquences terribles des amours non partagées, la jalousie du bonheur d’autrui, l’angoisse de la solitude… l’épisode est décidément très chargé en noirceur ! Bambi et Byron permettent cependant à Richard Hurst d’introduire des parenthèses enchantées qui sont autant de respirations.

On commence en fanfare par Duncan pointant les tordantes perles d’une Belle se noyant dans un fatras de descriptions techniques. Ce galimatias burlesque emporte tout sur son passage, culminant avec cette loufoque partie de Twister, une excellente idée de scénariste. Mais derrière l’humour, l’on voit une évocation du dur labeur de l’artiste qui doit effacer les ficelles de sa technique aux yeux d’un public ne demandant rien d’autre que des émotions. Une sorte de méta-récit se met en place, car Belle doit maintenant accorder large part à sa personnalité, et celles de ses clients. Or, la série va maintenant délaisser le côté catalogue des services de Belle pour se concentrer sur les clients eux-mêmes, un choix bien plus riche, drôle, et sombre.

Démonstration immédiate avec le client du jour envoyant à l’autre bout de la galaxie les précédents de l’héroïne question folie. Son fantasme sur les animaux (écho au client du pilote ?) nous vaut une scène de sexe dont la franche crudité est parée par des répliques bourrines et des cris d’animaux totalement allumés. Les mines effondrées de Billie Piper sont un poème. Mais cette situation nous expose aussi une émouvante thématique : Belle ne se contente pas d’écarter les jambes, mais doit aussi interroger, et parfois insister pour découvrir comment satisfaire ses clients. Simon, emprisonné dans un carcan de règles bienséantes et la honte de ses fantasmes, est mal assuré, et il faut tout l’effort de l’héroïne pour le convaincre de se lâcher. Belle apporte bien plus qu’un réconfort sexuel à des hommes parfois frustrés, mais leur permet de réaffirmer une identité que les entraves sociales étouffent : l’on voit un homme brisé sentimentalement et sexuellement depuis qu’il fut rejeté à cause de ses fantasmes. La non-réalisation des fantasmes et de la libido entraînant leurs victimes sur une pente descendante (autodestruction, violence…), et ici exprimée sous forme d’une dévirilisation, est ainsi dramatiquement mise en scène.

Toute la deuxième partie de l’épisode s’attache à traquer les effets collatéraux dévastateurs de l’amour, à la hauteur de sa sublime joie. Ben ne parvient pas à se libérer de son amour non partagé pour son amie, et se perd dans les bras de sa sœur : débraillé, mal peigné, passif, à la ramasse, il semble perdu dans une brume d’hébétude chagrine. Jackie, tout à sa joie, ne s’en aperçoit pas - toujours cet égoïsme du sentiment amoureux - tandis que la situation embarrasse trop Hannah pour qu’elle s’en rende compte. Ben a ainsi la pseudo-satisfaction de rester près de son élue, ce qui ne lui cause que du mal (masochisme du rejeté). L’épisode ménage des moments de détente avec les merveilleuses escapades de Bambi et Byron, pétillants d’euphorie. Les voir réaliser la profondeur de leurs sentiments - infinie tendresse des scènes de lit - est touchant. Mais ce faisant, Bambi rejette l’appel à l’aide d’une Hannah étouffée dans sa solitude pour rester avec son prétendant, là où Belle n’hésitait pas à tout laisser tomber pour l’aider. Cette ingratitude révèle décidément bien le caractère égoïste des plus beaux sentiments, mais qu’aurions-nous fait à sa place ?

Belle continue son expansion : travail à la chaîne, écriture du livre, rendez-vous avec l’éditeur, condamnation de Bambi cédant à l’amour... C’est à ce moment qu’Hannah semble se réveiller pour crier sa souffrance d’être seule : sans famille, sans amoureux, sans amis (Ben semble bien loin), elle en est réduite à chercher compagnie auprès de… Duncan. Leur léger flirt suivi de l’hilarant monologue où Belle tente de le justifier à la caméra retrouve l’humour, mais va être la graine d’un terrible malentendu : jalousant Bambi et Byron (à raison) et Ben et Jackie (à tort), Hannah plaque toutes ses espérances en Duncan qui n’est qu’un choix par défaut. De plus, Hannah commet l’erreur fatale de mal interpréter leur lien : Duncan est fasciné par Belle-la-call-girl-de-luxe, mais on voit tout de suite qu’Hannah ne l’intéresse pas. Une nouvelle désillusion se profile déjà à l’horizon. Un chef-d’œuvre total d’humour et de noirceur.

La critique d'Estuaire44 : 

On discerne comme une saveur d’un film de Woody Allen dans cet épisode radieux et enlevé, gorgé d’humour comme de musique, nous parlant d’amour et, à sa manière, de littérature. Sur un mode joyeux, résolument positif et à la chaleur communicative, le récit nous narre comment l’amour se joue de toutes les rationalisations et autres enfermements de l’âme, emportant les résolutions de ceux et celles dont il s’empare comme à l’improviste. Il en va ainsi de l’histoire de Belle vis-à-vis de Duncan, ou de Bambi face à Byron, ces dames voyant leur petit monde professionnel, si solide en début de saison, en passe d’être pulvérisé par la passion, malgré leurs dénégations. Même si certains esprits rassis pourront taxer l’épisode d’utopique, on apprécie vivement que celui-ci apporte un contrepoint au précédent, considérablement pessimiste. Oui, pour cette humanité enferrée dans ses illusions de bonheur, il demeure encore un espoir de sublimer son existence. On regrettera simplement la relation entre Ben et la sœur d’Hannah, à laquelle on éprouve toujours du mal à croire.

L’opus présente également le mérite d’aborder une relation  finalement peu explorée ailleurs, celle unissant l’écrivain à son éditeur. Un sujet très riche, quand on sait à quel point de tels duos ont pu marquer la littérature. Une série comme Californication a pu aborder le rapport équivalent pouvant se nouer entre un auteur et son agent, mais sous un angle (vraiment) hors normes, cela reste un domaine à explorer. A travers l’histoire du sympathique client et de sa réécriture, l’épisode ouvre également une intéressante fenêtre, même si fatalement fugace, sur le mystère de l’écriture, sur ce que l’auteur y projette de lui-même, consciemment ou non. Sur ce passionnant sujet, on lira avec profit le roman La Part des Ténèbres, de Stephen King. L’opus démontre la qualité coutumière de la série, avec des acteurs en état de grâce, à commencer par une Billie Piper au formidable talent, et une mise en scène aussi élégante qu’inventive. Aussi variée que très anglaise (The Kinks), la bande son apporte également un précieux concours.

Anecdotes :

  • Hannah vit dans son appartement depuis 4 ans.

  • Le mail qu’envoie Hannah à son éditeur nous apprend le prénom de ce dernier : Duncan.

  • Bambi dit à Belle que Byron va l’emmener à Gaveston. Gaveston Hall est un magnifique château situé dans le Sussex, près de Nuthurst, et entouré par plus de 40 hectares de forêts, lacs, prairies, ruisseaux... Cet écrin naturel large est très prisé des touristes, et est un lieu de choix pour les amoureux. Byron n’a pas l’habitude de faire dans la modération question rendez-vous !

  • Le texte visible une brève seconde sur l’ordinateur de Belle avant qu’elle l’efface est en fait le récit qu’elle fait lire à Duncan au début de l’épisode, erreurs inclus. Il y a donc une erreur de continuité car elle est sensé écrire l’expérience qu’elle vient juste d’avoir avec Simon. Plus prosaïquement, Belle y écrit qu’elle sait mettre un préservatif avec la bouche (un vieux truc d’escort ajoute-t-elle), détail qu’elle avait mentionné dans l’épisode 2.08.

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4. GOURMANDISES
(EPISODE 3.4)

Scénario : Rebecca Lenkiewicz

Réalisation : Owen Harris

- And then I saw Duncan.

- You shagged him, didn't you?

- Yep. It was just a quick… well, it wasn't quick.

- I don't want to know !

Résumé :

Alors qu’elle cherche un moyen de séduire Duncan, Belle trouve à sa demande un client excentrique : Des est un adepte du sploshing, soit un fantasme de faire l’amour avec de la nourriture déversée en grande quantité sur les vêtements et la peau. Sur les conseils de Belle, Bambi rompt avec Byron. Ben prend également la décision de rompre avec Jackie…

La critique de Clément Diaz:

Alors que les histoires avec les clients commencent à partir massivement en vrille pour notre plus grand plaisir, les personnages continuent leur recherche désespérée du bonheur personnel : Bambi semble fermer la porte à un réel bonheur, Ben s’emberlificote dans une relation sans queue ni tête (sans jeu de mots) avec Jackie, et Belle persiste à vouloir séduire un homme qui ne peut que la décevoir. Alors que les deux premiers parviennent à surmonter leurs penchants autodestructeurs, Belle, personnage d’un tragique absolu, s’enfonce toujours davantage dans des décisions catastrophiques. La mise en scène luxueuse, habilement poussée jusqu’à la caricature, d’Owen Harris, met en évidence sa prison dorée qu’elle tente sans succès de briser.

L’introduction excite immédiatement le rire par les fantasmagories de Belle s’imaginant en tenue sexy pour aguicher Duncan. Son regard-ras-la-honte qu’elle lance au spectateur est un excellent gag ! Une première apothéose surgit lors de la délirante scène de sploshing où Belle rame pour suivre son client jusqu’au bout de son fantasme. On se demande comment Billie Piper et Colin Michael Carmichael ont réussi à tourner cette scène sacrément physique et éprouvante, tout en notant la chaleureuse complicité qu’ils arrivent à installer dès la première seconde. Des noue un lien certes tarifé, mais pas sans une réelle affection avec Belle, qui fait plaisir. Voir les deux compères se balancer de la nourriture partout (et quand je dis partout, c’est… partout) restera comme une des images les plus folles de la série - American Pie est renvoyé loin derrière - déchaînant un rire continu, encore renforcé par les maladresses de Belle et le cabotinage sans retenue de Carmichael.

Ben casse enfin la mascarade qu’il a construite avec Jackie, insuffisant pis-aller à son amour sans retour pour Belle. Blasée par ses malheureuses expériences, Belle croit bien faire en poussant Bambi à la rupture avec Byron ; ce faisant, elle l’invite à reproduire son même schéma destructeur : séparer à tout prix la femme et la prostituée. Les scènes de rupture Ben/Jackie et Bambi/Byron sonnent juste par leur grande retenue, typiquement anglaise, où chacun accuse le coup en silence. Cela n’empêche pas que la scène Bambi/Byron est à déchirer le cœur, où Bambi se montre plus dure qu’elle ne l’est en réalité, et Byron recevant une nouvelle qu’il ne pouvait décemment pas prévoir. David Dawson est subjuguant d’émotion, montrant une sensation d’écroulement tout en restant très intériorisé de jeu. L’émotion plus visuelle est assurée par une Ashley Madekwe parfaite, dans la dureté feinte comme dans la douleur à nu. Une démonstration particulièrement amère d’un épanouissement personnel vu comme incompatible dans notre société capitaliste à l’imposée course au progrès social, et aussi la manie de l’être humain à se résigner à des vies insatisfaisantes en refusant de prendre des décisions qui pourraient le rendre heureux, mais vues comme trop « folles ». Il faudra d’ailleurs un acte aussi romantique que dingo de Byron pour casser le mur de l’impasse dans lequel Bambi a tenté de les plonger tous deux. Une lueur d’optimisme toutefois contrebalancée par la solitude de Belle. Que le couple « secondaire » de la série soit plus fusionnel que le « principal » apparaît comme une cruelle ironie envers Belle.

Cette dernière veut trouver son Byron à elle, qui lui assurerait un équilibre personnel. Malheureusement, dans sa hâte, elle mise sur un homme qui commence déjà à la décevoir. Malgré les avertissements de Ben qui lui rappelle qu’elle n’est qu’une « cash cow » pour Duncan, Belle choisit de ne pas voir que ce dernier n’a que faire de son réel soi, Hannah. La scène de séduction  avec une Belle attaquant à mort notre éditeur tout surpris - les amateurs de Buffy trouveront des similitudes avec Faith et son « I want, I take, I have » - est juste grandiose. Et la scène hot qui s’ensuit est vraiment une des plus torrides de la série (ah, le fantasme de « baiser » sur le bureau au travail). Le réveil est bien moins folichon, avec un Duncan certes courtois, mais manquant de chaleur. Si Hannah s’en aperçoit, elle est prise au piège de la peur de la solitude affective, et cherche encore à y croire. On a mal pour elle, mais au moins elle lutte, à la différence de sa sœur retournant finalement auprès de son faible mari et reprenant la vie minable qu’elle avait délaissée l’espace d’un instant. Gardes-robes d’une suprême élégance, champagne, campagne ensoleillée, décors brillants… la mise en scène d’Owen Harris est plaquée or, soulignant la trompeuse artificialité dans laquelle se réfugie Belle, comme cette nouvelle échappatoire avec Des qui s’évanouira dès le rendez-vous terminé. La série a beau rayonner de vie, de drôlerie, et de bonne humeur, son pessimisme permanent ne cesse de s’accentuer. Secret diary of a call-girl demeure avant tout une somptueuse tragédie moderne.

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La critique d'Estuaire44 : 

L'épisode poursuit la peinture du cheminement sentimental malaisé des protagonistes. Si l’ensemble continue à intéresser, l’efficacité de la narration résulte cette fois intermittente. Le recours à une discussion préliminaire entre Belle et Duncan afin d’indiquer le sujet du jour menace de tourner au procédé. Par ailleurs on comprend mal la toquade de Belle pour un éditeur la percevant manifestement avant tout à travers le prisme professionnel, et non comme un Pygmalion considérant sa Galatée. Introduire un amant percevant de prime à bord la personnalité a d’Hannah et non de Belle, à l’inverse d’Alex la saison précédente, permet d’entrevoir un développement prometteur achevant de décrire le piège de solitude dans lequel sa profession et son identité duale enferment inexorablement l’héroïne. Tout ceci réside ici en germe, mais l’intensité de la rencontre intime de Belle et Duncan pâtit du manque d’intérêt réel de ce dernier et de son moindre investissement émotionnel. La narration demeure ici avant tout fonctionnelle, plantant ses jalons, mais la mise en scène la relaie sans défaillir, l’épisode s’avère une complète réussite visuelle, comme si souvent.

On reste sceptique devant la séparation entre Ben et Jackie, passablement soudaine et menée manu militari. Le retour concomitant et si pratique du mari prodigue confirme qu’il s’agit avant tout de l’exfiltration menée sans trop de subtilité d’un personnage devenu inutile. Au moins l’épisode réussit-il un vrai moment d’émotion lors de la rupture elle-même, au sein d’un cadre romantique devenu soudain bien cruel. Même si elle donne lieu à une héroïque performance des comédiens, la description donnée du sploshing laisse également (paradoxalement) sur sa faim, car abordée de manière trop burlesque et trop uniquement positive, alors qu’il peut aussi s’accompagner de pratiques de domination avoisinant le sadomasochisme. La série n’apparaît jamais sous son meilleur jour quand elle édulcore son propos, même si elle a l’heureuse fortune d’être anglaise, ce qui permet d’assimiler sans trop de difficultés le sploshing à l’excentricité. D’une manière générale l’opus agglomère trop rapidement perversion et courage de vivre ses fantasmes, alors que la première peut aussi survenir quand on devient esclave des premiers. Mais le récit s’en sort vers le haut grâce à la romance toujours aussi irrésistible entre Bambi et Byron. Elle nous vaut clairement les moments les plus intenses de l’épisode, dans la détresse puis dans la joie. D’abord une trame secondaire, elle s’impose comme un moteur indispensable à cette saison.

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5. L’ARGENT FAIT LE BONHEUR
(EPISODE 3.5)

Scénario : Rebecca Lenkiewicz

Réalisation : China Moo-Young

Number one unwritten rule of being an escort : you only allowed one lover : money !

Résumé :

Déçue par son expérience avec Duncan, Belle apprécie d’autant plus la visite d’Al, un client régulier pour lequel elle a beaucoup d’affection. Stéphanie vient cependant lui rappeler ses priorités en tant qu’escort. Belle décide néanmoins de parler avec Duncan de ce qui s’est passé. Bambi et Byron filent, eux, le parfait amour…

La critique de Clément Diaz:

Le succès de Secret Diary tient dans son récit sombre recouvert d’un vernis comique et glamour ; et depuis la saison 2, dans la gestion feuilletonnante des aventures amoureuses de ses héros à la dérive. Malheureusement, cet épisode ne fait fonctionner aucun des deux atouts : en délaissant l’humour et en surchargeant les dialogues, il bascule dans les eaux saumâtres du soap opera sérieux à l’excès sans l’épure émotionnelle des meilleurs canons du genre (tel Six feet Under). De plus, le feuilleton se dérègle en figeant les lignes narratives en cours : Bambi, Byron, et Ben font de la figuration, et Hannah patauge en essayant de garder Duncan, qui louvoie tant que cela en devient artificiel. Sur une petite saison de 8 épisodes, un épisode immobile ne pardonne pas. Heureusement, le retour de Stéphanie arrive à point pour illuminer cet épisode statique de sa misanthropie aussi cynique que percutante.

Le client du jour dégage une pénible impression de déjà vu car le thème du client régulier a déjà été traité en saison 1 avec Ash. Certes, Al suscite immédiatement la sympathie - en dépit de son infidélité conjugale -  pour sa relation gaie et décontractée avec Belle, mais ni l’humour ni le grain de folie coutumiers de ces vignettes ne sont présents. L’absence de tout thème sous-jacent appauvrit également ce pan de l’histoire. Duncan étant décrit comme un homme cynique et sans grande chaleur, l’alchimie avec la sensible Belle ne peut fonctionner (la comparaison avec Alex est fatale). Si cela est valable d’un point de vue strictement narratif, cela interdit cependant toute émotion. Duncan devient pénible à force de battre la campagne tandis qu’Hannah finit par crisper en se noyant dans des clichés de femme délaissée (ce qu’elle n’est absolument pas) qui diluent sa complexité. Se grisant d’une virtuosité vaine, les auteurs inversent les rôles en cours de route avec Duncan faisant un pas en avant, et Hannah dix en arrière, ou comment réduire d’excellents personnages à des marionnettes. Les voir enfin accepter une relation sérieuse dans la coda laisse espérer que ce passage à vide ne se prolongera pas. Cela dit, on admire comment Hannah, aveuglée par sa solitude, refuse de voir que si Duncan se montre conciliant avec le fait qu’elle couche avec d’autres hommes professionnellement, il ne veut pas comprendre son vrai soi, Hannah, d’où un retour de bâton encore plus cruel que le cas Alex commençant à prendre forme.

A côté de ces intrigues plates et de ses personnages secondaires sacrifiés, l’épisode trouve un second souffle avec le come-back de Stéphanie qui apporte avec elle le véritable thème de l’épisode, énoncé déjà par la pétulante introduction : l’argent comme unique « amant fidèle » des prostitué(e)s. Businesswoman de fer à la vie sentimentale passée que l’on devine désastreuse, Stéphanie s’appuie sur la confiance qu’elle voue à l’argent, dont elle est seule responsable, à la différence d’un ménage aux déceptions inévitables. Mais cet amour de l’argent et son rejet de toute chaleur humaine l’a rendue glaciale, on peut y voir une triste fuite aux désillusions inhérentes aux relations humaines. Cherie Lunghi déborde de classe et d’énergie. Il paraît patent que ce personnage spirituel, mais au cœur cadenassé par ailleurs, est clairement dépeint comme le reflet de ce que deviendra Belle si elle continue d’étouffer Hannah. Cette dernière semble en avoir conscience, car sa fragile foi fabriquée de toutes pièces en l’argent qu’elle affiche durant la 1re moitié de l’épisode s’effondre vite vu ses efforts pour conquérir Duncan. Notre héroïne n’abandonne pas le combat, souhaitant réitérer l’exploit de Bambi, et émouvante dans ses multiples erreurs qu’elle commet pour rester sur le ring.

La critique d'Estuaire44 : 

L’épisode met en opposition les deux forces antagonistes déchirant le cœur d’Hannah : son envie de connaître l’amour et l’attraction pour son métier particulier lui mettant, disons,  bien des bâtons dans la roue. Mais le récit explicite son attachement au plus vieux métier uniquement via les gains assurés, mais cela semble réellement réducteur. Effectivement notre amie n’a jamais dissimulé son côté Material Girl, mais l’on sait bien qu’elle est encore davantage accroc au frisson de l’aventure et au fait d’être à part au sein de la société, profondément singulière. Se cantonner au seul veau d’Or limite l’intérêt du propos du jour, même s’il nous vaut des retrouvailles amusantes avec Stéphanie, la cynique et tranchante Reine des Abeilles figurant plus que jamais comme un futur possible, sinon, probable, pour Belle (et on adore toujours autant ses cafés d’élection, la grande classe). Par ailleurs, centré sur le questionnement intime de l’héroïne, l’opus néglige assez mécaniquement les personnages secondaires.

Dépossédé de son aventure, mais aussi d’un relai au sein de l’action, (ce sera corrigé dès l’opus suivant) , ben se voit réduit au poncif du confident, tandis que l’on ne fait qu’entrapercevoir les charmants Byron et Bambi, celle-ci campant une alternative à Stéphanie déjà tristement improbable pour Belle, paraissant pour une fois une passablement acrimonieuse. Le sympathique habitué résulte fatalement plus effacé que l’excentrique amateur de Sploshing et la série recède à son tic toujours agaçant des peu crédibles manifestations d’absents durant l’acte. Heureusement Billie Piper démontre une nouvelle fois qu’elle a les épaules suffisamment larges pour supporter quasiment tout un épisode. Son talent et sa sensibilité se manifestent particulièrement durant la double scène centrale de l’appartement. Celle –ci s’avère cruelle pour Duncan : grâce à l’actrice, le spectateur perçoit clairement que l’on passé d’de belle à Hannah ce que l’éditeur n’a lui aucun moyen de comprendre (il n’est d’ailleurs pas le seul en cause). Même s’il arrache son prénom à Hannah, il continue à seulement percevoir Belle. De fait cette relation contrariée dès le départ continue à se montrer moins captivante que celle de la saison passée. 

Anecdotes :

  • Belle déclare avoir couché avec 1036 hommes.

  • 2 semaines se sont écoulées entre l’épisode 3.02 et celui-ci, Bambi et Byron déclarant qu’ils ne se connaissent que depuis ce laps de temps.

  • Pendant leur échange, Bambi et Byron mentionnent plusieurs références à la pop culture. Byton déclare être fan de CountDuckula et de Thundercats. Count Duckula (Comte Mordicus en VF) est une série animée de 1988 à 1993 racontant les aventures picaresques d’un vampire cherchant célébrité et fortune avec un succès… mitigé. Thundercats (Cosmocats en VF) est une série animée de 1985 racontant la lutte galactique des chats du titre contre des mutants diaboliques. Deux séries 100% british of course ! Pour les Superhéros, concept américain, Byron doit concéder à l’Oncle Sam qu’il aime beaucoup Le Surfer d’Argent, dont le look lisse et vaguement androgyne est évidemment raccord avec son physique. La féminine Bambi préfère, elle, le velu Wolverine. Ce sont deux super héros des Marvel comics.

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6. 007
(EPISODE 3.6)

Scénario : Richard Hurst

Réalisation : China Moo-Young

He spent as much time thinking about the detail of this as the average girl spends thinking about her wedding.

Résumé :

Après avoir reçu un client dont le fantasme est d’être James Bond dans un jeu de rôle sexuel, Belle passe une soirée à l’opéra avec Duncan, mais un enchaînement de circonstances va tout faire capoter…

La critique de Clément Diaz:

La série sort de son registre habituel de tragédie comique pour présenter une comédie de boulevard acide, dont l’efficacité tragi-comique continue d’inscrire cette saison comme une pente descendante pour Belle. Richard Hurst montre une éblouissante maîtrise de l’écriture de personnages : on admire comment il parvient à rendre sympathique son héroïne même lorsque cette dernière s’égare dans une sinistre condescendance, bien accompagnée par un petit ami bien pire qu’elle. Si Belle-Duncan est ici décrit comme un duo aux dehors sympathiques mais méprisant, le duo Ben-Byron est inversement écrit comme de nobles cœurs mais agissant en tant que pathétiques perturbateurs. Le tempo comique de l’épisode démarre en trombe et ne cesse d’accélérer alors même que la sidérante noirceur des situations s’accroît pareillement. Secret Diary continue de tenir en 22 minutes une impressionnante densité narrative et émotionnelle.

Le jeu de rôle sexuel est une pratique plus grand public que la plupart des fantasmes plus « extrêmes » présentés dans la série, sans doute parce qu’il permet de révéler davantage ses propres psychés. Depuis sa création, James Bond a toujours incarné une idée d’un modèle masculin - surtout pour les hétérosexuels - et fut vendu judicieusement au public comme tel. Un des points les plus iconiques étant bien sûr son charme n’épargnant aucune femme, et une vie sexuelle enviée. À ce fantasme, rejoint celle de la femme dangereuse - espionne le plus souvent - à la sexualité (forcément) incendiaire derrière le mur de glace. Ces fantasmes sont finalement très masculins, ce qui limite la portée de la scène, malgré le rapport de domination exercé par Belle. Malgré cela, la séquence réussit son pari de nous plonger dans l’hilarité : « 007 » moins crédible tu meurs, accent russe à couper au couteau (on se croirait de nouveau dans les 60’s), erreurs de script, cabotinage à tous les étages de Billie Piper et Justin Edwards, scène sexuelle moins torride que loufoque…

L’intérêt de l’épisode réside en ce que l’héroïne devient lorsqu’elle ne laisse aucune place à son vrai soi. Il en résulte une sombre métamorphose de notre héroïne finissant par renier ses liens à l’humanité et se vautrant dans une désagréable condescendance derrière les délices des soirées luxueuses. Elle y est encouragée par la suffisance de Duncan, toujours plus antipathique. Il est triste de voir Hannah se renier complètement en se casant avec un tel homme par peur de la solitude (et par jalousie envers Bambi), et accédant à une ascension sociale qui la défigure, elle la sympathique jeune femme de la petite bourgeoisie. Celui qui en est conscient, c’est bien Ben. On admire comment l’animosité entre lui et Duncan est mise en scène, avec seulement le jeu des acteurs et quelques gestes anodins en apparence (Duncan ne prenant pas sa monnaie, obséquiosité de Ben…). L’on est heureux de voir Byron soutenir Ben, prouvant une fois de plus qu’il n’a que faire de son sang noble, fraternisant avec un barman après s’être fiancé à une prostituée. Mais même Ben n’est pas innocent : toujours amoureux de son amie, c’est autant par jalousie que par lucidité qu’il s’oppose à Belle et Duncan. La scène de l’opéra, aussi amusante soit-elle, persifle aussi contre une haute société friande de l’endroit moins pour ses spectacles que pour le plaisir d’être vu dans un lieu classe, remontant au quotidien des maisons d’opéra du XVII et XVIIIe siècle avant que l’ère romantique ne redonne la primauté à l’art. Billie Piper et James d’Arcy rendent parfaitement cette acception de leurs personnages.

Le vaudeville final se montre joyeusement endiablé avec l’intervention coup sur coup du client et de Byron/Ben totalement pochetrons. La démolition au pas de charge de Duncan - entamée par son comportement très patriarcal envers Belle lors de la confrontation avec le pauvre 007 - par le fin duo fait partie des plus grands moments comiques de la série. S’ils sont les seuls à avertir leur amie de ce qui l’attend si elle continue dans cette voie, ils cassent tout espoir de la convaincre de son erreur par leur comportement. La dispute finale creuse un terrible fossé entre Ben et Belle, et fait monter les enjeux pour le restant de saison : désormais, Belle est toute seule pour se rendre compte de son erreur. La série confirme ici que plus ses épisodes sont riches en humour, plus ils sont riches en noirceur.



La critique d'Estuaire44 : 

L’épisode débute par la souvent distrayante pratique du jeu de rôles polisson (sans D20 et classes d’armure, plutôt avec dessous chics et amusants détournements). On s’amuse d’autant plus que ce jeu est dépourvu de l’aspect morbide parfois revêtu par le sploshing précédemment abordé, et qu’il nous a valu de joyeux moments lors de The L Word (avec notamment Alice et Dana recréant La croisière s’amuse). De plus, les auteurs ont l’excellente idée de retenir James Bond comme sujet du jeu, soit le personnage le plus ritualisé qui soit, donc se prêtant idéalement à l’exercice (un excellent RPG 007 a d’ailleurs connu son heure de gloire durant les 80’s), tout en relayant le côté British de la série. Choisir les Avengers aurait été trop espérer, quant au Docteur et à son Compagnon le plus attachant, le monde n’était sans doute pas encore prêt. Justin Edwards se montre aussi plaisant dans l’interprétation du client que complice avec une Billie Piper particulièrement enforme et appréciant visiblement l’exercice. Comme toujours, la mise en scène demeure des plus élégantes et participe à éliminer tout ce que la situation pourrait présenter de scabreux.

Mais ce grand opus atteint toute sa dimension en élargissant ensuite le point de vue. En effet cette pastille humoristique vraie à la cinglante ironie quand le récit dépeint une Belle s’adonnant elle-même à un jeu de rôles avec Duncan, sans même en prendre conscience. Elle se rêve en écrivaine vivant une passion avec son Pygmalion, alors que Duncan, outre ce plaisir qu’on dit charnel, ne s’intéresse que l’aspect ludique de la situation. Visiblement émoustillé par l’univers excitant et transgressif de la prostitution de haut vol, tel que décrit par Belle dans ses deux livres, il n’est attiré que par le côté le plus divertissant et paillettes de la vie de cette dernière, et en aucun cas par Hannah. Ces maladresses elles-aussi illustrent cette situation, c’est le frisson de cette fugue en dehors de son réel qui le capte avant tout. Cette facette de sa personnalité étant reléguée en périphérie par l’héroïne, par sa trop grande immersion dans le Jeu.

 Une situation qui ne peut que conduire dans le mur, tôt ou tard. Le drame s’accentue, cette acceptation de la négation d’Hannah conduisant l’héroïne à s’éloigner de ses amis ne la reconnaissant plus et se sentant dépossédés, comme le narre la séquence tragi-comique avec Ben et Byron (qu’il est bon d’évoquer en dehors de la relation avec Bambi), mais aussi la colère de Belle, s’enferrant dans l’aveuglement. Un épisode virtuose, à propos des dangers d’opter pour le fantasme jusqu’à s’y fondre, contrairement au sympathique client de Belle.

Anecdotes :

  • Belle tente de justifier l'attitude de Ben à Duncan en disant "He's got a lot of PMT". PMT est l'abréviation de "Premenstrual tension" ou syndrome prémenstruel en français. Il désigne un état d'irritabilité ou d'agressivité qui peut survenir chez les femmes les jours précédents leurs règles à cause de la chute importante d'oestrogènes et de progestérone survenant à cette période du cycle menstruel. Une remarque très méchante pour Ben !

  • Dans cet épisode où l'on lève pas mal le coude, Ben conseille le Malbec, un cépage de cuve noir français cultivé dans le Sud-Ouest et le Languedoc. Duncan préfère toutefois le Blaufränkisch, un cépage austro-slave réputé pour son goût fruité. Lors de la soirée, il commande un Burgundy, traduction de "Bourgogne", célèbre vin français très populaire à l'international. Le client embarrassé commande de même du Sancerre et du Syrah, produits respectivement dans le Cher et dans les Côtes du Rhône, le Syrah étant un cépage franco-suisse, réputé pour être excellent pour la santé - à doses modérées ! - par son riche taux en resvétarol ; il est actuellement de plus en plus demandé.

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7. RIEN QUE POUR LE PLAISIR
(EPISODE 3.7)

Scénario : Chloé Moss & Tim Price

Réalisation : China Moo-Young

A male escort needs charm, patience, stamina, and a sizable asset.

Résumé :

Toujours dans le cadre de ses « recherches », Belle décide d’inverser les rôles et de solliciter les services de Connor, un escort boy. Forcée d’admettre qu’en tant que femme (et non comme prostituée), il s’agit du meilleur amant qu’elle ait eu, elle se sent prise de remords après coup tandis que Duncan a du mal à digérer la nouvelle. Mais Duncan prend soin par ailleurs de cacher à sa petite amie qu’il la trompe avec une call-girl…

La critique de Clément Diaz:

Le point faible de la série réside dans sa lutte difficile à raconter les riches histoires amoureuses de son héroïne dans un format très réduit. Lorsqu’il s’agit de commencer à baisser le rideau, la série se voit obligé d’accélérer et de tomber sur le premier prétexte venu pour clore le dossier (on se souvient d’Alex débarquant à l’improviste chez Belle « en plein travail »). Ici, l’infidélité de Duncan sera donc le moteur déclencheur, un procédé terriblement basique encore renforcé par l’hénaurme coïncidence qu’il choisisse Bambi. Les situations qui en découlent appartiennent vraiment au théâtre de boulevard bas de gamme, alors même que le vaudeville précédent était bien mieux amené. Cependant, cet épisode sans temps mort interroge avec une percutante provocation les concepts d’infidélité, la pression de la société patriarcale qui s’applique aussi aux hommes en les forçant à se conformer à un idéal viril absurde, tout en portant la double personnalité de l’héroïne à son paroxysme.

La brillante idée voyant Belle en tant que « cliente » donne naissance à une double piste narrative séduisante : une véritable salsa burlesque lors du rendez-vous, puis une dérangeante réflexion sur l’infidélité dont l’épisode pointe audacieusement les contours flous de la définition. Ainsi, toute la scène chez l’escort se montre bidonnante en diable grâce au talent de Billie Piper de passer sans cesse du masque de la cliente timide et maladroite à la sévère critique professionnelle pointant toutes les erreurs de son confrère via le 4e mur… avant de connaître la meilleure séance sexuelle de sa vie. La voir confesser toute honteuse son véritable métier à un Connor ahuri et vexé est à pleurer de rire, tout en pointant ce que son stratagème a de reprochable. On aime aussi le premier compte-rendu de Belle du rendez-vous où les images contredisent a tempo tout son récit. Leon Ockenden se montre également très à l’aise en escort confiant et souriant qui compte bien s’amuser plus que de coutume avec une cliente plus jeune et jolie que son ordinaire. La scène ouvre également une fenêtre sur la prostitution masculine de luxe comparée à Belle : revenus moindres (l’appartement de Connor est bien plus spartiate que le luxe tapageur de celui de Belle), rapport aux clients plus direct, glamour moins présent, et accent plus mis sur la capacité de l’homme à mettre en confiance, à faire se sentir sa cliente attirante et libérée que sur le charme physique, en dépit de l’incontestable beauté de l’acteur jouant un escort pas forcément dans les canons habituels (géant musculeux).

Les deux personnalités de Belle rentrent de nouveau en conflit sur un point crucial : pour la première fois en position de « receveuse », la call-girl doit admettre être tombée sur un homme qui l’a pleinement satisfaite (quelle femme ne cherche pas un homme maîtrisant l’excitation orale ?) : le fait qu’elle y ait pris plaisir implique-t-il qu’elle a trompé Duncan ? Payer pour coucher atténue-t-il la situation d’infidélité ? Les auteurs laissent au public la décision. Avec Connor, notre amie s’est certes mise en mode « Belle », mais son corps est aussi celui d’Hannah, un corps reconnaissant envers une étreinte charnelle qui l’a comblé, d’où une terrible confusion éthique. Sa double identité ne s’est jamais manifestée avec autant de force qu’ici, confirmant la voie sans issue dans laquelle Belle/Hannah erre depuis le début de la série. L’épisode brocarde également l’exigence de la performance et de l’hyper virilité demandée par la société patriarcale : Duncan ne supporte pas de ne pas être le meilleur amant de sa petite amie, et quand il essaye de se métamorphoser en Connor, il devient une caricature pathétique d’étalon dominateur. L’épisode va décidément très loin car brisant la croyance rassurante selon laquelle les relations sexuelles les plus réussies sont celles où il y a des sentiments. Même si le sexe ne peut combler à lui seul la vie affective d’un être humain, la « technique » semble bien supérieure aux « bons sentiments » au lit…

Malheureusement, hormis sa scène sexuelle ratée avec Belle, l’histoire centrée sur Duncan restreint le succès de l’épisode. Avoir recours à l’infidélité, qui plus est avec Bambi (la probabilité d’un tel événement reste ridiculement basse), constitue un bien faible élément de résolution. Comme par hasard, Belle laisse échapper un « je t’aime » alors qu’il est au lit avec elle, le mélodrame outré dans toute sa gloire. Bambi se pointant à l’instant où Belle et Duncan allaient s’ébattre poursuit cette fois la veine du boulevard, mais vraiment forcé et schématique, même s’il introduit un beau dilemme pour elle entre son amitié pour son mentor et son devoir de confidentialité envers ses clients (on aurait bien aimé entendre Stéphanie sur la question). Ben, une nouvelle fois relégué à la marge du récit - ce n’est décidément pas sa saison - en est réduit à appeler continuellement Hannah qui érige un mur du silence, ce n’est pas vraiment comme ça qu’on a envie de le voir. A chaque saison, la série a toujours plus approfondi son humour et ses thématiques, mais son format restreint empêche ses arcs feuilletonnants de vraiment fonctionner. On en arrive déjà à la fin de la saison.

La critique d'Estuaire44 : 

Dans un premier temps, l’épisode poursuit avec acuité son étude de la dérive vécue par le couple formé par Belle et Duncan, toujours plus fondé sur l’imposture. Duncan cède à son addiction pour le monde de la prostitution de luxe, jusqu’à perdre le contrôle face à Belle. Une évolution en soi pathétique, soulignée par l’excellent jeu de James D'Arcy, au ton toujours juste. Mais c’est bien Belle qui nous désespère, tant elle semble enferrée dans son rêve de bonheur virant toujours plus à l’illusion volontaire. La scène chez le gigolo où elle révèle avoir bien compris que Duncan n’est attiré que par Belle et non par la personnalité d’Hannah, puis oa fugace révolte quand  son compagnon jette le masque montrent bien qu’elle a conscience de cette faille mais qu’elle pratique une fuite en avant Le récit permet d’explorer admirablement les sentiments de Belle/Hannah, souvent à l’écran et s’adresse à nous plus souvent qu’à l’accoutumée ces derniers temps. Comme toujours, elle se réfugie toutefois dans le non dit concernant sa brouille à Ben, car celui l’interpelle sur qa relation avec Duncan. Décidément le piège semble bien se refermer.

Cette chronique douce amère, ponctuée de moments hilarants telle l’épique visite chez le collègue masculin de Belle (qui aurait pu servir d’accroche à une série dérivée), a mis du temps à pleinement installer son intérêt au fil de la saison. La série en paie ici le prix, les auteurs paraissant d’un coup s’apercevoir que le prochain épisode constitue déjà la fin de saison. Tout va terriblement vite dans Secret Diary of a Call Girl, encore davantage que dans un programme comme Californication et un défaut de maîtrise se fait jour. Au lieu de narrer une implosion progressive et logique, l’intrigue n’a d’autre recours que de précipiter les évènements, en recourant à l’un des artifices les plus éculés du vaudeville. Même s’il n’est pas absurde que Duncan, toujours plus enferré dans son addiction, finisse par croiser Bambi, la coïncidence demeure énorme en point d’en devenir embarrassante. Cette sortie de route présente également comme conséquence pernicieuse de rendre prévisible le final d’une saison menaçant d’échouer au port. Billie Piper assure néanmoins le spectacle, quasiment en roue libre durant la visite chez le gigolo et il suffit à Byron d’apparaître trente secondes pour redéfinir le concept si anglais de dandy excentrique.

Anecdotes :

  • Unique épisode de la série écrit à quatre mains.

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8. JE T'AIME MOI NON PLUS
(EPISODE 3.8)

Scénario : Julie Gearey

Réalisation : China Moo-Young

- Thanks for thinking of me, it’s very kind of you.

- Well, you know me, 60% heart, 40% commission.

Résumé :

C’est le jour du mariage de Bambi et Byron. L’embarras est palpable entre Belle et Ben, demoiselle et garçon d’honneur respectifs. Peu avant la cérémonie, Bambi prend la décision d’avouer l’infidélité de Duncan…

La critique de Clément Diaz:

Conscients que la résolution du feuilleton de la saison n’est pas satisfaisante (rupture, vengeance, nouveau départ et cliffhanger, ou cours de soap opera 1re année), toute l’équipe fait de faiblesse vertu et nous offre des scènes de caractère certes typées, mais remarquablement réalisées : mise en scène épurée, dialogues au rasoir, interprétations puissantes, notamment de Billie Piper, et toujours l’alliance comédie/tragédie faisant la fortune du show depuis ses premières heures. Ben prépare un retour en force, tandis que Bambi et Byron nous quittent sur des adieux hyperromantiques, à leur image.

Devant boucler la saison, Julie Gearey réduit la séance du client du jour, qui échappe à l’anodin grâce au call-back du sympathique David (épisode 2.02), et de l’excellent Roger Barclay. Cependant, pressée par le temps, Gearey n’a pas le temps de développer le thème du travestissement, vu ici comme une simple fantaisie alors qu’il recoupe bien plus de sens, souvent très dramatiques (obsessions, malaise transgenre, quête d’identité…). Il aurait mieux valu que ce thème soit en première saison, à l’époque où la série dissertait sur tout un épisode sur le comportement amoureux et sexuel humain. À ceux que la question du travestissement et plus encore la question transgenre intéressent, je ne peux que conseiller l’épatante série Transparent.  L’épisode tourne entièrement autour de la douloureuse désillusion de Belle, voyant sa bulle fantasmagorique crevée sans retour par la déception d’un homme insuffisant. On applaudit Bambi d’avoir le courage de briser le cœur de sa bridesmaid alors même qu’elle et Byron atteignent les sommets de la félicité au cours de scènes tout aussi adorables les unes que les autres (magnifiques vœux). Stéphanie reste en périphérie, mais nous éclate avec son éternel sens du business quelque soit le moment, sans dissimuler une affection bien réelle pour ses « filles » (énorme Cherie Lunghi). Cette conjonction entre bonheur éclatant et chagrin abyssal était terriblement casse-gueule, mais toute l’équipe, China Moo-Young en tête, trouve l’équilibre juste.

Car le centre de l’épisode réside bien entendu dans la déclaration de rupture d’Hannah à Duncan, soit un des marronniers ultimes des drames sentimentaux. Heureusement, la réalisatrice et les dialoguistes s’en sortent sur la forme : un bouleversant et cuisant quasi monologue d’Hannah, campée par une Billie Piper tout en chagrin et en rage contenues, signant ici une de ses meilleures prestations (seule la scène finale de la série la surpassera). L’hébétude de Duncan est tout aussi révélatrice : le personnage est en fait moins méchant que totalement déconnecté de la réalité, incapable de comprendre les sentiments de ses semblables, un sociopathe en puissance en somme. Le jeu subtilement décalé de James d’Arcy s’inscrit bien dans cette optique. Par suite, quitte à être accusé de cruauté, on aime particulièrement la terrible vengeance d’Hannah, un modèle d’exécution publique. À notre grand soulagement, Ben regagne enfin ses galons de meilleur ami et confident, momentanément perdus lorsque l’héroïne s’était perdue dans un rôle fantasmagorique, le spectateur compatissant ne peut que lui accorder le pardon qu’elle lui implore, à l’unisson de Ben. Selon la tradition de la série, l’happy end, encore une fois, n’est pas franc, Belle retournant à la case départ, encore meurtrie. Mais elle a finalement sauvé son vrai soi, Hannah, à travers cette déception : un mal pour un bien en quelque sorte. Le cliffhanger final, purement psychologique, pose cependant des enjeux capitaux : l’on sent que la dernière saison va bien être la dernière chance de l’héroïne : Ben réussira-t-il où les autres ont échoué ? Une relation avec son meilleur ami peut elle sauver Belle de sa solitude et unir enfin ses deux personnalités ? Une incertitude qui donne à cette fin « triomphante » un goût frissonnant de prémonition…

La critique d'Estuaire44 : 

Ce final de saison souffre d’être trop prévisible après les évènements de l’épisode précédent. Aucun rebondissement ou fait nouveau ne vient perturber une conclusion largement anticipée. Toutefois, les auteurs ont l’intelligence de quasiment tout miser sur la longue séquence du mariage devenue  un carrefour des destins réunissant l’ensemble des personnages. Auparavant la séquence du chirurgien se justifie surtout par le respect d’un rituel de la série. En elle-même elle pétille moins que d’autres scènes du même genre vues cette saison (la meilleure demeurant sans doute celle de 007) et elle ne fait que souligner, de manière quelque peu superfétatoire, à quel point Belle, pourtant si habile à percevoir les souhaits de ces clients, s’est totalement aveuglée quant à ceux de Duncan. Le mariage s’avère parfaitement écrit et mise en scène, que Byron et Bambi choisissent un modus operandi traditionnel, pour eux il s’agit bien d ‘un engagement solennel. Le couple brille une dernière fois de son charme et de sa singularité. Que la famille de Byron ne soit pas venue laisse percevoir un volet de la situation guère développé par la saison mais note ami  fait face avec son élégance habituelle, authentiquement aristocratique.

On apprécie qu’aucun des personnages ne se voit négligé, avec le naturel de la réconciliation avec Ben ou l’apparition toujours aussi classieuse et piquante de Stéphanie (qui sait glisser à sa protégée un voyage tombant à pic pour lui changer les idées, la reine de glace a bien un cœur, en définitive). Mais le succès de l’épisode repose avant tout sur l’époustouflante prestation, toute en émotion et colère, de Billie Piper. Elle parvient à hisser une péripétie de vaudeville au rang de véritable épiphanie pour Hannah, apportant une force particulière à la scène de rupture. L’épisode introduit également directement la saison suivant avec un Ben abattant son jeu et une Belle dont la clairvoyance n’est que partiellement restaurée, ce qui la conduit à reporter toute la responsabilité du fiasco sur Duncan, alors qu’elle a elle aussi contribué à s’auto aveugler. Autant dire que malgré un radieux au-revoir, on subodore déjà que la London Call Girl n’est pas parvenue au terme de ses aventures et mésaventures. Trop longue à réellement se mettre en marche, cette saison apparaît légèrement en deçà des deux précédentes mais Secret Diary demeure une étude de caractères en clair-obscur passionnante à suivre, aussi hilarante qu’émouvante.

Anecdotes :

  • Dernières apparitions de Bambi (Ashley Madekwe), Byron (David Dawson), et Duncan (James d’Arcy).

  • Le nom complet de certains protagonistes est révélé : Bambi se nomme en fait Gloria White, Byron s’appelle Byron Seebohm et Duncan se nomme Duncan Atwood.

  • David cite le terme « hand shandy », une périphrase pour exprimer la masturbation.

  • David dit s’être travesti à la fac de médecine pour chanter South Pacific. Il s’agit d’une comédie musicale du duo Rodgers/Hammerstein (avec Joshua Logan), créée en 1949 et se déroulant dans des îles du Pacifique Sud où amour, racisme, et guerre vont bousculer les destins des protagonistes. Grand succès de Broadway, elle fut jouée à 1925 reprises jusqu’en 1954. Elle fut adaptée une fois au cinéma en 1958 avec Mitzi Gaynor dans le lead féminin, et une fois à la télévision en 2001 avec Glenn Close.

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