PrésentationSaison 2

Banacek

Saison 1


PILOTE - LES TRACES FANTÔMES
(DETOUR TO NOWHERE)

 

En plein désert du Texas, sur une autoroute, un camion blindé qui transporte 1 600 000 dollars en lingots d’or se volatilise alors qu’il est suivi et précédé par une voiture de gardes armés. Seuls les deux malheureux chauffeurs sont retrouvés morts. Deux mois après le vol, le FBI et onze enquêteurs de l’assurance n’ayant rien trouvé, on fait appel à Banacek.

Dès le début, nous sommes familiarisés avec tous les gimmicks de la série. On ne comprend pas pourquoi l’on voit Banacek ramer sur une pirogue sur le fleuve Charles  à Boston alors que le camion blindé disparaît. Cette séquence, de façon abrégée, sera le générique de la série ensuite. Bien entendu, ce que nous voyons, à savoir le camion disparaître, est impossible.  La voiture qui suit, avec des gardes à bord, est visée par un tireur anonyme qui fait éclater un pneu. Le temps de le changer, les gardes arrivent à la rencontre de l’autre voiture, celle qui précède le convoi, qui en fait l’attend. Il ne reste que des traces de pneus qui mènent à un canyon. Que s’est-il passé ?

Banacek, avant d’accepter l’affaire, l’étudie depuis sa luxueuse demeure, remplie d’objets anciens et précieux, mais dont le mur comme dans un James Bond, s’efface pour révéler un écran. Mélange de modernité et d’antiquités, comme le lui fera remarquer Carlie. En 1972, le détective dispose d’une sorte de système de vidéocassette (pas en format VHS) qui lui permet de lire à n’en plus finir le reportage sur le braquage, si l’on peut appeler cela ainsi, du fourgon. George Peppard, pourtant acteur éminemment sympathique (« Diamants sur canapé », « Le crépuscule des aigles », « L’agence tous risques ») compose ici un personnage froid et orgueilleux, certes doté d’humour mais conscient de sa valeur et immodeste au possible. A tout prendre, Ralph Manza, en chauffeur, est plus sympathique, même si assez naïf. Surprenant Carlie dans la chambre du motel de son patron à Vantage, au Texas, il lui donne du « Madame Banacek » puis a peur que le « mari » revienne et les surprenne. Cela donne un moment de comique involontaire, car Jay est tout sauf un séducteur. Murray Matheson en Felix distille ses apparitions avec parcimonie, mais on l’apprécie beaucoup. Banacek n’est pas le fils d’un mathématicien pour rien : il travaille à partir de statistiques. Ainsi, le fait que le shérif de Vantage ait tué un ivrogne peu après le braquage, alors qu’au cours des 26 dernières années, rien ne s’est produit dans la petite ville, l’incite à penser que l’homme était mêlé au vol. Son compte est simple : trois cadavres, c'est-à-dire les deux convoyeurs et l’ivrogne. Il faut chercher le lien entre eux. A Vantage, Banacek et le milliardaire Geoff Holden ont des propos sexistes qui ne passeraient plus aujourd’hui. Holden voudrait échanger sa copine, Sharon, une Miss Texas, contre Carlie.

Christine Belford est une actrice sulfureuse, bien que nous ne la voyions ici qu’en chemise de nuit. Elle n’a pas qu’un beau corps et son intelligence pourrait  rivaliser avec celle du héros si ce dernier n’était pas « super cerveau ». Elle dote son personnage, Carlie, d’une humanité et d’une crédibilité, notamment lors des scènes de colère, qui manquent parfois à George Peppard.

Les décors et la mise en scène raffinée de Jack Smight donnent l’impression d’être devant un long-métrage de cinéma et non d’une série. On n’a pas lésiné sur le budget et une seule fois, la mise en scène est prise en défaut d’économie, lorsqu’à l’intérieur d’une voiture, Peppard est clairement à l’arrêt avec un paysage qui défile. Les méchants sont pittoresques et ne manquent pas d’originalité : ainsi l’indien, joué par Victor Mohica, ou le shérif, incarné par Don Dubbins. Ed Nelson est bien moins sympathique que dans « Peyton Place » et ne semble pas se forcer à l’être. Il révèle ici un talent que son personnage de gendre idéal ne nous laissait pas soupçonner. On donnerait le bon Dieu sans confession à son neveu, personnage affable mais dangereux parce que justement, on ne s’en méfie pas, alors que l’on voit Geoff Holden/Ed Nelson comme le nez au milieu de la figure.

 Les rebondissements sont nombreux, sans que jamais l’action prenne le pas sur l’intrigue. Car la vraie vedette de la série, ce n’est pas George Peppard mais l’intrigue. On ne vit que pour ce mystère qui nous sera révélé à la fin. Nous pauvres spectateurs ne sommes pas dans l’esprit perspicace de Banacek.

Tout au long du film, Banacek se ballade dans des voitures plus belles les unes que les autres. Son véhicule personnel, un cabriolet d’un modèle ancien, doit valoir une fortune. Carlie elle roule en Porsche alors qu’elle n’est qu’une employée. La limousine de Jay sert en quelque sorte de deuxième demeure au détective. Par comparaison, le buggy de Geoff Holden fait presque « pauvre ».

Les scènes nocturnes en plein désert sont magnifiquement filmées, accentuant le mystère et le suspense.

On regrettera, pour ce pilote, que l’image du DVD n’ait pas été remasterisée. Les ciels bleus du Texas nous apparaissent délavés parfois, on est plus proche d’une cassette VHS que de la qualité de la technologie actuelle.

La musique de Billy Goldenberg nous imprègne bien du thème de Banacek, une musique jazzy mais envoûtante. Ce thème nous reste ensuite en tête bien après la vision.

La série du début à la fin baigne dans le luxe. C’est l’Amérique des années prospères. Pas de sida non plus, on couche avec tout le monde. « Banacek » est à cent lieues des séries plus récentes qui montrent la délinquance et les quartiers pauvres. On se croit parfois dans les persuaders, sauf que le cynisme du héros l’empêche d’être un Lord Sinclair.

C’est une série qui démontre un effort de proposer au spectateur quelque chose de plus, ce n’est pas 90 mn pour rallonger le format, c’est pour offrir plus, un compromis film de cinéma/épisode de série. Mais Banacek et ses énigmes à la Rouletabille aurait-il pu durer des années comme « Columbo » dont le principe est plus simple ? Pas sûr.

  • George Peppard (1928-1994) est peut être un peu oublié des nouvelles générations. Malgré l’agence tous risques et Banacek, il restera avant tout un grand d’Hollywood. Il est mort à 65 ans d’un cancer du poumon.

  • Christine Belford est née en  1949 dans l’une des fameuses maisons d’Amityville qui ont inspiré les films ! Elle n’a pas fait la carrière qu’elle méritait. Son rôle le plus important au cinéma est dans « Christine » de John Carpenter, d’après Stephen King.

  • Murray Matheson (1912-1985) jouait dans « les envahisseurs : le rideau de lierre », et le film de 1983 « La quatrième dimension ».

  • Ralph Manza (1921-2000) a fait beaucoup de télé. On l’a vu dans « Philadelphia Experiment ».

  • Ed Nelson (1928-) a joué dans « Police academy 3 », mais son personnage dans Peyton Place, le docteur Rossi de 1964 à 1969 l’a freiné dans sa carrière.

  • Accroche-toi Christine ! Beaucoup de tes partenaires de la série ont cassé leur pipe !

  • Banacek, qui comme à chaque fois a tout compris avant tout le monde, explique que les traces qui mènent au bord du canyon ont été faites par des pneus semblables à ceux du fourgon blindé, mais montés sur le buggy, qui ensuite avec une grue a été suspendu au-dessus du vide. On nous trompe donc sur l’endroit de la disparition.  Jay a compris que le fourgon a été enterré sur place, mais Banacek lui explique que ce n’est pas à l’endroit des traces. C’est simple comme bonjour, le fourgon était inexpugnable, donc l’un des chauffeurs était complice. Hélas pour lui, il a été tué comme témoin gênant. Le titre anglais est plus explicite : « Detour to nowhere », détour vers nulle-part. Le chauffeur a orienté le camion hors de l’autoroute, et le blindé y a été enterré avec les lingots intransportables. Expliqué par des raisonnements mathématiques et par la logique, tout nous semble évident, pourtant pendant presque 90 minutes, on nageait dans le mystère.

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1. ESCAMOTAGE
(LET'S HEAR IT FOR THE LIVING LEGEND)




Lors d’un match de football, devant 50 000 personnes dans le stade et des millions de téléspectateurs, un joueur disparaît pendant une mêlée. On pense à une plaisanterie, mais une rançon est demandée.

L’ORTF  en 1974 n’a sans doute pas acheté cet épisode, l’un des meilleurs, car il est question d’un bout à l’autre de football américain, ce qui aurait désorienté les français. La série commence donc pour de bon avec cet épisode, dont le générique est une merveille, chose qui a été sacrifiée par la télévision américaine pour les séries depuis les années 2000. Nous voyons Banacek dans son canoë sur le fleuve, puis conduisant sa décapotable Packard modèle 1941, affectant son air altier, sur une musique inoubliable. Cette-fois encore, le mystère est total. Comment un joueur de foot peut-il se volatiliser devant des millions de témoins en direct ? Il n’y a que Thomas Banacek pour ne pas être impressionné. Pour cela, il va presque « ausculter » la pelouse, s’étendre de toute sa longueur sur l’herbe à l’endroit de la disparition, mimer les derniers gestes que le footballeur a fait. Il se fait donc sa petite idée. Il propose ses services à Jerry Brinkman (Robert Webber) qui dirige l’équipe. Lorsqu’une demande de rançon est déposée au bout de trois jours, alors que l’Amérique entière croit à un canular, Banacek négocie sans scrupules son pourcentage sur les deux millions réclamés.

Deux scènes nous montrent à quel point le détective est un faux gentil : regardez le bien lorsque Holly (Madlyn Rhue) plaisante et lui demande son vrai nom, pensant que « Banacek » est un canular, et insinuant qu’il peut être un immigré italien. Ou bien le barman (Michael Lerner) qui le met sur la piste de Holly, qui lui dit « Lorsque vous êtes entré, je me suis dit c’est un type agréable, maintenant, vous me faites peur ». L’humour, quand il y en a, est fait aux dépends des autres. Banacek ressasse d’ailleurs en début d’épisode, pour ceux qui n’auraient pas vu le pilote, l’histoire de son père mathématicien remplacé par un ordinateur, et à qui lors de son licenciement on a offert une montre.

L’homme qu’il doit retrouver est une sorte de sauvage, Hank Ives, guère apprécié de ses collègues. Un solitaire, qui ne s’est jamais consolé de la mort de son père pendant la guerre en 1944, et qui conserve jalousement avec lui ses deux plaques militaires. Il a divorcé il y a deux ans de la belle institutrice Angie (Stephanie Powers) qui pensait trouver un homme fort et robuste en lui, et a constaté qu’il était plus fragile que tous ses petits élèves. Le disparu ne suscite pas la sympathie, et quelque part, Banacek sera le seul à en éprouver pour lui.

Il n’y a pas de temps mort dans cet opus de 70 minutes (donc abrégé de 20 par rapport au pilote) et chaque scène, image, dialogue, est nécessaire. Del Reisman est l’auteur de ce scénario de haut vol, tandis que Jack Smight après « Les traces fantômes », rempile. Les comédiens sont choisis avec soin et tous parfaits, mais on regrettera le chignon de Stephanie Powers qui lui donne un air austère. Robert Webber incarne un businessman fragile, dont l’empire menace de s’écrouler, tandis que John Brodie en joueur Mulligan nargue d’un bout à l’autre de l’histoire Banacek. Deux emprunts aux avengers ici : d’abord la partie d’échecs à distance, mais par cartes postales au lieu de radio (« Interférences »), et de façon flagrante la femme qui lit sur les lèvres,  le docteur Forrest, qui aimerait bien revoir le séduisant détective, lequel l’envoie presque sur les roses en lui disant « Vous lisez sur les lèvres, pas dans les pensées ».

Dans cet opus, Jay et Felix ne sont que des apparitions. Le proverbe polonais devient le gimmick de la série, il est d’abord dit « mot à mot », puis sa signification en anglais est expliquée. Au début de l’épisode, le machisme est à son comble. Le héros est à Philadelphie avec une petite amie qui pourrait être sa fille, et est à genoux devant lui. Banacek s’intéresse plus à ce qui passe sur le petit écran qu’à la fille. On pense qu’il va faire la cour à Angie/Stephanie mais la scène est éludée et repoussée au générique de fin, quand le mystère est éclairci. Il se montre sec et arrogant avec Holly au lieu d’essayer d’user de son charme pour la faire parler.

Une fois de plus, c’est l’énigme qui a la vedette, et il en sera de même dans l’épisode suivant, « Le projet Phénix ». En fait, la série repose sur un équilibre fragile. Il faut que les scénaristes se surpassent à chaque fois. Il s’agit donc d’une surenchère permanente : le camion blindé, le joueur de foot, la fois suivante le wagon d’un train pendant un trajet, nous sommes invités aux frontières de l’incroyable tout en devant rester dans une explication bien logique.  Malgré un succès critique incontestable aux states, la série n’a jamais atteint des records d’audience. NBC aurait proposé une saison 3 à Peppard qui la refusa : il ne voulait pas que l’actrice Elizabeth Ashley, dont il divorçait, touche des pourcentages importants sur son salaire. Cet incident devait mettre fin à toute tentative de poursuivre ou faire renaître le show qui en revanche fera une belle carrière en syndication.

Les origines polonaises de Stephanie Powers auraient pu donner lieu à un rapprochement avec le personnage du privé polonais, mais Angie l’institutrice reste une américaine pure souche.

Bien entendu, le téléspectateur enrage de « ne pas savoir », alors qu’il comprend que Banacek « sait ». Ainsi, il faut attendre la fin pour connaître la raison du contact entre le joueur black Joel Fabian (Deacon Jones) et le privé. Devant de telles intrigues, n’importe quel policier s’arracherait les cheveux, pas Banacek. Il avance tranquillement vers la vérité avec une assurance affichée et une certaine arrogance. Comme dans le pilote, il faut attendre, même lorsque l’on découvre le pot aux roses, l’explication de Banacek le prof pour tout comprendre. On est suspendu à ses lèvres.

  • Notons que Smight fait un plan de dos sur l’acteur qui révèle une tonsure. En 1972, la calvitie de Peppard qui n’a que 44 ans et est censé plaire au public féminin n’est pas télégénique. Il est dommage que cet épisode n’ait pas été diffusé plus tôt en France, le mystère étant plus réussi que certains opus doublés alors.

  • Banacek à Boston habite à la même adresse que Steve Mc Queen dans « L’affaire Thomas Crown ».

  • Plusieurs vrais champions de foot jouent leur propre rôle dans l’épisode.

  • A l’inverse de ce qui se passait dans le pilote, Banacek travaille avec et non en parallèle de la police officielle, ce qui est révélé dans la scène avec Holly/Madlyn Rhue quand elle menace de faire un scandale et d’appeler les flics.

  • Selon les scènes, Banacek pilote sa Packard, mais se fait aussi conduire par Jay lorsqu’il invite Angie. Mais la scène où le privé dans sa décapotable et Jay avec la limousine suivent ensemble un suspect nous paraît assez improbable pour la discrétion que l’opération demande.

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2. PROJET PHÉNIX
(PROJECT PHOENIX)


A bord d’un train, un wagon transporte un prototype de voiture révolutionnaire. Du départ de nuit à Middlefield jusqu’à Boston, le train ne s’est pas arrêté. A l’arrivée, il manque le wagon entier (au milieu du convoi) sur lequel était posée la voiture.

Le scénariste David Moessinger semble s’être employé à créer un mystère encore plus insoluble que le pilote et l’histoire du joueur de foot. Mais faire disparaître un wagon d’un train nous entraîne ici dans le monde de l’incroyable. Bien sûr, avant tout le monde, Banacek trouve la solution et nous la montre dans les dernières images avec un train électrique (jouet) et cela entrecoupé d’images d’une mise en scène digne d’un James Bond. Il n’y a aucune magie, tout est rationnel, mais les moyens employés ici pour voler la voiture tiennent plus de la science-fiction que de la série policière. J’ai découvert cet épisode en janvier 1974 et le revoir 40 ans après met à jour certaines imperfections qui empêchent de mettre quatre étoiles à l’opus. La petite faiblesse de ce joyau télévisuel réside en quelques longueurs entre le début et la fin. Certes, la mise en scène de Richard T Heffron est la hauteur, on n’en est pas surpris puisque c’est le réalisateur de « Les rescapés du futur » (1976), la suite de « Mondwest » avec Yul Brynner. Donc de la SF. Banacek arrive en hélicoptère à la gare de triage, il monte à bord de la locomotive, inspecte le convoi, les rails, survole en hélicoptère le trajet et notre Sherlock Holmes polonais a compris.

Plutôt que de tourner autour du mystère que personne n’est capable de deviner, l’action se recentre sur les suspects. Qui avait intérêt à voler le Phénix ? Tout d’abord, Christine Verdon (Joanna Pettet) qui a été renvoyée par les concepteurs du bolide, Harry Wexler (William Windom) et Douglas Ruderman (Bert Convy) pour espionnage industriel. Elle a été prise en sortant des bureaux de la société avec dans ses affaires les plans du Phénix. Mais la belle explique à Banacek, dont elle devient (trop) vite la maîtresse que ses patrons ne lui faisaient pas confiance parce qu’elle est une femme. Elle évoque aussi une liaison avec Ruderman, homme marié, qui lui promettait de divorcer pour elle. L’autre suspect, trop brièvement aperçu, est  Andy Cole (superbe Peter Mark Richman). Son mobile est qu'il met au point un projet concurrent au Phénix et n'est pas certain d'être le meilleur. Hélas, ce bon comédien n’a qu’une scène avec Peppard.

Banacek se promène le long des voies avec Jay, son chauffeur, et rencontre des clochards. Il apprend ainsi que l’un d’eux, mort dans un « accident » a vu la nuit du vol du prototype quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Pas de Carlie à l’horizon mais l’acerbe Joe Taddenhurst (Herb Edelman), qui est méchant comme la gale. Il ne comprend pas que Falvo (Percy Rodriguez, vu dans « Daktari ») ait fait appel au polonais. Il se montre raciste, et a bien de la chance que Banacek ne lui fiche pas son poing au milieu de la figure. Se moquant férocement des polonais, il ne fera que râler pendant tout l’épisode, et à la conclusion dira que Banacek a eu de la chance et qu’il le tient à l’œil.

Le personnage de Christine détonne un peu dans l’intrigue, et Joanna Pettet est aussi convaincante en ingénieur es modèles futuristes ultra secrets que Denise Richards dans « Le monde ne suffit pas ». Christine tombe trop vite dans les bras du héros, et Joanna Pettet manque d’épaisseur. Contrairement à l’épisode précédent, Felix est très sollicité et a plusieurs scènes. Lorsque Banacek veut lui assener un deuxième proverbe polonais, il l’interrompt. Il sature un peu des citations de son ami.

L’épisode est entièrement tourné en décors extérieurs, avec une multitude de plans sur les forêts, la gare de triage, et les moyens mis à disposition donnent une fois de plus l’impression d’être au cinéma. Notons la minutie apportée à la précieuse voiture, qui est nettement futuriste pour 1972, elle ressemble à la Sam’s car de la série de Gerry Anderson « Joe 90 ».

George Peppard propose ici un Banacek un peu plus sympathique que dans les deux premières enquêtes. Dans la forêt, des hippies refusent son argent et il le donne à la mère d’un bébé en parlant à l’enfant : « pour t’acheter du lait, car toi tu ne sais pas encore que la société de consommation est pourrie ».

La fin est bien entendu spectaculaire et c’était nécessaire pour ne pas faire sombrer l’édifice dans le ridicule. Il semble malgré tout que l’on atteigne ici des limites à la crédibilité des intrigues, il convient de ne pas aller plus loin, l’opus suivant, « La croix de Madère » reviendra à une histoire policière plus traditionnelle.

  • Falvo fait allusion à une enquête passée de Banacek au musée de Cleveland où le détective a retrouvé des Rembrandt.

  • Banacek évoque son enfance et dit qu’il n’a jamais eu de train électrique.

  • Lors d’une scène avec Christine Verdon, il exprime son regret de ne pas avoir d’enfants.

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3. LA CROIX DE MADÈRE
(NO SIGN OF THE CROSS)


Un gangster des années 30, Gilbert De Retzo, réfugié au Mexique, décide d’offrir au diocèse de Los Angeles la croix de Bayonne, une relique d’une valeur d’un million de dollars. La croix est escortée par un garde et un prêtre qui l’on menottée. A l’arrivée, la croix a été substituée par un objet en fer !

Après une incursion aux limites du fantastique et de l’impossible dans « Projet Phénix », les deux scénaristes de cet épisode ont choisi de revenir à une intrigue policière plus terre à terre. Ici, il est question d’un mafioso qui pour se racheter vis-à-vis du ciel a décidé d’offrir une relique. Très vite, Banacek se heurte à l’hostilité de l’assureur, John Weymouth (Gordon Pinsent) qui joue un peu le rôle de Carlie. Il pense que la compagnie surestime le détective. Alisa Donato (Louise Sorel, qui a gaspillé son talent en tournant des soap operas de « Santa Barbara », « Côte Ouest » à « Des jours et des vies ») est la jolie fille de l’épisode, petite fille du gangster. Broderick Crawford (1911-1986) en gangster repenti De Retzo domine et de loin la distribution. Il est célèbre pour « Le fou du roi » et « Il bidone » de Fellini. Peppard venant du grand écran, il s’agit donc de l’affrontement entre deux monstres sacrés.  Face à ce De Retzo, Banacek ne se laisse pas impressionner et évoque les crimes qu’il a commis en 1932. Il a bien révisé la biographie du gangster.

Continuant le tournage en extérieurs sur les autoroutes et au Mexique, la série semble présenter la facture des décors au téléspectateur. La photographie est superbe et une fois de plus se revendique davantage du cinéma que d’une série télé comme « Mannix ».

Dans le rôle du rival de Gilbert De Retzo, on retrouve Victor Jory (1902-1982) qui incarna le père de Joe Mannix dans l’épisode « Le retour ». Ici, il est  Paul Andros, l’ennemi juré de De Retzo.  Jory compose un vieillard sobre, qui fait du sport dans une salle de gym, ne pouvant plus depuis une attaque cardiaque fumer et avoir de relations sexuelles, lui laissant comme seul plaisir la table.

George Peppard affiche sa prestance de beau gosse que ce soit dans un sauna avec Andros où il exhibe ses pectoraux, ou dans la scène suivante en nœud papillon et smoking lors d’un bal costumé du riche Robert Morgan (Peter Donat). Plutôt que d’engager un acteur français, la production fait jouer le collectionneur  Michel Lanier par Jack Mac Gowran qui n’est pas crédible une seconde et véhicule les clichés que les américains aimaient avoir sur notre pays à cette époque. L’épisode accuse quelques longueurs par rapport aux trois premiers opus. On se lasse de la reconstitution de la dernière fête du château de Versailles par le magnat fou Robert Morgan malgré l’ampleur des moyens développés. Le long intermède avec Banacek et Jay arpentant le chemin désertique qu’ont fait les convoyeurs de la croix évoque en moins bien les scènes similaires dans « Les traces fantômes » et « Projet Phénix ». La série nous montre ici ses limites. On la le sentiment que l’intrigue perd sa force en cours de route. Les plans montrant Peppard seul à la frontière mexicaine sont bien trop longs.

Cette-fois, l’explication n’a rien de fantastique, ce n’est qu’une banale mystification policière, mais Banacek prend le temps de faire son explication à Weymouth, l’agent d’assurance. On regrettera que le film sacrifie la belle et regrettée Anha Capri (« Les envahisseurs : contre attaque ») à un rôle de poule de luxe de Morgan, déguisée en Mme Pompadour, tandis que la jeune femme handicapée, Cecilia interprétée par la non moins regrettée Annette Charles alors Annette Cardona, fait double emploi avec une Louise Sorel toute en beauté.

  • Cet épisode, diffusé le vendredi 15 février 1974, concluait la série en France au terme de sept épisodes. Il fut le seul rediffusé un an plus tard dans « Samedi est à vous », et bénéficia d’une troisième diffusion hertzienne en 1987.

  • Felix Mulholland est absent de l’épisode.

  • Le titre a été hâtivement traduit par l’ORTF « La Croix de Madère », alors qu’il s’agit de la croix de Bayonne.

  • Banacek précise au cardinal qu’il croit aux miracles, mais pas à la magie. C’est une allusion à l’importance de l’église catholique en Pologne.

  • La croix est censée contenir un morceau de la vraie croix du Christ, mais le cardinal n’est pas dupe, et dit qu’avec tous les morceaux de vraie croix, on pourrait faire une forêt de vraies croix.

  • Le proverbe polonais signifie que certaines choses ne peuvent s’acheter, allusion au fait que De Retzo avant de mourir veuille se faire pardonner de Dieu en offrant la croix à l’église.

  • Banacek révèle un souvenir de son enfance : un voisin lui permettait d’aller au zoo avec lui, c’est ce dont il veut se souvenir, l’homme a ensuite assassiné son patron. Au fil des épisodes, il va ainsi révéler des fragments de son passé qui ont constitué sa personnalité si singulière.

  • Premier épisode écrit à quatre mains : Robert Presnell jr et Howard Browne.

  • Gilbert De Retzo, comme Jacqueline Huet nationale, appelle notre héros « Bananacek » !

  • Lorsque Banacek mentionne « Les incorruptibles » à Paul Andros, il répond « That was a great show ».

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4. SOUFFLER N'EST PAS JOUER
(A MILLION THE HARD WAY)


A Las Vegas, un couple gagne un million de dollars dans un casino. La somme est exposée sous un globe. Linda Carsini, la photographe locale, prend un cliché du couple. L’homme réagit avec colère et lui arrache l’appareil. Pendant ce temps, sous le globe de verre, l’argent s’est volatilisé.

Avec le milliardaire invisible, Jonathan Jackson,  à Las Vegas, façon Howard Hawks, on ne peut s’empêcher de penser que ce film a un peu copié le James Bond « Les diamants sont éternels » tourné un an plus tôt. Margot Kidder qui n’était pas encore la fiancée de Superman, tient le rôle principal. Jackson engage Banacek par vanité car possédant une fortune colossale, la perte d’un million est davantage pour lui une humiliation. Andrews, l’agent d’assurance, qui comme dans le pilote Carlie, estime que notre détective est employé à perte, ne fait qu’une apparition. L’interlocuteur de Banacek est Arnold Leland (Don Porter), employé de l’invisible Jackson. Il faut avouer que d’emblée, l’histoire n’est pas passionnante. Bernard L Kowalski nous présente de superbes plans aériens de Las Vegas, sans doute pour suppléer le script peu excitant de Stanley Ralph Moss. Notons aussi la complicité de comédiens qui s’instaure dès le premier contact entre Margot Kidder et George Peppard. Banacek se fait littéralement draguer par Linda Carsini.

L’enquête alterne les superbes illuminations du paradis du jeu et les aspects quelque peu sordides de l’endroit. Banacek rencontre la prostituée  Betty Janus (Claire Brennen) qui se trouvait avec le gagnant colérique, un homme marié, Loomis (Don Keefer). Nous n’en sommes qu’à vingt-cinq minutes du métrage et l’on sait que l’épisode est un désastre.  Banacek retrouve son côté mufle et antipathique, la fille est moche, et il la repousse tandis qu’elle s’offre à lui.

Depuis le pilote, c’est l’opus dans lequel on voit le plus de beautés en petite tenue, effet Las Vegas ou volonté de distraire le téléspectateur mâle devant l’indigence du scénario ?

Alors que l’on menaçait de s’endormir, arrive la scène aérienne époustouflante où Linda entraîne Banacek à bord d’un petit avion faire des loopings au-dessus du Nevada. Hélas, la scène n’est suivie d’aucun suspense immédiat, et c’est lors d’un vol de retour de nuit de Los Angeles, après avoir interrogé Loomis, minable homme marié à une mégère,  que le couple Linda-Banacek manque trouver la mort suite au sabotage de l’avion. Entre temps, l’ennui nous a encore gagné davantage.

La façon de terminer l’épisode de manière dramatique et triste se conjuge mal avec la légèreté de Las Vegas. La démonstration oiseuse de Banacek sur la disparition du million nous intéresse moyennement, et l’on assiste au premier ratage de la série. La construction du personnage de Linda Carsini, humaine et en recherche de sentiments profonds, face au glaçon Banacek donne un résultat mitigé. Jamais l’alchimie ne fonctionne dans cet épisode, perdu entre réalisme et fantaisie.

  • Lorsque l’agent d’assurance Andrews se montre hostile, Banacek lui lance : « Andrews, détendez vous, même Eisenhower a eu besoin de Patton !

  • Première réplique de Margot Kidder à George Peppard (prémonitoire) : « Banacek ? Un nom comme… Superman ? »

  • La secrétaire de Leland explique que Tom Jones devait venir chanter au casino pour l’inauguration et a attrapé un virus.

  • L’invisible milliardaire Jackson fait une apparition tel Hitchcock dans ses films au moment le plus inattendu.

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5. PIÈCES UNIQUES ET EN DOUBLE
(TO STEAL A KING)


Dans la suite luxueuse d’un hôtel, Allen Markham range dans le coffre fort des pièces de monnaies rares d’une valeur de trois millions de dollars. Il part ensuite rejoindre son épouse Lydia, qu’il trouve évanouie dans le lit. Lui-même, qui vient de boire une coupe de Champagne, ne se sent pas bien. Le lendemain, en ouvrant le coffre, il le découvre vide.

Il n’est guère étonnant que l’ORTF ait écarté cet épisode lors de sa sélection au MIP-TV de 1973, car comparé à tout ce que nous avons vu jusqu’ici, il fait « pauvre ». Tout d’abord, les décors se limitent à l’hôtel, à un parc et à un cimetière. Où sont les fabuleux décors du pilote ? Ici, on est dans une série lambda type « Cannon » ou « Mannix », et la distribution vient encore enfoncer le clou pour en faire le plus mauvais opus de la saison. Brenda Vaccaro qui se jette au coup de Banacek est une actrice dont on devine à la voix abimée qu’elle a trop abusé de la cigarette. Janis Paige, qui incarne Lydia Markham est d’une vulgarité insensée. Le duo de frères Oliver et Roland Garcon (Roger C. Carmel et Logan Ramsey) semblent sortis de l’épisode de « Chapeau melon et bottes de cuir » : « Le legs » et leur triste face de mi-carême qui se veut tantôt drôle tantôt menaçante ne fait jamais illusion. Ronald Lacey et Stratford Johns ou les deux acteurs de « To steal a king », c’est du pareil au même. Pernell Roberts (« Bonanza ») et Kevin Mc Carthy (« L’invasion des profanateurs de sépulture ») relèvent le niveau respectivement en Donninger (qui fut l’amant de Lydia) et Allen Markham.

Si l’énigme est fort correcte et digne de la série, bien qu’elle ait un air de déjà vu ailleurs, la mise en scène catastrophique de Lou Antonio ménage seulement George Peppard qui sauve les meubles en se déplaçant tel un fauve et en interprétant un Banacek égal à sa réputation. On comprend que si le comédien s’est vu proposer des scripts comme celui-là, il ait refusé une saison 3 ! (Même si les motifs qu’il invoqua furent autres, on l’a vu). Cet opus constitue à la fois, comme les autres, un mystère à résoudre mais s’y combine maladroitement un whodunit. Qui est le coupable ? Le propriétaire des pièces rares ? Son rival Donninger qui jadis fut l’amant de sa femme faute de lui avoir volé autre chose ? Les deux frères attardés qui veulent soudoyer Banacek ? L’ambitieuse Sharon Clark/Brenda Vaccaro, de la banque d’Amsterdam, qui veut acheter les pièces pour sa banque et obtenir une promotion ?

On est à la fois triste pour Banacek la série et pour le comédien qui interprète le héros de le voir réduit dans cet épisode impasse à tenter en permanence de donner quelque dynamisme à un opus dynamité par un réalisateur totalement à côté de la plaque. Si Jay et Felix sont au rendez-vous, l’homme de la compagnie d’assurance se contente de passer et ne nous fera pas oublier Carlie Kirkland. Brenda Vaccaro est jolie mais ne sait pas jouer, elle semble en permanence en représentation, a un regard amusé comme un gosse ravi d’être à une fête foraine, mais jamais elle ne semble croire au personnage qu’elle défend. Le script de Stephen Kandel, que l’on a connu plus en forme, est d’une indigence rare, et les personnages ne sont jamais approfondis, tout au plus esquissés.

On sent que les trois bons comédiens Peppard, Pernell Roberts et Mc Carthy essaient de limiter les dégâts, mais ils ne peuvent compenser les lacunes du scénario. Si quelqu’un commençait la vision de la série par « To steal a king », il ne se hasarderait pas à regarder un deuxième épisode. Le navire prend l’eau de partout lorsque Banacek nous dévoile l’énigme et suscite enfin quelque intérêt chez nous, mais le générique final n’est pas loin. L’épisode réussit à être pire que « Souffler n’est pas jouer » et d’ailleurs, signe qui ne trompe pas, Banacek est ici sympathique, alors que l’écriture du personnage en a fait jusqu’ici un antihéros. A fuir !

  • Nous apprenons que le père de Banacek est arrivé de Pologne en 1924, à l’âge de 16 ans.

  • Pour une fois, Banacek ne donne pas d’explication à son proverbe polonais.

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6. DIX MILLE DOLLARS LA PAGE
(TEN THOUSAND DOLLARS A PAGE)


Milliardaire et tyran, Walter Tyson expose dans un musée le livre qui est tout ce qui lui reste de sa défunte épouse morte il y a un demi-siècle. Le livre disparaît alors qu’il est sous-surveillance permanente de caméras et de gardes. Banacek est engagé pour le retrouver.

Retour de Richard T Heffron pour une mise en scène moins SF que celle de « Projet Phénix » mais efficace, malgré un tournage qui confine les personnages en studio. Le scénario de Paul Playdon est en or, et sans le manque évident de décors faramineux auquels nous ont habitués le pilote et « Projet Phénix », on mettrait quatre étoiles. L’ORTF programma cet opus en sixième et avant-dernier de la série des sept achetés. La distribution nous permet de retrouver Joel Fabiani en avocat Art Woodward, loin du Stewart Sullivan de « Département S », mais sa composition étonnante lui vaut toutes les louanges. Stella Stevens, en tailleur strict et sans grand humour, est la moins sexy des invitées féminines de la saga, même si elle joue mieux que Brenda Vaccaro. David Wayne incarne le vieux tyran en fauteuil roulant, tandis qu’un David Doyle pré-Charlie’s Angels se révèle le plus teigneux des représentants de compagnie d’assurance que nous ayons vus, un certain Elliot.

On regrette vraiment qu’Universal n’ait pas mis les moyens au niveau des décors naturels. Les mécanismes de l’intrigue de Playdon sont huilés et Banacek se hasarde à révéler à 35 minutes du début un spoiler, que beaucoup auront deviné : les gardes surveillaient une photo de salle avec le présentoir du livre et non la réalité. Mais cela, beaucoup de téléspectateurs l’ont compris. En revanche, la révélation finale nous scotche sur notre fauteuil, même si on peut lui reprocher quelques similitudes avec celles du pilote « les traces fantômes ».

Côté distribution, c’est un sans fautes. Tout le monde a un mobile pour voler le livre, mais aussi surtout pour se venger du vieux bonhomme. Tout d’abord l’avocat, Art, qui a eu une liaison avec Jill Hammond (Stella Stevens). Loin de le chasser, Tyson a offert une fortune à l’homme pour qu’il rompe. Pour ce même motif, Jill fait partie des suspects. Il y a aussi le garde du corps « Monsieur Muscle » (que l’avocat appelle « Hercule ») Steve Crawford, et son frère un géant aux faux airs de Richard Kiel que Banacek va devoir affronter. Il se défendra avec son cerveau et non ses mains ! On ne s’étonnera pas que les deux misanthropes, Banacek et Tyson, s’entendent comme larrons en foire. Les rebondissements sont nombreux, avec la remise de rançon pour avoir en échange … des cendres, tentative de provoquer un choc mortel au vieux. L’épisode prend le temps de raconter l’histoire, notamment lorsque Tyson relate son passé au détective. Glassman (Richard Schaal) qui a conçu le système de sécurité au musée est aussi sur la sellette. Il maudit Banacek d’intervenir et souhaite qu’il ne retrouve pas le précieux butin. Plus qu’un vol, « 10 000 dollars à la page » est l’histoire d’une vengeance contre un paraplégique qui achète tout avec son argent, y compris les gens.

Après les échecs de « Souffler n’est pas jouer » et « Pièces uniques et en double », la série retrouve sa verve et son inventivité. Comme d’habitude, le cérébral privé a tout deviné avant tout le monde, et il nous donnera une petite leçon à la fin de l’épisode. Moins fantastique que « Le projet Phoenix », « 10 000 dollars à la page » est  une histoire qui tient la route. La disparition du livre est crédible et réalisable, tout en restant stupéfiante et le spectateur a son lot d’interrogations qui trouveront une réponse.

Intrigue à l’intérieur de l’intrigue, la remise de rançon évoquée plus haut  par Banacek pour le compte de Tyson intervient en parallèle de la recherche demandée par la compagnie d’assurance. Dans la même optique, le milliardaire tente (mais en vain) au début de l’épisode de débaucher Banacek auquel l’assurance offre déjà 10% du prix du livre. Tyson double le prix mais Banacek affirme sa déontologie et refuse l’argent, car le milliardaire bénéficie déjà de son exclusivité. Ce qui est montré ici c'est que Banacek souhaite conserver son indépendance et sa liberté d’agir. Mais aussi son immense vanité, qui diminue vraiment son capital sympathie auprès du téléspectateur. Il est riche, il est intelligent, le problème est qu’il le sait et le montre un peu trop.

  • Représentant de la compagnie « National Fidelity », Eliott a déjà eu affaire à Banacek dans une autre enquête et le déteste depuis.  Mais ce n’est pas une référence à un épisode de la série.

  • Il y a des années que Felix et Banacek sont amis, le bibliothécaire le précise, et il s’étonne que ce soit la première fois qu’il lui pose des questions sur…un livre !

  • Premier épisode depuis le pilote dans lequel Banacek n’a pas une aventure avec le personnage principal féminin, en l’occurrence Jill Hammond. Il a été l’amant de toutes les autres jusqu’ici.

  • Une fois de plus, les limites de l’humour de Banacek sont montrées lorsqu’il surprend son chauffeur Jay en train raconter des blagues polonaises à Jill.

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7. UNE COLLECTION IMPRESSIONNANTE
(THE GREATEST COLLECTION OF THEM ALL)


Banacek doit découvrir comment une collection de tableaux d’une valeur de 23 millions de dollars a disparu lors d’un trajet en camion entre New York et Boston, alors que le convoi était sous haute protection.

Cet épisode renoue avec le talent créatif qui animait le pilote et les deux premiers opus. Tout d’abord, le scénario de Theodore J Flicker  redonne du sang neuf à la série. George Mc Cowan, l’un des fidèles réalisateurs de « Cannon » offre une copie parfaite qui mérite la note maximale.

Cette-fois, il y a une suspecte, Gloria Hamilton (Penny Fuller). Pourtant riche et fille de riche et ayant organisé l’exposition à New York et  surveillé le transport, elle fait l'unanimité comme suspecte N°1. Au début de l’épisode, ses relations avec Banacek sont orageuses, mais après que la jeune femme lui ait dit ses quatre vérités (vaniteux, macho, prétentieux), ils trouveront un autre terrain d’entente. Du côté de l’assureur, la  Boston Casualty Company, l’alter-ego de Carlie est cette fois un homme offensif : Church (David Spielberg). Ce dernier mettra des bâtons dans les roues au détective. L’enquête s’oriente vers la société de transports, dirigée par Jason Trotter (Mike Farell), qui a hérité de son père d’une entreprise en difficulté, ledit père prenant une retraite prématurée pour vivre une existence dorée. Llyod Gough incarne ce paternel, Alan Trotter, qui passe son temps à peindre, notamment (le veinard) Gloria Hamilton entièrement nue. Mais le plus chanceux n’est-il pas notre polonais qui trouvant le modèle en peignoir décide de la rayer de la liste des suspects lui ôtant ce qu’elle a sur elle pour devenir  plus tard son amant ? Pourtant, lorsqu’il apprend que les tableaux volés sont peut-être en Amérique du Sud et que Miss Gloria a en poche un billet d’avion pour Buenos Aires, il y a de quoi avoir des doutes.

Banacek doit composer ici avec les différents protagonistes. Notamment le chauffeur du camion, Norman Katz ( Eugene Troobnick), un original, diplômé de biologie et de musique de l’université d’Harvard. C’est le personnage le plus improbable de l’histoire. Le privé retrouve un ami de son père, l’irlandais Larry Casey, qui travaille pour le transporteur. Mais il sent une hostilité latente dans la société Trotter. Le directeur du musée de Boston, le docteur Shelby (John Hoyt) accueille froidement notre héros. Nous voyons Banacek perdre son sang froid lorsqu’il est traité de « polac » par Ben Wheeler (Gene Dynarski), le chef des gardes de l’escorte de sécurité du camion.

Penny Fuller nous fait oublier qu’elle n’est pas jolie, tellement elle se montre sensuelle et multiplie les attitudes mutines et coquines. On la reverra en femme cougar dans « Code Quantum : « Etre ou ne pas être » (04-11). Moins belle que Christine Belford mais plus convaincante que Joanna Pettet, elle symbolise la libération sexuelle des années 70, parlant sans vulgarité mais sans détour de sa sexualité. Elle fait parfois penser à Shirley Mac Laine avec son attitude espiègle.

L’action se déroule entre New York et Boston, où Banacek fait des allers et retours. Les scènes de cascade et de bagarre sont présentes entre deux entretiens avec les potentiels voleurs. L’histoire garde une parfaite cohérence malgré l’aspect un peu fantastique et spectaculaire de la disparition qui renoue avec celle des premiers opus. Banacek est toujours aussi antipathique, mais nous nous y sommes faits, avec cet humour moqueur envers son chauffeur ou ses pointes verbales acérées dès que quelqu’un le contrarie, notamment le représentant de la compagnie d’assurances. Notons une scène comique amère lorsque Felix est tout fier d’avoir trouvé un parchemin rare et que Banacek se fait une joie, sans en avoir l’air, de lui gâcher sa joie. Bien entendu, le privé réunira tout le monde pour l’explication détaillée du vol impossible, et une fois dites par lui, les choses nous semblent évidentes, il n’empêche que pendant presqu’une heure dix, nous pauvres téléspectateurs n’avons pas eu la moindre idée de la façon dont la disparition des tableaux a pu se réaliser.

Sans nous proposer de beaux décors naturels (scènes de studio pour le musée, scènes d’une usine de transport à New York qui a pu être tournée n’importe où mais n’a pas le charme de la forêt de « Projet Phénix » ou la beauté du désert des « Traces fantômes »), l’épisode réussit à être palpitant  d’un bout à l’autre.

  • Le père de Banacek se prénommait Léo, et il a travaillé pendant 35 ans avec Larry Casey. Il est mort deux ans avant l’épisode.

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8. SANS ISSUE
(THE TWO MILLION CLAMS OF CAP'N JACK)


Des titres d’une valeur de cinq millions disparaissent dans un ascenseur. Cela se produit au moment où la compagnie United Foods de Roger Sloan rachète celle du capitaine Jack. Banacek est engagé par la compagnie d’assurance  Montauk pour retrouver les titres avant le rachat de la société : il dispose donc de deux jours pour élucicer l’énigme et trouver le ou les coupables  car la société qui achète ne veut pas que le vol ternisse la transaction.

Malgré une distribution exceptionnelle, cet épisode est un semi échec. Il faut dire que le scénario écrit par quatre auteurs semble avoir été remanié et quelque peu compliqué inutilement. Si Richard T Heffron signe encore une impeccable réalisation, Stanley Ralph Ross, adaptant une histoire de Shirl Hendryx,  Pat Fielder et Richard Bluel, se perd dans les dédales d’une intrigue peu spectaculaire et fort bavarde. On jugera Thomas Banacek complètement fou de repousser les avances d’Erica Osburn, la fille du capitaine Jack Osburn, lorsque l’on sait que la dame est interprétée par Jessica Walter. Dès leur rencontre, elle se jette à son coup et l’embrasse. Plusieurs fois, elle lui propose de devenir sa maîtresse, et chaque fois il trouve une excuse pour se défiler ! Jessica Walter joue aussi bien que d’habitude, tout comme les autres comédiens que nous connaissons tous : David White (« Ma sorcière bien aimée »), Jason Evers (guest star dans « Mannix », « Cannon », « Les Envahisseurs »),  Linden Chiles (le frère de David Vincent qui incarne ici Penniman, personnage qui va devenir récurrent et alterner sa présence avec Carlie Kirkland), Andrew Duggan (« Le Ranch L »).

Tandis que Jay et Felix sont souvent mis à contribution, Banacek doit en deux jours trouver parmi une multitude de suspects qui est le coupable et surtout retrouver les titres. Plus histoire policière que d’énigme, « Sans issue » multiplie tellement les coupables potentiels que le spectateur s’y perd. Il y a la famille Osburn au grand complet, à savoir le père Jack (Andrew Duggan), la fille Erica, l’oncle Leo, sans oublier le glauque Esposito (Gregory Sierra), le repris de justice black Ed Spencer (Wally Taylor) – parce-que pour surveiller des titres de 5 millions de dollars, on fait confiance à un ex-détenu condamné pour braquage ! – le  banquier Hanrahan (Liam Dunn) qui a un malaise cardiaque juste avant le vol inexpliqué dans l’ascenseur, le frère de Spencer, Tim.

A noter qu’il y a ici le gentil noir, Ed, voleur repenti et le méchant noir, Tim, raciste anti-blanc qui traite (cela lui arrive souvent) Banacek de « polac ». Le coup a aussi pu être monté par Roger Sloan (Jason Evers)…  ou par certains des suspects ayant lié un partenariat pour l’occasion. Bref, il est impossible avant la fin (à part pour l’extra-lucide Banacek) de trouver qui est ou sont le ou les coupable (s).

Les décors sont surtout faits en studio, ce qui déçoit. Banacek se montre à nouveau hautain et odieux (il sera à deux doigts de prendre une gifle d’Erica), machiste, bref ce n’est pas avec cette fin de première saison qu’il se rendra plus sympathique.

Jessica Walter porte des tenues sexy et affriolantes, mais visiblement Banacek n’est pas intéressé. Nous avons droit à des scènes violentes, à une bagarre finale spectaculaire dont on ne révèlera évidemment rien, mais la supercherie n’était pas cette-fois extraordinaire, et le privé prendra moins de temps que d’habitude pour l’expliquer. L’interprétation générale rattrape un script maladroit et l’on passe un bon moment. Pour cette première rencontre, Penniman se montre plutôt niais et inoffensif, ce qui n’empêche pas le détective d’être féroce avec lui et de le ridiculiser. Notons qu’Erica est reporter, alors que possédant des parts dans la société de son père, elle n’a pas besoin de travailler. Derrière ses airs sûrs d’elle, on découvre une femme meurtrie qui a cru que Roger Sloan divorcerait pour elle tandis qu’ils avaient une liaison.  Se retrouvant face à la « légitime » de son ex amant, Ann Spencer moche mais riche (Joan Pringle), elle prend une mémorable gifle mais nous n’assisterons pas à un combat de femmes car dans les réceptions de la bonne société du capitaine Jack, on sépare les antagonistes et le calme revient vite.

Omniprésent, David White (le patron du mari de la sorcière bien aimée) se révèle en engageant Banacek dans la peau de W Crawford Morgan un homme maître de lui, alors qu’il subit les insolences de son « employé » qui l’appellera pendant tout le film « Crawfish ». C’est un bonheur de voir uniquement de bons comédiens au sommet de leur art. Jay doit parfois regretter d’avoir été engagé par le détective car il est son souffre douleur, Banacek le ridiculise avec une certaine lâcheté mais fait moins le malin face à Tim Spencer et à sa bande. Il se montre plus diplomate avec Felix dont il a besoin. Il sait que ce dernier n’hésitera pas malgré leur longue amitié à l’envoyer sur les roses.

Linden Chiles compose un Penniman savoureusement crétin, tombant toujours des  nues. Mais le comédien sait trouver le ton juste pour ne pas sombrer dans l’excès.

Cette première saison se termine donc avec cet opus diffusé en France en 1974 en 5e sur 7 diffusés. Malgré des épisodes parfois décevants, le concept est riche et nous allons découvrir une seconde saison qui nous ramènera la belle Carlie/Christine Belford. Malheureusement, le MIP TV de Cannes 1974 (où seront achetés « Kojak », « Le justicier » avec Ken Howard, « Maîtres et valets » et où l’ont reprendra des épisodes de séries comme « Columbo », « Kung Fu ») fera l’impasse sur la suite de « Banacek » qui devra attendre une diffusion sur le satellite pour être vue par les français.

  • Andrew Duggan né en 1923 pourrait à peine être le père de Jessica Walter (1939). Il l’aurait eu à 18 ans. En 1973, Jessica faisait déjà femme mûre et non jeune fille, et il aurait convenu de choisir un comédien plus âgé pour être son père.

  • Erica est la meilleure amie de Sharon Clark qu’incarnait Brenda Vaccaro dans « Pièces uniques et en double ». C’est la première fois qu’un lien entre deux opus est évoqué.

  • Dans cet épisode, Banacek déclame deux proverbes polonais ! Il se limite habituellement à un seul.

  • Nous apprenons, mais ce n’est pas une surprise, que Banacek ne supporte pas les féministes.

  • Le passe temps de Banacek entre deux enquêtes est le football (américain).

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