saison 1Saison 3

La Dame de Monsoreau

Guide des épisodes


1. LES ÉPÉES ET LA DAME BLONDE

Ce premier épisode débute par ce qu’on appelle au théâtre une « scène d’exposition » qui a pour cadre une chasse organisé par le roi,  où tous les protagonistes sont présentés. Et ils ne sont pas présentés par n’importe qui : c’est Chicot (Michel Creton), le fou du roi qui s’en charge avec drôlerie et finesse.

Dans cette scène d’exposition d’environ dix minutes nous faisons donc connaissance avec le roi Henri III (Denis Manuel) François d’Espinay de Saint Luc (Jean-Louis Broust, les mignons du roi au nombre de quatre : Maugiron (Yvan Varco), Schomberg (Eric Kruger), Quelus (Pierre Massimi) et d’Epernon (Gilles Béhat), Le comte Bryan de Monsoreau (François Maistre) François de France  duc D’Anjou, frère du roi (Gérard Berner) et enfin Louis de Clermont comte de Bussy d’Amboise (Nicolas Silberg), le plus fidèle parmi les fidèles du duc d’Anjou. Et un dernier personnage, plus secondaire, Aurilly (Mario Pilar).

« Que manque t-il pour qu’un roman d’aventure soit réussi ? » questionne Chicot au terme de cette présentation. « Une belle femme » proclame Bussy au grand dam du roi ! Mais il va falloir attendre car la dame ne figure pas dans cette scène.

Dans cet épisode les fondations de l’histoire sont posées : la rivalité entre Henri III et son frère François le Duc d’Anjou, et leurs partisans respectifs. La cour du roi est présentée comme ouvertement homosexuelle comme le roi lui-même. Le duc d’Anjou est à la recherche d’une belle inconnue blonde qu’il a aperçue et qui l’a tellement subjuguée qu’il veut à tout prix « l’ajouter à son tableau de chasse. » Bussy ne l’a pas encore rencontrée. Et enfin on comprend déjà que le comte de Monsoreau est un personnage fourbe…Cette scène d’exposition s’achève sur un mystère à éclaircir : pourquoi le roi a-t-il donc nommé le comte de Monsoreau « grand veneur », ce qui est un honneur, sur les conseils de son frère le duc d’Anjou  que pourtant il déteste ??Nous ne tarderons pas à le découvrir.

Le téléspectateur comprend aussi que l’enjeu de l’histoire se situera entre l’homme tout en noir : Monsoreau et l’homme en blanc: Bussy. La noirceur de l’un et la pureté de l’autre ne seront pas qu’affaire d’habits !

 Bussy d’Amboise, après un terrible combat avec les 4 mignons du roi, se réfugie, gravement blessé, dans une maison où il aperçoit une belle femme blonde avant de s’évanouir. Il est  subjugué par cette apparition. Il se réveille en pleine rue, ses blessures pansées, et tandis que son entourage pense que cette femme est le fruit des délires de sa fièvre, lui ne pense qu’à la retrouver. Lorsque son maître, le duc d’Anjou lui confie la mission d’entrer clandestinement dans une maison pour s’assurer que c’est bien la belle femme blonde qui l’a séduit qui y réside, Bussy comprend que tous deux recherchent la même femme…Il accepte la mission espérant secrètement qu’il aura les faveurs de la belle avant son rival…

L’histoire débute sous un angle original : une scène d’exposition comme au théâtre où Chicot, le fou (autrement dit le bouffon) du roi officie avec grandiloquence, audace et drôlerie. Michel Creton excelle dans ce rôle. Certains trouveront peut-être qu’il en fait trop, mais c’est le rôle même du bouffon d’être dans l’excès et le personnage oscillera sans cesse entre fantaisie débridée, finesse, intelligence et émotion, et Michel Creton s’acquittera avec brio de tous ces aspects tout au long des épisodes. Il est de ce fait une pierre angulaire du feuilleton. L’erreur fatale du remake de 2008 sera de se débarrasser du personnage de Chicot très rapidement, ce qui relève non seulement  du massacre d’une œuvre mais de l’inconscience  pure et simple (et je me force à rester polie)! Ceci étant, cette nouvelle version a suffisamment payée cette erreur : peu de personnes s’en souviennent contrairement à celle qui nous occupe ici.

 Les costumes sont magnifiques même si on peut préférer une autre mode vestimentaire que celle de cet étonnant XVI° siècle. Les dialogues sont bien écrits et bien interprétés, ils donnent l’impression d’une grande fidélité au texte d’Alexandre Dumas même si je ne puis en juger ne l’ayant pas lu. La façon de s’exprimer demande une attention plus soutenue pour en découvrir toutes les saveurs, une habitude que les téléspectateurs d’aujourd’hui ont peut-être perdue depuis bien longtemps et pourtant…quelle beauté dans tout cela ! Moi-même c’est à la faveur de cette chronique que j’ai pu en découvrir attentivement toute la profondeur ! Même si le feuilleton débute par une scène d’exposition ce n’est cependant pas du théâtre filmé, comme dans « les rois maudits. » Yannick Andrei a trouvé un bon compromis. Comme la plupart des feuilletons des années 70 certains trouveront peut-être une certaine langueur dans les scènes, pourtant bien moins prégnante ici que dans d’autres productions.

Les combats, notamment celui opposant longuement les quatre mignons du roi à Bussy d’Amboise sont impeccablement réglés, et feront le régal des amateurs de capes et d’épées. Rien que pour ce combat l’épisode mérite la note maximale. Il est sans doute le plus réussi de tout le feuilleton, se situant en plus dans un cadre idéal: la place St Michel au Mans (mais la narration le situe bien sûr à Paris. Et dans une lumière de jour naissant à apprécier de préférence sur un bon téléviseur plutôt que sur l’ordinateur…C’est  le seul épisode où on peut goûter pleinement au talent des 4 mignons parmi lesquels Pierre Massimi.

Ce qui frappe également dans cet épisode, et ce dès les premières images, c’est la présentation appuyée de l’homosexualité du roi et de sa cour. Ce qui, dans un feuilleton des années 70, tourné sous Pompidou, peut paraître étonnant de liberté et d’audace !  Certains dialogues sont particulièrement réjouissants, pleins de finesse, tel celui opposant Bussy à Quelus (Pierre Massimi).

L’humour n’est pas absent de cette fresque historique, loin de là, et la scène où Bussy fait passer la jeune épouse de monsieur de Saint Luc pour un page afin de lui permettre de retrouver son époux séquestré par le roi  au Louvre (qui est à cette époque la résidence royale) parce qu’il ne supporte pas qu’un de ses mignons se soit marié, suivi de celle où Henri III les découvre au lit, et s’en trouvant horrifié, les fait chasser aussitôt en les menaçant de mort et enfin celle, hilarante, de la perquisition chez Bussy où le couple s’est réfugié, apporte une légèreté bienvenue au cadre historique.

Lorsqu’au terme de cet épisode Bussy pénètre dans l’appartement de sa belle inconnue et monte lentement l’escalier avec un grand sens du suspens c’est avec regret que l’on voit le générique apparaître...Une sorte de cliffhanger déjà ! 

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LA réplique du l’épisode :

Maugiron à Bussy : « Tu es un grand malappris seigneur Bussy d’Amboise de nous parler ainsi à cheval quand nous t’écoutons à pied… »

Réponse de Bussy : « Je te tuerai donc à pied mon cher puisque nous nous tutoyons… »

En résumé : une entrée en matière réussie qui donne envie ! On s’attache déjà aux personnages…Un combat de toute beauté oppose Bussy aux mignons et l’humour a une grande place. Chicot s’impose déjà comme LE personnage du feuilleton, on s’en réjouit même si ce devrait plutôt être Bussy !

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2. L'HOMME EN NOIR

Cet épisode est presque exclusivement consacré à la rencontre entre Bussy d’Amboise et  Diane de Méridor. Bussy qui est entré dans la maison de Diane avec le double de la clé donné par le duc d’Anjou à la fin de l’épisode précédent tombe sur une scène opposant Diane et le comte de Monsoreau. Diane reproche au comte de n’avoir toujours pas tenu sa promesse de lui donner des nouvelles de son père resté à Méridor et qu’elle n’a pas revu depuis des semaines. Une fois le comte parti, Bussy se présente à Diane. Celle-ci lui explique longuement l’origine de sa situation. Désirée à la fois par le comte de Monsoreau, qu’elle a refusé d’épouser après qu’il eu tué une biche qui lui appartenait et qu’elle aimait tendrement et parce qu’elle le trouvait laid, et par le duc d’Anjou qui veut la posséder par tous les moyens après l’avoir vu à un bal, elle s’est vite retrouvée au cœur des complots et des trahisons que se sont  tendus les deux hommes pour la posséder. Monsoreau remporte la bataille à l’insu d’Anjou, faisant croire à ce dernier que Diane est morte noyée, et  depuis il séquestre la malheureuse dans une maison à Paris. Un jour Diane sort dans la rue pour aller à l’église et croise le duc d’Anjou qui la reconnait et donc découvre qu’elle n’est pas morte! Monsoreau lui dit qu’elle court désormais un grave danger et la force à l’épouser en catimini. C’est en pleurs que Diane devient  comtesse de Monsoreau. Elle met une condition à la consommation du mariage : avoir des nouvelles de son père. Mais comme en témoigne la scène initiale de l’épisode Monsoreau tarde à remplir cette condition pour une raison que l’on découvrira plus tard.

Après avoir entendu son récit Bussy s’engage à lui apporter des nouvelles de son père et lui promet d’être désormais tout entier à son service même si le mariage de Diane avec Monsoreau l’a profondément affligé.

L’épisode s’achève sur Chicot qui découvre inopinément qu’un complot se trame contre Henri III. Il décide de suivre les comploteurs qu’il a surpris dans une auberge.

Cet épisode est probablement le moins bon du feuilleton. J’hésite à lui accorder trois bottes mais deux me paraissent trop peu car certaines scènes sont bonnes et l’épisode est essentiel pour bien saisir tous les enjeux de l’histoire. Disons que si deux et demi (ou deux bottes et un melon !) avait été possible j’aurais plutôt choisi cette notation. Comme le feuilleton dans son ensemble me parait très bon, j’opte pour trois.

La faiblesse de l’épisode vient du fait que  durant 47 minutes sur 54 nous assistons au récit que Diane de Méridor fait à Bussy d’Amboise des évènements récents qui ont bouleversé sa vie. Il s’agit là d’un bon moyen de revenir à la source d’une histoire et la méthode n’est pas en cause. Le récit de Diane est bien évidemment accompagné de flashs back qui ne manquent pas d’action et de ruses rocambolesques. Certains sont réussis comme celui où Diane et sa femme de chambre sont enfermées dans un château par un ennemi non identifié au départ mais qu’un indice désignera comme étant le duc d’Anjou. Un message secret leur parvient caché à l’intérieur d’un fruit où un mystérieux sauveur s’annonce, promettant de venir  les délivrer juste avant que le duc n’arrive pour prendre possession de la captive dans tous les sens du terme. Si ce sauveur n’arrive pas à temps pour la délivrer du duc, Diane menace de se jeter dans les Douves. Cette scène où Diane est menacée de viol et préfère se suicider fait rétrospectivement froid dans le dos lorsqu’on songe à la tragédie, bien réelle, vécue par Karin Petersen quelques années plus tard.

Au terme d’une scène forte en suspens Diane découvre avec horreur que son sauveur n’est autre que Monsoreau , qu’elle déteste et qu’elle a refusé d’épouser. Il légitime son sauvetage avec une fausse lettre du père de Diane. Diane le suit à contre cœur et file vers son malheur entre les mains de cet homme fourbe. François Maistre est très convaincant dans le rôle de ce sinistre personnage, un rôle très éloigné du commissaire Faivre des Brigades du tigre. Cette scène est parmi les meilleures de l’épisode.

Mais beaucoup d’autres sont souvent filmées de nuit avec une mauvaise lumière, l’intrigue apparait parfois confuse et compliquée et la scène du début du récit est remplie de mièvrerie : une jeune fille tendre et belle qui vivait heureuse chez son papa vivra un cruel chagrin après qu’un méchant chasseur (Monsoreau) ait tué son animal préféré, une biche. A ce moment on se croit dans un roman à l’eau de rose ou dans un conte de fées alors que le premier épisode nous avais plongé dans les affres de l’histoire de France, une cour royale au goût de souffre et des désirs meurtriers…Mais les téléspectateurs romantiques apprécieront sûrement, il en faut pour tout le monde.

Diane de Méridor est fort belle mais on peut avoir du mal à croire qu’elle embrase à ce point les sens et le cœur de trois hommes qui en deviennent fous chacun à leur façon. La rivalité entre le duc d’Anjou et le comte de Monsoreau, personnages orgueilleux qui n’ont pas l’habitude que quelque chose ou quelqu’un leur résiste,  parait plus crédible que la brusque passion de Bussy devant l’apparition de sa belle dame à laquelle il veut d’un coup vouer sa vie entière alors que dans l’épisode précédent il déclarait au duc d’Anjou : « Qui parle d’aimer ? Pendant que nous passons tâchons d’y allumer quelques feux de joies : de belles batailles, de jolies femmes….et puis adieu ! »

Karin Petersen interprète une Diane très austère, cette impression est rehaussée par une certaine raideur physique. Etait-elle mal à l’aise dans son costume ? Elle donne l’impression d’être emprisonnée dans un corset orthopédique ou une minerve, particulièrement dans le costume qu’elle portera le plus souvent, et qui en plus lui écrase la poitrine qu’elle a déjà menue.

 Quelques accès de colère et quelques larmes dans certaines scènes atténuent un peu cette sensation, et on vient à penser qu’il n’en manquait pas beaucoup pour que son jeu soit plus convaincant. A moins que la mise en scène ait prévue de lui donner une aura lointaine et insaisissable à l’instar d’une Catherine Deneuve. Insaisissable c’est bien ce qu’elle est pour les trois hommes qui la convoite… Du moins à ce stade du récit. En ce cas c’est réussi ! Mais j’en doute quelque peu, car même lorsque Bussy deviendra son amant, cette distance froide ne s’atténuera pas.

Elle raconte ses péripéties sur un ton monocorde et Bussy lui oppose la plupart du temps un silence pesant ou quelques réactions très molles.

Le scénario de cet épisode comporte aussi une bizarrerie : pour la presser de l’épouser le comte de Monsoreau avait fait croire à Diane que les deux hommes qu’elle apercevait par la fenêtre étaient Anjou et un de ses hommes de mains  Aurilly (Mario Pilar) qui venaient pour s’emparer d’elle. Or, Bussy lui apprend que les deux hommes en question étaient lui-même et le chirurgien Remy Hardouin  (Daniel Derval) qui l’avait sauvé de sa blessure chez Diane et c’était elle qui l’avait envoyé chercher !  Ils venaient de se rencontrer par hasard dans la rue alors qu’ils cherchaient à retrouver la maison…Comment Diane, qui était donc censée avoir vu ses deux hommes la nuit précédente chez elle, a-t-elle pu confondre ??? Cela parait bien invraisemblable. Cette invraisemblance est peut-être l’œuvre de Dumas, comme je n’ai pas lu le livre je ne saurais le dire. Il s’agit là d’un détail, qui m’avait d’ailleurs échappé lorsque je l’ai regardé la première fois pour le plaisir. C’est en y accordant plus d’attention pour cette chronique que ça m’a paru invraisemblable…Cela peut donc passer si on est pas trop regardant…

LA réplique de l’épisode :

La serveuse de l’auberge à Chicot : « Vous appartenez à sa majesté ?»

Réponse de Chicot : «  Ou elle à moi, cela dépend des jours »

Tous les téléspectateurs de l’époque ont-ils compris l’allusion ?

En résumé : même si certains flashs back sont plus vibrants que d’autres et que cet épisode est indispensable pour bien comprendre l’histoire, il manifeste plusieurs faiblesses que n’auront pas les six autres…

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3. LA NUIT DU FOU

Chicot qui devait rejoindre le roi à une chasse à Fontainebleau décide de suivre jusqu’à Paris quatre mystérieux comploteurs dont il a surpris la conversation au goût de complot dans une auberge. Il revient ainsi à Paris où les quatre inconnus rejoignent l’abbaye Ste Geneviève déguisés en moines. Pour pouvoir entrer Chicot retrouve dans une auberge son ami le truculent moine Gorenflot (Angelo Bardi)  qu’il détourne habilement de son jeûne de carême en l’enivrant avec de bons vins. Une fois le moine ivre mort, il s’accapare ses habits et imitant son aspect et sa démarche grâce à ses talents de comédien, il pénètre dans l’abbaye qui se referme aussitôt sur lui. Là se trouve tout un groupe de comploteurs contre le régime, également déguisés en moines. La nuit de Chicot sera longue et comportera trois veilles aussi  inquiétantes qu’inattendues.

 La première lui permet de découvrir l’identité des quatre comploteurs : la fratrie de la maison de Guise, Henri, duc de Guise dit le balafré (Jacques le Carpentier) et ses frères Louis Archevêque de Reims (Pierre Hatet), et Charles duc de Mayenne (Maurice Hirsch) et leur sœur Catherine, duchesse de Montpensier (Sylvia Saurel). Tous veulent organiser la sainte Ligue en France qui défend le catholicisme contre le protestantisme, ce qui affaiblira le roi Henri III et à terme le renversera. Chicot se faisant passer pour Gorenflot fait un discours hilarant où il promet de mourir en martyr pour défendre le catholicisme ! Une fois la rencontre des comploteurs terminée, Chicot ne pouvant quitter l’abbaye sans éveiller les soupçons, se réfugie dans un confessionnal où il compte dormir.

Mais il va assister à la deuxième partie du complot : le sacre clandestin de François d’Anjou, frère d’Henri III, comme roi par les Guise avec la complicité de Monsoreau. François d’Anjou s’y voit déjà mais une fois celui-ci parti avec Monsoreau, Chicot découvre la troisième étape du complot : le sacre de François n’était qu’un simulacre destiné à le manipuler ! La famille des Guise est décidément bien retorse ! Arrive alors un autre personnage Nicolas David (Frank Estange), bien connu de Chicot, qui donne aux Guise un arbre généalogique prouvant que les Valois sont des usurpateurs et qu’eux, les Guise, sont les véritables héritiers du trône.

Le lendemain Chicot retrouve Gorenflot, qui a cuvé son vin et découvert qu’il s’était mis en danger par son discours de la veille, dont il n’a évidemment aucun souvenir ! Chicot lui fait croire qu’il l’a bien prononcé mais en état d’ébriété !  Gorenflot  accompagne Chicot à Lyon à la poursuite de Nicolas David où l’arbre généalogique après avoir été légitimé par le pape doit lui être remis. Chicot espère  intercepter le document et se venger de l’homme avec lequel il a eu maille à partir auparavant.

Parallèlement à cette folle nuit de Chicot, Bussy rejoint le couple Saint Luc à Méridor (madame de Saint Luc étant la meilleure amie de Diane) où il découvre l’étendue de  la fourberie de Monsoreau : ce dernier a fait croire au père de Diane que sa fille s’était suicidée. Le vieil homme est désespéré mais Bussy obtient qu’il l’accompagne à Paris, pour soi-disant rencontrer le duc d’Anjou. En réalité il veut lui faire retrouver sa fille tout en le ménageant.

Le délicieux épisode que voilà ! Avec Chicot en guest star ! Et quelques nouveaux personnages forts intéressants !  Tout au long de l’épisode Chicot va découvrir le complot que la fratrie de la maison de Guise met en œuvre pour destituer Henri III avec une fourberie sans égale. Ils manœuvrent sur plusieurs niveaux et le téléspectateur découvre, en même temps que Chicot, peu à peu, la perversité du projet. Les Guise manipulent plusieurs groupes de personnes et non des moindre avec brio (le duc d’Anjou qui se croit sacré secrètement à la place de son frère!)

On ne s’ennuie pas une seconde, les répliques fusent et tout s’emboîte parfaitement sans temps mort. Le personnage du moine Gorenflot  a été inventé par Alexandre Dumas, modèle du moine bedonnant amateur de bonne chère  et il trouve un interprète hors pair en la personne d’Angelo Bardi, taillé pour ce rôle. En le voyant on se dit « c’est lui » ! L’imitation qu’en fait Michel Creton, lorsqu’il se fera passer pour lui à l’abbaye, est irrésistible et parfaite même si c’est probablement la voix d’Angelo Bardi qu’on entend au moment du discours. Nous vivons un vrai moment de tension (dont je me souvenais parfaitement bien depuis mon enfance !) lorsque qu’on croit que Chicot a été découvert par les comploteurs lors de la troisième et dernière partie de cette nuit de folie. Le duc de Mayenne annonçant aux autres que quelqu’un est là depuis le début, caché dans un confessionnal. Chicot sort alors son poignard, se croyant perdu. Mais non, le duc parlait du généalogiste Nicolas David caché dans l’autre confessionnal. Pendant quelques précieuses secondes on tremble pour Chicot! Scène mémorable au plaisir intact par delà les années !

La version de 2008 commettra un crime de lèse-majesté et se tirera une balle dans chaque pied en faisant disparaitre Chicot non seulement prématurément mais en plus lors de cette fameuse nuit : il sera découvert par Monsoreau qui l’égorgera !! Il peut être audacieux et parfois utile de se livrer à une libre adaptation, et personnellement je n’ai rien contre la créativité, dût-elle étriller les œuvres les plus sacrées, mais il vaut mieux alors connaitre la valeur de ce qu’on sacrifie ! Cependant l’interprétation d’Eric Elsmosnino n’ayant aucune chance de faire l’ombre d’une ombre à celle de Michel Creton, je ne m’apitoierai pas davantage ici.

Cet épisode nous rappelle que nous sommes alors en pleine guerre de religion, la Saint Barthélémy ayant eu lieu quelques années auparavant. Ce sera l’autre thème développé par le feuilleton et heureusement d’ailleurs car l’histoire d’amour romanesque de la belle dame avec son beau chevalier n’aurait pas suffit à passionner à elle toute seule, même si elle soulève quelques passions et escarmouches. 

LA réplique de l’épisode : La désespérance de cette pensée de Chicot, après qu’il ait entendu l’Archevêque de Reims appeler à une nouvelle Saint Barthélémy, encore plus violente que la première : « Tuer, toujours tuer…les Protestants, les Juifs…pourquoi pas les nègres pendant qu’ils y sont ? »

La folie burlesque du bouffon opposé à la folie sanguinaire des gens qui se croient mieux nés que les autres et qui pensent détenir la vérité…

En résumé : Un épisode savoureux : drôle, riche en surprises avec de vrais moments de tension…

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4. LA COUPE BRISÉE

Chicot retrouve Nicolas David à Lyon, le tue et lui subtilise l’arbre généalogique frauduleux. Pendant ce temps monsieur de Méridor retrouve sa fille à Paris grâce à Bussy. Malgré ce qu’il découvre sur la véritable personnalité de Monsoreau, en tant que gentilhomme il refuse de retirer sa parole donnée et donc de faire annuler le mariage, malgré la demande de Bussy. Ce dernier demande donc au duc d’Anjou, à qui il révèle également toute la perversité de Monsoreau et comment il l’a trahi en lui faisant croire à la mort de Diane pour mieux la lui ravir, d’annuler le mariage de Diane avec le comte.

Anjou convoque Monsoreau mais ne peux pas faire annuler le mariage par son frère car Monsoreau lui rappelle qu’il a été témoin de son sacre clandestin à l’abbaye Ste Geneviève et qu’il ira en informer le roi s’il tente quoi que ce soit contre lui. Anjou n’a donc pas le choix : il fait légaliser le mariage de Diane et Monsoreau par le roi au grand désarroi de Bussy qui ne comprend rien puisqu’il ignore ce qui s’est tramé à Ste Geneviève. Il en tombe malade mais grâce au chirurgien Rémy qui l’avait  sauvé  de sa blessure suite au combat avec les mignons et qui est désormais à son service,  il rencontre clandestinement Diane avant qu’elle ne quitte Paris pour le château de Méridor sur l’ordre de son mari. Elle lui révèle que le mariage avec le comte n’est pas consommé.

Au Louvre le roi rencontre le duc de Guise qui lui demande d’instituer la Sainte Ligue  en France  et d’en nommer un chef. Le frère du roi lui conseille de nommer le duc de Guise à ce titre, cela faisant évidemment partie du complot initié à Ste Geneviève. Mais conseiller par Chicot le roi décide de se nommer lui-même à la tête de la ligue, ce qui fait échouer le complot des Guise…Le duc d’Anjou reçoit une lettre des Guise lui demandant de remettre à plus tard ses ambitions pour ne pas éveiller les soupçons du roi. Alors qu’il est en train de la lire le roi surgit avec Chicot et les mignons…

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Ce quatrième épisode est mené tambour battant avec de nombreuses scènes aussi passionnantes les unes que les autres et permettant de retrouver à peu près tout le casting. L’épisode débute par un duel entre Chicot et Nicolas David, remarquable  même s’il n’a pas la prestance de celui opposant Bussy aux  mignons dans le premier épisode, mais il faut dire qu’il est filmé dans une petite pièce et non en extérieur.

Tous les acteurs sont au diapason de leur rôle, rendant palpable toute la fourberie de leurs personnages et toute la gamme d’émotions agitant les uns et les autres. Toute la colère contenue du duc d’Anjou passe par le jeu du regard profond de Gérard Berner, François Maistre est celui qu’on adore détester, et le jeu de Michel Creton toujours un régal. Il confirme à chaque épisode qu’il est la pièce maitresse de ces aventures troublées pour ne pas dire troubles. Plus encore que Bussy et Diane. Nos deux héros principaux demeurent trop sages à mon goût jusqu’ici, on ne sent toujours pas vibrer cette passion qui les unit sinon en paroles joliment tournées, ce qui permet de souligner que les dialogues sont toujours impeccables. Bussy a bien un peu la fièvre mais pas de quoi nous donner des frissons. Denis Manuel compose un Henri III très fidèle à ce que l’histoire a retenu  de lui : un personnage complexe aux manières raffinées, aimant les divertissements, doux de caractère (il n’aimait pas la chasse contrairement à ce qu’en dit Alexandre Dumas) mais aussi très nerveux. L’acteur exprime très bien tout cela, avec une grande justesse, notamment la nervosité par des tics du visage très bien rendus. L’œuvre de Dumas  présentera le roi plus pleutre et indécis qu’il n’était en réalité,  ne sachant trop comment gouverner. Chez Dumas Chicot représente la conscience du roi.

Dans cet épisode son affrontement verbal avec le duc de Guise est de toute beauté. Le duc est incarné par Jacques Lecarpentier qui rend bien toute la rigidité de son personnage au service d’un ordre religieux implacable. A retenir la scène où Chicot joue au bouffon au moment de l’entretien avec le duc de Guise et celle où le roi se nomme lui-même à la tête de la ligue.

A en juger par le regard noir et le rictus de nervosité  qui agite le visage du roi lorsqu’il fait face à son frère qu’il découvre en train de lire une lettre compromettante, on sent que ça va barder pour le duc d’Anjou. Seulement voilà, le feu brûle déjà dans l’âtre signifiant que c’est la fin de l’épisode ! Et on se rappelle quel délicieux supplice cela devait être que d’attendre la suite à l’époque où l’on n’avait pas le choix !

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En résumé : Episode passionnant de bout en bout, où l’on retrouve tous les personnages principaux dans une suite de scènes aussi variées que bien tournées. Il doit son titre à la coupe que brise le du d’Anjou en apprenant la trahison de Monsoreau.

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5. LES MERLETTES DE LORRAINE

La  fin de l’épisode précédent  avait laissé le duc d’Anjou en mauvaise posture face à son frère avec une lettre compromettante des Guise entre ses mains. Le duc d’Anjou est désormais séquestré au Louvre par le roi, sous la garde des mignons. Le roi envoie Chicot arrêter Bussy mais il l’aide au contraire à s’enfuir en  lui conseillant d’aller à Méridor. C’est qu’en plus de tout le reste Chicot est aussi un homme juste et bon.

 Le duc d’Anjou reçoit un message lancé à travers la fenêtre qui lui annonce que quelqu’un l’aidera à s’évader la nuit prochaine. Pendant ce temps Chicot révèle au roi tout la machination dont il a été témoin à l’abbaye Ste Geneviève. Fou de colère Henri III veut tuer son frère mais Chicot l’en dissuade. Il décide de l’embastiller mais les gardes qui viennent se saisir de lui arrivent trop tard : Anjou s’est enfui avec la complicité de son mystérieux sauveur qui se révèle être Henri de Navarre, futur Henri IV, tout autant  ennemi du roi que d’Anjou. Ce n’est pas par amitié qu’il a délivré Anjou mais au contraire il espère bien déclencher une lutte fratricide entre les deux  frères qui à terme lui serait bénéfique.

Bussy de son côté a rejoint Méridor où il retrouve Diane qui se morfond de lui. Ils deviennent enfin amants et se croient débarrassés pour longtemps du duc d’Anjou et de son ami Monsoreau. Grave erreur ! Dès le lendemain Bussy apprend qu’Anjou s’est évadé. Après des retrouvailles quelques peu conflictuelles, Anjou nomme Bussy  capitaine de son armée pour lever une rébellion contre Paris. Au Louvre Henri III reçoit sa mère Catherine de Médicis et Chicot lui démontre, par une leçon d’arithmétique, que si son frère lève une rébellion contre lui il est perdu ! Il lui conseille donc de lui envoyer un ambassadeur pour négocier la paix. Le roi choisi d’envoyer sa mère. Anjou a toujours le désir de se venger de la trahison de Monsoreau et révèle à Bussy ses plans : enlever Diane pour en faire sa maitresse !

Cet épisode est un peu moins dense que le précédent  car il ne suit que deux intrigues : la rivalité entre Henri III et son frère et les retrouvailles de Bussy et Diane. On n’y rencontre pas Monsoreau, ni les Guise et quelques autres personnages truculents ou attachants qui ont fait le bonheur du troisième épisode (Gorenflot, monsieur de Méridor…) Cependant il est tout aussi passionnant !

L’épisode commence par reprendre entièrement la dernière séquence de l’épisode précédent, histoire de faire durer l’implacable suspens quelques minutes  de plus ! Le duc d’Anjou tente de résister mais doit s’avouer vaincu ! Il avoue qu’il a bien cherché  à trahir son frère et Chicot ne tardera plus à révéler au roi l’ampleur de cette trahison. Les deux frères sont toujours impeccablement interprétés par un Gérard Berner qui joue de son regard noir avec brio (je me souviens très bien qu’il était le méchant au charme vénéneux que j’adorais détesté dans cette histoire ! 40 ans plus tard il me fait le même effet !)  et un Denis Manuel tout en désespoir contenu, manifestant ses dilemmes intérieurs par son visage agités de tics savamment dosés ! Il incarne très justement ce roi qui n’est pas vraiment fait pour le pouvoir : sans les conseils avisés de Chicot sur la tête duquel on placerait bien la couronne, il ne saurait pas quoi faire. Pire il ne se rend pas vraiment compte de la gravité de la situation.

Cet épisode voit l’arrivée d’un nouveau personnage : Catherine de Médicis, mère des deux frères ennemis, interprétée par l’impressionnante Maria Meriko dont le physique particulier rappellera immédiatement les meilleurs souvenirs aux téléspectateurs des années 70 et de ce feuilleton en particulier. Qui pouvait incarner mieux qu’elle cette Catherine de Médicis, force de la nature devant ces deux fils si incompétents ? Ajouter à cela son accent (russe alors que Catherine de Médicis a des origines italiennes) et son regard implacable, couleur acier, et vous avez le modèle idéale de la reine mère intransigeante. Devant elle le roi à l’air d’un petit garçon.

L’histoire d’amour entre Bussy et Diane de Monsoreau devient plus charnelle, enfin ! Nous en sommes déjà au cinquième épisode ! Aucune scène d’amour physique n’illustre cela : on les voit simplement assis l’un contre l’autre devant la cheminée, Diane est en chemise de nuit…Même si on imagine qu’au temps de l’ORTF des scènes par trop réalistes dans un feuilleton destiné au grand public auraient été proscrites on peut tout de même regretter que la mise en scène n’est pas suggéré sobrement quelques ébats à travers une moustiquaire par exemple…Cette sobriété parait d’ailleurs étrangement paradoxale compte-tenue des nombreuses allusions à peine voilées par un langage raffiné, de l’homosexualité à la cour royale ! Il en résulte une romance bien trop sage relevant plus du roman à l’eau de rose que du roman d’aventure pétri de passion ardente. Une fois de plus, à mon sens, le couple vedette se fait voler…la vedette par les autres protagonistes de cette histoire par ailleurs si bien contée quand elle nous fait revivre les affres de l’Histoire, même largement romancée par Dumas !

En résumé : Même si l’histoire d’amour entre Bussy et Diane parait bien fade (sauf dans les dialogues comme toujours) cet épisode est riche en intrigues, les dialogues fusent et on ne boude pas son plaisir !

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6. LES FOUGÈRES DE MÉRIDOR

Bussy dissuade le duc d’Anjou de se rendre à Méridor. Mais lui s’y rend pour retrouver Diane et tous deux sont surpris par Monsoreau qui vient porter un message au duc d’Anjou, alors qu’ils s’adonnent à l’adultère dans les fougères de la forêt de Méridor. Monsoreau reconnait sa femme mais ne parvient pas à savoir qui est avec elle. Il croit que c’est le duc d’Anjou lui-même, à cause du cheval qui porte les insignes d’Anjou, mais n’en est pas certain. Il interroge Diane qui lui résiste puis tente de questionner monsieur de Saint Luc qui finit par convenir qu’il connait l’homme qui est de ses amis mais refuse de donner son identité. Les deux hommes se battent en duel et Monsoreau est mortellement blessé par Saint Luc.

Pendant ce temps la reine-mère arrive en Anjou pour persuader son fils le duc de faire la paix avec son frère le roi. Bussy dicte à distance, derrière un œil de bœuf, les réponses au duc. Celui-ci reçoit sa mère alité, feignant d’être malade. Pendant les négociations Bussy reçoit un message de Saint Luc qui lui annonce la mort de Monsoreau. Cette nouvelle l’oblige à modifier le cours des négociations entre le duc et sa mère. Bussy et Anjou jubilent à l’idée que Monsoreau soit mort et se rendent aussitôt à Méridor pour  présenter leurs condoléances. Mais horreur, malheur ! Monsoreau a survécu à ses blessures, sauvé par Rémy le chirurgien de Bussy qui l’a trouvé agonisant dans la forêt.



Cet épisode se déroule entièrement en Anjou et nous n’y rencontrons donc aucun protagoniste de la cour du roi. Il est suffisamment trépidant pour que Chicot et les intrigues de la cour ne nous manquent pas trop. Il comporte quelques petites faiblesses, c’est pourquoi je n’accorde que 3 étoiles, même si elles sont pardonnables car elles n’enlèvent rien à la puissance de l’intrigue.

 Parmi celles-ci un manque de liant entre certaines scènes qui désoriente le spectateur au niveau de l’espace temps. Ainsi Bussy dissuade le duc d’Anjou d’aller à Méridor mais lui-même s’y retrouve dans la scène suivante (il est quand même donné une explication). Plus tard il dissuadera aussi Monsoreau de s’y rendre prétextant le couvre-feu mais ce dernier se retrouvera pourtant devant Diane une scène plus loin (certes le jour s’est levé mais le téléspectateur n’en est pas informé). Enfin on ne repère pas bien combien de temps se passe pendant les négociations du d’Anjou avec sa mère : alors que Saint Luc croit avoir tué Monsoreau à Méridor il fait porté un message à Bussy que son chirurgien, le fidèle Rémy, lui remet. Mais le temps que les négociations se terminent et que Bussy et Anjou arrivent à Méridor pour les condoléances, Monsoreau est déjà sauvé par Rémy…Reste le recours de se dire que la distance entre la résidence du duc d’Anjou et Méridor est assez courte…Même si cela perturbe un peu ce n’est pas très grave.

Les scènes d’amour entre Bussy et Diane sont toujours aussi mièvres et sans ardeur aucune. Cela demeure dommage lorsqu’on veut mettre en scène une passion aussi ardente qu’elle débouchera sur un carnage et influencera l’histoire de France ! Comme je l’ai dit auparavant la pruderie de l’époque n’explique pas tout car cela tranche avec d’autres audaces du feuilleton.

Diane couchée dans les fougères parait nue (seules les épaules sont dénudées) alors que Bussy est habillé. Ils se sourient béatement et s’embrassent timidement comme dans les pires romans à l’eau de rose. Mais ce passage est pourtant sauvé par l’approche imminente de Monsoreau qui galope brides abattues vers Méridor grâce à un habile montage alternant les deux scènes. Le spectateur angoisse à l’idée qu’ils soient surpris en si mauvaise posture !  Les deux tourtereaux ont juste le temps de s’enfuir à travers bois (heureusement qu’ils étaient habillés !)

François Maistre court encore très bien pour son âge (46 ans à l’époque du tournage, mais il paraissait plus vieux) à moins qu’il ne soit doublé. Il offre un beau duel avec monsieur de Saint Luc (J.L Broust) qu’apprécieront les amateurs de capes et d’épées. Comme nous oublions facilement devant notre écran que ces belles figures n’étaient pas une distraction mais bel et bien une joute mortelle. On croit sans peine à la mort du comte et on s’en réjouit !!

La scène opposant le duc d’Anjou à sa mère ne manque pas de piquant et constitue un grand moment de ce sixième épisode. Il m’était aussi resté en mémoire. Maria Meriko impériale et Gérard Berner toujours aussi convaincant en prince cruel et mégalo, et si plein de sottise qu’il se laisse mené par le bout du nez par Bussy sans rien comprendre ! Mais la palme revient au moment où Anjou et Bussy découvrent que Monsoreau n’est pas mort et qu’il se remet plutôt bien de sa blessure…Assurément le téléspectateur arbore  la même mine de déconfiture que les deux acteurs à ce moment là ! Aucun doute : le dénouement sera sanglant, et on l’attend fébrilement.

En résumé : Un épisode avec de bons moments à ne pas bouder : Monsoreau qui galope vers le couple adultère, le duc d’Anjou qui négocie avec sa mère dans des conditions pittoresques, le duel et la mort de Monsoreau puis…sa résurrection !

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7. LE GUET-APENS

Bussy est au Louvre où il vient annoncer au roi que son frère rentre à Paris prochainement ce qui signifie la réconciliation. Les négociations avec la reine mère semblent avoir porté leur fruit. Monsoreau séquestre à nouveau Diane dans la maison des Tournelles à Paris et lui fait une scène : il pense que son amant est le duc d’Anjou. Diane s’en trouve soulagée et continue de recevoir Bussy à chaque fois que c’est possible. Aurilly révèle à Anjou que Diane a un amant qui ressemble étrangement à Bussy. Anjou tend alors un piège à Bussy pour s’assurer que c’est bien lui l’amant de Diane. Les Guise trament un nouveau complot contre Henri III qui doit avoir lieu la nuit où le roi doit aller prier  au monastère pour faire pénitence. Mais Chicot veille dans l’ombre.

Les Guise, par l’intermédiaire de Monsoreau se sont assurés de la complicité d’Anjou en lui faisant signer un papier le compromettant au cas où le complot avorterait. Monsoreau fait comprendre à Anjou qu’il le soupçonne d’être l’amant de sa femme. Mais celui-ci lui révèle que c’est Bussy. Alors que le complot contre le roi est déjoué grâce à Chicot, Bussy se retrouve pris au piège dans la maison des Tournelles. Monsoreau survient avec une bande d’hommes armés. Bussy se bat avec bravoure et tue Monsoreau mais il est grièvement blessé. Survivra t-il ? Anjou arrive pour récupérer le papier le compromettant sur le cadavre de Monsoreau mais Chicot et le roi arrivent aussi et Anjou est arrêté. Tous les protagonistes sont rassemblés pour la scène finale commentée par Chicot qui, digne de son statut de fou, veut nous laisser sur une note d’espoir  au milieu de ce carnage…

La fin approche et on sait déjà qu’elle sera sanglante…Ce dénouement ne manque pas de panache. Les acteurs redoublent de talent pour nous entrainer au paroxysme de toutes les folies : orgueil, jalousie, hypocrisie jusqu’à la plus irrémédiable de toutes : la folie meurtrière. Tout cela dans une ambiance froide où seule l’interprétation des comédiens se suffit à elle-même. On retrouve avec bonheur le moine Gorenflot et on a envie de lui dire ce qu’il dit à Chicot « Mon frère je ne remercierai jamais assez Dieu de vous avoir retrouvé… »

Seul Diane restera jusqu’au bout cette beauté glacée, dont la retenue est trop exagérée pour incarner la passion. A noter que dans la scène du début de cet épisode où elle affronte la jalousie de son mari, elle porte une robe qui lui sied mieux, avec une fraise moins importante, et que la fluidité de ses mouvements s’en trouve améliorée. Hélas à la scène suivante elle est de nouveau engoncée dans cette robe crème qu’elle porte bien trop souvent et qui donne cette désagréable impression de rigidité. Et son apathie pendant le combat laisse pantois…Pas de cris, pas de désespoir, pas même de terreur…On ne peut pas non plus qualifier cela de tétanisation… La façon dont elle crie son nom  à la fin lorsqu’elle revient avec le médecin (mais hélas pas qu’en Bussy tombe, terrassé par son vaillant combat contre ses multiples adversaires) laisse entrevoir des possibilités de jeu que le metteur en scène aurait pu davantage exploiter. Le combat de Bussy contre ses nombreux adversaires, trop nombreux pour qu’on puisse vraiment y croire d’ailleurs, est de toute beauté mais en déca de celui du premier épisode contre les quatre mignons. Mais les combats en intérieur sont toujours plus compliqués. Même si Bussy est un excellent bretteur la « facilité » avec laquelle il se débarrasse d’une vingtaine d’agresseurs en quelques minutes parait peu crédible…Lorsqu’il est touché, à de nombreuses reprises, cela manque aussi un tantinet de réalisme. Mais qu’importe…On peut toujours y voir le déchaînement des pires instincts de l’humanité contre un homme que le feuilleton aura présenté comme intègre et fidèle…

La scène finale, le baisser de rideau, sera présentée, comme la scène d’exposition, par Chicot de façon impeccable, le ton et le regard d’une grande justesse,  et avec une tirade inoubliable, à poignarder en plein cœur plus d’un téléspectateur s’accrochant désespérément à ces dernières images tout en se disant avec Chicot « Voilà c’est fini… »

La fin reste ouverte car le médecin assure à Diane que Bussy s’en sortira peut-être…Il était prévu une suite avec la même équipe, adaptant « les quarante-cinq » du même Dumas qui est la suite littéraire de la dame de Monsoreau. Hélas le projet fut abandonné et à l’instar de la septième saison des Brigades du tigre qui n’a jamais été tournée alors qu’on connait les scripts, le spectateur peut en concevoir quelques regrets ou se consoler en se disant que les suites de ce type de feuilleton sont souvent décevantes…Si Bussy s’en était sorti il aurait fallu faire une grosse entorse au roman car à la fin du roman Bussy est bel et bien mort comme dans la vraie Histoire d’ailleurs…Une suite sans Nicolas Silberg était-elle envisageable ? Et même sans le comte de Monsoreau…Pas si sûr, en tout cas j’ai pour ma part beaucoup de mal à l’imaginer…Et une grosse entorse au roman n’aurait pas été plus heureux car  de grosses entorses au roman les scénaristes de la nouvelle adaptation de 2008 se chargeront  d’en faire et de si énormes que la série à peine née rejoindra les oubliettes…Et même si la dame de 2008 sera plus passionnée et plus vivante que Karin Petersen c’est bien finalement cette dernière qui entrera dans la légende...Comme quoi son jeu quelque peu figé ne sera pas si dommageable.

Cette Dame de Monsoreau version 1971 a bien méritée sa place au panthéon des séries cultes avec ce que la télévision française sait faire de meilleur…

LA réplique de l’épisode : Chicot au roi Henri III : «  Voyons sire tu sais bien que les fous sont comme les enfants ils entreront les premiers dans  le royaume…Je parle du vrai bien entendu, le royaume de justice, pas du tien »

En résumé : Une fin qui laisse les spectateurs sur leur faim, non pas parce que le plat n’était pas assez consistant mais parce que de tels festins en appellent d’autres…

Une dernière réplique pour terminer en beauté (et pour prolonger le plaisir), la tirade finale :

« Et voilà c’est fini…Tous les personnages sont là…Pour le baisser de rideau…La politique et l’amour…La politique va aller se laver les mains avant de nouveaux mensonges, de nouvelles alliances, de nouvelles saletés, mais l’histoire d’amour morbleu, j’aimerais qu’elle garde un peu d’espoir, un peu de bonheur…C’est une idée de fou…je sais…Mais je n’en aurais jamais d’autre »

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