Saison 3Saison 5

Wycliffe

Saison 4


1. LE MARIAGE SURPRISE
(STRANGERS HOME)

Scénario : Peter J. Hammond. Réalisation : Alan Wareing. (Dans le coffret vidéo, où apparaît le titre original, cet épisode est présenté à l’image sous le titre de « Strangers »).

Résumé :

Deux jeunes gens qui se connaissent depuis trois semaines se marient. Seuls au monde, ils invitent des inconnus à leur mariage. Le lendemain de la nuit de noce, on retrouve le mari sauvagement poignardé dans sa chambre d’hôtel, durant une promenade matinale de son épouse.

Critique :

Avec cette saison 4, la série subit un énorme lifting. Exit Potter et Dixon, ils ont disparu sans explication. L’équipe se réduit donc au trio Wycliffe-Doug Kersey- Lucy Lane. Si la musique n’a pas changé, le générique est désormais totalement modifié, et en mal. Les couleurs de la mer sont sombres, les visages des personnages apparaissent en noir et blanc. Un nouveau chef fait son apparition, un géant, Stevens (Michael Attwell). Ce dernier fait des avances à Lucy en l’invitant à déjeuner. Elle n’ose pas refuser.

La famille de Wycliffe, si présente en saison 3, est absente de ce qui ressemble à un nouveau pilote. L’épisode est rapidement captivant, après un début certes un peu déconcertant, et une double intrigue en filigrane (un vieil homme qui a tué son épouse en l’euthanasiant, et envers lequel Wycliffe ne cache pas une franche sympathie).

La belle et sauvage Josephine Butler est formidable en jeune mariée, Karen, genre garçon manqué mais terriblement séduisante. Insolente, elle se moque des invités au mariage, des inconnus qui ont répondu à une annonce du mari. N’importe quel homme serait ravi d’épouser ce bijou mais pas pas John, l’heureux élu, qui après la nuit de noces, semble avoir un comportement distant. Il est incarné par Anthony Green, vu dans « La mémoire dans la peau ».

Sur le fonds, on est rassuré, la série n’a pas changé, et cet épisode est une immense réussite. On navigue entre enquête policière et psychologie. Jack Shepherd est toujours aussi brillant en héros, et l’on oublie vite l’absence de Potter et Dickson. Le trio d’enquêteurs semble s’être resserré.

On ne peut pas raconter l’épisode et dévoiler le spoiler, mais la surprise est immense. J’ai même trouvé Helen Masters, moins glaciale en Lucy Lane. Elle semble être devenue plus humaine.

L’épisode nous présente une galerie de personnages loufoques et insolites, je pense bien sûr aux invités au mariage. Soit des pique assiettes, soit des allumés. La victime, à trop exhiber son argent, nous paraît vite antipathique. Wycliffe, tourmenté d’avoir laissé derrière lui l’homme qui a tué son épouse pour abréger ses souffrances semble parfois ailleurs et avoir du mal à se concentrer. Il ne montre en tout cas pas sa malice habituelle. S’il ne se met jamais en colère, il n’a aucune piste, pas plus que Kersey et Lucy.

Une séquence très drôle, celle d’une vieille farfelue qui s’accuse du crime, arrache des rires à Kersey et Wycliffe, ce qui est rarissime dans la série. Cela rappelle celui qui se faisait passer pour Kailimoku dans « Hawaii Police d’état ».

Les décors (un hôtel de luxe au bord des falaises vers Penzance) sont splendides. L’épisode peut séduire une nouvelle frange de téléspectateurs qui prennent la série en cours de route. Il est aussi passionnant que « La bande des quatre », le pilote de la saison 1. Je vous recommande cet opus impeccable, qui ne contient absolument aucun défaut, et nous donne envie de voir vite la suite. Et puis nous avons deux affaires en un seul épisode.

Anecdotes :

  • Le nouveau chef, Stevens, est incarné par Michael Attwell (1943-2006). On l’a vu de 1968 à 2006 dans beaucoup de rôles : « Docteur Who », « Bergerac », « Oliver Twist », « Inspecteur Morse », « Miss Marple » avec Geraldine McEwan.

  • C’était les débuts de Josephine Butler qui depuis a fait du chemin. Elle a tourné dans des séries et films américains comme « L’immortelle », spin-off de « Highlander », « Dark Shadows » de Tim Burton. Impossible de trouver sa date de naissance sur ses biographies. Elle tourne en ce moment le film « Monochrome »  de Thomas Lawes.

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2. PÈRES ET FILS
(CLOSE TO HOME)

Scénario : Isabelle Grey. Réalisation : David Innes Edwards.

Résumé :

Le père d’un ami de David, fils de Charles Wycliffe, est tué par un junkie, Mick Sennan,  manipulé par un malfrat qui a organisé un trafic de cassettes vidéo pirates. Sennan se suicide en prison et Doug Kersey, accusé de négligence, voit retirer l’enquête.

Critique :

Cet épisode ne contient aucun spoiler, dans la mesure où tant le téléspectateur que l’équipe de policiers connaissent dès le départ le coupable. Tout est donc dans la présentation de l’affaire, les conséquences qu’elle va avoir sur les personnages, on est davantage dans le drame psychologique que dans le policier.

Deux moments importants dans cet opus : Charles et son fils David qui lui reproche son métier de policier, même si l’amitié de David avec Rob Tyzack est un peu improbable. La victime, Bernard Tyzack, voulait se lancer dans le trafic de drogue après avoir fondé un empire de la prostitution grâce à un réseau de campings et de caravanes, et avec un associé, Blackie Tremain, un trafic de cassettes vidéo. Il s’agit de films non encore sortis en salles, piratés par le satellite, enregistrés et vendus sous le manteau. Tremain voulait se limiter à sa lucrative contrefaçon de cassettes, mais Tyzack souhaitait investir dans le trafic d’héroïne, domaine réservé à un narcotrafiquant que l’équipe de Wycliffe veut coincer en vain depuis des années. Tremain envoie donc Tyzak, le junkie, pour effrayer l’associé, mais accidentellement, Tyzak le tue.

Signe de l’époque, les cassettes VHS, aujourd’hui bien démodées depuis l’apparition du DVD. L’étonnant ici, comme le constate amèrement Wycliffe, est que la copie illégale de films rapporte plus que la prostitution et la drogue, avec en cas de capture par la police des peines minimales.

L’intérêt de l’opus est donc la relation père-fils chez les Wycliffe, lequel s’adonne à nouveau à sa passion de pianiste de jazz, et l’affaire Kersey. Le commandant Stevens veut sa peau, dans un premier temps sa mise à pied, pour ne pas avoir su gérer la dépression de Sennan qui s’est pendu dans sa cellule.

C’est la seconde fois dans la série après « Folle de toi » (cinquième épisode de la saison 3) qu’il nous est montré un coupable échappant à la justice faute de preuves. Gros échec pour notre superintendant donc, mais aussi démonstration que « Wycliffe » est une série réaliste avec son lot d’affaires non résolues, de coupables laissés en liberté.

On voyage ici sur un marché aux puces, où Tremain écoule ses cassettes de contrebande, dans deux campings gigantesques aux environs de Camborne, qui sont mornes à pleurer en plein hiver, des paysages de désolation où se cachent pourtant des truands de tous bords.

On découvre que le géant Stevens a le grade de commandant, qu’il n’aime guère Wycliffe et encore moins Kersey. L’épisode se déroulant dans la ville du héros, les scènes d’enquête et familiales peuvent alterner rapidement. Pour ceux qui veulent une intrigue policière seule, il y a suffisamment de suspense et de rebondissements. Chacun peut donc y trouver son compte, mais cet épisode réjouira en tout premier les amateurs de la police moderne, dans une vision très réaliste, avec ses imperfections, la hiérarchie qui ne veut pas que l’on fasse de vagues.

Jack Shepherd démontre une fois de plus la justesse de son jeu en flic intègre et bon père de famille, conciliant les deux.

Anecdotes :

  • Centré sur le trafic de cassettes vidéo, cet épisode date du 6 juillet 1997, le DVD arrivant dans le commerce en Europe l’année suivante. On y voit une fabrique clandestine de cassettes et les systèmes de duplication.

  • Troisième fois que Jack Shepherd se met au piano après « Mort à l’arrivée » et une courte séquence de « Le mariage surprise ».

  • On note que l’apparition de la fille de Wycliffe est anecdotique (une scène) alors que celle de David, le fils, est omniprésente.

  • Bruce Byron (1959-) qui incarne Blackie Tremain a joué au cinéma dans « Le retour de la momie », « Jeanne d’Arc » (version Luc Besson). Il est crédité dans cet épisode comme « Bruce M. Byron ».

  • Wycliffe avoue qu’il aurait préféré être pianiste de jazz que policier.

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3. VENGEANCE
(ON ACCOUNT)

Scénario : Kevin Clarke. Réalisation : David Innes Edwards.

Résumé :

Tandis que l’enquête de la police des polices se poursuit sur les conditions dans lesquelles Doug Kersey a laissé se suicider Mick Sennan, Wycliffe est confronté à une terrible affaire : un chantage aux petits pots pour bébés empoisonnés déposés et vendus dans un magasin. Sept pots se baladent dans la nature et le compte à rebours a commencé.

Critique :

« Wycliffe » se confirme être à la fois une série/feuilleton (cet opus est la suite directe du précédent épisode) mais aussi un programme non destinés aux âmes sensibles. Après l’horreur des « Joies de la famille », nous avons ici un individu qui demande 100 000 livres de rançon, ayant empoisonné sept pots pour enfants. Le terrible maître chanteur ne va pas apprécier que Wycliffe lui tende un piège.

Doug Kersey sombre dans l’alcoolisme, ne se lave plus, et ressemble à un SDF. Il est interrogé sur sa responsabilité dans le suicide d’une fripouille, un tueur, Mick Sennan, et pose logiquement la question à l’IGS locale : « On fait plus cas d’un gangster que d’un policier ». De déchéance en déchéance, il va se rendre dans un pub pour boire une bière abandonnant son poste d’observation avec Lucy lors de la remise de la rançon par son chef au maître chanteur et commettre ainsi une faute grave.

Après avoir donné un avertissement, l’odieux racketteur passe à l’acte, ce qui signifie un nourrisson victime. C’est la consternation et l’effroi chez le spectateur. Le twist final nous révèlera (spoiler) les véritables mobiles de l’assassin.

C’est un suspense constant, qui nous tient en haleine cinquante minutes. Wycliffe ne se bat pas contre des enfants de chœur. La preuve en est donnée une fois de plus.

Le superintendant Lepage (Sharon Duce) enquête à charge contre le malheureux Kersey qui finira par sortir de ses gonds. Wycliffe tente de lui venir en aide. On découvre une fois de plus les rouages de l’administration policière et la méchanceté du commandant Stevens. Le scénariste brouille les pistes et c’est avec une facilité déconcertante que vers la fin de l’épisode, Wycliffe découvre l’identité de l’empoisonneur de pots de nourritures pour bébés. Nous avions les clés quasiment dès le début de l’enquête, lors de la visite chez le propriétaire du magasin d’alimentation, mais le spectateur (comme Wycliffe) est passé à côté, sinon il n’y aurait pas d’épisode.

Cette série nous peint une société profondément pessimiste, où les pires horreurs se commettent, et colle ainsi à la réalité quotidienne. Cette-fois, le coupable sera arrêté, on a vu que d’autres cas, il s’en sort par manque de preuves. Nous sommes à des lieues des intrigues à la Agatha Christie ou des fantaisies de « Chapeau melon et bottes de cuir ». « Wycliffe » est enraciné dans le réel, sordide. Cette-fois encore, c’est une réussite totale.

Anecdotes :

  • Erreur de continuité : dans « Le bateau vert » (saison 1), Kersey disait servir dans la police depuis dix huit ans, dans « Vengeance », il évoque une période de quatorze ans de service, alors que trois ans ont passé depuis « Le bateau vert ».

  • Il est évoqué ici une ancienne affaire d’assassin d’enfant, avec le personnage de Margaret Ezzard, mère d’une des victimes, et le tueur pédophile qui croupit en prison, John Larsen, nous les voyons tous les deux, l’histoire était sans doute passionnante, mais n’a pas fait l’objet d’un épisode filmé au cours des précédentes saisons.

  • Le comédien qui incarne John Larsen n’est pas crédité au générique.

  • Lucy est aidée dans cette enquête par une auxiliaire de police, Sally Miller (Nicola Jefferies au générique, Jeffries sur Imdb), c’est elle qui trouve le coupable, elle reviendra dans un unique épisode, le suivant, « Question d’hérédité ».

  • Grand moment dans l’épisode lorsque Kersey balance à la femme flic Lepage « Vous êtes toujours en train de protéger les criminels contre la police ».

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4. QUESTION D’HÉREDITÉ
(LONE VOYAGER)

Scénario : Philip O’Shea. Réalisation : Michael Brayshaw.

Résumé :

Le mari d’une célèbre navigatrice en solitaire, Paula Tresize, appelle Lucy Lane. Sa femme a disparu. Elle avait des ennemis voulant faire raser l’usine des frères Davis pour la sauvegarde des loutres. On retrouve vite un cadavre dans une carrière. C’est celui de Joanna Harris, médecin de Paula.

Critique :

Après une série d’épisodes majeurs, « Question d’hérédité » est très moyen. Le scénario nous entraîne un peu dans toutes les directions. Avec en fil rouge, le sort de Kersey.

Paula était mariée avec un homme plus jeune qu’elle, Ben. Le personnage de Paula, plutôt antipathique, n’apparaît que vers la fin. Entre temps, c’est une longue enquête policière assez laborieuse. On soupçonne les frères Davis ainsi que le mari. C’est le meurtre de Joanna Harris, dont les dossiers médicaux sur Paula Tresize ont disparu, qui occupe Wycliffe.

Sans être un ratage, l’épisode n’est pas passionnant et le spectateur regarde de temps en temps sa montre. Sans doute la part consacrée à l’affaire Kersey et au rapport du superintendant Lepage, le fait que le commandant Stevens devant une campagne de presse déchaînée veuille sacrifier Kersey, sont-ils trop importants au détriment de l’intrigue nouvelle.

Ben, le mari, est trop suspect, il drague gentiment Lucy alors qu’il est peut être veuf. Le titre français fait allusion à la maladie d’Alzheimer dont fut victime le père de Paula, le titre anglais à la profession de la navigatrice. L’ensemble manque parfois de cohérence et de suspense. Rien à reprocher aux comédiens, c’est le scénariste qui n’est pas convaincant : par exemple la piste des frères Davis tourne court de façon peu naturelle. Le mobile de meurtre contre une écologiste forcenée par les héritiers d’une usine s’évapore au fil des images.

Si ce n’était pas le suspense sur le sort de Kersey, le téléspectateur décrocherait complètement. Reste les décors, sublimes. Nous sommes à Penhale, un village assez photogénique. Le réalisateur s’en donne à cœur joie.

Quant aux comédiens invités vedettes, je ne les ai pas trouvés extraordinaires.

Anecdotes :

  • Il est encore fait allusion aux évènements de l’épisode « Père et fils » et à l’enquête du superintendant Lepage. Stevens veut renvoyer Doug Kersey.

  • Doug, devenu alcoolique, boit en cachette pendant le service.

  • L’épisode se termine sans que nous soyons fixés sur le sort de Doug Kersey.

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5. LE FANTÔME
(SEEN A GHOST)

Scénario : Isabelle Grey. Réalisation : Michael Brayshaw.

Résumé :

Morna Petheric, une jeune automobiliste, croit voir un spectre à un passage piétons et renverse mortellement une femme de 51 ans, Dinah Curran. Après une rapide enquête, il s’agirait de la tante de Morna.

Critique :

On a déjà dit que la série se mariait mal avec le genre fantastique. Nous faisons un retour dans le passé à l’été 1976. Si Morna semble dérangée quelque peu mentalement, le reste de sa famille ne vaut guère mieux.

Le jeu de l’actrice qui incarne la mère de Morna, Mrs Petheric (Gwen Taylor) est vraiment mauvais. Elle en fait des tonnes dans le genre « allumée ».

Parallèlement à cette affaire, le sort de Doug Kersey se décide. Le superintendant Lepage nous apparaît plus sympathique. Elle affronte le commandant Stevens et passe du côté de Wycliffe et de son équipe.

Le scénario d’Isabelle Grey est catastrophique, et pas du tout adapté à la série. Un peu comme si l’on mettait une intrigue du « Sixième sens » dans un « Maigret ». L’histoire rappelle par certains côtés « Psychose ». Mais dans une série aussi réaliste, la mayonnaise ne prend pas.

C’est mal joué, mais l’on ne peut en vouloir aux comédiens de ne pas parvenir à défendre une cause perdue. La plus grande incohérence est que Morna puisse penser sérieusement avoir tué sa tante en 1976, et l’avoir reconnue en 1997 alors qu’elle a logiquement vieilli et a un aspect totalement différent. Morna parle comme si tout cela datait d’hier, alors qu’elle avait sept ans.

Le jeu atroce de Gwen Taylor n’arrange rien. On sent que rien n’est naturel dans cet épisode, tout semble forcé. Un signe qui ne trompe pas est le peu de temps consacré à l’enquête sur l’affaire du fantôme, l’équipe de policiers étant mobilisée autour de la réhabilitation de Kersey par Lepage.

Vers la fin de l’épisode, la production tente de rééquilibrer les choses en nous présentant un autre meurtre qui s’est passé il y a plus de vingt ans au sein de la famille Petheric. On pense alors à la série « Cold Case », mais là aussi, cela ne colle pas avec l’univers de « Wycliffe ». « Le fantôme » relève du genre « fantastique expliqué » façon Gaston Leroux mais la plume d’Isabelle Grey a été bien mal inspirée. L’interprétation catastrophique par les guest stars vient confirmer le ratage total.

On comprend mal aussi pourquoi Charles Wycliffe et son épouse se rendent – en pleine affaire Kersey – à la réception guindée donnée par le commandant Stevens et son horripilante femme. Un épisode à éviter pour commencer la série, d’ailleurs l’arc « Mick Sennan » (le bandit que Kersey est accusé d’avoir laissé se suicider en prison) et qui se conclue ici rend incompréhensible l’histoire si l’on n’a pas vu tous les épisodes depuis « Père et fils ».

Anecdotes :

  • L’épisode se déroule à Penzance.

  • En VO, la victime se prénomme Dinah, en VF Diana.

  • Le meurtre se déroule le 15 avril 1997, ce qui est énoncé à l’audience.

  • Par rapport aux autres épisodes, on voit très peu Lucy.

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6. LES LOCATAIRES
(BAD BLOOD)

Scénario : Scott Cherry. Réalisation : Alan Wareing.

Résumé :

Wycliffe est à l’enterrement de l’oncle de sa femme lorsqu’il est appelé sur une enquête à l’autre bout des Cornouailles. Le meurtre d’un propriétaire qui voulait chasser ses locataires. Une série de drames va s’ensuivre.

Critique :

Pour cause d’enterrement, Wycliffe est indisponible durant la première demi-heure, comme si l’on voulait habituer le téléspectateur à son absence. Grièvement blessé par la suite dans la série, certaines enquêtes seront menées par Lucy et Doug seuls. Le superintendant intervient dans l’intrigue à la 33e minute. Auparavant, on aura entrevu Jack Shepherd avec Lynn Farleigh (Helen) à la cérémonie funéraire.

La misère des fermiers des « Locataires » rappelle celle des pêcheurs de « Perdu corps et bien » en pire, c’est tout dire ! L’intrigue policière passe au second plan, c’est surtout une tragédie avec des gens acculés financièrement. C’est un pays bien pauvre qui nous est montré. Aucune fioriture, un réalisme cinglant, le Royaume Uni des ces années post Margaret Thatcher nous présente des pantins désarticulés que les banques traquent. Face à cela, des tragédies d’une violence terrible se déclenchent. Folie et meurtre côtoient les tentatives de suicide et autres  situations désespérées.

Meilleur que « Le fantôme », « Les locataires » n’est pas un film à regarder un jour de blues, il faut avoir le cœur bien accroché, on a l’impression que l’équipe de Wycliffe ne fait que compter les coups. Matériellement, arrivant en plein drame, les policiers ne peuvent faire grand-chose. L’identité du meurtrier n’est pas un spoiler, mais l’on ne dira rien. Pour donner une idée de la tonalité de l’histoire, le meurtrier est plus préoccupé par le fait que les banques soient remboursées que par son propre sort, il va aller en prison.

L’épisode est d’une violence extrême, on se croit parfois en plein Far West avec la justice expéditive, la loi du plus fort, des scènes insoutenables impliquant un bébé. L’épilogue est tellement atroce que Lucy Lane craque, on voit Helen Masters, censée gardée son self control en larmes. Wycliffe arrivé en milieu d’épisode n’a pas eu le temps de faire grand-chose. Cela ressemble presque à du reportage et non à de la fiction.

Grande gagnante de l’opus, Helen Masters qui brise définitivement son image glaciale pour devenir humaine. Il est rare que la télévision nous montre, dans une série, des policiers pleurer. Cela ne fait pas professionnel. Que faire d’autres ici devant cette avalanche de drames jamais surfaits, empreints du réalisme des faits divers et de la crise économique. On peut juste estimer qu’au lieu de s’occuper des morts, c'est-à-dire de l’enterrement de l’oncle de sa femme, Wycliffe aurait mieux fait d’intervenir auprès des vivants tant qu’il était encore temps, à supposer qu’il ait pu s’interposer. L’épisode est tout sauf un divertissement et laisse le téléspectateur sonné, en état de choc. La dimension de « distraction » est mise complètement de côté. C’est pour cela que l’on aime ou déteste cette série. Pour bien comprendre « Wycliffe », je conseillerai de voir en premier le meilleur épisode, l’atroce histoire « Les joies de la famille ». Car celui-là donne bien le ton de la série, dont « Perdu corps et bien » et « Les locataires » sont en droite ligne de la même veine. Plus qu’une série policière, « Wycliffe » est une série hautement dramatique.

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Anecdotes :

  • On retrouve dans un petit rôle Nick Brimble (1944-), le géant qui fit tint deux fois un rôle mémorable dans « Mission Casse Cou ». Il ne fait que deux apparitions.

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7. LE NAUFRAGEUR
(TO SUP WITH THE DEVIL)

Scénario : Carolyn Sally Jones. Réalisation : Graeme Harper.

Résumé :

Lucy est kidnappée par un assassin, ancien informateur de la police, qui l’entraîne le long des falaises de la petite ville de Saint-Clair. Il veut la noyer, attendant que la marée arrive. Une course contre la montre pour la sauver commence.

Critique :

Si le téléspectateur retient un seul épisode de « Wycliffe » des années après, c’est bien celui-là. Il hante longtemps la mémoire après l’avoir vu. Episode hors normes, se situant sur le seul terrain du suspense sans aucun spoiler, c’est celui dans lequel Lucy Lane/Helen Masters a le plus beau rôle.

Pendant cinquante minutes, on est tenu en haleine. Lucy s’est bêtement laissée piéger et se retrouve avec des menottes, au bas d’une falaise qui jadis servait aux habitants pour attirer les bateaux, provoquer leur naufrage contre les rochers, en voler le contenu et en dépouiller les passagers que l’on massacrait. Une affaire que l’on appelait « les naufrageurs ».

Dans cet opus, il y a un meurtre, mais l’on trouve rapidement le coupable. Pas de spoiler donc, il a violé une jeune femme, tué celui qui pouvait l’identifier et kidnappé Lucy Lane. Un certain Gary, ex informateur de la police, que des fichiers non mis à jours ont permis de continuer à sévir.

ITV a mis les petits plats dans les grands : reconnaissance en hélicoptère sur fond de musique de Nigel Hess, décors mis en évidence, huis clos entre le meurtrier et Lucy. Un épisode hautement physique pour Helen Masters dont le personnage est mis à rude épreuve. Elle doit jouer avec le feu, feindre de ne pas avoir peur de son agresseur,  pourtant terrifiant.

Bien entendu, Lucy survivra. On s’en doute, mais on tremble pour elle. La prouesse de cet opus est de ne jamais nous permettre une minute d’ennui alors que l’on se doute de la conclusion heureuse. Wycliffe connaît bien la petite station de Saint-Clair pour y avoir fait un séjour de vacances avec son épouse, tandis que pour Lucy, ce lieu restera celui de son pire cauchemar.

« Le naufrageur » est radicalement différent de l’épisode précédent. Nous ne sommes plus trop dans le réalisme mais dans le film à suspense. Avec pour décor unique les falaises, la réalisation, nerveuse à souhait, nous fait oublier les quelques péripéties du début, à savoir l’enquête, pour se plonger au cœur de l’action pure.

Toute l’introduction n’est que le prétexte à une mise en place du suspense. Une sorte de « mise en bouche ».

Cet épisode est assez atypique pour la série, car on pourrait trouver l’équivalent dans n’importe quelle série policière. On imagine Mc Garrett/Jack Lord à la place de Lucy. Son affrontement avec le sadique Gary Tregenna (Darren Tighe) – qui ne paie pas de mine au premier abord – restera un des grands moments de toute la série. La scénariste Carolyn Sally Jones a habillement brouillé les pistes, on pense au début à un whodunit classique, un ex-mari (la victime) qui empruntait des sommes à son épouse remariée, tenait un night club de mauvaise réputation. Habile passage de l’intrigue policière au grand suspense le long des falaises. Une réussite totale.

Anecdotes :

  • Au début de l’épisode, Charles Wycliffe est obligé d’assister à une réunion des officiers supérieurs dont l’objet est la réduction  des effectifs, il passe son temps… à griffonner un dessin, sous les yeux d’un commandant Stevens interloqué.

  • Stevens voudrait que Lucy Lane soit promue au poste de responsable de gestion. Wycliffe estime qu’elle manque de pratique.

  • Darren Tighe (1973-) n’a pas fait une grande carrière. Il est surtout connu pour des apparitions à la TV britannique dans des séries comme « Cracker » et « Barnaby ».

  • Helen Wycliffe se souvenant d’un endroit enchanteur a presque l’impression que son mari part en vacances plus que pour résoudre un crime !

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8. VIEILLES MÉTHODES, NOUVEAUX CRIMES
(OLD CRIMES, NEW TIMES)

Scénario : Arthur McKenzie. Réalisation : Graeme Harper.

Résumé :

Parce qu’il a mal instruit une enquête, Wycliffe, du moins l’un de ses collaborateurs, un certain Noble,  provoque le non-lieu d’un coupable, Tully. Le commandant Stevens fait ouvrir à nouveau un dossier vieux de onze ans sur le meurtre d’une petite fille contre l’avis de Wycliffe.

Critique :

Episode complexe, qui nécessite plusieurs visions pour une bonne compréhension, mais n’emporte pas pour autant l’adhésion du téléspectateur.

Neil Maskell, en Tully, est odieux à souhait. Il quitte vite l’image et l’on sera fixé sur son sort à la fin de l’épisode. Wycliffe semble admettre l’échec, imputable à l’un de ses collaborateurs, l’inspecteur Noble. Au nom de la procédure, une racaille retrouve la liberté. Le début de l’histoire, en plein procès, avec des juges en perruque, nous déconcerte un peu.

L’intrigue s’égare dans les arcanes de la politique intérieure de la police dans lesquelles nage le commandant Stevens. Le vice de forme n’a pas été repéré et provoque une enquête interne. L’inspecteur Noble paiera le prix fort pour la faute commise. Doug Kersey, qui sort de gros ennuis, est conscient des dégâts que l’enquête au sein de la police va faire.

Wycliffe fait face à d’autres ennuis : sa fille de seize ans, Ruth, fréquente un garçon de vingt ans, Andy, ce qui ne lui plaît guère. Il a du mal à accepter le temps qui passe. Son épouse lui dit qu’il n’est pourtant pas vieux.

L’enquête interne est menée par le superintendant Crow. Stevens décide de rouvrir une enquête datant de onze ans sur une petite fille violée et tuée par son beau-père. Stevens a un nouveau suspect, un camionneur emprisonné, Stringer (dont l’interprète n’est pas crédité au générique), une blessure remise à jour pour la famille en vain, la certitude de Wycliffe s’avérant fiable. Le véritable coupable est mort et enterré.

Le problème de cet opus, qui n’est pas nul, est d’ouvrir trop de pistes scénaristiques (l’assassinat d’un jeune garçon par Tully, la réouverture du dossier de la petite Olivia Patterson, les problèmes familiaux de notre héros avec sa fille). Comme si ce n’était pas suffisant, on rajoute l’histoire d’un policier qui vient de mourir, un élément qui tombe complètement à plat et vient surcharger une intrigue qui n’en avait pas besoin. La veuve déteste tellement la police qu’elle refuse tout uniforme aux funérailles. Mais ce sont des scènes inutiles entre Doug et la veuve.

Stevens reproche à Wycliffe de trop s’impliquer pour son équipe, d’avoir une approche de son métier trop passionnelle. L’affrontement entre les deux hommes en arrive à un point de non retour.

Wycliffe oppose le bien fondé des anciennes méthodes (le résultat de l’enquête Patterson lui donnera raison). L’opus est trop bavard pour vraiment nous passionner, et la multitude de pistes ouvertes désoriente le spectateur. C’est un choc après le haletant « Naufrageur » où l’on était scotché devant le petit écran.

Le superintendant sera ravi de ridiculiser son chef avec un ours en peluche en guise de cadavre de bébé enterré dans un cimetière. La scène est savoureuse et mérite à elle seule que l’épisode n’hérite pas de la note minimale. Mais impitoyable avec l’inspecteur Noble qu’il dégradera pour négligence dans plusieurs affaires. Charles Wycliffe pique là une de ses fameuses colères dont il a le secret.

Pour une fois, il n’y a pas de continuité avec l’épisode précédent : Lucy est abattue mais cela n’a rien à voir avec son épreuve dans « Le naufrageur ». Elle réalise que son chef avait raison dans l’affaire Patterson.

Un épisode en demi-teinte, surchargé en écriture, et qui nous laisse un goût d’inachevé. Quant à Tully, ce n’est pas la justice officielle qui le rejoindra.

On éprouve un écœurement viscéral envers le commandant Stevens.

Anecdotes :

  • Stevens reproche une nouvelle fois à Wycliffe de ne pas avoir renvoyé Doug Kersey.

  • Le père de la victime dit à Wycliffe « Vous vous demandez pourquoi le peuple déteste la police ? ».

  • Premier épisode où la fille de Wycliffe, Ruth, a un rôle important, habituellement c’est son frère qui a ce privilège.

  • Wycliffe se voit adjoindre une nouvelle collaboratrice, Trudie (Sarah Huntley), imposée par Stevens.

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9. LA DANSE DES SCORPIONS
(DANCE OF THE SCORPIONS)

A noter : cet épisode, tourné entre deux saisons, d’une durée de 90 minutes, a été diffusé en France en deux parties. Il fait le lien entre les saisons 4 et 5.

Scénario : Arthur McKenzie. Réalisation : Paul Harrison.

Résumé :

Wycliffe sur le point de partir en vacances à Paris donne des instructions à Lucy. Un double meurtre sauvage a lieu en pleine nuit, celui de Thomas Dyson un promoteur immobilier, et de son épouse. Helen Wycliffe décide de partir sans son mari. Charles aurait été bien inspiré de l’accompagner.

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Critique :

Cette-fois, Wycliffe joue dans la cour des grands criminels. Le début de ce long épisode hors saison nous propose de splendides images d’une course maritime.

Pour la première fois, Wycliffe s’attaque à plus fort que lui. Et notre héros va bien manquer y laisser sa peau. Réseau de call-girls, cartel de la drogue, trafiquants d’armes, et le terrible et puissant Patrick Durno incarné par un véritable meurtrier, l’acteur Leslie Grantham (voir Anecdotes :). Wycliffe rencontre, en présence de Stevens, d’étranges personnages, dont on comprend qu’ils viennent du MI5, qui lui disent d’oublier Durno.

Le petit superintendant de province, comme il se qualifie, n’entend pas se laisser intimider par qui que ce soit. Durno est trafiquant d’armes mais n’a pas tué les Dyson. C’est un de ses clients, Harry Parsons (Stevan Rimkus) qui s’est fait surprendre en cambriolant. Durno le sait.

On se croit davantage dans un film d’espionnage réaliste (genre Harry Palmer) que dans un policier. Les appels téléphoniques de Wycliffe à son épouse à l’hôtel du Louvre à Paris ont un côté prémonitoire, comme si quelque chose de terrible allait se produire. Le drame est imminent lorsque Kersey demande à la call girl Sarah d’espionner la piscine de Durno et que l’on retrouve son cadavre.

Pour la première fois, quelqu’un tente de corrompre Wycliffe : Durno. « Vous feriez mieux de vous en tenir à vos braconniers » lance-t-il au superintendant.

On ne comprend pas trop l’attitude du MI5, service de contre espionnage qui surveille Durno, trafiquant d’armes.

Avec la poursuite entre hors bord et hélicoptère, on se croit cette-fois dans un « James Bond ». On sent que cette affaire dépasse Wycliffe, un trafic d’armes destiné aux groupes d’extrême droite en Europe.

Wycliffe part rejoindre son épouse Helen à Paris, laissant à Lucy la direction des affaires.

Durno est officiellement mort, mais l’on n’a pas retrouvé son corps en mer. Il surgit chez Wycliffe arme à la main. A genoux, le superintendant se saisit d’un morceau de verre qu’il plante dans le ventre de Durno, mais ne peut empêcher l’autre de lui envoyer une balle dans la nuque.

Les téléspectateurs restent sur un cliffhanger absolument époustouflant. En effet, rien n’est moins sûr qu’une saison 5 soit faite malgré les taux d’audience. La comédienne Helen Masters, qui incarne bien entendu Lucy Lane, est alors enceinte.

La tonalité de la série a pris une tournure grave, bien éloignée des romans de W.J. Burley. Cet épisode remarquable aurait pu servir de final, certes cruel.

Anecdotes :

  • Lucy a un nouveau boy friend. On l’aperçoit au début lors de la course. Il n’en est plus question dans la suite de ce double épisode.

  • Wycliffe retrouve lors de son enquête une femme qui a jadis voulu le séduire, Rubina Winter (Lesley Duff)

  • On entend la chanson « Sweet dreams » d’Eurythmics à la radio lorsque Doug enquête chez la femme de Formby, l’indic.

  • Puis, lorsque Wycliffe et Doug arrivent chez Durno, la scène est illustrée par le premier mouvement de la « Petite musique de nuit » de Mozart.

  • Le titre « la danse des scorpions » s’explique ainsi : un indicateur de Kersey dit « C’est moi qui mène la danse des scorpions, je vous montre la bonne direction mais à vous de voir si les pièces s’emboîtent ».

  • Leslie Grantham (1947-) incarne Durno. Avant d’être acteur, il a été emprisonné pour un meurtre dont il était coupable et a purgé dix ans de prison. C’est une visiteuse de prison qui le persuada de devenir comédien. Il est surtout connu pour la série « Eastenders ».

  • Rachel Shelley (1969-) incarne Sarah, la call-girl attitrée de Durno. On l’a vue dans « L Word » » et « Ghost Whisperer ».

  • C’est la première fois que dans certaines scènes Jack Shepherd porte des lunettes.

  • A partir de la 21e minute, Wycliffe porte une marque de coup à l’œil suite à une bagarre avec l’indic Formby.

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