PrésentationPrésentation

Le Voyageur des siècles

Guide des épisodes 


1. L'HOMME AU TRICORNE




Résumé :

- Quelle féérie que la Science !

En 1981, la Baronne d’Audigné engage un détective afin qu’il retrouve son frère disparu, Philippe. Ce brillant scientifique étudiait les écrits d’un ancêtre  du XIXème siècle, François d’Audigné, et a été aperçu pour la dernière fois à Luzarches. Les recherches ne donnent rien, même si une grotte est découverte sur place, contenant un squelette vieux de deux cents ans.  En 1885, le secrétaire de François révèle à trois scientifiques que son maître, disparu durant cinq jours, est réapparu à Luzarches.  Très affaibli, François est mort après avoir eu le temps de consigner un étonnant récit. Philippe  a en effet parachevé ses recherches, notamment la machine à voyager dans le temps et les miroirs reflétant le passé, avant de lui rendre une surprenante visite. 

Critique :

Astucieusement, L’homme au tricorne projette d’emblée le téléspectateur de 1971 dans la thématique du voyage temporel, dont il dévoile les deux facettes en se déroulant exclusivement dans le futur et le passé. La partie prenant place en 1981 revêt la forme d’un prologue (La mystérieuse disparition de Philippe d’Aubigné), mais c’est l’ensemble de l’épisode qui constitue un préambule de l’aventure temporelle des protagonistes, mettant en place une situation passablement embrouillée. Au rebours de la tranchante efficacité anglo-saxonne, on apprécie que le décor se voie planté à la française, c’est à dire avec force dialogues, souvent aussi brillants que dilatoires,  le tout sur un ton volontiers divertissant.

A cet égard, l’entretien entre la Baronne et le détective se montre particulièrement réussi. Malgré qu’une seule décennie se soit écoulée, plusieurs merveilles technologiques ont bouleversé le monde, Dréville sachant les mettre en scène avec un vrai sens de l’évocation poétique, malgré des moyens limités. Une verve chansonnière, assez proche de celle de La Brigade des Maléfices, anime les débats, ces progrès ne faisant que souligner la persistance des travers humains, avec à la clé une plaisante comédie sociale,  légère mais acidulée.  Face au solide Gérard Darrieu, la raffinée France Delahalle interprète avec brio une grande dame, certes incisive et imbue d’elle-même, mais aussi d’une intelligence pénétrante, la seule à percevoir l’étrange aventure dans laquelle s’est lancé son frère. Un personnage très riche, impeccablement porté par un élégant jeu théâtral. Les émissions télévisées (animées par Georges de Caunes dans son propre rôle et un très jeune Roland Giraud) insèrent quelques gags quasi satiriques venant joliment compléter l’ensemble.

Cependant, la suite du prologue déçoit singulièrement, lors de la particulièrement fastidieuse visite de la grotte de Luzarches. Dréville n’a aucun moyen d’animer ces décors minimalistes, où se déroule une suite de témoignages et explications verbeuse et statique. Le simple graphique présenté plus tard par Philippe à François, autrement plus clair et synthétique, rend l’ensemble totalement inutile. La découverte du squelette, d’emblée présenté comme celui de Philippe, jette toutefois une ombre menaçante sur la suite du récit.  On s’inquiète quand le récit bascule tout à la fois dans la seconde partie et en 1885, car, dans un premier temps, la description de l’époque ne se dépare pas d’une simple imagerie d’Epinal. Toutefois le récit incorpore rapidement de nombreuses passerelles humoristiques entre les deux époques, de même qu’il résout plusieurs énigmes secondaires de manière amusante. Surtout, il introduit avec naturel le corps principal de la série, lors de la rencontre entre les deux d’Audigné.

L’évènement suscite un vrai regain d’intérêt. Les deux comédiens fonctionnent très bien ensembles, apportant une dimension réellement humaine aux personnages, la maturité de François se réjouissant de l’exaltation juvénile de Philippe, tandis que ce dernier est ravi d’enfin communiquer avec son mentor. Le métier supérieur de Robert Vattier rend le pittoresque François particulièrement gouleyant, difficile de ne pas songer au Comte de Champignac, chez Spirou. Les conversations autour de la Machine à remonter le Temps (enfin, du « Bloc Chronomique ») et des miroirs s’avèrent passionnantes par leur enthousiasme communicatif, mais aussi par leur poésie.  Bien davantage que chez H. G. Wells, nous  nous situons ici dans une Science-fiction authentiquement française, relevant pleinement de ce merveilleux scientifique cher à Jules Verne et à Maurice Renard. Ce dernier auteur illumine particulièrement le récit,  car la belle fantaisie des miroirs reflets du passé se retrouve dans son superbe roman Le Maître de la Lumière (1947). Le recours à de nombreux dessins et photographies enjolive encore davantage l’épisode. Concluant idéalement l’opus, la découverte que les reflets de deux quidams sont en fait ceux du Roi Soleil et de Molière suscite un sentiment vertigineux chez le spectateur, comparable à celui ressenti lors de la révélation du glaive troyen dans l’épisode La Revanche des Dieux de Time Tunnel. Les Portes du Temps sont sur le point de s’ouvrir.

Infos supplémentaires: 

  • Noël-Noël, auteur de la série, connut une éclectique carrière durent les années 30 : comédien, pianiste, chansonnier, dessinateur pour Le Canard enchaîné et L’Humanité... Après-guerre, il perce au cinéma comme acteur et scénariste, notamment en collaboration avec le réalisateur Jean Dréville (La Cage aux Rossignols, 1945 ; Les casse-pieds, 1948). Avant de se retirer durant les années 70, il devient un comédien populaire, entremêlant rôles comiques et chansons (Les Vieux de la Vieille, 1960).

  • Jean Dréville, réalisateur de la série, a plusieurs fois fonctionné en duo avec Noël-Noël, acteur et scénariste, dans le cinéma français d’après-guerre. Partiellement écrit par Noël-Noël, son film La Cage aux Rossignols (1945) inspira Les Choristes (2004). Dréville est également connu pour avoir donné à Bourvil son premier rôle (La ferme du pendu, 1945). Le Voyageur des Siècles reste sa dernière mise en scène.

  • Le texte original de la série fut écrit par Noël-Noël en 1931, pour servir de base à un film. Le projet ne se réalisa pas, car jugé trop onéreux et risqué par la profession. En 1971, l’auteur l’adapte pour la Bibliothèque Verte (opus n° 443, illustré par Jacques Pecnard), avec une conclusion plus heureuse.

voyageur bonus

  • Noël-Noël fut un ami de René Barjavel, ce qui explique sans l’importante influence du Voyageur imprudent sur son texte.

  • Robert Vattier (Pr. François d'Audigné), grand ami de Pierre brasseur, fut avant tout un homme de théâtre. Il participa toutefois régulièrement aux films de Marcel Pagnol, dont il fut l’un des acteurs favoris. Il fut ainsi le M. Brun de la Trilogie marseillaise ou l’abbé de L'élixir du révérend père Gaucher. Vattier publia en 1961 des mémoires pétillants d’humour, Les souvenirs de Monsieur Brun, retraçant son parcours cinématographique chez Pagnol.

  • Hervé Jolly (Philippe d'Audigné) réalise une belle carrière télévisuelle, dont deux participations aux Brigades du Tigre. Mais il est avant tout un très important acteur de voix, pour les dessins-animés et les doublages divers. Il est ainsi la voix française de Clint Eastwood depuis 1999, mais aussi celle d’Alec Baldwin ou Tom Berenger. Il assure également le commentaire hors champ de nombreux documentaires.

  • France Delahalle (la Baronne), compagne de Georges Herbert, fut une grande figure du théâtre français. Elle codirigea durant 20 ans le théâtre Saint-Georges. Elle n’apparut qu’épisodiquement à l’écran, mais participa à plusieurs reprises à Au théâtre ce soir.

  • De Caunes annonce la diffusion de Noix de Coco. Il s’avère prophétique, car la pièce de Marcel Achard  (1935) sera bien diffusée l’année suivante dans Au théâtre ce soir, le 11 décembre 1972.

  • L’un des trois scientifiques arrive au château avec trois heures de retard, le Général Boulanger se trouvait dans son train et chaque village traversé tenait à organiser une cérémonie. Populaire ministre de la guerre, Boulanger voyage en effet en 1886 (et non 1885) à travers toute la France, allant de banquets en cérémonie. Il va devenir le fer de lance des nationalistes, son mouvement, le Boulangisme, semblant même un temps menacer la République.  Condamné pour complot, il doit néanmoins s’exiler en Belgique en 1899, où il se suicidera. 

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2. L'ALBUM DE FAMILLE


Résumé :

Philippe entreprend de sonder le passé, grâce au miroir de François, qui, situé en 1884, permet d’entrevoir plus clairement l’Ancien Régime ! Tel un album de famille animé, les images de leurs ancêtres communs se révèlent au fil de reflets toujours plus lointains. Philippe est séduit quand il retrouve le beau visage de celle qui semble être la gouvernante anglaise de l'une de leurs aïeules, en 1788. Amoureux, il convainc François de l’accompagner jusqu’au règne de Louis XVI, afin de la retrouver. Le voyage temporel se déroule sans incident, les deux explorateurs se rendant ensuite de Luzarches jusqu’au Paris prérévolutionnaire, dont la visite les enthousiasme. 

Critique :

Avec un goût très sûr, le titre de l’épisode désigne le meilleur passage de celui-ci. Apercevoir les reflets des habitants successifs du château développe bien entendu la fascination habituelle existant autour de la notion de voyage temporel. Mais, entremêlant grands évènements et souvenirs de famille, commentée avec émotion, ironie ou enthousiasme par François, cette découverte nous rappelle que les destinées individuelles constituent la chair vive de l’Histoire, bien davantage que les récitations de dates ou au fracas de l’évènementiel. Nous nous situons plus près d’un Georges Duby que d’un Jean Favier. La scène  continue également à tracer le portrait des deux héros, unis par leur passion de l’exploration, mais avec un Philippe pour lequel la dame de ses pensées prime déjà sur toute autre considération, tant l’amour reste le sentiment le plus égoïste qui soit.

Les nouvelles mirifiques révélations sur l’année 1981 apportent moins de densité humaine mais valent pour leur humour fantaisiste et chansonnier. Tout comme dans La Brigade des Maléfices, il s’agit surtout de souligner les travers de la société contemporaine du spectateur de 1971 et de ses développements modernistes. On observe d’ailleurs que l’on retrouve ici l’idée du tourisme spatial, exprimée dans l’un des meilleurs épisodes de cette autre série de l’été 1971, Voir Vénus et mourir.  Parmi un inventaire à la Prévert, certaines impressionnant toutefois par leur acuité, même si les termes techniques actuels ne sont pas usités : voitures téléguidées par ordinateurs (en 2015 on y vient doucement mais sûrement), cultures hydroponiques, déplacement ultrarapide sur rail supraconducteur…

Si les limites budgétaires de la production rendent assez minimaliste le plateau de la grotte de Luzarches, la découverte du fameux monolithe produit malgré tout son effet. A la fois élégant et mystérieux, il rend un bel hommage à l’habilité des créateurs des décors. Les amateurs de Doctor Who (qui devraient probablement s’enthousiasmer pour Le Voyageur des Siècles) s’amuseront en constatant une légère ressemblance entre le Bloc Chronomique en pavé droit et le TARDIS, tous les deux se dématérialisant d’ailleurs de similaire façon. De plus la « clef magnétique » permettant à Philippe d’ouvrir la porte de sa grotte sonique évoque également le Tournevis sonique du Docteur, lui servant pareillement à actionner les serrures. Les images de la vision/déconstruction de la Tour Eiffel et du Palais de Chaillot convainquent moins, à ce stade on partage l’enthousiasme de François désirant embarquer sans plus de digression. De plus le procédé visuel adapte trop manifestement  celui du classique de 1960, La Machine à explorer le Temps.

Une fois en 1788, le parcours de Luzarches jusqu’à Paris, puis la visite de la future Ville lumière, constituent sans doute le Talon d’Achille de l’Opus. La pauvreté des moyens mis en œuvre (décors minimalistes noyés dans l’ombre, nombre très restreint de seconds rôles, caméra peu mobile…) sollicité vraiment trop la bienveillance et l’imagination du spectateur. Surtout on attend d’un feuilleton télévisé qu’il nous raconte une intrigue, or tout ceci tourne rapidement au documentaire, avec un François énumérant anecdotes et points d’histoire de rue en rue, sans que rien d’autre ne se passe vraiment, hormis une échauffourée où Philippe paie de sa personne. On se croirait par moments dans le Métronome de Lorànt Deutsch, davantage que dans une fiction. Les Docteurs classiques ont vécu de pareilles explorations (sans autres éléments de Science-fiction qu’eux-mêmes), mais ont toujours su allier narration et instruction. Demeurent quelques plaisants instannés, l’humour facétieux des dialogues  de Noël-Noël et le charme des comédiens (y compris d’une Katia Tchenko fugacement découverte en bergère). Mais l’on reste en l’attente d’une histoire accompagnant l’Histoire. 

Infos supplémentaires: 

  • Katia Tchenko (la Bergère), encore ici en début de carrière, va connaître un parcours éclectique. Elle devient une figure emblématique des films « pittoresques » des années 70 et 80 : Les Charlots font l’Espagne (1972) , Les Bidasses au pensionnat (1978), Mon curé chez les nudistes (1982), L’Emir préfère les blondes (1983), etc. Son charme et sa vivacité lui valent aussi de beaux succès au théâtre et  à la télévision. Elle participe également à des opérettes et devient meneuse de revue aux Folies Bergères (bouclant ainsi la boucle avec Le Voyageur des Siècles !).
  • La pension où vont dormir les voyageurs a accueilli précédemment Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), dont plusieurs œuvres licencieuses visibles au Louvre adornent l’établissement. D’extraction modeste, le peintre exerça en effet principalement à paris. Malgré une solide carrière classique, ce sont ses toiles érotiques qui lui vaudront le succès auprès de la cour de Louis XV, aux mœurs libertines. Il entre à l’Académie, mais sera ruiné par la Révolution, qui le privera de sa clientèle aristocratique, tandis que Napoléon le fera expulser du Louvre. Il meurt au Palais-Royal, en pleine défaveur.
  • Visitant le Paris de 1788, Philippe et françois ne manquent pas l’occasion de visiter le joyeux Palais-Royal d’alors. En 1780 Louis-Philippe d’Orléans (le futur Philippe Egalité) a mené l’une des plus grandes opérations immobilière en installant de nombreux cafés, restaurants, spectacle, galeries et salons de jeu autour du jardin du palais des Orléans. Le lieu va devenir le lieu à la mode de  la société parisienne, libertine et huppée. Petits marquis et demi-mondaines y feront assaut de mots d’esprit et de galantes entreprises. Le lieu survit à la Révolution mais pas à la réaction moralisatrice du roi Louis-Philipe, qui ferme en 1836 les établissements ouverts par son père. .

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3. LE GRAIN DE SABLE


Résumé :

Philippe et François quittent la capitale, pour se rendre dans leur demeure familiale, en Bourgogne. Ils y font connaissance de leur ancêtre fondateur du domaine, dit Coco Bel-Œil car borgne. Surtout, ils découvrent qu’en fait l’élue de Philippe est la Comtesse Catherine, et non la gouvernante écossaise, Mary d’Hobson. Leur très lointaine parenté par alliances ne freine pas les ardeurs de Philippe, qui, malgré les mises en garde de François, s’efforce en vain de la convaincre de fuir la France pour éviter d’être guillotinée dans cinq ans, en 1793. Elle le prend pour un fou et le duo doit retourner à Paris. Philippe convainc François de s’adresser à Louis XVI, afin d’éviter que la révolution n’ait lieu, pour ainsi sauver Catherine malgré elle. 

Critique :

Les échanges entre le secrétaire et les trois éminents scientifiques amis de François rythment le récit d’une manière agréablement surannée. On pense beaucoup aux narrations accompagnant plusieurs films de Sacha Guitry, avec le même plaisir de l’esprit et des bons mots (La légion d’honneur est comme une maladie chronique, cela commence par des rougeurs, cela se poursuit par des boutons et cela se termine parfois par des plaques). Certes leurs réactions face à un récit aussi fantastique peuvent parfois sembler irréalistes, mais c’est  avec gourmandise mais qu’ils introduisent le second temps du feuilleton.

On y retrouve nos intrépides voyageurs enfin se décider à poursuivre leur aventure, quittant leur rôle de témoins (sinon de touristes temporels), pour pleinement devenir les protagonistes de leur aventure. Leur odyssée à travers Paris, puis, via les grands chemins de France, vers la Bourgogne revêt la forme d’hilarantes scénettes. Celles-ci vont judicieusement varier les types d’humour. Avec sa rondeur et son timbre gouleyant, Jean-Marie Proslier campe ainsi un maitre tailleur que l’on croirait jailli du Bourgeois gentilhomme, irrésistible de fatuité et de snobisme ridicule.

Le malicieux parallèle établi entre les tracas du périple en calèche et la circulation automobile se développe avec brio, accompagné d’une pétillante narration évoquant les Mini-chroniques de Goscinny. La rencontre avec La Fayette produit évidemment son effet, tout en juxtaposant un savoureuse ironie entre son aspiration au repos et l’orage révolutionnaire s'approchant. On apprécie que la mise en scène de Dréville apporte de la vie au récit, laissant toute sa place au petit peuple de Paris et des Provinces et nous révélant quelques plaisants à-côtés de l’époque (comme le chanteur de complaintes en ancêtre de la télévision).

On se régale, purement et simplement. L’euphorie se poursuit quand les D’Aubigné rallient enfin leur demeure. On savoure un caustique panorama de la petite noblesse provinciale  de l’Ancien Régime finissant, engoncée dans ses privilèges et ses certitudes, trompant son ennui oisif en mimant les fastes et l’esprit de la lointaine capitale. Jacques Harden incarne avec panache un Coco Bel-œil à la fois brutal et fantasque, cristallisant tous les travers de sa caste. Anne-Marie Carrière se trouve à son affaire en gouvernante écossaise pocharde  d’une verve toute chansonnière. Le beau décor du château et du jardin apporte à la mise en scène un luxe tombant à point nommé, accompagné de jolis morceaux de clavecin. Le sommet de l’épisode réside bien entendu dans la rencontre tant attendue avec la Comtesse.

La superbe et aristocratique Myriam Feune de Colombi lui apporte une élégante théâtralité, tout à fait dans le registre de la Comédie française d’alors. Le récit évite habilement de la dépeindre en Colombine : derrière ses bonnes manières, elle partage bien les mêmes préjugés que son mari  Nos voyageurs apportent beaucoup d’humour à leurs pérégrinations et les tentatives infructueuse de Philippe pour séduire son élue (jusqu’à s’approprier les poésies de Verlaine !) apporte un plaisant humour de répétition.  Rien de manque au succès de l’opus, la décision de changer le cours de l’Histoire lui vaut un tonitruant cliffhanger final. 

Infos supplémentaires: 

  • Rencontré durant le voyage, La Fayette est interprété par Michel Le Royer. Il s’agit d’un clin d’exil inséré par Dréville, l’acteur ayant déjà incarné le Héros d’Amérique dans l’un de ses précédents films, La Fayette (1962). Ancien de la comédie française et figure régulière d’Au théâtre ce soir, Le Royer est également connu pour les séries Le Chevalier de Maison Rouge (1963) et Corsaires et Flibustiers (1966).

  • Anne-Marie Carrière (Mary d'Audson) fut une actrice et une humoriste très populaire. Outre le cinéma, elle participe à plusieurs émissions de télévision et de radio télévisées (C’est pas sérieux, L’oreille en coin, Le Francophonissime) et connaît un grand succès sur les scènes parisiennes. Elle est la seule femme à devenir une chansonnière de premier rang au cours des années 60 et 70.

  • Myriam Feune de Colombi (Catherine d'Aubigné), pensionnaire durant onze ans de La Comédie Française, demeure avant tout une comédienne de théâtre. Elle dirige depuis 1984 le Théâtre Montparnasse.

  • Suite à une erreur de montage, François apparaît dépourvu de moustache, avant qu’elle ne soit effectivement rasée.

  • Pour réparer la statue de son jardin, le Comte Xavier, dit Coco Bel-Œil, fait appel à Jean-Antoine Houdon (1741-1828). Il s’agit du plus grand sculpteur français du XVIIème siècle, réputé pour ses statues et bustes en marbre. Il réalise notamment les bustes des premiers présidents américains et de nombreuses grandes personnalités françaises, ce qui lui vaut le surnom de « Sculpteur des Lumières ». 

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4. LE BONNETIER DE LA RUE TRIPETTE


Résumé :

Philippe et Français parviennent à communiquer leurs révélations à Louis XVI, via le serrurier Gamain.  Ils se rendent en 1808, afin de constater les bouleversements opérés. Grâce à Lavoisier, les informations scientifiques de Philippe ont donné lieu à de mirifiques inventions : téléphone, voitures radio… Mais la Révolution a éclaté en Allemagne, dont les armées ont battu les troupes françaises et menacent désormais Paris ! Les voyageurs retrouvent Bonaparte, devenu bonnetier, espérant que son génie militaire puisse sauver la France. Mais ils apprennent que Catherine est morte depuis 10 ans, dans un accident automobile. Découragés, les d’Aubigné annulent l’histoire alternative, mais Philippe refuse d’abandonner Catherine. Une violente dispute éclate alors, et il se tue accidentellement avec son arme magnétique. Grièvement blessé, François a le temps de rallier 1884, avant de mourir à son tour.

Critique :

Jusqu’au bout Le Voyageur des Siècles se sera montré brillamment caustique avec l’Ancien régime, fustigeant ses travers avec une humour acéré. L’ultime étape nous narre ainsi les petits ridicules de la cour royale, sous l’œil d’un Louis XVI bonasse mais insignifiant. Au passage, on apprécie les extérieurs tournés dans les jardins de Versailles, tandis que la Galerie des Glaces se voit reconstituée avec un joli trucage, en arrière fond.

Le bouleversement entrepris par nos héros apporte un souffle nouveau au récit, en basculant dans l’Uchronie, sous-famille particulièrement exigeante des histoires de voyages dans le temps, mais au combien porteuse. Le genre a valu de grands romans à la Science-fiction (Pavane, Chroniques des années noires, la Maître du haut Château, l’Age de la Déraison…), mais avait fait l’objet de bien peu de série télévisées en 1971, d’où une belle audace pour Noël-Noël. Au Cœur du Temps n’avait jamais osé sauter le pas, et le Docteur maîtrise trop son sujet pour se laisser aller à de telles facéties. La série se conforme idéalement aux deux nécessités d’une Uchronie ambitieuse : expliciter précisément le point de divergence historique et en révéler l’ampleur des conséquences d’une manière progressive et intégrée au récit. Une agréable fantaisie parachève  ce stimulant panorama, avec ces chaises à porteur motorisées ou ces téléphones antédiluviens.

Hélas, Le Voyageur des Siècles retombe dans le travers de la simple émission historique lors de la quête de Bonaparte, occasion de multiplier jusqu’à plus soif les détails de son parcours. Le procédé devient fastidieux à force de rencontres et d’anecdotes dédiées uniquement aux passionnés du sujet, tandis que l’intrigue piétine. Ce sentiments se voit renforcé par la révérence toute en imagerie d’Epinal manifestée par l’auteur envers l’Empereur, bien loin de l’ironie manifestée envers la royauté ou la société contemporaine. On peut observer là une convergence, Au Cœur du Temps ayant également versé dans l’hagiographie impériale (Le Règne de la Terreur) et le Docteur considérant lui même le Corse avec respect dès Prisoners of Conciergerie, entre autres épisodes. L’extraordinaire performance de Roger Carel nous dédommage toutefois de notre attente, campant, non pas une caricature facile, mais un homme hanté par une destinée dont il se sent frustré d’une manière immanente et indicible. Cette vision ne manque certes pas de grandeur.

La fin cruelle du récit nous choque, tant nous avons sympathisé avec de duo d’étranges voyageurs, enthousiaste et audacieux. Mais, outre l’influence manifeste de Barjavel (on ne joue pas impunément avec l’Histoire), il s’agit finalement d’une conclusion logique, tant la série aura su utiliser les multiples différences existant entre Philippe et François comme un moteur de son récit, en les portant progressivement à incandescence. Le regard porté sur l’Amour comme sentiment à la fois terriblement puissant et égoïste nous change agréablement des bluettes coutumières.

Le Voyageur des Siècles aura su nous captiver et nous divertir jusqu’à son terme. Sa tonalité chansonnière et malicieuse rencontre un plaisant écho chez La Brigade des Maléfices, envers des travers très contemporains. Ces deux séries, relevant du Fantastique ou de la Science-fiction, forment un enthousiasmant diptyque, en cet été 1971 où elles auront fait pénétrer comme par effraction  une fantaisie de qualité et authentiquement française au sein des grilles de programme de la digne et cartésienne ORTF.

Infos supplémentaires: 

  • François Gamain a réellement existé. Il avait gagné la confiance de Louis XVI, en l’initiant aux techniques de la serrurerie, passion du Roi, avant de trahir son maître en 1792. Il révéla l’existence de la fameuse Armoire de Fer à la Convention, qui le pensionna. Il avait fabriqué ce compartiment secret placé dans la chambre de Louis aux tuileries, contenant la correspondance de ce dernier. 

  • Bonaparte  reçoit à diner le capitaine Bourrienne, un ancien condisciple de l’école militaire de Brienne. Dans notre réalité, il fur le secrétaire de l’Empereur et l’un de ses rares amis, avant d’être partiellement  disgracié pour des malversations. Il se rallie aux Bourbons en 1814, continuant sa carrière politique et financière sous la Restauration. Ses Mémoires demeurent une source d’informations sur l’Empereur et son époque.

  • Pierre Mirat (Louis XVI) a été un second rôle régulier du cinéma et de la télévision, tout en connaissant une belle carrière sur les planches. Outre la série Le temps des copains (1961), il reste avant tout connu pour les publicités Ducros et leur fameux slogan des années 70 et 80 : À quoi ça sert que Ducros se décarcasse ?.

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Images capturées par Estuaire44.