saison 1 saison 3

Clair de lune

Saison 4


1. États d'âme (A Trip to the Moon)

2. Cendrillon (Come Back Little Shiksa)

3. Tournez à gauche avant l'autel (Take a Left at the Altar)

4. L'Annonce faite à Maddie (Tale of Two Cities)

5. Dave la main froide - 1re partie (Cool Hand Dave - Part 1)

6. Dave la main froide - 2e partie (Cool Hand Dave - Part 2)

7. L'Art d'être papa (Father Knows Last)

8. Les Topistos (Los Dos DiPestos)

9. David, père de famille (Fetal Attraction)

        10. Le Nouveau David (Tracks of my Tears)

11. Ciel, ma femme ! (Eek! A Spouse!)

12. Maddie va se marier (Maddie Hayes Got Married)

13. L'Inaccessible amour (Here's Living With You, Kid)

14. Deux fois papa (And the Flesh Was Made Word)

Top 5 de la saison 4

 

 


1. ÉTATS D'ÂME
(A TRIP TO THE MOON)




Scénario : Glenn Gordon Caron
Réalisation : Allan Arkush

- Vous désirez aller à quelle destination ?
- J’aimerais aller à l’étranger me cacher sous un lit n’importe où.

J’éprouve une certaine ambivalence à vous sentir… ambivalente.

Maddie et David vivent ensemble depuis trois semaines, mais malgré les sincères efforts de David, Maddie doute de l’avenir de leur couple si fragile qui ne s’épanouit que dans les disputes ou la passion sexuelle. Pour sauver leur relation, David propose à Maddie de repartir à zéro et de la reconquérir par une voie plus « normale » que celle qui les a rapprochés…

A trip to the moon
est en son essence un épisode-bilan, et un passage de témoin entre les deux ères de la série. Dans un ton mélancolique, exceptionnel jusqu’alors, l’épisode tire un portrait sombre de son duo vedette. L’humour, très présent, est davantage désespéré que burlesque, donnant ainsi corps au précepte d’Eugène Ionesco : L’humour est la politesse du désespoir. Entre voltes-faces, rêves évéillés, disputes et réconciliations successives à grande vitesse, l’épisode instaure un magnifique suspense sentimental, à la fin imprévisible. Et puis, un épisode avec comme guest star Ray Charles, ça ne se refuse pas !!

Pourtant, on commence très mal avec un remix musical exécrable, une réorchestration ratée du générique, qui inclut Curtis Armstrong (Herbert Viola). Ce n’est que justice pour ce joyeux bonhomme. Il est cependant ironique que pour son premier crédit en tant qu’acteur principal, il soit absent de l’épisode !

La tension sexuelle, raison d’être de la série, s’étant évanouie, comment continuer ? Glenn Gordon Caron remplace la tension sexuelle par la tension sentimentale. La série rejoint donc un terrain plus conventionnel que celui qui avait fait sa spécificité : la comédie romantique douce-amère. Mais ce genre-ci n’en est pas moins audacieux et exigeant, et le scénario du créateur répond avec brio aux codes. L’interprétation sans failles de Cybill Shepherd et Bruce Willis est magistrale.
Le blocage vient de Maddie qui ne veut pas croire en son bonheur, qu’elle ait pu s’enticher d’un type avec qui elle ne fait ou que gueuler ou faire l’amour. A la différence de l’épicurien David, confiant en l’avenir, elle ne voit que malheur et séparation à l’horizon. Elle reprend ainsi les errements de Sans héritier (saison 3), mais de manière plus forte, enclenchant un splendide suspense.

La dispute qui éclate dans le bureau est magnifique de violence et de désespoir réprimés : Maddie jette l’opprobre sur leur relation car elle n’a pas suivi la « voie normale » : ils se sont mis ensemble que sous l’effet de circonstances extraordinaires, ils n’ont jamais pris le temps de réfléchir sur leur futur commun, ils ont « agi » avant de réfléchir, ont fait l’amour sur un coup de tête... des bases pour elle trop fragiles, et qui transparaît dans le secret qu'elle impose à David sur leur relation. Pour la reconquérir, il doit recommencer à lui faire la cour (superbe scène devant les employés), à la manière du couple de Joies matrimoniales d’Hitchcock.

Quelques scènes énormes rythment cet épisode. En plus d’un des plus gros délires poétiques d’Agnès, le couple David-Maddie se voit transposé dans un pastiche d’une célèbre sitcom américaine des années 50 : The honeymooners (rebaptisé The Bluemooners !!), où le quatuor (avec Richard Addison) reprend les rôles respectifs des personnages originaux. Le résultat fait mouche à chaque réplique. Cette sorte de palimpseste va au-delà de son objectif comique, notamment avec Richard, confident de son bourru frère. David assume son amour mais pas les conséquences (je ne peux plus vivre sans elle). Il y’a aussi l’étonnante séance de psychanalyse de Maddie avec le Dr.Joyce Richards dans son propre rôle qui déchaîne le rire.

Encore plus fort, il y’a la scène iconique où Ray Charles s’invite avec un quintette de superbes filles black dans le living-room de David pour lui faire la leçon. Ray Charles comme guest star, la série a décidément le luxe pour se payer les plus grandes vedettes ! Entre deux chansons à tomber par terre, Ray se montre dur envers David. Ce dernier, en effet, est tellement obnubilé par Maddie qu’il est prêt à tout, même à se nier, même à renoncer à être lui-même, pour devenir un homme "idéal"… comme Sam ! Si son nom n’est pas évoqué, c’est bien sûr à lui qu’on pense quand Ray rabroue David sur ce changement qui le priverait de son identité : Maddie doit l’aimer pour ce qu’il est, et non pour ce qu’elle voudrait qu’il soit. Une petite leçon joliment mise en scène.

La peur de Maddie finit par contaminer David lors de la classique dispute de la voiture. Dans un dialogue dément de drôlerie sur la forme, mais angoissé au fond, David s’emporte contre elle. Son grand numéro de clown désespéré (5 minutes !) où il fait tout pour qu’elle lui donne une seconde chance est d’un pathétisme douloureux, expression bouleversante de sa peur panique à l’idée qu’elle lui échappe à tout jamais, une merveilleuse déclaration d’amour où il s’humilie totalement.
Il n’y a que dans Clair de Lune où un rencard puisse avoir lieu dans une laverie automatique déserte à deux heures du matin ! Au son de magnifiques standards de comédie musicale, nos amis délaissent leurs deux options de communication : le sexe et l’enguelade, pour une troisième option : la discussion calme et posée. Leur danse lente, par lequel ils affirment leur amour réciproque est une des plus belles de la série (superbe réalisation d’Allan Arkush).

Maddie a peur des extrêmes de la passion, et David n’est fait que pour mener ses émotions en montagnes russes. Son côté bad boy, sa sexualisation, sa fougue... donnent à son amante les sensations les plus extrêmes. Maddie n’a pas la force de supporter des sensations aussi vertigineuses malgré son amour. L'amour doit être calme pour elle. Pour David, c'est un torrent bouillonnant. C’est bien là un abîme qui s’ouvre entre eux deux. Le final est une métaphore de la « dramedy » à lui tout seul : d’abord la reprise de la sitcom avec un joyeux numéro de Richard, puis une séquence émotion de David où il trouve enfin les mots justes pour rendre confiance à Maddie. Mais le twist final fait voler en éclats cette joie trop fragile, et conclut l’épisode sur une note désespérée.

 Infos supplémentaires :

- Trois semaines se sont écoulées depuis la fin de la saison 3. Trois ans exactement depuis le pilote de la série.

- Pour cette quatrième saison, il y’a un nouveau générique : la chanson d'Al Jarreau a une nouvelle orchestration, et le personnage d’Herbert Viola y est inscrit. Les images des personnages et de Los Angeles la nuit ont également changé.

- David est fan de Ray Charles.

- Dans l’épisode, Ray Charles interprète Hit the road Jack, Georgia in my mind, et What I‘d say. Dans la scène de la laverie, on entend une version instrumentale de Hello Dolly ! de Jerry Herman, et de Shall we dance ? du duo Hammerstein-Rodgers. On entend aussi Somewhere my love de Maurice Jarre. David pousse aussi la chansonnette pour une version claironnante de la chanson populaire O sole mio.

- Le titre de l’épisode est une référence à la sitcom pastichée dans l'épisode : The honeymooners (1956), et une de ses fameuses catchphrases : To the moon, Alice, to the moon ! Également hommage au titre anglais du roman de Jules Verne De la terre à la lune, avec notamment le plan final de l’épisode. 

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2. CENDRILLON
(COME BACK LITTLE SHIKSA)


Scénario : Jeff Reno et Ron Osborn
Réalisation : Allan Arkush

Pas de panique, mesdames. Sécurité du magasin. On veut juste s’assurer que vous n’avez rien en-dessous.

A un bal, Donald Chase a rencontré une jeune femme dont il est tombé amoureux. Mais cette dernière a précipitamment quitté les lieux sans explication. Il engage David et Herbert pour la retrouver. Malgré la peine que lui inflige le départ de Maddie, partie pour se ressourcer auprès de ses parents, David enquête, et découvre que Chase n’était peut-être pas celui qu’il prétendait…


Jump the shark ! C’est en effet avec cet épisode que la série avoue son impuissance à renouveler l’intérêt du spectateur. Voulant à tout prix maintenir une tension dans le couple central, les scénaristes se tournent vers la pire idée possible : séparer David et Maddie qui n’ont désormais plus de scènes communes. Ce pilier brisé, la série n’a quasiment plus d’intérêt. Les états d’âme du duo ne relèvent plus que du soap opera insipide, aux dialogues vaseux, aux délayages massifs. L’enquête du jour, totalement ratée et grotesque, prend bien trop de place. Malgré une interprétation excellente, il ne se passe rien pendant les 47 minutes de l’épisode. Seul un fulgurant coup de délire comme seul pouvait l’inventer Reno et Osborn soutient notre attention cinq minutes, mais c’est tout. Comme back little Shiksa constitue la première victime du passage à vide que va traverser la série, privée désormais de tout repère et de tout intérêt, même pour le fan pur et dur.

Commençons par l’enquête. Étant donné qu’on ne peut plus compter sur la relation David-Maddie, elle est automatiquement au premier plan. Or le succès de Moonlighting vient que les enquêtes ne sont que des prétextes pour faire se déchaîner notre couple adoré. Avec ce type d’épisodes, elle ne devient plus qu’une série policière banale, de plus très mal écrite (un travers qu'on retrouvera dans la saison 5). David, totalement privé de son « modjo », traverse l’épisode en baillant, et Herbert délaisse son énergie désordonnée qui faisait son charme, pour devenir un second couteau transparent. Quelle pitié de brider ainsi Bruce Willis et Curtis Armstrong, réduits aux rôles de deux flics mous du genou à peine plus intéressants que les figurants de l’arrière-plan !

Malgré le plaisir de voir la pulpeuse Kay Lenz en fugitive inquiète, ou John Goodman en amoureux transi, cette histoire de romance invraisemblable devient de plus en plus ridicule. David et Bert se montrent certes plaisamment incompétents par leur peu de discrétion et leur naïveté ahurissante, mais au sein d’un scénario à trois lignes sans humour, ce décalage irrite plus qu’il n’amuse. Maddie manque terriblement dans cette enquête où on aurait eu bien besoin de ses coups de gueule pour tonifier un peu tout ça. La réalisation professionnelle d’Allan Arkush ne peut masquer la pauvreté du script. Seule la danse allumée d’Agnès, qui passe ensuite de l’euphorie à l’embarras quand Bert se met à raconter sans pudeur aucune leur soirée à David, parvient à nous faire sourire.

Entre David et Maddie, c’est le calme plat. Regarde-t-on bien la même série ? On en doute, tellement on ne les reconnaît plus. Delireman David est devenu un ado fleur bleue, et Maddie n’est plus qu’une pleureuse honteuse. Bruce Willis et Cybill Shepherd confirment qu’ils sont autant magnifiques dans le drame que dans la comédie, mais leurs performances sont hors sujet tant leurs personnages sont trahis dans les grandes largeurs. Leur absence de scène commune, remplacée simplement par un coup de téléphone convenu, montre à quel point la série s’est fourvoyée. A trip to the moon avait joliment décrit les sentiments contradictoires de nos héros, mais cet épisode ne fait que surligner ce qui a déjà été dit. La scène du garage est indigne de David, son état ne justifie pas un comportement aussi mesquin, pénible, et racoleur. Les auteurs ont peut-être voulu adoucir le portrait très noir de Maddie de l’épisode précédent en noircissant à leur tour David. Mais prendre autant de gros sabots, c’est lourd, c’est déplacé, ce n'est pas la série. Ses remords finaux ne font que confirmer cette idée exécrable. La qualité des dialogues ne dépasse pas le minimum syndical des Feux de l’amour. L’arrivée de Maddie chez ses parents n’offre que des stéréotypes de soap. Rien que du lénifiant devant cette famille qui accueille son enfant à bras ouverts. Robert Webber et Eva Marie Saint ne peuvent pas faire grand-chose.

Cependant, il y’a bien une scène totalement dingue qui doit être signalée : c’est une scène de claymation : une animation de pâte à modeler (genre Wallace et Gromit). David imagine une discussion entre lui et Maddie, et du coup, le voilà face à une figurine de pâte à modeler représentant Maddie !! Au fur et à mesure que le fantasme va de plus en plus loin, « Maddie » arbore des tenues et des formes totalement hilarantes. Ce pur délire est certes le bienvenu dans un scénario aussi vide, mais ne peut justifier à lui tout seul l’épisode. Cependant, il a le mérite de nous rappeler les grandes heures de la série, désormais révolues.

Infos supplémentaires :

- Maddie a un oncle qui s’appelle Dan.

- Herbert aime le catch.

- Numéro de téléphone de Virginie Hayes : 963524. Certainement un numéro fictif !

- John Goodman (Chase) jouait à ce moment-là le rôle de Dan Conner dans la sitcom à succès Roseanne, qui servira plus tard de lead-in (émission au succès tellement grand qu’elle permet de booster les audiences de la série qui la suit, les spectateurs restant devant l’écran) à Clair de Lune pendant sa saison 5. En vain hélas…

- Le titre de l’épisode détourne celui d’une pièce de théâtre de William Inge : Come back little Sheba. Plus tard adaptée en film (1951). C’est une comédie où le mariage prévu entre Doc et Lola Delaney se voit reporté par la fuite de leur chien Sheba. Le titre français du film est Reviens petite Sheba.

- On entend dans l’épisode Ram a long a ding dong des Edsels, Who put the bomp des Halos, Think ! de Merv Griffin, et Manic Depression de Jimi Hendrix (quand David écoute la radio dans la voiture de Maddie). Agnès chante au début de l’épisode sur Do ya think I’m sexy ? De Rod Stewart.

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3. TOURNEZ À GAUCHE AVANT L'AUTEL
(TAKE A LEFT AT THE ALTAR)


Scénario : Karen Hall
Réalisation : Sam Weisman

Burt, dans une équipe de deux, il y’a toujours un patron et une poire. Est-ce que j’ai l’air d’une poire ?

Bryant Wilbourne est inquiet que le fiancé de sa sœur Jackie soit en retard à son propre mariage. Il va le voir chez lui... pour découvrir que la maison est entièrement vide ! Il fait appel à l’agence Clair de Lune pour retrouver cet homme. Accompagné d'Herbert, David découvre que l’homme semble mener une double vie…


Cadeau d’adieu d’une jeune scénariste surdouée, Take a left at the altar accomplit l’exploit d’être un épisode excellent alors même qu’il ne bénéficie pas des qualités usuelles de la série, envolées depuis la fin de la saison 3. Karen Hall imagine une enquête solide et prenante, aux coups de théâtre bien dosés. Le tout est rehaussé par une course-poursuite finale digne des meilleurs délires de la série, sans parler d’une remarquable description amère du métier de détective. Il est impossible de s’ennuyer alors même que Maddie et David, et a fortiori leur relation, ne servent à rien ici. C’est vous dire la performance ! Une excellente mise en scène de Sam Weisman et une musique décalée participent à la réussite de cet épisode.

L’enquête du jour est de bonne qualité, contrairement à l’habitude de la maison. Alors même que seulement quatre seconds rôles sont présents, la scénariste parvient à nous mener par le bout du nez. En frère surprotecteur et ambigu, Terry O’Quinn exhale déjà un sentiment de malaise, qui n’est pas sans anticiper sur l’ambivalence du futur Peter Watts de MillenniuM. En femme trompée mais malgré tout amoureuse, une toute jeune Amanda Plummer (Pulp Fiction) rayonne de talent. Ce casting relevé permet d’accroître l’intérêt. L’essentiel de l’enquête tient dans la cohabitation difficile David-Herbert. Bert a la douloureuse charge de prendre la place de Maddie, et évidemment, la comparaison est fatale. Toutefois, il serait injuste de dénigrer ce duo, qui lorgne du côté des buddy movies (façon Arme fatale), grâce à pas mal d’humour qui manquait à l'épisode précédent.

Profitant de l’absence de Maddie, Bert cherche à s’imposer comme détective à part entière. Jeune loup ambitieux et excessif, il se fait à chaque fois couper l’herbe par un David qui rappelle que c'est-lui-le-boss. On l’a déjà dit, Bert qui roule des mécaniques avant de se faire rétamer, ça marche toujours ! Curtis Armstrong vole sans problème la vedette à Bruce Willis, car Hall a la bonne idée de desserrer la bride du personnage. Résultat : Viola ne cesse de nous faire rire par ses réflexions déphasées (dialogue sur les bips téléphoniques sous LSD). Agnès est peu présente, mais sa scène avec Bert où ils évoquent leurs nuits de passion vaut le coup d’œil !

La course-poursuite finale est une des meilleures de la série, entre une voiture et… un biplan dans les rues de Los Angeles (on reconnaîtra quelques rues ayant déjà servi dans The murder is in the mail, saison 1) ! C’est gros, c’est improbable, c’est hilarant, c’est l’esprit de la série que l’on retrouve. La musique devient assez folle avec notamment une citation de La Mort aux trousses d’Hitchcock ! Et quand on sait qu’Eva Marie Saint est dans l’épisode, ça décuple l’humour de la situation. Bref, sur ce point, rien à dire. Malgré des longueurs inévitables, l’épisode remplit son contrat.

Par contre, on aurait été reconnaissant à Caron et Hall d’oublier Maddie pour rester sur l'enquête. Malgré le trio Webber-Marie Saint-Shepherd, toujours au poil, c’est de nouveau l’ennui qui s'installe avec Maddie qui répète sans changement son numéro de honteuse malheureuse. Ses parents se montrent aussi lisses que transparents. Les dialogues gnangnan ne décollent pas, et les incohérences pleuvent : une semaine que Maddie se morfond, et elle ne se résout toujours pas à appeler David, alors qu’elle sait très bien ce qu’il doit ressentir. Virginia persiste à penser que sa fille a juste besoin d’un peu de vacances, et s’occupe à peine d’elle, alors qu’il est visible à 100 kilomètres que ça va pas fort. Alexander essaye de renouer un contact plus fusionnel avec sa fille, mais cela nous vaut que des clichés (causerie au coin du feu) et des lourdeurs. Toutefois, la lettre finale de David est un très bon moment d’humour et d’émotion. Bruce Willis excelle à dessiner le portrait de son personnage transi d’amour, et désespérément seul.

Les états d’âme de Viola quant à la réelle justification du métier de détective sont plutôt bien trouvés. Il rappelle que leur métier n’a sa raison d’être que par le malheur des gens. Il se décrit ainsi comme marchand de misère et semble être gêné par sa conscience qui lui fait jouer un rôle de profiteur qui n’a pourtant rien de déshonorant. Ils en ont d’ailleurs un exemple quand leur enquête provoque une tragédie et qu’ils doivent subir les malédictions des victimes. Même dans le monde de Moonlighting, la triste réalité a ses droits.

Infos supplémentaires :

- La femme de MacGillicudy s’appellait Poliana.

- On entend dans l’épisode Le vol du bourdon (intermède du 3e acte de l’opéra Le conte du tsar Saltan), de Nicolaï Rimsky-Korsakov. On a aussi The U.S Air Force song de Robert Crawford, ainsi que Limbo rock de Jon Sheldon et Billy Strange par Chubby Checker.

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4. L'ANNONCE FAITE À MADDIE
(TALE OF TWO CITIES)


Scénario : Charles H. Eglee et Roger Director
Réalisation : Allan Arkush

- Plus de vilain cafard, Agnès. Un de ces quatre, vous allez pousser cette porte, et elle va être là, hurlant et claquant les portes comme si elle n‘était jamais partie.
- Vous pensez ce que vous dites ?
- Sur ma mère et sa blanquette !

Pour sortir Maddie de son spleen, ses parents organisent une petite réception. Plaqué par sa femme, MacGillicudy courtise Agnès ce qui provoque la fureur et le désarroi d’Herbert. Pour limiter la casse, David entraîne Herbert dans des bars où ils espèrent oublier leurs soucis le temps d’une nuit…


Tale in two cities maintient un statu quo gonflant. Aucune histoire, seulement une description sans intérêt des conséquences de la séparation de nos héros. L’orientation soap opera de la série est de plus renforcé par l’intervention de MacGillicudy qui sème le désordre dans le couple Bert-Agnès, ne provoquant que des scènes sirupeuses ou outrées. Cependant, l’histoire prend une tournure plus intéressante à partir de sa seconde moitié en distillant une mélancolie débarrassée des lourdeurs qui encombrent la série depuis Cendrillon. Portraits émouvants mais sans complaisance de David et Bert, incapables de se comporter en « vrais mecs » ; ainsi que du Los Angeles nocturne où l’éphémère et le superficiel (alcool et filles terrifiantes de vacuité) entraînent les plus nobles cœurs à se comporter en pantins soumis à leurs instincts les plus vulgaires. Cette ironie acide fait mouche et donne un peu de chair à cet épisode si vide par ailleurs. La fameuse « révélation » finale paraît bien anecdotique à côté…

Les épisodes précédents avaient eu le réflexe salutaire de se concentrer sur L.A. plutôt que sur le fadasse retour de Maddie chez pôpa-môman. Malheureusement, Charles H. Eglee et Roger Director décident de développer équitablement les deux histoires, donnant au front Maddie une importance inversement proportionnel à son intérêt. On commence à être saoulé de Maddie en mode zombie, du déni de Virginia, et de l’inquiétude d’Alexander. Leur petite dispute sur la fête est rigoureusement privée d’inspiration. La réception elle-même, malgré la toujours excellente réalisation d’Allan Arkush, ne dégage rien de bien excitant. Le voisin des Hayes, aussi lisse qu’une pierre ponce, parvient certes à amuser en racontant sa vie à une Maddie qui a la tête ailleurs, mais il n’est en fait là que pour amener le twist final. Il n’est donc qu’une ficelle scénaristique au service d’une non-histoire. Cybill Shepherd est irrésistible en tenue de soirée, mais son monolithisme tape sur les nerfs, et tue toute émotion lors du coup de téléphone final.

Du côté de Los Angeles, le paysage n’est guère mieux. David subit toujours plus la loi du silence imposée par sa patronne, explosant brièvement au téléphone ou perdant son sang-froid dans l’appartement de Maddie. Mais malgré Bruce Willis décidément impérial en homme blessé, ce n’est que du brassage de vent bien lourd destiné à remplir les 45 minutes de l’épisode. Plus triste est de voir cette purge se répandre jusqu’à Herbert Viola, un des rares atouts de ce début de saison. Confronté à un rival qui surjoue au maximum son rôle de salaud (Jack Blessing est insupportable à force de cabotiner), Viola perd toute retenue pour s’enfoncer dans le rôle du mari jaloux tourmenté entre résignation et vengeance. Leur combat de coqs est grotesque, culminant dans la scène idiote du parking, d’un premier degré massif. Agnès joue bien entendu la naïve qui s’emporte contre la jalousie de son cher et tendre. C’est vraiment du tout bon : aucun cliché ne manque à l’appel ! Les dialogues sont par ailleurs irritants de facilité.

Et puis soudain, une émotion commence à passer lors de la scène de la boîte de nuit où David et Herbert picolent lamentablement. Certes, ce genre de scènes n’est pas nouveau dans la série (depuis Radio assassin (saison 1) déjà), mais ici, elle acquiert une dimension sociale et dramatique indéniable. Nos deux compagnons continuent de descendre dans la déchéance, se réfugiant dans des plaisirs artificiels sans lendemain, s’abandonnant à la résignation, loin de leur énergie habituelle. Leur virilité est réduite à ses aspects les moins valorisants, entre vulgarité de leurs pensées, et poursuite du plaisir à tout prix. Les deux jolies pépées qui les invitent chez elles sont encore plus pathétiques qu’eux, les traitant que comme des objets sexuels. Le délire de l'une d'elles dans le jacuzzi devant un Bert horrifié est un des rares bons moments d'humour de l'épisode. Vingt ans avant Californication, ce Los Angeles de stupre, avec ces femmes nymphomanes et ces hommes à vomir, est une vision fulminante d'une société débauchée et sans repère, dont on ne peut que constater qu'elle a encore pris davantage d'ampleur aujourd'hui.

Bert échappe in extremis à la tentation grâce à un éclair de lucidité. Par ce réveil tardif, Bert montre qu’il est digne d’Agnès, et ne s’abaisse pas à coucher avec une inconnue aussi putassière. David, désorienté, se laisse cependant aller. Mais au matin, sa maîtresse d’un soir préfère qu'ils en restent là, alors que David semblait désireux de la revoir. Cette inversion des genres où la femme se montre plus frivole que l’homme permet un très beau plan final où David, solitaire, s’éloigne au loin, commençant sans doute une longue errance dans la ville. C’est touchant, et toute cette dernière partie redonne des couleurs à un épisode qui en est peu prodigue.


Infos supplémentaires :

- Aka. Tail in two cities.

- Bert a un caleçon rouge avec des cœurs.

- Nouveau changement de générique.

- Le titre de l’épisode vient d’un roman de Charles Dickens : A tale of two cities.

- Au début de l’épisode, Maddie utilise une télécommande pour changer les chaînes de la télévision. Mais la télévision utilisée ne se règle qu’au moyen des boutons sur le téléviseur, pas avec une télécommande !

- Les chansons de l’épisode sont Leader of the pack des Shangri-Las, I'm a man des Yardbirds, et Look sharp de Joe Jackson. 

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5. DAVE LA MAIN FROIDE - 1RE PARTIE
(COOL HAND DAVE - PART 1)


Scénario : Roger Director et Charles H. Eglee
Réalisation : Allan Arkush

- C’est vrai qu’t’as joué au baseball avec la tête d’un commissaire ?
- Pas qu’avec la tête !

Agnès laisse échapper à Herbert que Maddie est enceinte. Bert à son tour s’empresse de le dire à David, foudroyé par la nouvelle. Il essaye de se rendre à Chicago ; mais à l’aéroport, un assassin échange sa place avec lui de telle sorte qu’il est pris pour un dangereux criminel et aussitôt arrêté par la police ! Il est jeté dans une des plus sinistres prisons du pays. Pendant ce temps, Herbert tente de reconquérir Agnès, furieuse qu’il ait trahi le secret de Maddie à David…


Ce pastiche de Luke la main froide, fameux film « de prison » où un homme rebelle à toute autorité (Paul Newman) tente de survivre dans un horrible bagne, peine à convaincre. Sans doute à cause de nombreuses facilités d’écriture, et d'une hésitation du duo Eglee-Director entre comédie et reconstitution dramatique de l’ambiance des prisons « dures ». Axé sur David, ce qui permet d’évacuer promptement Maddie et ses parents (merci !), l’épisode convainc surtout dans son histoire secondaire : les chamailleries, puis la réconciliation entre Herbert et Agnès. On ne dira jamais assez à quel point les seconds rôles sont importants dans une série. On apprécie que la série renoue - certes encore faiblement - avec la dinguerie en cassant à nouveau le 4e mur.

On commence très fort par un savoureux prologue où Agnès, totalement surprise, apprend la nouvelle, jure de garder le secret, le répète à Bert, qui jure de garder le secret, puis qui dit tout à la dernière personne à prévenir : David. Cette introduction pétille de drôlerie, surtout grâce à Allyce Beasley et Curtis Armstrong qui disputent un concours de cabotinage où chacun essaye de surjouer plus que l’autre. Malgré qu’Agnès en fait des tonnes à coup de grands yeux ouverts, de mains collées à la bouche, Bert va très loin en s’agenouillant devant elle et en désordonnant complètement ses expressions. C’est hilarant en diable. Bruce Willis prouve de nouveau qu’il est un grand comédien en faisant preuve d’une sobriété mesurée quand son personnage apprend la nouvelle.

La scène de l’aéroport où David se fait passer pour un sénateur (le coup de la « crise du bœuf » est 100% made in David), puis se fait arrêter par la police manque de nerf. Comme par hasard, les policiers n’ont aucun portrait-robot, ne donnent même pas à David la possibilité de s’expliquer, il n’y a aucun témoin visuel alors que le bar est bondé de monde… bref, dans le monde réel, le tour du bandit échouerait à coup sûr. Comme la séquence se déroule sous un angle réaliste, on ne marche pas. Et puis bon, on sait déjà que Maddie et David sont experts dans l’art de se fourrer dans n’importe quel pétrin passant à proximité ; là on charge la mule.

La reconstitution des prisons n’est pas innovante : on trouve les matons frappadingues, le caïd qui met ses pieds où il veut et c’est souvent dans la gueule, le détenu peureux, etc. Mais l’arrivée de David, élément étranger, permet de savoureux décalages. Ses insubordinations involontaires lui valent pas mal d’ennuis. David lui-même tente de se donner une contenance en jouant à fond son rôle : on le prend pour un des plus dangereux criminels de la planète ? Eh bien, il joue ce rôle, en se donnant des airs de « dur à cuire ». Mais au fond de lui-même, il a la pétoche, et ce double jeu est une nouvelle source comique. Le pastiche de la scène du réfectoire tirée sans doute des Temps Modernes de Chaplin est pas mal non plus. Mais on s’intéressera surtout au monologue final, où David imagine la dispute qui résultera de ses « retrouvailles » avec Maddie. Son désespoir est très poignant.
Mais dans l’ensemble, ce segment a du mal à convaincre, et la réalisation trop molle d’Allan Arkush n’aide pas.

Par contre, Bert et Agnès, c’est du quatre étoiles : On adore voir notre charmant couple secondaire se disputer comme des enfants. Agnès serre les mâchoires, jette des regards meurtriers, prend des airs de femme outragée, le tout en surjouant à mort. Bert excelle toujours à se la péter grave sans jamais être convaincant. Le meilleur moment de l’épisode est quand les auteurs se déchaînent avec une géniale parodie des scènes d’amour Hollywoodiennes. Pour reconquérir Agnès, Herbert va carrément chanter la sérénade sous les fenêtres d’Agnès. Son interprétation de Sexual Healing de Marvin Gaye est éblouissante : pendant un moment, il est vraiment convaincant en amant passionné et viril. Après The dream sequence always rings twice, et Big man on Mulberry Street, la série prouve qu’elle a la main heureuse dans ses intermèdes musicaux. Leur réconciliation "Hollywoodienne", va tellement loin dans le pompeux (dialogues, musique, effets de caméra) qu'on finit la scène plié en quatre sur le tapis.

Une intrigue principale moyenne qui vaut surtout pour son hommage correct aux films de prison, et une intrigue secondaire irrésistible. Mais que va-t-il donc arriver à David ? Comment va-t-il s’en sortir ? To be continued !


Infos supplémentaires :

- Le deuxième prénom de Herbert Viola est « Quinton ».

- Herbert Viola mentionne pour la première fois une affaire qu’il doit résoudre : « l’affaire Anselmo ». Cette affaire sera référencée plusieurs fois dans la série, jusqu’à l’épisode final : Eclipse de lune (saison 5).

- En plus de Sexual healing, on entend When the red red Robin comes Bob Bob Bobbin’along de Harry M.Woods, et Love is a many-splendored thing de Sammy Fain. Sans oublier le Galop infernal d’Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach. 

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6. DAVE LA MAIN FROIDE - 2E PARTIE
(COOL HAND DAVE - PART 2)


Scénario : Roger Director et Charles H. Eglee
Réalisation : Allan Arkush

Clair de Lune ne tiendra pas sans Mr.Addison. Il n’y aurait plus de série. Pauvres téléspectateurs !

Bert, désormais directeur intérim, se dispute avec les employés par sa gestion assez tyrannique de l’agence. David, toujours emprisonné, essaye de trouver un moyen de contacter Maddie pour qu’il puisse sortir de là…


La deuxième partie démarre fort bien avec un des plus longs cassages de 4e mur de la série, suivi d’un intermède musical absolument génial. Patatras, après cette brillante entrée en matière, l’épisode perd absolument tout intérêt. L’histoire de David s’enlise dans un surplace paresseux, grévé de plus par des péripéties lamentables rapidement expédiées. Du côté de Los Angeles, rien ne marche, avec des scènes vides de quelconque action. Comme quoi, supprimer un point faible (les larmes amères de Maddie Van Hayes) ne sert à rien si on a pas une intrigue solide qui tient la route, et Cool hand Dave en est la piteuse démonstration. Cependant, quelques petites friandises empêchent l’épisode de sombrer totalement.

David Addison ayant disparu, les dirigeants d'ABC engagent une voyante pour la retrouver, puis font passer un casting de remplacement !! Le télescopage réalité-fiction frappe de plein fouet le spectateur qui se prend à rire devant cette géniale idée de scénariste. La farandole de zozos candidats est tout à fait hilarante en même temps qu'une superbe rétrospective de la série, chacun arborant un costume faisant référence à un épisode antérieur : Petrucchio de Rock around Shakespeare, le mexicain du Retour du père prodigue, la dame en noir de La dame au masque de fer
… Souvenirs d’une période dorée désormais loin derrière.

L’épisode continue sur sa lancée avec un splendide numéro musical parodiant ouvertement un classique de l’opérette anglaise : When I was a lad, extrait de HMS Pinafore, de Gilbert et Sullivan. Entendre le chœur des prisonniers chanter et danser autour de David pour le convaincre d’épouser Maddie vaut le détour. La caméra d’Allan Arkush saisit avec une joie entraînante ce numéro. Malheureusement, après cette double explosion d’imagination, Director et Eglee s’endorment et laissent l’épisode en pilotage automatique. Les 30 dernières minutes sont d’un vide écrasant, uniquement relevées par quelques saynètes. Un bavardage lourd sape sans exception tous les moments de l’épisode, que ce soit les scènes inutiles dans la prison, la conversation avec le directeur, ou la caricature pesante des détenus. Même le message final de Maddie au répondeur est démonstratif au possible. Le maton corrompu rancunier que David surprend pile au bon moment, le directeur qui se décharge de ses responsabilités, le méchant rétrogradant au rang de pantin cabotin arrêté miraculeusement par la cavalerie… la paresse scénaristique est complète.

A L.A. on reste confondu de voir le sympathique personnage d’Herbert totalement trahi. Il se transforme en dictateur qui sème une ambiance désagréable dans l’agence. C’est d’un premier degré absolu, cette métamorphose est une indignité rageante. Et son rétropédalage sous l’impulsion d’Agnès dépasse toutes les limites du ridicule. Toutefois, leur excursion chez le véritable assassin est assez drôle par le conte complètement foutrarque que leur raconte Scott (sous la musique d’Indiana Jones de John Williams !), mais reste bien en-deça de ce que la série nous avait habitués.

Parmi les bons points, on apprécie l’escapade nocturne de David qui se faufile dans un tunnel étroit, grimpe sur le toit, évite les chiens de garde, rôde dans un couloir... Bruce Willis, à ce moment-là, commençait sa reconversion dans le cinéma d’action (le tournage de Piège de Cristal avait débuté). Il est donc marrant de le voir jouer - de manière très convaincante - à l’homme d’action dans cette scène curieusement prophétique. On aime aussi le gag du couteau, tout droit sorti d’une scène culte de Crocodile Dundee. La bagarre générale est tonique à souhait, et finit par se résoudre dans la paix et l’amitié dans une décalée ice cream party !

 

Au final, ce double épisode, malgré quelques scènes brillantes, en particulier musicales, et son 4e mur bien brisé, est un échec global. Hésitant entre hommage aux films de prison et parodie, les auteurs louvoient sans se décider. Il n’est pas anodin que la série ne renouvellera plus l’expérience.

 

Les paroles de la scène musicale de l'épisode ont été retranscrites par Christine Graves sur son site consacré à la série. Elles sont disponibles ici : home.comcast.net/~christinemgraves/cool2.html

Infos supplémentaires :

- Premier épisode sans Cybill Shepherd (qu’on ne voit que dans le flash-back initial). On entend que sa voix.

- L'appartement de David porte le numéro 304.

- Il paraît que Bruce Willis joue un des candidats au casting. Il y’a en effet un personnage en lunettes de soleil et aux cheveux décoiffés qui claque des doigts qui pourrait bien être lui. Mais cela n'a jamais été confirmé.

- L’épisode fut nommé aux Emmy Award pour la meilleure direction artistique d’une scène musicale. Il fut remporté cette année-là par une émission de Noël 1987, un concert intitulé The sound of Christmas, avec notamment Julie Andrews et Placido Domingo.

- L’épisode devait commencer initialement par une scène où Agnès et Bert parlaient directement au spectateur pour leur expliquer l’absence de David et Maddie à l’agence, avant qu’Agnès console Herbert de ne pas être aussi aimé du public que le couple central. Malheureusement, elle a été coupée au montage, mais est visible sur Youtube en tant que « teaser » de l’épisode (en VO non sous-titrée) :
http://www.youtube.com/watch?v=0pXG8IdBmWY

- Pas mal de chansons dans l’épisode. En plus de la parodie de Gilbert & Sullivan, et du thème d’Indiana Jones, on peut entendre Bruce Willis et un autre acteur chanter What's your name ? de Claude Johnson. On entend aussi Wah diddy diddy de Jeff Barry et Ellie Greenwich, chanté par Manfred Mann, la comptine Three blind mice, le thème de Captain Kangaroo pendant la fête, et le thème de Dragnet de Walter Schumann.

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7. L'ART D'ÊTRE PAPA
(FATHER KNOWS LAST)


Scénario : Kerry Ehrin
Réalisation : Allan Arkush

Le patron que je suis est conscient de votre sacrifice à tous, qui consiste à ne pas être payé pour les longues heures passées à vous tourner les pouces. Désormais, un seul mot d’ordre dans cette agence : rien foutre et être payé !

L’agence Clair de Lune est en faillite, et tous les employés quittent le navire. David reçoit la visite d’Alexander, le père de Maddie, qui connait désormais la grossesse de sa fille. Malheureusement, leur rencontre se passe très mal, et Alexander repart furieux à Chicago. David lui court après pour tenter de réparer les dégâts…


Le problème de Clair de Lune en cette saison 4, est qu’elle délaye sur toute une moitié de saison une histoire qui pourrait tenir sur deux-trois épisodes. La séparation entre David et Maddie dure, dure, jusqu’à user la patience du fan le plus convaincu. Les scénaristes, fatigués, se contentent d’écrire une ou deux scènes « fortes », et de laisser les 4/5e restants de l’épisode à l’abandon. Kerry Ehrin tente de briser cette routine. Il est évident qu’elle a tout misé sur une scène-clé, une des plus intenses de toute la série. Mais le remplissage alentour n’est pas mauvais, car la menace du dépôt de bilan autorise quelques scènes parfumées à l’humour très anar, tout en égratignant le rêve américain. Au final un épisode qui sort du lot de cette première moitié de saison médiocre.

Le début s’éternise sur la découverte des parents de Maddie de la grossesse de leur fille. Eau de rose et niaiserie tombent en avalanches (Cybill Shepherd tire la même tête depuis six épisodes, ça commence à bien faire), qu’est-ce que c’est pesant, que c’est démonstratif, et quelle pitié de voir Eva Marie Saint et Robert Webber perdre leur temps dans des intrigues indignes de leur talent. Enfin, bref, Alexander décide de faire le point et s’invite à l’improviste dans l’agence Blue moon, mais au plus mauvais moment.

Car l’absence de Maddie, le séjour en prison de David, et l’incompétence de Bert en directeur intérim ont fini par mettre l’agence sur la paille. Et là, l’épisode démarre vraiment, car envoyant des barils d’acide sur la bonne morale américaine qui exalte épanouissement de l’homme par le travail grâce à la plus incroyable revendication syndicale des séries télé : le droit de ne « rien foutre et être payé » ! Même Marx n’aurait pas osé… L'« American Dream » se voit aussi copieusement dézingué grâce à l’inusable Herbert Viola, qui s’est hissé au sommet de l‘échelle que pour mieux se comporter en dictateur ; un thème que l'on retrouvera dans le grinçant It's a free world ! de Ken Loach. Finalement, cet épisode apporte une réponse à une énigme lancinante qui hantait la série depuis le pilote : quel est le travail des employés sachant que David et Maddie font les enquêtes eux-mêmes ? Réponse : rien. Et par un culot redoutable, les employés se plaignent de ne plus être payés pour leur non-travail et veulent prendre la porte !

Herbert tente de calmer ces revendications libertaires sortis d’un autre monde, avec force claquements de fouet (!!) et rhétorique fumeuse. Le ping-pong verbal entre lui et MacGilicudy fuse, détonne. Tout le monde en prend pour son grade : le tyranneau ridicule, les employés paresseux, les anars uniquement anars par intérêt… sans oublier les communistes, étant donné que nous sommes encore en pleine guerre froide. David applique la méthode Tout va très bien madame la marquise avec un succès que l'on va qualifier de contestable. Le déjeuner tourne à la catastrophe lorsque David doit s’expliquer sur ses sentiments envers Maddie et son bébé. En réalité, David subit la loi de l’emmerdement maximal : il collectionne les emmerdes depuis pas mal de temps, sans pouvoir se justifier. Et ici, c’est le couronnement : il ne peut se défendre sans s'en prendre à Maddie, qui a pris la fuite et lui impose un silence de plus en plus insupportable. Or David, lessivé, ne veut plus s’en prendre à elle, et donc ne peut rien dire de convaincant sur ses sentiments. Abandonné par la femme qu’il aime, Alexander l'accuse de l’abandonner, elle. Une situation absurde et cruelle comme la série en réussit parfois. David touche le fond lorsqu’il est largué par la dernière personne que l’on aurait crû capable d’une telle trahison : Agnès. Allyce Beasley est presque choquante en furie détruisant le dernier bastion du monde de David.

Finalement, David craque, poursuit Alexander jusqu’à ce qui restera comme le climax émotionnel de cette saison : son plaidoyer pour lui-même. David en a marre de payer pour les autres, et revendique sa part de justice et de bonheur. Bruce Willis nous sort le grand jeu : avec le maximum d’expression, il donne vie à la prose impériale d’Ehrin, en démontrant que les torts sont partagés, et que Maddie aussi a sa part de responsabilité. Il décrit sa souffrance d’être éloigné d’elle, sa frustration de la loi du silence, sa colère d’être le souffre-douleur, avec un lyrisme et une émotion bouleversantes. Cette scène est l’antidote parfait à ceux qui croient que Bruce Willis ne sait pas jouer : ici, il accomplit une performance digne des plus grands comédiens. Les fans n’hésitent d’ailleurs pas à dire qu’il s’agit sans doute de sa meilleure performance dans la série (et peut-être de sa carrière !) C’est un pincement de voir cet acteur si doué s’être perdu ensuite dans des films où il n’exprimait plus (ou si peu) son talent.

Après un tel moment, difficile de continuer ; et effectivement, le sermon pompeux d’Alexander, lourd et répétitif, fait mal après cet instant de grâce. Mais malgré des grosses longueurs, on retrouve le sourire avec l’optimiste final où l’agence, aux caisses renflouées, peut de nouveau repartir. David se reprend en main, et fait l’apologie de la paresse devant ses employés ravis : vive l’oisiveté rémunérée ! Cette revendication très Nietzschéenne, où le travail ne sert qu’à asservir l’homme (Aurore), veut montrer que l’on peut être heureux du moment qu’on a de quoi vivre et qu’on ne travaille pas, alors que le rêve américain est bâti sur le dépassement de soi, le travail acharné, etc. Culotté, improbable, politiquement incorrect, cette fin euphorique termine un épisode qui sort de la grisaille ambiante.


Infos supplémentaires :

- Aka. Is that a shotgun in your pants or are you happy to see me ? D’après une célèbre réplique de la vamp Mae West (années 1930), qui fit fureur dans l’Amérique puritaine d’alors. Le titre finalement gardé détourne une série des années 50 : Father knows best.

- Maddie a quitté ses parents à 18 ans.

- MacGilicudy est membre du parti Communiste.

- Erreur de continuité : David évoque une demande en mariage à Maddie qu’elle aurait refusé. Mais jamais une telle scène a été tournée dans les épisodes précédents. Par ailleurs, les prisonniers de la 2e partie de Cool hand Dave ont encouragé David à faire sa demande - signe qu’il n’a jamais essayé auparavant - mais il n’a pas eu le temps de faire une quelconque demande entre les deux épisodes !

- Avant de s’envoler pour Los Angeles, Alexander demande à annuler son rendez-vous avec un certain Osborn. Un clin d’œil à Ron Osborn, un des producteurs-scénaristes de la série ?

- La musique de l’entrée triomphale de David est Hail to the chief

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8. LES TOPISTOS
(LOS DOS DIPESTOS)


Scénario : Douglas Steinberg
Réalisation : Gerald Perry Finnerman

- Appelle Mlle Hayes et Mr. Addison !
- Ils ne jouent pas dans cet épisode.

Clara Topisto revient d’un voyage au Mexique, transportant à son insu une statuette contenant des émeraudes de contrebande. Des trafiquants comptent en effet ensuite la lui reprendre en cambriolant l’appartement de sa fille Agnès où elle compte rester quelques semaines. Clara, Agnès, et Herbert tentent de retrouver les trafiquants…


Les auteurs continuent de retarder l’épilogue de la mascarade David-Maddie en tournant un épisode centré sur Bert et Agnès, histoire de gagner du temps. Notre duo secondaire continue de briller dans une atmosphère foldingue, préservant comme dans une bulle un peu de l’essence originelle de la série, envolée depuis le départ de Maddie, et qu'ils préserveront encore en dernière saison. Malheureusement, le scénario en freelance de Douglas Steinberg ne transforme pas l’essai : il ne délire pas assez, et enferme l’épisode dans une investigation vaine, aux allers-retours stériles, aux raccourcis énervants, malgré de bonnes idées sporadiques. On se situe assez loin de la grande réussite qu’avait été Poltergeist 3 la saison précédente.

On commence par un prologue au Mexique avec un trafic d’émeraudes dans un bar mexicain délicieusement typé : sombreros, guitares, tequila se comptant par dizaines… il ne manque plus une interprétation de la Malagueña Salerosa pour se retrouver dans Missive de Mort (saison 2) de Chapeau melon et bottes de cuir ! Bien qu’il soit directeur de la photographie de la série, et non réalisateur, Gerald Perry Finnerman trouve souvent les angles justes pour faire sentir cette ambiance fumeuse.

L’épisode commence mezzo voce par une répétition du numéro que doit faire Agnès pour demander une augmentation à Mr. Addison, et Bert chéri l’assommant de « stratégies militaires » tout à fait débiles. Plus que le charme fou que dégage Allyce Beasley quand elle dénoue tous ses cheveux, c’est l’égocentrisme sans limite de Bert qui est le prix de cette introduction. Le débit de mitraillette d’Agnès lorsqu’elle présente sa revendication renoue quelque peu avec l’ancienne tradition de Clair de Lune à balancer le plus de mots possible dans un rythme frénétique.
L’attraction de l’épisode est bien entendu Clara, maman excentrique. Mais malgré la bonhomie d’Imogene Coca, elle manque cruellement de ce grain de folie que le personnage est sensé avoir. L’épisode n’ose pas lui donner de quoi faire son show, et sa participation demeure transparente. L’enquête souffre d’incohérences et de trous scénaristiques (Pourquoi un mode opératoire aussi alambiqué et risqué ? Comment Clara a-t-elle découvert le secret de la statuette ? Pourquoi garder la même plaque minéralogique ?). Le manque d’épaisseur des vilains est aussi préjudiciable. On sauvera seulement une bonne course-poursuite et le twist final, mais entaché ensuite par des adieux interminables entre Agnès et maman. Dommage.

L’épisode tente de se rapprocher des disputes légendaires David-Maddie, en les transposant avec le couple secondaire pourtant bien moins fort de tempéramment. Si la comparaison est dure pour Bert-Agnès, le talent de dialoguiste de Steinberg et le cabotinage joyeux des comédiens rendent ces disputes énergiques, rapides, et stimulantes. Et puis bon, on avait plus eu de coup de gueule bien dévastateur depuis I’m curious… Maddie (saison 3), alors ne jouons pas la diva...

Agnès a en fait un retard psychologique important : elle se voit d’abord comme fille avant d’être femme, et préfère passer sa vie avec sa mère plutôt qu’avec son compagnon. Elle mise sur le passé et non sur le futur. Le chagrin et la colère de Bert vont certainement au-delà de l’abstinence sexuelle imposée par la visite de la mère. Leurs disputes sont certes très drôles avec noms d’oiseaux, volume max, et ping-pong serré, mais affleure aussi quelques pointes d’émotion lorsqu’Herbert échoue à chaque fois à convaincre Agnès. L’épisode pointe très bien ce fait, et on est donc assez consterné de la scène finale où David et Agnès exaltent avec 400 violons la toute-puissance de la famille sur tout, un vrai gâchis ! Allyce Beasley joue son registre favori (jouant la femme-enfant plus lourdement qu’une congrégation de bûcherons) pour notre plus grand plaisir.
Le fan notera que David doit quand même se battre avec sa solitude, puisque sa fuite en avant du week-end est motivée par l’absence de Maddie, et qu’il cherche un dérivatif en fuyant cette agence où il se sent trop seul.

On note quelques gags, comme Herbert ayant du mal à passer par la fenêtre, l’incendie de la cuisine, Agnès et Clara réagissant avec 20 secondes de retard au cambriolage, le numéro de charme faux-cul de Bert à une Clara toute émoustillée, la réponse versifiée de Clara au téléphone (on comprend d’où vient la facilité d’Agnès avec les vers), et surtout, surtout, la clownesque poursuite finale dans le couloir de l’immeuble, qui arrache le rire toutes les secondes.

Bref, une intrigue mollassonne, un rendez-vous manqué avec la mère d’Agnès, de grosses incohérences, mais quelques bons moments qui renouent avec la meilleure veine de Moonlighting.


Infos supplémentaires :

- Aka. Mother, may I ? Le titre original est un clin d’œil à un film mexicain de 1980 : Los dos amigos.

- 2e épisode sans Cybill Shepherd.

- Agnès aime les gaufres à la banane. Elle habite appartement 203.

- Herbert dit faire des paris à chaque élection présidentielle depuis 1960. Si on suppose qu’il est né en 1953 comme son interprète, il n'avait donc pas plus de 7 ans pour sa première fois. Précoce, le gars ! Toutefois, aucun président n’a été élu en 1960 (John Fitzgerald Kennedy le fut l'année suivante).

- Imogene Coca (Clara Topisto) était si enthousiasmée par la série qu’elle téléphona directement aux producteurs pour y avoir un rôle. Ainsi fut fait. Par ailleurs, il y’a une autocitation : lorsque Clara invite Agnès et Herbert à tirer le tapis sous les pieds des méchants, elle dit avoir eu cette idée dans la série Your show of shows (1950). Imogene Coca était une des stars de cette série.

- On entend dans l’épisode Oklahoma ! du duo Hammerstein-Rodgers, chanté par Agnès et sa mère, Anything you can do, I do better, extrait du musical Annie get your gun d’Irving Berlin, d’après un livret d‘Herbert et Dorothy Fields. On entend aussi l’allegro final de l'ouverture de Guillaume Tell de Gioacchino Rossini lors de la poursuite finale.

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9. DAVID, PÈRE DE FAMILLE
(FETAL ATTRACTION)


Scénario : Charles H. Eglee et Roger Director, d’après une histoire de Ron Osborn, Jeff Reno, et Kerry Ehrin
Réalisation : Allan Arkush

Ca m’est bien égal de savoir qui est le père. Le plus important est : qu’est-ce que va faire un père, s’il s’avère que je trouve un père ?… C’est sensé ce que je dis, là ?

Espérant un prochain retour de Maddie, David essaie d’en savoir le plus possible sur les femmes enceintes, et comment se comporter envers elles. Après diverses tentatives, il rencontre Terri Knowles, jeune docteur en musicologie, et célibataire enceinte de sept mois. Ils suivent tous deux des cours spécialisés (les cours Lamaze). Au fil du temps, une certaine attirance naît entre eux…


Cinq scénaristes pour écrire une histoire : y’a pas de doute, cet épisode a été pensé comme un tournant. Malheureusement si le statu quo pénible de la saison commence à se briser, cet épisode reste quand même figé dans l’immobilisme, de plus conjugué à des dialogues catastrophiques. Alors, pourquoi cet épisode séduit-il ? Grâce au couple du jour : David et Terri, flamboyant d’alchimie et de lumière. Leur relation évoque celle entre John Steed et Emma Peel par leur amitié forte et souriante sous-entendant un sentiment plus profond. La tension sexuelle est également présente et ne cesse d’augmenter. Certes, rien à voir avec l’intensité David-Maddie, bien plus pimentée et explosive, mais on peut apprécier cette douceur qui fond dans la bouche. Entre humour léger et émotions douces, Dave et Terri sont vraiment irrésistibles. Il est évident que tout comme Sam était l’homme idéal pour Maddie, Terri incarne la femme parfaite pour David, et cet astucieux miroir est l’atout de Fetal attraction.

L’idée de cet épisode serait un excellent point de départ pour une comédie romantique : un homme cherche à en savoir un max sur les femmes enceintes en attendant le retour de sa dulcinée ; arrive une femme enceinte, célibataire, souhaitant un enfant sans s’encombrer d’un compagnon, mais quand même une présence masculine à ses côtés le temps des derniers mois. Dans un film d’Hollywood, notre couple passerait par diverses phases de complicité et de fureurs avant de se marier à la fin. Mais comme nous savons que David est à Maddie et Maddie à David, on se demande comment les scénaristes vont gérer tout ça !

L’épisode met du temps à démarrer, mais nous rassure par des piques de folie douce : David redevient Délireman, sollicitant à Agnès des conseils alors qu’elle n’a jamais connu les joies de la maternité (un dialogue désopilant), demande à Herbert Viola de jouer le rôle d’une femme enceinte, aborde une vraie femme enceinte dans des intentions pourtant platoniques ; bref, on retrouve un peu du surréalisme qui avait fait le charme de Moonlighting période dorée. Le retour des vers d’Agnès le confirme.

Une petite parenthèse, le point faible de l’épisode est évidemment les scènes chez Maddie qui nous gavent, mais vraiment nous gaaaaaaaavent. On en a marre de cette lourdeur sentimentale. Le gag du colis de livres veut rassurer les fans : il prouve que David prend très au sérieux la grossesse de Maddie, et cette dernière y voit une preuve d’amour et de responsabilité. Cela l’émeut et la fait ENFIN décider à partir de chez ses parents, mais non sans une nouvelle scène tire-larmes insupportable, malgré tout le talent de Cybill Shepherd. Robert Webber et Eva Marie Saint quittent la série sans tambour ni trompette. Toutefois, le spectateur qui croit anticiper la suite risque d’être sévèrement détrompé, les auteurs n’ont pas fini de nous surprendre !

Lorsque les querelles d’egos sont mises en sourdine, Bruce Willis, du moins à cette période-là, savait utiliser son charme pour établir une complicité pétillante avec ses partenaires féminines. C'est ce qui arrive entre lui et la charmante Brooke Adams. Les dialogues insipides, voire franchement lourds, ne parviennent pas à annuler ce lien. On comprend que les auteurs, piégés dans la situation absurde qu’ils se sont créés, ont voulu réinjecter un peu de tension en faisant rencontrer à David son idéal féminin au moment critique. Car Terri est l’anti-Maddie. L’épisode la fait voir sous un aspect très positif alors qu’elle revendique son droit à élever son futur enfant seule, sujet sensible qu’on attendait pas à voir dans une série aussi peu sérieuse. Terri n’a pas la sensualité de Maddie, mais a une séduction manifeste. Terri est une brune chaleureuse alors que Maddie est une blonde glaciale, Terri trouve à David beaucoup de qualités, aime passer du temps avec lui, est dénuée de jalousie, et refuse de se prendre la tête avec l’avenir, voit la vie sous un jour joyeux, et comme David, veut en profiter à fond : une femme enceinte de sept mois qui mange des cheeseburgers n’est quand même pas fréquent ! On est à l’opposé complet de Maddie. Comme l’on sait d’avance que cette relation est vouée à l’échec, une certaine mélancolie baigne cet épisode modeste mais si joli. 

Tout au long de l’épisode, une attirance de plus en plus brûlante se fait jour : les cours de Lamaze sont assez troublants, lorsque David doit toucher certaines parties du corps de sa partenaire. Leur dîner dans un fast-food finit par prendre des allures de rendez-vous galant. Sans parler de la dernière scène où en peignoir, elle s’allonge sur le lit d’un David torse nu qui fait de la musculation (un clin d’œil à sa préparation physique pour Piège de cristal ?), où la chemistry commence à frétiller dangereusement. Si finalement la barrière sexuelle n’est pas franchie, Terri avoue son attirance pour David, et ce dernier doit avouer qu’il n’est pas indifférent. Un bel épisode décidément.

 Infos supplémentaires :

- Aka. The Stork Club. Le titre retenu de cet épisode s’inspire évidemment du film Fatal attraction (Liaison fatale) réalisé par Adrian Lyne, avec Michael Douglas et Glenn Close (1987).

- David dit qu’il a envisagé une licence en musicologie. On y croit pas trop. Il aurait par contre été à l’Institut de Géographie, c’est plus probable.

- Brooke Adams est à la ville Mme Tony Shalhoub (le héros de Monk) depuis 1992.

- Une des plus énormes erreurs de continuité : quand Terri rend visite à David la nuit, son peignoir ne cesse d’ouvrir et de se fermer d’un plan à l’autre !

- Adresse des Hayes : 88 East Oak Avenue. Lakeshore. Chicago, ILL. L’adresse est fictive, bien qu’il existe un 88 East Oak Street à Chicago.

- Terri évoque le concerto d’Elgar. Il s’agit certainement de son Concerto pour violoncelle en mi mineur op.85, unique concerto d’Edward Elgar (1857-1934) pour l’instrument de Terri. Il est caractérisé par son atmosphère désolée et pessimiste, écrit au lendemain de la Première guerre mondiale (en 1919). On entend dans l’épisode I’ve got rythm, un tube de la comédie musicale Girl crazy de George Gershwin. Les quatre premières notes du thème de la série sont jouées par David au violoncelle quand il est chez Terri.

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10. LE NOUVEAU DAVID
(TRACKS OF MY TEARS)


Scénario : Judith Kahan, d’après une histoire de Debra Frank et Kerry Ehrin
Réalisation : Paul Krasny

- Est-ce que ce sourire béat a quelque chose à voir avec la nuit dernière que nous avons passé ensemble, amore mio ?
- Non. C’est mieux que ça !

Dans le train qui la ramène à Los Angeles, Maddie Hayes fait la connaissance d’un homme d’affaires maladroit : Walter Bishop. Ils deviennent rapidement bons amis. Dans le même temps, elle fait des cauchemars : comment sera David quand elle rentrera ? Souhaite-t-elle le voir changé ou non ? Maddie comprend qu’elle va devoir prendre une décision cruciale avant de réintégrer l’agence…


Episode inspirant une kyrielle d’impressions confuses et diverses, Tracks of my tears ne cesse de tourmenter le spectateur par un suspense sentimental parfois oppressant. L’entrée en scène de Walter Bishop n’est qu’un prétexte pour prolonger la tension entre David et Maddie qui étaient sur le point de se retrouver (Terri reste en périphérie). Ce n’est pas ce personnage sympathique mais fade qui intéresse, mais bien les terribles questions intérieures de Maddie, métaphorisées en particulier par trois séquences oniriques dont la deuxième est certainement un des plus beaux joyaux de toute la série. Les retrouvailles entre David et Maddie retrouvent le ton de la screwball comedy, et non plus cet infamant soap opera qui nous saoulait depuis le début de cette saison. Le twist final « énorme » est cependant tellement absurde que l’on comprend pourquoi Cybill Shepherd répugna à tourner cet épisode, incohérent avec son personnage. La série, forcée de suivre son rythme de feuilleton sans pouvoir s'arrêter, bascule dans la surenchère scénaristique. Mais en payant ce prix, elle s'en voit récompensée, car relançant enfin la screwball music, et donnant à cette fin de saison 4 l'ambiance que l'on croyait perdue des trois premières saisons.

L’épisode commence avec un remarquable trompe-l’œil où Maddie trouve un David changé tant physiquement que moralement : responsable, sage, courtois, professionnel, modéré... David « déDavidé » ? En réalité, elle s’interroge : a-t-elle vraiment envie de changer David ? Elle est déchirée, car elle ne peut supporter David dans l’état actuel des choses. Mais si elle l’aime, c’est uniquement parce qu’il est comme ça : tapageur, en roue libre, mufle, provoquant, immature. Elle aime ce qu’elle déteste en lui, parce qu’il est son opposé, parce qu’on ne peut aimer que quelqu’un différent de soi. Cela mène au climax de l’épisode : elle se voit mariée au David « idéal », et constate l’inanité de son choix. N’ayant pas retenu la leçon de My fair David (saison 2) et de Sam, elle persiste à vivre avec un mari parfait "logiquement". Il dégouline d’une gentillesse ennuyeuse : David ne veut plus l’aimer charnellement, est devenu aussi lisse qu’inintéressant. Et pourtant, comment peut-on résister à la spectaculaire apparition de Cybill Shepherd en robe très très échancrée ? On notera que cet épisode est certainement celui où Cybill Shepherd est le plus en beauté (les avantages de l'onirisme).

Le bad guy est toujours plus séduisant que le nice guy, et dans une vision érotique rappelant Witness for the execution (saison 2), Maddie aperçoit le vrai David, qui transpire le sexe par tous les pores. Maddie veut résister, mais finit par succomber à la passion lors d’une scène torride, et rendue fantasmagorique par la caméra enchantée de Paul Krasny. Grandiose idée de Debra Frank et Kerry Ehrin d’avoir rendu hommage à La fièvre au corps de Lawrence Kasdan : leur version de la scène d’amour - avec trompette supra-érotique - est aussi puissante que l’original. C’est chaud, sensuel, on avait plus vu ça depuis I’m curious Maddie. L'épisode donne corps au fantasme féminin de voir un homme briser toutes les barrières rien que pour ses beaux yeux. Bruce Willis est porté à incandescence dans cette scène impressionnante. Loin de l’excitation piquante de leurs rapports, un David idéal selon la logique de Maddie serait d’un ennui mortel, alors que le vrai David fait de sa vie une véritable aventure, avec ses hauts et ses bas vertigineux. Les humains restent soumis à leurs émotions plutôt qu'à la logique, ce que Maddie refuse encore, et qui explique le twist final.

La rencontre avec Walter Bishop suscite des sentiments mitigés. Il n'y a rien à reprocher à Dennis Dugan qui joue fort bien le benêt tout gentil et falot. On lui est reconnaissant d’introduire un comique slapstick, rythmé, lors de sa rencontre avec Maddie. Ce personnage lunaire un peu bébête, d’une courtoisie platonique et désintéressée, est touchant, mais manque cependant d’aspérités, là où celui de Mark Harmon distillait quand même une ambiguïté. Toutefois, Bishop ne dégage aucun charme évident, et on a du mal à comprendre l’attirance de Maddie qui semble confondre compassion et sentiment.

Pour son unique scénario en tant que dialoguiste, Judith Kahan se montre à la hauteur par des répliques virevoltantes, speedées, et bien massives. On en a la preuve lors du grand final des retrouvailles : d’abord un peu gênés, Dave and Mad’ s’embarquent dans un dialogue à double sens, puis le ton monte, et ça y’est, la dispute tant attendue éclate ! Comme le fait remarquer David, ils n’ont pas perdu la main de ce côté ! Cette dispute tellurique montre à quel point Maddie au plus profond d’elle-même adore perdre le contrôle et gueuler contre son homme (et vice-versa). Paul Krasny y accomplit des prouesses visuelles (un pudique champ/contrechamp, un gros plan soudain sur deux yeux bleus embués…). Maddie veut encore attendre, ce qui provoque la fureur de David. L'égoïsme apparent de Maddie est compensée encore par sa souffrance morale, son déchirement entre son émotion et sa logique, sa peur d'une nouvelle relation "extrême" avec David. Dans Moonlighting, rire et larmes sont très proches. Remarquable double portrait psychologique que ces retrouvailles.

Aussi, sera-t-on consterné par la révélation finale. Elle ne dépareillerait pas à côté du rêve de Pamela dans Dallas, ou de la réapparition inexpliquée de Fallon (avec un nouveau visage) dans Dynasty ; mais dans Clair de Lune, on coince un peu. Un moyen ridicule et lourd pour conserver la tension, malgré un Bruce Willis monumental de génie dramatique. Toutefois, reconnaissons qu’il est tout à fait explicable : la troisième scène onirique voyant Maddie incapable de conduire le train de sa vie (scène trop lourde niveau symbolisme) montrait à quel point elle refusait de prendre une décision. Incapable de faire un choix, d’avoir le courage de choisir, elle laissait le « train » s’écraser dans l’agence. Sens de la métaphore : Maddie refuse de trancher un nœud gordien et va vers une autre voie : celle que lui propose ce Walter sorti du diable vauvert. Malgré cette direction dramatique HS, c’est pour la série l’occasion de réenclencher la mécanique burlesco-sentimentale, et les épisodes suivants seront la récompense du spectateur après tout le passage à vide de cette saison.


Infos supplémentaires :

- Pour l’unique fois de la série, on voit le prénom de Maddie écrit en entier (sur le colis postal) : Madolyn Hayes.

- L’escapade de Maddie a duré 4 mois, période écoulée entre la fin du 4x01 et le 4x10.

- N° des Hayes : 131255416. Ils en ont plusieurs ?

- Agnès déclare à Maddie qu’elle et Herbert ont eu leurs propres épisodes. Comme il n’y a eu que Les Topistos comme épisode centrés sur eux, cela signifie que l’épisode L’inaccessible d’amour (13e épisode diffusé de la saison) a été tourné avant cet épisode. Cela n’est pas étonnant car les épisodes centrés sur Bert et Agnès étaient tournés en parallèle des histoires David-Maddie, pour pouvoir être diffusés en cas de retard de tournage.

- Le titre original de l’épisode s’inspire du tube soul de 1965 du même nom du groupe The Miracles.

- On entend dans l’épisode la chanson Tutti frutti de Pat Boone.

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11. CIEL, MA FEMME!
(EEK! A SPOUSE!)


Scénario : Ron Osborn et Charles H. Eglee, d’après une histoire de Roger Director, Kerry Ehrin, et Jeff Reno
Réalisation : Artie Mandelberg

- Quand vous me l’avez annoncé, j’étais un peu fâché, mais après j’ai réfléchi.
- Vous, réfléchir ? Laissez-moi rire…

- J’ai quelque chose à vous dire.
- Ca vous dérange pas si je mets la radio ?


Lauren Baxter découvre qu’Anthony, son mari, a une liaison illégitime depuis sept ans. Elle engage David et Maddie pour convaincre Bridget - la maîtresse - de quitter la ville moyennant une importante somme d’argent. Mais malgré la décontraction de David, Maddie est certaine que son associé n’a pas toujours pas digéré son mariage, ce qui cause pas mal de crises entre eux…


Les promesses de Tracks of my tears sont tenues : Eek ! A spouse ! retrouve le niveau des premières saisons : une enquête-prétexte, des disputes telluriques, de beaux portraits de personnages, de l’humour absurde… c’est toute l’atmosphère de la screwball comedy, essence de Moonlighting, que l’on retrouve ! L’on pourra certes reprocher quelques incohérences, ou la mise en scène mollassonne d’Artie Mandelberg. Mais dans l’ensemble, cet épisode de haute tenue relance cette fin de saison sur de bons rails, d’autant que les scénaristes retrouvent une certaine virtuosité dans l’écriture de la relation David-Maddie ; les acteurs sont d’ailleurs tout à fait à leur aise.

L’introduction clippée n’est pas sans rappeler celle de Blonde on Blonde, avec des images d’un couple faisant l’amour entrecoupées à celle d’une main écrivant quelque chose à la peinture rouge. La spectaculaire révélation initiale, vengeance ironique bien gratinée, fait tout son effet.
Grand soleil sur l’agence Blue Moon. Maddie se sent un peu coupable d’avoir « lâché » David, et pense que ce dernier doit pas être bien. C’est à ce moment que Délireman fait une entrée percutante pleine de bonne humeur. Maddie a vraiment un don pour se planter systématiquement en beauté.

La scène avec Bridget (Katie Leyman, à faire damner un ange) est l’objet d’un beau portrait de femme qui renvoie à la Laura de Radio assassin (saison 1). Tout en acceptant d’être le mauvais rôle (elle met en péril un couple qui pourtant s’aime), elle présente sa défense : elle aime Anthony, ne souhaite que son bien. Elle sait très bien qu’elle est la femme qu’on cache, celle qui est dans l'ombre, mais elle accepte qu’il aime et reste avec sa femme. Aussi refuse-t-elle la proposition de Lauren, et donne une certaine grandeur d’âme à un personnage de statut peu sympathique. Lauren (Cristine Rose, de feu et de glace) condamne l’acte d’adultère, mais non son mari qu’elle désire garder. Ce subtil distinguo approfondit un personnage pourtant peu présent. Les scénaristes retrouvent la main !

L’enquête est le miroir de la relation de nos héros. La relation entre Anthony et sa femme est celle entre David et Maddie : fureurs, explosions, rages, suivies d’intenses moments de complicité et d’amour. 15 ans qu’ils tiennent à ce régime, mais c’est surtout grâce à la présence de Bridget que le couple a pu rester stable. Bien des films (Vicky Christina Barcelona de Woody Allen…) et des séries (Ally McBeal
…) ont exposé des cas où un couple tient lorsqu’un(e) amant(e) figure dans l’équation. Anthony a besoin de calme, d’un refuge sûr, de sécurité qui peut compenser la frénésie de sa vie avec sa femme dont il a autant besoin. Au milieu de tout ça, Herbert Viola nous régale de dialogues hallucinés, Curtis Armstrong est décidément incontrôlable quand il part dans tous les sens !

Ce couple à la relation aussi déséquilibrée que celle de nos héros entraîne évidemment une tension entre eux. Mais la magie de notre couple est qu’il ne peut cesser de se disputer quelque soit la situation. Lorsque Maddie s’étonne qu’ils ne se disputent pas, ça entraîne… une dispute ; lorsque Maddie veut s’assurer que David va bien... dispute ! On retrouve avec plaisir ces disputes fracassantes d’autant plus aiguës que Maddie se sent coupable et que David se montre d’une euphorie trop frappadingue pour être sincère. Il souffre de l’avoir perdue, mais son ego lui impose d’encaisser.

Agnès Topisto reprend son rôle de porte-parole des fans en se montrant d’une froideur acérée envers sa patronne. Comme nous, elle est déçue du choix absurde de Maddie. Ses doléances sont les nôtres. Le grand plaidoyer pour elle-même de Maddie, portée par la composition sur orbite de Cybill Shepherd, est un grand moment de l’épisode. Maddie (dans le rôle d’Anthony) explique qu’elle ne pourrait pas vivre avec David (Lauren) avec qui tout est trop intense. Elle a besoin de quelqu’un de plus calme, le contraste que lui offre Walter (Bridget). Elle donne ensuite la plus belle preuve d’amour possible : retenant la leçon de Tracks of my tears, elle explique que si David devenait son mari, il devrait changer, renoncer à ce qu’il est, à ce qui fait de lui cet être si fascinant, et il serait malheureux comme elle. C’est magnifique.

David se montre plaisamment manipulateur, forçant Maddie à se trahir, à avouer implicitement qu’elle l’aime lui et non Walter. Le running gag de « Mme Bishop » qui à chaque fois fait exploser Maddie peut être pris comme revendication féministe de ne pas adopter le nom de son mari, mais aussi comme un aveu caché : elle n’aime pas Walter, ne parvient jamais à affirmer fermement qu’elle l'aime Walter. Le final abonde aussi dans ce sens.

Avec tout ça, on comprend que l’enquête ne prenne pas beaucoup de place, on retiendra néanmoins que dans la grande tradition de Clair de Lune, une élégante machination est mise en place, dévoilée par… Herbert Viola (!) et réduite en pièces par David et Maddie lors d'une des plus déjantées courses-poursuites de la série où David roule très lentement pour ne pas fatiguer le bébé de Maddie, ou s’amusant à casser plusieurs fois de suite le 4e mur ! Le final loufoque sur les lits-trampolines couronne ce petit bijou d’humour et d’émotion qui se clôt sur un plan plein de douceur et d’amertume, avec une non-demande en mariage déguisée.

Nos héros ressuscités, une enquête drôle, un joli dilemme amoureux, des moments forts, un habile jeu de manipulation. Que demande le fan ?



Infos supplémentaires :

- Le titre de l’épisode pastiche le nom d’un fameux chanteur de reggae : Eek-a-mouse.

- On entend dans l’épisode I didn’t mean to turn you on de Robert Palmer. On entend par ailleurs la berceuse populaire anglaise Rock-a-bye Baby, et La danse du sabre, avant-dernière scène du ballet Gayaneh d’Aram Khatchatourian. David chante un extrait de Lightning strikes de Lou Christie.

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12. MADDIE VA SE MARIER
(MADDIE HAYES GOT MARRIED)


Scénario : Charles H. Eglee et Roger Director
Réalisation : Paul Krasny

Maddie, vous ne pouvez pas partir avec tous ces figurants qui coûtent une fortune !


Non mais c’est incroyable, mon propre mari veut m’épouser !

David continue de douter que Maddie aime Walter. Il la met à l’épreuve en organisant une fastueuse cérémonie de mariage où elle devra réitérer ses vœux devant tout le monde. Pendant ce temps, Herbert et MacGillicudy organisent l’enterrement de vie de garçon de Walter, et Terri va bientôt accoucher…


Cet épisode est un des plus marqués par le sceau de la screwball comedy. Malgré quelques moments de statisme, l’épisode fait fuser dialogues ciselés et grands moments d’absurde avec brio. Commençant modestement, l’épisode est un long crescendo et accelerando de comédie, qui finit par exploser dans un final infernal que n’auraient pas renié Howard Hawks ou Billy Wilder ! Si Walter reste assez fade, Maddie, David, et même Herbert explosent tout sur leur passage pour nous donner une leçon de burlesque sentimental.

On voit quelle évolution s’est produite depuis la fin de la saison 3. Manquant de confiance en lui, David se résignait à abandonner le combat pour le cœur de Maddie. Sa victoire in extremis n’étant due qu’à la lucidité de Sam sur les sentiments de la belle, et quittant le champ de bataille de lui-même. Mais depuis, David a pu goûter le plaisir d’être l’amant de Maddie, et la frustration d’avoir été éloigné d’elle. Deux expériences sentimentales qui l’ont renforcé, et l’encouragent à se battre pour la récupérer. David est si confiant qu’il va jouer un fantastique coup de poker qui pourtant pourrait lui être fatal !

Avec une audace à peine croyable, David parie que Maddie sera incapable de confirmer son amour devant les hommes et organise une cérémonie de mariage où il y aura foule ! Il s’appuie sur son intuition lui disant que Maddie a honte de s’être mariée avec un individu aussi fade que Walter. S’il échoue, David l’aura définitivement perdue, le risque est donc immense, mais il le prend ! Cela nous vaut bien entendu une énorme engueulade comme on les aime. En passant, on se marre d’entendre David s’imaginer Walter comme un gars bien costaud à la tête vide, alors que Bruce Willis incarnera plus tard dans ses plus mauvais films de tels personnages ! Leur rencontre n’est toutefois réussie qu'à moitié, les auteurs demeurant sages. A force de le rendre trop bêta, les auteurs font de Bishop une pâle marionnette qui n’a pas vraiment sa place dans la série. Dennis Dugan est cependant tout à fait dans le personnage.

La dispute Maddie-Walter témoigne de l’ingéniosité psychologique des scénaristes : officiellement, la cause de la fureur de Mad' est l’ingérence de David dans sa vie privée, ayant peur que Walter tombe sous la coupe du manipulateur, c’est ce qu'elle croit à ce stade. Officieusement, l’inconscient de Maddie voit clair dans le jeu de David, qui cherche à briser leur relation, mais elle n’a aucune défense contre son attaque : si elle accepte la cérémonie, son fragile amour pour Walter fabriqué de toutes pièces risque de voler en éclats ; si elle refuse, ce sera la preuve qu’elle n’aime pas Walter. La quadrature du cercle.

 

Nous retrouvons la charmante Terri avec David, et une constatation s'impose : on croit voir un heureux couple marié. Si Brooke Adams est moins lumineuse que dans Fetal Attraction, sa complicité avec Bruce Willis est toujours aussi évidente. Malgré leurs petites brouilles, on sent une attirance gênée entre ces deux-là. Surtout lorsque David avoue qu’« il ne tiendrait pas le coup » si Terri ne venait pas au mariage. C’est si beau…

Bon, maintenant, passons aux choses sérieuses : le triomphe du burlesque de l'épisode. L’enterrement de vie de garçon de Walter est assez étourdissant. Le retour de Richard Addison est à saluer, mais on retient le numéro de strip-teaseuse de Herbert Viola avec tenue appropriée ! On hurle de rire. Mais que dire quand il fait son numéro sur The lady is a tramp devant un parterre de mâles ivrognes surexcités (Jack Blessing explose des records de cabotinage) ? Curtis Armstrong est démentiel, et même le coincé Bishop ne peut se retenir d’applaudir. L’épisode vole vers l’apothéose dans sa dernière partie, feu d’artifice royal de comédie et de dialogues allumés ultra-speed. Le mariage de Maddie tourne au désastre lorsque Terri perd les eaux au moment de la bénédiction maritale. David avait-il prévu que Terri aurait les contractions PILE au meilleur moment (pour lui) ? Improbable, mais possible, mais il avait de toute façon bien calculé son coup : Maddie pouvait-elle ne pas craquer quand elle voit David enlacer une femme enceinte ?

Maddie acculée à l’évidence, doit admettre que son mariage ne vaut rien pour elle. Quoiqu’il en soit, c’est le bordel. Disputes phénoménales, gags au kilomètre, dinguerie absurde des situations, toute cette scène culmine dans un flamboyant charivari à l’hôpital où les deux couples poussent le volume à fond. Eglee et Director se régalent et nous aussi. L’énorme gag final décrit à lui tout seul la relation David-Maddie : ils s’embrassent fougueusement alors qu’ils se hurlaient dessus cinq secondes avant !

Le tag final sonne la réconciliation au sein de notre cher couple, avec Maddie faisant fondre les cœurs de tous les fans en avouant son amour. Que va-t-il se passer maintenant ? Dave and Mad’ l’ignorent eux-mêmes. L’épisode nous montre seulement David et Maddie s’éloigner pour passer un peu de temps ensemble. Une fin pleine de douceur qui termine parfaitement cet épisode échevelé.

 

Infos supplémentaires :

- Le bébé de Terri s’appelle Walter Hayes Addison Knowles !

- Le titre de l’épisode est une allusion au film de Francis Ford Coppola de 1986 : Peggy Sue got married (Peggy Sue s’est mariée).

- David demande à Maddie si elle est une « beef person ». C’est un clin d’œil à l’actualité, car Cybill Shepherd était à ce moment-là une porte-parole de l’industrie de la viande (ligne coupée lors des diffusions en syndication). David et Herbert parlent de Walter comme « le gars dans les pubs pour refroidisseur à vin ». En fait, Bruce Willis était à ce moment-là dans une telle publicité !

- Curieux que Maddie veuille se marier à l’église alors qu’elle est athée ! Bon, mettons ça sur le compte de la tradition…

- On entend dans l’épisode On with the snow (le thème des cartoons de Warner Brothers), Syncopated clock de Leroy Anderson, Oh pretty woman de Roy Orbison (2 ans avant le film de Garry Marshall) , et Jungle love par The Time. Herbert chante The lady is a tramp du duo Hart-Rodgers, et on entend à l’orgue la marche nuptiale de l’opéra Lohengrin de Richard Wagner. 

 

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13. L'INACCESSIBLE AMOUR
(HERE'S LIVING WITH YOU, KID)


Scénario : Jeff Reno et Ron Osborn, d’après une histoire de Roger Director, Charles H. Eglee, et Kerry Ehrin

Réalisation : Artie Mandelberg

- Quand on pense…
- Quand on pense au nombre incalculable de boîtes dans le monde, elle se pointe dans la vôtre !
- Heh, c’est moi qui devait dire ça, c’était la meilleure réplique du script !!

- T’as de beaux yeux tu sais.
- Tu te crois sur le Quai des Brumes ? Tu t’es trompé de réplique !

Entre deux surveillances nocturnes de pamplemousses génétiquement modifiées, Herbert Viola songe à son avenir avec Agnès. Il lui propose de vivre avec lui, mais elle lui demande du temps pour réfléchir. Angoissé à l’idée qu’elle puisse refuser, Herbert s’imagine dans deux parodies de films où tout se passe mal avec Agnès…

Avant de boucler la Mythologie Maddie-David-Walter-Terri, les scénaristes s’accordent une pause avec ce loner festif centré sur Herbert Viola. On voit ce qu’ils ont voulu faire : réitérer la performance de The dream sequence always rings twice (saison 2) - noir et blanc inclus - pour le second couple de la série. Soyons honnêtes, la copie n'égale pas l’original. Malgré tout, cet épisode moins ambitieux que son modèle (Artie Mandelberg ne peut rivaliser avec le flamboyant Peter Werner) est à marquer de la mention excellence. La parodie des films marche, la tension entre Agnès et Herbert est bien servie, les acteurs sont au top, et un festival de trouvailles hilarantes fait toute la valeur d’Here’s living with you, kid. Surtout, il dresse un touchant portrait de Viola.

On sait depuis longtemps que les enquêtes de la série ne sont que des McGuffin servant uniquement à déchaîner loufoqueries et/ou instants dramatiques. Ici, nous avons un sommet : l’enquête du jour est seulement mentionnée, c'est tout. La surveillance que fait Bert ne sera jamais approfondie. Jeff Reno et Ron Osborn retrouvent leur finesse dans les dialogues. Pour preuve, les longs monologues de Viola réussissent sans problème à émouvoir le spectateur alors que leur fond sont tout ce qu’il y’a de romantico-cliché (Agnès tu me manques, Agnès je t’aime, Agnès, que penses-tu de moi ?…). La composition tourmentée de Curtis Armstrong est mémorable. Tout comme Bruce et Cybill dans The dream sequence, il signe dans cet épisode sa meilleure performance.

Le fan fidèle sait que le meilleur ressort comique du personnage est quand il veut se donner des airs de bad guy, mais y échoue lamentablement. Cependant, Director, Eglee, et Ehrin vont malicieusement jouer sur ce point en le transformant un ressort dramatique. Il est en réalité symptôme du complexe d’infériorité de Viola, qui se croit indigne d’être aimé d’une femme aussi merveilleuse qu’Agnès. Dr.House traitera d’ailleurs un sujet similaire dans l’excellent Flou artistique - et dont la résolution sera tout aussi similaire. En réalité, sa tendance hilarante à jouer au macho est la conséquence d’un terrible manque de confiance en lui. Pour ne pas perdre la face devant le méprisant MacGillicudy, il doit jouer les gros bras sans conviction. La forme est comique, pas le fond. Agnès diffère sa réponse, et Bert est incapable de voir autre chose qu’un échec futur. La cruelle scène où il imagine Agnès lui balançant tous ses défauts, et en premier lieu son manque de virilité, est dramedy à souhait : on rit jaune.

Le manque d'estime de soi d'Herbert fait que les deux songes cinématographiques finissent mal pour lui. Dans le premier, il joue le rôle d’un riche commerçant du Sahara recueillant une femme perdue (Agnès évidemment). Outre qu’Allyce Beasley est plus magnifique que jamais, cadrages, intertitres, et piano omniprésent nous immergent dans le monde toujours aussi fascinant du cinéma muet. Avec une vélocité typique, les scènes s’enchaînent : le personnage de Bert tente de maîtriser la passion que lui inspire l’inconnue. Mais il échoue à la séduire, et la belle s’enfuit dans le lointain, le laissant seul et inconsolable. Un mélodrame bref mais prenant, dont les atours comiques sont sans cesse battus en brèche par le pessimisme de l’ensemble.

Mais le clou de l’épisode est bien entendu la parodie de Casablanca. Bert prenant le rôle d’Humphrey Bogart (Rick), Agnès celui d’Ingrid Bergman (Ilsa), et MacGillicudy celui de Paul Henreid (Victor). Cette version assez folle de ce chef-d’œuvre casse le 4e mur toutes les trente secondes, mais surtout permet aux acteurs de transformer les personnages : Laszlo est ainsi un alpha male tellement irrésistible que toute l’assemblée chante La marseillaise à son entrée, Ilsa devient une femme sûre d’elle et de ses sentiments, tandis que Rick se la pète grave et essuie revers sur revers, surtout quand on lui chipe ses répliques ! Ce qu'on perd en exercice de style par rapport à The dream sequence, on le gagne en humour. On admire en passant la superbe reconstitution de la boîte de Rick, ainsi que l’aéroport enveloppé dans le brouillard. Dans la séquence originale de l'aéroport, Ilsa était déchirée entre son devoir envers son mari qu’elle aime et son ancien amour qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. C’est Rick qui par un sacrifice déchirant, choisit lui-même de renoncer à elle par devoir envers la Résistance et Victor. Sauf qu'ici, ça ne se passe pas comme prévu : Bert n’ayant pas le sex appeal et la virilité de Rick, Agnès/Ilsa n’hésite pas et part avec son mari immédiatement ! On nage en plein délire lorsqu’elle lui balance tout son manque de séduction et que Bert lui supplie de rester, portant au paroxysme son ressort comique principal. Ce morceau de bravoure figure en bonne place dans les plus grands moments de la série.

Cet épisode nous rappelle qu’un homme trop gentil (comme Walter Bishop) ou trop idéal (comme Sam Crawford) ne peut en fin de course rivaliser les vrais séducteurs, ceux qui osent casser leur image en la rendant plus troublante, plus virile, plus testostéronée, plus tchatcheuse comme David. Maddie vous le confirmera.

Nous assistons ensuite au reflet inverse du ressort comique de Bert : il devient dramatique lors de la coda, où Bert se donne un air de macho une fois de trop, provoquant la fureur de sa dulcinée. On peut reprocher ensuite son pardon trop rapide, mais nos scénaristes étant prêts à se reconcentrer pleinement sur le couple principal, on comprend qu’ils voulaient clore le dossier. Et puis, le mea culpa final de Bert est si émouvant qu’Agnès ne peut qu’y être sensible. L'Agnès que nous avons vue dans la parodie de Casablanca n’était pas la vraie Agnès, c’était une projection négative de l’imagination de Bert qui doutait de son amour. Il est souvent très fin de présenter une réalité du point de vue subjectif d'un personnage, qui comme tout homme en a une vision personnelle. Le regard de Viola anticipe par exemple un fameux épisode de Buffy contre les vampires : The Zeppo, où le regard frustré de Xander caricature la réalité. La vraie Agnès, fantasque et imprévisible, est l’exception : elle n’a que faire d’un bad guy comme MacGillicudy ; elle n‘aime que Bert. Leur baiser final ne peut qu’attendrir le fan qui ressort conquis de cet intermezzo dosant à la perfection humour et drame.

 

 
Infos supplémentaires :

- Cela fait un an qu’Herbert Viola est dans l’agence. Il lit un livre tous les jours.

- D’après Bert, Agnès serait douée d’une grande vigueur sexuelle. Ne pas se fier à la face visible de l’iceberg !

- Un des épisodes préférés de Curtis Armstrong.

- Le premier film est intitulé The prince of desert. Il n'existe pas de film portant ce nom. Brian Madsen, fan de la série, put correspondre avec Armstrong qui lui déclara que ce film qu’on voit dans l’épisode est en fait inspiré de The son of the Sheik (1926) avec Rudolf Valentino. De même, il déclare qu’il est fan de longue date d’Humphrey Bogart, et que ce fut pour lui une expérience inoubliable que de parodier le rôle de Rick dans Casablanca. Le lien d’où viennent ces infos est :
http://home.earthlink.net/~flamingocove/episode51.html

- Unique épisode de la série sans Cybill Shepherd et Bruce Willis. Seul épisode de la série sans Bruce Willis, troisième et dernier épisode sans Cybill Shepherd.

- Le titre de l’épisode parodie une fameuse réplique du film Casablanca (1942) de Michael Curtiz : Here's looking at you, kid. Rick (Humphrey Bogart) la répète plusieurs fois à Ilsa (Ingrid Bergman). D’ailleurs, un pan de l’épisode parodie ouvertement le film.

- Le directeur de la photographie Gerald Perry Finnerman (qui avait dirigé l’épisode Les Topistos) fut nominé aux Emmy Awards pour son travail pour cet épisode. De même, Alf Clausen eut aussi une nomination pour sa musique.

- On entend dans l’épisode La Marseillaise de Claude Rouget de Lisle, et Chopsticks d’Euphemia Allen. 

 

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14. DEUX FOIS PAPA
(AND THE FLESH WAS MADE WORD)


Scénario : Kerry Ehrin
Réalisation : Paul Krasny

Je tiens à vous remercier d’avoir assisté à mon mariage. Ca m’a fait plaisir. C’était une cérémonie très réussie bien que je n’ai pas pu rester jusqu’à la fin.

- « Je sentais votre peau contre la mienne, votre haleine brûlante, vos cheveux enroulés autour de mon cou. »
- S’il veut avoir des cheveux autour du cou, il a qu’à se faire pousser la barbe.

Brian Gates gère une entreprise avec son brillant associé John Wicklow. Mais depuis trois mois, ce dernier ne travaille quasiment plus, obsédé par une jeune femme dont il est amoureux et qu’il n’ose pas aborder. Brian demande à David et Maddie de retrouver cette femme. Après son divorce avec Walter, Maddie est de nouveau libre ; mais David semble plus distant que d’habitude…


Episode-bilan, And the flesh was made word choisit la sobriété et la lenteur pour boucler cette quatrième saison. Maddie étant de nouveau libre, se pose un problème de taille : comment vont réagir David et elle ? Quelle direction donner à leur relation, après trois ans de cache-cache amoureux, trois semaines de bonheur, et quatre mois de souffrance et de règlement de comptes ? Kerry Ehrin, décidément une des meilleures scénaristes de la série, parvient à évoluer leur relation, jusqu’à une fin pudique et lumineuse. Mais le dernier quart d’heure accélère brusquement le tempo pour une des courses-poursuites les plus décalées de la série suivi d’un tag ENORME qui brise le 4e mur pour un résultat seulement égalé par la fin mythique de Camille (saison 2).


Nous assistons au départ de Walter divorçant avec Maddie. Alors qu’il aurait toutes les raisons d'enrager devant cette trahison, il se montre adorable et compréhensif. Totalement positif, il préfère voir le bon côté des choses en ayant eu les deux plus belles semaines de sa vie. Sa relation avec elle apparaît comme plus fraternelle qu’amoureuse. Nos deux compères s’aimaient bel et bien, mais ce n’était pas le type d’amour auquel ils pensaient. Cette scène de divorce est paradoxalement lumineuse et légère (il faudra attendre la saison 5 de Californication pour assister de nouveau à un divorce joyeux). D’une gentillesse merveilleuse, il réconforte et soulage Maddie de sa culpabilité. Surtout, il part de la plus belle des façons : par un message hilarant au spectateur ! Si Walter confirme qu'il est décidément un bêta intégral (mais très chaleureux), Dennis Dugan est excellent. Il ne nous quitte toutefois qu’à moitié car il réalisera plusieurs épisodes de la saison 5, avant de devenir hélas un des plus pitoyables réalisateurs de comédies vulgaires à ce jour.

Pareillement, le dossier Terri Knowles est clôturé par sa séparation avec David. Une dernière fois, Brooke Adams nous charme de sa douceur infinie, facilitant la décision de David. Plus encore que Walter envers Maddie, Terri comprend les sentiments de David et accepte de renoncer à ses rêves secrets d’une vie commune avec lui. Elle laisse toutefois entendre qu’elle et Walter s’entendent bien ! La scène se passe avec humour et sourires, chacun est heureux pour l’autre et ne regrette pas le passé.

Kerry Ehrin est décidément en grande forme. Non contente de décrire des séparations amoureuses sous un angle positif, l’enquête du jour est aussi très originale. Elle se rapproche du Portrait de Maddie (saison 2) où un homme voue un culte à une inconnue d’une manière ressemblant à « l’amour courtois » du Moyen-Âge, avec sacralisation de la Dame. La prose lyrique remplaçant la peinture. C'est le reflet des propres sentiments de David, qui n'a pas cessé de souffrir de l'attente imposée par sa patronne. Il n’a cependant pas changé sur sa condescendance à propos de l’amour platonique exalté, ni Maddie sur l’émotion qu’elle lui inspire !

La scénariste a l’excellente idée de maintenir une nouvelle forme de tension sexuelle : pas celle qui explose à chaque instant, plutôt celle ombragée, avec silences lourds et dialogues faussement banals. Maddie s’est rendue compte de son erreur mais David fait maintenant un blocage sur ses avances, se demandant finalement s'il ne va pas encore s'en mordre les doigts. Ce suspense sentimental atteint un pic dans la classique scène de voiture… où ils NE se disputent PAS ! Chacun s’interroge de ce que l’autre pense en voix off. Les comédiens sont décidément hors pair : leurs visages sont expressifs alors qu’ils n’ouvrent pas la bouche, du grand art. Après la royale déclaration de Father knows last, Ehrin confirme son don pour les monologues émouvants avec David et le speech sur « l’ardoise à effacer », lâchant tout ce qu’il a sur le cœur. Cette déclaration que nous attendions depuis longtemps nous prend agréablement à contrepied : pas d’éclats de voix… seulement une vibrante tirade avec une sobriété inhabituelle de Bruce Willis, immense. C’est le clou de cet épisode original et plus sage que l'habitude. De l'ordalie, David est ressorti plus responsable et adulte. Leur réconciliation finale, calme et romantique, donne un curieux suspense quant à ce qui va se passer dans la dernière saison.

La dernière partie de l’épisode part en live avec des cassages de 4e mur de plus en plus rapprochés, et une idée démente de course-poursuite : David et Maddie doivent rattraper non un assassin… mais un suicidaire ! David parvient à empêcher les différentes tentatives de suicide (révolver, électrocution, défenestration…) mais s’en prend plein la figure à chaque fois. Ce comique de répétition débouche sur un remarquable hymne à la vie et à l’avenir improvisé par David et un dernier gag à mourir de rire.

Mars 1988. La télévision amércaine traverse une crise : les scénaristes se mettent en grève, paralysant la production de nombreuses séries. Clair de Lune n’y échappe pas, et le délai déjà bien grand entre deux épisodes inédits se creuse encore, jusqu’à épuiser la patience des fans. C’est sans doute une des raisons qui a entraîné l’annulation de la série dès l’année suivante. Dans la grande tradition de la série à se moquer de ses propres problèmes, cette crise est l’occasion d’une fin totalement allumée : Comme il reste encore cinq minutes à combler pour finir l’épisode, Cybill et Bruce s’excusent auprès des spectateurs pendant qu’ils marchent à côté des cinq écrivains (dont Kerry Ehrin elle-même, la seule femme du groupe) qui affichent des pancartes de grève !! Comment combler le trou ? Eh bien, c’est Curtis Armstrong qui s’y colle. On lui colle une tenue garantie 80’s absolument terrifiante, et il chante et danse sur une interprétation hystérique de Wooly Bully qui achève net le fan ! Herbert Viola ayant la charge de finir cette saison, c’est clairement une récompense de l’apport important qu’il a amené à la série, et particulièrement cette saison.

On peut regretter qu’Agnès/Allyce ait été sacrifiée cette saison au profit de son partenaire, ou que la grève des scénaristes nous ait privé du projet de l’épisode 3D prévu pour terminer la saison. Mais on n’y pense pas à cet instant tant le fan est comblé par cet épilogue malicieux et euphorique ; conclusion fracassante d'une saison qui a très mal commencée mais parfaitement terminée !


Infos supplémentaires :

-Maddie déclare que son enfant n'est pas celui de David (donc de Sam). Elle n'a pourtant aucun moyen de l'affirmer puisque David succéda à Sam dans le lit de Maddie très rapidement après ce dernier. Au reste, le premier épisode de la saison 5 confirmera que David est bien le père.

- Les émissions préférées de David sont les courts métrages télévisuels de la troupe comique Les Trois Stooges. Il a offert à Maddie un presse-papier serti de diamant.

- Le mariage de Maddie a tenu une semaine. Deux semaines se sont écoulées entre l’épisode 4x10 et celui-ci. La cérémonie a coûté 8372.38 $ !

- Le titre de l’épisode inverse les termes d’une citation de la Bible, extraite de l’Evangile de Jean (1.14) : And the word was made flesh (Et le verbe s’est fait chair).

- Les chansons de l’épisode sont Happy days are here again de Milton Ager et Jack Yellen, et Wooly Bully de Sam the Sham and the Pharaohs. L’ouverture de l’opéra Carmen de Georges Bizet soutient la course-poursuite finale.

 

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TOP 5 DE LA SAISON 4

 

 1. Maddie va se marier : Rythme pétaradant, disputes en perpetuum mobile, situations absurdes, humour ravageur, final déjanté. L'esprit de la série se trouve tout entier dans cet épisode déchaîné où les deux segments de la saison se télescopent pour un résultat massif.

 2.  Deux fois papa  : Ce finale de saison relâche peu à peu la tension accumulée depuis le départ de Maddie. C'est l'occasion pour la série de montrer qu'elle est soluble dans la sobriété et la douceur. La justesse psychologique et les très beaux adieux des deux personnages secondaires  : Terri et Walter, sont portés par une interprétation parfaite. La grosse tranche de délire final est sauvagement jouissive  !

 3.  L'inacessible amour : Le rêve était presque parfait version Agnès-Herbert. La copie fait bonne figure auprès de l'original. Herbert Viola montre qu'il est capable de tenir un épisode à lui tout seul. L'histoire est imaginative, utilise brillamment l'émotion. La parodie de Casablanca est un très grand moment de la série  !

 4.  Etats d'âme : Superbe dialogue désenchanté entre deux êtres incapables d'assumer pleinement les conséquences de leurs actes. L'humour est l'expression de leur incommunicabilité. Mais l'émotion et les larmes ne sont jamais loin. Glenn Gordon Caron connaît ses créatures sur le bout des doigts et leur offre des scènes magnifiques. Cybill Shepherd et Bruce Willis sont étincelants.

 5.  Ciel, ma femme ! : La screwball comedy reprend ses droits au sein de cet épisode enlevé. L'enquête est passionnante, les disputes bien énormes, la relation David-Maddie fait l'objet de variations virtuoses. La dernière partie de la saison s'envole vers les sommets !

Accessits d'honneur  : David père de famille, Le nouveau David, Tournez à gauche avant l'autel.

 

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Images capturées par Clément Diaz.