PrésentationSaison 1

Dossiers brûlants

Téléfilms

1. La Nuit du Vampire (The Night Stalker) - 1972 

2. La Nuit de L'Alchimiste (The Night Strangler) - 1973

 

 


1. LA NUIT DU VAMPIRE 
(THE NIGHT STALKER)


Date de diffusion : 11 janvier 1972

Scénario : Richard Matheson, d'après un roman de Jeff Rice

Mise en scène : John Llewellyn Moxey

Monstre de la Semaine : un Vampire

Résumé :

A Las Vegas, plusieurs jeunes femmes sont assassinées et découvertes vidées de leur sang. Grâce à son opiniâtreté et à son réseau d’informateurs, le journaliste vétéran Carl Kolchak va mener une difficile enquête prouvant que le tueur n’est nul autre qu’un Vampire ! Kolchak doit toutefois faire face au scepticisme de son rédacteur en chef, Tony Vincenzo, mais surtout à l’hostilité des autorités voulant éviter une panique de la population.

Critique :

L’amateur des X-Files retrouvera ici pleinement l’ambiance de cette série, tant les convergences se montrent fortes avec le modèle dont s’inspira Chris Carter. Ainsi Richard Matheson maîtrise parfaitement l’insertion d’un récit relevant du Fantastique dans une structure a priori antagoniste d’enquête journalistique. Centrée sur la recherche rigoureuse de témoignages précis et de faits avérés, elle s’assimile facilement à la démarche suivie ultérieurement par Mulder et Scully en tant qu’Agents du Bureau. Avec maestria, Matheson, grand maître s’il en fut de l’art narratif, fait progressivement émerger l’effroyable vérité en écartant progressivement toute autre option envisageable, la véracité du précédé s’avère saisissante.

On comprend sans peine que le public d’alors ait été séduit par l’originalité du concept. L’effet d’assimilation joue à plein entre le spectateur et un Kolchak s’aventurant pour la première fois au sein des Ténèbres. Le scepticisme à tout crin de Tony et les savoureuses prises de bec subséquentes avec Kolchak évoqueront clairement cet aspect si piquant de la relation de Mulder et Scully (par contre Carl et Tony ne se bécotent pas : nos amis shippers seront frustrés). Le conspirationnisme répond aussi à l’appel avec l’ultime scène, d’une force rare, voyant les autorités policières et judiciaires se liguer pour contraindre Kolchak au silence.

Toutefois, le téléfilm possède son intérêt intrinsèque, au-delà de ce plaisant parallèle. Las Vegas et ses célèbres néons constituent un cadre somptueux pour les incessantes déambulations nocturnes de Kolchak à bord de sa décapotable et son réseau d’indicateurs se compose souvent d’une faune pittoresque. The Night Stalker s’inscrit pleinement dans son époque, ce qui, comme toujours avec les productions 70’s, nous vaut son lot de superbes voitures, de tenues hautes en couleurs et d’acteurs surjouant délicieusement. L’amateur des Envahisseurs s’amusera à découvrir Kent Smith (Edgar Scoville, l’allié de Vincent) incarner ici le procureur maître d’œuvre du complot destiné à empêcher le public de découvrir qu’« ils » sont parmi nous.

Le téléfilm est aussi de son temps car l’intégralité des journalistes et des policiers sont masculins, les femmes se voyant cantonnées aux rôles de victimes ou de petite amie de Kolchak. De ce point de vue, les X-Files apportent un net progrès ! La mise en scène se montre tonique à souhait et, malgré des moyens à l’évidence modestes, demeure souvent inventive. On apprécie par exemple le générique montrant l’autopsie de la première victime, comme vue par les yeux de celle-ci : on instaure d’emblée une bonne ambiance. Les scènes d’agression sont également tournées avec un vrai sens de l’effroi.

Le protagoniste lui-même, interprété avec tempérament et présence par le très impliqué Darren McGavin, apporte la chair nécessaire au récit pour que celui-ci ne se limite pas à un brillant exercice de style. Grande gueule à fleur de peau, mais aussi enquêteur madré et expérimenté, Kolchak se révèle irrésistible. En arrière-plan, il évoque efficacement l’importance de la presse dans la société américaine, dès avant le Watergate. Matheson évite la facilité d’en faire un héros de vitraux, interrogeant ses motivations : passion pour la Vérité, mais aussi revanche sociale et inclinaison pour le sensationnalisme. Fort logiquement, Kolchak a également besoin d’aide pour terrasser le Vampire !

En revanche on regrettera que le Vampire, heureusement rendu réellement inquiétant par son interprète et par la mise en scène, ne soit guère caractérisé au-delà des clichés gothiques du genre. Ainsi il ne prononce pas une seule parole intelligible de tout le téléfilm. Mais, tel quel, The Night Stalker s’impose comme une introduction parfaitement convaincante et attractive pour la série à laquelle il a fort justement donné son nom.

Anecdotes :

  • Darren McGavin (Carl Kolchak) mena une prolifique carrière d’acteur, mais aussi de scénariste et de producteur. Il joua dans de nombreux Westerns, au petit comme au grand écran. Mais ses rôles le plus connus demeurent celui du détective Mike Hammer (1958-1959) et du journaliste passionné de surnaturel Karl Kolchak dans Dossiers brûlants (1974-1975). L’influence de cette série sur les X-Files lui valut d’y incarner l’Agent Arthur Dales.

  • Simon Oakland (Tony Vincenzo) se spécialisa dans les personnages détenteurs d'autorité. Outre le patron de Carl Kolchak dans The Night Stalker (1972-1975) et le général Moore, supérieur de Pappy Boyington dans Les Têtes Brûlées (1976-1978), il apparut également dans Les Incorruptibles, Perry Mason, Bonanza, Max la Menace, Hawaï Police d'État… Au cinéma, il participa à Psychose, West Side Story, Bullitt, etc. Simon Oakland, violoniste de haut niveau, débuta sa carrière en donnant de nombreux concerts à travers le pays.

  • Barry Atwater (Janos Skorzeny, le Vampire) fut une figure régulière des séries américaines, des années 50 aux 70. Il se spécialisa dans des rôles sombres ou sinistres, jouant notamment Surak, important dirigeant des Vulcains dans Star Trek Classic. Le succès du téléfilm Kolchak lui valut de nombreux rôles au cours des années 70, durant lesquelles l'horreur gothique connut un renouveau. Il participe à La Quatrième Dimension, Des Agents très spéciaux, Les mystères de l'Ouest, Night Gallery...

  • Lors de sa diffusion, le téléfilm devint celui ayant connu le plus de succès dans l’histoire de la télévision américaine, avec un taux Nielsen de 33,2 et un part de marché de 54%. Son budget s’éleva à 450 000 $.

  • Lors du tournage à Las Vegas, le producteur Dan Curtis fut stupéfié par la concentration des joueurs au casino. Par plaisanterie, il fait circuler durant 40 minutes l’acteur Barry Atwater, grimé en Vampire, entre les tables de jeu, sans que personne ne s’en émeuve.

  • Dans le réfrigérateur de Skorzeny, Kolchak découvre des flacons de sang volés dans un hôpital. Elles sont étiquetées "Richards, Benjamin", un clin d’œil à la série L'Immortel (1970-1971) dont le héros Ben Richards avait un sang le préservant de la maladie et de la vieillesse. 

  • Pour jouer le Vampire, Barry Atwater devait porter des lentilles de contact rouges. Elles lui irritèrent tellement les yeux qu’elles ne furent plus nécessaires durant les derniers jours de tournage.

  • Le texte initial de Matheson prévoyait que Kolchak soit vêtu à l’hawaïenne et en bermudas, ce qui fut refusé par Darren McGavin. Celui-ci opta pour un costume urbain des années 50, afin de souligner le côté new yorkais hors d’âge de Kolchak.

  • En sortant du palais de justice, Kolchak interprète Manhattan, un standard des revues de Braodway de 1925, également repris par The Supremes, Ella Fitzgerald,  Mel Torme, etc. Cet hymne à la gloire de Manhattan est entendu dans de nombreux films et récemment dans la série new yorkaise Mad Men, lors de l’épisode New Amsterdam (4.01).

  • Kolchak conduit ici une Chevrolet 1968 Camaro Rallye Sport convertible, de couleur Le Mans Blue.

  • Le téléfilm pilote n’annonce que partiellement la suite de la série. Seuls Darren McGavin et Simon Oakland poursuivront l’aventure, tandis que l’action se déplacera à Seattle pour le second téléfilm, puis à Chicago pour la série proprement dite.

Retour à l'index


 

2. LA NUIT DE L'ALCHIMISTE 
(THE NIGHT STRANGLER)

jaimie 4 2

Date de diffusion : 16 janvier 1973

Scénario :  Richard Matheson

Mise en scène : Dan Curtis

Monstre de la Semaine : un alchimiste voleur de jeunesse

Résumé :

A Seattle, des jeunes femmes sont assassinées et leur autopsie montre qu’une petite quantité de sang leur a été prélevée. Récemment réembauché par Tony, Kolchak croit d’abord qu’il s’agit d’un nouveau Vampire. Mais une enquête complexe va lui révéler que le coupable est le Dr. Richard Malcolm. Au XIXème siècle ce dernier a découvert un sérum d’immortalité, qu’il doit toutefois renouveler tous les 21 ans, à base de sang de jeunes femmes. Entre temps il vit dans un repaire macabre situé dans l’ancien Seattle, recouvert par le nouveau depuis le grand incendie de 1889. Une fois de plus les autorités vont tout faire pour contraindre Kolchak au silence.

Critique :

De prime abord ce second téléfilm semble souffrir d’une trop grande similitude avec le premier. En effet il développe des prémices très semblables, avec cette succession d’assassinats absolument sinistres de jeunes femmes et un Kolchak aux prises aussi bien au scepticisme de Tony qu’à l’hostilité des autorités locales. Et pourtant, au fil de son parcours, The Night Strangler va affirmer son identité et son intérêt propres. En effet le toujours supérieurement talentueux Richard Matheson est bien trop fin pour ne pas percevoir le danger de doublon et va au contraire en jouer pour entrainer aussi bien Kolchak que le spectateur sur une magistrale fausse piste autour d’un second Vampire. L’enquête du jour aura à surpasser cette difficulté, une nouvelle fois par un recours magistralement construit aux faits tangibles et aux déductions logiques. Cela apportera un impact supplémentaire à la progressive émergence de l’effroyable figure du Dr. Malcolm.

Le passage de Las Vegas à Seattle renouvelle également l’ambiance du téléfilm. Cela se ressent d’autant plus fortement que Seattle ne constitue pas qu’un décor impersonnel pour l’action, bien au contraire. On apprécie vivement que la narration prenne le temps de s’imprégner de l’ambiance particulière de cette ville côtière et aussi froide et introvertie que Vegas pouvait se montrer exubérante et festive. La mise en scène sait également mettre en valeur les sites remarquables du lieu, dont le Space Needle et la remarquable vue qu’il autorise sur la baie.

D’autre part, le fabuleux décor du Seattle souterrain, sur lequel s’est reconstruite la ville après le grand incendie de 1889, constitue l’antre idéalement sinistre pour le laboratoire de l’horreur édifié par un Malcom ayant depuis des lustres irrémédiablement sombré dans une folie des plus morbides. De ce fait, l’ultime segment du récit voyant Kolchak s’y aventurer à la recherche du bon docteur relève de l’épouvante la plus pure, avec une tranchante efficacité. A contrario du premier opus, l’antagoniste n’apparaît que lors de la confrontation finale, avec, cette fois, une remarquable caractérisation portée par le dialogue glacial et non dénué d’humour noir opposant les deux adversaires. Richard Anderson s’avère absolument impérial dans cette incarnation d’un nécromancien aussi classieux que cruel, aux antipodes du futur Oscar Goldman.

Davantage encore que lors de The Night Stalker, l’amateur des X-Files trouvera ici matière à se réjouir. Toujours présent, le conspirationnisme s’élargit désormais aux patrons de presse, devenant plus oppressant encore. L’ambiance grise et froide de Seattle évoquera délicieusement Vancouver, loin du soleil d’airain de la Californie. L’histoire de ce tueur émergeant des profondeurs tous les 21 ans afin d’infailliblement occire six jeunes femmes en 18 jours rappellera bien entendu Eugène Tooms, l’un des adversaires les plus fameux du service des Affaire Non Classées. Au-delà du défilé de victimes féminines, The Night Strangler a l’excellente idée de proposer une petite amie de Kolchak n’ayant pas froid aux yeux et s’impliquant pleinement dans l’enquête, et non plus cantonnée au repassage des chemises. Les découvrir s’aventurer torche à la main dans les ténèbres du Seattle souterrain reconstitue pleinement l’une des images les plus iconiques des X-Files.

Outre son excellent vilain, le téléfilm soigne particulièrement la caractérisation de ses personnages. On apprécie ainsi que le duo Tony/Kolchak s’insère désormais dans le petit monde du journal, comportant nombre de figures pittoresques (mention spéciale à l’archiviste, aussi érudit que discret). Tony va plus loin dans l’humour au cours de colères désormais devenues homériques. Cela n’empêche pas sa complicité avec Kolchak de vite ressurgir, tandis qu’il continue à lui imposer la rigueur de ses contre-arguments. Kolchak lui aussi amuse encore davantage par son enthousiasme virant vite à l’orage, mais aussi ses petits travers. Matheson a parfaitement compris que le spectateur s’identifiera mieux à un protagoniste humain plus qu’héroïque et que l’émergence du Fantastique dans le réel frappe d’autant plus fort quand l’événement survient à un individu semblable aux autres. Sans doute un héritage de son long séjour au sein de La Quatrième Dimension de Rod Serling.

Anecdotes :

  • Visité au cours du téléfilm, le Space Needle est une tour d’aspect futuriste édifiée à Seattle dans le cadre de l’exposition universelle de 1962. La célèbre plate-forme en forme de soucoupe volante la couronnant contient un restaurant offrant un panorama unique sur les environs maritimes et montagnards de la ville. Devenu l’un des sites les plus reconnaissables de Seattle, le Space Needle est notamment aperçu dans la série Dark Angel, où le toit de la soucoupe sert régulièrement de refuge à l’héroïne, Max Guevara.

  • Le six juin 1889 l’ensemble du centre-ville de Seattle fut ravagé par un gigantesque incendie. La ville se reconstruisit rapidement, en se surélevant sur l’ancienne et en privilégiant la pierre au bois. Comme montré en cours d’épisode, l’ancienne ville, le Seattle Underground restauré, est désormais visitable par les touristes, depuis 1965. L’antre de l’alchimiste se situe dans les tréfonds inexplorés de la cité souterraine. De nombreuses légendes urbaines concernant des apparitions spectrales sont également recensées autour du Seattle Underground.

  • Richard Anderson (Dr Richard Malcolm) débuta à Hollywood, dans le cinéma d’après-guerre, avant de se faire remarquer grâce au rôle de Ricardo del Amo dans Zorro. Il devient par la suite une figure familière des séries américaines, avant de pleinement accéder à la célébrité grâce au rôle d’Oscar Goldman, patron des héros bioniques, Steve Austin et Jaimie Sommers. Il sera le coproducteur des deux derniers téléfilms bioniques.

  • Darren McGavin et Richard Anderson interprétèrent tous deux le supérieur du Colonel Steve Austin, l’Homme qui valait trois milliards. McGavin joua Oliver Spencer lors du téléfilm pilote, qui fut ensuite remplacé par Oscar Goldman.

  • A la fin du téléfilm, Kolchak annonce qu’il part s’installer dans sa bonne ville de New York.  Richard Matheson avait effectivement prévu que le troisième opus s’y déroulerait, avec un nouveau duel contre le Vampire Skorzeny. Les trois téléfilms auraient alors formé un ensemble intitulé The Trilogy of Terror.

  • Des scènes non conservées à l’écran montrent la rencontre entre Kolchak rencontrer le vétéran Jimmy "Stacks" Stackhaus, journaliste des années 30 spécialisé dans le affaires de meurtres à sensation.

  • Kolchak est repoussé par un sans-abri qu’il croyait être le Vampire. Il est interprété par Al Lewis, un clin d’oeil à la série The Munsters (1964-1966), où cet acteur interprétait réellement un Vampire.

Retour à l'index