saison 1Saison 3

L'Homme de Vienne 

Guide des épisodes

 


PILOTE : UN DANGEREUX RENDEZ-VOUS
(ASSIGNMENT : MUNICH)

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Scénario : Eric Bercovici, Jerry Ludwig. Réalisation : David Lowell Rich.

Résumé

A Munich, un homme, Harry Lange, qui a volé un magot important en lingots d’or, et a purgé huit ans de prison, est harcelé à sa sortie et se fait mortellement renverser par une voiture. Sa fille Cathy arrive des Etats-Unis pour les obsèques. Le major Barney Caldwell, des services secrets, demande au propriétaire d’un bar de la Leopoldstrasse, Jake Webster, ex-agent de la CIA, de trouver où l’argent est caché.

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Critique

Le bar Jake’s est le même, mais Roy Scheider précède dans le rôle Robert Conrad. Si Richard Basehard en Caldwell est un choix nettement préférable à celui qui fut son successeur, Charles Cioffi, on ne regrette pas en voyant Scheider que le triomphe de « French Connection » l’ait incité à ne pas tourner la série, et à faire du cinéma (« Les dents de la mer »).

Si Robert Conrad était assez froid dans la série, Roy Scheider lui tiendrait du véritable glaçon. Au point que la présence familière, dans le rôle d’un attaché de presse Doug Mitchell, c'est-à-dire de Robert Reed, le lieutenant Tobias de « Mannix », vient renforcer sa présence dans les premières scènes (celles de l’accueil de Cathy) et apporter un peu de chaleur humaine. Assez curieusement, le barman de Jake, Fritz, alors qu’il n’est pas incarné par le même comédien, ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la série.

Si la distribution est prodigieuse (Pernell Roberts de « Bonanza », Keenan Wynn de « Il était une fois dans l’Ouest », Richard Basehart de « Voyage au fond des mers »), il faut dire que toute notre attention est retenue par la sublime et sexy Lesley Warren dans le rôle de Cathy. L’actrice ne se faisait pas appeler alors Lesley Ann Warren. Elle apparaît et le réalisateur ne semble plus que s’occuper d’elle tant elle occupe l’image.

Il manque cruellement Dave Grusin aux claviers, c’est George Romanis qui est aux commandes et la partition musicale n’a absolument rien d’exceptionnel. Une musique de fond, sirupeuse et anecdotique.

Basehart incarne un Caldwell antipathique, tant avec Jake que Cathy. L’inspecteur Hoffman a les traits de Werner Klemperer, et n’a pas l’envergure de son successeur, le froid Anton Diffring. Il passe assez inaperçu devant la caméra. Les affrontements Webster/Hoffman sont bien pâles par rapport à ceux de Conrad/Diffring dans la série.

A la base, on pouvait s’attendre, avec un agent secret, à une intrigue d’espionnage, mais c’est une enquête purement policière qui nous est proposée ici. Dans la première partie, il y a relativement peu d’action et surtout une longue scène d’exposition. A l’origine, c’était le pilote et une série se déroulant à Munich devait suivre. David Lowell Rich prend donc bien son temps pour présenter la série. Le manque de charisme et d’étoffe de Roy Scheider sont tellement consternants que l’on se demande si l’on serait fan de « L’homme de Vienne » s’il était resté en place. Scheider est bon comédien, mais il n’a pas cette dimension de héros que donnera Robert Conrad au personnage. Ajoutons que Scheider n’est guère convaincant dans les scènes de bagarre. Et enfin, pour l’auditoire féminin, il est infiniment moins beau.

On peut résumer en un mot la grande différence entre le pilote et la série : le rythme. Robert Conrad n’arrête pas de courir et sauter dans « L’homme de Vienne », tandis que Roy Scheider semble plutôt réfléchir. Le téléspectateur se régale avec les décors naturels. Munich nous change, pour une série américaine, des éternels New York, Los Angeles et San Francisco. L’inspecteur Hoffman se contente de compter les cadavres (la bande des anciens complices de Lange a tendance à subir une forte mortalité). La première scène de poursuite en automobile est à 1h19 (sur 1h33 de métrage). Alors que ce sera un passage obligé dans la série. La bagarre finale est digne de la version avec Conrad.

Tandis que tous les malfrats sont morts, le téléspectateur le moins attentif devine qui est le grand méchant de l’histoire (spoiler). Au final, c’est un excellent pilote, où l’on aurait évidemment préféré voir Robert Conrad dans le rôle de Jake Webster.

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Informations supplémentaires

Jake est depuis des années à Munich. C’est ce que révèle Doug à Cathy.

Le major Barney Caldwell indique ici clairement travailler pour Interpol. Son successeur Bernard Caldwell/Charles Cioffi n’y fera jamais référence.

Jake pilote une BMW 1602 dans le pilote.

Jake avoue avoir tenté de retourner en Amérique, mais être resté à Munich car dans son pays natal, il n’a pas trouvé de travail.

Jake se souvient d’avoir rencontré Cathy enfant avec son père et révèle un côté sentimental (il tente même de séduire Cathy), préfigurant les scènes de l’épisode « Annalisa » dans la série où Conrad révèlera sa fibre sentimentale. Le final de "Un dangereux rendez-vous" et celui de "Annalisa" sont des copier-coller.

Roy Scheider (1932-2008) est célèbre pour « French Connection » (1971), « Les dents de la mer » (1975), « Que le spectacle commence » (1979). Il a tourné de 1993 à 1995 « Seaquest, police des mers ».

On retiendra de la carrière de Lesley Ann-Warren (1946-) son rôle de Dana Lambert dans « Mission Impossible », au cinéma « Victor Victoria » (1982), « A night to Heaven » (1983), « Choose me » (1984), « Color of night » (1993). A la télévision, ses fans se rappellent de « Les filles de Joshua Cabe » (1972), « Columbo : Etat d’esprit » (1975), « 79 Park avenue » (1977),  « Portrait of a stripper » (1979), « Apology » (1986).

Richard Basehart (1914-1984) est connu pour « La strada » (1954), « Moby Dick » (1956), « Bienvenue Mister Chance » (1979), et bien sûr « Voyage au fond des mers » à la TV.

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1. LA DERNIÈRE CIBLE 
(THE LAST TARGET)



Scénario : Eric Bercovici et Jerry Ludwig. Réalisation : Paul Krasny.

Résumé

Flyod Macklin s’évade de prison où il a été envoyé entre autres par le commandant Bernard Calwell. Ce dernier compte sur Jake Webster, ex-agent de la CIA qui travaille pour lui, pour le protéger.

Critique

On s’attend à une série d’espionnage et il faut avouer que nous sommes ici dans un contexte seulement policier. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers plans se situe devant le Prater, la célèbre grande roue de Vienne, si cinématographique (« Le troisième homme »), sorte de passage obligé.

Un Leslie Nielsen première manière d’avant la série « Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? » constitue un adversaire à la hauteur de notre héros, Jake Webster. Alors, s’il ne s’agit pas de dégommer la série, on peut quand même dire qu’elle aurait pu être bien meilleure en suivant la trame espionnage réaliste, dont nous aurons un aperçu brillant dans l’épisode « Double jeu ».

En inspecteur Hoffman, Anton Diffring se montre dès le premier épisode hostile à l’agent américain. Nous disposons d’une série américaine tournée en décors naturels en Europe. Elle est à peu près contemporaine de deux autres exemples : la saison 3 de « Opération vol » tournée en Italie et en France, et « Madigan » qui a enquêté à Lisbonne, Londres, Naples. Jake se déplace dans une chevrolet corvette jaune et parcourt les rues de Vienne.

Dans le rôle de Jake, on reprochera à Robert Conrad de se montrer assez froid. On ne lui demande pas ici la décontraction qu’il avait dans « Les mystères de l’ouest », mais il est handicapé par une nouvelle voix française (Jacques Thébault cède la place ici à Jean-Claude Balard). Le comédien choisit une attitude qui ne rend pas le personnage attachant, et c’est dommage.

Si l’on ne regrette pas que Roy Scheider, le choix initial des producteurs, se soit limité au téléfilm « Un dangereux rendez-vous » pour se consacrer au cinéma (« French connection »), et que Conrad joue le personnage, on est un peu frustrés. Il fallait trouver le juste équilibre entre un Harry Palmer et un James Bond, là où le comédien semble interpréter un détective privé.

Il est vrai que son statut n’est pas clairement défini : propriétaire du Jake’s, un bar de la Leopolstrasse, Webster n’est plus officiellement un agent de la CIA.

Belinda J.Montgomery est fort jolie en otage de Macklin, la jeune américaine Julie Hayes. Adorable à croquer dans ses bottes blanches, dont le père est gardé aussi par le fuyard, on regrette qu’elle disparaisse trop vite de l’image.

Beau, fort, musclé, Robert Conrad rate une grande interprétation. C’est pourquoi, contrairement à tant d’autres séries, je serai content si l’on en faisait un remake. Il est flagrant que dans ce premier épisode, Leslie Nielsen joue mieux que lui. Si « L’homme de Vienne » est une série que j’ai toujours appréciée, il y a ce qui que je pourrais qualifier de « ce que j’aurais pu aimer » à partir de ce concept et qui à ce jour n’existe pas. J'avais ressenti cela dès la toute première programmation, d'avril à août 1974 le dimanche après-midi sur la première chaîne de l'ORTF.

La musique de Dave Grusin est un des atouts de la série, aux connotations d’Europe centrale. Paul Krasny nous propose des vues superbes de la ville qui valent vraiment le détour. Sa réalisation est alerte, et met en valeur un script de polar sans surprises.

Le choix de Charles Cioffi pour Caldwell surprend, déjà par son âge, le même que Conrad. Mais il est assez effacé, bien trop.

J’ai hésité entre deux et trois étoiles. Les invités vedettes et le metteur en scène emportent la troisième étoile : un Leslie Nielsen convaincant à souhait, une Belinda J. Montgomery qui fait ce qu’on lui demande, quand à Krasny, il a donné vie à un script qui n’était pas une grande intrigue.

Informations supplémentaires

« Assignment Vienna » a été acheté par l’ORTF au MIP-TV de Cannes en avril 1973 en même temps que « Les rues de San Francisco » et « Kung Fu ». (Source Télé Poche)

Leslie Nielsen (1926-2010) est célèbre pour la série comique « Y-a-t-il ? » (Un pilote, un flic) au cinéma.

Belinda J. Montgomery (1950-) a connu son heure de gloire avec la série « L’homme de l’Atlantide ».

Dave Grusin (1934-) est un célèbre pianiste de jazz également compositeur de musiques de films (« La firme »).

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2. POURSUITE DANS LA VILLE
(HOT POTATO)

Scénario : Jerry Ludwig et Eric Bercovici. Réalisation : Paul Krasny.

Résumé

Un microfilm montrant une réunion de chefs de la mafia est remis à Jake Webster par un contact de Caldwell. Ceux-ci sont alors agressés par trois hommes dirigés par un certain Duncan et ne doivent leur salut qu’à deux jeunes et belles touristes américaines qui les prennent en voiture.

Critique

L’épisode nous propose quasiment dès le début une sensationnelle poursuite en voiture dans Vienne. La conductrice est la jolie Cynthia Logan (Katherine Cannon), la passagère sa sœur Susan (Skye Aubrey). Au début de l’histoire, Jake dit au commandant Caldwell : « Vous ne savez pas profiter de la vie, Vienne est une belle ville, les filles y sont jolies, et la musique magnifique ». Tout est résumé dans cette phrase. Nous sommes de l’avis de Jake. Katherine Cannon, qui a l’époque se faisait appeler Kathy (on l’a revue dans d’autres séries depuis) et Skye Aubrey sont sans doute parmi les plus belles filles de la courte série. Katherine en minijupe et bottes, Skye en pantalon pattes d’éléphant auraient pu figurer dans « Amicalement vôtre ».

 Le microfilm, s’il avait concerné des espions ou des secrets de sécurité, convenait fort bien au canevas du genre l’espionnage.

On court beaucoup dans cet épisode : après la voiture, c’est à pied. Deux jeunes touristes de l’Oklahoma se trouvent par hasard mêlées à une dangereuse mission de Jake. L’intrigue en soit est mince, mais donne lieu à une visite de Vienne à cent à l’heure pleine de suspense, sans temps morts, durant laquelle Duncan, le chef des gangsters (John Ireland) sème les cadavres de témoins gênants et d’agents.

Mieux encore que dans « La dernière cible » nous est donné de voir la capitale autrichienne sous tous les angles. On a l’impression d’une gigantesque carte postale parsemée d’une action non stop. Dans toutes ses poursuites (deux en voitures et deux à pied), ne manque à l’appel que la Chevrolet Corvette de notre héros. On en donne au téléspectateur pour son argent. Le seul regret est que l’âge du comédien (Il a presque vingt ans de plus que les jeunes femmes) rendent impossible des aventures avec elles (il pourrait être le père de l’une des deux !)

En effet, Robert Conrad avait 37 ans, Katherine Cannon 19, quant à Skye Aubrey, elle fait bien plus jeune que ses 27 ans. Les filles ne sont pas seulement jolies mais fort douées pour jouer la comédie : l’enlèvement de Cynthia, la trahison forcée de Susan sont les éléments dramatiques de l’épisode, bien plus que les contacts de Jake Webster qui tombent comme des mouches, eux connaissant les risques du métier. Cet opus marque le téléspectateur qui s’en souvient longtemps, même s’il y a des poursuites en Corvette, moins longues, dans les autres.

Robert Conrad semble parfois se croire encore dans « Les mystères de l’ouest » avec ses techniques de combat. Jake se comporte ici en parfait gentleman, ce qui semble dû à l’âge de ses partenaires. Dans l’épisode suivant, il dira à Aline Masterson/Anne Francis « Je ne sais pas ce que vous valez dans un lit ».

Les moyens financiers de la production sont ici le tournage entièrement en décors naturels, c’est l’intérêt de la série, pratiquement pas de scènes de studio dans cet épisode.

Informations supplémentaires

John Ireland (1914-1992) qui incarne Duncan joua dans « La poursuite infernale » (1946), « La rivière rouge » (1948), « Spartacus » (1960).

Skye Aubrey (1945-) fut la vedette du téléfilm « Le fantôme d’Hollywood » que nous avons vu en France sur TF1.

Katherine Cannon (1953-) a joué dans deux épisodes de « Hawaii Police d’état » : « Souvenirs au présent » (saison 3) et « Il y a bien longtemps » (saison 11).

L’inspecteur Hoffman est absent de l’épisode.

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3. ATTAQUE PAR LA DAME
(QUEEN'S GAMBIT)

Scénario : D.C. Fontana. Réalisation : Paul Stanley.

Résumé

Aline Masterson, du musée des beaux arts de Manhattan, assurait le transport de la couronne royale de Bosnie et s’est faite attaquer et dévaliser. Elle demande l’aide de Jake Webster qui refuse le cas.

Critique

Cet épisode fut le premier diffusé en France et dès la première vision me laissa un peu sur ma faim. On ne comprend pas pourquoi Aline (Anne Francis) s’adresse à un ex agent secret pour un travail qui relève soit de la police, soit d’un détective.

Pour Caldwell, cette affaire engage le prestige des Etats Unis. Il lui demande donc de s’en occuper. C’est un peu le problème de ce script dont la mission n’entre absolument pas dans les compétences de Jake. Il est peu enthousiaste pour s’en occuper, ce que Robert Conrad nous retranscrit avec l’exaspération qui se lit sur son visage.

J’observe d’abord l’abus de scènes de studios, enfin d’intérieurs, ce qui est un beau gâchis lorsque l’on s’est déplacé dans la capitale autrichienne pour tourner. On se rattrape ensuite pour la remise la rançon qui voit notre héros courir aux quatre coins de Vienne dans sa « Corvette ». Jake se bat comme James West lors d’une scène de bagarre aux poings où il est dévalisé de 200 000 dollars de rançon. Dans la scène finale, dans une cave, une séquence similaire nous attend.

Purement policière, l’histoire est vite ennuyeuse. Anne Francis se montre exaspérante en Aline Masterson, personnage qu’elle surjoue. Charles Cioffi en Caldwell se contente de livrer des instructions.

La série est un peu victime de son époque, celle de la détente américano-soviétique. Mais l’on aurait pu imaginer d’autres intrigues d’espionnage. Les trafiquants d’armes par exemple auraient été un sujet bien plus dans les cordes de Jake Webster qu’un vol de bijoux.

Bien entendu, les décors sauvent beaucoup de choses. On tente parfois d’insérer des touches d’humour, qui restent discrètes, mais font mouche.

Le téléspectateur devine assez vite que le partenaire d’Aline est le voleur. S’il ne faut pas attendre grand-chose du scénario, la mise en scène est époustouflante. Notamment les gros plans dans la poursuite en voiture où tout est réalisé sans les trucages studio si pénibles dans d’autres séries de l’époque. Il est fort dommage d’avoir présenté une intrigue digne de « Mannix » ou « Cannon » avec cet opus qui sera l’un des plus faibles de la série entière. Avec d’autres intrigues, la série aurait-elle duré plus longtemps ? Elle faisait partie d’une trilogie avec deux autres inédites en France pour concurrencer le fameux NBC Mystery Movie (comprenant « Columbo », « Banacek », « Madigan », etc.) qui se révéla trop coûteuse et pas assez satisfaisante, pour la chaîne ABC (sous le titre « The men »). Ne soyons pas dupes, sous une forme ou une autre, avec une meilleure écriture, « L’homme de Vienne » avait des chances de continuer. Il aurait fallu pour cela un succès international, et pour nous français, elle passa un peu inaperçue. On note que MGM n’a pas hésité à recruter sur place des comédiens et techniciens locaux. On ne peut qu’applaudir. Les téléspectateurs qui se firent un avis sur ce premier épisode montré en France durent être bien déçus. Pour ceux qui ne connaissent pas la série, je déconseille fortement de commencer par celui-là.

Informations supplémentaires

Anne Francis (1930-2011) est célèbre pour « Planète interdite » et la série « Honey West ».

On a vu notamment Anton Diffring (1918-1989), l’inspecteur Hoffman tout au long de la série,  dans « Le crépuscule des aigles », « Fahreineit 451 », « Le cirque des horreurs ».

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4. ANNALISA
(ANNALISA)

Scénario : Eric Bercovici et Jerry Ludwig. Réalisation : Paul Krasny.

Résumé

Annalisa est une ex de Jake qui l’a quitté pour se marier avec un certain Nichols. Il est arrêté pour meurtre à l’aéroport de Vienne par Hoffman. Annalisa vient demander de l’aide, mais rancunier, car toujours amoureux, Jake l’envoie paître. Il est enlevé par un certain Karaftma qui le dissuade de s’occuper de l’affaire.

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Critique

Cette-fois, dès les premières images, on adhère à l’intrigue. Jake se montre avec ses fêlures et moins froid que de coutume. Annalisa Nichols (Rosemary Forsyth) nous touche dès le premier instant. Et puis le méchant n’est autre que Victor Buono, à savoir le comte Manzeppi des « Mystères de l’ouest » ici appelé Karaftma. En le menaçant, ce dernier obtient ce que Jake a refusé à Annalisa.

On comprend qu’Harry Palmer et James Bond ont connu des ennuis personnels, une vie privée, et cela humanise profondément Jake Webster. Lui aussi est un agent dont l’existence n’est pas linéaire.

Eblouissante de beauté, de talent et de classe, Rosemary Nichols donne une épaisseur indéniable à son personnage.

Les scènes avec Robert Conrad sont poignantes. Loin de son personnage un peu stéréotypé, Webster veut des explications d’une femme qu’il aime encore. Les échanges sont touchants, bouleversants et fort bien écrits et interprétés. Annalisa était mariée mais se croyait veuve lorsqu’elle a eu une histoire d’amour avec Jake. Déjà fort brillant avec les deux jeunes touristes de « Poursuite dans la ville », l’homme de Vienne se montre ici sous un jour différent, vulnérable. On est loin des minauderies avec Aline/Anne Francis dans l’épisode 3.

Victor Buono apparaît aussi talentueux en méchant que Leslie Nielsen dans l’épisode 1. Conrad montre ses talents d’athlète dans une course à pied pour rattraper un des tueurs de Karaftma. Les prises de vue nous permettent de nous régaler du centre ville de Vienne.

En dehors de l’histoire d’amour, il est question de marchés pétroliers qui vont échapper aux Etats-Unis. Paul Mantee brille dans le rôle d’un Judas, Ray Shelton. John Ericson que l’on vit jadis en astronaute alien dans « Les envahisseurs » est par contre moins convaincant en mari d’Annalisa. Loin du côté fantasque du comte Manzeppi, Victor Buono se montre abject à souhait en adversaire.

L’épisode avait été diffusé en deuxième lors de la première diffusion et m’avait bien davantage plu que « Attaque par la dame ». L’humour cynique est toujours présent et pertinent. On regrette par contre la fin peu télégénique dans une casse automobile quand on à Vienne sous la main. Quelle drôle d’idée !

Seconde grande réussite de la série après l’épisode 2 « Poursuite dans la ville », l’opus aura eu le mérite de nous montrer un homme vulnérable derrière l’agent secret. A ce titre, la scène finale à l’aéroport est bien plus subtile que celle de « Attaque par la dame ». Toutefois, on atteindra le zénith de la série avec  l’épisode 7 « Double jeu » dont on aurait aimé que toutes les missions de Jake soient de cet acabit.

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Informations supplémentaires

Dans chaque épisode, on retrouve Peter Wajda dans le rôle de Fritz, le barman.

Rosemary Forsyth (1943-) a joué trois fois dans « Mannix ». On l’a vu aussi dans « Les prairies de l’honneur », « Qu’est-il arrivé à Tante Alice ? » et à la TV dans « Columbo », « Opération vol », « L’île fantastique », « Magnum », « Arabesque ». Plus de nouvelles depuis 2008.

Victor Buono (1938-1982) est célèbre pour le comte Manzeppi dans « Les mystères de l’ouest » et Schubert dans « L’homme de l’Atlantide ».

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5. UNE CERTAINE VIEILLE DAME
(THERE WAS AN OLD WOMAN)

Scénario : Mark Rodgers. Réalisation : Alexander Singer.

Résumé

Il y a des travaux devant le bar « Jake’s » qui empêchent les clients de se garer et dénaturent la beauté de l’endroit. Une vieille dame qui vend des violettes est tuée devant le bar. L’inspecteur Hoffman et le commandant Caldwell pensent que Webster était visé, ce dernier estime la vieille dame Sylvia Werner était bien la cible.

Critique

Cet épisode, comme le 8e « La vengeance du mercenaire », fut inédit en France jusqu’en 1990 lors de la diffusion de l’intégrale sur FR3, alors que six autres furent programmés trois fois en trois ans (1974, 1975 dans Samedi est à vous, 1977 l’après-midi sur TF1).

Les travaux devant le bar ne sont pas très esthétiques. Quelle drôle d’idée ! A l’enterrement, Jake fait la connaissance d’une jeune femme, Carol (Susan Strasberg) qui semblait connaître la défunte.

Cet épisode nous permet de voir le centre ville de Vienne et notamment les vieilles rues, les quartiers les plus anciens. L’intrigue remonte à la seconde guerre mondiale et fait occasionnellement appel, via Caldwell, aux services secrets mais de façon très détournée. Hoffman et Webster s’affrontent régulièrement, avec de plus en plus de tension.

Paul Wierten (Eric Braeden) est un personnage ambigu, possible successeur de Max Hoffenstein qui vient de mourir à Paris et était à la tête d’un empire financier. Jake, pour venger la marchande de violettes, se mêle d’une histoire de famille et de gros sous. Il gagne la sympathie de Carol Hoffenstein, qui pourrait bien être en réalité la fille de la gouvernante Sylvia Werner.

A mi chemin entre l’intrigue policière et l’enquête de famille, « Une certaine vieille dame » prend son temps pour développer l’intrigue et présenter les personnages qui ne sont pas clairement définis, en dehors du fait que beaucoup en veulent à la vie de Webster. L’énigmatique ex-caporal Woltz (Alexander Scourby) est le commanditaire d’un tueur peu habile, il mourra en tombant d’un vieil immeuble lors d’une bagarre. Wierten se révèle très dangereux. Hoffman compte laconiquement les cadavres en espérant coincer Webster, son rêve. On pourra reprocher à cet opus, dans la deuxième partie, de sacrifier un peu l’action à trop de bavardages. Susan Strasberg, comme à l’accoutumée, joue fort bien. L’intrigue cependant ne nous permet pas de belles vues touristiques sur la ville, les vieilles rues de quartiers modestes ne supportant pas la comparaison. On ne s’ennuie pas mais on attend mieux de la série.

Informations supplémentaires

Le commandant Bernard Caldwell est né à Darien dans le Connecticut.

Charles Cioffi (1935-) a joué dans « Shaft- Les nuits rouges de Harlem » (1971), « Klute » (1971), « Missing, porté disparu » (1982) au cinéma, et dans de nombreuses séries TV : « Kojak », « Columbo », « Madigan », « X Files », « Arabesque », « Cannon », « Les rues de San Francisco », « Wonder Woman », « Super Jaimie », « Equalizer »,  et quatre fois dans « Hawaii Police d’état ».

Susan Strasberg (1938-1999) est connue par les amateurs des « Envahisseurs » pour l’épisode « Equation danger ». On l’a vue dans « Les rues de San Francisco », « La croisière s’amuse », « Mike Hammer », « Arabesque » à la TV et au cinéma dans « Kapo » et « Le toboggan de la mort ».

En dehors des « Feux de l’amour », Eric Braeden (1941-) a joué dans « Hawaii Police d’état », « Banacek », « Kojak », « Cannon », « Drôles de dames ». Il fait une apparition dans « Titanic ».

Dessica Graves, dont ce fut le seul rôle, apparaît, comme Fritz, dans la quasi-totalité des épisodes comme barmaid du « Jake’s ».

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6. LA MYSTÉRIEUSE LUEUR VERTE
(A DEADLY SHADE OF GREEN)

Scénario : Jerry Ludwig et Eric Bercovici. Réalisation : Alexander Singer.

Résumé

Une émeraude de 70 carats volée à la cour de l’empereur François Joseph en 1886 ressurgit. Un peintre ami de Jake Webster , Harry Warfield, dit l’avoir retrouvée. Une peinture du voleur de l’époque, Hans Fisher, révèle la cachette. A peine Jake l’a-t-il quitté qu’Harry trouve la mort.



Critique

Encore une intrigue policière, et pas d’espionnage. Le prétexte est ici un service demandé par un ami de Jake qui a la mauvaise idée de se suicider juste après avoir parlé. C’est bien sûr un meurtre. Le modèle nu, la belle Nicole (Janaire) est avec Jake la dernière personne à l’avoir vu vivant.

Slim Warfield (L.Q. Jones), le frère de la victime, ici particulièrement insupportable en raison du cabotinage du comédien, engage Jake. C’est un joueur et parieur issu d’une famille du cirque. Au début de l’épisode, la victime achète dans une vente aux enchères le tableau mais un incendie criminel se déclenche et une partie de la toile est dérobée.

L’argument qui fait que le commandant Caldwell s’intéresse à l’affaire parce-que l’inspecteur Hoffman ré ouvre l’enquête sur la mort d’Harry Warfield est une ficelle un peu grosse. Caldwell est censé faire de l’espionnage et non empiéter sur les plates bandes de la police.

Si le concept est formidable, un agent secret en sommeil à Vienne menant des enquêtes sur place, encore fallait-il écrire des histoires à la hauteur du projet. Ici, une chasse au trésor à travers le temps et les âges peine à convaincre. C’est le mystérieux script irrationnel de « L’homme de Vienne » sans aucune lueur verte ni d’imagination.

Qu’un ex-agent de la CIA joue les Indiana Jones relève de l’improbable.

On se trouve là sans conteste devant le plus mauvais épisode de la série. Intrigue alambiquée, grotesque. Beaucoup de plans filmés dans des souterrains à la recherche d’une émeraude quant on à Vienne comme décor naturel.  Le script est tortueux, même pas simpliste. Lors de la première diffusion, ce qui m’avait marqué est la brève (mais pudibonde) scène de nudité de la comédienne Janaire. En revoyant l’opus aujourd’hui, on a le sentiment d’un beau gâchis.

Informations supplémentaires

Janaire (ou Janaire Skidmore) est aussi apparue dans « Mannix » : « La nuit hors du temps », ainsi que dans « Mission Impossible » et « Police Story » et « O’Hara, US Treasury » avec David Janssen.

On retrouve dans le rôle de Jimmy Silver le comédien Peter Haskell (1934-2010), qui était Charles Estep, l’ennemi du sénateur Rudy Jordache/Peter Strauss dans « Les héritiers ».

L.Q. Jones (1927-) a notamment joué dans « La horde sauvage » (1969) de Sam Peckinpah.

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7. DOUBLE JEU
(SO LONG, CHARLIE)

Scénario : Gene L. Coon. Réalisation : Paul Krasny.

Résumé

A Vienne, au moment d’une conférence économique américano-soviétique sur la détente et de potentiels échanges économiques, Jake Webster croit voir un ancien agent de la CIA, Charley Stokes, mort lors d’une mission commune en Albanie en 1967.

Critique

Sans conteste le meilleur épisode de la série, du pur espionnage à la Len Deighton. Tous les épisodes auraient dû logiquement ressembler à celui-là.

Le contexte est très politique. En 1972, les USA et l’URSS préparent des accords économiques que la Chine communiste veut saborder, via l’Albanie stalinienne. En 1967, Jake et Charley Stokes ont saboté un barrage en Albanie. Dans la scène de flash back, Robert Conrad est particulièrement convaincant, le visage noirci comme un ramoneur, sur un canot, avec le comédien Cameron Mitchell en Charley.

Ce dernier n’étant pas revenu à l’heure du moment de départ, Jake l’a abandonné à son sort sur une plage d’Albanie où le malheureux a été criblé de balles. Après avoir été torturé et écopé de trois ans de prison, il est marié avec le numéro deux des services secrets albanais, Elga Compani (Maria Schell). Charley, certain du sentiment de culpabilité de Jake, a en tête d’enlever Caldwell et de saboter la conférence, tout en faisant croire qu’il veut rejoindre sa Virginie natale et qu’Elga est prête à passer à l’ouest.

Pendant ce temps, Orloff (Jack Kruschen) pour le compte du KGB surveille les choses. Il a compris que les albanais tendent un piège.

Alternant flash-back, remords de Jake, souvenirs, l’épisode est simplement génial et donne une idée de ce qu’aurait pu être « L’homme de Vienne ». Elga Compani rappelle les pires gardes chiourmes genre Rosa Klebb dans « Bons baisers de Russie ».

Le script de Gene L. Coon évoque plus Len Deighton et John Le Carré qu’Ian Fleming.

Le couple Maria Schell-Cameron Mitchell est convaincant à souhait, et le contexte politique clairement exposé. Peut-être trop pour le public américain. Mais quand on imagine ce qu’aurait donné une saison de 22 ou 24 épisodes de « L’homme de Vienne » en suivant ce schéma, on se dit que l’on est passé à côté d’une grande occasion.

Rapidement, on comprend que Charley est un traître. On ne peut lui en vouloir, car l’on se doute de son sort après le sabotage du barrage. Caldwell évoque avec dégoût le nombre de types qu’Elga Compani a fait pendre. Cinq ans après, l’histoire va se répéter et un nouveau rendez-vous sera donné à Charley. Les « camarades » tant soviétiques qu’albanais nous sont dépeints sous leur trait le plus noir, mais personne ne s’émeut que deux agents américains aient fait sauter cinq ans plus tôt un barrage en Albanie.

Coureur de jupons, Charley avait l’habitude de donner des rendez-vous à ses conquêtes dans un endroit (Un château près de Salzbourg) où Caldwell est retenu. Pour Elga Compani, ce sera, de la part de son mari, une faute inexcusable qui causera sa perte.

Vienne, par son point géopolitique vital, est ici exploité comme argument scénaristique sans failles. Jake part délivrer Caldwell et cette-fois, l’adieu à Charley sur les bords de l’eau sera définitif.

Rien n’est tourné en studios, à la différence de « L’homme de fer » ou du « Saint », et le budget est mirifique. Cela permet à Robert Conrad de nous offrir sa meilleure prestation de la série.

On se demande un peu pourquoi au nom de la détente, l’URSS et le KGB font l’objet d’une telle dédiabolisation ici. Quant à Robert Conrad, cynique, violent, on ne le reconnaît plus. Fini le héros gentil à la James West, il nous montre dans cet opus un visage de guerrier. La fin, particulièrement cruelle, semble un remake de ce qui s’est passé en 1967.

Seul regret : Jake ne conduit pas sa Corvette dans l’épisode.

Informations supplémentaires

John Parker a composé un thème tout spécialement pour cet épisode.

Maria Schell (1926-2005) est connue pour « Gervaise ». On l’a vue aussi à la TV américaine dans « Kojak ».

Cameron Mitchell (1918-1994) était Buck Cannon dans la série « Chaparral ».

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8. LA VENGEANCE DU MERCENAIRE
(SOLDIER OF FORTUNE)

Scénario : Gene L. Coon. Réalisation : Bruce Kessler.

Résumé

A Vienne, Jake retrouve un ami mercenaire, Frank Cort. Il pense que l’homme est venu se venger du général suédois Gundarson. Ralston, le supérieur de Cort, est jeté sous un train par des mercenaires.

Critique

Ce dernier épisode a été inédit en France jusqu’en 1990. Le début est assez violent, avec un homme jeté sous un train par plusieurs tueurs.

L’ex-mercenaire a été payé par un chef d’état africain, Vasamumbo, mais a dilapidé au jeu l’argent destiné à ses hommes. Ceux-ci furieux s’en prennent à l’homme d’état africain en exil. Dénoncés par Cort, ils se font coffrer par l’inspecteur Hoffman.

Tout ceci n’est fait que pour égarer Jake et Caldwell : le mercenaire a bien l’intention de tuer le militaire suédois.

C’est un épisode inégal, relevé par la deuxième partie pleine d’action, mais on quitte à regret Jake Webster sur cette aventure qui en abordant le thème des mercenaires s’éloigne certes du policier mais sans vraiment nous proposer une intrigue d’espionnage.

J’aurais aimé dire du bien de l’opus pour la sortie de scène de la série, mais il faut reconnaître que la première partie est trop bavarde. Joseph Campanella, qui se sait condamné, affiche une décontraction indigne de son talent et casse un peu la crédibilité face à un Robert Conrad très impliqué. On a l’impression que l’acteur ne prend pas assez au sérieux son personnage.

Bien meilleur que « La mystérieuse lueur verte », « La vengeance du mercenaire » ne parvient jamais vraiment à nous passionner si l’on considère l’ensemble. Le discours de Jake contre Frank Cort, moralisateur, ne prend pas, lorsqu’il évoque une mission au Congo face à des populations qui n’ont que des arcs et des flèches pour se défendre. Jake n’est pas un enfant de chœur, il nous l’a prouvé.

Lynne Martha s’en sort bien moins dans le registre séduction que Skye Aubrey, Katherine Cannon, Janaire ou Rosemary Forsyth, et l’on s’étonne de la monogamie du mercenaire réputé coureur de jupons. Une petite contradiction dans le scénario donc.

Ainsi se termine « L’homme de Vienne » qui est plus un grand concept qu’une grande série, la cause étant des scripts tendant trop vers le genre policier et pas assez travaillés. La série tomba vite dans l’oubli, excepté pour les fans de Robert Conrad.

Informations supplémentaires

La plaque d’immatriculation de la Chevrolet Corvette de Jake est W696-042.

Joseph Campanella (1924-) s’est fait connaître comme le patron de « Mannix » dans la saison 1 de la série.

Lynne Martha (1948-) est apparue dans de nombreuses séries TV, citons « Cannon », « Kojak », « Les rues de San Francisco », « Starsky et Hutch », « Drôles de dames », « Columbo ». Elle a arrêté de tourner en 2002.

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