saison 9 saison 11

Hercule Poirot

Saison 10

 

  
 
 

1. LE TRAIN BLEU
(THE MYSTERY OF THE BLUE TRAIN)

Cinq petits cochons


 

Hercule Poirot rencontre  l’industriel américain Rufus Van Alden et sa fille Ruth ,lors d’un voyage par le Train Bleu (ligne Calais-Nice). Or Ruth est assassinée peu de temps avant l’arrivée, son rubis étant dérobé. Ruth était en instance de divorce, or son amant et son mari se trouvaient dans le train. Mais la jeune fille avait échangé son compartiment avec celui de la sympathique et fortunée Katherine Grey, pour laquelle Poirot se prend d’affection.

The Mystery of the Blue Train s’appuie sur un merveilleux travail de production. Localiser la tournage sur la Riviera française, Nice et Menton, introduit toute une atmosphère, parfaitement relayée par le soin extrême porté à la reconstitution d’époque. La mise en scène nous régale de somptueux panoramas de la Côte d’Azur, tandis que l’on retrouve tout un art de vivre, que le spectateur de 2014 aura récemment découvert dans le récent très beau film de Woody Allen, Magic on the Moonlight. La bande son participe avec goût à l’entreprise, avec différents airs emblématique des 30’s, dont le si jazzy Indigo Moon de Duke Ellington. Au-delà de la belle évocation de la légende du Train Bleu (qui va officiellement s‘achever en 2007), l’opus propose un bel éclairage de l’attraction traditionnellement exercée par la Côte d’Azur sur la haute société britannique, pour sa beauté, sa douceur et la plus grande liberté de mœurs autorisée que dans la très corsetée Angleterre. Une magnifique distribution vient encore embellir le spectacle, avec derechef ces superbes et talentueuses actrices que la série se plait à accueillir.

 

Malheureusement le scénario du jour ne se montre pas à la hauteur, assez logiquement à propos d’un roman envers lequel la propre Agatha Christie n’aura jamais manifesté d’estime.  Afin, sans doute, de dynamiser un récit plus éclaté qu’à l’ordinaire, l’intrigue centralise les personnages au sein du Train Bleu et de la Villa, même quand ceux-ci n’y ont jamais mis les pieds, un exercice se révélant tout à fait gratuit in fine. Quelques éléments inutilement mélodramatiques se voient également ajoutés, concernant notamment la destinée ultime de l’esprit criminel, avec en sus l’une de ces poursuites finales inutiles auxquelles la série a parfois recours. Le déplacement de l’action dans les années 30 se montre par contre judicieux. L’essentiel des menées de Poirot et des éléments découverts concerne des fausses pistes et des faits secondaires. On passe trop directement du crime à la traditionnelle scène de révélation, sans que la réflexion du spectateur ait été suffisamment nourrie. Surtout Katherine aurait constitué une parfaite partenaire contre le crime pour Poirot, la convergence complice observée en première partie d’épisode ne conduisant toutefois pas à une enquête menée en commun, ce qui s’avère frustrant.

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2. CARTES SUR TABLE
(CARDS ON THE TABLE)

Je ne suis pas coupable


L’intrigant et richissime M. Shaitana convie huit personnes à un dîner très particulier. Quatre d’entre eux sont des enquêteurs de haute volée, dont le propre Hercule Poirot, mais aussi l’écrivaine Miss Ariadne Oliver, les quatre autres sont de potentiels assassins. Shaitana est tué au cours de la soirée. Poirot va tâcher de déterminer qui est le coupable, en compagnie de ses trois acolytes. Mais peut-être l’un d’entre eux a-t-il aussi quelque chose à cacher ?

L’opus commence par pleinement convaincre lors de la restitution de la soirée fatidique, élément d’autant plus crucial qu’il détermine une bonne part de la spécificité du récit. L’appartement de Shaitana se voit recréé avec faste et talent, tandis que l’excellent Alexander Siddig apporte présence et magnétisme à l’hôte des lieux. Comme si souvent, la distribution s’avère de qualité, autour d’un Suchet toujours impeccable. Les scénaristes  ont la bonne idée de conserver les éléments les plus ludiques du roman originel : les petites questions d’Hercule Poirot et sa subtile lecture psychologique du comptage de points de la partie de Bridge, révélant la psychologie de chacun.

Hélas, la suite des évènements résulte très décevante. Adapter un roman implique d’inévitable modifications et simplifications, mais l’on ne peut réellement modifier sa substance que si cela se justifie par le résultat obtenu. Or ici les auteurs modifient totalement la personnalité et les motivations des personnages, jusqu’à parfois inverser coupable et victime, sans que cela apporte grand chose. Par ailleurs le thème de l’homosexualité figure bien dans le roman d’Agatha Christie, mais uniquement autour de Shaitana, et de manière très diffuse. On peut très bien traiter ce sujet, y compris dans les années 30 anglaises, comme le démontre le superbe et bouleversant Maurice de James Ivory. Mais le situer au cœur des débats et transformer explicitement nombre de personnages sous cette optique reste hors sujet, sans plus-value aucune. De plus le récit accumule d’autres maladresses. Les coéquipiers masculins de Poirot paraissent très lisses et faire suspecter l’un d’entre eux fait perdre de sa spécificité à l’histoire (encore une modification n’apportant rien). Le rythme reste très lent et la traditionnelle scène finale manque de saveur. Poirot se contente d’annoncer « ce n’est pas vous » aux différents suspects !

Le travail de production et la reconstitution d’époque demeurent toutefois de qualité. Par ailleurs on portera au crédit de l’opus l’arrivée de Miss Ariadne Oliver. Elle va devenir une précieuse et irrésistible partenaire contre le crime pour Poirot, avec son caractère pittoresque et son solide bon sens derrière sa fantaisie d’écrivaine. Zoë Wanamaker (la Cassandra de Doctor Who) n’hésite pas à quelque peu surjouer ce personnage cher à Agatha Christie, ce qui correspond enfin à une traduction judicieuse à l’écran. Son humour et son abattage s’avéreront précieux au cours de six épisodes, dans une phase de la série voyant Poirot toujours davantage renoncer aux facéties des premières saisons.

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3. LES INDISCRÉTIONS D'HERCULE POIROT
(AFTER THE FUNERAL)

Mort sur le nil


L’avoué Gilbert Entwhistle sollicite Hercule Poirot à propos d’une étrange affaire. Richard Abernethie a modifié son testament juste avant de mourir brusquement. Il a déshérité son unique bénéficiaire, George, au profit des différents membres de sa famille. De plus, l’une des héritières, Cora, a été retrouvée assassinée, peu de temps après les funérailles de Richard. Poirot va tâcher de déterminer si, oui ou non, ces deux morts sont reliées au testament.

Après deux épisodes en demi-teinte, After The Funeral tombe à point nommé pour remonter le niveau de cette dixième saison. S’ils ne résultent pas toujours indispensables, les quelques changements apportés à l’histoire initiale demeurent cette fois d’une amplitude tout à fait acceptable. La redoutable astuce d’une intrigue parvenant à relier des éléments en apparence absolument disparates reste conservée et parfaitement explicitée par un scénario maîtrisant l’art difficile du dévoilement des évènements. Des indices idéalement dosés se voient semés tout au long de l’intrigue, rendant celle-ci absolument ludique et à la portée d’un spectateur attentif. S’il s’agit d’un Mystery Manor classique, développant des thèmes chers à Agatha Christie (cruauté des rapports sociaux, peinture acide de la haute société, puissance du sentiment amoureux), le récit se caractérise néanmoins par un tempo élevé, du fait de la multiplication des évènements et des rebondissements.

 

L’irréprochable  qualité de la production demeure décidément la marque de fabrique de la série, avec une splendide reconstitution d’époque, véhicules et costumes se disputant la palme de l’élégance. Une mise en scène sachant soigner ses effets sait rendre justice à de superbes extérieurs et à la magnifique résidence de Rotherfield Park, nouvelle impressionnante résidence servant d’écrin aux déductions de Poirot. Les panoramas de ce bâtiment classé remontant à 1815 et de ses jardins apportent une indéniable valeur ajoutée à l’épisode. La réalisation parvient également à passer outre l’habituel piège des maquillages, évidemment  davantage visibles à l’écran qu’au sein de la narration littéraire. Même si l’on peut regretter la part désormais minime consacrée à l’humour, David Suchet se montre toujours aussi suprêmement convaincant dans cette nouvelle acception du Belge, murissant de concert avec son personnage. Comme à l’ordinaire, il s‘entoure d’une distribution  de grande qualité. Les amateurs de Doctor Who reconnaitront avec émotion William Russel (Ian Chesterton, l’un de tous premiers Compagnons), en parfaite incarnation d’un maître d’hôtel emblématique. Monica Dolan s’avère parfaite en Miss Gilchrist, l’opus lui doit immensément.

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4. LE FLUX ET LE REFLUX
(TAKEN AT THE FLOOD)

Le vallon


Une explosion de gaz a tué le riche Gideon Cloade. Soutenue par son frère, la veuve Rosaleen, une jeune actrice, refuse de partager l’héritage avec le reste de la famille. Parmi les lésés, court le bruit selon lequel Rosaleen aurait été bigame, ce qui annulerait son mariage avec Cloade. Ils demandent à Poirot de prouver que son premier mari, disparu jadis dans la jungle, n’est en fait pas mort. Mais le détective va mettre à jour une situation pour le moins étonnante.

Taken at the Flood souffre sans doute de succéder immédiatement à After The Funeral, un autre Mystery Manor dont il partage nombre d’aspects, sans tout à fait atteindre la perfection. La comparaison ne résulte en effet pas à son avantage, à cause d’un rythme plus lent et d’une ambition sociétale moindre, du fait des motivations vénales et personnelles du ou de la coupable. La mise en scène résulte moins imaginative, même si elle s’appuie derechef sur une de ces superbes demeures dont la campagne anglaise a le secret, Englefield House, dans le Berkshire. La beauté et les dimensions du bâtiment l’ont déjà fait figurer dans de nombreuses productions, il fut ainsi le décor principal de la divertissante série Hex (2004-2005). Ce chef-d’œuvre de l’architecture élisabéthaine (1558) apporte toute une dimension supplémentaire à une reconstitution d’époque déjà exquise. Situer l’action dans les années 30 suscite quelques contorsions scénaristiques vis-à-vis de l’œuvre originelle, notamment lors du final. Mais il en va de la cohérence de la série et la superbe esthétique de l’époque incite à l’indulgence.

 

Ce solide opus vaut également par son intrigue savamment complexe et entrecroisée, à la solution sans doute introuvable mais rendant la traditionnelle scène d’explications par Hercule Poirot particulièrement prenante. Comme de coutume, la distribution sait restituer une véracité particulièrement précieuse dans le cadre d’un récit ne reculant devant aucun rebondissement. L’ensemble demeure dominé par un David Suchet toujours aussi impérial et prenant un plaisir manifeste à renouer avec quelques intonations humoristiques, notamment quand Poirot se voit confronté à la cuisine britannique, son cauchemar intime (hormis pour les petits-déjeuners !). A ce propos, la série enregistre ici une précieuse recrue, avec l’entrée en scène de George, le digne et impeccable valet du détective (sous les traits de l’excellent David Yelland). Ses réactions face aux maniaqueries de son patron nous valent plusieurs scènes de comédie finement ciselées, à Whitehaven Mansions.

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Images capturées par Estuaire44.

 

L'Entraide