PrésentationSaison 2 2

Wycliffe

Saison 1 


1. LA BANDE DES QUATRE
(THE FOUR JACKS)

Scénario : Edward Canford-Dumas. Réalisation : Ferdinand Fairfax.

Résumé

Une jeune femme, Celia Dor, est grièvement blessée d’une balle dans la tête et se trouve dans un coma dépassé. Très vite, il apparaît qu’elle était en train de faire l’amour et a changé de position au moment où le tueur à tiré. Le suspect est son amant, le peu recommandable écrivain David Strive qui se dissimule ici sous son vrai nom de Cleeve.

Critique

Cette histoire de vengeance en différé est glaçante d’effroi. Le romancier David Cleeve/Strive (Bill Nighy, un sosie du chanteur Nino Ferrer) se révèle vite la personne visée, la fille n’ayant été qu’une victime collatérale. Personnage méprisable, marié mais avouant plus de 300 liaisons avec des jeunes filles sur une période de vingt ans, Cleeve est le premier d’une longue liste de personnages lisses en apparence que Wycliffe va mettre à jour (Un lord homosexuel dans le deuxième épisode). Comme dans « Inspecteur Barnaby », les britanniques les plus respectables se trouvent avoir des vies privées tumultueuses opposées au conformisme qu’ils affichent.

Ce « pilote » (si l’on excepte le téléfilm test de 1994) pose les jalons du cahier des charges de la série : décors filmés au maximum en extérieurs, nous permettant de découvrir les côtes des Cornouailles, voyages en hélicoptère sur fond de musique de Nigel Hess pour bien imprégner le téléspectateur du thème musical entraînant de la série. Lucy Lane, Doug Kersey, les sergents Dickson et Potter épaulent leur chef.

Jack Shepherd s’empare du personnage du superintendant Wycliffe sans faire d’esbroufe. Homme équilibré, posé, il tente toujours d’être rationnel et de ne pas se laisser dominer par ses émotions. Même si derrière le policier se cache l’homme que l’on voit bouillir parfois devant l’hypocrisie de ses semblables. Le dédain qu’il affiche pour l’écrivain playboy est clair et net. L’homme se sent menacé, Wycliffe lui répond que la police dispose d’effectifs restreints.

L’inspecteur Lucy Lane ne nous émeut jamais, faute à une Helen Masters froide comme un glaçon. On préfère la vulnérabilité de Doug Kersey, dont l’alcoolisme n’est pas encore évoqué, mais que l’on sent fragile.

L’intrigue est profondément dramatique. C’est l’histoire d’une vengeance qui s’étend sur plusieurs décennies, d’un homme qui a été pendu à l’époque où la peine de mort existait au Royaume Uni, de petites gens meurtries qui n’ont pas eu droit à la justice et d’un homme qui a décidé de se faire justice lui-même.

Pas d’humour dans « Wycliffe ». On se console avec deux choses, la profonde humanité que donne Shepherd au personnage principal, et les décors absolument superbes. Cleeve a proposé à des étudiants en archéologie de leur fournir des cottages, mais pour se « fournir » en jeunes femmes. Le sort du  personnage de cet écrivain cynique nous laisse de marbre.

A la 16e minute, le téléspectateur, lors d’un second meurtre, voit le visage de l’assassin mais ignore son identité. Ce personnage n’est pas l’un des protagonistes que l’on nous a présenté. La seconde victime est un certain Roger Keatson qui se promenait son chien sur la plage.

Le sergent Potter apparaît comme un jeune homme assez joufflu, timide mais gourmand. On découvre que Keatson multipliait les fausses identités. Le suspect du meurtre de Celia (elle ne survivra pas) croise le regard de Wycliffe à la 20e minute. On a vu une voiture de marque « Metro » à proximité du domicile de Celia, l’écrivain en a une, le tueur aussi. Sans être devin ou doté de pouvoirs surnaturels, Wycliffe comprend que l’homme entr’ aperçu est suspect.

Sans être un père la pudeur, Charles Wycliffe ne peut s’empêcher d’exprimer son dédain devant David Cleeve qui racontant le mort de Celia se félicite de ses performances sexuelles. Wycliffe est un bon père de famille, qui aime sa femme, et a du mal avec les déviances de ses semblables. Il est une sorte de Steve Mc Garrett-Jack Lord british, qui se donne à fond dans son métier (plus une vocation qu’un emploi) mais a aussi l’équilibre d’un foyer. Cela lui permet de prendre toujours de la distance avec les aspects sordides qu’il doit parfois affronter dans ses enquêtes.

A la 30e minute, le héros change d’orientation dans son enquête. L’intérêt de l’écrivain pour Keatson lui fait comprendre que les deux hommes se connaissaient.

Lucy et Potter sont sur la piste du possesseur d’une voiture Metro, Gerald Prout. Sans poursuites, sans bagarres, « Wycliffe » s’avère une série palpitante tenant en haleine le spectateur.

Une vieille affaire datant de 1960 ressurgit : Jonathan Welsh, convaincu d’avoir tué un policier, a été pendu. Il était le frère de Mrs Prout. Elle accuse un certain John Larkin d’avoir été le vrai coupable. Roger Cross était un des complices – chacun ayant le pseudonyme de « Jack », qui se révèle être Keatson. Un troisième comparse étant mort en prison, il ne reste que Larkin. Ne se cacherait-il pas sous une énième identité ?

Bill Nighy, né en 1949, qui incarne l’écrivain Cleeve/Strive né d’après Kersey le 5 septembre 1931, paraît bien trop jeune pour le rôle, ce qui nuit à la crédibilité quand on devine qu’il est le quatrième « Jack », le fameux Larkin.

On éprouve peu de compassion pour la victime, mais on comprend que Wycliffe ne condamne pas vraiment l’assassin qui a fait justice lui-même. A propos de la mort de Celia Dor, Prout confesse ses remords : « c’est toujours l’innocent qui paie, c’est pas juste ». Wycliffe semble l’approuver.

Shepherd est absolument fabuleux dans cette scène.

La dernière scène montre le cœur de la comateuse qui cesse de battre. « Wycliffe » est le reflet du monde réel, où l’optimisme et la candeur ne règnent pas.

Anecdotes

  • Dans cet épisode, Wycliffe téléphone à son épouse pour lui parler de l’enquête qui le retient sur les lieux. On comprend que son travail le conduit à des déplacements continuels.

  • Lucy trouve que Doug Kersey est « graveleux » et que ses allusions sexuelles dans une enquête sont déplacées.

  • Wycliffe pense que Lucy Lane aura un jour de la promotion, il lui confie être exaspéré par les rivalités entre les services de police pour les effectifs qui manquent cruellement ici. Il le déplore à plusieurs reprises dans cette enquête.

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2. LA MORT D'UN FLÛTISTE
(THE DEAD FLAUTIST)

Scénario : Steve Trafford. Réalisation : Martyn Friend.

Résumé :

Deux jeunes amoureux découvrent un flûtiste mort, apparemment par suicide. Wycliffe comprend que c’est un meurtre déguisé en suicide et que la victime, homosexuelle, était l’amant d’un membre de la chambre des Lord. Peu après, on retrouve le corps d’une domestique qui a disparu depuis quelque temps. Le scandale menace une grande famille d’aristocrates, les Bottrell.

Critique :

Il ne faut pas se fier aux apparences : les premières images montrent des amoureux la nuit. Leur quiétude est troublée par un coup de feu. Ils voient un homme s’enfuir, et trouvent un flûtiste « suicidé », le régisseur du domaine des Bottrell : Tony Miller. Seule la jeune fille, Jean Lander, donne l’alerte. Paul, le fils de famille, ne veut pas être mêlé à l’enquête.

La famille Bottrell se compose de Lord Hugh, Lady Cynthia, le fils Paul qui refuse de tendre la main à Wycliffe et d’un militaire bourru et agressif, Guy, le frère du Lord.

Celle de la jeune Jean est aussi pittoresque : le père Steven Lander, un avocat, photographe à ses heures, l’épouse Edith. Wycliffe comprend vite que la fille a menti et que ces deux familles cachent de lourds secrets, à commencer par la disparition de Lizzy Biddick, une domestique partie et jamais arrivée à Londres. De mœurs légères, Lizzy est trouvée morte à son tour dans les bois. Peu avant cette macabre découverte, on avait su que Lizzy Biddick posait pour des photos de nu. Lady Cynthia, pour donner un alibi à son beau-frère Guy le militaire, prétend être sa maîtresse. Quand à l’auteur des photos nues de la victime, c’est l’avocat.

Lucy fait parler les paysans du manoir, les employés. Ils évoquent sans détour  l’homosexualité de Miller. Lord Cottrell révèle la sienne à Wycliffe. Il était l’amant de Tony, et en était éperdument amoureux. Le comédien Jeremy Clyde est brillant dans le rôle.

Ici, le meurtrier a tué pour rien, ayant contracté le SIDA au Kenya. Tout a l’aspect d’une tragédie grecque. On retrouve, avec le mépris de Wycliffe pour les aristocrates, l’héritage de Simenon dont Maigret détestait la bourgeoisie.

L’ambiance est assez étouffante. Kersey interroge l’avocat Steven Lander, qui admet avoir photographié nue Lizzy et d’autres jeunes filles. Selon lui, c’est de l’art. Le policier le prend pour ce qu’il est, un pervers.

Wycliffe comprend qu’il existait un triangle amoureux entre Lizzy, Tony Miller et Lord Hugh Cottrell.

Tout au long de l’enquête, tant Kersey que Wycliffe éprouvent un profond dégoût pour les perversions auxquelles ils sont confrontés. Pas l’homosexualité, ils ont l’esprit moderne, mais la pornographie, la violence conjugale de l’avocat, lequel n’a pas hésité à assumer ses penchants pédophiles (il voulait photographier sa propre fille nue, et devant son refus l’a faite chanter).

Le bourru militaire Guy Cottrell ne rachète pas le reste. Quand aux aristocrates, dont Lady Cynthia, ils s’embourbent dans le mensonge, l’hypocrisie, jurant par la religion. « Dieu nous préserve de la religion » déclare Wycliffe dans la première scène quand il arrive au manoir où des devises et des tableaux illustrent les guerres saintes.

Peu d’action (à la différence d’autres enquêtes), une ambiance qui rappelle « Barnaby », un excellent épisode que conclut Wycliffe en disant que « les aristocrates rendent la justice eux-mêmes ».

Anecdotes :

  • La voiture de Wycliffe est une Audi break.

  • Wycliffe évoque devant un suspect le fait qu’il est lui-même père d’une fille.

  • Première évocation de l’alcoolisme de Kersey qui drague maladroitement une collègue, Sally. Il fait une seconde tentative et apparaît aux yeux de sa collègue comme « lourd ». La femme changera d’avis trop tard, car Kersey rentre à Combord, l’enquête étant terminée.

  • Doug Kersey aime les restaurants indiens.

  • Le père de Wycliffe était employé dans une ferme, chassé, il s’est suicidé d’une balle dans la tête avec un calibre 12. Le superintendant s’est confié à Lucy qui le répète à Doug. Celle-ci veut ainsi expliquer que le chef habituellement si calme s’énerve.

  • Les propos sur l’homosexualité tenus ici en 1994 ne pourraient plus l’être en 2015 au nom du politiquement correct, ils seraient jugés homophobes. Par exemple, Doug évoque un homme bisexuel comme « à voile et à vapeur ». Plus tard, le frère Guy, parlant de Lizzy, « elle avait couché avec cette sale pédale » et qualifie son frère  de « sale phoque ».

  • Le thème du SIDA est évoqué ici.

  • Doug est du signe du taureau.

  • Jeremy Clyde (1941-) a joué dans « Le docteur Jivago », « La dame de fer », « Kaspar Hauser » (version 1993).

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3. LE BOUC ÉMISSAIRE
(THE SCAPEGOAT)

Scénario : Russell Lewis.  Réalisation : Martyn Friend.

Résumé :

Chaque mois d’août, les habitants d’un village de Cornouailles font brûler un mannequin à l’intérieur d’une roue qu’ils jettent à la mer. Une femme croit avoir vu que le mannequin était un homme mort. Or un certain Jonathan Riddle vient de disparaître.

Critique :

Si W.J. Burley n’avait pas avoué s’être inspiré de Maigret pour créer Wycliffe, ce serait évident dans cet épisode digne du commissaire à la pipe.

Très bon épisode avec une enquête de Wycliffe chez un sorcier, mais vers la fin, l’intrigue traîne légèrement en longueur ce qui lui coûte sa quatrième étoile.

On avoue être surpris lors de la scène du village du far west qui arrive brusquement au point que le téléspectateur de l’époque, déconcerté, a pu penser avoir appuyé sur la télécommande et être passé sur une autre chaîne. Il s’agit en fait d’une sorte de kermesse à la mode western dans ce village où les habitants sont, c’est le moins que l’on puisse dire, légèrement allumés.

Dès le début, Wycliffe est certain de tenir une piste. Son flair le conduit chez la belle Mariah Penrose, la maîtresse d’école (et maîtresse aussi de la victime mais pour tout autre chose que les manuels scolaires). Elle est incarnée par Susan Penhaligon, comédienne que l’on a pu voir dans des productions populaires au cinéma et à la TV.

Les motifs du double meurtrier (puisque le sorcier Ephraïm Gardner à son tour est assassiné) sont quelque peu obscurs. L’explication est donnée très rapidement. L’opus nous propose des scènes d’action étonnantes, avec une Lucy moins présente que dans les premiers épisodes au profit de Kersey. Dixon et Potter sont là aussi mais n’assurent pas des rôles majeurs.

Le réalisateur se régale visiblement avec les scènes à filmer : la descente de la roue le long de la falaise, Wycliffe au bord de la mer lorsqu’il rencontre Mariah ce qui rappelle les scènes du générique de fin, enfin la séquence « western » totalement insolite qui voit Shepherd prendre une pose de tireur qui n’aurait pas dépareillé dans « Il était une fois dans l’Ouest ».

Anecdotes :

  • Wycliffe boit de l’eau avec son repas, Kersey et Dixon de la bière brune.

  • On ne comprend pas pourquoi Gardner n’est pas arrêté après avoir menacé d’un fusil et tiré sur Kersey.

  • Le médecin légiste parle des enfants de Wycliffe, il n’a donc pas qu’une fille.

  • Premier contact (téléphonique) entre Wycliffe et son chef.

  • Au commissariat, l’interrogatoire de Matthew, fils de la victime, est enregistré sur des cassettes audio.

  • Susan Penhaligon (1949- ) a joué dans « Docteur Who » saison 1972, « Le sixième continent » (1975), « Maîtres et valets », « Le retour du Saint », « Bizarre, bizarre », « Les enquêtes de Remington Steele », « Bergerac », « Inspecteur Frost ».

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4. LA TOILE D’ARAIGNÉE
(THE TANGLED WEB)

Scénario : Andrew Holden. Réalisation : Ferdinand Fairfax.

Résumé :

Elinor Clemo vient de mourir. C’est la dernière survivante de la famille qui héritera d’un tableau de Pissaro, Agnès. En réalité, cette dernière est morte d’une hémorragie cérébrale et pour hériter, Jane Rule sa belle-soeur l’a faite congeler. Hilda Clemo, une lolita, qui se prétend enceinte, et a plusieurs amants, est au courant de la supercherie. Elle disparaît.

Critique :

Intrigue ingénieuse qui mélange deux histoires pour finalement faire croiser les deux fils scénaristiques. On regrette vraiment la trop rapide disparition de la jolie Hilda (Stephanie Bluttle). Petite peste mais bigrement attirante.

Wycliffe cette-fois est bien entouré de son équipe : Lucy, Kersey, Potter et Dickson, qui se répartissent à part égale les tâches. Le superintendant va trouver la vérité au terme d’un coup de théâtre qui est le spoiler de l’épisode et qu’il n’est bien entendu pas question de révéler.

Autour de cet héritage, deux lignées d’une famille se déchirent. Malgré l’atmosphère purement anglaise, on se croirait dans un « Maigret ». Wycliffe ici mène surtout des interrogatoires dans un camping où des caravanes stationnent à l’année. On découvre la vénalité de deux hommes qui s’arrangent pour se donner des alibis et tromper leurs femmes.

Neil Innes et son épouse handicapée après un accident de voiture Polly sont au centre du drame. Hilda était la maîtresse de Neil, après avoir eu une aventure avec le jeune et écervelé Ralph qu’elle veut convaincre d’épouser. Francis Harvey, un expert en antiquités, malheureux en ménage, complice occasionnel de Neil Innes, n’est pas non plus un personnage reluisant.

Le personnage du demeuré, le fils de Jane Rule, Clifford, est assez inutile. Il traîne sa silhouette dégingandée tout au long de l’épisode. Mais il n’a pas de véritable importance dans l’intrigue. Wycliffe après l’affaire de la femme congelée se concentre sur la disparition d’Hilda, et son meurtre (on la retrouve sur un chantier) change le sens de l’enquête.

On a parfois un peu de mal à s’y retrouver dans ces histoires de famille. Wycliffe pense que la tableau de Pissaro est la cause du meurtre d’Hilda qui avait écrit à un musée pour le faire expertiser. Mais les tréfonds de l’âme humaine dépassent parfois les questions matérielles. Pour trouver l’assassin, parmi la multitude de coupables potentiels, il va devoir faire fonctionner ses neurones. Finalement, le titre est très bien trouvé, une vraie toile d’araignée. En menant ses interrogatoires de façon méthodique, Wycliffe reconstitue les pièces du puzzle. Et découvre la vérité.

Jack Shepherd s’affirme comme un comédien exceptionnel. A la manière d’un Peter Falk dans « Columbo », il a parfois l’air besogneux et laborieux mais son côté Jack Lord Mc Garrett l’impose. Bien que toujours aussi froide, Helen Master en Lucy Lane fait aussi un sans faute. Jimmy Yuill ne dispose pas cette-fois de scènes qui lui permettent de faire mouche ou d’étoffer son personnage de Doug Kersey sur lequel l’épisode ne nous apprend rien de plus. La fin est bouleversante, le drame humain triomphant de l’énigme policière.

Anecdotes :

  • Lors de l’enterrement d’Elinor Clemo, nous apprenons que nous sommes en 1994.

  • Nous voyons au début une photo des enfants de Charles Wycliffe. A une question d’un suspect, il répond qu’il a un fils de 16 ans et une fille de 14.

  • Dans cet épisode, Wycliffe a un affrontement au téléphone avec sa hiérarchie à laquelle il demande des moyens en homme et en matériel.

  • Stephanie Buttle ne tourne plus depuis 2002 après une trop courte carrière. Elle est surtout connue pour son rôle au cinéma dans « Un divan à New York ».

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5. LE DERNIER SACRIFICE
(THE LAST RITES)

Scénario : Rob Heyland. Réalisation : A. J. Quinn.

Résumé :

On découvre la femme de ménage de l’église d’un village, un certaine Jessica Dobell, tuée à coups de marteau. Arrivé sur les lieux, Wycliffe est effaré de voir qu’il a affaire à une population de catholiques intégristes. Les suspects ne manquent pas.

Critique :

Cet épisode nous en apprend beaucoup sur la psychologie de Charles Wycliffe. Il se montre plus homme que policier dans cette enquête, se mettant en colère, chose rare chez lui. Dès le début, il se fait une idée sur le crime. Etudiant des passages de la Bible, il est consterné de voir que certains peuvent appeler au meurtre. « Brises leurs dents au seigneur dans leurs bouches, abats les impies et les licencieux ! ». « Le vertueux se réjouira à l’heure de la vengeance, il se lavera les pieds dans le sang des impies ». Lors d’un échange verbal avec l’un des nombreux suspects, la victime étant de mœurs légères, il établit que le mobile du crime est religieux. Cartésien, le superintendant est pressé d’en finir avec cette enquête et l’on sent qu’il étouffe véritablement dans ce village où la seule distraction est l’église !

Pas d’action mais beaucoup d’interrogatoires dans l’épisode. En 2015, cet opus sur l’intégrisme religieux a gardé toute son actualité et fait froid dans le dos. Bien entendu, on ne dira pas qui est le coupable, mais il a simplement agi pour des mobiles religieux. Dans ce village, il n’y a guère que le propriétaire du pub qui semble affable. Les autres sont soit soumis, soit fanatiques. Mais il finira par éprouver de la sympathie pour un « pêcheur », l’amant de la victime qu’il considère comme ayant de la générosité d’esprit, de la bonté. « C’est un homme bien » hurle-t-il.

Jack Shepherd incarne à merveille le policier sortant de ses gonds. Wycliffe va dans ce dossier bien au-delà de son métier, émettant des opinions personnelles. Il fait non seulement le procès du coupable, mais aussi de certains passages de la Bible. Il est humain, tout simplement. Tellement énervé, il couche la première nuit dans sa chambre d’hôtel tout habillé (dans une seconde scène, Lucy Lane vient le réveiller en pyjama). Après les aristocrates, les intégristes religieux sont dans sa ligne de mire. Il éprouve un profond dégoût pour celui qui a tué, et lorsqu’il le met en état d’arrestation, on le sent libéré.

C’est un épisode sous haute tension, pas spectaculaire mais profondément dense. Même si ce film est excellent, on déconseillera de commencer par cet opus non représentatif de la richesse de la série. L’interprétation domine, au détriment de l’action policière. La suite de la série nous montrera d’autres aspects plus attendus et distrayants de l’univers de « Wycliffe ».

Anecdotes :

  • Le médecin légiste, le docteur Franks, apparaît dans 30 épisodes de la série dont tous ceux de la saison 1. Il est interprété par Tim Wylton (1940-). On l’a vu dans « La légende des Strauss » (1972) avec Jane Seymour, « Thriller », « Regan » avec John Thaw, « Bergerac », « Hercule Poirot », « Inspecteur Frost », « Cadfael », « Bugs » de Brian Clemens, « Absolutely fabulous » et « Inspecteur Barnaby ».  Il a arrêté sa carrière en 2010. Franks fait donc partie intégrante de l’équipe d’enquêteurs de la série.

  • Pour la première fois dans la série, on voit Wycliffe se fâcher contre des témoins. Mais aussi contre Lucy. « Lucy, je voudrais que tous les policiers aillent se mettre au lit, c’est une enquête pour meurtre, pas une réception de mariage ».

  • Le révérend Jordan assume des penchants homosexuels. Ce qui est surprenant dans un village aussi intolérant.

  • Wycliffe s’énerve contre les « chrétiens fanatiques ». Deuxième manifestation de sa part contre la religion après « La mort d’un flûtiste ». A l’intérieur de l’église, il dira à Lucy « J’ai besoin d’air ».

  • Wycliffe déteste les phobies irrationnelles et  les chauves-souris.

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6. LE BATEAU VERT
(THE PEA-GREEN BOAT)

Scénario : Steve Trafford. Réalisation : A. J. Quinn.

Résumé :

Dans un port de pêche non loin de Truro, le bateau d’Harry Tremaine explose. Grâce aux hélicoptères de la Royal Navy, on retrouve son corps. Le suspects sont légion : son épouse, Greaves l’associé du mort amant de la veuve, Freddy le fils de la victime, David Jones un employé de garage automobile fils naturel du défunt, et enfin un promoteur immobilier aux méthodes musclées auquel résistait Tremaine.

Critique :

Les producteurs, conscient que la série ne pourra perdurer sur le schéma de départ, décident de mettre de l’action et des moyens pour épater le téléspectateur. Cet épisode final de la première saison  va donc nous en mettre plein la vue : poursuites en voitures, balades en hors bord, intervention des hélicoptères de la Royal Navy, décors naturels enchanteurs.

L’important est que la série ne perde pas son âme et c’est le cas. Sans tomber dans les invraisemblances de James Bond, « Wycliffe » reprend désormais, parfois un peu au détriment du réalisme, les clés des productions populaires.

« Le bateau vert » nous propose le coupable idéal : le fils, Freddy, propriétaire d’un garage, joueur et ayant des dettes, aimant les femmes, les belles automobiles et la vie de luxe, et qui a tout intérêt à hériter. Wycliffe le fait arrêter. Alexandre Greaves, l’amant de la veuve, associé, voulait vendre le port (Tremaine était propriétaire de quasiment tout l’endroit) à un personnage louche et dangereux : Daniel Forbes, toujours escorté d’un gorille : George Garner.

Avec le personnage de Forbes, entouré de jolies filles en bikini, cynique, milliardaire, on quitte un peu l’univers de « Wycliffe » et l’homme n’aurait pas détonné dans « Banacek » ou « James Bond ».

Mais les suspects sont tellement nombreux que Wycliffe a du mal à se contenter de l’arrestation de Freddy, surtout lorsqu’il découvre que l’employé du garage de ce rejeton gâté, David Jones, est le fils naturel d’Harry Tremaine. Il va donc se démener pour trouver la vérité, Forbes et son menaçant Garner étant le danger le plus sensible aux yeux du téléspectateur. L’intelligence du scénariste et des producteurs est de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, la solution étant peut-être sous nos yeux dès le début et pour des motifs bien plus humains et personnels que les colossales  fortunes qui sont en jeu.

Terriblement malin, dirons-nous presque « diaboliquement », le superintendant Charles Wycliffe fait mine de ne rien voir mais suit jusqu’au bout ses intuitions qui vont le mener au meurtrier.

Episode à couper le souffle, ne laissant pas une minute de répit au spectateur, mais conservant le charme des cinq premiers opus, « Le bateau vert », sans conteste le meilleur numéro depuis le pilote, permet de terminer en beauté une saison 1 qui avait tous les atouts pour être ainsi renouvelée.

Jack Shepherd reste à sa place de superintendant sans jamais se prendre pour un héros qui échappe miraculeusement aux balles. On ne le trouve pas très adroit pour poursuivre l’assassin (son Audi 80 break 20e finit vite sur le bord de la route) mais qu’à cela ne tienne : il monte dans la voiture conduite par Lucy. La scène finale au bord des falaises est époustouflante et nous en donne pour notre argent. L’univers de « Wycliffe » nous permet de passer de l’austère village et de l’église de « Le dernier sacrifice » à ce « bateau vert » qui cette-fois nous sort des influences de Simenon et conclut la première saison en grandes pompes.

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Anecdotes :

  • Ann Stallybrass (1938-) est connue des anciens téléspectateurs français pour avoir été la vedette de la série « La grande aventure de James Onedin » que l’ORTF programma en 1973. La même année, nos compatriotes la virent dans « Les six femmes d’Henry VIII ». Elle revint sur les petits écrans français l’année suivante en tenant le premier rôle féminin de « La légende des Strauss ». Elle incarne dans cet épisode Mrs Tremaine.

  • Lucy Lane a envie d’être mutée à Londres.

  • Doug Kersey travaille depuis dix huit ans dans la police.

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