saison 10 saison 12

Hercule Poirot

Saison 11

 

  
 
 

1. MME MCGINTY EST MORTE 
 (MRS MCGINTY'S DEAD)

Cinq petits cochons


  

James Bentley est condamné à la pendaison pour le meurtre de sa logeuse, Abigail McGinty. Tout semble l’accuser, mais le policier ayant dirigé l’enquête sent que quelque chose est resté dissimulé. Il demande à Hercule Poirot d’intervenir. Le Belge s’installe dans le village où le drame a eu lieu et s’aperçoit que son amie Miss Ariadne Oliver est également sur place. Deux vieilles photographies vont mettre le détective sur la voie de la vérité.

Après une saison 10 marquée par des errements prononcés et souvent guère judicieux vis à vis des romans d’Agatha Christie, Mrs Ginty’s Dead marque le retour à une vraie fidélité. L’intrigue apparaît en effet quasi inaltérée, hormis quelques inévitables coupes. La conspiration ourdie se montre dès lors ingénieusement complexe, tournant autour de l’élément des plus ludiques constitué par le mystère des deux photographies, jusqu’à un dénouement réellement surprenant. Les motivations des personnages ne sortent pas des sentiers battus mais la situation se montre suffisamment originale pour maintenir l’intérêt. C’est d’autant plus vrai qu’elle se voit relayée par quelques péripéties marquantes, dont la révélation à sensation des photographies, orchestrée par Poirot, ainsi que la tentative directe de meurtre visant ce dernier, un événement des plus rares. Au-delà d’une reconstitution d’époque comme toujours particulièrement soignée, la mise en scène se montre élégante et inventive, portée également par un montage plus nerveux qu’à l’accoutumée et par une superbe photographie. Elle parvient aussi à susciter une ambiance de menace, latente mais bien présente.

Le récit demeure l’occasion d’une vue en coupe très aboutie de la province anglaise, entre petits villages immuables et entichement pour l’Art Déco des plus aisés. Cet heureux mélange se retrouve dans la tonalité de la narration. Sur une idée initiale proche de celle de Sad Cypress, on assiste cette fois à un retour en force de l’humour, venant contrebalancer la tonalité toujours très grave caractérisant cette période de la série. Plusieurs personnages secondaires se montrent ainsi amusants (inénarrable logeuse de Poirot), mais l’apport d’Ariadne Oliver résulte déterminant, avec son franc parler pittoresque, ses fantaisies et son opiniâtreté à défendre le détective finlandais héros de ses romans, qui l’embarrasse pourtant fort. Un joli clin d’œil à la propre Agatha Christie, volontiers auto-parodique dans ses ouvrages grâce à cet épatant alter-ego. La distribution, de qualité même si moins marquante qu’à l’ordinaire, demeure dominée par un Suchet toujours aussi enthousiasmant.

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2. LE CHAT ET LES PIGEONS 
(CAT AMONG THE PIGEONS)

Je ne suis pas coupable


Quand une révolution éclate dans son pays, le Ramat, la Princesse Shaista est mise à l’abri à Meadowbank, une digne école anglaise pour jeunes filles. Hercule Poirot est invité par la directrice, Miss Bulstrode, afin de prononcer le discours inaugural de l’année scolaire. Or deux enseignantes sont assassinées coup sur coup, tandis que la Princessedisparait. Le scandale menace d’emporter l’établissement, mais Poirot intervient.

Cette visite d’une institution scolaire britannique et de son cérémonial de début d’année revêtira un agréable aspect de déjà-vu pour les amateurs d’Harry Potter. On y retrouve la même saveur, à la fois digne et intemporelle, qu’à Poudlard, tandis qu’il est impossible de ne pas songer à Minerva McGonagall face à l’épatante Miss Bulstrode (impeccable Harriet Walter), une  belle rencontre pour cet Auror redoutable que constitue Poirot. A côté du petit monde des Professeurs, une élève intelligente et décidée participe également à l’action de son côté, comme il se doit. Une réminiscence parachevée par la présence de Katie Leung par les jeunes filles, la Cho Chang des films. La réalisation, toujours aussi soignée et élégante, bénéficie également d’une nouvelle sublime résidence britannique, digne alter ego de Poudlard. Joyce Grove Mansion (1908) représente un remarquable exemple de l’architecture jacobéenne. Il a servi de décor à de nombreuses productions, y compris autour de Ian Fleming, dont elle fut longtemps la propriété familiale et où il a passé son enfance.

L’épisode marque également l’entrée de Mark Gatiss parmi les auteurs de la série.  Cette plume importante de Sherlock et de Doctor Who met son énergie créatrice au service de ce qui demeure une intrigue d’Agatha Christie moins passionnément complexe qu’à l’ordinaire, avec un huis-clos davantage relativisé. Tout en respectant l’essence du roman, il n’hésite pas à en accentuer l’humour et l’aspect de récit d’aventures, allant jusqu’à inclure une scène de fusillade ou un meurtre au javelot. Gatiss sait également développer les très nombreux personnages de l’histoire. De fait l’opus s’apprécie avant tout pour son atmosphère et ses péripéties, davantage que pour les rouages de son scénario, moins ambitieux que celui de Mrs McGinty's Dead. Tandis que Suchet continue à démontrer qu’il peut parfaitement tenir la série, même dépourvu de ses complices de naguère, la distribution s’embellit de ces jeunes et talentueuses actrices tant appréciées par la série. On y reconnaît d’ailleurs nombre de visages découverts dans d’autres productions. On apprécie en particulier l’accent français joyeusement caricatural de Mademoiselle Blanche, incarnée par Miranda Raison, l’Yseult du Merlin de la BBC.

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3. LA TROISIEME FILLE 
(THIRD GIRL)

Mort sur le nil


La jeune Norma Restarik déclare à Hercule Poirot qu’elle a sans doute tué quelqu’un. Avec deux colocataires, elle  est une voisine d’Ariadne Oliver, qui lui a conseillé d’aller raconter son étonnante histoire au détective. Marquée par la mort brutale de sa mère, Norma a un esprit confus et est persuadée d’avoir tué son ancienne nounou, sans s’en souvenir. Poirot va révéler la vérité sur une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord.

Le roman originel fait certes l’objet d’une considérable réécriture, mais à bon escient. Cet ouvrage relativement mineur d’Agatha Christie se voit ainsi expurgé d’une certaine accumulation de coïncidences, qui aurait été préjudiciable au scénario. Par ailleurs, la transposition systématique des intrigues au sein des années 30 porte ici tous ses fruits, tant les années 60 ne convenaient guère à Poirot. On peut par contre regretter l’excès de révélations en dernière partie du récit, y compris des élucidations menés par Poirot et non révélées avant la scène finale. Mais cet élément demeure mineur, car le véritable atout de l’opus ne réside par des les ressorts de l’intrigue proprement dits. Au contraire, on retrouvera ici des allures de récit hitchcockien (tendance Pas de printemps pour Marnie), avec un suspense psychologique autour des traumas passés de Norma. Cela vous valant des plongées marquantes dans le passé, dont la scène du bain, un moment purement horrifique, ainsi qu’une bouleversante rencontre avec un Poirot salvateur et compassionnel (David Suchet toujours exceptionnel).

Jemima Rooper soutient parfaitement cet axe majeur de l’épisode, apportant crédibilité et émotion à Norma, jusqu’à son rayonnant sourire final. Les auteurs savent contrebalancer ce qui aurait pu devenir trop mélodramatique par l’énergie et l’humour de l’irremplaçable Ariadne Oliver. Celle-ci prend judicieusement une part plus importante qu’à l’accoutumée dans la résolution de l’énigme, devenant à part entière une partenaire contre le crime pour un Poirot parfois pris à rebrousse-poil de manière hilarante. Comme toujours Zoë Wanamaker campe toujours avec tonus et conviction ce grand atout des épisodes tardifs de la série. Le reste de la distribution résulte irréprochable, les amateurs des Avengers goûtant particulièrement la présence d’un Peter Bowles toujours gaillard dans le rôle de Sir Roderick. La production maintient toujours ses standards élevés de qualité, avec une magnifique reconstitution d’époque, costumes et véhicules. Comme c’est souvent devenu le cas depuis le passage au format téléfilm, une grande demeure se voit mise en vedette, avec ici Wrotham Park (1754), super exemple du Palladianisme, situé dans l’Hertfordshire.

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4. RENDEZ-VOUS AVEC LA MORT 
(APPOINTMENT WITH DEATH)

Le vallon


En Syrie, Poirot visite l’expédition archéologique dirigée par Lord Boynton. Les travaux, financés par la richissime épouse de ce dernier, visent à découvrir la dépouille de St Jean le Baptiste. Les trois enfants adoptifs de Lady Boynton sont également présents, subissant le caractère particulièrement odieux de la dame. Quand celle-ci est soudainement poignardée. Poirot doit mener à une enquête difficile, face à de nombreux suspects.

Après trois opus fidèles aux ouvrages de la Duchesse de la Mort, ou bien finement adaptés, cette saison s'achève malheureusement en retombant dans l’ornière d’excès en tous genres. Changement de localisation (de Pétra à la Syrie), de noms et de motivations des personnages, y compris pour le ou la coupable, ajout de rôles s’avérant en définitive peu porteurs (la nonne caricaturale) ou importance accrue d’autres figures (Lord Boynton), jusqu’à bouleverser totalement l’optique de la narration : le roman d’Agatha Christie devient ici totalement méconnaissable, sans que cela signifie le moins du monde une amélioration. De fait, l’essentiel des changements apportés vise au sensationnel, jusqu’à un final outré jusqu’au ridicule (complexité du meurtre, accumulation des morts). La dimension religieuse de la personnalité de Poirot s’affirme, ce qui semble devoir davantage au parcours personnel de Suchet qu’à la vision de l’écrivaine. Il en va pareillement pour l’insertion de St-Jean le Baptiste.

Appointment With Death retrouve également les travers de Murder in Mesopotamia, voyant une mise en place déjà lente être encore lestée par l’insertion de panoramas certes superbes, mais dont la surabondance finit par tourner à la carte postale. Que la mise en scène désire rentabiliser une onéreuse délocalisation au Maroc se comprend, mais cela s’effectue ici de manière très statique. La beauté de l’environnement, sites naturels ou sublime hôtel, s’accompagne néanmoins joliment d’une musique parfaitement adaptée. La distribution demeure une valeur forte de la série, avec un Suchet toujours aussi pénétré par son rôle, mais aussi quelques surprenants invités. Tim Curry cabotine jusqu’à plus soif, sortant totalement du cadre des personnages d’Agatha Christie, ce qui renforce l’impact de l’irruption de Lord Boynton au sein du récit. On applaudit toute de même la performance, l’abatage du protagoniste du Rocky Horror Show demeurant intact. On apprécie également la savoureuse prestation de Mark Gatiss, cette fois dans son costume de comédien, et derechef la présence de talentueuses actrices.

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Images capturées par Estuaire44.

 

L'Entraide