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La Dame de Monsoreau

Présentation 


La « Dame de Monsoreau » mini-série de 7 épisodes réalisée en 1971 par Yannick Andreï et adapté par Claude Brulé d’après Alexandre Dumas est  de nouveau disponible en DVD en version restaurée depuis la fin de l’année 2014 et c’est une excellente nouvelle !

Ce feuilleton, comme beaucoup d’autres, a marqué mon enfance. Je l’ai découvert lors de sa rediffusion au début de l’été 1975 car lorsqu’il fut diffusé la première fois à noël 1971 j’étais trop jeune (3 ans et demi). Je ne l’avais pas revu depuis. J’en gardais un excellent souvenir général et même certaines images demeuraient intactes : la musique du générique et le feu dans l’âtre qui l’illustrait, les visages de plusieurs protagonistes et la scène avec Chicot manquant de peu d’être démasqué alors qu’il est caché dans un confessionnal. Je voulais le revoir depuis longtemps mais le DVD n’était plus disponible à la vente depuis longtemps…Aussi quelle joie d’apprendre l’arrivée de la version restaurée !

Revoir des feuilletons appréciés dans l’enfance c’est un peu comme visiter une maison qu’on a habité enfant ou revenir sur un lieu de vacances. Cela peut s’avérer risqué. Certaines choses ne résistent pas au temps qui passe, pas forcément parce qu’elles seraient irrémédiablement démodées, mais surtout parce que le regard de l’enfant voit souvent ces choses en plus grand et en plus beau et parfois la déception est au rendez-vous à l’âge adulte.

Et bien là pas de déception ! Non seulement le plaisir est intacte mais il est même encore plus fort car j’ai pu profiter aujourd’hui de toutes les subtilités des dialogues et des situations qui m’avaient échappé enfant ! Un pur bonheur qui me permet d’affirmer que cette série a bien sa place au panthéon des séries cultes, véritable fleuron de ce qui se faisait de mieux en matière télévisuelle.

Maria Meriko (1)

 

Je vous propose de vous prêter quelques secondes à une petite expérience : dites « la dame de Monsoreau » et fermez les yeux. Qui voyez-vous apparaitre ? Je parie que la plupart d’entre vous verront d’emblée s’afficher le visage de Karin Petersen. Pourtant des « dames de Monsoreau » il y en a eu un certain nombre depuis que le cinéma et la télévision existent :

  •           Maria Gasperini en 1909
  •           Marie-Louise Derval en 1913 (elle tint aussi le rôle au théâtre)
  •           Geneviève Félix en 1923 dans une version colorisée
  •           Geneviève Casile en 1961
  •           Une version russe en 1998 avec Gabrielle Mariani
  •           Et enfin avec Esther Nubiola en 2008

Certes si le visage de Karin Petersen s’impose c’est aussi grâce aux nombreuses couvertures de presse dont elle bénéficia au moment de la diffusion du feuilleton et même des rediffusions (couverture de télé 7 jours en 1975) et parce que dans les années 70 la majeure partie de la population était désormais équipée de la télévision, aussi l’audience de cette version a t-elle été considérable. Les autres sont trop éloignées dans le temps et la modernisation excessive et très américaine de la dernière version de 2008 n’effacera pas le souvenir de la Dame de 1971, car même si Esther Nubiola s’avère bien plus ardente que la froide Karin Petersen, force est de constater que l’actrice danoise reste aujourd’hui encore l’incarnation de l’héroïne de Dumas. Plus par la grâce de son physique (la fameuse coiffure avec la tresse sur le front !)  que pour son jeu d’ailleurs car il semblerait qu’elle était à cette époque une actrice inexpérimentée, ce qui se remarque assez bien (voir les chroniques de chaque épisode).

Le DVD se présente dans un coffret réunissant trois DVD sur lesquels se répartissent les trois épisodes, pour des raisons commerciales évidentes car les acheteurs savent bien qu’on aurait pu se contenter de deux. En bonus une biographie d’Alexandre Dumas et des repères historiques. On aurait préféré quelques anecdotes sur le tournage et les souvenirs des comédiens mais il ne faut pas rêver !

J’ai choisi de le redécouvrir, bien avant d’écrire cette chronique, dans les conditions « d’avant » c'est-à-dire en regardant deux épisodes par semaines pour faire durer le plaisir. De nos jours on a tellement la possibilité de voir et de revoir les nouvelles séries autant de fois et quand on veut grâce aux enregistrements, DVD et autre Replay qu’on oublie le plaisir que procure l’attente…Dès l’apparition du feu dans l’âtre et aux premières notes du générique, j’ai découvert une émotion intacte !

Le feuilleton a été tourné en partie au Mans, quartier du petit Paris et place St Michel (le duel  de Bussy avec les Mignons), certains châteaux de la Loire, au Mesnil-Saint-Denis (ferme de Beaurain, Abbaye de Notre-Dame de la Roche) et dans les studios de Saint-Maurice. La production (Telecip) a investi 3,5 millions de francs engageant 222 comédiens et plus de 500 figurants ! (source : site d’Hervé Dumont)

N’ayant pas lu le roman d’Alexandre Dumas je n’ai malheureusement pas pu démêler ce qui, dans les dialogues hautement savoureux du feuilleton, relève du grand auteur (ou de ses négres) ou de l’adaptation de Claude Brulé (décédé en 2012).

Le couple Saint Just

 

Ce qui semble certain c’est que le roman de Dumas, pas plus que la version de 2008 ne met autant en exergue l’homosexualité d’Henri III que cette version de 1971. Même si  cette réputation a poursuivi longtemps ce roi, la plupart des historiens  s’accordent à dire aujourd’hui que cette réputation avait pour origine une cabbale de ses nombreux ennemis et qu’en réalité le roi avait beaucoup aimé les femmes et avait eu de nombreuses maitresses. Son mariage avec Louise de Lorraine aurait même été un vrai mariage d’amour, contrairement à beaucoup d’autres royales unions ! De plus le terme « Mignons » utilisés à l’époque pour désigner les favoris du roi n’avait pas le sens péjoratif qu’il a aujourd’hui ce qui ajoute à la confusion.

Les scénaristes du feuilleton n’ont pas retenu cette réalité et ont donc fait le choix de présenter Henri III sous les traits d’un homosexuel assumé  à travers des dialogues  très bien écrits où l’humour n’est pas absent, bien au contraire. Je salue ici cette audace pour une production grand public du début des années 70 d’autant plus que cela n’est jamais vulgaire ni envahissant…Un équilibre parfait a été trouvé par les dialoguistes et l’interprétation au cordeau de tous les comédiens, principalement de Denis Manuel et Michel Creton, fait le reste…

Le feuilleton devait avoir une suite, mais le projet n’a pas abouti. On peut bien sûr le regretter mais aussi penser qu’il était plus sage de conserver les choses ainsi (voir chronique de l’épisode 7), il est de toute façon devenu éternel !

L’action se situe entre 1578 et 1579, soit 6 ans après la Saint Barthémély.

Personnages et leurs interprètes :

La plupart des personnages du roman de Dumas paru en 1846 et qui fait partie d’une trilogie avec « la reine Margot » et « les quarante-cinq », sont historiques. Seul le moine Gorenflot est une pure fiction. Cependant Dumas a transformé le caractère de la plupart d’entre eux et romancé la majeure partie des faits qui s’appuient cependant fortement sur le fond historique des guerres de religions avec le tristement célèbre massacre de la Saint Barthelemy  et du règne d’Henri III, dernier des Valois.

Les 3 personnages principaux sont très romancés :

Bussy

 

Louis de Clermont de Bussy d’Amboise interprété par Nicolas Silberg  n’était pas du tout un gentilhomme romantique, mais un être brutal et méprisant qui ne ratait aucune occasion de raviver la guerre entre Henri III et son frère le duc d’Anjou dont il était l’un des mignons. IL fut effectivement l’amant de FrançoisedeMaridor, comtesse de Montsoreau et laissera bien sa vie dans le piège mortel tandis par le mari de celle-ci. Il est interprété par Nicolas Silberg qui incarne ici un Bussy d’Amboise inoubliable, même si le côté romantique du personnage, crée de toute pièce par Dumas, peut agacer car il affadit quelque peu son caractère. Mais Nicolas Silberg s’en tire honorablement et c’est grâce à sa juste interprétation que le personnage n’est pas aussi fade que celui de sa Dame. Sociétaire de la comédie française dès 1970 il fera les beaux jours de quelques séries historiques et incarnera même un bon Mesrine bien avant Vincent Cassel. Il est désormais peintre sous son véritable nom de Gérard Fruneau et a même exposé dernièrement au Mans où furent tournées des scènes de la dame de Monsoreau.

La Dame de Monsoreau s’appelait en réalité Françoise de Maridor (et non Diane de Méridor) et vécu très longtemps avec son mari le comte avec qui elle aura 6 enfants ! Elle aura donc dans le souvenir collectif encore très longtemps le visage de Karin Petersen, actrice d’origine danoise, épouse de l’acteur Paul Guers. Elle connut un destin tragique : elle se suicida en 1982 après avoir été victime d’un viol. On l’a vu également dans le feuilleton « le cœur au ventre » de Robert Mazoyer. Elle interprète une dame de Monsoreau assez austère et manquant singulièrement de passion. Mais cela ne sera pas dommageable à l’aura de la série, sa beauté glacée participant au mythe et le reste du casting effaçant les faiblesses de son héroïne principale, par une interprétation de haut vol.

Chicot et Henri III

Le roi Henri III, troisième fils de Catherine de Médicis et d’Henri II régna après ses 2 frères ainés François II et Charles IX, il mourut sur « le trône » (sur sa chaise percée), assassiné par un moine de la Sainte Ligue. N’ayant pas de descendance il fut le dernier des Valois et Henri de Navarre un Bourbon, lui succéda. C’est le très regretté Denis Manuel, décédé en 1993, qui l’interprète ici. Denis Manuel fut un grand acteur de télévision, de théâtre et de cinéma (ce qui est rare.) Son interprétation d’Henri III est en tout point remarquable jusque dans les moindres détails.

Jean-Antoine d’Anglerais, dit Chicot, le fou du roi,  fut effectivement le bouffon d’Henri III puis celui d’Henri IV. « Il était acerbe, particulièrement rusé et s'entretenait avec le roi sans formalités.   Ce fut le seul fou du roi, connu, qui eut une activité politique et militaire.» (source : Wikipédia) Son interprète Michel Creton est la véritable star de ce feuilleton, au point qu’on pourrait sans peine le rebaptiser  « la balade de Chicot ». Son interprétation du bouffon mérite 5 étoiles (mais je n’en ai que 4 à disposition). Il était le personnage dont je me souvenais le mieux avec celui du duc d’Anjou et il était au centre de la seule scène dont je me rappelais parfaitement bien 40 ans après (celle où il est caché dans le confessionnal). Il interpréta aussi la chanson du feuilleton «dans mille ans, dans mille roses » visible sur Youtube, mais là c’est plus discutable. De plus en plus rare, hélas, à la télévision, sa dernière prestation notable est celle du commissaire de la série « Central Nuit.» Revient Michel la France…euh pardon, la télévision a besoin de toi !

 

Le comte de Montsoreau, Charles de Chambes (rebaptisé Bryan par Dumas), gentilhomme, chambellan et grand-veneur de François duc d’Anjou  fut considérablement noirci par Dumas dans son roman. Et cette noirceur est admirablement servie par François Maistre, inoubliable commissaire Faivre des brigades du tigre, mais qui joue là dans un registre qui surprendra sans doute les fans des Brigades. Il est si détestable qu’on se réjouit de sa mort qui dans la réalité historique ne surviendra pas lors du piège mortel tendu à Bussy mais après celle de la vraie dame de Montsoreau sa femme.

Le duc d’Anjou, François frère du roi, était effectivement en rivalité politique avec son frère le roi Henri III. Dernier des quatre fils de Catherine de Médicis il mourut à 29 ans de la tuberculose et ne régna donc jamais. A noter qu’il s’appelait en réalité Hercule (!) mais on l’appela François après le décès de son frère ainé qui régna brièvement en tant que François II…Gérard Berner est un interprète parfait pour ce personnage perfide, son visage anguleux et la profondeur de son regard noir, dont il tire le meilleur parti ainsi que la modulation de sa voix,  donne une étoffe saisissante au personnage. Il fut le méchant de l’histoire que j’ai adoré détester, ou que j’ai même pu apprécier car j’avais alors un goût plus prononcé pour « les vilains » que pour « les bons » c’est pourquoi je le préférais à Bussy. Et je dois avouer que 40 ans après mon avis n’a pas changé…Je n’ai jamais compris pourquoi Gérard Berner n’avait pas eu une meilleure carrière (malgré de nombreuses apparitions quand même dans les années 70)  et avait terminé dans le doublage de soaps américains indigestes comme « amour, gloire et beauté »…Il avait pourtant un physique de cinéma proche, selon moi, d’un Anthony Perkins. En ce qui concerne ses talents en voxographie vous pouvez vous référez notamment  à l’épisode « le visage de l’horreur » de la série « X-Files (saison 3) où il double l’inquiétant John Mostow.

Monsieur de Saint Luc (François d’Espinay) un des mignons d’Henri III, dans le roman et le feuilleton il tombe en disgrâce après s’être marié…Interprété par Jean-Louis Broust acteur discret, décédé en 2006, qui mérite d’être enfin découvert fut-ce à titre posthume. Son interprétation vous convaincra sûrement, d’autant que le postiche lui sied bien. Son épouse est interprétée par Mireille Audibert seule femme du casting avec un rôle important, hormis l’héroïne. Elle joue mieux que Karin Petersen. Le personnage de Saint Luc n’existe pas dans la version de 2008.

Gorenflot

 

Le Moine Gorenflot est un personnage fictif, créée par Dumas. Archétype du moine truculent, amateur de bonne chère, qui de mieux pour lui donner vie qu’Angelo Bardi, taillé pour ce rôle au point qu’on pourrait croire qu’il fut écrit pour lui. Ses apparitions sont hélas bien trop courtes.

Le médecin-chirurgien Remy Hardouin est également fictif et interprété avec légèreté et bonne humeur par Daniel Derval, bien plus sobrement cependant que dans les nombreux navets auxquels il participa par la suite, notamment la fausse folle caricaturale des deux désastreux volets des « réformés» de Philippe Clair. Son physique poupin et jovial n’inspira sans doute rien de mieux aux « casteurs » et aux metteurs en scène…Cela vaut le coup de le redécouvrir ici.

L’impressionnante Maria Mériko, actrice d’origine Géorgienne, incarne Catherine de Médicis, un rôle bref mais aussi intense que son regard, fait pour elle. Sa prestation contribuera à rendre la série culte.

Les quatre mignons du roi sont interprétés par des acteurs de choix parmi lesquels, le grand Pierre Massimi (décédé en 2014) vu notamment dans « Belle et Sébastien », Gilles Béhat reconverti depuis dans la réalisation de séries et d’un film notable « rue Barbare », Yvan Sarro et Eric Kruger.

Aurilly est interprété par Mario Pilar et La famille des Guise est composée de Maurice Hirsch, Jacques Lecarpentier et Pierre Hatet. Leurs visages rappelleront les meilleurs souvenirs aux téléspectateurs des années 70.

A noter également une brève apparition de Marco Perrin, acteur prolifique, à l’accent méridionalen Henri de Navarre, futur Henri IV.

Les points forts :

  • Une excellente interprétation de tout le casting (un seul bémol pour l’héroïne principale), frisant la perfection pour certains.

  • Des dialogues raffinés et savoureux, bien servis

  • De beaux paysages et décors, bien photographiés et filmés

  • De magnifiques costumes bien portés, notamment par les interprètes masculins, ce qui n’est sans doute pas une évidence vu les caractéristiques de la mode du XVI° siècle : bas, fraises, cuissardes, et autres accessoires chapeaux à plumes, boucles d’oreilles…)

  • Les combats et les cascades de Claude Carliez, qui est décédé en mai dernier à 90 ans, ont fait merveille dans bons nombres de fictions françaises et de films, du « Capitan » d’Hunebelle au « Solitaire » de Deray en passant par « Fantômas » et son talent n’est pas démenti ici.

  • La musique du générique composé par Bernard Fossard

  • L’audace, pour l’époque, du parti pris de montrer une cour ouvertement homosexuelle sans vulgarité ni lourdeur.

Les points faibles :

  •  Une interprétation en grande partie figée de Karin Petersen, compensée par sa beauté inoubliable

  •  La robe qu’elle porte la plupart du temps ne lui sied pas et semble gêner son jeu

  • Certaines scènes nocturnes ne sont pas suffisamment éclairées pour permettre aux spectateurs de repérer les personnages

  •  La faiblesse de la passion entre Bussy et Diane qui en reste à la surface d’un romantisme ampoulé. La tendresse, tout en sobriété, unissant Chicot à Henri III est bien plus crédible  (sans doute grâce au talent des acteurs.)

  •  La présence trop brève du moine Gorenflot (Angelo Bardi) !

     

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