Saison 2Saison 4

Wycliffe

Saison 3


1. MORT À L’ARRIVÉE
(DEAD ON ARRIVAL)

Scénario : Steve Trafford. Réalisation : Michael Owen Morris.

Cette saison 3 commence par un changement de producteur : Michael Bartley remplace Geraint Morris qui assurait ce rôle durant les deux premières saisons.

Résumé :

Alors que la famille Wycliffe fait une fête pour le 25e anniversaire de mariage, des douaniers découvrent cinq clandestins morts dans un camion avec des passeports volés.

Critique :

Nous faisons connaissance enfin avec la famille Wycliffe : pour leur 25e anniversaire de mariage, les enfants Ruth et David ont ménagé une surprise à Helen et Charles. Pour la première fois, Wycliffe fait preuve de beaucoup d’humour. Un aspect qu’on ne lui connaissait pas, et que Jack Shepherd restitue à merveille.

Les saisons de « Wycliffe » étaient diffusées sur ITV l’été, de juin à septembre. En juin 1996, cette histoire de migrants clandestins était très en avance sur l’actualité. La fête est gâchée pour notre héros puisqu’il doit intervenir sur une affaire de migrants clandestins retrouvés morts.

Dans cet épisode, la proportion fête/enquête n’est pas équilibrée, puisque c’est après une longue introduction à la fête (où tous les amis du policier sont réunis) que Wycliffe est obligé de planter sa petite famille pour s’occuper de l’affaire.

C’est la partie festive qui est la plus réussie. L’enquête en soi n’est pas au dessus de l’ordinaire. Toute la faute est mise sur un chauffeur, Eddie Sowden, mais Wycliffe a des doutes. Il soupçonne plutôt son patron Jack Carlyon.

On note que la gravité de l’affaire s’amplifie : au début, seul Potter doit renoncer à une soirée avec Avril pour aider Dickson, puis Lucy et Kersey quittent la cérémonie. Enfin, le chef n’a pas le choix et doit quitter sa famille bien déçue.

Le trafic des migrants est une filière entre la France et les Cornouailles. Lucy Lane trimballe sa grande silhouette d’éternel glaçon, triste à mourir. Helen Masters n’a pas beaucoup de charisme mais convient parfaitement à ce personnage triste.

L’enquête de Wycliffe est de pure routine, mais c’est tout de même un bel épisode, surtout pour les scènes permettant enfin de voir sa famille. Le trafic de migrants n’est pas vraiment dans le registre de notre superintendant : les candidats au voyage clandestin paient 10 000 livres. Les immigrants sont des indiens.

« Je suis britannique et j’ai des droits » dit Menna Desai. Cette britannique d’origine indienne voulait faire venir son mari, mais s’est heurtée aux services de l’immigration.

Jack Shepherd s’en tire avec les honneurs et réussit le prodige à nous captiver à partir d’un scénario qui n’est pas de haut vol. Peut être les nombreuses histoires d’immigrés clandestins en Angleterre aux actualités nous ont rendu le sujet un peu banal.

On est heureux de voir Wycliffe tentant de rattraper le fait qu’il ait faussé compagnie à sa femme à la fête lorsqu’il veut l’inviter à dîner. Mais vingt cinq ans de mariage n’ont pas habitué Helen aux déconvenues, et elle lui en tient rigueur, refusant l’invitation. On passe sans cesse de la vie privée de Charles Wycliffe à l’enquête. En cela, l’épisode est une grande réussite. Il faut dire aussi que c’est la première incursion (mais pas la dernière) dans la vie de famille du policier.

L’épisode se termine par la réconciliation autour d’un dîner dans un grand restaurant entre Wycliffe et son épouse enfin compréhensive.

Anecdotes :

  • Lynn Farleigh (1942-) qui est Helen Wycliffe a joué dès 1964 dans une série culte inédite chez nous « Z cars ». On l’a vu ensuite dans « Nouvelles de Somerset Maugham » (première série diffusée par la chaîne 3 ORTF en janvier 1973), « La légende des Strauss », « Bergerac », « Inspecteur Wexford », « Inspecteur Morse », « Sherlock » et au cinéma « Le mystère des fées, une histoire vraie ». Sa dernière apparition date de 2014.

  • Helen Wycliffe est professeur de littérature.

  • Charlie Hayes ( ?-) qui débutait dans cette série dans le rôle de Ruth, la fille du superintendant, ne tourna que huit rôles ensuite.

  • Gregory Chilsom a peu tourné (28 rôles de 1986 à 2009). Après avoir été David, le fils de notre héros, il est devenu assistant-réalisateur de courts métrages.

  • Grace Mitchell incarne la mère de Wycliffe, Irene. Elle est en réalité professeur de théâtre, passion qu’elle a léguée à sa fille Ruth Mitchell. Comme actrice, elle n’a tourné que 13 rôles de 1990 à 2002.

  • Potter fréquente toujours l’infirmière Avril.

  • Wycliffe présente Lucy Lane à sa mère venue spécialement du Yorkshire. On comprend qu’elle connaît déjà Kersey.

  • Le hobby de Wycliffe est de jouer du piano jazz, clin d’œil au fait que Jack Shepherd est un musicien reconnu (plutôt pour le saxophone).

  • Il est fait allusion à la crise de la vache folle.

  • Le personnage de Jack Carlyon (Nick Dunning) est doublé par Dominique Paturel.

  • Adam Barker, qui incarne Potter dans 22 épisodes, a été emprisonné en 2012 pour pédophilie et possession de photos pornographiques d’enfants. Il a purgé une peine de douze mois de prison.

Retour à l'index


2. LE MONSTRE DE BODWIN
(NUMBER OF THE BEAST)

Scénario : Jonathan Rich. Réalisation : Michael Owen Morris.

Résumé :

Un instituteur est assassiné par une bête mystérieuse dans la lande. Puis c’est au tour d’un vicaire, tandis que la population croit à l’intervention d’une malédiction.

Critique :

L’aspect fantastique de cet épisode est vite mis de côté, bien que l’on ait affaire à un descendant du chien des Baskerville. Mais trop rapidement, le scénariste révèle le pot aux roses. Aussi, malgré une mise en place de moyens assez imposante côté réalisation, le téléspectateur n’a pas le temps d’avoir peur.

C’est un soldat chassé de l’armée après la guerre du golfe qui est le criminel, avec l’aide de son chien. L’homme a perdu la raison et seul Kersey, qu’il a pris en otage, le comprend. Ce Rambo britannique, Davie Trelan, est plus pathétique qu’autre chose. Un pauvre type qui ne demande qu’à parler. L’épisode évoque la récente guerre de Bosnie où il s’est engagé comme mercenaire. L’armée britannique fait l’objet d’une critique au vitriol (l’homme a servi à Belfast, puis dans le Golfe où il affirme que les autorités l’ont drogué).

Cette absence de mystère laisse donc la place à un opus essentiellement consacré à l’action. Notons qu’au début, et bien que l’on ne le voit pas en famille, Charles Wycliffe est à son domicile, un changement par rapport aux deux premières saisons.

Kenneth Coley (1937-) qui incarne l’homme qui répand l’histoire de la bête, Sam Peploe, est bien connu pour avoir joué dans «  L’empire contre attaque », « Le retour du Jedi », « Firefox, l’arme absolue » et « La vie de Brian », alors que le meurtrier fou, Trelan, a le visage de Robert Perkins (1966-), un comédien de télévision.

On a le sentiment que le scénariste a changé son fusil d’épaule en cours de route, débutant un récit flirtant avec le fantastique pour vite nous présenter un film sur les vétérans rejetés de la guerre. En choisissant l’une des deux options, on aurait atteint la perfection.

Après quelques scènes nocturnes, c’est la lumière qui prédomine avec l’assaut donné par la police au repaire du soldat déchu. Un très bon épisode, mais le mystère et le fantastique s’éclipsent vite pour une intrigue plus classique.

Anecdotes :

  • Dans cet épisode, Kersey pourrait mettre fin à son célibat. Mais l’aubergiste divorcée qui voudrait faire sa vie avec lui veut qu’il quitte la police et cesse ses allées et venues dans les Cornouailles.

  • Le vicaire fait une longue citation de Platon sur « la bête à l’intérieur de nous ».

  • Pour la première fois, Kersey se révolte contre son équipe, tandis que Lucy lui fait un sacré sermon, n’ayant rien à faire de la vie de Trelan.

Retour à l'index


3. LE TRÉSOR MAUDIT
(SLAVE OF DUTY)

Scénario : Jonathan Rich.  Réalisation : David Innes Edwards.

Résumé :

On retrouve une voiture en mer, au pied de la falaise. La police recherche son propriétaire. Peu après, un corps tué à coup de fusil est trouvé, Jamie Yelland, ami d’un historien, dans un trou peu profond dans une ferme.

Critique :

Deuxième gros ratage de la série après celui de la saison 2 « Perdu de vue », faute à un scénario absolument anémique. Cette histoire de trésor du fond des âges recherché depuis des siècles (1780) et qui se trouverait sur une terre de Cornouailles est ennuyeuse à mourir. Le titre original « Slave of Duty » évoque le fait que Lucy tombe amoureuse d’un suspect et qu’il ne lui pardonnera pas de l’avoir considéré comme un meurtrier potentiel.

Le reste du script est profondément laborieux, et tout le talent des comédiens ne pouvait rien faire pour sauver l’entreprise du naufrage.

On comprend dès le début qu’il ne faut pas attendre des miracles de cette banale enquête policière. Pour une autre série, on serait plus indulgent, mais vu la qualité de « Wycliffe », l’épisode n’est pas du tout à la hauteur de l’attente.

L’enquête commence auprès de la petite amie de Yelland, Sarah Penna. Chez eux, on trouve un détecteur de métaux. Il s’agit de plongeurs qui ont trouvé un trésor mais ne veulent absolument en parler à personne pour ne pas payer de taxes ou en donner une partie au gouvernement. L’histoire est tirée par les cheveux, les plongeurs fréquentant un groupe théâtral et un historien, Treloar, au courant d’un naufrage où un trésor a disparu.

La chasse au trésor est un classique des séries, mais le thème est rebattu. La romance entre Lucy et l’ex-associé du mort, Adam Nankivell, prend une part trop importante dans l’intrigue.

Daniel Hopden, le propriétaire du terrain où l’on a trouvé Yelland est le principal suspect avec le prétendant de Lucy.

Jack Shepherd n’a pas grand-chose à défendre, son personnage étant sacrifié à la romance de Lucy et Adam.

Le vieux docteur Donald Treloar, l’historien local, est mêlé à l’affaire et connaît l’auteur du meurtre : l’assassin le réduit vite au silence juste après une visite de Wycliffe où le policier l’accuse d’avoir expertisé des pièces volées par Yelland. On se perd dans les méandres du parcours historique entre le naufrage de 1780 et nos jours. L’ancêtre de Daniel Hopden est celui qui a jadis volé le trésor et l’a caché sur la propriété.

On part sur la piste d’un personnage, Van Der Harlen, un hollandais, qui aurait l’intention de racheter le trésor. Nous ne le verrons pas, il est en prison dans son pays.

A la charge de Lucy, tout accusait Adam Nankivell, le dernier à avoir vu le docteur Treloar, du moins aux yeux du téléspectateur. Le coupable était tout autre, nous sommes cette-fois dans un whodunit, genre qui ne réussit pas à la série.

On s’ennuie vraiment, et une deuxième vision n’arrange pas les choses, confortant le critique dans l’impression que cette histoire manque vraiment de tonus.

Anecdotes :

  • Nous sommes en 1996 et les disquettes d’ordinateur, aujourd’hui obsolètes, recèlent une partie du secret, un objet qui ne dira rien aux générations actuelles.

  • Lucy révèle un autre de ses hobbies : celui de plongeur. N’oublions qu’elle pratique aussi l’équitation (« Le cheval de Troie »).

Retour à l'index


4. PERDU CORPS ET BIEN
(TOTAL LOSS)

Scénario : Isabelle Grey. Réalisation : David Innes Edwards.

Résumé :

Parce-qu’il a dépassé son quota de morues pêchées et récidivé, Joe Mawman est traqué par la police maritime. Acculé par les amendes, il décide de saboter son bateau pour toucher l’assurance mais provoque la mort de son meilleur ami Don Collins.

Critique :

Un épisode de « Wycliffe » presque sans Wycliffe ! Jack Shepherd fait une brève apparition au début, le superintendant devant aller à une réunion au sujet du budget de la police à Londres. Il revient à la 30e minute.

Violent réquisitoire contre la communauté européenne et ses lois sur les quotas de pêche de morue, cet opus est plus dramatique que policier. Lucy et Kersey se coltinent tout le travail. Suite à l’infraction commise par le patron pêcheur Joe Mawnan, qui a dépassé le quota de morues pêchées, et se trouve en état de récidive, il risque une amende de 150 000 livres. Il a donc saboté son bateau pour toucher l’assurance mais provoqué la mort de son fidèle compagnon Collins.

Il n’y a pas vraiment ici d’intrigue policière, mais une peinture de la misère humaine des pêcheurs dans le petit port de New Lin. Pour la série, des petites villes imaginaires ont été crées par les scénaristes en plus des grandes agglomérations comme Truro, Camborne, Penzance. La  vision des choses par Wycliffe, Doug et Lucy est plus la compréhension que le répression. Ceux qui commencent par cet épisode, au demeurant excellent, le trouveront ennuyeux, c’est pourtant bien joué.

Wycliffe lui-même trouve stupide les lois européennes obligeant à rejeter le poisson mort quand les quotas sont dépassés. Jack Shepherd, Jimmy Yuill et Helen Masters sont prodigieux. Isabelle Grey a fait un épisode politique véritable réquisitoire anti-Bruxelles. Mais c’est aussi un drame humain, Mawman ayant provoqué accidentellement la mort de Don Collins.

On ne révèlera pas la fin, qui évite de tomber dans le mélodrame, mais se montre d’une tension extrême. Shepherd joue un Wycliffe tout en pudeur qui sait la valeur des silences quand il n’y a rien à faire. Yuill et Helen Masters expriment davantage leurs sentiments. Mais ils savent qu’ils n’ont pas affaire à des criminels.

C’est un épisode qui ressemble à une tragédie grecque, fort bien menée, et l’absence d’enquête policière ne nuit pas à notre plaisir.

Anecdotes :

  • Le bateau du fils de Mawman indique qu’il est immatriculé à Penzance.

Retour à l'index


5. FOLLE DE TOI
(CRAZY FOR YOU)

Scénario : Tom Needham. Réalisation : Martyn Friend.

Résumé :

L’épouse de l’éminent psychiatre Sam Malvern, Dawn, est tuée de soixante trois coups de couteau. Tout accuse une patiente qu’il vient de libérer, Annabel Naylor. Mais Wycliffe n’est pas convaincu bien qu’au cours de sa fuite, la démente poignarde Potter.

Critique :

C’est le premier échec de la carrière de Wycliffe. Il va, fautes de preuves, devoir laisser partir l’assassin, on peut dire le commanditaire du meurtre, et renvoyer dans son asile Annabel.

L’épisode traîne parfois en longueur, et j’ai failli, s’il n’y avait le twist final, ne mettre que trois étoiles. L’épisode renoue avec l’univers familial de notre héros qui apprend la pêche – et oui ! – de son fils David. Dans le début de l’épisode, ils pêchent de nuit, et sont interrompus par le meurtre. Au final, alors que Wycliffe a perdu la partie et dû laisser partir l’assassin, il fait une nouvelle partie (ou leçon) de pêche, cette-fois au grand jour avec son fils.

Il y a trois parties dans cet épisode. La recherche du coupable, qui correspond aux vingt premières minutes. Le mari éploré aide la police et permet de cerner Annabel. La seconde partie est centrée sur la fuite et l’arrestation de cette dernière, qui au passage manque tuer Potter. Enfin, la révélation finale, au moment où la culpabilité d’Annabel ne fait plus aucun doute, son alibi venant d’être battu en brèche.

Supérieurement intelligent, Charles Wycliffe a tout compris, mais sait qu’il ne pourra établir la vérité. Il est tombé cette-fois sur plus fort que lui.

John Shrapnel est très doué en psychiatre tandis que Zara Turner se surpasse en Annabel. Le scénariste nous a livré une histoire assez glaçante qui (ne manquez pas les dernières images !) nous entraîne sur une fausse piste pendant plus des trois quarts de l’épisode.

Le trio de vedettes fait émerger Jimmy Yuill, qui en Kersey free lance fait une performance peu commune. Il rend crédible ce détective en rébellion contre l’enquête officielle. N’oublions pas Shepherd dans la confrontation finale sur laquelle je ne dirai rien (spoiler).

Il n’y a pas beaucoup d’action dans l’épisode, si l’on excepte l’attaque des épouvantails à coups de couteau et la fuite éperdue de la malade mentale dans l’hôpital. Tout le reste se place comme sur une grande partie d’échecs que Wycliffe perdrait. On se régale des différentes scènes d’interrogatoires, des réflexions entre policiers et chacun des comédiens (à part les interprètes de Potter et Dixon qui sont des personnages purement fonctionnels) tire son épingle du jeu. Les décors pour une fois n’ont que peu d’importance, il y a d’ailleurs beaucoup de scènes d’intérieurs, au commissariat, à l’hôpital psychiatrique. « Folle de toi » cependant sans le twist final tomberait à trois étoiles en nous révélant trop vite la « culpabilité » d’Annabel.

Même si le contexte est différent, « Folle de toi » est doté d’une ambiance aussi lourde que « Perdu corps et bien ».

Anecdotes :

  • John Shrapnel (1942-) a joué au cinéma dans « Coup de foudre à Notting Hill », « Gladiator » et à la télévision dans la mini-série « Le 10e royaume » ainsi qu’en vedette invitée dans « Barnaby ».

  • Zara Turner (1968-) a notamment joué dans les séries « Father Ted » et « McCallum ».

Retour à l'index


6. FOI AVEUGLE
(FAITH)

Scénario : Siân Orrells. Réalisation : Martyn Friend.

Résumé :

Une confrérie de païens se livre à d’étranges cérémonies nocturnes avec des nouveaux nés et un homme les surprend. Peu après, on trouve un bébé de dix jours étranglé devant une église. Le meilleur ami de Wycliffe, Bill Hewton arrive chez lui avec sa fille comme chaque année pour le festival de jazz, mais sans son épouse.

Critique :

Déjà auteur de « Les joies de la famille », Siân Orrells nous propose un nouvel épisode horrible. Malgré beaucoup d’efforts, il n’égale pas l’autre. On croit que les deux fils scénaristiques sont séparés mais ils constituent en fait une seule histoire.

Cet épisode nous confirme que « Wycliffe » n’est pas une série où peut s’introduire le genre fantastique, déjà « Le bouc émissaire » et « Le monstre de Bodwin » étaient des faux espoirs et « Foi aveugle » le confirme. La piste de la communauté païenne est vite écartée, trop vite, alors que le réalisateur avait insisté après le générique sur le climat malsain et quasi surnaturel de la cérémonie nocturne.

L’opus se déroule davantage au domicile du policier que sur le terrain. Le meilleur ami, Bill, vient chaque année, mais cette année, sa femme Joyce n’est pas là. Kate, la fille, une adolescente, n’arrête pas de pleurer. Nous voyons Wycliffe s’enivrer, ce qui le rend plus humain et moins glacial.  Ses rapports avec son fils David ne sont pas des plus faciles. Helen, l’épouse, de montre plus compréhensive.

Plus qu’une enquête, c’est une tragédie familiale qui est évoquée. On comprend rapidement que l’absence de Joyce n’est pas naturelle. « Foi aveugle » ne joue cependant pas tout à fait dans la même catégorie que « Les joies de la famille », on le constate quand Wycliffe éprouve de la compassion pour le coupable en posant ses mains sur les siennes en plein interrogatoire, après l’aveu, ce qui ne fait pas très professionnel.

On passe cependant à côté du chef d’œuvre. La piste du grand méchant docteur Dayton, pourtant incarné par l’impressionnant Richard Durden, est trop vite écartée. Les limites de la crédibilité sont trop repoussées pour que le téléspectateur adhère. Malcolm Storry en fait des tonnes, parfois trop, en « meilleur ami », tantôt ivrogne, tantôt pleurnichard, on a envie de secouer ce grand gaillard qui dépasse d’une tête son ami superintendant.

Submergeant le spectateur de trop d’émotions, « Foi aveugle » rate un peu sa cible. Au lieu d’une enquête, c’est une pièce de la vie privée du héros sur laquelle le voile est levé. J’ai noté quelques incohérences : Ruth, la fille, doit revenir de France le lendemain, on ne la verra jamais. Bill prétend qu’ils ont eu, sa femme et lui, un nouveau né, mais ils sont bien trop âgés pour cela, nature oblige. Kate, la fille, évoque auprès d’Helen Wycliffe « l’oncle Charlie », mais il n’existe pas de lien de parenté entre les deux familles.

Siân Orrells a voulu trop en faire, et la mule est surchargée. Autant « Les joies de la famille » nous glaçait d’effroi, autant ici on est parfois gêné et mal à l’aise. Le final est réaliste, mais incohérent par rapport au contexte. La scène la plus bouleversante est l’émoi du médecin légiste Cyril Franks qui estime ne pas être aguerri à faire l’autopsie d’un enfant de dix jours étranglé. On veut trop nous assener d’émotions le reste du temps, au sein même du clan Wycliffe, et le spectateur est submergé et saturé.

batmanan 1 6 3

Anecdotes :

  • Wycliffe habite à Camborne.

  • L’histoire se passe le 18 mars 1996, la date apparaît sur l’appel à témoins lancé par Wycliffe.

  • Ruth, la fille de Wycliffe, fait un séjour en France et est absente de l’épisode.

  • Malcolm Storry (1948-) a joué dans « Le dernier des mohicans » (1992) et « Les amants du Nouveau Monde » (1995).

Retour à l'index


7. LE JUGEMENT DERNIER
(LAST JUDGEMENT)

Scénario : Carolyn Sally Jones. Réalisation : John Glenister.

Résumé :

George Pender, un magistrat que Wycliffe connaît, se pend. Le superintendant est le seul à mettre en doute la thèse du suicide.

Critique :

Episode soporifique, qui a pour thème une vengeance. Nouveau ratage après « Perdu de vue » et « Le trésor maudit ». Le téléspectateur patiente pendant 51 minutes. La montagne accouche d’une souris, en raison d’un scénario complètement inabouti de Carolyn Sally Jones. Trop moraliste.

On mesure avec cet épisode que si la série avait continué au-delà du conflit intervenu entre comédiens et production à la fin de la cinquième saison, nous aurions eu davantage d’opus ratés.

Dans cette enquête, Wycliffe s’obstine envers et contre tous pour la thèse du meurtre, se mettant à dos Cyril Franks, le médecin légiste, qui affirme que ses services ne sont pas gratuits : il réclame tout un tas de choses à Lucy avec agacement, car il devait se rendre pour une autopsie sur une grosse affaire à Plymouth. Il veut un pyjama, une brosse à dents, et ne cesse de maugréer. Le superintendant n’arrête pas de l’appeler par son prénom, ceux qui auraient zappé l’épisode « Point de rupture » n’ont plus d’excuses, on sait dix fois plutôt qu’une que le docteur Franks se prénomme Cyril.

En dépit de toute raison et de toute logique, Wycliffe s’acharne à prouver qu’un suicide d’un homme dont il reconnaît ne le connaître que superficiellement est un meurtre. L’argument de départ, assez mince, ne pouvait aboutir à un grand opus.

Finalement, la clé de l’énigme se trouvait dans le passé de la vie privée du pendu.

Les comédiens font le minimum syndical, du moins pour la partie « invités ». On dirait que c’est l’épisode de trop, que l’équipe était fatiguée, et a mijoté ce septième épisode dans la hâte. En cela, « Le jugement dernier » n’est en rien représentatif de la série. Il y a trop de scènes d’intérieurs, alors que l’atout principal est justement le contraire, la série bénéficiant d’un budget confortable. Il n’est pas mis à contribution cette-fois.

Pourquoi faire huit épisodes avec un ratage comme celui-ci au lieu de huit « haut de gamme » ? Voilà le vrai mystère à résoudre, et que notre héros serait bien en peine de réaliser.

Au fond, Cyril Franks pose la bonne question au début : « C’est un suicide, il vous reste à savoir pourquoi il a fait çà ». Bien sûr, la piste d’un premier suspect est censée égarer le spectateur, pour mieux ensuite arriver au pot aux roses.

La fin est tirée par les cheveux, certes Wycliffe trouve un coupable, mais ce n’est pas crédible une seconde.

Anecdotes :

  • Dans le rôle de Patricia Trethowan, on retrouve Pam Ferris (1948-) qui a joué dans « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ».

Retour à l'index


8. AU-DESSOUS DE TOUT SOUPÇON
(OLD HABITS)

Scénario : Scott Cherry. Réalisation : John Glenister.

Résumé :

La jeune Ellie Creed est étranglée. Elle pourrait être la nouvelle victime de « l’étrangleur de Penlane » qui ne sévit plus depuis onze ans. L’un des suspects d’autrefois, Hugh Samford, vient de revenir dans la région. Il y a vite une seconde victime.

Critique :

Cette saison 3 inégale se conclue avec un thriller. L’épisode est nettement plus violent que d’habitude. Gary Creed, le frère de la victime, blesse une femme officier de police et surtout l’ex-petit ami d’Ellie qu’il laisse à moitié mort.

Il y a eu jadis cinq victimes, et l’on n’a pas retrouvé le coupable. Hugh Samford raconte le calvaire qu’il a subi depuis onze ans, étant jugé par la population comme l’étrangleur.

Cyril Franks pense que les meurtres d’autrefois n’ont rien à voir avec les nouveaux. Lucy pense qu’ils ont affaire à un copycat. C’est un épisode de suspense dans lequel la psychologie, grand atout de la série, intervient moins.

John Glenister multiplie les plans de Shepherd et Yuill sur les rochers, devant les vagues.

Kersey pense avoir trouvé l’âme sœur, Jill Gillepsie, mais elle est mariée à un ancien policier, Paul, qui fait partie des suspects. A cette intrigue se mêle le dossier du père de la première victime Ellie Creed, qui a hérité d’une lourde peine de prison. Ellie en voulait à Jill dont l’équipe comprend qu’elle est au centre de l’affaire.

Les rebondissements sont nombreux, l’action ininterrompue. Deux fils scénaristiques se dessinent : l’affaire Creed et l’étrangleur de Penlane. L’explication de ce que l’on nous a montré juste après le générique (la fuite d’Ellie) nous est enfin livrée.

Raccorder les deux intrigues était un pari difficile, le scénariste l’a fait. Nous ne saurons rien de l’identité de l’étrangleur de jadis, seul le copycat sera épinglé.

Afin de détendre l’atmosphère, un voisin envahissant a été imaginé pour la famille Wycliffe.

Ce dernier épisode de la saison est loin d’atteindre le niveau habituel de qualité des deux premières. La solution de l’affaire du copycat paraît quelque peu bâclée.

Anecdotes :

  • Il est fait allusion à une affaire d’étrangleurs datant de onze ans, avant l’arrivée de Wycliffe, mais à laquelle le médecin légiste Cyril Franks a été confronté.

  • Michael Cronin (1942-) qui incarne Samford a joué dans « Wolfman » (2010).

Retour à l'index