saison 1 saison 3

Dr House

Saison 6

 
PRÉSENTATION DE LA SAISON 6

La saison 6 se caractérise par un déclin de la qualité globale de la série. Cependant, elle se caractérise aussi par de brillantes innovations qui doivent atténuer cette première constatation.

Une nouvelle page se tourne, car à l’issue du 8e épisode de la saison, le Dr.Allison Cameron (Jennifer Morrison) quitte la série. Elle était un des six personnages principaux présents depuis le pilote. Son départ signifie la fin du Chaseron et du Hameron. En fin de saison, un personnage récurrent apparaît : Samantha Carr, la première femme de Wilson, jouée par Cynthia Watros.

Dans la saison 5, la série commençait déjà à gratter du côté du soap opera. Cette saison va marquer plus profondément ce choix, hélas à l’opposé des valeurs de la série. Cette cohabitation impossible va déranger l’esprit de Dr.House. Cela est visible en particulier avec des scènes centrées sur le couple Taub, d’un ennui sidéral ; une insulte à un personnage aussi passionnant que lui. Plus grave encore, cela va contaminer les scènes médicales, avec des patients bien moins intéressants, aux relations plus tire-larmes qu’émouvants. Le retour du sympathique Lucas Douglas qui entretient une relation avec la directrice de l’hôpital ne compense pas l’évacuation immédiate du si pimenté Huddy. Le défaut le plus pénétrant de cette saison consiste cependant dans l’épuisement créatif des scénaristes. Les cas médicaux sont plus bavards, moins imaginatifs, jusqu’à parfois devenir anecdotiques. Un trait qui sera d'ailleurs accentué en saison 7.

Cependant, dire que la saison 6 est mauvaise serait un contresens, tant elle regorge d’autres qualités encore jamais vues dans les saisons précédentes. Pour la première fois, David Shore greffe un fil rouge à toute la saison : le retour à la vie de House. Amoureux sans espoir d’une femme qui partage ses sentiments alors qu’il est à l’asile, il comprend après la séparation qu’il a le droit d’être heureux comme tout homme. Tout en conservant son caractère de cochon, House va donc se préoccuper davantage du bien-être de son entourage et ressentir davantage des sentiments « faibles » (amour, compassion, sollicitude…). Cela permet de faire évoluer un personnage déjà bien complexe. Sur ce point, les auteurs se montrent d’une justesse psychologique sans égale. La relation d’amitié avec Wilson bénéficie de cette avancée, une plus grande place lui est accordée. Le Hilson flamboie et nous surprend à chaque fois ; la série a même amélioré de ce côté ce qui était déjà transcendant. Les compositions de Robert Sean Leonard et Hugh Laurie sont au diapason, tout comme le reste du staff. Enfin, la saison contient des audaces visuelles et narratives à foison, faisant de la saison 6 la plus innovante de Dr.House : épisodes dans un asile (Broken), centrés sur un autre personnage que House (Wilson, 5 to 9), psychanalytiques (Baggage), filmés avec un appareil photo dernier cri (Help me), etc. Un de ces épisodes, kaléidoscope de mini-intrigues, a été réalisé par Hugh Laurie lui-même (Lockdown). Par ailleurs, la spécificité de la série à parler de problèmes éthiques et sociaux demeure (place du sexe dans le couple, meurtre d’un assassin, omniprésence des réseaux sociaux…).

Le finale de la saison 6 est - stricto sensu - ramassé sur un seul épisode, contrairement aux deux saisons précédentes. Mais psychologiquement, le dernier épisode est comme la suite de l’avant-dernier. L’avant-dernier trace le bilan de la thérapie de House et en tire un bilan pessimiste. Alors que House est sur le point d’abandonner et de replonger, il trouve une planche de salut au sein d’un final ténébreux et frénétique, dont la noirceur fulgurante n’échoue qu’in extremis à anéantir ses espoirs.

En bref, une saison qualitativement en-dessous question cas médicaux, proche de terrains incompatibles avec l’esprit de la série au niveau des personnages ; mais remplie à ras-bord de psychologie subtile et de bouleversements narratifs et techniques.

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1. TOUCHER LE FOND…
(BROKEN - PART 1) 




Scénario : Russel Friend, Garrett Lerner, David Foster, et David Shore
Réalisation :
Katie Jacobs

You're my only friend. And I hate you.

House, interné à l’hôpital psychiatrique de Mayfield, veut en sortir le plus vite possible. Mais le Dr. Darryl Nolan refuse de le laisser sortir. House multiplie les coups tordus au sein de l’asile, mais échoue à chaque fois à faire plier les médecins. Il rencontre la belle-sœur d’une patiente, Lydia, avec qui l’entente est immédiate…


La saison 6 s’ouvre sur un épisode en deux parties atypique, suite logique du cauchemar aux frontières du réel du season finale précédent. Broken est considéré comme un des tous meilleurs épisodes de la série. Toutefois, la première partie, faute d’un vrai scénario remplacé par une simple succession de saynètes, s’étire en longueur, et commet de fâcheux contresens. Malgré cela, Gregory House n’a rien de perdu de sa flamboyante intelligence, de son cynisme vachard, de son caractère révolté, source de nombreux moments d’humour noir. Cette dramedy trouve sa plus belle expression par le retournement final, un des plus brutaux de la série.

House trouve en Nolan (très expressif André Braugher) un interlocuteur de taille ; dès leur première scène, festif duel de pointes ironiques, on voit qu'il est un des rares à pouvoir s'opposer à House. C'est divertissant, mais cela va plus loin. Le spectateur a toujours admiré le caractère révolté de House, mais ce dernier est ici dans une révolte vidée de sens, car n'ayant que sa sortie comme but, et non une cause plus fondamentale. Nolan devant canaliser ses excès, il a toute notre sympathie, et il est passionnant de voir House tenter de s'éloigner de cette main tendue, comme un réflexe autodestructeur caché sous le masque de l'ego.

La galerie de portraits des patients de l'asile est craquante. Le compagnon de chambre de House, Alvie, est un agité délirant au grand coeur qui ne cesse de l’assommer à coups de monologues débiles. Lin-Manuel Miranda n’hésite pas à cabotiner pour un résultat rigolard. Les autres sont plus effacés mais leurs folies donnent un vent de fraîcheur très drôle derrière le tragique de leurs situations. On retient le paranoïaque interprété par Curtis Armstrong. Les fans de la série Clair de Lune verront que ce choix n’est pas anodin car le médecin-superviseur est le Dr.Beasley, soit le nom de famille d’Allyce Beasley, sa compagne dans Clair de Lune ! House commence très fort : il sabote avec sa délicatesse coutumière une thérapie de groupe en diagnostiquant chacune des folies de ses camarades (Ah bon, le suicide est un sujet tabou ici ?) ou bien lors de la scène mémorable de basketball où il se débarrasse de toute l’équipe adverse en appuyant sur leurs points faibles. Cette méchanceté exceptionnelle est aussi hilarante que douloureuse, car elle montre à quel point ce "control freak" se sent oppressé par une situation qu’il ne peut maîtriser. Nolan est fin psychologue, et il sait comment parer les diaboliques plans de House, ce qui déconcerte notre anti-héros, pas habitué à un « adversaire » aussi patient et fin. Provocation de mutinerie, tentative de chantage (via Wilson), et arrêt des médicaments sont trois plans diaboliques, mais Nolan a toujours un coup d'avance, et met échec et mat House à chaque fois. On a rarement vu notre héros aussi dominé dans le domaine de la rouerie. Plus qu'un duel entre deux personnes, c'est un combat pour Nolan pour protéger House qui tente de nourrir ses propres démons, ses capacités d'autodestruction, en refusant son aide, et il doit se montrer plus rusé que lui pour y parvenir.

Malgré une mise en scène experte de Katie Jacobs, qui signe là sa dernière (et meilleure) réalisation de la série, l’épisode se contente de se faire succéder des scènes qui, individuellement, sont toutes réussies, mais qui prises ensemble forment un tout dispersé et sans continuité dramatique. Le quotidien des fous présenté ici est édulcoré, loin de la noirceur d’un film comme Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il y’a peu de crises et d’accidents, tout le monde s’entend plutôt bien, c'est assez calme. On comprend le choix des auteurs qui ainsi mettent en avant la tornade House, mais c’est au détriment d’un réalisme qui compte pourtant dans l’ADN de la série.

La partie la plus réussie de ce récit est le segment Lydia, avec qui House noue un amour platonique. Incarnée par la belle Franka Potente, au jeu simple et lumineux, ce personnage nous charme tout de suite. Très complice avec House, toutes leurs scènes communes sont des moments de douceur contrastant avec le reste de l’épisode. Elle a tout de suite vu qu’en réalité, House a un grand cœur, même s’il ne le montre pas. Il semble troublé et s’en tire par des pirouettes qui traduisent son trouble. A son corps défendant, House ne peut s’empêcher de faire le bien autour de lui : c’est lui qui met de la bonne humeur dans l’asile, où tous ses camarades l’aiment et l’admirent. Il se montre soucieux du bien-être du schizophrène-super-héros, et s’emporte lorsqu’un psychologue aggrave par négligence son état. Toujours cette face fascinante du héros, que Hugh Laurie maîtrise d’une manière impeccable.

L’idyllique balade avec le « super-héros » est certainement le climax euphorique de l’épisode où pendant une après-midi, House et lui s’en donnent à cœur joie dans la fête foraine. Mais le twist final transforme en quelques secondes cette virée en tragédie terrible. House, hagard et terrifié, comprend soudainement qu’il y’a des situations où on ne peut s’en sortir tout seul. Il doit supplier de l’aide, et le voir défait de toute assurance ou cynisme permet de clore magistralement cette première partie.

  Infos supplémentaires :

- L'épisode commence par un générique à froid. Une première depuis le pilote. On remarque par ailleurs que - House n’ayant plus sa licence - le terme « M.D. » a disparu du titre, qui devient donc seulement « House ».

- Freedom Master est joué par Derek Richardson, qui n'est autre que le compagnon de Franka Potente (Lydia). Ils se marieront trois ans plus tard.

- House et Alvie se battent pour obtenir des pilules d’Haldol. En réalité, dans une situation d’urgence telle une bagarre entre détenus, les médecins préféreront administrer l’Haldol par seringue et non par pilules, car c’est plus rapide.

- Ana Lenchantin joue la violoncelliste muette. Dans la vie, elle est réellement une violoncelliste professionnelle.

- Premier épisode sans Lisa Edelstein (Cuddy). Hugh Laurie devient donc le seul acteur à apparaître dans l'intégralité de la série. Seuls House et Wilson (une scène seulement) apparaissent au niveau des personnages principaux. Premières apparitions d'Alvie le Cubain maniaco-dépressif et du docteur Nolan.

  - Alvie dit que son prénom vient du film Annie Hall (1977). Il pastiche une scène de L’Arnaque (1973) quand il salue House après que ce dernier ait obtenu les médicaments.

Acteurs :

Curtis Armstrong (1953) est surtout connu pour avoir été l’hilarant Herbert Viola, un des rôles principaux de la série Clair de Lune pendant 36 épisodes. Il fut aussi récurrent dans Supernatural (Metatron dans 12 épisodes), The Closer L.A (Peter Goldman dans 5 épisodes), et New Girl (Foster dans 9 épisodes). Il  s’est par ailleurs illustré dans de nombreuses séries telles Cybill, Lois & Clark, La croisière s’amuse nouvelle vague, Felicity (3 épisodes), Ally McBeal, That 70’s show, Preuve à l’appui, Parents à tout prix, Grey’s anatomy (2 épisodes), Boston Justice (5 épisodes), Ghost Whisperer, Earl, Les Experts, Scandal, Bones,etc. Il a également un peu joué au cinéma (Ray, Southland Tales …).

Franka Potente (1974) est une actrice d’origine allemande, connue surtout pour son rôle dans les deux premiers volets de la saga Jason Bourne : La mémoire dans la peau et La mort dans la peau. Elle fut découverte dans un film depuis réputé dans son pays : Cours, Lola cours de Tom Tykwer (son petit ami de l’époque). Après des débuts encourageants en Allemagne, elle a émigré aux Etats-Unis. On l’a vue notamment dans le rôle principal d'Eva Heissen dans la série Copper (20 épisodes), et celui récurrent d'Eleanor Nacht dans The Bridge (12 épisodes). Elle fut aussi dans The Shield (3 épisodes), Enquêteur malgré lui, American horror story (2 épisodes), etc. Cette comédienne a la spécialité de changer régulièrement de couleur de cheveux.

Lin-Manuel Miranda (1980) est avant tout compositeur, parolier de comédies musicales, spécialisé dans le hip-hop et le rap. Il a cependant joué dans quelques films et séries comme Les Soprano,Modern family, How I met your mother... Il tint aussi le rôle principal de Ruben Marcado dans la série Do no harm (11 épisodes).

André Braugher (1962) est un acteur qui a endossé plusieurs rôles principaux de série, en particulier Frank Pembleton dans 98 épisodes de la série Homicide, Marcellus Washington dans Le justicier de l’ombre (39 épisodes), et Ray Holt dans Brooklyn Nine-Nine (50 épisodes), mais aussi Ben Gideon dans Gideon's crossing (20 épisodes), Owen Thoreau Jr. dans Men of a certain age (22 épisodes), et Marcus Chaplin dans Last Resort (13 épisodes). Mais il a aussi joué dans New York police judiciaire, The practice,New York unité spéciale (6 épisodes), etc. On l’a aussi vu au cinéma.

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2. … ET REFAIRE SURFACE
(BROKEN - PART 2) 


Scénario : Russel Friend, Garrett Lerner, David Foster, et David Shore
Réalisation :
Katie Jacobs

- They broke you.
- They didn't break me. I am broken. Now stop worshipping me and go worry about your own loser life.

House cesse de se révolter et décide de faire confiance au Dr.Nolan pour qu’il aille mieux. Malgré que Lydia soit mariée, sa relation avec elle commence à devenir plus intense…

La deuxième partie de Broken mise à fond sur l’émotionnel, terrain miné que la série sait arpenter avec brio. Mais là, le niveau atteint est vertigineux. L’histoire House-Lydia est un mélodrame sentimental pur dont les accents tragiques rappellent le mythique Brève rencontre de David Lean ; l’émotion affleure à chaque instant, pour finir dans un final magnifique. Mais Broken fait plus que du Douglas Sirk, il raconte ainsi la lente reconstruction et les petites victoires d’un homme qui apprend peu à peu à revenir à la vie, à dégeler son cœur. Les deux intrigues cohabitent en parfaite harmonie, chacune a des résonances l’une envers l’autre. C’est au contact de Lydia que House émerge de l’abîme où il est tombé, et cette remontée éclaire en retour l’évolution de leur brève liaison. Les dialogues sont miraculeux de justesse. Un des épisodes les plus aboutis de toute la série.

Malgré des répliques toujours aussi vertes, l’heure n’est plus à la rigolade mais plutôt à l’introspection. Toutes les scènes avec Nolan - André Braugher est vraiment l’acteur idéal pour ce rôle - bénéficient d’une écriture d’un niveau intellectuel et émotionnel que seule une maigre poignée de séries a pu atteindre (et encore, les auteurs parviendront à faire mieux dans Baggage). La réussite passe par le personnage de House - et à son inimitable interprète Hugh Laurie - qui après cinq saisons demeure toujours une fascination continue pour le spectateur, mais aussi la bouleversante Lydia.

Nous savons que House aime à la fois être sur un piédestal qui flatte son ego, et qu’il en souffre car le condamnant à la solitude et à la « perfection ». Nolan l'en déchoit en exigeant qu’il reconnaisse être faillible, et à ne pas chercher à se « rattraper » à chaque faute comme le fait tout le temps House qui veut être irréprochable, même quand il est impuissant. Alors, il doit reconnaître qu’il ne peut rien faire pour « Freedom master » et tourner la page. Épris de justice, House souhaiterait souffrir autant que sa victime, pour « équilibrer ». Cet homme, pourtant athée, demande une sorte de "justice divine" contre lui-même, et il faut la persuasion de Nolan pour empêcher ce nouvel essai d'autodestruction. House renonce par ailleurs à jouer à l’anarchiste en suivant son traitement, provoquant la déception du joyeux Alvie. Curieusement, alors que House se fout de ce qu’on pense de lui, l’inimitié passagère d’Alvie le perturbe. Les failles se creusent. De même, House cesse de critiquer à tout bout de champ ses semblables et se montre plus humain, veillant ainsi Nolan à la mort de son père. Certes, cette évolution ne se fait pas sans heurts, comme lorsque House éprouve Nolan sur la jeune femme de la première partie, avant d’y renoncer. Le final est un peu expéditif, avec cette histoire de boîte à musique sortant du diable vauvert. Mais cette idée devient a posteriori indispensable pour réaliser une fin tout simplement parfaite.

La barrière de son asociabilité se brise lors de la scène de fête. La tendance agaçante des séries américaines à « caster » des rappeurs - Dr.House l’avait déjà fait dans Peine de vie (saison 2) et Je suis vivant ! (saison 5) - s'efface devant la communion d’Alfie et de House où le deuxième aide le premier à faire son rap improvisé lorsqu’il n’arrive plus à trouver de rimes ; un geste fraternel et généreux. De plus, alors que les rappeurs ne se font généralement pas remarquer pour leurs jeux d'acteur (litote), Lin-Manuel Miranda joue avec une énergie gaie son personnage, qui finit même par être superbement émouvant lors de la scène finale.

L’histoire avec Lydia est portée à un niveau d’émotion exceptionnel pour une durée si courte (un moyen-métrage). Comme souvent dans les romances, l’humour est indispensable pour assurer un équilibre avec le drame. Une leçon élémentaire que le quatuor d'auteurs n’a pas oublié. Ainsi la scène de réception où House doit prouver à Nolan qu’il sait « s’ouvrir aux autres » est de la pure comédie. On passe à un stade supérieur quand House et Lydia jouent à être mari et femme, à la fois drôle, et... tendre. Leurs affinités mènent à un premier baiser. Lydia, plus que quiconque, a deviné la face cachée de House : celle d’un homme sensible, idéaliste, gentil. De son côté, House rencontre son idéal féminin, au caractère forcément opposé au sien, dénué d’ironie, à la compassion exacerbée. Leur rapprochement est donc crédible et durable, car House, pour l’unique fois de sa vie, rompt avec son habitude de saboter son bonheur, une habitude qu'il avait prise de peur de détruire son génie médical, existant seulement parce qu’il est fermé à l’Autre. Il a certes le réflexe de cet auto-sabotage, quand il repousse les avances de Lydia, avant d'y succomber. Leur scène intime décrit parfaitement leur situation, un an avant que la série Tell me you love me aborde cette question du sexe comme radiographie du couple : on sent leur passion, la joie de l’instant présent, mais surtout le désespoir de la séparation à venir, comme s'ils avaient la préscience du prix qu’ils devront payer de leur rapprochement. Katie Jacobs se voit cependant obligée de filmer la scène très pudiquement étant donné la difficulté de Hugh Laurie à tourner ce genre de scènes. On saluera néanmoins le culot de l'épisode où une scène amorale car adultère fait office de catharsis positive.

La heartbreaking scène d’adieux entre Lydia et House est à chavirer le coeur. Malgré son envie de quitter mari, soeur et enfant pour lui, elle ne peut le faire sans culpabiliser mortellement. Un amour impossible qui n’aboutira jamais, la série prend tous les risques avec cette fin paroxystique, mais c'est payant : impossible de ne pas verser une larme en voyant ces deux cœurs partir au loin sans espoir de se revoir. Hugh Laurie et la magique Franka Potente sont d’une expressivité mémorable, et l’économie de leurs dialogues ne fait que souligner les sentiments déchirants de leurs personnages. Cette rupture est cependant salutaire : elle montre que House peut toujours s’attacher à quelqu’un, que malgré ses efforts, l’humain en lui n’est pas mort. Nolan peut donc signer la lettre de sortie. Grâce à Lydia, House a appris à rééprouver des sentiments, une rééducation sentimentale nécessaire.

Cette peine entache avec force le happy end. Malgré l’euphorie de la fête finale, malgré House jouant au clown, c’est bien l’impression d’un inachèvement qui prédomine. Sur le plan final, c’est la nostalgie, la rage rentrée qui se lit sur son visage. Pourtant, son passage n’aura pas été inutile : Alvie, bien qu’attristé du départ de son « meilleur ami », cesse à son tour de se révolter et prend ses médicaments, présageant sa guérison prochaine. Ce final ambivalent où joie et tristesse se mêlent est un cours magistral sur l’art d’écrire une histoire. Broken est tout simplement l’épisode le plus émouvant de la série entière.

Infos supplémentaires :

- Un parallèle amusant : la violoncelliste guérit en écoutant la boîte à musique contenant l’air de Papageno Das Klinget so herrlich de l’opéra La flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Or, dans cet opéra, entendre cet air entraîne plusieurs personnages à danser joyeusement, un peu comme Annie « ressuscitant » en entendant ce même air.

- House a eu un poisson rouge qui est mort quand il avait cinq ans.

- Bien qu'il n’y ait pas de cas clinique, House aide tout de même le père de Nolan.

- On peut voir un extrait d’un épisode des Griffin dans cet épisode : La victoire en rampant (saison 4).

- Pas moins de 22 musiques sont entendues dans ce double épisode ! Les plus importantes sont No surprises de Radiohead (l'introduction), Scènes d’enfants n°1 op.15 de Robert Schumann (par Franka Potente), l’Andante de L’Impromptu n°3 en si bémol majeur D935 de Franz Schubert (par Hugh Laurie), He’s an Englishman, un air de l’opérette HMS Pinafore de Gilbert & Sullivan, La macarena de Los del Río, Seven day mile de The Frames à la toute fin, et le Prélude de la Suite pour violoncelle n°1 en sol majeur BWV1007 de Johann Sebastian Bach par Ana Lenchantin. 

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3. COMME UN CHEF
(EPIC FAIL)


Scénario : Sara Hess et Liz Friedman
Réalisation :
Greg Yaitanes

Bed is for sissies. Unless you're having sex, in which case... no, bed is still for sissies.

Inquiet qu’un retour à son ancienne vie réveille ses démons, House démissionne de l’hôpital et cherche un moyen de taire sa douleur sans prendre de Vicodin. Foreman demande à devenir le chef du département de diagnostic. Cuddy lui demande de résoudre un cas « Housien » en guise de test : Vince, jeune testeur de jeu vidéo, a des brûlures inquiétantes aux mains. Mais ce geek ne cesse de faire des recherches sur Internet au lieu de faire confiance à l’équipe. Foreman ne parvient pas à légitimer sa place, ce qui cause plusieurs désagréments avec Numéro 13...

Après le drame douloureux de Broken, la série se lâche à nouveau et louche ouvertement vers le comique. L’impression de déjà-vu avec Foreman supervisant à grand-peine l’équipe en l’absence de House est compensé par le patient qui utilise Internet pour découvrir sa maladie. La recherche pleine de suspense, le crescendo d’emmerdements subi par Foreman, House se battant contre la tentation de la Vicodin, source de gags succulents, fin coulis sur ce combat sans espoir optimisent le scénario, malgré une fin bâclée.

La série demeurant très ancrée dans le réel, on peut regretter qu’elle n’ait pas poussé plus avant le toujours fascinant univers des jeux vidéo. Pourtant, l’introduction et la crise de délire de Vince qui mettent en scène un bunker sombre bardé de monstres pixellisés sont assez réussies. Vince, incarné par un Rick D. Wasseman somptueusement tête à claques, s’avère être un modèle de non-coopération 2.0 tant Foreman avale de couleuvres grâce à lui.

Le cas avance à bonne vitesse derrière le rocambolesque de la situation du patient cherchant sa maladie sur Internet - source de beaucoup d’humour - Epic fail ironise sur les débordements de la Toile, dangereuse lorsque mal utilisée. Cette passerelle aisée et pratique vers la connaissance universelle montre son revers puisque toutes les propositions de la Toile sont autant d’échecs et de retards qui gènent l’établissement du diagnostic. La scène où Taub, Foreman, et Numéro 13 lisent scrupuleusement les réponses des internautes en les réfutant une à une joue le rôle de procès contre l’informatique qui ne peut remplacer un cerveau humain logique et doué de raison. On songe à La Quatrième Dimension, influence non négligeable de la série, et ses épisodes comme Automation. Cependant tout n’est pas si simple, car c’est bien grâce à un internaute que Numéro 13 trouvera la solution, mais cette révélation est adoucie par le fait que Foreman, même avec une heure de retard, trouve la solution sans aucune aide. Oui l’informatique peut être efficace, mais le twist final, pourtant prévisible, a le mérite de mettre une solide sourdine à cette « efficacité ».

Foreman n'arrivant pas à asseoir son autorité subit une loi de Murphy assez jouissive, se faisant allégrement rembarrer par Vince ou ses subordonnés. La démission de Taub est le coup de grâce de la valse d’emmerdes pour Foreman qui pour son premier cas en tant que chef a faux sur toute la ligne. Côté cœur, il veut dominer sa relation avec Numéro 13. Ce n’est point ici de l’orgueil ou du machisme, mais seulement une tentative maladroite d’asseoir son nouveau pouvoir. 13 le comprend, mais cela n’empêche pas les disputes. L’adresse des dialogues, les excellentes performances d’Olivia Wilde (à fondre avec sa nouvelle coupe) et d’Omar Epps, et les dilemmes des situations, sont autant de réussites qui occultent la fadeur habituelle du « Foreteen ». Aussi sera-t-on consterné par la décision finale de Foreman qui fait retomber sa relation avec Thirteen dans le soap opera le plus vulgaire, avec ce coup de poignard grotesque. Ca n’a aucune crédibilité. Sinon, la volonté et la rigueur de Foreman font qu'il est légitime que Cuddy lui donne le poste.

House cherche une autre vocation. Sous la désinvolture et l’humour très à froid, le génial Hugh Laurie sous-entend la peur de son personnage à rechuter dans les médocs et à ne pas trouver un sens à sa vie, et le bonheur qui va avec. Mais sa misanthropie et la douleur de sa jambe sont si profondes que cette volonté est contrecarrée. Il croit pouvoir trouver un dérivatif en se mettant à la cuisine où il révèle des dons insoupçonnés. Ce qui nous vaut plusieurs scènes excellentes avec Wilson et surtout avec Cuddy (Lisa Edelstein est outrageusement belle dans ses différentes tenues). Le rire est toujours un excellent moyen pour insinuer le désespoir. Nous savons bien que House est fait pour la médecine, et cette fuite vers les fourneaux ne pouvait aboutir qu’à une impasse. Toutes les scènes avec Darryl Nolan conservent leur saveur psychologique et intellectuelle poussée.

Le gag délirant du pipi de labrador et la discussion loufoque qui s’ensuit avec Wilson et une Cuddy totalement paumée est encore plus désespéré : il nous révèle sans l’énoncer que House est retombé dans la Vicodin. Cet épisode pourrait décidément faire office de masterclass de dramedy tant la douleur se cache à peine derrière le rire. Le pessimisme de cet épisode est tellement pregnant que Hess et Friedman auraient pu se dispenser du rebondissement final visible à 100 kilomètres. Heureusement, l’impression de noirceur demeure, ce qui n’est pas le moindre exploit de cet épisode bourré d’humour. On saluera la réalisation de Greg Yaitanes qui trouve d’excellentes idées (la plongée ascensionnelle quand 13 et Foreman sont étendus sur le lit...).

House va maintenant commencer son chemin de rédemption, où il va mettre son cynisme de côté un temps, et essayer d'aider son prochain de manière moins bourrue. Cette orientation psychologique d'une extraordinaire difficulté va embarrasser les scénaristes pendant quelques épisodes, qui vont trop édulcorer les situations et le personnage. Heureusement, ils finiront par trouver assez rapidement la voie à suivre et conduiront plus subtilement cette évolution, jusqu'à l'apothéose du series finale.

Infos supplémentaires :

- Wilson déjeune avec Cuddy les mardis.

- Taub démissionne, refusant de travailler pour Foreman. Il reviendra dans Classé X.

- House est un excellent cuisinier. Foreman n'a que trois amis sur son réseau social.

- Lorsque Vince pense qu’il a du mercure dans son corps parce qu’il mange trop de sushis, Numéro 13 fait allusion au spectacle de Broadway Speed-the-plow. L’acteur Jeremy Piven, connu pour son rôle dans ce spectacle, venait alors d’annoncer qu’il quittait la production pour cause d’empoisonnement au mercure : il mangeait des sushis deux fois par jour depuis 20 ans.

- House regarde à la télévision une télé-réalité créée en 2004 : The biggest loser, où des candidats souffrant d’obésité concourent pour perdre le plus de poids possible. Le gagnant reçoit une récompense de 250000 $. Par ailleurs, House fait référence au Secret de Brokeback mountain quand il répond à Cuddy lui demandant de ne pas partir qu’il n’est pas Jake Gyllenhaal. Egalement référence à Spinal Tap, et le nombre fétiche 11.

Acteurs :

Rick D. Wassermann a joué dans les séries New York police judiciaire, FBI portés disparus, 24 heures chrono, Las Vegas, Les Experts : Manhattan, The Closer (épisode Petites annonces), Weeds, Burn Notice, Avengers : l’équipe des super héros (38 épisodes), etc. Il est cependant davantage investi dans le doublage, en particulier pour des jeux vidéos.

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4. LE SERMENT D'HIPPOCRATE
(THE TYRANT)


Scénario : Peter Blake
Réalisation :
David Straiton

- How was your first day of school ?
- Didn't pee once in the sandbox.

Dibala, dictateur africain responsable d'un génocide, est de passage aux Etats-Unis. Il fait une crise et devient le prochain patient de Foreman. Le départ de Taub et le renvoi de Numéro 13 obligent ce dernier à engager Chase et Cameron pour les remplacer, House n’étant que « consultant ». Les médecins sont troublés par les dilemmes éthiques que leur pose leur terrible patient. Quant à House, il s’entend très mal avec le voisin de Wilson…

Les nostalgiques de la première ère de la série ne peuvent que se réjouir de la reformation de l’équipe initiale. Malheureusement, l’intérêt de l’épisode se limite surtout à cet effet. Le cœur du scénario de Peter Blake est une question fondamentale : faut-il tuer une vie pour en sauver d’autres ? Habituellement habile pour les dilemmes éthiques, la série prend de gros sabots pour nous noyer dans des effets spectaculaires outranciers, très loin de sa sobriété. Alourdissant jusqu’à la caricature les dilemmes des médecins, empesant les dialogues, l’épisode ne convainc pas. Les quelques moments soap opera, la précipitée histoire secondaire, et - plus grave encore - l’édulcoration de Gregory House ne valent pas mieux. Un rude faux pas qui détonne après la réussite précédente.

En réalité, David Shore devait préparer le prochain départ de Cameron. Fidèle à sa volonté de faire original, l'affaire Dibala est en réalité le prétexte pour détruire le Tuesdays, en augmentant la tension jusqu’à explosion. Ce sera un demi-succès : la séparation sera émouvante et originale, mais manquera de crédibilité. Quant à l'affaire Dibala, contemplons à présent l'étendue du désastre.

Dans Acceptance (saison 2), la série posait la question de soigner un assassin. Dans cet épisode, c’est carrément un dictateur commettant des génocides qui se trouve sur le billard. James Earl Jones sait être repoussant sans verser dans l’hystérie. Dibala, bourreau sans remords, est persuadé de faire ce qui est juste. Il est l’incarnation du mal dans toute sa splendeur, à la logique glaciale et la paranoïa frémissantes. Malheureusement ce numéro réussi se voit annulé par son épuisante répétition : d’un bout à l’autre, on a l’impression d’assister à des photocopies de scènes précédentes. Les dialogues entre Chase et Cameron sur leur déchirement entre le serment d’Hippocrate, et leur dégoût de guérir un tel homme sont consternants de vide. On note que Foreman se rapproche toujours plus de House puisque ni l’un ni l’autre ne sont gênés par la situation. Les meilleurs moments sont les interventions de House dans les diagnostics différentiels, sapant sans problème l’autorité de Foreman. Mais comme Foreman est préoccupé côté cœur, et que House reste à l’écart, ce sont Chase et Cameron qui doivent occuper l’écran. Or, Chase est le personnage le moins intéressant de la série, et Cameron a perdu tout mordant. Ni Jesse Spencer ni Jennifer Morrison n’ont assez de puissance pour se substituer à Hugh Laurie. The Tyrant souffre cruellement de son peu de présence.

Le cas est pénible à suivre par sa surenchère dans le mauvais goût. Du strict point de vue médical, on se contente du minimum syndical, sans la délicieuse urgence des scènes de diagnostic. Le révolté qui supplie Chase de tuer Dibala, puis essaye de le faire lui-même se veut touchant mais la scène verse dans l'outrance massive. Les tentations de Cameron de tuer Dibala sont démonstratives. Le dilemme moral de Chase est alourdi par un excès de verbiage et un martèlement incessant des « pour » et des « contre » qui finit par user la patience du spectateur. Blake a beau nuancer l’effet tranchant d'une fin ridicule en rendant ambigus les sentiments de Chase, on ne suit pas. Tout est outré. On remplace la réflexion intelligente par des péripéties d’une vulgarité rare.

Foreman ne fait suivre que les suggestions de House et donc ne sert à rien. Le Foreteen, déjà pas solide, s’écroule totalement avec l’obstination de Foreman à persister dans ses erreurs (explication de texte ratée de Cameron), et Thirteen rabaissée au rang de maîtresse trahie. Si Olivia Wilde achève de nous convaincre dans le registre émotionnel, cela ne sert à rien car elle n’a que des lignes banales à dire. Il était temps qu'on en arrive à la rupture, parce que là la coupe est pleine.

House perd beaucoup de son « mojo » dans cet épisode où il délaisse ironie et piques vaches pour une certaine flemmardise. Le talent de Hugh Laurie n’est pas en cause, mais son personnage, qui s'édulcore trop. Ses algarades avec le vétéran de guerre manquent de force. Le rebondissement final avec la boîte de Ramachandran est si expéditif qu’il sera incompréhensible au profane, et ennuiera les spécialistes qui peuvent se demander pourquoi il a fallu 36 ans pour que cet homme fasse ce test aussi simple qui le guérit instantanément. Finalement, celui qui s’en sort le mieux est Wilson, toujours récipiendaire des emmerdes des autres.

Episode mauvais qui n'a rien à avoir avec la série.

Infos supplémentaires :

- Chase a fait son séminaire (d’un an) au Royaume-Uni.

- House aime bien regarder The Ellen DeGeneres show, un fameux talk-show qui existe depuis 2003.

- Numéro 13 et Foreman rompent (c'est pas trop tôt !). House emménage chez Wilson.

- Quinzième échec de l’équipe dans cet épisode. Leur patient meurt après une erreur médicale volontaire de Chase.

- Humour des auteurs : quand House dit à Foreman que Numéro 13 était loin d'être la femme la plus sexy du monde, Olivia Wilde avait en fait été élue par des magazines à cette place !

- Le titre VF de cet épisode fait référence à un serment prêté par chaque médecin avant de pouvoir définitivement exercer. La série, non sans ironie, réfléchit sur les insuffisances de ce serment, chaque épisode ou presque le violant souvent.

- Dans l’introduction, Dibala est assigné à comparaître selon la section 1350 du Code des Etats-Unis. Cependant, cette section ne concerne pas les génocides (le crime dont il est accusé), c’est en fait la section 1091 qui en parle. Le papier de la morgue que Foreman montre à Chase, est froissé, alors qu’il apparaît net et lisse lorsque Foreman va pour le brûler.

- Référence à la série True blood lorsque Wilson prétend être un vampire. On relève aussi des allusions à Apocalypse now et Un monde pour nous (1989).

Acteurs :

James Earl Jones (1931) est surtout connu pour avoir été la voix de Dark Vador dans la saga de La Guerre des Etoiles. C’est un acteur de cinéma très réputé aux Etats-Unis. Traumatisé d’avoir dû être élevé par ses grands-parents (son père a quitté sa famille quand il n’avait que 5 ans), il sera muet jusqu’au lycée. Après avoir mené une certaine carrière à l’armée (il est Lieutenant), il se tourne vers le théâtre où sa prestance lui permet d’accéder à la notoriété. Il a participé à nombre de films comme Dr.Folamour, L’exorciste II, Conan le Barbare, Allan Quatermain et la cité de l’or perdue, Un prince à New York, A la poursuite d’Octobre rouge, Les experts, Le roi lion, etc. Il a aussi joué dans les séries Haine et passion, As the world turns, New York police judiciaire, Dingue de toi, Lois et Clark, Stargate SG-1 (épisode Le marteau de Thor), Homicide (3 épisodes), Les Simpson (3 épisodes), Mon oncle Charlie, The Big Bang Theory, etc. Il est surtout renommé pour sa voix profonde et grave, ce qui lui a valu d’avoir de nombreux rôles de narrateur. Il est le seul acteur à avoir remporté deux Emmy awards la même année.

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5. L’ARGENT NE FAIT PAS LE BONHEUR
(INSTANT KARMA)


Scénario : Thomas L. Moran
Réalisation :
Greg Yaitanes

Don't usually see brain damage after a rectal biopsy.

Roy, un milliardaire, aurait tout pour être heureux si son fils n’était pas malade. Aucun médecin n’arrivant à établir son diagnostic ; Foreman, Chase, et Cameron, toujours assistés par House, s’en occupent. Mais Foreman et Chase sont inquiets : Cuddy leur impose d’écrire une conférence sur le cas Dibala (épisode précédent), mais ne peuvent l’écrire sans révéler ce qu’a fait Chase. Quant à Numéro 13, elle tente de découvrir qui a piraté son ordinateur et annulé son vol pour la Thaïlande…

Thomas L. Moran a des intentions bien louables en écrivant un épisode centré quasi exclusivement sur le cas, mais la mécanique de l’enquête est aussi brillante que vaine par son accumulation de diagnostics différentiels obscurs, débités sur un ton rapide mais monocorde, sans humour. Instant Karma est une sortie de piste étrangement symétrique à The Tyrant : ce dernier épisode savait où il allait (soigner le "Mal"), mais ne savait pas comment y aller ; alors que celui-ci, grâce au plus grand investissement de House, a une direction mieux assurée, mais ne mène nulle part. Aucun soulèvement éthique, aucune intensité, final en eau de boudin, sujet du Karma à peine survolé... en revanche deux mêmes points communs : une histoire secondaire écrite à la hâte, et un House très fade.

L’introduction est assez étonnante car refusant la traditionnelle syncope/crachement de sang/convulsions (rayer la mention inutile). Toutefois, l’épisode passe immédiatement après en pilotage automatique. Si on apprécie quelques vannes de House, ou la résignation de Foreman de n'être que le chef que nominalement, nos personnages sont fatigués. Cameron ne sert à rien, Foreman tire la même tête durant tout l’épisode, Chase s’agite beaucoup pour un résultat nul, et House, qui continue son chemin de rédemption, se comporte en gentil plaisantin inoffensif. Le corollaire est une absence d’ironie (pilier de la série) même pas relevée par une quelconque tension. On a l’impression de regarder un documentaire médical froidement filmé avec cette description minutieuse et exacte d’un cas (The Office à l’hôpital, le décalage en moins), mais qui peine à nous intéresser car on y comprend pas grand-chose.

L’épisode enfonce une porte ouverte : l’argent ne peut pas tout acheter, surtout pas la santé. Moran en est conscient et choisit de traiter ce sujet consensuel de manière originale : le karma. Une option qui avait du potentiel mais terriblement maltraitée : la croyance de ce milliardaire selon lequel son fils guérira s’il se ruine volontairement, n’attire au mieux qu’un rire incrédule du spectateur. Dans le même genre, on préferera les aventures délirantes - bien qu'un peu enfantines - de Earl, le crétin au grand cœur. Cette vision abrégée et incomplète de ce concept spirituel si riche pénalise l'épisode en digressions stériles et aboutit à une sorte d’happy end mielleux et puéril, croulant sous les bons sentiments - l’amour filial est plus important que l’argent - Lee Tergesen (Roy) ne peut pas faire grand-chose. Greg Yaitanes réussit bien quelques jolis plans mais ne peut animer ce script mécanique. A l’exception notable de la crise de convulsions de l’enfant, d’une longueur et d’une urgence inhabituelles, il n’y a aucune action.

Même de la tombe, Dibala continue d’embêter nos médecins (et nous). Comment cacher l’erreur volontaire de Chase ? Cet événement entraîne des dialogues répétitifs entre ce dernier et son complice-par-la-force-des-choses. Ajoutées aux scènes de diagnostic, ils font ressembler l’épisode à une énumération robotisée de conjectures. La platitude de leurs scènes saute aux yeux. La miraculeuse porte de sortie était visible depuis le commencement. On passe à autre chose.

C’est-à-dire à Numéro 13 pas spécialement contente d’avoir vu sa réservation annulée. Dr.House souffre de la répétition car on a déjà vu ce genre d’histoires où un événement est nié successivement par tous les suspects présents, donnant un effet de ping-pong. C’est Le petit con (saison 3) qui avait livré la meilleure version de ce jeu amusant. Mais ici, rien ne fonctionne : les dénégations sont pesamment énoncées, le rythme est bien trop lent, les raisons de chacun ne sont pas crédibles. On soupçonne les auteurs d’avoir méprisé toute vraisemblance rien que pour s’amuser à ce jeu de cache-cache. Ils sont bien les seuls. Si la scène entre Thirteen et House dans le restaurant est plutôt bien faite, la doctoresse traverse le reste de l’épisode comme un fantôme. House, campé par un Hugh Laurie en retrait, a perdu tout son éclat, se limitant à des blagues gentilles ou des réflexions faussement outrancières. On regrette l’absence de Taub, dont le réalisme pessimiste eut pu équilibrer la balance. Sinon, il est permis aux fans féminines de la série de se demander qui est le fournisseur de Cuddy, la directrice se surpasse en matière de garde-robe accrochant le regard !

Infos supplémentaires :

- La mère de Chase est morte d’une insuffisance hépatique due à un diabète de type 2.

- Numéro 13 s'envole pour la Thaïlande. Elle va revenir dans l'épisode Classé X.

- Quand Foreman se rend chez Numéro 13, son manteau est ouvert ou fermé selon les plans.

- House dit à Wilson qu’il a le cœur trois fois plus petit que la normale. C’est une allusion à un classique américain du film d’animation de Noël : How the Grinch stole Christmas ! (1966).

- On entend dans l’épisode Fire escape par Fanfarlo, et Sarah de Ray Lamontagne.

Acteurs :

Lee Tergesen (1965) est surtout connu pour avoir joué Chett Donnelly dans Code Lisa (80 épisodes), et Tobias Beecher dans Oz (56 épisodes). Sa carrière décolla après un petit rôle dans Wayne’s world et sa suite. Cela lui a valu quelques films au cinéma. Mais il a surtout joué à la télévision : dans JAG, Homicide (7 épisodes), Saturday night live, New York 911, Urgences, Le justicier de l’ombre, Les 4400, Les Experts, Desperate Housewives (5 épisodes), New York police judiciaire, New York section criminelle, The blacklist, Castle (2 épisodes pour chacun des quatre), New York unité spéciale, Los Angeles police judiciaire, The Unit, The Closer L.A (épisode Au nom de la famille), Esprits criminels, Lie to me, American wives (10 épisodes), The Big C, Longmire (5 épisodes chacun), Person of interest, The Americans (8 épisodes), Hawai 5-0, American Horror story (3 épisodes), etc. 

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6. LE CŒUR DU PROBLEME
(BRAVE HEART) 


Scénario : Lawrence Kaplow
Réalisation :
Matt Shakman

He woke up during the autopsy ? Differential diagnosis for resurrection - go.

Donny, un policier de presque 40 ans, s’écroule lors d’une course-poursuite. Son grand-père et son père sont morts d’une crise cardiaque à 40 ans, et il est persuadé que sa fin est proche. Les médecins ne trouvant rien, il est renvoyé chez lui, mais meurt quatre heures plus tard. Pendant ce temps, Chase flanche sous le poids de la culpabilité, et House entend des voix…

Lawrence Kaplow parvient à boucher le double trou d’air précédent par cet épisode léger et bondissant, en dépit de quelques maladresses. House retrouve du nerf, et balance vannes sur vannes à un rythme d’enfer. Il supporte un très bon cas aux nombreux rebondissements, se terminant sur une fin pleine d’espoir. Kaplow réintroduit avec succès des touches de noirceur qui évoquent de loin les finales des saisons 4 et 5, avec les hallucinations auditives de House, et le chagrin encore non guéri de Wilson. Un exaltant parfum de Hilson, valeur sûre de la série, et de plaisants à-côtés Huddy décorent joliment le tout. La prolongation de l’affaire Dibala est plus prévisible mais reste correcte. Bref, un mélange d’intrigues bien géré, qui nous montre que la série a encore du potentiel.

L’épisode débute par une introduction spectaculaire avec une course-poursuite ultra speed : sauts sur les toits, course dans les ruelles, bonds sur les voitures… L’énergie trépidante rappelle Alias ou Nikita. Bon, ce n’est pas du tout dans les codes de la série, on peut trouver ça gratuit, mais il faut reconnaître que ça fait de l’effet. La réalisation de Matt Shakman est au diapason.

Le premier tiers de l’épisode fait penser à Airborne (saison 3) qui nous rappelait la puissance de l’esprit qui contrôle la matière : Donny est très malade, mais a surtout peur de mourir à une date-butoir. De ce fait, il sombre dans une spirale névrotique, comme Numéro 13 la saison précédente, il prend tous les risques (le saut de l’ange qui ne pouvait qu’échouer), brûle ses vaisseaux. Pour ne pas faire souffrir son entourage, il se condamne à une douloureuse solitude et à se perdre dans le travail. Le coup de théâtre de l’arrivée de l’ex est ainsi très efficace, donnant lieu à une scène dure où la prison mentale de Donny le force à se montrer méchant. Donny étant « condamné » comme son premier mari, on comprend l'investissement de Cameron. En plus d'un rebondissement fulgurant tout droit sorti d’un film de Romero (hémoglobine comprise), l’émotion des scènes « familiales » (façon de parler) cohabite avec les plaisanteries de House. Brave Heart est en effet un petit festival House où l’on se régale de vacheries et de sous-entendus sexuels pimentés. L’enquête est intéressante, avec des diagnostics qui retrouvent de l’allant, et des scènes d’urgence bien dosées. Le happy end, arraché de haute lutte, laisse présager une belle espérance pour Donny. L’épisode nous exhorte ainsi à diriger positivement notre esprit, pour ne pas se détruire. C’est très touchant.

Retour du Huddy avec House qui fait référence à la sexual tension entre lui et sa patronne, qui le nie avec trop de véhémence pour tromper qui que ce soit. D’ailleurs, House se rapproche physiquement de plus en plus d’elle sans qu'elle l’en empêche. Cuddy fait donc quelques passes d’armes avec House, ce qui amène un commentaire absolument génial de deux étudiantes : No wonder she hates him/Mmm, that’s not hate, it’s foreplay. Lisa Edelstein, qui semble embellir à chaque épisode, est parfaite d’ironie.

Kaplow se perd cependant dans une multitude d’intrigues. La mini-histoire de House faisant le pitre en servant d’assistant à un docteur est expédiée, mais il y a surtout le néant du Tuesdays : Chase et Cameron, non sans intérêt individuellement, ne le sont pas ensemble. Curieusement, les auteurs prendront de nouveau le point de vue de somme de parties supérieure au tout pour le Huddy de la saison 7, avec une réussite bien plus éclatante (House et Cuddy ayant un background psychologique plus développé). En attendant, Chase erre dans les ruines de sa conscience. Jesse Spencer hérite d’une partition où il peut se mettre en avant, et se montre aussi adroit dans l’angoisse, le remords, que dans l’ébriété minable. Malheureusement, le surcroît de pathos le rend pénible à regarder. Ces scènes sont autant de temps morts quand elles ne sont pas scandaleuses : la scène du confessionnal généralise l’église comme étant rigide et prisonnière de ses lois, là où de saints hommes ont pourtant reconnu l’existence de « cas limites » où les règles doivent être transgressées. Toutefois, la scène où House le secoue en lui disant qu’il cultive sa culpabilité, sa tristesse, de peur de passer pour un assassin sans âme, est superbe.

L’autre histoire secondaire est orientée vers le Hilson, et ça c’est synonyme de qualité. Effectivement, les échanges entre House et Wilson sont on ne peut plus festifs par un humour de sitcom qui marche totalement. Leur cohabitation mouvementée, miroir inversé de celle de la saison 2 (ici c'est House qui crèche chez Wilson) n’exclut pas toutefois des moments plus graves comme les hallucinations auditives de House dans la chambre d’Amber. Est-ce encore un souvenir de sa culpabilité ? House a peur de replonger, et les photos d’Amber semblent le juger en silence. Wilson quant à lui n’est toujours pas guéri de la mort d’Amber et continue à lui parler comme si elle existait toujours. Ce triste dialogue à sens unique rend Wilson très bouleversant, et même House refusera de le vanner sur ce coup-là. Il se montre même jaloux que Wilson prenne comme confident une morte plutôt que lui. Leur relation, d’une écriture rarement égalée, s’assimile à une sorte d’amour sans sexe. D’ailleurs, le final de la série tendra en ce sens. Toutefois, la blague finale détend l’atmosphère, et clôt ce bon épisode avec le sourire.

Infos supplémentaires :

- Amber a étudié la médecine à l’Université Sancti Ludovici dans le Missouri.

- La scène où House se rappelle de son enfance est amputée en VF. C'est le premier épisode où Amber est mentionnée depuis le début de la saison.

- House campe chez Wilson depuis six semaines. C’est donc le temps qui s’est écoulé entre l’épisode 6.03 et celui-ci. Comme une semaine s’est écoulée entre le 6.04 et cet épisode, il y’a donc eu un espace de cinq semaines entre la fin du 6.02 et le début du 6.04. House a eu un plombage de dents depuis un séjour enfant aux Philippines.

- Cameron appelle Chase « minou » !

- House demande à Chase d’injecter au patient du Tegretol. Mais à la scène suivante, Chase ne lui donne pas ce traitement. Par ailleurs, la scie électrique qu’utilise Foreman pour autopsier le corps est normalement inopérante pour une telle opération.

- On entend dans l’épisode Set me free de Monotonix, et Faithfully remained de Ben Harper et Relentless 7

Acteurs :

Jon Seda (1970) est connu pour avoir joué le rôle du détective Paul Falsone dans la série Homicide (46 épisodes), du sergent John Basilone dans Band of brothers (6 épisodes), Nelson Hidalgo dans Treme (21 épisodes), et Antonio Dawson dans Chicago P.D. (38 épisodes), rôle qu'il tient aussi de manière récurrente dans Chicago Fire (23 épisodes). Il a aussi joué dans NYPD Blue, New York police judiciaire, New York 911 (7 épisodes), Oz (3 épisodes), Ghost Whisperer (2 épisodes), Les Experts : Miami, Numb3rs, Burn Notice, Hawaïi 5-0, The Closer L.A (épisode Justice fulgurante), etc. Il mène pareillement une petite carrière de cinéma.

Alexandra Barreto (1975) a joué notamment Ana dans la série The Fosters (19 épisodes). Elle fut aussi de La Treizième Dimension, Cold Case, Les Experts, Les Experts : Manhattan, Pushing Daisies, FBI : portés disparus, Castle, NCIS, NCIS Los Angeles, Justified (3 épisodes), Californication, Parenthood (5 épisodes), etc. Elle mène parallèlement une bonne carrière cinématographique.

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7. LES MOTS POUR NE PAS LE DIRE
(KNOWN UNKNOWNS)




Scénario : Matthew V. Lewis et Doris Egan
Réalisation :
Greg Yaitanes

- We're all murderers, we just don't have the guts to admit.
- And once again, who cares ?

Jordan, une adolescente, va avec une amie à un concert métal. Le lendemain, elle s’écroule, les muscles boursouflés. A l’hôpital, elle n’arrête curieusement pas de mentir. Cameron, inquiète du changement d‘attitude de Chase, pense qu’il la trompe. Pendant ce temps, House va avec Wilson et Cuddy à un congrès médical. House tente de se rapprocher de Cuddy tandis que Wilson va présenter une conférence sur l’euthanasie. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Matthew V. Lewis a écrit parmi les meilleurs scénarios de la série. C’est donc une grosse perte que de le voir quitter le staff. Mais il sort par la grande porte avec cet épisode aux multiples voltes-faces dont la phobie du temps mort permet un ravissement de tous les instants. Cas médical rusé et surprenant, Huddy qui fuse de partout, Hilson bouleversant d’émotion, humour intégral, dialogues en ping-pong… tout convainc, même la relation Chase-Cameron ! Ajoutez Doris Egan dans l’équation, et on a affaire à un des meilleurs épisodes de la saison 6, que confirme l’expérimentée réalisation de Greg Yaitanes et l’excellence de l’interprétation.

House s’éloigne de l’hôpital pour participer à un symposium, ce qui laisse nos larbins plus ou moins largués (Foreman ne sauve même plus les apparences en chef qui ne l'est plus vraiment). Dans la grande tradition des armchair détectives, il trouvera la solution tranquillement, rien que par communications téléphoniques et bien sûr l’inspiration qui lui vient toujours quand il parle avec Wilson. Une signature systématique dans la série qui joue le rôle de rituel, de clin d’œil avec le fan.

Comme à peu près toutes les séries médicales, Dr.House n’échappe pas à une certaine répétition des mêmes ficelles : la patiente qui ment tout le temps, on a déjà eu ça dans Une aiguille dans une botte de foin (saison 3), Un vent d’indépendance (saison 4), etc. Toutefois, la qualité d’une série, c’est aussi de se répéter avec talent. On suit donc avec grand plaisir nos médecins patauger au sein de témoignages contradictoires, et de révélations successives chamboulant à chaque fois les perspectives qu’on avait jusque-là. Ce scénario en chausse-trappes est aussi réussi dans cette quête de vérité que dans la recherche médicale, solidement menée. La patiente, incarnée par une Annabelle Attanasio pleine de vie et de sensualité explosive, se montre attachante malgré sa superficialité. Ce personnage d'ado fêtarde un peu prétentieuse et pas très intelligente n’est pas aussi original que d’autres figures adolescentes déjà vues dans la série, mais recèle de touchantes fragilités comme cette adoration aveugle à un mentor (un auteur de BD) qui la fait agir stupidement, ce dont elle a conscience. Ses mensonges sont également révélateurs de ses problèmes moraux (mentir pour rester « cool ») ou de ses fantasmes (une sexualité débordante). Dommage que son amie serve de doublon.

Le Tuesdays tangue vers les récifs. Cameron s’imagine que si Chase a changé d’attitude, c’est parce qu’il a une aventure. Ce que ce dernier a du mal à démentir puisqu’il ne veut pas avouer la vraie cause. On remarque l’adresse des auteurs : le Foreteen est à peine terminé que le Tuesdays prend le relais soap. Du grand art, ah ah ah. Toutefois, les excellentes performances de Spencer et Morrison (qui devient insoutenablement bombesque), ainsi que des dialogues plus relevés font que finalement ça passe. La tension qui lézarde ce couple couve, prête à exploser. Un beau suspense qui laisse le fan en haleine avec le cliffhanger final.

Mais la vraie valeur de l’épisode est l’escapade du trio House-Cuddy-Wilson propre à déchaîner répliques qui tuent, burlesque et émotion à grande vitesse. Plus de cinq ans que ça dure : House en a marre de tourner autour du pot, mais sa réserve et sa timidité (!) l’empêchent de se déclarer à Cuddy sauf via des sous-entendus sexuels grossiers (scène dans le bureau totalement allumée). C’est Wilson qui va débloquer la situation en l’exhortant à franchir le Rubicon (humour en rafale). Ainsi, la fameuse scène du bal costumé avec le slow langoureux entre lui et elle capte l’attention, une magie romantique s'y instaure. Lisa Edelstein décrit bien les sentiments conflictuels de Cuddy, entre sagesse et tentation. Le retour spectaculaire d’un certain personnage, alors même que House accepte enfin de changer pour convenir aux critères de Cuddy lance la série dans un vaudeville plaisant. Surtout avec le gros gros malaise de la scène du restaurant, où la tierce personne, incapable de s’arrêter, balance gaffes sur gaffes devant une Cuddy impuissante. Festif !

A côté de ce pétillement Huddyesque, l’épisode nous offre de magnifiques scènes Hilson. Pas mal sont comiques comme le badge barboté ou la boisson droguée (un classique indémodable chez Greg House). De son côté, House apprend que Wilson a euthanasié un patient, et comprend qu’il va en parler dans sa conférence. House subit le revers de ses intentions : lui qui voulait changer Wilson pour qu’il devienne plus responsable, le voilà devenu au-delà de ses espérances : il est prêt à risquer job et liberté pour parler de ce sujet qui lui tient à cœur ! House réussit à l’en empêcher par un stratagème imparable dont les abords comiques (le réveil difficile de Wilson) s’effacent devant ce sacrifice presque héroïque.

Pour sauver son ami, House prend tout sur lui. Robert Sean Leonard est une nouvelle fois magistral. Derrière vacheries et noms d’oiseaux, ces deux êtres sont prêts à tout l’un pour l’autre. Une amitié d’une force écrasante. Wilson continue d’explorer son soi intérieur : après la naïveté et la trop grande gentillesse, c’est une culpabilité irrationnelle qui le saisit : il s’en veut de ne pouvoir sauver tous ses patients. Cette trop haute exigence le pousse à des actions dangereuses et stupides que seules des actions encore plus dangereuses et stupides menées par le culot en diamant de son ami peuvent contrecarrer.
Notons en passant la position de la série sur l’euthanasie. Loin de la confusion d’Informed consent (saison 3), l’épisode a le courage de tenir sa conviction au droit à mourir dans des situations extrêmes, ainsi que de parler du poids lourd qui pèse sur les médecins qui doivent prendre souvent seuls des décisions aussi graves. Le « nous sommes tous des assassins » lancé par Wilson résume bien ce malaise profond devant cette entorse à leur serment de médecin et à leur conscience. Intense.

Un épisode drôle et émouvant, à peu près parfait.



Infos supplémentaires :

- Aka. Des mots pour ne pas le dire.

- Annabelle Attanasio est la fille de Katie Jacobs et Paul Attanasio, producteurs exécutifs de la série.

- House n’a pas donné de conférence en 15 ans.

- On apprend la première rencontre entre House et Cuddy. Elle eut lieu à la bibliothèque de leur université, et la suite ne fut qu’un jeu de cache-cache amoureux (déjà !).

- Chase aime bien les huîtres.

- House s'absente de l'hôpital dans cet épisode.

Acteurs :

Annabelle Attanasio n’a joué à l’heure actuelle que dans quelques séries et courts-métrages. 

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8. CLASSÉ X
(TEAMWORK) 


Scénario : Eli Attie
Réalisation :
David Straiton

- Your husband killed a patient, and you're breaking up with me ?
- You ruined him... So he can't even see right from wrong. Can't even see the sanctity of human life any more. I loved you. And I loved Chase. I'm sorry for both of you. For what you've become. Because there's no way back for either of you.

Hank Hardwick, star du X, est pris de photophobie et de douleurs au crâne. House, ayant récupéré sa licence, est de nouveau le chef de l'équipe, mais doit faire face à Chase et Cameron qui décident de quitter l’hôpital de concert. House tente alors de réintégrer Taub et 13 tout en faisant comprendre à Chase et Cameron que la prochaine fin de leur mariage est inévitable…

Episode parfois tortueux, Teamwork accomplit toutefois son office en tournant une page de la série : le départ de Cameron. Le scénario du toujours formidable Eli Attie offre une magnifique porte de sortie à ce personnage, via l'affaire Dibala. Cet épisode est rempli de dialogues d’une puissance formidable, d’analyses psychologiques qui font bien mal. On retrouve le pessimisme de la série et ses cas médicaux à suspense aux twists aussi massifs qu’ironiques. La fenêtre ouverte sur le milieu du cinéma adulte est dénuée de tout jugement moral. Le Luddy (relation Lucas-Cuddy) permet un come-back hilarant de ce privé aussi fin psychologue que benêt.

Le cas (un peu verbeux), a un bon suspense et un patient intéressant. Depuis quelques années, petit et grand écran changent leur regard sur les métiers où le sexe tient le rôle central. Pour ne citer qu'un exemple, les expériences de l’ancienne call-girl Belle de Jour contées sous un prisme drôle et lumineux, plus tard adaptées dans l’excellente Journal intime d’une call-girl. Pareillement, Dr.House imagine un couple d’acteurs X assumant leurs choix et leur joie à faire ce métier. Hank et Lexa forment un couple soudé qui désacralise le sexe, en différenciant fidélité sexuelle et amoureuse . Peu leur chaut que l’autre ait des rapports sexuels à longueur de journée avec différents partenaires. C'est traité avec plus de réussite que le fera plus tard Permis de tromper.

Ainsi les points de vue conservateurs de Chase et Cameron entrent en conflit avec ceux de ce couple. Cameron refuse de croire qu’ils peuvent être heureux de leur vie, et elle aura tout faux : Hank et Lexa (Troy Garity et Jolene Blalock, convaincants) sont plus solides que bien des couples, car leurs travaux leur permettent de passer outre les tentations d’infidélité. Bien sûr, assumer ce genre de vie n’est pas donné à tout le monde, et seule une conscience en accord, et une confiance totale en l’Autre, le permet. L’épisode rappelle aussi le déclin de cette industrie par l’avènement d’Internet où le streaming gratuit fait des ravages. Ainsi que le jugement moral porté sur ce milieu, les raisons du comité de greffe de refuser Hank ne relèvent que peu d’ordre médical. Pour autant, l’image du X n’est pas glamourisée. L’introduction de l’épisode le dépeint comme un univers pas plus édénique ou désastreux qu’un autre. Le cas en lui-même est bien mené, avec House tout joyeux d’être à nouveau le boss. On peut regretter qu’il ne profite pas de son patient pour plaisanter, mais on se console avec son visionnage d’un des films d’Hank devant une Cameron proprement dégoûtée. La chute finale rejoint les grands diagnostics ironiques de la série : si Hank a failli mourir, c’est parce qu’il a été… trop propre !

House fait tout pour débaucher ses deux anciens collaborateurs. Peter Jacobson est toujours aussi poilant, et Olivia Wilde n’a pas perdu son acidité. Toutes les scènes où House va les voir enchaînent mots d’auteur, concours de vannes, et situations délirantes comme des perles. On apprécie surtout de voir House confiant de leur retour alors que l’un comme l’autre passent tout l’épisode à lui dire le contraire. Evidemment, ils reviennent à la fin, le diagnostic du patient en prime ! Ce faux suspense est riche en humour. Eli Attie psychanalyse pareillement les personnages avec de surprenantes mais convaincantes analyses. Ainsi, House est persuadé que Taub reviendra car l'excitation d'une recherche frénétique d'une maladie inconnue peut lui donner un ersatz de son excitation quand il court le jupon. Audacieux, mais crédible. Quant à Numéro 13, elle se laisse fléchir par Foreman dès lors qu’elle accepte le changement des règles du jeu : Foreman n’étant plus son supérieur, elle accepte de travailler à nouveau avec lui.

On n’oublie pas non plus Lucas Douglas qui dissèque au poil l’étrange relation unissant Cuddy, House, et lui-même. L’acuité étonnante de ce personnage empêche toute fadeur. Même s’il a un côté un peu bébête, Douglas rompt avec le cliché du petit ami idiot ou méchant ou ennuyeux qui se met en travers d'un couple, car il est d’une intelligence redoutable. Michael Weston est crédible dans les deux registres. On peut comprendre l’attirance de Cuddy, et aussi le respect que lui témoigne House dont Wilson a deviné qu’il le considérait malgré tout comme un ami. Quant à House lui-même, s'il se jette sur Taub et 13, c'est que le choix de Cuddy, qui le rejete, lui fait sauter un repère (il était sûr qu’ils se rapprocheraient), et il a besoin de se raccrocher à d’autres repères.

Toutefois, si l’épisode est obligatoire pour le fan, c’est parce qu’il est le clap de fin pour Allison Cameron/Jennifer Morrison. Ce personnage, qui connut une passionnante évolution et une bien moins passionnante rétrogradation, nous quitte alors que rien ne semblait le présager (tout comme Kutner). Toutefois, Cameron subit sa malédiction persistante à trop croire en la bonté des gens, et son départ trouve son origine dans une nouvelle désillusion. Cameron et Chase semblent parvenir à surmonter l’épreuve Dibala, mais le diabolique House parvient à briser leur ménage. Pas par méchanceté, non, mais par son amour immodéré de la Vérité. Il décille les yeux de Chase en lui faisant prendre conscience qu’il ne regrette pour rien au monde l’acte qu’il a commis, et qu’il doit le dire à Cameron pour ne pas bâtir leur futur sur un mensonge bien trop lourd. Cameron s’imaginait que Chase avait des regrets, et c’est pour ça qu’elle lui pardonnait. Mais en fait, Chase ne regrette rien, et quand elle l'apprend, brise son mariage.

Eli Attie offre à Jennifer Morrison l’occasion de chanter une aria d’adieux, dans la bouleversante scène finale où elle s'effondre de désespoir : Chase, sous l’influence de House, a perdu toute notion de morale, de bien ou de mal. House, embêté et très ému, n’a pas le courage d’accepter la main que Cameron lui tend. Jennifer Morrison s’est montrée parfois inégale, mais on voit pas ce qu’on pourrait lui reprocher dans ce déchirant requiem où elle est d’une émotion fantastique. Dans une grande anamnèse, Cameron se rappelle de son amour passé pour House, dont elle pensait qu’il le guérirait. Au lieu de ça, il n’est pas guéri, et même, il lui a enlevé l’homme qu’elle avait fini par aimer. Qu’elle ait échoué à changer House anticipe le futur échec de Cuddy et de Dominika, et la thèse finale de la série : Si House devait trouver la rédemption, ce ne sera pas par l’amour d’une femme.


Un grand épisode pessimiste. Mais étincelant et émouvant. So long, Allison !

Infos supplémentaires :

- Jennifer Morrison quitte la série après cet épisode et ne revient que dans Personne ne bouge (saison 6) et le final Tout le monde meurt (saison 8). Son départ s'explique par son envie de travailler sur la série Il était une fois.

- D'après Wilson, des centaines de médecins rêveraient de travailler pour House, mais il ne court qu'après les quatre qui refusent.

- Chase, Taub et Numéro 13 reviennent dans l'équipe.

- On entend dans l’épisode Golden cage par The whitest boy alive, Where did you go ? de Jets Overhead, et Reflections of you de Wayne Jones et Wendy Wagner, chantée par cette dernière.

Acteurs :

Troy Garity (1973) est le fils de Jane Fonda. Il mène une bonne carrière au cinéma (une trentaine de films à son actif). Plus récemment, il semble s’intéresser à la télévision, tenant le rôle de Sam Miller dans 18 épisodes de la série Boss. On l’a vu aussi dans The playboy club (4 épisodes), ou dans Hawaïi 5-0, Unforgettable, etc.

Jolene Blalock (1975) est surtout connue pour avoir joué le commandant T’Pol dans les 98 épisodes de la série Star Trek : Enterprise. Une joie pour cette grande fan de la célèbre franchise galactique. On l’a aussi vue dans La croisière s’amuse nouvelle vague, Les Experts, Les Experts : Miami, JAG, Stargate SG-1 (épisodes Les amazones, et Discordes), Legend of the Seeker (2 épisodes), etc. Elle apparaît occasionnellement au cinéma (Starship Troopers 3...). 

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9. HEUREUX LES IGNORANTS
(IGNORANCE IS BLISS)


Scénario : David Hoselton
Réalisation :
Greg Yaitanes

- I've decided what I'm going to do about Cuddy and Lucas. I'm going to break them up. I've now a purpose in life.
- Albeit a selfish, mean-spirited, childish raison.
- I think of it more as benevolent. There are only two possible outcomes : they split or they stay together forever. If it's split, the sooner it happens, the better for everyone. If it's stay together, my meddling won't matter. In fact if they survive it, it might make their bond stronger.
- How you manage to elevate your narcissim to benevolence is... masterful. 

James Sidas, esprit supérieurement intelligent, a plaqué son brillant avenir pour devenir un simple courtier. Au cours de son travail, il a des troubles musculaires inquiétants, et devient le prochain patient de House. Les médecins se demandent pourquoi il a changé de vie. Jaloux, House tente de briser le couple Cuddy-Lucas. Chase tente de digérer le départ de Cameron, et Rachel Taub est frustrée de voir son mari « se faire exploiter » par son patron.

Cet épisode mineur pêche par une ambiance soap opera trop présente. Mais si David Hoselton renonce à son humour délirant, il confirme sa maîtrise dans l’analyse des comportements humains et son art consommé de la manipulation, à ceci près que cette fois, c'est House qui se fait battre sur son propre terrain ! Cependant, son affadissement devant Cuddy rend plates plusieurs scènes, tandis que la pétillante tension sexuelle du Huddy est mise en veilleuse : une perte pour la série. Heureusement, manipulations, révélations, secrets, humour féroce, cas très original, et caméra rythmée de Greg Yaitanes créent un divertissement de bonne qualité.

L’ombre de Cameron plane sur cet épisode, pas seulement sur Chase, mais aussi sur le cas. A la fin du très noir Clueless (saison 2), Cameron prononçait la phrase Ignorance is bliss, devenue depuis seconde devise de la série (derrière Everybody lies). Devise maintes fois vérifiée, les patients de la série se voyant souvent confrontés à une Vérité qu’ils n’auraient ne jamais voulu savoir. Hoselton exploite ici à un autre degré cette assertion, avec une cohabitation impossible entre intelligence aiguë et bonheur personnel. Ou plutôt en montrant que les délices de l'intellect ne peuvent rivaliser avec un bonheur plus instinctif, physique.

Qui ne rêve pas d’avoir un QI Einsteinien, un cerveau surdéveloppé ? Pourtant, l’épisode nous rappelle une condition indispensable à cette grâce : il faut assumer les responsabilités et les conséquences qu’impliquent un tel savoir. En premier lieu « la solitude du prince ». Les grands esprits sont souvent des êtres solitaires, et ceux qui partagent leur vie doivent accepter de ne passer qu’après les travaux de l’être aimé. Sidas était conscient que peu de femmes pourraient le comprendre, même en tant qu’homme. Pour être avec son élue, il renonça à la voie toute tracée pour lui. Ce sacrifice par amour est la clé du personnage. Esteban Powell est excellent dans ce rôle, mais Vicki Davis, larmoyante et geignarde, ne fait qu’agacer. Quelques scènes émeuvent, comme Dara voyant que son mari redevient plus intelligent sous l’action d’un traitement, causant un changement d’attitude, qui ne correspond plus à l’homme qu’elle aimait. James lui-même devient amer d’être marié à quelqu’un qui ne peut plus le comprendre. La sympathie de ce couple est telle que le scénariste les prend en pitié et rédige un total happy end réconfortant. Le twist final n’est ironique que dans la mesure où les médecins découvrent un diagnostic totalement ahurissant. Chase n’a pas eu de chance… Le cas lui-même est correct, quoiqu'anodin.

Les auteurs, épuisés, se complaisent dans la facilité apportée par les intrigues de soap. Mais là où Shonda Rhimes forcerait le trait, David Shore n’en fait pas trop, et maintient un bon niveau de qualité. La sobriété des comédiens est un atout de choix. Jesse Spencer parvient à faire passer la douleur réprimée de son personnage, confrontée à une déchirure qu'il n'a pas eu le temps de préparer. Chase traverse une phase de déni où il croit pouvoir gérer le problème tout seul : il veut prouver qu’il a encore sa « dignité », sa « virilité » même, en encaissant comme un « vrai mec ». Il repousse ainsi toutes les offres de ses camarades, renforçant du même coup sa frustration, qu’il ne libérera que par un spectaculaire coup de poing. Malgré sa noirceur, House ne peut s’empêcher d’être un philanthrope, et choisit d'épargner Chase lorsque ce dernier va trop loin. Tout ce pan de l’histoire est bien dramatique.

Le jeu de manipulation House vs. Lucas-Cuddy souffre d’une trop grande prévisibilité, et d’une faiblesse inhabituelle des dialogues. Lucas toutefois nous ravit : faussement idiot, il se montre encore plus retors que House, bien aidé par Cuddy. House ne peut rien faire contre une telle union. Cuddy se montre d’une malice grinçante en jouant un tour vraiment méchant à son subordonné. A sa décharge, House n’était pas animé d’intentions altruistes. Il croit se rattraper par un brillant piège tendu à Lucas, mais ce dernier pare la menace et le force à abandonner la partie. Lucas etCuddy affichent un côté plus dur de leurs personnalités, c'est bien vu !

Enfin, les problèmes du ménage Taub sont impuissants à nous intéresser, malgré un Peter Jacobson toujours éblouissant. Voir cependant Taub tirer les marrons du feu avec culot pour résoudre ses problèmes de couple, fait tout son effet. La scène la plus drôle de l’épisode, outre les hilarantes discussions House-Wilson, est un pastiche de cas de consultation. House doit soigner une jeune femme revêche (la pêchue Andrea Gabriel) qui n’apprécie pas son insolence ; la scène est irrésistible, et recèle une surprise de taille ! C'est un des rares moments où l’on retrouve le côté déjanté d’Hoselton.



Infos supplémentaires :

- D’après House, Cuddy lui a donné 1832 chances de s’amender. Evidemment, il les a toutes grillées.

- Cuddy a une sœur : Julia. On la verra en saison 7.

- Cameron est retournée à Chicago.

- Chase frappe House. Dans le neuvième épisode de la saison 3, House frappait Chase.

- House et Wilson prennent l’ascenseur de gauche… mais sortent de l’ascenseur qui se trouve à droite ! Par ailleurs, Taub prend une photo de House… lentilles fermées.

- House dit qu’il se sent comme l’entraîneur de l’équipe de football américain des Pittsburgh steelers Mike Tomlin ; avant d’ajouter à l’adresse de Foreman « Pas autant que vous ». C’est une private joke : physiquement, Omar Epps et Mike Tomlin se ressemblent beaucoup.

- On entend dans l’épisode deux chansons de James Taylor : Games people play, et Enditol.

Acteurs :

Esteban Powell (1976) a tenu quelques rôles réguliers dans des séries inédites en France (The Cleaner, Unité 9, Bone chillers…). Il a aussi joué dans les séries Walker texas ranger, Monk, Les Experts, Les Experts : Miami, Beverly Hills (2 épisodes), Gilmore girls, Dawson, Charmed, US Marshals, etc.

Vicki Davis (1980) a joué dans les séries Sliders, Alias (épisode pilote), Les Experts, Les Experts : Miami, Charmed, Boston Justice, Médium (épisode Lyla), The Middle, etc.

Andrea Gabriel (1978) a joué dans les séries La force du destin, Haine et passion, Saturday night live, New York police judiciaire, JAG, Esprits criminels, 2 broke girls (2 épisodes), Gossip girl (3 épisodes), etc. Son rôle le plus notable demeure celui de Nadia dans Lost (7 épisodes). Elle a joué aussi dans quelques courts métrages. Elle reste cependant une comédienne de théâtre, qu’elle pratique - avec la musique - dès son plus jeune âge. 

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10. L’AMI DE WILSON
(WILSON) 


Scénario : David Foster
Réalisation :
Lesli Linka Glatter

- It's my fault. I gave him too much chemo.
- You cured his cancer.
- And killed him in the process.
- You're quibbling.

Cinq ans après avoir été guéri par Wilson, qui est aussi son meilleur ami, Tucker se met à souffrir de paralysies. Wilson redevient donc son médecin et tente de le soigner, malgré les avertissements de House quant à la perte d’objectivité que cela va entraîner…


Petit chambardement dans cet épisode. Le scénario de David Foster est en effet écrit du point de vue de Wilson. Cependant, cette innovation a ses limites, car on a simplement l’impression de regarder un épisode « normal » de la série, mais avec Wilson à la place de House. L’intrigue n’a pas la saveur habituelle attendue, car Wilson n’a pas l’envergure de House, malgré un Robert Sean Leonard une nouvelle fois parfait. De plus, House intervient trop fréquemment d’où le sentiment que Foster n’a pas osé aller jusqu’au bout de son idée. Le cas en lui-même n’offre que peu d’intérêt. Mais cet épisode contient deux atouts solides qui en font le prix : un Hilson très présent, parfois bouleversant, et la convaincante relation d’amitié entre Wilson et Tucker, au-delà des règles d’éthique. La petite histoire secondaire sur le loft de Cuddy pallie par son humour au ton sérieux un peu forcé.

L’épisode démarre par une révélation tonitruante : Wilson a un autre ami que House ! Il est à noter que House ne se prive pas de faire une scène de jalousie à Wilson. Cependant, Foster ne va pas choisir d’orienter l’épisode sur une rivalité, ou même sur la personnalité de Wilson, préférant se concentrer sur le cas médical. On peut le regretter car bousculer ses codes a toujours fait du bien à la série (One day one room, Broken…). Dans le genre, 5 to 9, centré sur Cuddy, se montrera plus audacieux. Le cas en lui-même est bien pâle. L’équipe étant quasiment absente, les diagnostics différentiels sont presque inexistants alors qu’ils sont un pilier indispensable à la série. Corollaire : l’épisode est statique, la résolution du cas intervient trop tôt, rendant le troisième tiers interminable. Le faux dilemme éthique n’a pas assez de force - tout le monde se doute du choix de Wilson et Cuddy - là où Babies & Bathwater (saison 1) s’était montré plus déchirant sur un terrain similaire. De plus, la solution salvatrice est proposée tard alors qu’elle était envisageable bien avant. Le trop peu de consistance de cette histoire entraîne des délayages.

L’entourage du patient est réduit à un trio de pleureuses (ex, fille, et compagne), mais les auteurs parviennent à nous surprendre grâce à un audacieux « compartimentage » de ces personnes dans le cœur de Tucker. Pour lui, son ex et sa fille sont les plus aptes à le soutenir dans les moments les plus importants, forçant le départ temporaire d'Ashley, sa compagne officielle. En effet, elles se montrent plus décidées et plus réfléchies qu’Ashley, belle plante mais 100% gourde. C'est en effet une curieuse preuve d'amour de l'éloigner de lui le temps de son hospitalisation, car il ne veut pas lui imposer tant de souffrances. Original ! Bien sûr, il retournera auprès de son officielle ensuite ; moins original, mais cela nous vaut une belle scène où Wilson exprime sa déception.

Il est touchant de voir toute la gentillesse de Wilson envers Tucker. Les dialogues sont d’une grande simplicité, et on espère pour eux une fin heureuse. Le personnage ayant été bien introduit (à la différence de Dylan Crandall dans le médiocre Who’s your Daddy ? de la saison 2), la dégradation sans espoir de son état touche le spectateur solidaire. Mais c’est le Hilson qui encore une fois est la meilleure carte de l’épisode : House et Wilson ne cessent d’être en conflit sur la vision de leur science et croisent le fer plusieurs fois. La tension entre eux, accentuée par les coups tordus de House (grillage de priorité dans la salle d’opération) est délicieuse et reste le paravent de leurs vrais sentiments. Il faut voir cet absolument bouleversant moment où House, les larmes aux yeux (Hugh Laurie est d’un magnétisme stupéfiant), confesse que l’idée que Wilson meure, lui est insupportable. La série reprendra d’ailleurs avec succès la perspective de la perte de l’être aimé dans son grand finale.

Au milieu de cette gravité, le menuet Lucas-Cuddy apporte une touche de gaieté. Cuddy a beau vouloir arrêter son petit jeu avec House, Wilson la démasque lors d’une scène de psychanalyse éclair où il apparaît qu’elle cherche implicitement l’approbation de House quant à sa relation avec Lucas ! Autre surprise avec House avouant une faiblesse à Wilson : ce que lui a fait Cuddy lui a fait très mal. On le voit tenter d’accéder à une phase de reconstruction où il pourra digérer la perte de Cuddy, mais sans y parvenir. Aussi l’énorme farce finale de Wilson, au-delà du rire, est-elle d’une émotion inattendue car c’est en fait un renvoi d’ascenseur en faveur de son ami cher ; un magnifique moment Hilson. Dans la série, c’est bros before hos !



Infos supplémentaires :

- Premier épisode centré sur un autre personnage que House, ici Wilson. Il y'aura deux autres épisodes dans la même veine : 16 heures de la vie d'une femme, centré sur Cuddy, et Enfreindre les règles (saison 7), centré sur Martha Masters.

- House mange des sandwiches à la mangue.

- Première fois que Wilson se sacrifie pour un autre ami. Il lui offre un lobe de son foie.

- Dernier épisode avec en VF le nom d'un autre médecin que House.

- House fait référence aux Pigeon Sisters, personnages du film Drôle de couple (1968). Il fait aussi référence aux Monty Python en citant la chambre 12A, figurant dans un de leurs sketches.

- Tucker a une paralysie du bras gauche ; House se trompe donc en disant qu’il est paralysé du bras droit.

- Au début de l’épisode, House joue Faith de George Michael à la guitare (réveillant Wilson). C’est une idée de Hugh Laurie lui-même de jouer ce morceau. On entend aussi A slow parade de A.A. Bondy.

Acteurs :

Joshua Malina (1966) est surtout réputé pour avoir joué dans deux séries d’Aaron Sorkin : Jeremy Goodwin dans Sports Night (45 épisodes), et Will Bailey dans A la maison blanche (71 épisodes), ainsi que dans le premier film scénarisé par le génial dialoguiste : Des hommes d'honneur. Il tient aussi un premier rôle dans la série Scandal (David Rosen, 63 d’épisodes en mai 2015). Il a joué dans les séries Sliders, Stargate SG-1 (épisode Prise d’otages), Numb3rs, The Big Bang theory (3 épisodes chacun), Médium (épisode Le malheur des uns...), Les Experts, Les Experts : Miami, Grey’s anatomy, Terminator les chroniques de Sarah Connor, iCarly, Enquêteur malgré lui, Bones, Private Practice, New York unité spéciale (2 épisodes), US Marshals (17 épisodes), etc. 

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11. BROUILLAGES
(THE DOWN LOW)


Scénario : Sara Hess et Liz Friedman
Réalisation :
Nick Gomez

I'd like to date her. In the sense that I'd like to jump her repeatedly.

Mickey, dealer de drogue, s’écroule lors d’une « transaction ». A l’hôpital, son partenaire et ami Eddie veille sur lui. Pendant ce temps, Foreman se rend compte qu’il est moins payé que les autres membre de l’équipe. House et Wilson deviennent rivaux : chacun veut séduire leur nouvelle voisine, et ils sont prêts à tous les coups bas...

La série éprouve de plus en plus de difficultés à nous intéresser pour ses cas médicaux, plus verbeux, et d’une moindre efficacité dramatique. Mais elle garde toujours la forme pour dresser des portraits complexes de ses patients, sans parler de la relation House-Wilson, point sur lequel les auteurs se montrent d’une sidérante qualité et d’un humour déjanté. Le scénario de Liz Friedman et Sara Hess représente parfaitement l’esprit de la série en cette saison. Ici, le Hilson explore une nouvelle idée : House et Wilson se battant pour conquérir une femme. De plus, un alignement de twists fracassants rend le cas plus intéressant qu’il n’en a l’air. Les coups tordus de tous les protagonistes déchaînent le rire, malgré une ombre dramatique devenant de plus en plus prégnante.

A force de le fréquenter, House déteint sur ses subordonnés. La machination orchestrée par Taub, Numéro 13, et Chase évoque les grands coups tordus du diagnosticien ; lui-même et Cuddy doivent le reconnaître ! Sauf que leur farce à l’encontre de Foreman finit par mal tourner. Le rebondissement final laissera le spectateur sur les fesses. Ce n’est pas pour rien que Foreman est le plus proche de House : à malin, malin et demi, et les conspirateurs l’ont dans l’os (The phrase « Who's your daddy ? » comes to mind.).


Le manque d’intensité du cas fige toute la première moitié de l'épisode, aux scènes de diagnostic peu palpitantes. Ce début a quand même quelques atouts comme House qui devine instantanément le vrai métier d’Eddie et Mickey, puis qui « assomme » ce dernier quasiment au sens propre. Ou bien la scène décalée où House interroge Eddie en message codé (hilarante référence à Jack Bauer), le micro dissimulé dans la chambre, la filature ratée de Chase et Numéro 13... House s’est peut-être assagi, mais est toujours aussi tordu. Et en parlant de coups tordus, l’épisode n’en est encore au début… En ami fidèle, mais à la violence sous-jacente, Nick Chinlund est le choix rêvé, évoquant le terrifiant Fétichiste des X-Files qui fit subir par deux fois des sueurs froides à l’agent Scully. Les twists brouillent joliment les cartes. La relation Mickey-Eddie, très dominant-dominé, n’est pas sans évoquer celle entre Orange et White dans Reservoir Dogs de Quentin Tarantino. C’est le côté le plus intéressant du cas. Les acteurs sont excellents, et la deuxième moitié de l’épisode retrouve des couleurs par un suspense plus présent, après la révélation de Mickey. Cela donne une nouvelle orientation à ces scènes avec son ami, plus inquiétante. Leur scène d’adieux est dialoguée avec soin, rendant encore plus ambigüe leur relation. Cela est visible lors de la triste coda, où leurs regards expressifs veulent tout dire.

L'épisode est mémorable pour le cocasse concours de coqs entre House et Wilson. Nora, leur voisine, est jouée par la magnifique Sasha Alexander, dont la têtue obstination anticipe l'amusante Maura Isles. Elle croit que House et Wilson sont un couple gay et son obstination presque caricaturale à nier une autre vérité permet un déferlement de gags comme la série sait si bien en faire. Ce genre de quiproquo est certes très répandu au cinéma, mais le traitement de la série de ce sujet est efficient. House n’est pas un coureur, et ses coups de coeur se comptent sur les doigts d'une main. Mais depuis Mayfield et Lydia, House veut se donner les moyens d’être heureux, et changer des prostituées. Le fait qu’il jette son dévolu sur une femme sur lequel Wilson avait des vues avant lui ne le gène pas, ce qui cause un mémorable dialogue sur le « code d’honneur entre mecs », une chose que House ne semble pas connaître.

House encourage la rumeur que lui et Wilson soient gays, car cela lui permet la stratégie de séduction la plus improbable des séries télé (Wilson en reste comme deux ronds de flan). Au grand dam de Wilson, House se rapproche de plus en plus d’elle (dîner, télé, massage…). L’humour est débridé mais jamais gratuit car les faux apitoiements et les bobards de House sur son « couple », sa relation si troublante avec Wilson, ne sont pas aussi faux qu’ils en ont l’air. Mais voilà, Wilson a des ressources inattendues et le crescendo de gags conduit à la scène culte du restaurant où Wilson fait foirer le plan de son ami avec ses propres armes : culot à fond la caisse ! Une scène Hilson peut-être à double sens : et si Wilson pensait réellement ce qu’il disait ? Et même House semble un peu secoué, car après tout, leur relation d’amitié est si unique, exactement au milieu de l’amitié et de l’amour…

La scène où House tente de s’expliquer à Nora avec sa délicatesse coutumière (I was spending time with you because I want to touch your boobs.) est le miroir de celle où Wilson lui tentait d’expliquer le plan machiavélique de son ami sans pouvoir la convaincre. On finit sur un match nul, mais pas par un armistice, l’épisode nous quittant sur une dernière prise de bec entre eux. Hugh Laurie et Robert Sean Leonard excellent dans l'humour sitcom. En filigrane, l’épisode défend la liberté pour les homosexuels de vivre leurs amours, et même de se marier, via Nora, très gay friendly. Bref, un très bon épisode encore une fois !


Infos supplémentaires :

- Aka. Vies secrètes.

- Deuxième prénom de Numéro 13 : Beauregard.

- House déteste les comédies musicales.

- Seizième échec de House, la maladie du patient est incurable.

- Ethan Embry, le patient, était alors le mari de Sunny Mabrey, qui joua Jenny dans Changement de direction (saison 1). Ils ont cependant divorcé en 2012.

- Wilson chante (avant d’être repris par les chœurs de Broadway) la chanson One - tirée du musical A chorus line - de Marvin Hamlisch et Edward Kleban. On entend aussi Sway de Pablo Beltrán Ruiz, chanté par Dean Martin, et Maggot brain de Funkadelic.

Acteurs :

Ethan Embry (1978) est un enfant précoce devant la caméra : adolescent, il joue dans une centaine de publicités avant de décrocher plusieurs rôles dans des téléfilms et au cinéma, où il tourne environ deux fois par an depuis qu’il a 20 ans. Ses rôles les plus connus à la TV sont les rôles principaux de Derek/Adam Barnes de
Freaky links (13 épisodes), et Decko Griggs dans Brotherhood (20 épisodes), ainsi que les rôles récurrents de Frank Smith de Dragnet (11 épisodes) et Greg Mendell de Once upon a time (10 épisodes). Il a aussi joué dans Arabesque (2 épisodes), , La Treizième Dimension, Numb3rs, New York section criminelle, , Les Experts, Les Experts : Miami (2 épisodes), Drop Dead Diva, Grey’s anatomy, Hawai 5-0, etc.

Sasha Alexander (1973) révèle très vite ses dons de comédienne de théâtre, notamment dans Shakespeare. Sa notoriété naissante lui permet de travailler dans plusieurs films indépendants et séries. Les rôles les plus connus de cette superbe comédienne sont Maura Isles, personnage principal de la série Rizzoli & Isles (81 épisodes en mai 2015) et Caitlin Todd de
NCIS (49 épisodes). Auparavant, elle a décroché des rôles récurrents dans Wasteland (13 épisodes), et Dawson (20 épisodes). On l’a vue aussi dans Les Experts, Friends, Shameless US (4 épisodes), etc. Au cinéma, elle a participé à Mission Impossible 3, Ce que pensent les hommes, Yes Man, etc. Elle a épousé Edoardo Ponti, le fils de Sophia Loren.

Nick Chinlund (1961) abandonna ses rêves de basketteur après une blessure grave à l’épaule. Il se tourna alors vers la comédie. Sa stature imposante et sa voix menaçante le firent remarquer, jouant fréquemment des individus peu recommandables. Il a joué dans les séries NYPD Blue, X-Files (épisodes Le Fétichiste et Orison), New York 911 (6 épisodes), Gilmore girls, Buffy contre les vampires (épisodes Météorite et Par amour), Le fugitif (2 épisodes), Walker texas ranger, New York police judiciaire (2 épisodes), New York unité spéciale, New York section criminelle, Les Soprano, FBI portés disparus, Desperate Housewives (5 épisodes), Ghost Whisperer, Esprits criminels, NCIS, 24 (2 épisodes), Urgences, Castle, Mentalist, Les Experts (2 épisodes), Les Experts : Manhattan, Criminal minds : suspect behavior, Human target, How to make it in America (3 épisodes), Grimm, Unforgettable, Hôpital central, etc.

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12. ABSENCE DE CONSCIENCE
(REMORSE) 


Scénario : Peter Blake
Réalisation :
Andrew Bernstein

- I'd give her a day. Two days at the most.
- Great, Chase. You be the clock. Everyone else will be the doctors.

Valérie, 27 ans, a de violentes douleurs aux oreilles. L’équipe de House découvre qu'elle est une psychopathe au sens médical : elle ne ressent aucune émotion, est d’un égoïsme monstrueux, et se montre d’une méchanceté telle que Numéro 13 a peur d’elle. Son mari ignore son vrai visage. Pendant ce temps, House reçoit la visite de Wibberly, un camarade de faculté qui n’a jamais pu avoir son diplôme de médecine à cause d’un sale tour qu’il lui avait joué. House éprouve certains remords en le voyant…

Après s’être perdu dans un épisode qui n’avait rien à voir avec la série (The Tyrant), Peter Blake, un des meilleurs scénaristes de la série, retrouve la forme avec cet épisode contenant le patient le plus antipathique de la série. Sa folie froide effraie plus que l’exacerbation de Dibala ou du petit con (saison 3). D’une noirceur repoussante, Valérie subjugue par son hypocrisie puissance 1000, changeant de visage et de ton en un éclair. Adversaire d’une férocité inouïe, son duel contre Numéro 13 est un des moments les plus mémorables de la série, s’achevant sur une superbe fin ambiguë. Pour compenser cette histoire suave comme du tabasco, nous avons une histoire secondaire plus émotionnelle avec House confronté à sa conscience. Elle met en évidence que les auteurs sont parvenus à rendre le personnage plus sympathique sans perdre son caractère de cochon. Le dosage est parfait.

L’épisode nous leurre en présentant d’abord la patiente comme une femme certes autoritaire, mais affable. Lorsque House la perce à jour, ses traits se durcissent soudain, son regard se remplit de mépris, sa voix devient métallique, l’effet est terrifiant ! Tout au long de l’épisode, Valérie ne va cesser d’alterner entre ces deux visages. L’interprétation glaçante de Beau Garrett compte beaucoup dans la fascination odieuse qu’elle inspire. A ses côtés, Shane Edelman joue très bien le mari manipulé par la garce qui lui sert d’épouse, cela la rend encore plus méchante. Elle rit de ses médecins, se moque de ses propres absences d’émotion, avoue sans broncher qu’elle détruit son entourage. Voyant en Numéro 13 une personne plus fragile que ses camarades, Valérie trouve une proie à saisir pour satisfaire son appétit de destruction. Il faut la voir la regarder avec des yeux de vipère et lui dire Are you threaten by me ? pour qu’aussitôt la température chute d’un coup. Menaces de procès, de radiation, accusations d'harcèlement sexuel... son esprit pervers martyrise Numéro 13 tout en brisant chacune de ses tentatives pour sortir de ses filets. Cuddy elle-même est impuissante à remettre de l’ordre. Olivia Wilde est très convaincante en médecin piégée et souffre-douleur. La série persiste par ailleurs à taper sur les apparences car c’est quand les médecins mâles sont séduits par les charmes de Valérie - House inclus - qu’elle est démasquée.

L’épisode établit un crescendo de noirceur autant chez la patiente que dans l’enquête. La fin est troublante, car maintenant guérie, elle accomplit un acte certes sauvage mais dénué d'hyporcrisie. Et si elle savait ENFIN ce qu’est une conscience, une émotion, un remords ? Une fin surprenante, mais ambiguë, car on ne sait pas si elle va vraiment guérir ou retomber dans sa psychopathie.

Au milieu de ce drame, Blake n’hésite pas à nous muscler les zygomatiques par quelques scènes vaches comme quand House massacre les photos de Cuddy et Lucas sans se rendre compte de la portée de son geste. Le cas secondaire du patient espagnol permet quelques pointes typiquement Housiennes, rappelant la scène d’Epic fail où House et une chinoise se moquaient de Cuddy sans qu’elle s’en rende compte (c'est ici Wiwi qui en prend plein la figure). On aime aussi que la rupture 13-Foreman nuit à leur efficacité alors qu'avant c’était leur complicité qui nuisait à leur travail ! La quadrature du cercle... L’épisode marque aussi pour son hardie histoire secondaire. Les auteurs sont parvenus à négocier le virage d’un House plus humain. Dans le cadre de sa thérapie, House doit apprendre des sentiments humains comme le remords. Il veut en réalité se débarrasser au plus vite de ce moment de la thérapie. Manque de pot, Wibberly (Ray Abruzzo, sobre juste ce qu’il faut) débarque, et la simple emmerde que subit House vire à la culpabilité inattendue : Wibberly, après le tour de House, n’a plus pu remonter la pente. House se sent d’autant plus gêné que Wibberly ne garde pas de rancune envers lui et s’est résigné à un destin de plus en plus noir.

Finalement tenaillé par sa faute passée, House veut « réparer les dégâts » autant qu’il peut. C’est une des rares fois où le personnage éprouve du remords, alors que même la mort d’Amber ne lui avait pas fait cet effet. Le twist final est révélateur du changement qu’a subi House. Nous le voyons faire acte de contrition, de bonté par une voie simple, directe, et non plus bourrue. L'espoir lumineux de sa rédemption est par contre partiellement obscurci par le dernier plan : House n’a pas le courage de demander pardon à Cuddy, engoncé dans sa jalousie à l’égard de Lucas. Le Luddy sort de son statut de comédie dramatique pour devenir frein à la renaissance de House. C’est joliment calculé et Hugh Laurie est plus grandiose que jamais.

Infos supplémentaires :

- Aka. La Diabolique.

- Beau Garrett, la patiente, retrouvera Lisa Edelstein dans la série de Marti Noxon Girlfriends' Guide to divorce où elles tiennent toutes deux des rôles principaux. Ce n'est pas non plus la première fois qu'elle joue avec Olivia Wilde, toutes les deux furent sur les plateaux des films Paradise lost et Tron : l'héritage.

- L’épisode se déroule en octobre, la patiente guérit le 24 de ce mois si l’on en croit le chèque de House.

- Dans l’introduction, lorsque l’homme se retourne vers l’aéroport pour vomir, on peut voir une partie de l’équipe par le reflet dans la vitre.

- Nouvelle référence à Star Wars par House lorsqu’il demande à Valérie de quelle côté de la Force elle est.

- La chanson de l’épisode est Why try to change me now de Cy Coleman-Joseph McCarthy, chantée par Fiona Apple.

Acteurs :

Beau Garrett (1982) est une actrice de cinéma. On a pu la voir dans Les 4 Fantastiques et le surfeur d’argent, Le témoin amoureux, Tron l’héritage, etc. Elle a tenu le rôle régulier de Gina LaSalle dans Criminal Minds : suspect behavior (13 épisodes) et de Phoebe dans Girlfriends' Guide to divorce (13 épisodes) aux côtés de Lisa Edelstein. Elle a aussi joué dans Esprits criminels, The Glades, Les Experts : Manhattan (3 épisodes), Chuck, Glee, etc.

Ray Abruzzo (1954) est surtout connu pour avoir joué les rôles du Sergent John Zorelli dans la dernière saison de Dynastie (20 épisodes), du détective Michael McGuire dans The practice (45 épisodes), et de Little Carmine Lupertazzi dans Les Soprano (18 épisodes). Il est apparu aussi dans Falcon Crest, Tribunal de nuit (8 épisodes), Arabesque, Les dessous de Palm Beach, Lois et Clark, NYPD Blue, Une nounou d’enfer, New York police judiciaire, New York unité spéciale, NCIS, Les Experts : Manhattan, Bones, Boston Justice (2 épisodes), US Marshals,Mad men (3 épisodes chacun), Mentalist, Castle, Esprits criminels, Brooklyn Nine-Nine, etc.

Shane Edelman a joué dans plusieurs films, le plus souvent indépendants, mais aussi dans quelques sorties plus remarquées (Arrête-moi si tu peux, Flight plan, Ce que pensent les hommes, Jeux de pouvoir …). Il a parfois tourné à la télévision : Deuxième chance, Spy Girls, Daybreak (2 épisodes), Monk, Terminator : les chroniques de Sarah Connor (6 épisodes), Southland, Weeds, Mentalist, Shameless US, etc. 

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13. PASSAGE À L’OFFENSIVE
(MOVING THE CHAINS) 


Scénario : Russel Friend et Garrett Lerner
Réalisation :
David Straiton

- Requesting permission to share my idea without being belittled in front of your new assistant.
- Permission denied. Continue.

Daryl, un jeune footballeur américain noir, est pris d’une soudaine crise de rage. Lui et sa mère demandent à House de le guérir le plus rapidement possible car il doit faire sous peu un match capital pour sa carrière. Le rater supprimerait toutes ses chances d’avenir. Pendant ce temps, House recrute un assistant personnel en la personne de… Marcus Foreman, frère d’Eric qui vient juste de sortir de prison ! Eric n’apprécie pas du tout cette cohabitation. Enfin, quelqu’un s’amuse à faire de mauvais tours dans l’appartement de House et Wilson…

L’excellent duo Russell Friend-Garrett Lerner semble d’abord nous décevoir par un tas de clichés, que ce soit dans un cas à l’intérêt bancal ou des histoires secondaires manquant de subtilité. Cependant, les auteurs parviennent à légitimer toutes leurs histoires en fin de course pour des résultats surprenants mais tout à fait crédibles. On retrouve l’épaisseur psychologique qui caractérise les personnages de la série, tandis que la dualité comédie-drame demeure toujours au haut niveau.

On renoue avec la bonne vieille course contre la montre, avec un cas à résoudre avant une échéance. Cependant, l’épisode n’exploite que peu cette situation d’urgence, traînant même les pieds. Le patient (Da’Vone McDonald, transparent) et sa mère sont mollement écrits : à part répéter leur angoisse, ils ne font pas grand-chose. Cependant, l’épisode se rachète en mettant en évidence la persistance de la discrimination raciale en Amérique - et en extrapolant, dans le monde - Même si la ségrégation a été supprimée depuis Martin Luther King, elle persiste de manière plus insidieuse, les noirs demeurant souvent en marge de la société.

Cela implique plusieurs comportements risqués de Daryl qui veut sortir à tout prix de l’hôpital, quitte à mourir sur le terrain plutôt que de manquer ce match. La scène dans les couloirs du stade est révélatrice d’un poids très lourd qui frappe les enfants très (trop) aimés par leurs parents : sa mère s’est saignée aux quatre veines, sacrifiée pour donner à son fils une petite chance d’avenir. Et il se sentirait coupable de ne pas la saisir, même au péril de sa vie, comme s’il avait peur de n'être pas digne de l’amour maternel. Mais Foreman doit en tant que médecin, lui interdire ce risque, et il le fait à la manière... Housienne ! Par ailleurs, la chute de l’épisode se révèle très amère, avec ce faux happy end - pour le coup un quasi unhappy end - qui fait très mal. Dans le monde réel, les plus méritants et les plus prometteurs ne sont pas toujours récompensés, comme House le dit à la fin, non sans fatalisme.

Un petit cas secondaire se développe en parallèle avec un soldat rappelé sous les drapeaux, laissant sa femme enceinte seule. Il veut trouver un moyen d’être réformé. L’épisode évite le piège du tire-larmes grâce à un humour extrêmement noir, le soldat suivant à la lettre un conseil ironique de House. Les conséquences de cette situation absurde aboutiront à un superbe plan muet : cet homme, par amour, osera aller jusqu’au bout de son terrible plan. House semble pétrifié de voir les conséquences de ce noble sentiment de manière pratique. Malgré son ambiance pessimiste, la série ne peut s’empêcher d’affirmer sa confiance en l’humain, adoucissant son cynisme. En fond, on dénote un certain ton antibelliciste, dans la veine contestataire de la série.

Faire intervenir le frère de Foreman (Orlando Jones, aussi charismatique qu’une huître) est une fausse bonne idée, car il n'est que prétexte à des gags inoffensifs, bien qu'il est amusant de voir House mieux le traiter que son quatuor de larbins rien que pour les embêter ! On accroche pas non plus à la relation polaire entre les deux frères qui revisitent les clichés des frères conflictuels sans originalité ni force (Omar Epps n'est pas non plus convaincant). Ce pan de l’épisode ne rebondit qu'au twist final absolument génial qui révèle la vraie raison des agissements de House. Wilson, malgré ses airs moqueurs, est ému de voir House continuer à faire le bien autour de lui. Il devient « gentil » sans perdre son intérêt.

Rubrique sitcom : la cohabitation House-Wilson continue à tenir ses promesses. On commence par une scène hilarante où House prend toute la place dans la salle de bain. Leurs échanges azimutés sont toujours un régal. Puis on passe en mode slapstick avec des chutes et des alarmes anti-incendie qui se déclenchent. L’épisode prend de vitesse le spectateur, certain du nom du coupable avant de se voir détrompé. House se fait de nouveau piéger à son propre jeu. Devenir gentil a un coût puisque maintenant, puisqu'il trouve des personnes encore plus tordues que lui. Pire, il ne peut même pas se venger et doit accepter sa défaite. Shore a du culot à transformer sa créature en victime après cinq saisons de domination. Mais cela donne une idée de justice. Tom Kapinos s’en souviendra d’ailleurs dans Californication où après avoir foutu la merde durant trois saisons, Hank Moody ne cessera de payer l’addition dans les saisons suivantes. Le fan aimera ou n'aimera pas cette évolution. Elle a cependant le mérite de dégeler lentement mais sûrement le cœur de House, préparant non seulement le final de la saison, mais aussi tout ce qui suivra après. Shore tient à ce que la série et son personnage principal restent crédibles psychologiquement ; et sur ce point-là, il ne nous décevra jamais.

Infos supplémentaires :

- Aka. Pourquoi tant de haine ?

- La mère de Foreman est morte trois mois avant cet épisode. Unique apparition de Marcus, le frère d'Eric Foreman.

- House avertit Wilson pendant leur surveillance nocturne que s’il va se coucher, il pourrait se réveiller à côté d’une tête de cheval. C’est un clin d’œil au Parrain (1972).

- La mère du patient était l'ange de la destinée dans Charmed. Elle est interprétée par Denise Dowse. Décidément pas mal de personnages de cette série sont passés à Princeton-Plainsboro !

- Dernier cas clinique avant la saison 7.

- On entend dans l’épisode Rocket scientist des Teddybears sthlm, et Side to side de Wayne Jones-Sean Holland, chanté par ce dernier.

Acteurs :

Da’Vone McDonald a joué dans plusieurs films et courts d’auteurs. Il n’est presque jamais passé par la télévision (Raising hope, etc.)

Orlando Jones (1968) a joué dans beaucoup de séries qui n’ont pas franchi l’atlantique. Quelques exceptions : Tout le monde déteste Chris, La diva du divan (2 épisodes chacun), Ghost Whisperer, Pushing Daisies, Les Experts : Miami, etc. Il est aussi scénariste occasionnel, et a crée trois brèves séries : The Orlando Jones show, The adventures of Chico and Guapo, et Tainted love. Il est surtout connu pour jouer Frank Irving dans la série Sleepy Hollow (27 épisodes en mai 2015).

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14. 16 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME
(5 TO 9) 


Scénario : Thomas L. Moran
Réalisation :
Andrew Bernstein

- They should be pressuring other hospitals to be more like us, not trying to make us more like them. It's stupidity.
- Putting your job on the line in an effort to stamp out stupidity isn't... stupid ?
- You would do the same thing.
- Probably... But then I also wanted to try to cure cancer by infecting a guy with Malaria to win a $50 bet. You really want to be like me ?

Être directrice d’hôpital n’est pas un travail de tout repos. Lisa Cuddy se réveille comme tous les matins à 5h et se prépare à affronter toutes les obligations que son poste lui ordonne. Nous la suivons ici dans son travail durant toute une journée…

Après L’ami de Wilson, la série récidive en offrant un deuxième épisode qui ne suit pas le point de vue de House. Mais là où l’épisode précédent ne parvenait pas à aller au bout de son concept, 5 to 9 arrive à se concentrer à fond sur Lisa Cuddy. Durant 42 minutes, la caméra s’attache aux pas de la directrice, la suivant partout dans un effet quasi documentaire. Les plans-séquences qui s’étirent en longueur, les dialogues-mitraillette, le tempo échevelé, le suspense haletant… on croirait un scénario d’Aaron Sorkin ! D’ailleurs, cet épisode fait vraiment penser à ce chef-d’œuvre qu’est The West Wing, l’hôpital remplaçant l’aile ouest de la Maison-Blanche, et Lisa Cuddy étant à elle toute seule Josiah Bartlet, Josh Lyman, C.J.Cregg, etc. Thomas L.Moran signe là son meilleur scénario dont le rythme trépidant donne un aperçu parfait (bien qu'un peu romancé) de l’exigeante vie de directrice d’hôpital. Lisa Edelstein est de tous les plans, et se montre d’une énergie indomptable. Ajoutez la réalisation virtuose, virevoltante, enlevée, d’Andrew Bernstein, et des mélodies plus travaillées que de coutume, et vous avez un des meilleurs épisodes de toute la série.

L’entrelacement des intrigues est brillamment tricoté, mené tambour battant par un montage très clair. Il y a un fil rouge avec le duel que Cuddy livre contre la compagnie d’assurances qui rechigne à augmenter le budget de l’hôpital, ce qui est indispensable pour qu'il continue de tourner. Cuddy va carrément risquer son fauteuil pour faire monter les enjeux. Chaque scène monte la tension, au fur et à mesure que les spectres de la faillite et du licenciement pointent leur nez. House lui-même la met en garde : si elle continue de prendre des risques inconsidérés, elle risque de devenir comme lui. House n’a jamais été tendre avec lui-même... Le conseil administratif se montre aussi peu solidaire envers Cuddy qui passe en mode kamikaze : elle obtiendra ce qu’elle veut ou rien du tout. Et quand l’ultimatum expire, on s’inquiète vraiment pour elle. Au bord de la rupture, Cuddy devra faire une pause et s’enfermer un instant pour calmer ses nerfs. Bref, dans cet épisode, c’est Cuddy contre le reste du monde, et cette bataille sans merci est d'un suspense phénoménal. Dans un acte de solidarité à peine croyable, House renouvelle en Cuddy sa confiance, et lui donne le courage de repartir à l’assaut. Oui, House est de plus en plus gentil, alors qu'il est toujours aussi bourru. Ce mélange délicat tient sur la durée.

Finalement, les petits embêtements que House fait subir à Cuddy sont plutôt bénins comparé au reste, ce qui explique sans doute sa tolérance envers ses excès. Fidèle à son concept, Thomas L. Moran a le bon sens de ne pas trop faire intervenir House pour se centrer sur Cuddy. Cette dernière doit entre autres subir un procès de la part d’un patient qui ne voulait pas que son pouce tranché soit recousu parce qu’il avait pas assez d’argent pour payer l’opération. Or, Chase est passé outre. Cette scène est l’occasion de rappeler qu’avoir de hautes responsabilités exige une rigueur et une froideur totales. Lisa Cuddy se montre impitoyable envers le plaignant, quitte à ce que le spectateur ne la suive pas. Parfois, elle doit être dure. Elle ne craint pas un procès (faut dire qu’avec toutes les plaintes à cause de House, elle est blindée). A côté, les disputes avec le Dr.Hourani concernant des problèmes dans le staff de chirurgie ne contribuent pas à calmer le jeu. Elle doit par ailleurs enfiler la blouse pour s’occuper elle-même de patients en consultation dont un pas commode qui finit par la traiter de « bitch ». Quelle belle journée...

L’affaire Gail est tout aussi passionnante. Cuddy se montre humaine envers son employée désespérée jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle est en réalité une sociopathe. D’une manière analogue à la Valérie d'Absence de conscience, la transformation s’opère en un éclair : de pleureuse suppliante, Gail se transforme en monstre sans cœur et sans remords qui se moque méchamment de Cuddy, incapable de prouver tout ce qu'elle a commis : elle a tout calculé. La performance de Celia Flinkenstein est aussi saisissante que celle de Beau Garrett. Cuddy parvient cependant à la vaincre grâce à… une fleur dans un pot ! Finalement, tous ses problèmes sont résolus, donnant un happy end total peut-être forcé, mais qui dit au fond «  allez, c’est une journée comme une autre, demain ce sera la même chose ». Sinon, les auteurs vengent un peu les fans du Huddy avec Lucas en prenant pour son grade dans l’épisode, en ayant une panne sexuelle dans l’intro, et se voyant refuser un « calin » à la toute fin. Michael Weston est toujours aussi drôle. Bébé Rachel est vite évacué, interdisant à la niaiserie tout droit de cité.

Bref, un épisode a tempo prestissimo, à l’intrigue et réalisation haletantes, au suspense serré, et avec une Lisa Edelstein immense de talent et d’énergie. Un épisode conceptuel réussi au-delà de toutes espérances.

 

Infos supplémentaires :

- Aka. Wonder Cuddy. Le titre original inverse celui d’un film de 1980 : Nine to five (Comment se débarrasser de son patron en français).

- Sur la table de chevet de Cuddy, on voit le livre Inès of my soul d’Isabel Allende. Livre tournant autour d’une héroïne au tempérament fort. Quoi de plus naturel qu’il soit lu par Cuddy !

- L’horloge sur le bureau de Cuddy marque 15h00 quand l’ultimatum expire… mais il est 13h00 à sa montre.

- On entend dans l’épisode Break up the concrete des Pretenders, et Shine on d’Eric Bibb.

Acteurs :

Celia Finkelstein joue occasionnellement sur les écrans. Son rôle dans cet épisode est son premier à ne pas être un caméo. Elle est apparue dans The Middle, American horror story (5 épisodes), NCIS Los Angeles, Mentalist, Rizzoli & Isles, etc.

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15. LECTURE POUR TOUS
(PRIVATE LIVES) 


Scénario : Doris Egan
Réalisation :
Sanford Bookstaver

- Thanks for the gift. Obviously differs from my own personal beliefs.
- Read Chapter 6, entitled: "Shut the hell up."
- I think it's great that you have been called to witness by the Lord.
- Chapter 2, "Bite me."

Frankie, 27 ans, est une bloggeuse passionnée : elle retranscrit chaque détail de sa vie à ses lecteurs, au grand dam de Taylor, son petit ami. Une nuit, elle commence à saigner et a le visage violacé. A l’hôpital, l’équipe tente de trouver des indices sur elle via son blog. Lors d’un speed-dating, Chase obtient un franc succès auprès des candidates grâce uniquement à son physique, ce qui le perturbe. Pendant ce temps, House découvre un secret que Wilson aurait préféré rester caché...

Robert Chase, par sa relative fadeur, a rarement eu droit à la pleine attention des auteurs. Doris Egan tente de lui donner un meilleur rôle en l’immergeant dans la bataille millénaire de la série contre les apparences. L’ironie acerbe de la scénariste envers les charmes parfois insidieux de la beauté (et contre la gent féminine) n'est qu'à peine tempérée par Numéro 13. Le gros rire des scènes avec Wilson, ici humilié par tout l’hôpital grâce à son meilleur ami (qui aime bien châtie bien n’est-ce pas ?) est irrésistible. L’épisode est toujours d’actualité à l’heure où les réseaux sociaux permettent à chacun d’exposer sa vie privée à tout le monde, avec les dangers que cela implique. Egan a une habile façon de traiter ce problème en parlant non du bon vieux coup de la « révélation de trop » qui brise une vie mais plutôt de la dépendance aux réseaux sociaux. Tout cela compense un cas manquant d’intensité.

Grâce à Internet, n’importe qui peut raconter son quotidien, par des vidéos attrayantes, les réseaux sociaux, un blog... Pour peu que l’on trouve un ton, une humeur, une originalité qui transcende le quotidien, on peut créer artificiellement une « célébrité ». Frankie fait partie de ces gens, quitte à ne plus respecter son entourage, jeté en pâture à ses lecteurs. De manière amusante, le tempérament parfois rentre-dedans de Frankie fait penser à celui de Donna Pinciotti. Mais il est ici propice à de nombreuses scènes dramatiques, registre dans lequel brille Laura Prepon ce qu’elle n’avait pas vraiment eu l’occasion de montrer dans That 70’s show. Obsédée par son blog, mettant en péril son couple, Frankie montre pourtant un grand respect envers ses fans, et l'on voit que c'est moins l'orgueil qui la guide que le fait qu'elle se laisse piéger dans la spirale de la « fidélité à ses lecteurs » qui lui fait perdre le sens des réalités. En témoigne cette scène où devant faire un choix crucial pour son couple, elle laisse ses lecteurs décider à sa place. L'ordinateur agit sur elle comme une drogue (par extrapolation, l'épisode met en garde contre la dépendance informatique, après Epic fail). Seule son affection pour Taylor (Adam Rothenberg, très fade) sera sa planche de salut. L’épisode semble alors se retenir et ne pas aller au bout de sa démarche, diluant la noirceur dans une légèreté antinomique. La série n’est jamais aussi bonne que quand elle explore des abîmes sombres. Le cas lui-même est très aseptisé car Frankie reste plutôt bon pied bon œil (il est vrai que Miss Prepon est agréable à regarder) hormis les dix dernières minutes, un peu plus intenses. Le happy end annule toutefois une partie de la tension.

L’épisode frappe très fort avec une scène de speed-dating où les belles jeunes femmes se montrent d’une superficialité absolument tordante ! Wilson étant cancérologue, les femmes se mettent à parler de proches morts du cancer (Wilson le winner). Quant à House, il fout bien sûr des coups de froid massifs : le rencard de la lieutenant de police qui vire au détecteur de mensonges est un des moments les plus drôles de toute la série (c'est pas peu dire !). Chase pense comme la croyance populaire que contrairement aux hommes, les femmes ne sont pas aussi superficielles question physique. Manque de pot, la soirée anéantit impitoyablement cette douce illusion. Si la situation est bien sûr caricaturale (on aurait bien vu la scène dans Californication, avec quelques échanges de fluides corporels en prime), l'auteure a le mérite de rappeler une vérité que les excès du féminisme ont tendance à taire.

Chase, bouleversé par cette révélation, va jusqu'à remettre en cause sa relation avec Cameron : son ex-femme l’a-t-elle un jour aimé ou bien n’était-ce qu’une attirance physique ? Ce qui donne le frisson c’est que Cameron elle-même sera incapable d’apporter une réponse satisfaisante à cette question (Lockdown). Par là, les auteurs s’interrogent : à partir de quand l’amour prend-il le pas sur le désir ? Eternelle question et surtout superbe trouvaille qui donne a posteriori une fenêtre intéressante sur le Chaseron. Numéro 13 modère le constat de la soirée : oui, la beauté est une réalité qui brouille nos sens et notre jugement, et pas uniquement ceux des hommes ; mais patience et sympathie sont des qualités féminines par excellence. Peut-être que ces femmes ont donné une chance à Chase parce qu’elles espèrent au fond d'elles-mêmes que derrière le physique, Chase n'est en fait pas si con qu'il s'en est donné l'air. Evidemment, Chase n'eut pas été beau qu'il n'aurait sans doute eu aucune chance, mais ce petit cours de psychologie féminine n’en est pas moins d’une pertinence savoureuse, quoiqu'assez cynique. Jesse Spencer est très bon dans cet épisode.

Il ne reste plus qu’à parler de Wilson, qui dans sa jeunesse s’est laissé aller à accepter un rôle dans un film pornographique où il jouait un elfe apprenant le plaisir à une nymphe !! Branle-bas de combat quand House - dont l'addiction au porno frise le délire - en parle à tout le monde. Toutes les scènes qui s’ensuivent sont autant de gags énormes. Mais le tout prend une tournure inattendue quand à son tour Wilson perce le secret de House ; révélation qui ouvre plusieurs portes : House est-il si malheureux de son sort qu’il a la faiblesse de chercher un réconfort religieux ? Il a beau le nier, nous savons qu’il souffre que personne puisse le comprendre, dieu d’intelligence glaciale isolé par nature. Une manière d’apaiser son esprit ? Sans doute, mais il retourne bientôt dans son athéisme verrouillé. House voit plusieurs portes menant vers le bonheur sinon l’apaisement, mais il ne cesse de les refermer. Ce n’est pas encore le moment… Et puis, c’est une manière habile de mettre en évidence le désir de mieux connaître sa vraie famille, même s’il n’aura jamais le courage de lui parler. Une sorte de compromis tout à fait typique du personnage.

Infos supplémentaires :

- Aka. Relations virtuelles.

- Un patient a offert à Wilson un tapis de danse virtuelle.

- House regarde la chaîne des petits explorateurs et loue des films X. Il préfère louer des DVD X plutôt que d’aller sur le net car il y’a les commentaires du réalisateur. D’après lui, la mère de Wilson était une bombe, et sa photo lui sert de stimulus masturbateur. Humhum…

- Le véritable père de House serait un pasteur travaillant au ministère de l'Unité.

- Wilson a joué dans un film pornographique nommé Feral Pleasures dans sa jeunesse, étant ami avec le réalisateur. Toutefois, il avait une doublure corporelle pour les scènes explicites. L’honneur est (presque) sauf !

- La coupe d’or est un roman d’Henry James. C’est le livre préféré de Cameron.

- 13 a été amoureuse pour la première fois à 17 ans d’un homme de 30 ans. Elle le qualifie aujourd'hui de « gros nul ».

- Après Kurtwood Smith, c'est au tour de Laura Prepon de passer de That 70's show à la série médicale. Naturellement rousse, elle apparaît ici blonde.

- Un nouveau clin d’œil à Bryan Singer, ancien producteur de la série, avec une référence à Keyser Soze, le méchant insaisissable de Usual suspects. House a loué un DVD pornographique détournant le titre d’un film de John Ford (1941) : How green was my valley devenant How wet was my valley. Enfin, les Imperial Stormtroopers font évidemment référence à Star Wars.

- Wilson et House - à la fin de l’épisode - entrent dans l’ascenseur de droite… et sortent par celui de gauche. On remarque que dans Ignorance is bliss, on avait la même erreur (mais inversée).

- Les chansons de l’épisode sont Chasing pirates de Norah Jones, What’s it gonna be ? de The Dynamites, Sun is shining down de JJ Grey et Mofro, et Lochloosa de Mofro.

Acteurs :

Laura Prepon (1980) s’est fait connaître dès son tout premier rôle référencé, celui de Donna Pinciotti, un des personnages principaux de la sitcom That 70’s show (201 épisodes). Elle a aussi joué dans US Marshals, Médium (épisode Self-défense), How I met your mother (3 épisodes), Castle, etc. Elle eut d'autres premiers rôles de séries : Hannah Daniels d'October road (19 épisodes), Chelsea Newman d'Are you there Chelsea ? (12 épisodes), et Alex Vause d'Orange is the new black (30 épisodes en mai 2015).

Adam Rothenberg (1975) a joué dans les séries New York police judiciaire, New York section criminelle, Person of interest, Alcatraz, Elementary, etc. Il a joué des rôles principaux de série : Augie de The Ex list (13 épisodes), Danny de The Divide (7 épisodes), et Homer Jackson de Ripper Street (24 épisodes). Il est aussi comédien de théâtre.

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16. TROU NOIR
(BLACK HOLE)


Scénario : Lawrence Kaplow
Réalisation :
Greg Yaitanes

- Would you mind at least putting a napkin under your jelly toast ?
- Get a table, and I won't eat on the couch.
- No, you still will.
- But I won't have a good excuse.

Abby, 17 ans, a une attaque lors d’une conférence scolaire sur l’astronomie. Lors des examens, l’équipe constate qu’elle a des hallucinations. House décide donc d’enclencher un programme expérimental qui permettrait de décrypter ses visions et ses rêves, convaincu que la source du problème est là. Pendant ce temps, House pousse Wilson à décorer leur appartement encore vide, et Taub traverse une étape difficile : sa femme n’a plus confiance en lui…

Le scénario de Lawrence Kaplow laisse dubitatif. Le cas médical ne cesse de naviguer entre le trivial et l’inspiré. Si la recherche onirique est une bonne idée bien menée, toutes les autres scènes médicales sont en mode automatique. La chute finale est toutefois d’une violence sordide. Le couple Taub continue à nous laisser de glace par son incursion maladroite dans le soap ; les auteurs ont visiblement perdu la main sur les "ships". Heureusement, côté Hilson, le spectateur est comblé, car d’un banal problème (décoration d’un appartement), émergent via l'humour plusieurs réflexions philosophiques sur notre capacité à faire des choix. La réalisation à couper le souffle de Greg Yaitanes, et les effets spéciaux de l’équipe technique sont un gros plus dans un épisode très visuel.

Les scénaristes savent très bien donner aux adolescents de beaux rôles, cet âge demeurant très complexe et mystérieux. Mais Kaplow, tout occupé par son intrigue onirique, en oublie de développer ses personnages, stéréotypes aucunement émouvants (la scène de la bague ferait passer Dawson Leery pour un alpha male). Cali Fredrichs et Nick Eversman (le petit ami) ne sont guère satisfaisants dans ces rôles peu gouleyants. L’enquête est trop bavarde, et House est en panne d’humour. C’est seulement lorsque hallucinations et rêves défilent que l’intérêt est relancé avec de beaux effets spéciaux d’autant plus délectables que la série n’en use qu’exceptionnellement. La tentative de description des rêves est passionnante, aboutissant à un magistral twist final d'une perversité révoltante, un des plus noirs de la série, et un happy end encore une fois totalement faussé.

A force de ressembler à House, Foreman commence à dépasser le maître : tout ce qui est irrationnel, non scientifique, Foreman le rejette, alors que House non. Il croit en la symbolique des rêves (autre titre VF de l'épisode) et est prêt à utiliser cette solution peu orthodoxe pour résoudre l’énigme. Le rigorisme de House en matière de rationnel est donc joliment amendé sans être contradictoire : tous les moyens sont bons pour triompher. L’épisode, mine de rien, nous rappelle que la solution à nos problèmes, notre bonheur, ne dépend que de notre capacité à décrypter les messages de notre inconscient. La réponse se trouve dans nos rêves, expressions de nos désirs et de nos savoirs les plus importants (thèse reprise dans l’excellente Salle 47 de la série Alias).

L’histoire Taub se penche sur un grand problème du couple : la confiance en l’autre. Rachel en a marre de ne pas voir assez son mari, manquant d'attentions, trop attaché à son travail, et soupçonne qu’il a une aventure. Il y’a quelques bonnes scènes comme le dialogue via smartphone qui dérape, ou House surprenant notre couple prenant du bon temps dans la voiture, sans oublier la fin qui soudainement fait passer un frisson glacé sur l’apparente résolution heureuse. Mais dans l’ensemble, cette historiette inoffensive n’apporte rien de concret. Jennifer Crystal Foley et Peter Jacobson sont au top, mais n'y peuvent rien.

L’histoire Hilson est merveilleuse : sous la comédie, philosophie et émotion sont bien présents. Ni House ni Wilson ne veulent décorer l’appartement, et chacun a des raisons tordues mais convaincantes : Wilson veut que House ne soit plus un parasite pique-assiettes, et s’investisse dans leur cohabitation ; House déclare que Wilson, trop gentil et respectueux du goût des autres, n’a jamais imposé son territoire (on en avait déjà eu un exemple quand Amber le forçait à acheter un matelas dans Pour l’amour du soap en saison 4). Conclusion : ou il achète quelque chose, ou il admet «  la vacuité de son existence  »  Tout ça pour une décoration… Cela entraîne une escalade loufoque avec des scènes de plus en plus hilarantes (le renvoi des meubles, le flirt avec la vendeuse…). House aime son ami profondément, à sa manière, le forçant à se regarder en face. Lorsque Wilson veut mâcher le travail en appelant des décorateurs, House annule s'interpose car cela ne représente pas les goûts de son ami qui laisse les autres décider à sa place. Il veut que son ami ait sa place (Tu peux pas t’en remettre à quelqu’un pour te définir). La scène du magasin est tragi-comique, Wilson n’arrivant à pas acheter un seul meuble parce qu’il ne sait pas ce qui lui plaît. La scène finale est pourtant d’une grande beauté : Son goût à lui, c’est ce qu’aiment ceux qu’il aime : si House aime quelque chose, alors Wilson l'aime aussi. Tout simplement sublime.

Infos supplémentaires :

- Aka. La symbolique des rêves.

- La scène d’introduction rend hommage à deux films : Une question de vie ou de mort (1946) du duo Powell-Pressburger et Contact (1997) de Robert Zemeckis.

- Les trois pièces que joue Hugh Laurie à l’orgue sont : les premières notes de la Toccata en ré mineur BWV565 de Johann Sebastian Bach, l’ouverture du Fantôme de l’opéra d’Andrew Lloyd Webber, et A whiter shade of pale de Keith Reid et Gary Brooker. On entend à la fin de l’épisode cette même chanson par Procol Harum.

Acteurs :

Cali Fredrichs n’a jusque-là fait que dans des apparitions au cinéma (The Social Network...) et a joué assez peu à la télévision : Glee, Grey's anatomy, CSI : Cyber, etc.

Nick Eversman (1986) a joué Michael Winstone dans la brève série Missing (10 épisodes) et est apparu dans Les Experts : Miami,NCIS... Mais il semble pour l’instant être plus intéressé par le grand écran qui constitue l’essentiel de son début de filmographie. 

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17. PERSONNE NE BOUGE !
(LOCKDOWN)


Scénario : Russel Friend, Garrett Lerner, Peter Blake, et Eli Attie, d'après une histoire d'Eli Attie et Peter Blake
Réalisation :
Hugh Laurie

I take maybe 1 in 20 cases. A lot of the people I turn down, end up dying. It's really a good argument for there being more than one me when you think about it.

Le nouveau-né d’une patiente a disparu de sa chambre. Cuddy ordonne l’état d’alerte : tout le monde reste dans la salle où il se trouve jusqu’à ce qu’on retrouve le bébé ! House est coincé dans une chambre avec un mourant, Wilson et 13 à la cafétéria où pour tuer le temps, ils jouent à Action ou Vérité, Taub et Foreman sont dans les archives et fouillent les dossiers de tout le monde, Chase et Cameron - revenue pour lui faire signer les papiers du divorce - dans une salle de consultation où ils font le point sur ce qui n’a pas marché entre eux. La soirée sera très instructive pour tout le monde…

Cet épisode réalisé par Hugh Laurie himself est un nouvel épisode conceptuel. Il est clair que le scénario a été pensé de façon à ce que Laurie puisse faire ses débuts dans la série derrière la caméra en toute sécurité. En effet, la majeure partie de l’épisode se déroule dans des huis clos, permettant un travail de direction moins difficile. Lockdown brise la routine de la série : pas de cas médical, mais cinq (!) petites intrigues sans rapport les unes aux autres. Malheureusement, l’absence d'interaction de ces histoires, ni ratées ni réussies, fait que chacune s’étend sur une durée bien trop courte tout en se génant mutuellement. La réalisation de Hugh Laurie est correcte mais manque de mobilité. A saluer cependant : le retour en guest star de Jennifer Morrison.

Branle-bas de combat, un bébé a disparu ! La sécurité intervient et tout le monde reste où il est. Ainsi, les huit personnages principaux (hormis Cuddy) se retrouvent enfermés dans les salles où ils sont actuellement. Chacun sortira de l’hôpital dans un état différent dans lequel il est entré ce jour-là, et c’est bien d’ailleurs le point le plus positif. L’enquête est la partie la moins intéressante. Malgré la judicieuse fausse piste du frère, elle n’est qu’un McGuffin, destiné uniquement à légitimer les autres histoires. Les auteurs s'en désintéressent très vite. Malgré la ténacité vigoureuse de Cuddy et l’originalité du «  kidnappeur  », le tout passe très vite.

Enfermés dans les archives, Taub et Foreman se shootent à la Vicodin pour voir « l’effet que ça fait ». Eh bien, ça va assez loin : rires incontrôlables, baffes qui pleuvent, poursuite débile dans les couloirs sur fond de chant grégorien… on sent que les comédiens sont ravis de changer de registre ! Une fois qu’ils passent en mode Very bad trip, ils se rendent compte que chacun a quelque chose à cacher : Foreman est honteux d’un délit qu’il souhaiterait effacer, parce qu’il veut donner l'image d'un homme infaillible (un ego très Housien, mais ici plus destiné à cacher sa peur de ne plus avoir confiance en lui, comme il l'avait révélé dans Mauvaises décisions en saison 3). Taub regrette ses brillants débuts et d'être réduit « à être le valet de House au lieu d’être House ». Leur perfectionnisme, leur envie d’être toujours plus que ce qu’ils peuvent rationnellement faire, est la cause de leur manque de bonheur à tous deux. Taub fera un bel acte d’amitié, mais cette histoire trop concise empêche l’émotion de s’installer, et la comédie de leur trip est trop brève.

House est enfermé dans la chambre de Nash, un mourant. House va donc lui proposer une dose létale de morphine pour qu’il puisse partir vite et sans douleur... afin d’avoir la paix et c'est tout ! Ca, c'est ce qu'il prétend, mais on sent dans son attitude que c'est peut-être aussi qu'il craint de sympathiser avec lui. Nash (bouleversant David Strathairn) accepte son offre, mais pas avant que House se soit confié. C’est ainsi qu'il narre la blessure Lydia. Oui, il a pu changer grâce à elle, mais cela ne veut pas dire qu’il est heureux. Nous voyons là les progrès et les limites de la « thérapie par l’amour » de Nolan : il s’excuse auprès du patient, éprouve de la compassion, mais refuse encore que le monde le voit comme un être sensible. Il n’aurait sans doute jamais parlé aussi longtemps avec Nash s’il n’était pas condamné, et pense encore qu'on est jamais bien que dans la solitude.

L’intrigue Chase-Cameron est celle qui a nécessité le plus de discussions dans le public. Les fans de ce ship ont salué une conclusion juste et mélancolique, les détracteurs un pathos inutile. Objectivement, Shore a une belle audace en remettant en cause absolument tout le Chaseron depuis qu'il est devenu sérieux (il y a presque 3 ans !). Sous le feu d’un échange serré, Cameron craque et avoue qu’elle ne sait pas si elle a déjà aimé Chase, prenant pour de l’amour ce qui serait qu’une amitié teintée d’attirance. Curieusement, c’est à partir du moment où Cameron se serait trompée sur eux que ce ship est devenu moins intéressant. Cela tend à penser que c’est peut-être bien le cas ! Cette révélation foudroyante est tempérée par la sincérité de la tendresse que Cameron éprouvait pour Chase. Toujours avec audace, les scénaristes offrent une superbe "seconde sortie" à Cameron, qui prend conscience qu’elle est inapte - pour le moment - au bonheur conjugal, aimant mal ses hommes à cause de son caractère instable. Par une splendide anaplodiplose, Cameron et Chase se quittent de la même façon qu’ils se sont mis ensemble : par une dernière étreinte où le désir a sa place, mais non l’amour. Une fin douce-amère crédible, avec une grande Jennifer Morrison et un non moins grand Jesse Spencer. Hélas, l’émotion gagne peu le spectateur, qui n’a pas le temps de s’immerger dans cette discussion qui arrive trop vite à sa conclusion.

Les scènes Wilson-Thirteen comptent parmi les meilleures de l’épisode, orientées pleinement vers la comédie, domaine où la doctoresse a rarement eu l’occasion de s’aventurer. Pari gagné, Olivia Wilde est craquante en femme pleine de peps qui fait tourner en bourrique son partenaire de jeu ! Leur Action-Vérité est plein de bons dialogues. Mais là encore, la brièveté de l’action est frustrante. Ces moments pétillants voire burlesques sont tempérés par les garde-fous de leur conscience : 13 a caché son orientation sexuelle à son père (il a assez morflé comme ça) et Wilson n’ose pas recommencer une relation avec Sam, sa première ex-femme. Au contact l’un de l’autre, chacun trouvera le courage de dépasser leurs peurs. C'est très beau, et ce faisant, l’épisode prépare l’arrivée de Sam Carr. Ce pan de l’histoire aurait pu être un chef-d’œuvre de dramedy s’il avait été plus développé.

Un épisode bourré de bonnes idées et d’audace, mais dont les tenants et aboutissants sont contrariés par un éparpillement narratif.

Infos supplémentaires :

- Premier épisode réalisé par Hugh Laurie. Il en réalisera un second : Double dose (saison 8).

- Deuxième prénom de Christopher Taub : Michael. Il a travaillé au Bangladesh après avoir été ému par le concert de 1972 où des légendes du rock chantèrent pour lever des fonds pour le pays (George Harrison, Eric Clapton, Ravi Shankar, Bob Dylan…).

- Même si cette histoire ne contient pas de diagnostic, on peut voir un patient souffrant d'une cardiomyopathie ischémique.

- Cameron et Chase divorcent. Cameron ne réapparaîtra que dans le finale de la série : Tout le monde meurt (saison 8).

- Wilson commet pour la première fois un acte malhonnête : Il vole un dollar dans la caisse enregistreuse de la cafétéria. Il avait également cassé à coups de bouteille les vitraux d'une église dans Birthmarks (saison 5), mais House l'avait poussé à bout.

- La première femme de Wilson, Sam Carr, fut son épouse de 1990 à 1991.

- House prend un cas sur vingt qu’on lui présente.

- Le père de Numéro 13 ignore qu’elle est bisexuelle. Elle est très forte au jeu Action ou Vérité.

- Ancienne adresse de House : 519 Mornall Street. Téléphone : 609-555-0200.

- Foreman et Taub font référence à Fight Club (1999) quand ils sont sous opiacés. Walker propose Toadette comme prénom pour sa sœur, allusion à un personnage du jeu vidéo Mario Kart : Double dash !!

- Plusieurs musiques dans cet épisode : L’Adorate Deum grégorien par Alberto Turco et la Nova Schola Gregoriana, un chant tzigane russe (Les deux guitares) par Les yeux noirs, Alison d’Elvis Costello pendant la danse de Cameron (évidemment !) et Chase, Volunteered slavery par le Derek Trucks band, Tootie ma is a big fine thing et Tequila and Chocolate du quatuor Scofield-Medeski-Martin-Wood, Birds ands chips de Billy Bragg, Wilco, et Nathalie Merchant, et enfin Once in a blue moon de Mabel Mercer.

 Acteurs :

David Strathairn (1949) a joué dans quelques séries : Deux flics à Miami, Equalizer (épisode Un océan de feu), Un flic dans la mafia (2 épisodes), Les Soprano (3 épisodes), The Blacklist (6 épisodes), Monk, etc. Il a tenu le rôle principal de Lee Rosen dans Alphas (24 épisodes), et de Will Preacher dans Big Apple (8 épisodes), et le rôle récurrent de Moss Goodman dans The days and nights of Molly Todd (20 épisodes). Mais c’est surtout un acteur de théâtre qui, issu du cirque, a tourné dans de nombreux films réputés, surtout à partir des années 90 : Les Experts, La Firme, La rivière sauvage, Dolores Claiborne, L.A. Confidential, Le songe d’une nuit d’été, Good night and good luck, La vengeance dans la peau, Les chroniques de Spiderwick, Godzilla (2014), Lincoln, etc. Aux USA, il est considéré comme un grand acteur de genre. 

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18. AMOUR COURTOIS
(KNIGHT FALL)


Scénario : John C. Kelley
Réalisation :
Juan J. Campanella

- Foreman, take Frodo and break bread with the Hobbits.
- I still think Hemotoma's more likely.
- That's why, Taub, you and Chase are going to get an MRI.
- But you just...
- Taub, I said Frodo, not Gollum.

Dans une communauté où l’on vit selon les us et coutumes du Moyen-Âge, un jeune homme, « Sir William », gagne en combat singulier un duel contre le capitaine de la garde de Miles, le roi. Mais il a une attaque cardiaque juste après sa victoire. Numéro 13 devine qu’il est amoureux de la reine, qui est fiancée au roi. House pense que la source du problème vient du camp médiéval. Wilson sort de nouveau avec Sam, sa première femme, sous le regard désapprobateur de son ami.

Pour son premier scénario au sein de la série, John C. Kelley (ne pas confondre avec David E. Kelley !) se montre très original. Son enquête médicale est intéressante certes, mais il utilise beaucoup une idée décalée : l’univers fascinant de la chevalerie moyenâgeuse, tout en l'élargissant à une réflexion - malhabile cependant - sur la pérennité de ces valeurs. Il se montre également très à l’aise dans la gestion du triangle House-Wilson-Samantha. Certes, on en a déjà eu un avant-goût lors du Wamber, mais la série sait se répéter avec talent. Les dialogues étincelants et les gags grinçants fusent de partout, ne cachant pas la guerre de tranchées à laquelle se livrent House et Sam. Comme à l’accoutumée, l’épisode se clôt par un happy end sans joie, ici particulièrement émouvant.

L’introduction est un travail d’orfèvre. Pendant quatre minutes et demie, nous voilà replongés un millénaire en arrière. Costumes d’époque richement reconstitués, langage d’antan, preux chevaliers et gentes dames, joutes festives, campagne verdoyante et boueuse, plats traditionnels… La caméra de Juan J. Campanella capte tous les détails pour un rendu visuel superbe. Un moment d’humour quand la maladie de Sir William contraint le roi à sortir… son téléphone portable : effet garanti !

Le soufflet retombe lors du retour au réel, mais Kelley va abattre un second atout : une accumulation de situations hautement fantaistes. C’est ainsi que House retrouve une verve en sourdine ces derniers temps. Les scènes reliées au camp médiéval baignent dans une folie douce due au choc des cultures : on citera pêle-mêle l’arrivée de House, épée de chevalier à la main, Numéro 13 crachant son morceau de poulet, Foreman pris pour un démon, Numéro 13 et House déambulant en costumes d’époque (LA scène de l’épisode), etc. Osant tout, au risque de charger la mule, on fait même un détour par la sorcellerie - scène stupéfiante du repaire de l’alchimiste - et les drogues de junkie. Le coup des fausses carottes blanches est également une belle trouvaille. Bref, un joyeux fourre-tout qui donne du neuf à la série. Malheureusement, le scénariste, en débridant ainsi son imagination, a du mal à tout contrôler et flirte avec le grotesque (le Nécronomicon, carrément !).

Mais c’est surtout la romance contrariée de William qui reste sur l’estomac. L’histoire remet sur le plateau le fameux Amour courtois, concept de l’époque où le troubadour, chevalier, etc. jure fidélité et amour platonique idéalisé éternel à une dame (presque toujours mariée et qui est sa supérieure hiérarchique). William est fou amoureux de la sublime Shannon (Sarah Jones, un brasier). A force d’être imprégné des valeurs chevaleresques, William a fini par succomber à la plus douloureuse : l’amour courtois donc. Mais à notre époque, ce concept, malgré sa pureté, est anachronique. Que l’on puisse vivre selon les idéaux de Moyen-Âge, pourquoi pas ? Mais aller jusque-là, quand on connaît la plus grande liberté que permet notre temps au sujet des sentiments, c’est plus maladroit qu’autre chose. Dans la réactualisation de l’amour courtois à notre époque, on préférera largement l’adoration muette du peintre pour Maddie Hayes dans Clair de Lune (Le portrait de Maddie). On suit un moment grâce aux touchants Noah Segan et Sarah Jones, très alchimiques (les acteurs se connaissaient déjà avant l'épisode), mais quand arrive le rebondissement de la ciguë, là on ne suit plus du tout. Mais on se console avec l’enquête, aux nombreux rebondissements, jusqu’à la toute dernière minute. Le twist final est ironique car il permet in fine une réunion inattendue des deux mondes, pas pour le meilleur, mais bien pour le pire !

L'arrivée de la soulless harpy qui a brisé le cœur de Wiwi il y’a vingt ans, certes préparée dans Lockdown, crée l'événement. Comme pour Amber, l’ambiguité de House réapparaît : hait-il Sam pour ce qu'elle a fait comme il le prétend, ou bien est-ce une sorte de jalousie, sa peur de voir Wilson lui échapper comme le devine l’intéressé ? Sans doute un peu des deux. Cependant, qu’il aille jusqu’à voir Cuddy pour raisonner Wilson, ou solliciter les services de Douglas pour fouiller le passé de la « garce » montre sa détermination à vouloir protéger Jimmy, comme le ferait un amoureux pour l’objet de ses désirs. On regrettera que pour sa dernière apparition, Douglas ne fait rien de mémorable. Son départ pour Mandyville en fin de saison est un peu frustrant. Quand House est déterminé, ça peut aller loin. Il en est ainsi lors de la scène du restaurant que House croit perturber royalement, avant de se prendre un retour de flamme en pleine poire. Le second dîner vaut son pesant de cacahuètes : profitant de l’absence de Wilson parti aux toilettes, House lâche à Sam tout le bien qu’il pense d’elle. La violence de ses sentiments est effrayante, mais Sam est une femme de tête et entend bien convaincre le diagnosticien qu’elle a changé. Voir House jeter sans l’ouvrir le dossier Sam est un nouveau jalon dans son changement d’attitude. Lui qui ne croyait pas à la « seconde chance », cesse de faire son Javert, et donne à Sam le bénéfice du doute.

Lentement mais sûrement, House acquiert ce qu’il n’a pas reçu à la naissance : la confiance en l’Autre. Derrière la boutade drôle et rassurante que lance Numéro 13 à la fin, elle semble dire à House (ainsi qu’au public) : Amusez-vous, la vie est si courte ! Cynthia Watros est un bon choix pour ce personnage sensible qui veut se donner un nouveau départ.

Infos supplémentaires :

- Première apparition de Samantha Carr, première femme de Wilson, interprétée par Cynthia Watros. L’actrice tiendra le rôle pendant sept épisodes. Lucas Douglas (Michael Weston) apparaît pour la dernière fois.

- Noah Segan (Sir William) et Sarah Jones (La Reine) avaient déjà tourné ensemble dans le film Still Green (2007). Ils reçurent d'ailleurs avec le reste du cast du film, le Spirit of the Independant award du meilleur casting.

- House connaît une succulente recette de soufflé qui lui vient de sa mère.

- Chase ne connaît pas Le Seigneur des Anneaux. Il avait un oncle qui se prenait pour « le roi Léopold ». Numéro 13 fait une référence à Poudlard, l’école d’Harry Potter.

- Décidément, pas mal d’acteurs de Charmed sont passés par la série. Wes Ramsey est Wyatt adulte dans les trois dernières saisons de Charmed.

- Erreur : Wilson dit qu’il a rencontré Sam il y’a 12 ans, donc en 1998 (l'épisode se déroule en 2010). Mais l’épisode précédent nous indique qu’il l’a épousée en 1990.

- Hugh Laurie fredonne le traditionnel Pastime with good company quand il fait la cuisine. On entend à la fin de l’épisode Just the motion de Richard et Linda Thompson.

Acteurs :

Cynthia Watros (1968) tint les rôles principaux de Libby Smith dans Lost (19 épisodes), Erin Fitzpatrick dans Titus (54 épisodes), Kellie Newmark dans les deux dernières saisons du Drew Carey show (52 épisodes), et Elizabeth Wilson dans Finding Carter (20 épisodes). Elle a joué également dans Spin City, Profiler, New York section criminelle, US Marshals, Gossip Girl, Les Experts, Esprits criminels, The Closer L.A. (épisode Médecine parallèle), Men of a certain age, Desperate Housewives, Grey's anatomy, Hawai 5-0, Warehouse 13, etc. ainsi que quelques soaps : Another world (9 épisodes), Haine et passion (24 épisodes), et les Feux de l'amour (47 épisodes). Elle eut droit aussi à sa propre émission, bien que très brièvement : Cynthia Watros gets Lost (un clin d'oeil à son rôle dans la série Lost). Elle joue très peu au cinéma. Son rôle dans Dr.House est un de ses plus connus.

Noah Segan (1983) est un acteur de cinéma qui a d’abord commencé par la TV : Mariés deux enfants, Dawson, Les Experts, NCIS, Des jours et des vies (7 épisodes), Breaking Bad (épisode Ozymandias) etc. Aujourd’hui, il tourne de deux à quatre films par an.

Sarah Jones (1983) a joué surtout à la télévision : dans NIH : Alertes médicales, Cold Case, Ugly Betty, The Wedding Bells (4 épisodes), Big Love (9 épisodes), Sons of anarchy (6 épisodes), Justified, etc. Elle a tenu trois rôles principaux de séries : Kendra dans Kendra (8 épisodes), Rebecca Madsen dans Alcatraz (13 épisodes), et Mia Rizzo dans Vegas (20 épisodes). Elle a une parfaite homonyme qui est aussi actrice, mais de théâtre.

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19. PERMIS DE TROMPER
(OPEN AND SHUT)


Scénario : Liz Friedman et Sara Hess
Réalisation :
Greg Yaitanes

- You think a woman who likes sex must be sick ?
- Just because everybody in this room wishes that all women were horny all the time, doesn't make it so. She is sick.

Julia et Tom vivent en mariage libre : chacun a le droit d’avoir des aventures. Alors qu’elle était avec un de ses amants, Julia est prise de douleurs à l’estomac. House soupçonne que le mari cache un secret. Taub est attiré par une séduisante infirmière et a peur de recommencer ses erreurs. Quant à Wilson, il se dispute avec Sam…

Il est dangereux d’avoir une bonne idée si on arrive pas à l’exploiter. Passé la surprise initiale, l’ennui gagne très vite si le développement n’est pas à la hauteur. Open and shut tombe en plein dans le panneau, n’allant pas plus loin que des évidences triviales sur le mariage libre. Les tentations de Taub rejoignent évidemment le sujet, mais s’enlisent dans un sentimentalisme consternant. La rupture (temporaire) entre Wilson et Sam fait penser aux plus mauvais drames sentimentaux qui infestent nombre de téléfilms de troisième zone : prévisibilité, dialogues affligeants, psychologie sommaire... Trois histoires de soap opera dans un seul épisode de Dr.House, Sara Hess et Liz Friedman ont sûrement battu un record dont on se serait bien passé ! Heureusement quelques bonnes idées éparses, et un bon cas médical parviennent de justesse à éviter la déroute totale.

L’introduction amuse par son décalage : Julia (croustillante Sarah Wayne Callies) va faire l’amour avec son amant. Tiens, mais c'est Charlie Weber, le Ben de Buffy contre les vampires.Quand on sait que Glory est venue à Princeton-Plainsboro il y a 3 ans, on peut se demander s'ils sont toujours en contact et aussi "fusionnels" (au sens propre évidemment) que dans la série. On dirait que Gregory House est le médecin favori des habitants de Sunnydale, on imagine déjà les fanfictions... Bref, ils vont faire leur petite affaire quand ils sont interrompus par le mari (Rob Evors, très bien) qui s’excuse de les déranger, serre la main de l’amant, puis part pour les laisser tranquilles !! Voilà une curieuse manière de revisiter le triangle amoureux traditionnel ! Et évidemment, la maladie se déclenche au moment où ça devenait chaud, running joke de la série qui nous en a déjà servis quelques avatars juteux.

L’enquête médicale est très bonne, avec des moments de suspense bien réglés. On apprécie le retour d’une ancienne star de la série : le tableau blanc ! Les scènes médicales, qui ont moins brillé cette saison, constituent le meilleur de cet épisode. Tous les personnages ont une part égale, notamment Foreman et Chase, plus présents qu’à l’accoutumée. Mais il est visible que les auteurs privilégient les personnages les plus récents, mieux écrits. Cette équilibre des personnages est un atout de plus. Quant au happy end, il est joliment assombri par l’incertitude de ce que deviendra le couple. Le twist final n'est toutefois pas ce qu'il y a de plus mémorable.

Le concept du mariage "ouvert" est assez récent, il part de la différenciation entre le désir sexuel et le sentiment amoureux. On peut coucher pour coucher, pour satisfaire seulement ses envies sexuelles (on est pas loin de Classé X, avec ce couple pornographique très solide). Comme House le rappelle, l’Homme est un des seuls animaux de la nature qui connaît la monogamie, mais cela va à l’encontre de ses pulsions naturelles. L’épisode cependant ne va pas plus loin que des facilités : il faut avoir une totale confiance en l’autre, le problème de l’infidélité est caduc, ça ne remet pas en cause les sentiments que l’on a envers son conjoint... un dernier point confirmé par Taub, amoureux de sa femme mais attiré par d’autres femmes (je vous renvoie au sublime Le Ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch où un Don Juan enchaînant les conquêtes ne cesse jamais d’aimer son épouse). Bref, que des banalités, assénés interminablement. L’originalité qui montre cependant la femme plus active sexuellement que l’homme dans le couple, à rebours de certaines idées reçues encore tenaces, est à noter. Tout comme l’ironie amère de la situation finale : même un couple aussi franc que celui-là a des squelettes dans son placard. L'évolution du couple pendant l'épisode est cependant prévisible à des kilomètres.

On s’ennuie aussi avec les problèmes de ménage de Taub. Bon, le personnage est excellent, l’acteur itou, mais le voir se débattre entre envie de fidélité et instinct de prédateur n’est pas le meilleur angle de vue du personnage (litote). La scène du dîner où il confesse à demi-mot à sa femme qu’il voit une autre femme - sans passer à l’acte - n’est supportable que grâce aux talents de Peter Jacobson et Jennifer Crystal Foley. Dispute de couple où les clichés pleuvent à chaque seconde. On ne comprend pas non plus le marché de Rachel, prête finalement à lacher la bride à son mari ; une telle décision se prend-elle en une journée ? Le revirement final où elle pleure dans les bras de son aimé est la couronne sur le trône du ridicule. Toutefois, on peut sauver le plan final, sinistrement évocateur. La réalisation sombre de Greg Yaitanes, et la photographie glaciale des scènes de parking de Gale Tattersall donnent une ambiance qui convient à cet épisode sérieux.

Mais là où on a le plus mal, c’est Wilson et Sam. Soyons justes, on adore Wilson, qui apporte énormément à la série, ne serait-ce que pour le fabuleux Hilson. Mais là on a affaire à du mauvais théâtre. Leurs coups de gueule, le crescendo de colère et le départ brusque de Sam sont dépourvus de finesse. Chaque effet est appuyé, et tant Robert Sean Leonard que Cynthia Watros se mettent en mode cabotinage. Le peu de crédibilité de la pomme de discorde (affaires mal rangées par House) marque une étonnante absence de psychologie, domaine dans lequel les auteurs se sont pourtant toujours montrés bien au-dessus du lot de la majorité des séries. La réconciliation finale était certes attendue mais les scénaristes ne prennent même pas la peine de l’expliquer. La déception provient surtout de Sam, une néo-Amber en moins bien. De même, Cynthia Watros ne peut supporter la comparaison avec Anne Dudek.

Sinon, notons une jolie scène Huddy où House offre une machine à café à sa patronne. C’est bizarre mais drôle. Et puis, depuis que Lucas est de la partie, le Huddy a été plutôt absent, alors on savoure ce petit moment sympa.

Infos supplémentaires :

- Taub mesure 1m67. Il hait les jeunes.

- Le père de Numéro 13 a eu une maîtresse les deux dernières années de son mariage. Puis il s’est marié avec elle deux ans après la mort de sa première femme.

- Wilson reçut la demande de divorce de Sam par son avocat venu le voir en pleine conférence médicale à la Nouvelle-Orléans. De rage, il a fracassé un miroir avec une bouteille (entre les juke-box, les vitraux d'église et les miroirs, Jimmy aime décidément bien fracasser des trucs). Il dit que son seul vice est sa gourmandise pour les pains perdus. Il a passé deux ans en internat avec des chemises une taille au-dessous de la sienne.

- L'épisode d'après comporte une trame inversée à celui-ci (homme bisexuel entouré d'un homme et une femme alors qu'ici il s'agit d'une femme entre deux hommes)

- House parle de Tia Tequila, personnalité de télévision bisexuelle connue pour ses émissions de télé réalité qui cartonnent aux USA. Quand House parle avec Numéro 13 et Chase, la caméra fixe une photo de Stephen Colbert, un humoriste satirique américain qui a sa propre émission de télévision : The Colbert report. Colbert étant un fan de la série jusqu'à avoir une photo de House sur son propre plateau, c'est un gentil renvoi d'ascenseur de la série ! J’ai un mauvais pressentiment soupire Cuddy, ce qui est une nouvelle référence à une réplique culte de Star Wars.

- Taub pose sa serviette près de la voiture de Maya, mais oublie de la reprendre quand il entre dans la voiture !

- La chanson de l’épisode est The way that you want me de Jude.

Acteurs :

Sarah Wayne Callies (1977) s’est fait connaître grâce à deux rôles : Sara Tancredi dans 67 épisodes de la série Prison Break, et Lori Grimes dans 29 épisodes de la série The Walking Dead. Elle a aussi tenu le rôle de Jane dans la brève série de 2003 : Tarzan (9 épisodes). Elle a joué aussi dans New York unité spéciale, Dragnet, Numb3rs, etc. Elle tourne plus fréquemment au cinéma depuis 2009.

Rob Evors (1976) ne joue qu’occasionnellement à la télévision : on a pu le voir dans Urgences, Angel (épisode Cauchemars), Six feet under, Las Vegas, How I met your mother, Les Experts : Manhattan, Monk, NCIS, NCIS Los Angeles (2 épisodes), Mentalist, etc. 

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20. LE COPAIN D’AVANT
(THE CHOICE) 


Scénario : David Hoselton
Réalisation :
Juan J. Campanella

- What happened ?
- I realized Chase et Foreman could be my friends.
- You're serious ?
- And then I sobered up.

Au moment de dire oui à sa fiancée Nicole, Ted ne peut plus prononcer un seul son et s’écroule. Lors d’une visite de routine à son ancien appartement, Taub et Numéro 13 tombent sur Cotter, qui dit avoir été l’ex petit ami de Ted durant trois ans. Pendant ce temps, Taub tente de trouver une excuse pour voir sa maîtresse une fois par semaine, mais House ne cesse de contrecarrer ses plans. Tous les collaborateurs de House invitent ce dernier à passer une soirée festive avec chacun d’entre eux…

Au moment où la fin de la saison 6 approche à grands pas, ce nouvel épisode catastrophique inquiète, bien qu’il soit la conséquence logique de la perte de vitesse de la série depuis les derniers épisodes. L’inspiration semble avoir quitté David Hoselton, auteur pourtant de plusieurs chefs-d’œuvre. Des trois histoires racontées, aucune ne marche, et à la différence d’Open and shut, le cas nous assomme de dialogues hermétiques, de surplaces perpétuels, et un casting mauvais qui nous laisse encore plus effondré que l’épisode précédent. Les quelques rares bons moments sont vite noyés sous l’indigence générale.

L’histoire de ce couple permet de parler sur la honte qu’une personne peut éprouver d’une sexualité « anormale ». Ted a eu une liaison avec un homme, et ne l’a pas supporté. Pour guérir de son homosexualité (passagère ?), il a suivi une thérapie qui fait froid dans le dos. Toute ressemblance avec l’horrible traitement Lodovico d'Orange Mécanique n’est pas une coïncidence. Mais cette cure par le dégoût n’a pas été synonyme d’un travail psychologique sur lui-même, sur sa vraie sexualité. Du coup, son inconscient lui imprime des entraves (pannes sexuelles) jusqu’à ce qu’il accepte de se voir dans le miroir de la vérité. Ted, refusant tout le long, est puni cruellement par le destin, à l’issue d'un faux happy end où il perd tout son bonheur. Sur ce point, le script convient. Malheureusement, les personnages sont trop faibles pour que l'on s’intéresse à eux. L’interprétation n’arrange rien : Adam Garcia et Jonathan Murphy sont insignifiants, mais le pire réside dans la composition catastrophique d’Eva Amurri Martino qui réussit à elle seule à couler chaque idée développée par l’épisode. On a du mal à croire que c’est la même comédienne qui incarnait avec une telle conviction la provocante étudiante strip-teaseuse qui faisait tourner la tête d’Hank Moody dans Californication ! Le bouillon soap qui en découle est à la limite de l’irregardable. On ne reconnaît plus House MD dans ce soap et son enquête médicale ennuyeuse à mourir, qui a pour unique ressort dramatique une succession ininterrompue de crises cardiaques. Quel manque d’imagination !

Les auteurs continuent de regarder Taub par le prisme de ses tentations d’infidélité, soit le côté le moins intéressant du personnage. Que House s’en mêle ne change rien. Le nouveau House, prêt à aider son entourage consciemment, tout en demeurant aussi imbuvable (Tu l'as dans le cubitus, 22 !) est fidèle à lui-même, puisqu'en emmerdant Taub, il sauve - temporairement - son mariage. Mais au lieu de l’humour noir attendu, quelques saynètes expédiées, à l’humour limité, et parfois incompréhensibles. Cet axe narratif haché et bâclé prend une place importante qu’il ne mérite pas. Le talent de Peter Jacobson tourne à vide dans cette berezina.

Wilson soudoie les collaborateurs de House pour qu’ils l’invitent à des soirées, autant pour qu’il s’ouvre plus aux autres que pour avoir plus de temps libre avec Sam ; une décision à la fois altruiste et un poil égoïste, typique de la psychologie complexe des personnages de la série. Malheureusement, Hoselton ne cesse de brider ses élans loufoques. Pourquoi inviter House par Taub au restaurant si l'on n’y donne pas suite ? A la place, on a un mauvais tour Housien amusant mais qui ne remplace pas toutes les possibilités qu’auraient donné une scène entre House et les Taub ! Pourquoi 13 invite-t-elle House dans un bar lesbien si on ne joue pas sur le choc des cultures ? Leur scène est plutôt réussie grâce à une joute oratoire stimulante, mais n’apporte rien à l’histoire. Voir House, Foreman, et Chase chanter sur scène dans un bar, est une heureuse surprise, mais encore une fois, rien de consistant en sort.

Il est touchant de voir House admettre qu’il a passé de bonnes soirées avec ses "larbins". Mais cette perspective l’effraie comme l’atteste son déni envers Wilson, pas dupe. House progresse mais ne peut pas se libérer de tous ses démons d’un seul coup.
Comme souvent dans la série, les auteurs finissent un épisode raté par une brillante coda. En effet voir Cuddy inviter House à dîner, c’est comme voir House solidaire avec un patient, c’est surprenant ! Leur échange est un modèle de litote, où l’amertume de House et l’embarras de Cuddy font merveille. En réinjectant un peu de Huddy, les auteurs préparent le final de saison.

Infos supplémentaires :

- Aka. La face cachée.

- House joue au poker en ligne sur le site Pokerfastlane.com. Il existe bien un site de poker en ligne de ce nom mais ce n'est pas l'adresse exacte.

- La musique du mariage est le célèbre Canon en ré majeur attribué à Johannes Pachelbel (1653-1706). Omar Epps, Jesse Spencer, et Hugh Laurie chantent Midnight train to Georgia de Jim Weatherly.

Acteurs :

Adam Garcia (1973) est australien. Il a joué principalement au théâtre (c'est un habitué de Broadway) et au cinéma mais s’intéresse au petit écran depuis quelques années. Il a tenu deux rôles principaux de séries : Todd de Camp (10 épisodes), et Perry Benson de The Code (6 épisodes). Il fut aussi de Dr.Who, Hawthorne : infirmière en chef (4 épisodes), etc. Il est souvent apparu dans des émissions de divertissement, en raison notamment de son talent de claquettes.

Eva Amurri Martino (1985) est la fille de Susan Sarandon. Elle a joué dans quelques séries : Friends, Californication (9 épisodes), How I met your mother, Mercy, New Girl (2 épisodes de chaque), etc. Mais joue plus fréquemment au cinéma.

Jonathan Murphy (1981)
tint deux rôles principaux de séries : Ronnie Garrett d'October Road (18 épisodes), et Chris Skelton de Life on Mars (17 épisodes). Il a aussi joué dans Amour, gloire et beauté (2 épisodes), FBI portés disparus, Preuve à l’appui, Cold Case, Ghost Whisperer, NCIS Los Angeles, etc. Il joue surtout à la télévision. 

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21. CA VA BIEN, ET VOUS ?
(BAGGAGE) 


Scénario : Doris Egan et David Foster
Réalisation :
David Straiton

- You're late.
- You're fat.

House va voir le Dr.Nolan pour une séance de psychanalyse au cours de laquelle il lui raconte sa semaine : Wilson a voulu le jeter dehors pour vivre avec Sam, il s’est occupé d’une patiente amnésique, et Alvie, son compagnon de chambre de l’asile, a retrouvé sa trace. Alors que la séance avance, House est confronté à des vérités insoupçonnées, et va devoir tirer le bilan de sa thérapie…


Il est l'heure de conclure la saison et de faire le point sur le fil rouge de la saison : la thérapie de House. Doris Egan et David Foster atteignent les plus hauts sommets de l'art du scénario, et composent une brillante séance de psychanalyse, rompant encore une fois en passant l'habitude de la série. Toute l’histoire est racontée sous forme de flashbacks (le récit de House) et le présent (décryptage psychologique du récit). Le cas médical voit ici son importance minorée au profit d’une fabuleuse exploration intérieure du personnage de House. Démarrant mezzo voce, l’épisode prend une ampleur dramatique et intellectuelle stupéfiante où jamais House n’est apparu si proche du spectateur. La réalisation de David Straiton est un pur régal, entremêlant fiction et réalité avec brio. Cela  donne une atmosphère mystérieuse qui sied bien à cet épisode psychologique. Le final, pessimiste et sans espoir, est le couronnement de ce chef-d’œuvre total en même temps qu’un bilan de la saison entière.

House a un problème qui l’empêche d’être heureux. Mais lequel ? Et comment le soigner ? C’est le but de cet épisode de le découvrir, via le récit de cette dernière semaine où des correspondances subtiles vont apparaître.

Wilson veut que House se casse pour vivre avec Sam. Coup d’autant plus terrible qu’on a jamais vu Wilson se comporter ainsi ! Certains fans ont critiqué ce fait, mais il est pourtant évident. House a toujours souhaité que Wilson vive pour lui-même au lieu d’être un messie qui se sacrifie pour tout le monde. Il a finalement retenu la leçon ! Mais House est déchiré entre joie de cette indépendance et le fait qu'il doit maintenant « partager » Wilson avec quelqu’un d’autre, et retourner dans son antre de solitude. On reste pantois devant la performance de Hugh Laurie, intériorisée à l’extrême, mais d’une émotion ravageuse. Comme Nolan finira par l’arracher à House : Wilson est la seule personne en qui croit House : il ne croit ni en Dieu, ni en un concept (la Vérité n’est pour lui plus si importante depuis qu’il recherche le bonheur), mais il croit en lui. Ou comment résumer la plus belle histoire d’amitié du petit écran en peu de mots. Il est intéressant de voir que House éprouve toujours autant de difficultés à s’aimer. Ainsi, sur les deux explications du revirement de Wilson, toutes deux crédibles, House choisit celle la moins flatteuse pour lui, car il n’arrive pas à accepter qu’on parle de lui autrement que comme un cas désespéré.

Retour fracassant d’Alvie ! Le joyeux drille, libéré de l’asile, a retrouvé l’appartement de House, « son pote ». A mi-chemin entre folie burlesque et lucidité, Juan-Manuel Miranda nous fait de nouveau son hilarant numéro de clown survolté qui casse le quotidien de House avec la douceur d’un éléphant écrasant une souris. House, délaissé par Wilson, a urgemment besoin de se raccrocher à quelqu’un, et Alvie va jouer ce rôle. House a beau se montrer bourru, il est ému de revoir son ancien comparse. Quant à Alvie, il met un point d’honneur à aider son « pote ». Comme la scène du cambriolage, très drôle. Les voir jouer au football américain est assez tordant aussi. Le lien qui les attache est une grande réussite. Le merveilleux coup d’audace final montre à quel point House s’est attaché à lui, en l'aidant, quitte à risquer son job et sa liberté - quel changement chez House !

Deus ex machina : Wilson n’est pas le problème de House ! Sa relation d’amitié stable, et sa confiance font que c’est nécessairement autre chose de plus grave qui le met dans cet état. Le spectateur, pris à contrepied, continue de cheminer pour son plus grand plaisir dans le labyrinthe de la tête de House, et nous étudions davantage le cas. Le cas renonce exceptionnellement aux dialogues complexes, House devant le résumer à quelqu’un qui n’a que faire de sa méthode socratique. Ce n'est pas un problème car le plus important, c’est de savoir pourquoi House s’est investi jusqu’à vouloir le bonheur de sa patiente, ce qui est pourtant la dernière de ses priorités. Nolan comprend qu'il s'est retrouvé dans ce cas, où l'on voit un homme perdre une relation et en gagner une autre d'une certaine manière. D’abord méprisant envers le mari (Les gens ne réfléchissent pas quand ils vont perdre un être cher), il va pourtant tout faire pour les aider pour compenser sa "perte"... exactement comment House cherche à compenser Wilson par Alfie.

Nolan remarque que House a une blessure au bras. Nolan y trouve le chaînon manquant en comprenant alors le déchaînement excessivement furieux de House contre le mari, en fait expression de sa propre incommunication avec Wilson. Puis son inconscient lui a fait comprendre qu’il n’aurait pas dû agir ainsi, et a enclenché un mécanisme d'autopunition d'une subtilité vraiment tordue. Tout simplement parfait. Nolan trouve tout cela en laissant House parler, parler, jusqu’à qu’il parle de la chose la plus importante, ses sentiments envers Cuddy (via le livre médical, histoire secondaire qui devient brusquement d’un intérêt primordial).

Notons que le cas se clôt sur un réjouissant moment d’humour noir : le twist final nous apprend que dans certains cas, faire du sport… peut vous tuer !! Et le happy end, même s’il n’est pas total, est plein d’espoir. Zoe McLellan irradie d’une fragilité lumineuse. Mais la fin de l’épisode est tellement noire qu’elle obscurcit totalement ce happy end. Alvie quitte House sans le prévenir, lui laissant seulement une lettre où il exprime sa reconnaissance et son amitié pour l’avoir tant aidé. Cet abandon a été le prétexte pour House pour picoler lamentablement. Son esprit tourmenté par Wilson et Cuddy a fait le reste.

La coda est sacrément glaçante. House comprend son problème : il a été changé par Lydia et cherche désormais le bonheur ; la pensée qu’il n’y ait pas droit lui ait insupportable. Durant toute cette saison, il a suivi la thérapie de Nolan en cherchant à rendre heureux les autres (comme Alfie), en espérant l'être à son tour. Mais cela n’a pas marché. Toute son évolution n'a servi à rien pour lui. Sa fureur finale, où il quitte avec perte et fracas le thérapeute, exprime son déchirement, sa frustration d’avoir espéré dans cette « thérapie par la philanthropie ». C’est poignant, noir, amer, rageur, et d'une grande émotion. Les auteurs remettent avec maestria toute la saison en cause. André Braugher livre une composition époustouflante en homme qui se démène pour soigner son vindicatif patient, mais où au final, ni lui ni House n’est récompensé de leurs efforts... encore qu'il reste un épisode...

Un très grand épisode profond, poignant, quasiment tragique.


Infos supplémentaires :

- Alvie (Juan Manuel Miranda) apparaît pour la dernière fois.

- Darryl Nolan (André Braugher) apparaît pour l'avant-dernière fois. Il reviendra dans le final de la série : Tout le monde meurt (saison 8).

- House retourne à son ancien appartement. Il provoque une bagarre qu'on ne voit pas.

- L’arrière-grand-père de Cuddy, George T. Cuddy, était aussi médecin.

- Les chansons de l’épisode sont Me and my woman de Gene Barge et Shuggie Otis, chantée par ce dernier (quand House est dans le magasin de gages), Make me smile de Steve Harley et Cockney Rebel (quand House et Alvie jouent au football), et In the wee hours de Buddy Guy et Junior Wells (quand House picole sur le sofa).

Acteurs :

Zoe McLellan (1974) est connue pour jouer le rôle principal de Meredith Brody dans NCIS : Nouvelle Orléans (23 épisodes en mai 2015). Elle s’est fait connaître à la télévision en jouant le rôle principal de Jennifer Coates dans les quatre dernières saisons de JAG (59 épisodes) et Lisa George dans 19 épisodes de Dirty Sexy Money. Mais aussi pour avoir joué Logan St Claire, considérée comme la plus grande Big Bad de la série Sliders dans un épisode mémorable. On l’a vue par ailleurs dans Star Trek : Voyager, NCIS (2 épisodes chacun), Mentalist, Les dessous de Palm Beach, etc. Quelques films occasionnels sont présents dans sa filmographie.

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22. SAUVEZ-MOI
(HELP ME)


Scénario : Russel Friend, Garrett Lerner, et Peter Blake
Réalisation :
Greg Yaitanes

- I'm stuck, House. I keep wanting to move forward, I keep wanting to move on, and I can't. All I can think about is you. I just need to know if you and I can work.
- You think I can fix myself ?
-  I don't know.
- Because I'm the most screwed-up-person in the world.
- I know. I love you. I wish I didn't. But I can't help it.

Une grue s’est effondrée en plein centre-ville de Princeton-Plainsboro, causant un carnage monumental. Tous les médecins font la navette entre l’hôpital et les lieux du sinistre. House, pris d’une intuition, rampe sous les décombres et y découvre Hanna, une jeune femme dont la jambe est bloquée sous des tonnes de gravats. Il met tout en œuvre pour la sauver, pendant qu’il dirige à distance le diagnostic différentiel du chauffeur de grue, qui a été victime d’un problème neurologique. Cuddy annonce à House qu’elle va se marier avec Lucas. Cette conjonction d’événements chaotiques pousse notre médecin très près du point de rupture...

Ce sixième season finale est une vallée de cendres. Russell Friend, Garrett Lerner, et Peter Blake conjugent tous leurs efforts pour composer un épisode sombre et plein d’urgence, qui ne laisse pas un seul instant de répit au spectateur. Help me rivalise de noirceur avec les finales des saisons 4 et 5. Cependant, la dernière scène permet d’éviter in extremis une replongée de House dans les ténèbres. Cela permettra à la saison 7 de ne pas jouer une musique identique à la 6. Mais avant cette fin partiellement salvatrice, et attendue par tous les fans du Huddy qui peuvent ici exulter, l’épisode nous secoue d’un stress omniprésent, jusqu’au twist final d’une cruauté fulgurante. La réalisation de Greg Yaitanes et la photographie de Gale Tattersall, anxiogènes tout le long, font le reste.

Car Help me n’est pas seulement la fin de la saison 6, c’est aussi un nouvel épisode « conceptuel » au service d’une saison qui l’a vraiment été ! En plus de s’écarter du schéma narratif traditionnel, tout l’épisode est filmé non avec une pellicule film, mais avec une pellicule vidéo HD issue d’appareils photos/caméras Canon EOS 5D Mark II. Appareil qui permet à l’équipe technique de filmer efficacement des endroits étroits et peu éclairés, qui dans cet épisode abondent particulièrement ! Ce finale, sans être aussi fort que les deux précédents, n’en est pas moins une grande réussite.

La vision chaotique des lieux du sinistre (vertigineuses plongées) imprime à l’épisode sa dimension de fin du monde déjà exploitée avec succès dans le finale de la saison 4. Blessés, morts, pompiers, médecins, jonchent l’écran. Tant de figurants dans une série qui en compte peu... on sent qu’on a mis les bouchées doubles pour clore en beauté là ! Les premières scènes prennent tout leur temps pour nous immerger à plein dans une réalité ténébreuse, poussiéreuse, sanglante, en ébullition - l’absence du générique contribue à cet effet «  vérité  » - Habilement, les auteurs se servent de l’événement pour retarder le mystère de la curieuse attitude de Cuddy, qui a du mal à se réjouir du cadeau de House montré dans la première scène.
Deux histoires dans cet épisode : l’une implique la patiente coincée et occupe 90% de l’intrigue, et le vrai cas  traditionnel à peine 10%. Cela s’explique par l’intensité trépidante de l’histoire principale. Il y’a une autre raison, et on ne la saura qu’à la fin.

La relation que tissent House, qui se démène physiquement et intellectuellement, et Hanna, est superbe. Immobile durant tout l’épisode, China Jesusita Shavers n’a que son visage pour nous émouvoir, et elle y arrive haut-la-main. La sympathie et la pitié que dégagent Hanna émeuvent notre cher House qui finalement reporte à plus tard sa décision d’arrêter de faire du bien aux gens (cf. épisode précédent). Il la soutient dans sa terrible ordalie. Le décor environnant : poussières, décombres, est un écrin de choix pour toutes les scènes souterraines. La tension dramatique est à son maximum, tout peut arriver, même et surtout le pire.

House se sent évidemment concerné par la question de savoir s’il faut amputer la jambe d’Hanna. Le pauvre a exactement eu la même situation. Sa bataille pour reculer l’échéance, gagner du temps, est menée avec bravoure, mais le rebondissement central, qui claque comme un coup de fouet, remet soudainement tout en cause. Alors une grande émotion s’installe lorsque House tente de réconforter sa patiente, en expliquant combien dans une situation similaire, House, lui, a fait le mauvais choix. Il est devenu l’homme pathétique, amer, solitaire qu’il ne supporte plus à cause des conséquences de ce choix-ci. Un éclair de lucidité poignant. Cuddy n’est pas à la fête, car malgré elle, elle ne fait que rendre la tâche de House plus compliquée, notamment en étant d’un avis radicalement différent du sien pour le cas Hanna. Cela mène à un flamboyant coup de gueule de cette dernière qui paralyse momentanément le diagnosticien. Sa présence muette lors de la scène-pivot de l’épisode, de la grande aria de House, vaut aussi la peine d’être notée. Lisa Edelstein force le carcan de sobriété de son personnage, le résultat est excellent.

De son côté, la team se débat pour guérir le chauffeur de grue. House, piégé dans le centre ville, supervise dans des conditions difficiles ce cas. C’est une double bataille contre la mort qui est engagée, où House mobilise toutes les forces à sa disposition. Hélas, un terrible twist final anéantit impitoyablement tous ses efforts, en même temps que l’ironie lance ses hideuses fanfares. Foreman paye les pots cassés en se recevant une explosion de rage fulminante à la figure. Finalement, le mystère entourant Numéro 13 paraît bien anodin à côté de la performance de Hugh Laurie qui nous étourdit encore de son jeu d’écorché vif.

Au terme de ces quarante minutes bouillonnantes, on voit House prêt à reprendre le chemin de la Vicodin. Il n’en est empêché que lorsqu’il apprend enfin la raison du comportement de Cuddy. C’est le moment d’un dernier dialogue apaisé, serein, lent, joliment pudique, qui libère le fan de la tension accumulée. Finalement, c’est in extremis que House est récompensé de ses efforts. Sur le point d’abandonner la thérapie de Nolan, il reçoit en Cuddy sa juste récompense qui couronne enfin ses souffrances endurées. La série prend le risque du syndrome Clair de Lune, qui condamne toutes les séries ayant un couple mixte antagoniste à décliner lors du passage à l‘acte. Mais en attendant, apprécions le baiser et ces deux mains serrées l’une contre l’autre…

On peut trouver cette sorte d’happy end trop miraculeux, trop contrastant avec ce qui a précédé. Mais il est en fait idéal pour deux raisons. La première est que Dr.House est une série qui se veut réaliste, et réaliste n'est pas que synonyme de tragédie, c'est aussi le bonheur, la joie, l'amour, présents dans toute vie. Oui, même notre cher Greg a droit a sa part (même éphémère) de bonheur ; la série avouerait une grave faiblesse d'écriture si House ne s'épanouissait que dans les ténèbres, un personnage devant être aussi intéressant heureux que malheureux. La saison 7 réussira d'ailleurs à nous montrer un House plus heureux que d'habitude sans perdre en intérêt. La seconde raison est : doute-t-on que la concrétisation du Huddy est autre chose qu’un cadeau empoisonné ? Personne ne doute que cela va mal finir entre eux. House exulte enfin d'être dans les bras de Cuddy, mais ce n’est pas un happy end : c’est un sursis, un répit qui est accordé à un des personnages les plus torturés des séries télé. A moindre échelle, l’effort surhumain déployé par House pour sauver ses patients trouve une sorte d’aboutissement dans l’étreinte finale ; car c’est sa passion à sauver les gens, à s’investir jusqu’à risquer tout, y compris sa raison, qui décide Cuddy à accepter ses sentiments qu’elle cachait derrière une romance fragile avec un Lucas, lui-même ersatz de House sans son asociabilité. Le finale de la saison 6 a rempli son contrat : shippers satisfaits, intrigue du jour haletante et sans espoir, coda réellement dramatique, fil rouge de la saison bouclé.

Infos supplémentaires :

- A son 132e épisode, la série tombe dans le syndrome Clair de Lune, les Dr.Gregory House et Lisa Cuddy se mettant officiellement ensemble. Le pilier de la tension sexuelle du Huddy est brisé, et pésera dans le déclin de la série.

- L'épisode commence avec un générique "à froid" (Seul le logo House MD apparaît). Le nom de Jennifer Morrison a été supprimé du générique. Dernière mention de Lucas.

- Seizième échec de House. Un de ses deux patients meurt.

- Numéro 13 annonce son prochain départ.

Acteurs :

China Shavers (1977) fait l’essentiel de sa carrière à la télévision. Elle a notamment tenu les rôles récurrents de Dreama dans Sabrina l’apprentie sorcière (12 épisodes), Brooke Harper dans Boston Public (20 épisodes). Elle a aussi joué dans Urgences (7 épisodes), Felicity, Beverly Hills, FBI : portés disparus, Saving Grace, American crime story (2 épisodes), etc.

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TOP 5 DE LA SAISON 6

1. Toucher le fond…/…et refaire surface : Ce double épisode narre le difficile retour à la vie d’un des personnages les plus profonds des séries télé. La première partie raconte la lutte tragi-comique de House pour demeurer celui qu'il a toujours été. Mais l’expérience de l’amour sans lendemain, prenant les traits de la magnifique Franka Potente, va donner naissance dans la douleur et les larmes à un nouveau House, extérieurement toujours le même, intérieurement désormais à la recherche du bonheur. Episode le plus émouvant de toute la série.

2. Ca va bien et vous ?: Quand un personnage aussi complexe que House se présente à une séance psychanalytique dirigée par un psychiatre aussi suprêmement perspicace que le brillant Darryl Nolan, on s’embarque pour un voyage captivant au pays des désirs frustrés, des déceptions incessantes, des hontes réprimées. La fin est très noire. Hugh Laurie et André Braugher sont à se pâmer.

3. 16 heures de la vie d’une femme : Centré sur le personnage de Lisa Cuddy, l’épisode suit à un tempo frénétique qui frise le vertige une journée animée et bouillonnante de la directrice de l’hôpital. Maîtrise parfaite des intrigues, caméra énergique, Lisa Edelstein démultipliée… un épisode « décalé » de la plus belle eau.

4. Les mots pour ne pas le dire : Un scénario brillant qui exploite au maximum toutes les ressources de la série, pour un résultat speedé, et au nombre impressionnant de rebondissements. Sous le délire des répliques et des gags, de très belles histoires jouant sur la gravité et l’émotion, et un cas (et une patiente) électrique.

5. Absence de conscience : Help me est un finale de saison impressionnant de noirceur, et sa fin est magnifiquement inattendue. Mais Remorse se distingue par sa patiente du jour, psychopathe sans cœur et sans pitié, jusqu’à l’effroi. Beau Garrett est impressionnante en boule de haine et d’égoïsme. La fin est savoureusement ambiguë. L’histoire secondaire montre un House faisant une de ses plus belles démonstrations d’humanité. Sur les deux tableaux, c’est un triomphe.

 

Accessits d’honneur : Sauvez-moi, Comme un chef, Classé X.

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Crédits photo: FOX.

Images capturées par Clément Diaz.

 

Toucher le fond… (Broken - Part 1)