PrésentationSaison 2

Inspecteur Morse

Saison 1


PRÉSENTATION SAISON 1

La première saison est constituée de trois épisodes, tous adaptés de romans de Colin Dexter. Sombre, dense et poignante, elle est typique des années ’80 dans ses costumes et coiffures, ses décors, ses ambiances, ses réalisations et sa musique. L’image est parfois vieillotte, un peu grise et terne et le rythme assez lent. Les scénarios sont complexes, au moins autant que les romans originels, mais brillamment adaptés. Elle démarre mollement par un premier épisode trop lent, mais ne fait que grimper en qualité pour se conclure avec brio.

Dès le pilote, l’interprétation est sans faille, John Thaw campant aussitôt le fort complexe inspecteur chef Morse, fidèlement assisté par le sémillant et sympathique sergent Lewis. Beaucoup d’acteurs invités dès cette première saison apportent leur talent indéniable à une très belle saison.

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1. MORT À JÉRICHO
(THE DEAD OF JERICHO)

Première diffusion : 6 janvier 1987 (GB) ; ? (FRA)

D’après le roman Mort à Jéricho (1981)

Scénario : Anthony Minghella

Réalisation : Alastair Red

Résumé : Oxford, 1987. L’inspecteur principal Morse fait la connaissance d’Ann Staveley en participant à une chorale. Séduit, il essaie de se rapprocher de cette femme vivant dans le quartier populaire de Jéricho. Ann s’avère secrète et le repousse. Peu après, elle est retrouvée pendue dans sa cuisine. Morse entreprend de mener une enquête officieuse à son sujet, étant suspecté par ses collègues policiers d’être pour quelque chose dans sa mort.

Critique :

Le pilote d’Inspecteur Morse présente d’emblée son personnage principal : au volant de sa fidèle Jaguar rouge, il met à mal un trafic de voitures volées baignant dans une musique des années 80 tandis que des plans de coupe nous présentent une chorale entonnant des chants religieux anciens dans une chapelle universitaire. Si voir Morse aux prises avec de simples voleurs relève de l’anachronisme pour qui connaît bien la série, ce choc entre modernité et la solennité oxfordienne est un excellent procédé d’exposition. Les enquêtes de Morse présenteront fréquemment cette dichotomie par la suite.

Très vite, l’inspecteur Morse se révèle fascinant par son attitude. Nous n’avons pas à faire à un policier ordinaire, comme aiment à lui marteler ses collègues. Durant les vingt premières minutes de l’épisode, c’est à sa vie privée que nous intéressons : son goût prononcé pour les femmes et pour la bière, sa nonchalance apparente et sa maladresse affective. Morse est un homme blessé, nostalgique du passé, qui refuse d’affronter le monde moderne frappant à sa porte. Il se réfugie dans la musique classique au sein de son foyer de vieux célibataire, passe la plupart de ses loisirs à lire et n’a que peu de distractions. Contrairement aux romans, il ne fume pas : volonté de son comédien. Il promène donc une carcasse triste de chien battu dans l’espoir de s’attirer les faveurs d’Ann Staveley et est beaucoup moins sexué que dans les livres. Il ressent rapidement le malaise de cette professeure de piano au passé trouble. Ces longues minutes d’exposition apparaissent de prime abord comme inutiles, pourtant elles sont au cœur de l’intrigue et recèlent nombre d’indications menant au dénouement. C’est la subtilité de l’épisode, construit avec lenteur, trop de lenteurs sans aucun doute, mais si caractéristique de la série. 

L’épisode, en effet, se découvre avec mollesse, faute à un rythme suffisamment soutenu et un montage extrêmement classique. La réalisation, académique, se met au service d’un scénario touffu et complexe, dont il est difficile, à la première vision, de saisir l’ensemble des tenants et aboutissants.  Comme l’énonce la victime elle-même, au fond, « c’est trop compliqué à expliquer ». Voilà qui est dit. C’est sans doute la principale faiblesse de ce pilote : avoir adapté trop scrupuleusement le roman, l’un des moins bons de Dexter. Enfermé dans un carcan inextricable de mensonges, de manipulations, d’usurpation d’identité et de faux semblant, le scénario peine à prendre de l’ampleur. Il faut plus d’une heure avant que Morse n’obtienne la charge officielle de l’enquête – laissant échapper par la même occasion toute chance de devenir surintendant – pour que l’intérêt renaisse. Mais trop de digressions, trop de fausses pistes se mettent en travers de sa route et le spectateur s’y perd. Le mobile du meurtre, en particulier, apparaît comme particulièrement flou, même après plusieurs visionnages. On comprend bien qu’il s’agit d’une histoire de sexe, mais celle-ci se perd au milieu d’une affaire de chantage et d’hypothèses oiseuses.

Il est cependant amusant de voir Morse échafauder les théories les plus rocambolesques – sa thèse «  c’est la faute à Sophocle », pour brillante qu’elle soit, s’écroule comme un château de cartes lorsque Lewis lui indique qu’il s’est lourdement fourvoyé. Ces erreurs rendent Morse très humain, très faillible et donc très attachant. Mais c’est au prix d’un ennui latent qui retarde le dénouement. Celui-ci, rare scène « d’action » de ce Morse offre la seule pointe d’humour d’un l’épisode très noir et désespéré. 

Par ailleurs, Mort à Jéricho, accuse nettement son âge. Typique des années 80, d’allure grise et sombre, le pilote d’Inspecteur Morse a considérablement vieilli. Le grain de l’image n’est pas net, en particulier lors des scènes nocturnes, l’objectif paraissant couvert de poussière par moment. . La lumière du film, pale en journée, est terriblement sombre la nuit. Cela renforce une atmosphère pesante et lugubre, mais également la sensation d’assister à un spectacle d’un autre âge, à la limite de l’engoncé et du pédant. La réalisation est tantôt intéressante, utilisant de longs mouvements circulaires de caméra et tantôt maladroite, en caméra-épaule tressautant La musique enfin : on alterne trois genres, le classique, le rock ’80 et une composition originale des plus inaudibles. Heureusement que le thème du générique est là pour apaiser nos oreilles : mélancolique à souhait, superbement triste, il signale toujours la fin de l’épisode de ses tonalités monocordes.

Mais il y a de bonnes choses dans cet épisode. D’emblée, John Thaw et Kevin Watheley sont dans leurs rôles et leur duo qui se forme durant l’épisode est déjà solide. La complicité des deux comédiens est palpable. Personnages que tout oppose, l’un est un célibataire endurci, érudit, cynique et désabusé ; l’autre est un bon père de famille, flic besogneux et compétent, ils se complètent pourtant à merveille. Leurs échanges sont réellement très bien écrits et c’est un régal que de les voir disserter aussi bien sur une affaire de meurtre que sur Sophocle.

Le reste de la distribution est hors pair, ce qu’offrait de mieux la télévision britannique à l’époque. Force de l’épisode, c’est également une marque de fabrique de la série : les plus grands comédiens ont défilé durant toute la production d’Inspecteur Morse et y ont laissé une empreinte durable. Il faut saluer donc  la difficile performance de Gemma Jones dans le rôle d’Ann Staveley. Elle n’a que vingt minutes de présence à l’écran, mais elle a défini jamais l’archétype  féminin de l’idéal morsien : la femme seule, d’environ 45 ans, au charme troublant, envoutante, blessée et meurtrie. Celle qui rend Morse fou d’amour et de chagrin à la fois. Notons également l’ultime apparition à l’écran de Patrick Troughton, génial comédien qui a laissé une empreinte indélébile dans le monde télévisuel britannique. Il fut tout d’abord le premier acteur à incarner Robin des Bois sur le petit écran mais surtout la seconde incarnation du Docteur, de 1966 à 1969, dans Doctor Who.

Un épisode moyen donc, vieilli, complexe et tortueux mais qui pose pourtant de solides bases pour la série. Le plan final est à l’image de l’épisode : un Morse triste, déçu et désabusé, s’éloigne à pas lents de la scène de crime, soupirant, la boule au ventre, les mains dans les poches. C’est un peu ce que l’on ressent : de la déception, ce sentiment de tenir quelque chose et d’être passé un peu à côté. 

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Anecdotes :

  • Première apparition de la voiture de Morse, une Jaguar Mark II. Il a également une R5 que l’on verra à l’occasion.

  • Première apparition du chef de Morse, le Surintendant Strange et de Max, le médecin légiste cynique.

  • Lewis fête son anniversaire dans cet épisode.

  • Morse n’a pas encore pris toutes ses habitudes : il arbore ici un costume noir et une cravate rouge des plus laides qu’il abandonnera par la suite. De même, il fréquente un bar particulièrement miteux et non les élégants pubs qu’on lui connaîtra après.

  • Dans les premiers romans, Morse est présenté comme étant plus jeune que son sergent. Convaincu par le choix de Thaw et de Wathely, Colin Dexter inversa la situation dans les livres ultérieurs.

  • Anthony Minghella (1954-2008) se rend célèbre en 1996 en réalisant le Patient anglais puis le Talentueux monsieur Ripley en 1999 et enfin Retour à Cold Mountain en 2003.

  • Alastair Reid (1939-2011) réalisa de nombreuses fresques pour la télévision, entre autres Les Chroniques de San Francisco et Nostromo d’après Joseph Conrad.

  • Richard Durden est une grande figure de la télévision britannique et un spécialiste des séries policières. On l’a vu dans Inspecteur Barnaby, Lewis, Hercule Poirot ou Miss Marple.

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2. LE MONDE SILENCIEUX DE NICHOLAS QUINN
(THE SILENT WORLD OF NICHOLAS QUINN)

Première diffusion : 13 janvier 1987 (GB) ; ? (FRA)

D’après le roman Les Silences du professeur (1977)

Scénario : Julian Mitchell

Réalisation : Brian Parker

Résumé : Lors d’une réception au centre des examens étrangers, Nicholas Quinn, examinateur sourd, surprend une conversation entre un représentant du Golfe Persique et un de ses collègues et comprend que, parmi ces derniers, certains vendent les réponses aux examens. Voulant dénoncer les coupables, il est assassiné peu après. Morse commence son enquête et découvre le monde peu reluisant des universitaires d’Oxford.

Critique :

Un épisode au moins aussi complexe qu’un mot croisé de Daedalus, voilà qui pourrait bien résumer le Monde silencieux de Nicholas Quinn, film intelligemment adapté d’un des romans les plus retors de la saga des Morse.

Colin Dexter s’inspire de sa propre histoire, de son passé de superviseur des centres d’examen. Professeur d’Oxford devenu sourd, il se met en scène comme victime expiatoire d’une sordide machination ourdie par les plus brillants cerveaux de la communauté professorale. La critique est incisive, mordante et l’épisode n’hésite pas une seule seconde à nous dépeindre les beaux bureaux universitaires comme lieux les plus propices au vice et à la dépravation. La série utilisera fréquemment le monde des facultés comme scènes de crime et doyens, recteurs et enseignants comme meurtriers implacables. Dans cet épisode, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas à la fête ! Tous suspects, tous coupables d’au moins un délit, à la recherche de fortune, de gloire, de statut social ou de stupre, ces êtres veules et faibles n’attirent guère la sympathie. Morse n’a d’ailleurs pas tellement d’égards envers ces êtres qui possèdent savoir et culture mais s’en servent pour commettre des meurtres, des vols ou des escroqueries.

Episode posé et calme mais au final tonitruant, le Monde silencieux de Nicholas Quinn dispose d’un scénario très complexe, labyrinthique, et il est aisé de se perdre devant la profusion des intrigues, des fausses pistes et des personnages aussi nombreux que douteux. Pourtant, tout est dit dès l’introduction, ou plutôt tout est chuchoté, murmuré. Pour le spectateur français, il n’est pas simple de saisir les nuances de cette scène à moins d’être parfaitement bilingue. La solution nous est réellement présentée dès le départ. Nous l’oublions, elle ressurgit tardivement, parfaitement logique une fois débarrassée de ses fioritures et scories. 

Le rythme prend le temps de présenter les protagonistes, lentement, ce qui offre une parfaite caractérisation de tous les suspects. Comme les ramifications de l’intrigue vont bien plus loin qu’une banale affaire de meurtre et s’étendent par delà la Grande-Bretagne, il était nécessaire de prendre ce temps afin de ne pas perdre le spectateur. Mais par la suite, l’énigme perd un peu de son intérêt, noyée dans trop de révélations, de faux semblants, de coups de théâtre et d’écrans de fumée. A nouveau, Morse fait étalage de son esprit supérieur. Ses déductions sont brillantes, enlevées et convaincantes. Jusqu’à un certain point… Il se persuade rapidement de tenir son meurtrier, une éminent cruciverbiste au pseudonyme de Daedalus, joué par le subtil Michael Gough, interprète fétiche de Tim Burton. Mais le meurtre de ce dernier ébranle les convictions de l’inspecteur qui se cherche un nouvel os à ronger et relance le scénario dans une nouvelle direction. Le final est plein de tension : Morse manque de mourir sous les coups forcenés du meurtrier. Mais Lewis, débonnaire, prend son temps pour intervenir et sauver son patron. Cette scène résume à elle seule l’humour bien particulier des Morse : à froid, détonnant et à rebours. Le gag final à propos du film pornographique auquel Morse traîne Lewis est hilarant.

En comparaison de l’épisode précédent, l’image est plus nette, plus lumineuse mais la photographie manque encore d’originalité et la réalisation d’initiative. Sage, impersonnelle, elle ne présente guère d’intérêt mais ne démérite pas non plus. Elle offre quelques belles scènes, comme lorsque Morse rend une visite à l’école pour sourds-muets ou celle de l’hôpital où l’inspecteur laisse entrevoir ses failles intimes. La musique est à nouveau assez quelconque quand elle n’est pas inaudible. Encore une fois, seule l’exploitation du thème est plaisante, mais trop discrète.

Le doublage français est, à nouveau, très inégal. C’est d’autant plus navrant que l’interprétation, elle, est hors pair. Comédiens rompus à l’exercice, tous les acteurs sont exceptionnels, Michael Gough à leur tête. Le cercle restreint du centre des examens étrangers qu’ils forment est parfaitement crédible. Du jeune loup aux dents longues, du doyen dépassé à l’administrateur conservateur à la femme volage : ces personnages crèvent l’écran.

La série monte en puissance au cours d’un épisode bien construit mais qui est loin d’être exempt de défauts.

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Anecdotes :

  • Le film phonographique initial du roman que presque tous les suspects ont été voir est ici remplacé par le Dernier tango à Paris.

  • Outre le fait de se mettre en scène dans le personnage de Nicholas Quinn, Colin Dexter s’est également inspiré de sa propre vie pour créer le personnage de Daedalus, lui aussi cruciverbiste éminent.

  • Morse a du sherry chez lui mais estime que sa consommation nuit à son esprit de déduction. Il préfère largement la bière.

  • Gag récurrent : Lewis se voit contraint de payer la tournée à Morse. Ce gimmick reviendra durant toute la série avec de nombreuses variations.

  • Michael Gough (1916-2011) fut une grande figure du cinéma anglo-saxon. Acteur fétiche de Tim Burton, il fut notamment Alfred de Batman à Batman & Robin.

  • Roger Lloyd Park (1944-2014) est un second rôle régulier du cinéma, ayant prêté sa silhouette si particulière à Entretiens avec un vampire, Harry Potter ou la Taupe.A la télévision, on le voit dans Doctor Who, Inspecteur Gently, Hercule Poirot et Sherlock Holmes.

  • Julian Mitchell est un des scénaristes les plus prolifiques de la série, ayant écrit pas moins de dix scénarios. On lui doit également le script d’Oscar Wilde, en 1997, avec Stephen Fry.

  • Colin Dexter apparaît très tôt cette fois, dès la deuxième minute, l’un des invités de la fête, en train de discuter dans un coin de la pièce avec un grand homme barbu, sous une fenêtre.

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3. AU SERVICE DE LA MORT
(SERVICE OF ALL DEAD)

Première diffusion : 20 janvier 1987 (GB) ; ? (FRA)

D’après le roman Service funèbre (1979)

Scénario : Julian Mitchell

Réalisation : Peter Hammond

Résumé : Harry Josephs, le bedeau de St-Oswald, est assassiné dans l’église durant un office restreint. Les rares témoins du crime affirment n’avoir rien vu, hormis un vagabond du nom de Swanpole qui rôdait dans les environs. Cependant que Morse débute son enquête, suspectant le prêtre Powlen, il commence à s’éprendre d’une des suspectes, Ruth, la femme de ménage de l’église. 

Critique :

A l’instar de Mort à Jericho, le roman Service funèbre reçut le Silver Dagger Award en 1979, prix littéraire britannique récompensant le meilleur roman policier de l’année. Cette distinction est on ne peut plus méritée pour le second et on s’étonne presque que son adaptation télévisuelle n’en ait pas reçu également une, tant cet épisode brille par sa réussite.

La série a débuté doucement mais roule sur des rails solides à présent. Pour conclure la première saison, le choix se porte donc sur un des grands romans de Dexter et c’est à nouveau Julian Mitchell qui se charge de le porter sur petit écran. Il en conserve toute l’intrigue, d’une complexité inouïe, et parvient à la rendre limpide dans sa conclusion ce qui était une sacrée gageure. De plus, il écrit des dialogues bien plus enlevés que dans l’épisode précédent. Il n’oublie surtout pas d’ajouter beaucoup d’humour qui vient contrebalancer une noirceur inhabituelle pour un Morse. Rien ne nous sera épargné dans cette histoire : meurtres en série (six tout de même, mieux qu’un Barnaby standard !), suspicion de pédophilie, assassinat d’enfant, suicide, usurpation d’identité, nous baignons dans une atmosphère sordide, à la limite du malsain.

Une fois de plus, la sagacité de Morse est mise à rude épreuve car il va de déconvenue en déconvenue. Sur sa route, se dresse machination infernale, jalousie haineuse, passion dévorante. Les cadavres s’accumulent sur la route de l’inspecteur tandis qu’il vit une histoire d’amour naissante avec l’une des suspectes. Mais le spectateur garde un temps d’avance sur lui en raison de scènes de coupe où la jeune femme côtoie un homme sans visage que nous supposons être le meurtrier. Le personnage, que l’on voit pourtant à peine, possède quelque chose de répugnant et de subtilement manipulateur. Cette connivence qui se crée entre nous et le scénariste n’amoindrit pourtant pas l’intrigue, car nous nous prenons à craindre pour la vie de Morse, à juste titre d’ailleurs. 

Tout ceci est magnifiquement réalisé par Peter Hammond, un vieux routier de la télévision, qui connaît parfaitement son affaire. Les plans sont léchés, étudiés, les cadrages audacieux et les effets de mise en scène au service de la dramaturgie, sans aucune gratuité. Hammond se régale de filmer des miroirs et de mélanger plusieurs plans en un seul et sublime ses comédiens. L’image est belle, la photographie somptueuse, la lumière se reflétant par des fenêtres ou des vitraux et nimbe les décors d’une atmosphère magique et presque irréelle. La descente dans la crypte est superbement filmée et les taches de couleur qui parsèment décors et personnages ajoutent une tension supplémentaire à une lente montée de l’angoisse. Idem durant toutes les scènes se déroulant dans l’église, en particulier celle où Morse Lewis l’explorent, seuls, cherchant des indices. Une musique tendue – réussie cette fois – ajoute encore au suspens avant que les deux hommes n’entreprennent la longue montée dans le clocher. Ici aussi, la lenteur sert la mise en scène, car la séquence trouvera son écho lors du final sur le toit et la présentation préalable qui nous en est faite accroit le dernier effet de surprise.

La distribution est impeccable, une fois encore. Michael Hordern nous régale de son jeu si flegmatique, Angela Morant incarne avec justesse une femme torturée par la faiblesse de la chair et le feu de la passion, quant à John Normington il insuffle toute la complexité nécessaire à ce prêtre ambiguë et Maurice O’Connell est un meurtrier plein de morgue et de folie.

Deux « petits » bémols : tout d’abord, le final est légèrement sur dramatisé. La séquence en elle-même débute fort bien mais elle se sert d’un excessif ralenti dans ses derniers plans, pas du meilleur effet. Ensuite, l’intrigue utilise encore le principe d’usurpation d’identité. C’est un procédé familier de l’univers de Dexter où rien ne doit être pris pour argent comptant. C’est un peu répétitif, mais c’est ici tellement bien écrit qu’on peut pardonner cette légère faiblesse.

La première saison de Morse, l’une des plus courtes, s’achève sur un des meilleurs épisodes, éblouissant, drôle et noir à la fois. Une grande réussite. 

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Anecdotes :

  • D’après Morse, sa famille a fait fortune dans l’automobile avant d’être rachetée par Rolls Royce.

  • Nous apprenons qu’en plus d’une aversion pour les cadavres, Morse souffre de vertige.

  • Morse fait une référence à Sherlock Holmes et au curieux incident du chien. Il s’agit d’une citation de la nouvelle d’Arthur Conan Doyle Flamme d’argent.

  • La conclusion de l’épisode est légèrement différente du livre. Dans ce dernier, il débute une relation romantique avec Ruth à sa sortie de prison alors que dans l’épisode cette conclusion demeure en suspens.

  • Peter Hammond (1923-2011) Vétéran de la télévision, il a réalisé huit épisodes de Sherlock Holmes avec Jeremy Brett (dont le Signe des Quatre, avec un certain… John Thaw), dix-neuf épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir (de la saison 1 à la saison 3). La lumière et les cadrages audacieux sont caractéristiques de son œuvre.

  • Colin Dexter apparaît à la 33e minute. Alors que Morse et le vicaire traversent la cour, on l’aperçoit à l’arrière plan en train de discuter avec un cycliste.

  • « MORSE : Je vais arrêter la bière… Je me demande bien pourquoi d’ailleurs… »

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