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Les Nouvelles Aventures de Vidocq

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Posted by Le Monde des Avengers on Friday, October 23, 2015

Une première série de 13 épisodes de 25 minutes avait narré les aventures de François Vidocq, ancien bagnard devenu chef de la police sous l'Empire. Cette série, diffusée en 1967, était écrite par Georges Neveux et réalisée par Marcel Bluwal.

En 1970, lorsque Neveux et Bluwal ont voulu donner une suite en couleurs à ce premier Vidocq, ils ont pensé engager à nouveau Bernard Noël pour le rôle principal. Mais ce dernier, atteint d'un cancer, n'était plus en état de tourner. Il meurt en septembre 1970, à l'âge de 45 ans. Le rôle de François Vidocq est attribué à Claude Brasseur. Issu d'une grande lignée de comédiens, Claude est le fils du célèbre Pierre, et le père d'Alexandre. De nos jours acteur reconnu, il n'était guère célèbre en 1970. La réussite de la série va lancer sa carrière, et dès les années 70 il sera un des acteurs majeurs du cinéma français.

Claude Brasseur est parfait dans ce rôle d'ancien forçat devenu chef de la Sûreté, une nouvelle brigade composée au départ par d'anciens congénères de bagne. L'histoire de la Sûreté et celle de son chef sont intimement liées à l'Empire, donc au bonapartisme. Héritier de la Révolution, le régime napoléonien a, certes, le goût de l'ordre, mais a laissé tomber les pesanteurs sociologiques de l'Ancien Régime : ce n'est pas sous la monarchie des Bourbons qu'un service de police aurait pu être dirigé par un repris de justice !

Or, Brasseur est vraiment idéal pour incarner un homme d'action bonapartiste. A tel point qu'il reprendra un rôle similaire au théâtre en 1989 et 1991, puis au cinéma en 1992, sous l'égide d'Edouard Molinaro, pour Le Souper. Il tient le rôle de Fouché, opposé à Talleyrand au sujet du régime à adopter après l'abdication de Napoléon en 1815 : Fouché veut rétablir la République, mais Talleyrand, magnifiquement incarné par Claude Rich, tente de le convaincre de l'aider à restaurer les Bourbons.

Pour pimenter les scénarios, Neveux décide de doter Vidocq d’un adversaire récurrent, la baronne Roxane de Saint-Gély, une aventurière liée aux milieux du crime et qui navigue entre les différents régimes politiques, mue par ses seuls intérêts personnels. Pour le rôle, Neveux suggère à Bluwal une jeune actrice qu'il a vue au théâtre et qu'il lui conseille de découvrir, ignorant que Danièle Lebrun, l'intéressée, séparée de François de Closets, est devenue … la propre femme de Marcel Bluwal!

Le personnage de la baronne est la plus grande réussite de Georges Neveux. Ce génie du mal au féminin se trouve à la base de la plupart des complots et des mauvais coups découverts par Vidocq, si bien que l'on finit par avoir l'impression que la baronne représente à elle seule la totalité du crime français : où que l'on soit, et à n'importe quel moment, elle finit toujours par se révéler à la tête des organisations les plus invraisemblables. Si elle vivait de nos jours, la sulfureuse Roxane serait probablement responsable de la crise économique, du chômage, du réchauffement climatique, des inondations en Bretagne et de la hausse des prix...

Vidocq et la baronne sont adversaires, et même ennemis, mais également amoureux l'un de l'autre. Ce fait singulier engendre une sorte de relation sadomasochiste, avec la baronne qui tente de faire tuer Vidocq à plusieurs reprises, quitte à se féliciter par la suite d'avoir échoué, et le policier trop heureux de boucler les menottes aux poignets de la belle Roxane, avant qu'ils passent la nuit ensemble, puis que la prisonnière profite du sommeil de son amant pour s'échapper. Le choix de Danièle Lebrun est judicieux, son jeu empreint de cynisme et d'ironie apporte beaucoup à la série.

Le troisième personnage principal est l'inspecteur de première classe Flambart, l'adjoint de Vidocq. Fonctionnaire traditionaliste et scrupuleux à l'extrême, Flambart n'admet pas de se retrouver sous les ordres d'un ancien forçat, et dans une brigade composée de « malhonnêtes gens ». Marc Dudicourt incarne à merveille ce fonctionnaire zélé, à l'origine de nombreuses scènes comiques tellement ce personnage est stupide et borné : un véritable bouffon ! A noter que Vidocq se montre intraitable avec le malheureux Flambart, prenant systématiquement le parti de ses hommes contre son adjoint. Voilà qui ne facilite pas l'adhésion sincère de Flambart à ce service de Sûreté...

Avec ces trois personnages, la série repose sur des bases solides. Reste à lui donner un contenu à la hauteur. Georges Neveux propose d'écrire des scénarios pour épisodes d'une heure trente. Marcel Bluwal veut réaliser des épisodes de 55 minutes, mais suggère à son auteur d'écrire pour une heure trente, comme celui-ci le souhaite, afin de donner de l'allant à l'action. Il est vrai que jusqu'alors, le rythme n'était pas le point fort des séries françaises, et que ces Nouvelles aventures de Vidocq vont faire exception. Une exception qui va durer le temps de deux saisons : six épisodes pour la première et sept pour la seconde.

Cédant à la mode, Bluwal fait de Vidocq un roi du déguisement. Pour mener à bien ses missions, le chef de la sûreté endosse de multiples identités, affublé de perruques, moustaches et vêtements tous plus excentriquess les uns que les autres : gendarme moustachu roulant les « R », entrepreneur espagnol, magistrat, prêtre, voyageur de commerce, domestique... La série tourne au rythme de deux à trois déguisements par épisode. Tous attrayants soient-ils, le procédé n'était guère original, la série française concurrente Arsène Lupin avait déjà utilisé cette recette galvaudée.

En dehors de son rythme soutenu, il faut souligner l'aspect continu de la série. Il s'agit bien d'une série avec une nouvelle histoire à chaque épisode, mais il est préférable de visionner les épisodes dans l'ordre. Parce que, contrairement à une série comme Les Incorruptibles, par exemple, qui surfe allégrement sur le temps, allant et venant au fil des années au gré des épisodes, Les Nouvelles aventures de Vidocq déroulent l'histoire de façon chronologique. La série débute sous l'Empire,  continue avec la Restauration puis les Cents-jours et se termine avec la consolidation de la monarchie.

Continuité aussi avec les aventures vécues dans un épisode, fréquemment évoquées dans l'épisode suivant. Mais aussi en raison de l'évolution des rapports entre Vidocq et la baronne : de joyeux, presque festifs, sous l'Empire, et encore sous les Cents-Jours, ils vont se dégrader à la Restauration. Une ambiance plus triste va s'imposer dans les derniers épisodes, comme si François et Roxane avaient vécu leurs plus belles années sous l’empereur Napoléon, et n'arrivaient plus à en retrouver le parfum sous le régime austère de Louis XVIII. Donc, la série peut quasiment être vue comme un feuilleton.

Autre aspect de la série évidemment intéressant : l'immersion pleine et entière dans le contexte historique de l'époque. Historiquement, les services de Vidocq sont surtout intervenus dans la lutte contre la pègre, par des méthodes nouvelles d'infiltration dans les milieux criminels. Les aventures romancées écrites par Neveux relèveront plus de l'intrigue politique.

D'emblée, remarquons que Neveux et Bluwal ne cherchent pas à dissimuler leur parti-pris bonapartiste : il est clair que dans la série, les « bons », ce sont les bonapartistes, et les « méchants » les royalistes, en particulier les ultras (car Louis XVIII, le modéré, est dépeint sous un jour plutôt favorable). Ainsi, on montre un partisan de Napoléon victime de la Terreur Blanche après l'abdication de l'Aigle, mais jamais d'exactions commises par des bonapartistes. Voilà qui peut paraître étonnant de la part de Bluwal, dont les sympathies communistes sont notoires.

Mais, au fond, ce parti-pris n'est-il pas naturel ? A une époque où la démocratie n'existe pas, les luttes politiques se déroulent entre bonapartistes et royalistes, et il est évident que les bonapartistes représentent le camp progressiste. Napoléon n'a-t-il pas sauvegardé les acquis de la Révolution, et notamment le drapeau tricolore, tout en rétablissant l'ordre ? L'Empereur n'est certes pas un démocrate, mais Louis XVI ou Robespierre avant lui, tout comme Louis XVIII et Charles X par la suite, ne le furent pas non plus. Quant aux soldats victimes des guerres napoléoniennes, ils sont trois fois moins nombreux que ceux ayant péri au cours de la première guerre mondiale, menée par les républicains. Il faut donc rendre hommage à la série pour avoir rétabli certaines vérités historiques trop souvent passées sous silence. 

Les épisodes situés au milieu de la série sont ceux qui sont le plus insérés dans le contexte historique, probablement en raison des opportunités de scénarios offertes par la période des Cents-Jours et du début de la Restauration. Ces quelques mois de bouleversements et de désordre sont propices à tous les complots, à toutes les intrigues. A contrario, les premiers épisodes insistent surtout sur la nécessité pour Vidocq et ses hommes de faire leurs preuves dans ce nouveau service de police : leurs preuves d'honnêteté, ce qui ne va pas de soi, et leurs preuves d'efficacité. La fin de la série est plus orientée vers la dégradation des relations entre François et la baronne. Mais dans l'ensemble, les aventures de Vidocq font parfaitement ressentir au téléspectateur combien l'époque a pu être passionnante.

Hormis les personnages principaux, quelques figures tiennent des rôles importants. Ainsi Fouché, le duc d'Otrante, intrigant et manipulateur. Robert Party était l'acteur idoine pour interpréter le cynique Fouché, omniprésent justement pendant la période la plus « politique » de la série, Cent-Jours et début de la Restauration. M. Henry, c'est le chef de la police, celui qui a créé la Sûreté sur suggestion de Vidocq, et installé ce dernier à sa tête. Il est donc le protecteur de l'ancien bagnard. Marcel Cuvelier livre des compositions magistrales, avant que ce personnage ne disparaisse : M. Henry, trop lié au régime bonapartiste, ne pouvait décemment être maintenu à son poste à la Restauration.

Les hommes de Vidocq sont cabochards et hauts-en-couleur, à l'image de Louis Desfossés, interprété par Jacques Seiler. L'Acrobate, un ancien artiste de cirque, l'Aveugle, un faux non-voyant qui escroquait les généreux passants, le mendiant qui va lui succéder, ainsi que le Docteur, représentent la plèbe dans toute sa splendeur. La seule exception est le marquis de Modène (Alain Mac Moy), habitué aux bonnes manières depuis qu'il usurpe l'identité de son ancien maître, le véritable marquis, décédé en Italie. Le faux marquis est un as de la triche aux jeux de cartes...

La série fait appel à de multiples vedettes invitées. Au détour de tel ou tel épisode, on aperçoit Pierre Tornade, Jean Bouise, Marc Eyraud (en bourreau !), Robert Dalban, Patrick Préjean, Guy Grosso, Hubert Deschamps, André Falcon, Philippe Castelli et même Jacques Monod, interprète de Louis XVIII. Une mention spéciale pour Jacques François, bénéficiaire d'un rôle plus développé, en fait le double rôle de deux sosies, un colonel et un repris de justice.

La modernité de la série est prouvée par son générique. Inspiré par les génériques américains des années 60 et 70, il présente une succession de courts extraits d'épisodes, sur un rythme très rapide. Les vues de la première saison, avec notamment Vidocq déguisé en gendarme et le gros plan sur M. Henry, sont plus percutantes que celles de la seconde. Ces extraits apparaissent en alternance avec les noms des acteurs et techniciens, écrits en blanc sur un fond rouge uniforme, destiné à plaire aux heureux possesseurs de téléviseurs couleurs. Quant à la musique de Jacques Loussier, à dominante de clavecins, elle est parfaitement adaptée à l'âme de la série, et elle séduit par son côté léger, ludique, voire ironique.

Sans atteindre le niveau historique des Brigades du Tigre, qui viendront peu après, Les Nouvelles aventures de Vidocq reste une série majeure de la télévision française, et surtout une série qui a beaucoup mieux résisté à l'épreuve du temps qu'Arsène Lupin, par exemple, dont la naïveté peut difficilement être digérée de nos jours.

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