PrésentationSaison 2

Banacek

Saison 2

1. L'Œuvre d'art (No Stone Unturned)

2. Max le magnifique (If Max Is so Smart, Why Doesn't He Tell Us Where He Is?)

3. Le Cas rosse du carrosse (The Three Million Dollar Piracy)

4. Le Calice de Darios (The Vanishing Chalice)

5. L'Étalon (Horse of a Slightly Different Color)

6. Rocket to Oblivion - Inédit en France

7. Vol en plein vol (Fly Me, If You Can Find Me)

8. La Malle des Indes (Now You See Me, Now You Don't)


 

1. L'ŒUVRE D'ART
(NO STONE UNTURNED)




Une sculpture géante en pierre « Man in harmony », de trois tonnes, assurée pour trois millions de dollars, transportée chez le milliardaire Davey Collier,  se volatilise. Banacek, appelé par Henry DeWitt dont le patron est absent, doit retrouver l’objet  en deux jours. Il a la grande surprise de retrouver sur sa route Carlie Kirkland de la Boston Insurrance Company engagée pour le prendre de vitesse.

Bien qu’il dure 72 minutes, cet épisode peut être considéré comme un deuxième pilote de « Banacek ». L’immense surprise, c’est le nouveau générique dont seul demeure la scène où Banacek rame. Désormais, une actrice est au générique et on la voit quasiment autant que Peppard : on saute de joie en découvrant Christine Belford, alias Carlie Kirkland. Et de fait, Carlie est de retour, comme si rien n’avait changé depuis « Les traces fantômes ». Elle travaille pour la Boston Insurrance Company, sous les ordres d’un patron qui est en vacances, Cavanaugh, que l’on ne verra pas dans l’épisode. BIC emploie outre Carlie un certain Henry DeWitt (Linden Chiles). Le personnage de Penniman, on se demande bien pourquoi, a changé de nom ! Pourtant, DeWitt évoque l’ultime mission de Banacek résolue en deux jours.

Quant à l’intrigue, elle est digne du pilote. Un mystère absolument insoluble, que l’on n’aurait jamais deviné, et qui est spectaculaire. Faire disparaître une statue de trois tonnes est réalisé ici avec des moyens moins tirés par les cheveux que le wagon au milieu du train de « Projet Phénix ». Mais la scène finale, où le héros nous révèle tout, est à couper le souffle. Aucun regret, personne n’aurait pu deviner (à part Sherlock Holmes !).

La réalisation de Richard T Heffron est particulièrement soignée. Tout d’abord, et c’est pour cela que je parle de deuxième pilote, la séquence prégénérique est très longue. Nous voyons le transport de la sculpture par son créateur, l’artiste Owen Russell (Gary Lockwood) et un ami, le conducteur Pete Biesecker (Larry Pennell). Une jeune fille excentrique et peu farouche les suit, Gretel (Candy Clark), et filme tout en super 8. Le film aura par la suite une importance primordiale dans la résolution de l’énigme.

Si le premier contact de Carlie et Thomas Banacek est glacé, et qu’elle lui dit que « pas même dans un million d’années, ils ne feront l’amour », le couple se reforme vite. On note que c’est surtout Carlie qui est amoureuse. Banacek repousse les avances de Gretel, qu’il juge trop jeune, et Carlie débarque au domicile du privé. Lorsque Banacek embrasse l’enquêtrice, elle lui dit qu’elle avait oublié ce que cela faisait. Et elle lui tombe dans les bras. Mufle, Banacek le lendemain dira que la nuit d’amour n’a pas été trop mauvaise ». L’humour n’est pas absent, mais le privé le fait toujours au détriment des autres. Dans un marché aux légumes, il fera honte à Carlie en se mettant à crier qu’elle lui demande trop cher, la faisant passer pour une prostituée. Le client, dont la sculpture a été volée, Davey Collier (Scott Brady) n’est pas un tendre. Felix Mulholland apprendra au polonais que cet homme a été mêlé à des affaires louches et a failli être assassiné il y a deux ans. Lorsqu’ils se rencontrent, il lance au détective « Banacek c’est slave ? » ce qui lui vaut une réplique cinglante : « Collier, c’est anglosaxon ». Mais le privé se montrant insolent, l’autre l’avertit de ne pas abuser car il peut se révéler dangereux.

D’ailleurs, Collier est une ordure. Il traite plus bas que terre Jennifer sa maîtresse et héritière (Peggy Walton) et il a profité d’un contrat d’exclusivité arrivant à expiration pour exiger de l’artiste la statue. Or, il a fallu deux ans à Russell pour la sculpter. Il n’hésite pas non plus à virer son chef de la sureté Vince O’Hara (Don Stroud) qui amoureux de Gretl et l’ayant suivi de nuit à la riche maison du privé a conclu que Banacek et elle étaient amants. Pour cela, il attaquera sauvagement le héros. Pourtant, alors que l’on s’attend à ce qu’il soit tué ou bien que l’on fouille le personnage, Collier passe très vite au second plan pour mettre dans la lumière l’étrange personnalité de l’artiste écorché vif Russell.

Là où Carlie Kirkland et le téléspectateur ne voient rien, Banacek avec son cerveau à la Holmes enregistre tout et comprend le vol impossible. Sans doute a-t-il été plus attentif que nous au vrai mobile du vol. Pour tromper l’ennemi, une histoire de rançon se greffe en milieu d’épisode, ce qui nous vaut des scènes entre Jay et Carlie, comme jadis au motel. La solution est dans le film et dans une image que Gretl n’aurait pas dû prendre. La malheureuse est victime d’une tentative de meurtre maquillée en accident de la route. On la retrouve au Boston Memorial Hospital, quatre ans avant le tournage de « Coma ». Cette scène nous permet de constater que les scènes de l’hôpital sont faites en studios. Quel dommage !

Une autre séquence assez longue se passe au chantier de Biesecker, qui ressemble à une casse de voitures. Mais chaque scène est efficace, lourde de signification par rapport au script, et il n’y a aucun bavardage inutile. On doit ce scénario génial à Stephen Lord, mais trois adaptateurs l’ont repris : George Sheldon Smith, Lee Stanley et le créateur de la série « Hawk, l’oiseau de nuit » avec Burt Reynolds, Robert Van Scoyk. Les lauriers reviennent bien sûr à Stephen Lord qui a imaginé l’inimaginable, mais à part « Le mystère du triangle des Bermudes » (1978), il n’a rien écrit qui relève du mystère et du fantastique, et sa filmographie, de ce point de vue, est décevante.Carlie est amoureuse, mais ne se fait pas d’illusions. Elle sait que Banacek ne s’intéresse qu’au plaisir et ne construira rien avec elle. Christine Belford qui aurait mérité une plus belle carrière joue le personnage avec humour et un peu de dérision, sans jamais tomber dans le mélo ou la tristesse. La rivalité professionnelle avec Banacek est latente, et elle présente à la fin sa solution, qui hélas pour elle est fausse. On meurt d’envie de révéler la vraie, mais cela ruinerait toute envie de voir ce fabuleux épisode.

  • Jay évoque auprès de son patron le livre disparu et retrouvé (01-06 « 10 000 dollars à la page »).

  • La liaison de Carlie et Banacek dans le pilote est plus qu’évoquée puisqu’elle reprend, Carlie parle du motel dans le Texas.

  • « Sans issue » (01-08) est mentionné pour le délai de deux jours pour retrouver l’objet volé, bien que Penniman ait changé de nom !

  • Le vieux proverbe polonais a de plus en plus tendance à tomber comme un cheveu dans la soupe puisqu’il est un passage obligé. Ici Banacek dit à Jay : « Only the centipede can hear all the hundred footsteps of his uncle » (seul le millepattes peut entendre les centaines de pas de son oncle) lorsque le chauffeur propose d’aider son patron alors qu’il ne sait rien !

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2. MAX LE MAGNIFIQUE
(IF MAX IS SO SMART, WHY DOESN'T HE TELL US WHERE HE IS?)


Un ordinateur médical géant , Max, financé par la riche et hypocondriaque Leslie Lye est censé à terme remplacer la médecine humaine et surtout prolonger la vie de sa bienfaitrice au-delà de la cinquantaine.  Mais un jour, l’appareil pourtant immense et protégé par un système électrique à haute tension disparaît.

Cet épisode réalisé par Bernard L Kowalski était une gageure. Faire entrer « Banacek » dans le monde de la comédie. Si le pari ratait, nous tombions dans le désastre. Tout d’abord, l’aspect mystère et disparition fantastique demeure, et ici jusqu’aux dernières minutes, nous sommes en attente de connaître le pot aux roses digne des « traces fantômes », du « projet Phénix », d’ « Escamotage » et du pilote de la saison 2 « l’œuvre d’art ».

Banacek devient ici un play boy quasi parodique, qui rappelle James Coburn dans le rôle de Flint. Il est couvert de jolies filles en bikini et n’a pas peur du ridicule en se déguisant en homme grenouille. La série perd en dimension dramatique mais gagne en dynamisme. Tout d’abord, la distribution est éblouissante. Anne Baxter est fabuleuse en femme mûre et riche entourée de gigolos et joue ce personnage ingrat avec un certain courage, car la caméra ne l’épargne guère. En 1973, elle avait cinquante ans, ce qui est pile l’âge de son rôle de milliardaire odieuse, Leslie Lye. On reconnaît difficilement la belle Sabrina Scharf de « Hawaii police d’état : la guerre des planches » en infirmière peu farouche Wyn Reever. Alan Fudge, le concepteur de « Max », est très à l’aise au milieu d’ordinateurs géants, comme la suite de sa carrière l’y mènera (« L’homme de l’Atlantide », « M.A.N.T.I.S. », « Capricorn One »). Nous retrouvons Cavanaugh, le chef de la BIC, (George Murdock) aperçu dans « Les traces fantôme » et « Une collection impressionnante ». En garde irascible et ancien cauchemar du jeune Banacek, Jim Davis, le patriarche de « Dallas », est la seule fausse note de la distribution.

L’idée géniale de la saison 2 consiste à avoir changé le seul héros invincible en un duo dans lequel Christine Belford s’acquitte d’une partie des tâches qui revenaient à George Peppard. Pour être franc, elle récolte de la part ingrate des enquêtes, fastidieuse, réservant les morceaux de bravoure à son partenaire masculin. On découvre cependant que si Banacek multiplie les conquêtes, elle plaît aussi (elle accepte ici un rendez vous de Logan Howard/Alan Fudje). Il fallait une actrice ayant énormément de talent pour donner la répartie à Peppard, lequel sera entouré de montagnes de filles jolies mais cruches, à divers étapes du déshabillage. Jay, le pauvre, se plait à rêver devant ces filles qui jouent au basket en petite tenue. Bien sûr, cette image de la femme réduite à sa plastique est réductrice et machiste. C’est là que l’aspect « comédie » fait passer des scènes qui pourrait paraître too much. De plus, Carlie/Christine Belford est la femme moderne, émancipée, elle prend les bons moments que veut bien lui laisser son Don Juan mais ne se prive pas pour autant de vivre en épicurienne. Elle est dotée d’un humour que Banacek n’a pas ou peu.

La vraie vedette de cette série, c’est la disparition et le spectateur n’attend que pour savoir. Faire disparaître un ordinateur entier (et en 1973, c’est une machinerie immense) au vu et su de tout le monde sans provoquer de signal d’alarme, sans recours à un camion grue gigantesque nous plonge dans la perplexité. Pourtant la série reste bien policière et ne bascule pas dans la science fiction. Pour tout de même compenser l’aspect parodique, Kowalski nous réserve des scènes assez violentes : Banacek manque être écrasé par une voiture, et là « ce n’est pas du cinéma », il s’en tire mais pas indemne. Ses blessures lui redonnent une dimension humaine. Dans le même genre, l’agression dont il est victime par le gigolo Chris Bailey (Richard Jordan) nous montre qu’il est blessé et justifie une hospitalisation, qui cependant est vite atténuée par la présence d’infirmières peu farouches et toutes canon. Sans doute pour donner une image différente de Carlie face aux bikinis qui semblent être la seule tenue des femmes ici, Christine Belford porte un ensemble costume et pantalons pattes d’éléphants peu féminin.

On se prend à maudire l’ORTF d’avoir boycotté cette saison 2 lors de ses achats à Cannes en 1974. En 1973, elle avait acheté « Le magicien » avec Bill Bixby – diffusion antenne 2 été 1975, « Les Rues de San Francisco » saison 1 (diffusion septembre 1974, chaîne2) et « L’homme de Vienne » diffusé le dimanche à partir d’avril 74 sur la Une. Pourquoi avoir acheté en 1974 tant de séries confirmées comme « Mannix » (A2, été 75), « Columbo », « Mission Impossible » et les nouveautés indispensables (« Kojak » saison 1) et pas la suite de « Banacek » ?  La mauvaise audience de la sélection de sept épisodes en janvier février 1974 a sans doute influencé les acheteurs en mai.

La solution est tellement réjouissante que le chroniqueur meurt d’envie de dévoiler la clef de l’énigme, il vous encourage à voir la série, vous ne serez pas déçu. Cette saison 2 est nettement supérieure à la première. On a peaufiné le personnage principal, amélioré les scripts, engagé des distributions impeccables (Anne Baxter est pathétique en femme refusant le naufrage des ans). Les séquences entre Jay et Carlie deviennent un passage obligé et sont un ravissement d’humour et de finesse.

  • Banacek retrouve ici MacKay qui lorsqu’il était enfant le terrifiait. Il était policier dans le quartier de ses parents et faisait la chasse aux garnements.

  • Carlie Kirkland est devenue la petite amie de Banacek comme le montre la scène du pique-nique du début de l’épisode et non plus la maîtresse d’un soir. Toutefois, leurs travaux (et les infidélités du privé) les ont parfois séparés.

  • Banacek a retrouvé un yacht pour Onassis rebaptisé ici Aristophanes, en Californie, enquête qu’évoque Carlie.

  • Le proverbe polonais reste le gimmick indispensable de la série. Ici, Banacek l’adresse au garde MacKay qui continue de surveiller l’endroit où l’ordinateur a disparu, ce qui justifie son emploi. « No matter how warm the smile on the face of the sun, the cat still has her kittens under the porch » (peu importe la chaleur du sourire à la lumière du soleil, le chat a toujours ses bébés sous le porche »), ce qui laisse Jim Davis perplexe (et nous aussi !)

  • Banacek au fil des épisodes s’évertue à troubler Felix en lui demandant des informations lorsque ce dernier est sur le point de « conclure » avec une ravissante et bien plus jeune petite amie asiatique.

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3. LE CAS ROSSE DU CARROSSE
(THE THREE MILLION DOLLAR PIRACY)


Le carrosse d’or serti de pierres précieuses prévu pour le mariage du Shah de Baraga avec l’actrice américaine Diana Mailtand disparaît au moment de l’embarquement sur le bateau du capitaine grec Larkos sous les yeux de DeWitt et de sa fiancée Carlie kirkland. Double mission pour Banacek : retrouver pour 10% de son prix le carrosse, et dissuader Carlie, qu’il aime, d’épouser l’ennuyeux Dewitt.

Cet épisode nous montre à quel point Banacek peut être égoïste : il est incapable de résister à la tentation du moindre jupon, mais il aime sa rivale à la Boston Insurrance Company Carlie. Il va donc essayer de dynamiter le mariage de celle qui jusqu’à présent était sa maîtresse, et lui a signifié que leur liaison de menait à rien, sans renoncer à sa vie de patachon.

Banacek devient donc une série/feuilleton. Si Jay se retrouve limité à la portion congrue (comme dans chaque épisode, il échafaude une théorie qui ne tient pas la route pour le vol impossible), l’opus consacre une part importante à la vie privée du détective et de ses amis. Ainsi, Felix vient surtout pour présenter sa nouvelle petite amie (il a quitté sa belle amie asiatique) et la mission impossible passe au second plan pour Banacek, car il lui faut détruire les fiançailles et empêcher le mariage de Carlie. A ce titre, qu’il s’appelle Penniman ou DeWitt, Linden Chiles ne joue pas d’égal à égal avec Thomas Banacek/George Peppard. Il est prévisible, moins séduisant, facile à battre. Le Shah d’Iran est remplacé ici par le Shah de Baraga, en revanche l’actrice qu’il envisage d’épouser, Diana Maitland (Arlene Martel) aux mœurs légères (Felix a une photo d’elle dédicacée en bikini, Banacek en fait sa maîtresse) tient plus de la Cicciolinia que la de la princesse Grace. Arlene Martel, une starlette vue dans « Mannix » mais surtout cotée pour son rôle d’épouse de Spock dans « Star Trek », est d’une vulgarité épouvantable.

L’aspect comédie de la série se renforce, avec de nombreuses scènes dignes du vaudeville, où Banacek va s’acharner à détruire l’image du fiancé de Carlie. Comme celle-ci est amoureuse de lui, la victoire est trop facile. Du coup, la disparition impossible passe au second plan. Néanmoins une liste de suspects est dressée :

Le capitaine Larkos (Tito Vandis) qui est endetté par sa passion du jeu. Il passe son temps dans les casinos de chacune des étapes de son navire.

Le second de Larkos, Isaac Porter (Don Knight), qui mène une double vie, bigame, avec une épouse à La Nouvelle Orléans, Lila (Lala Edmund Jr) et une à Boston, Wilda (Jeane Manson, oui, la triste chanteuse copine de Joe Dassin aux refrains sirupeux, dont les américains nous ont fait cadeau, ce qui n’est pas très gentil).

Le négociant de jouets Doug Sanborn (Hal Buckley), qui se trouvait sur les quais le jour du vol du carrosse.

Mario Fratelli (Dick Gautier), le joaillier italien qui a serti le carrosse, et coureur de jupons, a séduit la femme de Sanborn et lui a fait des confidences sur l’oreiller.

Leona Sanborn (Susan Damante), épouse de Doug, maîtresse de Fratelli, qui savait que le carrosse se trouverait ce jour-là pour embarquement.

Certes, le vol est impossible, mais Banacek le résout facilement en ridiculisant au passage son rival. L’épisode souffre du manque d’attention du privé pour la mission au détriment de celle, plus importante pour lui, de récupérer Carlie.

Tout cela se fait au détriment du suspense. L’opus garde une haute tenue, mais jamais le mystère n’atteint la perfection des scripts du pilote ou du projet Phénix.

Le scénario est tiré d’une histoire originale de Jack Turley, il est adapté par Robert Van Scoyk et Stanley Ralph Moss. La mise en scène d’Andrew Victor McLaglen est assez convenue. Bref, après deux opus majeurs, celui-là marque le pas. On se désintéresse de l’intrigue pour le plan ingénieux de Banacek qui démontre à Carlie qu’elle aura une vie ennuyeuse en Mrs DeWitt, ne pouvant plus exercer son métier, la BIC n’admettant pas les couples employés. Banacek pousse même le sadisme à dire que la belle passera ses vendredis avec sa belle-mère pour l’assister à ses œuvres de charité pour les animaux. Quelque part, la question posée est : doit-elle préférer épouser un saint ennuyeux ou continuer à flirter avec un s alaud excitant ?

Mc Laglen propose tout de même une scène d’action violente où Banacek doit échapper à un chariot élévateur bien décidé à le faire taire définitivement.

Notons que plusieurs scènes lancent des phases scénaristiques qui ensuite ne sont pas développées : le lieutenant black Trask (Rudy Challenger) est hostile envers le détective, mais il disparaît ensuite vite du paysage. On s’attend à la place d’une collaboration habituelle police-Banacek à un véritable combat qui n’aura jamais lieu. Le menuisier autrichien qui a conçu le carrosse,  Bruno  Aufderheidie (Martin Koslech) est un suspect potentiel selon Felix, mais après une brève rencontre avec Banacek, on ne le voit plus. On a l’impression que l’on a bâclé l’intrigue ici au profit du vaudeville.

La jalousie de Banacek, qui transparaît à chaque scène, est une preuve évidente de ses sentiments pour Carlie : lorsqu’il trouble le dîner en tête à tête des futurs mariés et prédit à la dame l’existence morne qui l’attend, lorsqu’il interrompt le mari infidèle Fratelli qui avait des vues sur Carlie. Mais dans le même temps, il ne peut renoncer à son existence de séducteur. Banacek est une sorte de grand enfant trop gâté qui veut en permanence gagner sur tous les plans.

Nous sommes moins en attente de la solution, mais elle reste satisfaisante. Le téléspectateur vraiment attentif pouvait la deviner, à l’inverse d’autres épisodes. On regrette que Christine Belford perde ici un peu de son animalité pour jouer les improbables fiancées d’un homme ordinaire et rangé.

  • Carlie fait allusion à sa rupture avec Banacek : « Notre liaison ne menait à rien ».

  • Le proverbe polonais, dit par Banacek à Fratelli : « Even though a man anoint himself with flagrant oils, he can still wind up with a broken face ». Explication de Banacek face à Fratelli qui a tenté de séduire Carlie  et reste interloqué: « D’homme à homme, ne me parlez uniquement que de ce que Ms Kirkland vous a dit à propos des joyaux du Shah ».

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4. LE CALICE DE DARIOS
(THE VANISHING CHALICE)


Devant un public médusé, le Calice de Darios, une antiquité grecque unique, disparaît. Cavanaugh supplie Banacek d’accepter l’affaire, et de prendre Carlie comme assistante. Mais cette enquête prend un tour différent pour le détective lorsque Jimmy Scarne, l’un de ses meilleurs amis, qui était chargé de la protection du musée, est assassiné. Désormais, Banacek en fait une affaire personnelle.

Avec la saison 2, la série a changé de style, passant d’intrigues assez sérieuses à la comédie, tout en maintenant les disparitions inexpliquées. Après deux épisodes haut de gamme et un semi ratage, j’avoue avoir eu quelque inquiétude en découvrant « Le Calice de Darios ». Fort heureusement, mes craintes n’étaient pas justifiées. En effet, le talent des comédiens nous permet de passer de la comédie au drame sans que l’équilibre ne soit jamais ébranlé, comme dans les mauvaises séries genre « Pour l’amour du risque ». Le scénario de Mort Fine constitue un socle solide pour une intrigue qui est riche en rebondissements. La mise en scène de Bernard Kowalski en souligne la richesse. Ainsi, pour prendre un exemple, les scènes burlesques se multiplient entre Carlie Kirkland et Thomas Banacek.

Le contrat l’oblige à accepter Carlie comme assistante, et elle se proclame le docteur Watson de notre héros. Banacek la raille avec des pointes du genre « Watson vit seulement avec Holmes, ils ne sont pas mariés ». Mais lorsque Carlie se trouve en danger, il ôte son masque de dandy pour venir à son secours.  Marius Antavalu (Cesar Romero) passe d’une scène de sirtaki à une tentative de viol de Carlie. Le polonais intervient et se voit menacé par le riche grec : « Lorsque vous empêchez un cousin de faire l’amour, il n’y a ensuite personne à vos funérailles ». Antalavu a en effet un double visage, et pour se sortir d’une vanne raciste sur les polonais, il a prétendu que les grecs sont les cousins de tout le monde. Banacek lui met alors les points sur les I (avant de lui mettre son poing dans la figure ) « Ici, quand on veut faire l’amour à une femme qui refuse, cela s’appelle un viol ».

Banacek est un faux dandy. Il feint de tout prendre à la légère, mais n’est jamais dupe de la décontraction des autres, en particulier lorsqu’elle est simulée. Ainsi agit-il avec  Sibyl, une fille fofolle qui cache une dangereuse personnalité (Sue Ane Langdon), qui tente de s’incruster chez lui après lui avoir fait du charme et dont il charge Jay de la conduire à un hôtel. On mesure la facilité du personnage de passer du rire au drame lorsqu’il plaisante avec  la chanteuse Bonnie (Ruth Price), épouse de son ami policier et future victime Jimmy Scarne (Don Collier). On remarque le talent de George Peppard passant du copain plaisantin et vaguement dragueur au véritable ami qui est là auprès de la veuve pour le coup dur.

La distribution nous gâte avec un John Saxon très inspiré en fils de gangster en thérapie permanente chez un psy, Harry. C’est l’une des meilleures scènes de l’épisode, car le duel de mots manque tourner au duel tout court. Loin de ses « feux de l’amour », Eric Braeden - dont le rôle de conservateur du musée Bolitho n’est pas le moins important (on n’en dira pas plus pour ne pas révéler le spoiler) - nous permet avec un personnage tout en nuances et assez discret voire au début insignifiant de comprendre le vol impossible car les seules explications de Banacek se révèleraient laborieuses. Cee Cee (Nedra Deen), dans un rôle de cruche infinie, est toujours drôle et jamais saugrenue. Même si elle le genre de filles à donner une idée du néant quand elle prend l’air intelligent, son numéro burlesque (elle le fait du pré générique au tag final) est bien mieux réussi que l’insupportable Sibyl. La disparition  cette-fois ci tient du tour d’illusionniste, mais sa complexité dépasse peut être un peu la compréhension du téléspectateur de série policière. C’est là le piège de la série, car à toujours surenchérir dans l’impossible (sauf aux yeux d’un Banacek quelque peu blasé et devin), les énigmes même savamment expliquées par le privé laissent un goût prononcé de « trop complexe ».

Christine Belford s’écarte du personnage de la Carlie du pilote, coléreuse, jalouse, pour jouer les « Dr Watson », les « parfaites assistantes » du macho, mais chassant le naturel et le laissant revenir au galop, nous la retrouvons telle que nous la connaissons à la fin.

  • Le proverbe polonais arrive tardivement dans l’épisode, Banacek dit à Felix : « Though the hippopotamus has no stinger in this tail, the wise man would rather be sat on by the bee ». Felix lui dit que c’est difficilement applicable, et le privé répond : « A duck with three wings and a loaf of bread is brother to the turkey ». (Bien que l’hippopotame n’ait pas de dard dans sa queue, l’homme sage préfère être assis sur une abeille », « Un canard avec trois ailes et une baguette de pain est le proche d’une dinde ».

  • La nouvelle voiture de Carlie est une Chevrolet Corvette rouge modèle 1973 immatriculée 382998.

  • Felix Mulholland, véritable tombeur, a encore changé de petite amie. Il joue au puzzle avec elle.

  • Premier épisode depuis le pilote où Banacek refait de l’aviron sur le fleuve, dans une séquence assez longue. En VO, il appelle cela le « sculling ».

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5. L'ÉTALON
(HORSE OF A SLIGHTLY DIFFERENT COLOR)


Sur un champ de courses, un étalon du nom de Oxford Don, assuré pour cinq millions de dollars, ne parvient pas à faire son temps habituel. Il a trois secondes de retard. John Hargroves, le propriétaire, se rend compte alors que le précieux cheval a été substitué avec un autre. Peu après, le jockey Tim Diamond, disparaît à son tour.

Dès le début, j’ai senti le mauvais épisode. La  disparition n’a rien de spectaculaire, alors que l’on aurait pu en faire une sur le champ de courses dans la mesure où une partie est cachée de la caméra située dans les tribunes, le moment où le cavalier passe derrière les haies. Bref, plus de cinq minutes de pré générique pour un pétard mouillé. D’ailleurs, que ce soit Hargroves (Ramon Bieri) ou Katherine Wells (Anne Francis), qui vient de vendre le cheval, ils prennent Banacek pour un valet. Vu l’égo surdimensionné de ce dernier, on s’étonnera que je le défende, mais en l’occurrence il n’a pas tort. Les deux personnages sont odieux.

Le problème pour le téléspectateur, c’est que l’épisode ne décolle jamais. Les bavardages s’enchaînent dans l’ennui le plus total. Banacek questionne Sally (Lane Bradbury), la belle fille de Katherine, puis l’entraîneur Owen Summers  (John Crawford). On a l’impression de stagner, car les témoignages sont répétitifs et n’apportent rien de plus. Le père de Sally et mari de Katherine, Howard James (Tim O’Connor) est en retrait, tandis que madame porte la culotte.

On est étonné car le script est de Jimmy Sangster à qui l’on doit les adaptations de Bram Stoker (« Le cauchemar de Dracula ») et Mary Shelley (« Frankenstein s’est échappé »), travaillant à partir d’une histoire d’Harold Livingston. On se demande pourquoi cet opus tranche avec l’aspect comédie, direction empruntée jusque là par la saison 2. Il faut attendre la 47e minute pour qu’une véritable scène de suspense survienne. Le spectateur soit s’est endormi, soit a changé de chaîne.

On peut détailler les travers qui font de cet épisode un désastre :

-Disposer d’une comédienne de la valeur d’Anne Francis et lui confier un rôle aussi peu attrayant est un crime (Mais Stephanie Powers avait été maltraitée de la même façon dans la saison 1). Au moment, où va s’amorcer une liaison entre Banacek et son personnage censée avoir 31 ans d’après Felix Mulholland (Anne Francis en avait 43 en 1973), la scène est interrompue et jamais plus le détective ne se trouvera en pareille situation. En revanche, si l’on excepte Pamela Hensley (future co-vedette de « Matt Houston ») que l’on aperçoit brièvement au début, Lane Bradbury (née en 1943, soit âgée de 30 ans) est censée en avoir 25. Bref, la maîtresse de notre héros se trouve être une jeunette de 25 ans frayant avec un « vieux » de 45 ans. Nous sommes dans la situation ridicule (et évitée) de Roger Moore et Lynn Holly Johnson dans le James Bond « Rien que pour vos yeux ».

- Les autres comédiens de l’épisode, Tim O’Connor en tête sont médiocres, et la voix de crécelle absolument insupportable de Lane Bradbury, sans parler d’un physique de jeune Collin Wilcox- Horne, détruisent tout ce qui fait habituellement le glamour de la série. Lorsque Sally s’habille en robe du soir pour dîner avec le beau polonais, ce dernier fait le dégoûté. Il la préfère au naturel en jean et tenue de cowboy.

- Pour la première fois, aucun des personnages principaux n’est impliqué dans la disparition, ce qui plonge le téléspectateur dans la perplexité, puisque deux seconds couteaux sont à l’origine de l’échange des chevaux. Lors de sa démonstration finale, Banacek est à la peine pour nous étonner. Cela n’était jamais arrivé depuis le pilote. Au lieu d’une disparition inexplicable relevant du fantastique expliqué, nous sommes confrontés à une simple substitution criminelle sans aucune saveur.Tout l’épisode semble avoir été tourné en studios, et rares sont les scènes qui exploitent le champ de course. On passe de box en box avec lassitude. La réalisation de Herschell Daugherty est plate durant 72 minutes.C’est une série de téléfilms de prestige, coûteux, pas une série destinée à remplir une saison de 24 opus, faire un tel ratage est donc absolument impardonnable. En particulier pour Anne Francis, cette regrettée comédienne si séduisante et sexy, totalement sous exploitée ici. Christine Belford étant absente de l'épisode, Anne aurait pu être la reine de l'intrigue.Quand on constate la différence de niveau entre le pilote "Les traces fantômes" et ce triste opus, on se dit que Peppard a peut-être bien fait de refuser une saison 3.
  • Hargroves est tellement mufle avec Banacek que ce dernier lui rétorque : il y a un vieux proverbe polonais qui dit « The chicken that cluks the loudest is the one most likely to go to the steamfitter’s picnic ». (le poulet qui glousse le plus fort est le plus prédestiné à aller à la vapeur »).
  • Plus tard, vers la fin de l’épisode, il déclare à la jeune Sally après une dispute avec sa belle mère Katherine : il y a vieux proverbe polonais qui dit : « Only someone with nothing to be sorry about smiles back at the rear of an elephant » (seul celui qui n’a rien à se faire pardonner peut sourire au derrière d’un éléphant ). Mais elle le fait taire en l’embrassant lorsqu’il veut nous assener un troisième proverbe.
  • Banacek refuse une avance sur salaire à son chauffeur de… 50 dollars, pour l’empêcher de miser et de perdre aux courses.
  • Chuck Smith, un personnage qui s’occupait de western, se plaint à Banacek qu’il n’y a désormais à la télé que des séries policières et médicales (1973). Et il lui demande malicieusement s’il n’est pas un détective.

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6. ROCKET TO OBLIVION
INÉDIT EN FRANCE


Le prototype révolutionnaire d’une roquette, sur laquelle l’Armée américaine fonde de grands espoirs, construit par un certain Tom Warlow, est exposé. Un public trié sur le volet, dont faire partie Carlie Kirkland, assiste à sa présentation. Soudain, une panne de courant plonge la salle dans l’obscurité. Lorsque la lumière revient, la roquette a disparu.

Je ne savais pas qu’aux Etats Unis (mais nous sommes dans le monde fantastique de « Banacek »), un industriel privé avait le droit de construire une arme de guerre, chose qui semble et c’est tout de même naturel, réservée au Pentagone ! On retrouve ici le savant équilibre de la saison 2 entre suspense et comédie.

Après le désastre de l’épisode « sérieux » précédent, il semble que la production ait voulu ici jouer sur du velours avec une intrigue « classique » de la série : une disparition impossible, que bien entendu Banacek résoudra à la fin, plusieurs coupables potentiels, des jolies filles en pagaille, un George Peppard très en verve donnant la réplique à des partenaires au mieux de leur forme. Il est cruel de faire jouer ensemble Linda Evans et Christine Belford. Christine est belle et talentueuse comme actrice, Linda (comme la plupart du temps dans sa carrière) est belle et…. est belle !

En la regardant, on se rend compte que toutes les épouses de John Derek se ressemblent. Pas flagrant chez Ursula Andress mais totalement avec Bo Derek. Alors, Linda est une très belle plante mais il ne faut pas attendre d’elle des prouesses. Son jeu face à Peppard reste toujours limité, et à 31 ans en 1973, elle n’a pas la maturité des Stéphanie Powers, Anne Francis, Jessica Watler que la série nous a présenté. Mais ne soyons pas cruel avec Linda car Christine Belford lui vole la vedette et ne lui laisse aucune scène. Les actrices sont impitoyables !

Les comédiens ne se prennent pas au sérieux, en particulier Murray Matheson qui « trahit » son ami, mais sans que cela soit grave, et le tout pour un baiser sur la bouche de Carlie. Malgré cette décontraction, l’épisode est une réussite totale. Aujourd’hui, le « truc » de magicien n’en serait plus un mais je n’en dirai pas plus sur le spoiler. Le suspense reste présent avec les bagarres, la poursuite en voiture passage obligé, le moment de tension extrême dans l’obscurité avec une tentative d’assassinat de notre héros assez sauvage (à la hache !).

Andrew Prine en inventeur volé Tom Warlow joue toujours dans l’excès, mais c’est un peu son personnage de parano qui veut cela. Don Gordon (vu dans « Cannon », « Les rues de San Francisco » et « Bullitt ») est teigneux à souhait en représentant de Washington, Buck Powell. Les autres comédiens n’ont pas des apparitions suffisamment soutenues pour que l’on s’attarde sur leur prestation. Tom Drake et Philip Carey sont les deux acheteurs potentiels du prototype. Roy Poole en lieutenant Garrett, le policier de service, ne fait que passer les plats. Qu’à cela ne tienne, Peppard, Christine, Prine, Gordon et Matheson jouent avec talent  et servent l’intrigue au mieux.

Les décors ne sont pas à la hauteur d’épisodes comme le pilote et « Projet Phénix » et sentent le studio tout le long. Fort heureusement, le spectateur ne s’en rend pas compte, passionné qu’il est par le mystère. Banacek semble moins coincé et hautain qu’au début, et ici quand Art Gallagher/Philip Carey le traite de « polac », il ne se vexe pas comme à l’accoutumée. Bien sûr, tout le monde attend la révélation finale avec impatience. C’est devenu un rituel, et après l’explication foireuse de « L’étalon », on retrouve ici le Sherlock Holmes de l’impossible qui nous fait la leçon que nous sommes ravis d’écouter. Pour la première fois, Carlie s’autorise à compléter les explications de notre héros. Moins tirée par les cheveux que le vol du wagon dans « le projet Phénix », la mystification dévoilée fait monter la tension et une fois de plus nous sommes bluffés par le privé polonais qui a tout compris avant tout le monde ! Un pur régal.

  • Grand moment d’humour lorsque Jay tente de se faire passer auprès de Cavanaugh pour l’associé de Banacek, proposant de retrouver la roquette pour 7% de sa valeur au lieu des 10% de son patron, et que l’assureur lui dit qu’il n’est qu’un chauffeur qui va vite être renvoyé en Sicile s’il ne passe pas immédiatement la communication téléphonique au détective.

  • Carlie fait du charme à Felix pour qu’il trahisse Banacek, ce qui nous vaut une savoureuse séquence humoristique.

  • Le premier proverbe de Banacek, destiné à Warlow: « If the butterfly have teeth like the tiger, it would never make it out of the hangar ».  (Si le papillon avait des dents comme le tigre, il ne le ferait jamais hors du hangar »).

  • Second proverbe cette fois lancé à Jay : « It is harder for the spider to catch the fly than it is for the fly to catch the horse ». (Il est plus dur pour l’araignée de capturer la mouche qu’il n’est pour la mouche d’attraper un cheval).

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7. VOL EN PLEIN VOL
(FLY ME, IF YOU CAN FIND ME)


Un DC8 lance un appel de détresse en plein vol et atterrit en catastrophe à Langston. Le personnel de bord est pris en charge en pleine nuit et logé dans un confortable motel, laissant sur place uniquement l’un des pilotes, Walt Kinsdale. Le lendemain, sur le terrain d’atterrissage, on retrouve le cadavre du pilote tué par balles, tandis que l’avion a disparu. Dyson, autre membre de l'équipage, lui s'est volatilisé avec l'avion.

Evidemment, l’absence définitive (il ne reste ensuite qu’un épisode) de Carlie est dommageable, mais l’épisode retrouve ici les décors insensés et pittoresques qui n’auraient jamais dû quitter la série. Tourné en Floride à Fort Lauderdale, le téléspectateur en a pour son argent. Les fabuleux décors naturels et désertiques rappellent le pilote « Les traces fantômes ».  A nouveau, l’impression d’être devant un film de cinéma et non un épisode de série nous saisit. Jugez plutôt : avion qui disparaît, aéroport en plein désert, base de missiles, reconstitution finale par Banacek de la disparition non pas devant des maquettes mais avec un avion en vol, ville entière construite dans le désert, propriété de milliardaire, bref on se croit plus dans un James Bond que dans une série télé.

L’immense gâchis de cet opus est Victoria Principal, alors bien jeune (elle vient de fêter ses 24 ans lors du tournage). Loin d’être sexy, son personnage d’hôtesse de l’air est d’une vulgarité épouvantable. Elle est la maîtresse de Fowler, le milliardaire (Sterling Hayden, né en 1916 !), de Banacek (46 ans), et en Miss Collins ne fait pas mystère qu’avant de vous cajoler, elle veut voir votre compte en banque ! « Êtes-vous riche Banacek ? » « Pas riche comme Mr Fowler » « Too bad ». Miss Collins (son prénom Brooke n’est pas évoqué) est une prostituée de luxe.

Outre des décors naturels fabuleux, la richesse de « Vol en plein vol » est son scénario, une histoire qui débute en 1958 au Sud Vietnam et trouve son point d’orgue en 1974, l’histoire d’une vengeance. L’intrigue mélange espionnage militaire, récits de mercenaires, tout en plongeant dans une action policière aux limites du possible. Sterling Hayden (1916-1986) est le milliardaire Anthony Fowler, cloué sur deux béquilles pour marcher après avoir été fauché par une rafale au Vietnam, trahi par l’homme qu’il a décidé de ruiner. Lequel homme n’a pas dit son dernier mot et on ne peut en dire davantage sans dévoiler le spoiler. A partir d’un script solide d’Harold Livingston, qui n’avait pas été inspiré pour l’épisode « L’étalon », Bernard L Kowalski nous offre des images de rêve. Cet opus nous démontre qu’Universal a été chiche sur d’autres épisodes côté moyens financiers, et on le déplore.

L’autre personnage clef, c’est  Lew Wayne (Jack Kelly), le propriétaire du DC8 disparu. Cet homme a été ruiné par de mauvaises affaires et la disparition de l’avion  ne l’arrange évidemment pas. Mais dans le monde de « Banacek », personne n’est vraiment ce qu’il paraît. Notons qu’à la 22e minute, le détective polonais avance l’hypothèse que l’avion ait pu être enterré dans le sable et se fait rire au nez par un homme de l’US Air Force. Ce n’est qu’en progressant dans une enquête difficile dans ce lieu à la fois désert et paradisiaque que le privé va trouver la solution. Mais sa vanité habituelle aura été un peu mise à mal car il n’a pas trouvé du premier coup.

Pat Quinn, actrice sans charme, incarne Charlotte, épouse de Len Malloy, maîtresse du plus jeune Andy Hall. Pas de glamour là non plus. Les Malloy ont installé un club aéronautique lorsque l’US Air Force a vendu l’endroit. Mais leurs déboires conjugaux sont vite dissipés par le sable de l’intrigue où les balles sifflent en plein désert aux oreilles de Banacek et de Jay. Felix comme d’habitude apporte ses précieuses connaissances à son ami, mais ce dernier en lui téléphonant provoquera l’effondrement d’un château de cartes  assez spectaculaire dont il se servait pour épater une jeune conquête. L’humour est aussi présent lorsque Miss Collins se rend dans la chambre de motel de Banacek et surprend à la place du polonais Jay en caleçon. Notons quand même que cet épisode gomme l’aspect « comédie » de la saison 2 et reste proche de la tension instaurée dans le pilote puis dans la saison 1.

James Daris incarne le majordome du vieillard à béquilles Fowler, Roy Gilbert (soit dit en passant amant aussi de Miss Collins) et ce comédien évoque irrésistiblement Joel Fabiani de « Département S » qui avait participé à l’épisode 01-06 « 10 000 dollars à la page ». Enfin, on citera Don Hanmer qui interprète Dyson, le pilote qui a disparu avec le DC8, l’homme qui connaît tout du mystère, et proposera un rendez-vous nocturne plein de danger à Banacek.

A la différence de tant d’autres épisodes, « Vol en plein vol » nous passionne pour l’action présente et non pour la simple attente de la résolution du mystère, qui restera la reconstitution la plus spectaculaire de la série. La production a mis le paquet pour épater le spectateur, et avec des moyens dignes du grand écran, nous sommes enchantés. Voilà un opus à placer qualitativement parlant juste après « Les traces fantômes ». Bien sûr, on ne peut rien révéler de l’explication finale, mais sachez qu’elle ne verse pas dans le fantastique ou l’incroyable (genre « Projet Phénix ») et reste tout à fait plausible. Bref, cet épisode est un régal absolu durant 72 minutes sans bavardages inutiles ni scènes ennuyeuses.

  • Il est fait allusion ici à une enquête de Banacek datant de 1972 que nous n’avons jamais vue, au cours de laquelle il a dû retrouver des diamants disparus lors d’un transport par avion. Pour cette mission, il travaillait avec Joe Daley de Washington. Ces pierres précieuses avaient en réalité été coupées en morceaux par des rayons lasers.

  • Pas de limousine pour Jay qui a loué ici une Jeep C J 6.

  • Proverbe de Banacek à Jay : « When a wolf is chasing your sleigh, throw him a raisin cookie, but don’t stop to bake a cake ». (Quand un loup chasse  votre traîneau, jetez lui un cookie au raisin mais ne vous arrêtez pas pour lui faire un gâteau »). Il dit cela tandis qu’ils sont sur la base de missiles de Fowler, où ils sont entrés clandestinement malgré les panneaux indiquant l’endroit interdit, et où d’un hélicoptère, ils reçoivent des tirs d’avertissement.

  • Second proverbe polonais lorsque Banacek livre la solution : « Better safe than sorry » ou dans sa version d’origine : « A truly wise man never plays leap frog with the unicorn ». (Mieux sauf que navré, un homme vraiment sage ne joue pas à saute mouton avec une licorne ».

  • Grand moment comique lorsque Jay pense avoir trouvé la solution : « On a coupé l’avion en morceaux et on l’a transporté dans un camion ». Banacek lui démontre qu’il aurait fallu 32 camions pour le transporter et que la nuit n’y aurait pas suffi !

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8. LA MALLE DES INDES
(NOW YOU SEE ME, NOW YOU DON'T)


Le magicien Bradley Merrick, qui vient de dérober 1 750 000 dollars, se montre à un gala de charité à Los Angeles avec sa fille Vicki. Il fait son numéro et sa fille disparaît et réapparaît dans une malle. On est censé ensuite trouver dans la malle le magicien, mais il n’y a personne. La police, qui venait l’arrêter, en est pour ses frais.

Je suis un peu triste de dire adieu à Thomas Banacek avec cet épisode tourné à l’économie. Il semble que MCA Universal ait tellement dépensé pour « Vol en plein vol » qu’il ne reste absolument plus de budget. On s’en rend facilement compte. Le début de l’histoire se passe à Los Angeles, mais à part la façade de l’hôtel « Château Royale » (un hommage à Ian Fleming ?), nous n’avons que des scènes d’intérieurs. Lorsque l’enquête conduit le détective à Las Vegas où se déroulait l’épisode « Souffler n’est pas jouer » (01-05), on voit à peine en stock shot une façade de casino, et tout le reste est filmé dans un cabaret. Il en est ainsi de suite durant 72 minutes.

Bruce Gordon (Frank Nitti dans « Les incorruptibles ») retrouve ici un rôle de gangster de Chicago soit disant repenti, Barker. Il est remarié à la jeune et belle Gloria (Kathrine Baumann), que l’on aurait bien aimé voir serrer de plus près notre héros, mais il y aurait sans doute, vu le statut marital de la dame, laissé la vie. Et puis l’idée de départ, un prestidigitateur qui disparaît, n’est vraiment pas excitante, car on pense à un tour.

Le scénario de Stanley Roberts est bon en soi, mais le manque de moyens de la réalisation nous laisse sur notre faim. C’est aussi un opus avec des comédiennes  comme Nancy Olson et Kathie Browne qui ont passé l’âge de séduire le héros. La femme du gangster étant « hors course » car trop dangereuse à approcher, il reste la jeune Gretchen Corbett, fille du « disparu », que le privé n’ose pas toucher. Elle ne serait pas contre, mais dans une scène où elle s’incruste pour partager le voyage du privé, ce dernier va dormir… avec Jay son chauffeur. Vicki est trop jeune, trop innocente pour lui. Bien sûr, le téléspectateur ne patiente que pour connaître le spoiler, et il ne sera pas déçu. C’est bien écrit, ingénieux, et Imdb a cru bon de le révéler ! 

Il ne s’agit pas cependant d’un épisode infâme comme « L’étalon ». On ne s’ennuie pas. George Peppard connaît son métier et le voir déguisé en magicien par exemple est un grand moment de comédie. Mais lui proposer après « Now you see, now you don’t » une saison 3 de « Banacek » a  fort pu décourager Peppard et lui faire penser que le projet sentait le brûlé.

Ne reprochons pas la mise en scène à un Bernard Mc Eveety qui met en valeur Peppard lors de la scène finale où ce dernier fait son ultime pirouette. Il a de l’allure coiffé d’un chapeau haut de forme et habillé avec une cape de magicien. Alors âgé de 58 ans, Bruce Gordon faisait plus jeune et il distille une certaine malice à son personnage. A tout prendre, il est plus « vert » que certaines de ses partenaires féminines de l’épisode. Son personnage  de gangster est un clin d’œil évident à Frank Nitti.

On peut dire que l’épisode se scinde en deux parties : avant et après le meurtre de Shirley Cole (Kathie Browne), la vieille complice du magicien. Banacek semble « nager » au début et dans cette première partie ne pas savoir à quel saint se vouer.  Lorsque Shirley, pathétique en danseuse à demi nue de Las Vegas ayant passé l’âge de ce genre de métier, est tuée avant de parler, le privé comprend qu’elle détenait la clef de la disparition de Merrick. Il s’agit donc plus d’une enquête purement policière que Joe Mannix ou Frank Cannon auraient pu démêler, que d’une disparition impossible dont Banacek est le spécialiste.

  • A la place d’une limousine, Jay a loué une De Tomaso Pantera jaune immatriculée 463 ORC. Mais sa joie est de courte durée, Banacek se passe de chauffeur devant un bolide aussi élégant.

  • Pour la première fois, il n’y  a pas de vieux proverbe polonais dans l’épisode.

  • Lorsque Kurt  Steiner, imprésario européen, dit au privé qu’il restera l’homme qui a coulé le gala de charité, Banacek, afin de le rassurer,  lui cite le nom du capitaine du Titanic inconnu de tous.

  • Echange savoureux entre Maxwell Barker et Banacek : Barker « J’ai passé 20 ans à changer, à devenir un autre homme et faire oublier aux gens qui j’étais. Maintenant, arrêtez de leur rappeler qui j’étais ou ce sera votre dernière enquête ». Banacek : « Je pense que vous avez tort au sujet d’une chose Max, vous n’avez jamais changé ».

L’après Banacek : que sont-ils devenus ?

En mai 1975, Peppard se laissera à nouveau tenter par un pilote, qui donnera une courte série inédite en France, « Doctor’s hospital ». Sans doute à ce moment là, les exigences financières de son ex, l’actrice Elizabeth Ashley, avaient diminué. Après leur divorce en 1972, il prétendra refuser la saison 3 de « Banacek » qui aurait eu lieu en 1974-75 à cause d’elle et des pourcentages sur le cachet de son ex mari qui seraient tombés dans la pension alimentaire. Ce qui est dommage, c’est le fait que ce soit « Agence tous risques » qui ait constitué l’héritage TV de Peppard, bon comédien de cinéma (« Diamants sur canapé »), alors que « Banacek » est un véritable joyau télévisuel.  Opéré d’un cancer du poumon en 1992, il en subit l’ablation, mais la maladie a raison de lui le 8 mai 1994.

 Après la série, Christine Belford ne fera pas la carrière que sa prestation de Carlie Kirkland lui aurait permise, tout au plus garde-t-on en tête son rôle dans « Christine » d’après Stephen King de John Carpenter.  Un vrai gâchis !

Ralph Manza nous a quittés le 31 janvier 2000 d’une crise cardiaque à l’âge de 78 ans. Après le rôle de Jay, il travaillera jusqu’à la fin sans jamais retrouver un rôle de la dimension du chauffeur de Banacek.

Murray Matheson, qui fut le docteur Reynard de la Midlands Academy dans l’épisode des « Envahisseurs » : « Le rideau de lierre », trouvera un rôle important au cinéma dans « La quatrième dimension » en 1983, avant de nous quitter le 25 avril 1985 à 72 ans.

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