saison 1 saison 3

Madigan

LE FILM : POLICE SUR LA VILLE / MADIGAN (1968)


POLICE SUR LA VILLE
(MADIGAN)

Police sur la ville (Madigan) est un film policier américain, réalisé par Don Siegel en 1968, avec en tête d’affiche Richard Widmark et Henry Fonda. Le script, au titre originel Friday, Saturday, Sunday, fut adapté par Abraham Polonsky et Howard Rodman (Henri Simoun au générique), tous les deux sur liste noire dans les années 50. Il est basé sur le roman The Commissioner, paru en 1962 et écrit par Richard Dougherty, ancien membre de la police.

Le générique sur l’excellente musique de Don Costa présente la métropole new-yorkaise de nuit pour aboutir au petit matin dans le quartier Spanish Harlem. Les détectives Daniel Madigan (Richard Widmark) et Rocco Bonaro (Harry Guardino) font irruption dans un appartement miteux pour arrêter le truand Barney Benesch (Steve Ihnat). L’attention des deux policiers est distraite quelques secondes par la nudité de Rosita (Toian Matchinga), la jolie compagne du malfrat, et ce dernier en profite pour désarmer Madigan et Bonaro…d’où la légende de l’affiche américaine du film: ‘If Detective Madigan kept his eyes on the killer instead of the broad…’. Enfermés sur le toit, les policiers laissent échapper le fuyard.

Lorsqu’il est fait mention au 23ème precinct que Benesch est également recherché pour homicide, Madigan et Bonaro sont au pied du mur et ils comptent sur un bookmaker, Midget Castiglione (Michael Dunn), qui est une cible de Benesch, pour retrouver la trace du tueur. Pendant ce temps, le commissaire Anthony X. Russell (Henry Fonda) doit faire face à plusieurs problèmes ; Tricia Bentley (Susan Clark), sa maitresse mariée, a décidé de le quitter, le docteur Taylor, un pasteur noir (Raymond St. Jacques), se plaint que son fils a été victime de brutalités par des fonctionnaires de police racistes, et son associé et ami, le chef-inspecteur Charles Kane (James Whitmore), est compromis dans une histoire de pots-de-vin pour protéger son fils endetté. Au milieu de tous ces soucis, Russell accorde 72 heures à Madigan et Bonaro pour retrouver Benesch. Malgré l’échéance, Madigan passe quelques temps avec Julia, son épouse (Inger Stevens), qui se lamente d’être délaissée au profit du travail du policier.

Quand Benesch abat deux policiers avec l’arme subtilisée à Madigan, la pression monte et les détectives obtiennent finalement une piste de Castiglione, qui les met en relation avec Hughie, un proxénète (Don Stroud), fournisseur en filles de Benesch. La planque du tueur est localisée mais lorsqu’il refuse de se rendre, Madigan et Bonaro viennent le dénicher. Benesch blesse mortellement Madigan dans la fusillade avant que Bonaro ne l’abatte. Julia Madigan accuse alors Russell d’être sans pitié avec ses policiers.

La confrontation de deux styles différents transparait dans tout le film ; l’intransigeant commissaire Russell dirige la police new-yorkaise d’une main de fer, sans complaisance, tandis que Madigan préfère la vie de l’ombre, de la rue, au grand dam de son épouse Julia, qui s’ennuie à l’attendre. Russell a toujours été à cheval sur les principes (épisode de la dinde), ne laissant pas de place à l’alternative dans son monde noir et blanc, alors que Madigan profite du système, ayant ses entrées dans les restaurants chics (la série reprendra cette approche). Néanmoins, Russell n’est pas sans faille, a une maitresse, ce qui rend Madigan beaucoup plus régulier et sympathique, lorsqu’il passe la nuit chez la chanteuse Jonesy (Sheree North), son ex avec laquelle il ne veut partager que des confidences (‘After my wife, I love you best’). Julia sera également fidèle à son mari à l’issue du bal du capitaine. Les deux figures policières, Russell et Madigan,  ne se croiseront que deux fois ; dans le hall de l’hôtel, où Madigan, timoré et hésitant, vient de laisser sa femme au bal, et juste avant l’assaut final. Il y a peu d’action dans cette enquête policière dramatique sur fond de grisaille quotidienne. Chacun des deux acteurs principaux a un thème musical particulier et le reproche que l’on peut faire à Siegel pour la réalisation est d’utiliser un film en arrière-plan pour les scènes en voiture mais c’était un procédé fréquent à l’époque. A noter que c’est le film Tobrouk, commando pour l’enfer (Tobruk) avec George Peppard et Rock Hudson que Hughie regarde au cinéma lorsqu’il en est extirpé par Madigan et Bonaro.

La réalisation du film ne se passa pas sans problème, car les violents clashes entre Don Siegel et le producteur Frank Rosenberg ont émaillé tout le tournage. Rosenberg se considérait comme le patron, y compris sur le plateau, ce qui ne correspondait pas aux principes du réalisateur. Ainsi, lors de la première journée de tournage prévue par Rosenberg, Inger Stevens devait reprocher à Henry Fonda le décès de son mari (fin du film) mais elle devait également tourner des tests pour sa garde-robe. Lorsque Siegel l’a vit presque en larmes, il lui conseilla de penser au ressentiment qu’elle avait envers Rosenberg pour jouer cette scène difficile avec Henry Fonda. Rosenberg s’est également immiscé dans la première séquence jouée par Henry Fonda. Il fit irruption dans la pièce, où Susan Clark (Tricia, la maitresse) est allongée sur le lit et Fonda dit : ‘I made coffee’, car la scène ne fut pas au gout du producteur qui exigea qu’on la refasse parce que Fonda n’avait pas dit : ‘’the’ coffee’ ! Devant le refus de Siegel, Rosenberg obtint de Fonda qu’il enregistre le ‘the’ en studio.

La séquence finale fut la plus épineuse dans les relations entre Rosenberg et Siegel. La plupart du tournage avait été effectuée en extérieurs à New-York, dont un passage à Coney Island, une ancienne ile, devenue péninsule, située à l’extrême sud du borough de Brooklyn, qui marque la première des deux rencontres des détectives avec Castiglione. L’équipe déménagea à Los Angeles pour le final. New-York devenait trop dangereux car la voiture de Richard Widmark et Harry Guardino avait été saccagée par un gang d’Harlem et un membre de la production agressé. Le lieu de tournage de la séquence finale, choisi par Rosenberg, ne convenait pas à Don Siegel, qui avait déniché un endroit ressemblant plus à un bâtiment de New-York. Siegel dut aller voir le chef d’Universal pour obtenir satisfaction. Henry Fonda ne fut pas non plus tendre avec Rosenberg jugeant que son personnage fut sacrifié. L’acteur jugea que Rosenberg se prenait pour un scénariste en imposant ses volontés, mais le film fut bon, grâce à Don Siegel déclara-t-il. Widmark confessa la même chose et loua la volonté de Siegel d’imposer son choix du lieu de location pour le final malgré la fatigue de fin de tournage et il considère que Don Siegel fait partie des trois meilleurs réalisateurs avec qui il a travaillés, avec John Ford et Elia Kazan. Donald Siegel avait voulu que le titre soit Friday, Saturday and Sunday pour coller à l’histoire (le titre allemand s’en approche : ’72 Stunden’), mais il fut finalement sorti sous le titre Madigan, ce qui irrita particulièrement le réalisateur car le gagnant de l’Academy Award pour le meilleur film étranger l’année précédente avait été Elvira Madigan.

Les critiques à la sortie du film furent excellentes ; elles soulignaient la véracité et la dureté du récit, mais également le style de Don Siegel, qui réalisa deux autres films policiers urbains à succès avec Clint Eastwood : Un shérif à New-York (1968) et L’inspecteur Harry (1971). C’est un plaidoyer implacable, presque documentaire, sur le quotidien de la police d’une grande métropole et le tournage eut lieu, la plupart du temps, dans les rues de New-York, ce qui donne une touche supplémentaire de véracité à l’intrigue. Bonaro et Madigan ont trois jours, soixante-douze heures, pour retrouver le tueur psychopathe Benesch ; en faisant attention aux calendriers muraux, l’action se passe du vendredi 9 au dimanche 11 juin, ce qui correspond effectivement à l’année 1967.

Pour beaucoup de critiques, ce film est une sorte de galop d’essai pour Siegel dans un genre, le policier urbain, où il atteindra la perfection avec L’inspecteur Harry, trois ans plus tard. Le tueur Benesch est interprété avec justesse par Steve Ihnat, mais il n’apparaît que dans quelques scènes et ce genre d’assassin est un peu une ébauche et sera plus étoffé dans ce qu’on peut appeler la suite de la trilogie de Don Siegel. Après Benesch, on aura, en effet, Ringerman (Don Stroud dans Un shérif à New-York) et, surtout, l’inoubliable Scorpio (Andy Robinson) dans Dirty Harry. Ces trois films de Don Siegel ont le même thème et on a l’impression que Police sur la ville marque les prémices des films suivants. Madigan, Coogan et Callahan sont aux trousses de tueurs psychopathes aux réactions imprévisibles qui ont l’avantage de connaitre parfaitement le terrain sur lequel ils évoluent car, que cela soit New York ou San Francisco, l’assassin sait se servir du décor urbain pour disparaître et compliquer les investigations policières. Le film est certes daté mais il reste indéniablement un classique du cinéma américain policier ‘urbain’ des années 60 et 70, une période faste dans le genre, jamais égalée.

L’atout de Police sur la ville n’est pas l’action, qu’on retrouve surtout au début et à la fin du film, mais la justesse de l’enquête, qui court sur trois jours, et le jeu parfait des acteurs dans une galerie de portraits, tous convaincants, même dans les rôles secondaires, bien que la distribution ne comporte pas que des noms familiers. Evidement, on ne présente pas Richard Widmark et Henry Fonda, les deux stars du film. Richard Widmark, décédé en 2008 à 93 ans (exactement quarante ans après la sortie du film), était connu pour ses rôles de méchants, comme lors de ses débuts remarqués dans Le carrefour de la mort, et les nombreux westerns auxquels il participa (Le jardin du diable, Coup de fouet en retour, Le trésor du pendu, L’homme aux colts d’or, Alamo, Les deux cavaliers, la conquête de l’Ouest …). Henry Fonda était une légende d’Hollywood avec une carrière s’étendant sur un demi-siècle ; certains rôles lui sont indissociables comme celui de Tom Joad des Raisins de la colère et de Frank de Il était une fois dans l’Ouest.

 A coté de ces deux illustres icones du cinéma, les autres rôles sont confiés à des acteurs de talent, déjà vus pour la plupart au grand ou au petit écran. Inger Stevens, (Julia Madigan), d’origine suédoise, tourna la même année le premier western américain avec Clint Eastwood (Pendez-les haut et court) et, alors qu’elle était promise à un bel avenir, elle se donna la mort deux ans plus tard à l’âge de 35 ans. Harry Guardino (Bonaro), ancien petit ami de Linda Thorson, fut le partenaire de Clint Eastwood dans un autre film de Siegel, L’inspecteur Harry, et on le vit aussi dans de nombreuses séries policières (Les incorruptibles, Kojak, Les rues de San Francisco, Police Story, Hawaii, police d’état). La jolie Susan Clark (Tricia) débuta sa carrière dans les années 60 et elle tourna de nouveau dans la foulée sous la direction de Siegel dans Un shérif à New-York où elle est, cette fois-ci, la seule vedette féminine ; Julie, l’employée de réinsertion pour délinquantes, qui finit par tomber sous le charme de Coogan. Cette ravissante actrice a tourné d’autres policiers ; un épisode de Columbo (Lady in Waiting), Le flic se rebiffe (de et avec Burt Lancaster) et elle est Mary Kelly dans la superbe adaptation de Sherlock Holmes, Meurtre par décret en 1979. Elle est la belle–sœur de Linda Thorson.

Comme Susan Clark, Don Stroud (Hughie) fut choisi par Siegel pour son film suivant où il est Ringerman pisté par Coogan dans tout New-York. Il sera souvent le méchant de service dans sa carrière comme dans Joe Kidd (avec Clint Eastwood) ou des séries (L’homme de fer, Les rues de San Francisco-excellent dans l’épisode Blockade-, Sergent Anderson, Hawaii police d’état… et même son pitoyable remake) mais il eut également des rôles de flics récurrents dans d’autres séries (Mme Columbo, Mike Hammer). James Whitmore (Kane) fit ses débuts dans les années 40 et promena sa trogne sur de nombreux tournages de films et de séries jusqu’en 2007. Steve Ihnat (Benesch), disparu trop tôt, à l’âge de 37 ans, a surtout joué dans des séries (Le fugitif, Le virginien, Mission impossible, Mannix..) et, pour beaucoup, Michael Dunn (Castiglione), également disparu prématurément à 38 ans, est surtout le docteur Miguelito Loveless de dix épisodes des Mystères de l’Ouest.  Abel Fernandez (le détective Rodriguez) est l’agent Youngfellow dans 79 épisodes des Incorruptibles. Sheree North (la chanteuse Jonesy), fut engagée à ses débuts pour palier aux frasques de Marilyn Monroe et elle joua dans de nombreuses séries, dont Les Incorruptibles, Les rues de San Francisco etKojak, où elle est excellente en épouse de mafiosi (épisode : The Chinatown Murders). Elle décéda prématurément d’un cancer.

La bande-annonce sur le site du New-York Times
http://movies.nytimes.com/movie/30726/Madigan/trailers

Retour à l'index

Images capturées par Denis Chauvet.