saison 4 saison 6

Hercule Poirot

Saison 13

 

  
 
 

1. UNE MÉMOIRE D'ÉLÉPHANT
(ELEPHANTS CAN REMEMBER)

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La déplaisante Mme Burton-Cox sollicite Ariadne Oliver pour que celle-ci tire au clair une sombre affaire. Les parents de la fiancée du fils de Burton-Cox ont jadis pratiqué un suicide collectif. Ariadne demande de l’aide à Poirot, mais celui-ci est déjà pris par une autre énigme, le meurtre d’un psychiatre réputé. Ariadne mène l’enquête auprès des témoins du drame de jadis, mais Poirot va s’apercevoir que les deux affaires sont liées.

Si l’adaptation du livre s’effectue fort intelligemment, l’intrigue demeure curieusement alambiquée, s’appuyant sur nombre de coïncidences mais aussi d’indices évidents (perruques, chien, le 17 mars), indiquant clairement la voie. Pour peu que l’on connaisse certaines affections d’écriture d’Agatha Christie (le poids du passé sur le présent), on peut finalement assez vite conclure le puzzle. Mais l’argument principal du récit réside moins dans son sujet que dans l’organisation fort divertissante de sa narration. En effet les auteurs jouent pleinement la carte du duo antinomique d’enquêteurs formés par l’excentrique et bohême Ariadne Oliver  et un hercule Poirot aussi policé et cérébral qu’à l’accoutumée. Chacune de leurs confrontations s’avère un régal, tandis que l’on prend plaisir à deviner quand leurs recherches vont converger.

L’opus s’appuie également sur une jolie mise en atmosphère, à partir de lieux emblématiques savamment photographiés et mis en musique (asile psychiatrique sinistre, manoir, falaise, Paris…). Il en va pareillement pour le propre Whitehaven Mansions, dont l’importance retrouvée annonce la teneur nostalgique de cette ultime saison et les retrouvailles à venir. Comme toujours la reconstitution d’époque se montre admirable. L‘épisode repose également sur ces jeunes actrices affectionnées par la série, même si ces dernières ne parviennent pas à prendre le pas sur une Zoë Wanamaker toujours aussi dynamique, ni sur cette guest de haut niveau que compose Greta Scacchi, rendant Mrs Burton-Cox idéalement détestable. Moins fournie, la partie masculine nous vaut une belle surprise, avec un Iain Glen campant un psychiatre libidineux et s’apprêtant à devenir  le Ser Jonah Mormont de Games of Thrones. Le spectateur français aura la tristesse de constater le départ de Roger Carel, toutefois remplacé par l’impeccable Philippe Ariotti.

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2. LES QUATRE
(THE BIG FOUR)

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Les Quatre Grands seraient les maîtres secrets d’une conspiration visant à s’emparer du pouvoir à travers le monde entier, tout en demeurant dissimulée. Plusieurs sinistres exploits éveillent l’attention d’un journaliste et d’Hercule Poirot, dont le machiavélique assassinat d’un grand maître d’Echecs. Afin de mener son combat, le Belge simule sa mort, mais il compte aussi sur l’aide de ses amis de jadis, retrouvés après une longue absence.

Evidemment les amateurs les plus fervents d’Agatha Christie se sentiront trahis par l’impressionnant tour de passe-passe scénaristique opéré par Mark Gatiss, bouleversant totalement l’optique du récit et sa conclusion. Mais il nous faut admettre qu’aves ses péripéties grandiloquentes et hors d’âge, son premier degré total et son Poirot tout à fait en dehors de son emploi, le texte particulièrement composite que constitue The Big Four apparaissait effectivement inadaptable en l’état. Avec son enthousiasme et son audace habituels, Gatiss se livre à une réécriture éclairée, visant à conserver le caractère sensationnaliste de l’ouvrage, tout en le transformant en Whodunit classique. A cette fin, il se base astucieusement sur le tueur invincible au service de la conspiration et adversaire fort propice de Poirot. Le téléfilm peut ainsi ^prendre place dans la série, tout en s’avérant très prenant. On regrettera toutefois que Gatiss se soit laissé trop entrainer lors du final, avec un abus de mélodrame et de théâtralisation.

La reconstitution d’époque et la mise en scène, plus dynamique qu’à l’ordinaire, tirent un excellent parti de superbes localisations, telles Syon House, pour le tournoi d’Echecs, la résidence londonienne du Duc de Northumberland. On applaudira également une musique particulièrement évocatrice. Mais l’opus brille avant tout par la joie d’enfin retrouver les membres de la Bande à Poirot (les vrais Quatre Grands !). Hugh Fraser, Philip Jackson et Philip Jackson apparaissent en grande forme, les retrouvailles nous valent une indéniable émotion. Si on prend évidemment un plaisir particulier à découvrir Japp et Poirot mener l’enquête de concert comme aux jours jadis, on regrettera toutefois les parties congrues réservée à Hastings et Miss Lemon, qui n’aura pas, elle, l’occasion de se rattraper dans Curtain. C’est d’autant plus dommage que le rôle du journaliste occupe un espace conséquent, pour un apport bien moindre. Le reste de la distribution se montre également de qualité, comme si souvent au cours de cette série.

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3. POIROT JOUE LE JEU
(DEAD MAN'S FOLLY)

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Miss Ariadne Oliver écrit le scénario d’une Murder Party devant se dérouler durant une grande fête de charité, au manoir de Sir Stubb. Sur place, l’ambiance lui semble très tendue, jusqu’à ressentir une atmosphère diffuse de meurtre. Elle fait appel à son grand ami Hercule Poirot, qui accoure depuis Londres. Mais la jeune fille devant jouer le rôle de la victime est retrouvée réellement assassinée le jour de la fête, tandis que l’épouse de Sir Stubb disparaît.

Dead Man's Folly restera avant tout associé à un lieu, Greenway, résidence familiale d’Agatha Christie, dans le Devon, où elle conçut nombre de ses œuvres. Ce choix s’avère absolument judicieux, parce que Greenway inspira effectivement Nasse House, le cadre du roman. Mais aussi par ce qu’il véhicule toute une émotion supplémentaire à ce qui demeurera l’ultime tournage de la série, Suchet ayant préféré conclure par un triomphe du Belge, plutôt que par son décès. C’est à juste titre que Poirot s’exclame qu’il s’agit du plus bel endroit qu’il ait jamais découvert en Angleterre, tant la nature environnante, nautique ou forestière, se révèle sublime, de même que les jardins et bâtiments. L’atmosphère et les agréments de la garden party relèvent encore ce radieux paradis, que l’on prend un vif plaisir à parcourir tout au long du récit. La mise en scène et la photographie savent également rendre l’ensemble inquiétant la nuit venue, une saisissante évolution.

En ce haut lieu, les auteurs optent pur une grande fidélité à l’ouvrage originel, d’autant plus aisément que ce puzzle complexe, mais où tout s’emboite finalement à merveille, n’éprouve nulle nécessité de changement. Comme si souvent, les acteurs se voient choisis avec un grand sens du casting, convenant toujours idéalement aux personnages. On apprécie en particulier la prestation de Sinéad Cusack en Amy Folliat, formant un impeccable duo avec un Suchet toujours aussi parfait. Les différents indices disséminés permettent au spectateur de se forger pleinement son opinion, jusqu’à une traditionnelle séquence de révélation, à la fois sobre et émouvante. Bien entendu la reconstitution d’époque se montre remarquable. Si, pour son ultime apparition, Miss Ariadne Oliver demeure aux marges du récit principal, elle ne dispose pas moins de scènes succulentes,  mettant en valeur sa revigorante excentricité et sa complicité avec Poirot. Zoe Wanamaker aura bien apporté immensément à la série. 

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4. LES TRAVAUX D'HERCULE
(THE LABORS OF HERCULE)

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Poirot et la police tendent un piège au mystérieux Marrascaud, voleur de tableaux et assassin défrayant la chronique. Mais le bandit s’échappe après avoir tué une jeune femme. Poirot sombre dans la dépression. Attendri, il accepte toutefois de retrouver l’amour disparu d’un humble chauffeur. La piste le conduit jusqu’à un palace situé dans les Alpes suisses. Poirot s’aperçoit que Marrascaud est sur place, mais aussi la Comtesse Vera Rossakoff !

L’épisode comporte la particularité de synthétiser non pas un roman, mais  tout un agrégat de nouvelles. Pour assurer une indispensable unité d’action, les auteurs ont la judicieuse idée de transformer les différents protagonistes en clients de l’hôtel où se rend Poirot. Evidemment cela suppose de croire que l’ensemble d’une clientèle soit à des titres divers relié à des affaires criminelles, ce qui paraît pour le moins étonnant ! Mais après tout, nombre des textes d’Agatha Christie s’appuie sur une théâtralisation certaine, davantage ludique que véridique.  De plus, cet aspect irréel se prolonge, finissant par apporter une agréable spécificité à l’opus. Il en va ainsi, de la musique, du décorum, un sublime château quasi aérien (en fait Halton House, dans le Buckinghamshire, mais aussi, malheureusement, un léger abus d’images informatiques.

Les diverses références à la mythologie grecque et les profils psychologiques (Poirot quasi dépressif, esprit criminel avoisinant le serial killer) continuent à insuffler cette atmosphère parfois à la lisière du rêve, ou du cauchemar, éveillé. Du fait de sa nature composite, le récit ne parvient pas tout à fait à pallier à un préjudiciable éclatement et on y trouve sans doute trop de personnages pour que ceux-ci soient correctement développés. Mais l’épisode connaît de grands moments, comme un final intense et  les retrouvailles, après tant d’années, entre Poirot et sa chère Comtesse Vera Rossakoff. Orla Brady (la Tasha Lem de Doctor Who) se montre admirable de classe et de présence, son duo avec Suchet fonctionne idéalement. Le reste de la distribution se montre plus inégal, n’évitant pas toujours le piège du démonstratif. Mais l’œil trouve sa part avec des décors somptueux, tout au long de cet épisode particulier et plaisant.

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5. HERCULE POIROT QUITTE LA SCÈNE
(CURTAIN : HERCULE POIROT'S LAST CASE)

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Un Poirot invalide et au soir de sa vie invite Hastings à le retrouver à Styles Court, trente ans après que leur première enquête s’y soit déroulée. Diminué physiquement, le Belge a conservé intactes toutes ses petites cellules grises. Il compte sur l’aide de son loyal ami pour l’aider à mener à bien un ultime combat : démasquer un assassin particulièrement insaisissable. Récemment veuf, Hastings arrive accompagné de sa fille, Judith.

L’émotion la plus forte affleure à chaque instant de ce bouleversant champ du cygne que constitue Curtain. En premier lieu elle est bien entendue suscitée par le propre David Suchet, qui sait admirablement communiquer le déchirement qu’il ressent lui-même lors de ces adieux à un ami de longue date : rien de moins qu’un quart de siècle ! Amaigri (il a perdu 16 kg pour l’occasion) et nanti de prothèses correspondant à l’arthrose des mains de Poirot, l’acteur  brille particulièrement dans un Poirot sentant venir le soir de sa vie et prêt à mener le plus douloureux de ses combats.  Le méta récit devient total lors de l’ultime scène d’explications de la série, un bouleversant entretien post mortem où Poirot interpelle directement le spectateur et où le regard de Suchet perce le quatrième mur. L’opus permet de retrouver réellement Hastings, après le trop fugace aperçu de The Big Four. Toujours parfait, Fraser retrouve comme si c’était hier les intonations du loyal compagnon d’aventures du Belge.

Le récit rend pleinement justice, tant à ses qualités humaines qu’à la force indéfectible de son amitié avec Poirot, qui fut aussi un irremplaçable mentor. Particulièrement sombre et venimeux, le récit peut s’appuyer une mise en scène à l’unisson, crépusculaire à souhait. L’ultime adversaire de Poirot se montre à la hauteur, par son génie maléfique, mais aussi par l’image à la fois proche et inversée qu’il apporte à Poirot : prédilection pour l’approche psychologique, mais aussi pour le meurtre, évidement ici totalement dévoyée. Les oppositions d’alter egos opposés produisent souvent de grandes histoires, l’opus n’y fait pas exception. Leur face à face final apporte une intensité supplémentaire à ce qui ne constitue certainement pas un départ en fanfare du détective, cette facilité étant heureusement refusée. Merci à Suchet pour cette grande série : oui, ce furent des jours heureux !

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Images capturées par Estuaire44.

 

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