Saga Louis de Funès

3 - La confirmation (1966/1973) - 3ème partie

Présentation 3ème époque - 3ème et 4ème partie

1. L'homme-orchestre - 1970

2. Le gendarme en balade – 1970

3. Sur un arbre perché – 1971


PRÉSENTATION 3ÈME ÉPOQUE - 3ÈME ET 4ÈME PARTIE

En ce début des années 70, Louis de Funès voit curieusement les propositions intéressantes se raréfier. Il tente de moderniser son image en tournant avec Serge Korber, un jeune réalisateur prometteur, mais cette stratégie se solde par un échec commercial.

Néanmoins, notre Fufu va confirmer son statut de numéro un par un retour aux sources salvateur : deux nouveaux films avec Gérard Oury lui feront sans problème retrouver le succès colossal auquel il est habitué depuis plus de cinq ans.

Entre les deux films d’Oury, il avait réussi un retour au théâtre en reprenant son rôle fétiche dans Oscar. Retour sur les planches et retour de Gérard Oury : on voit que les bonnes vieilles recettes fonctionnent toujours…

Et c’est au sommet de sa gloire que Louis va être terrassé par un double infarctus. Est-ce la fin de sa carrière ?...

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1. L'HOMME-ORCHESTRE

Production : GAUMONT, RIZZOLI FILMS (Italie)
Scénario : Jean HALAIN, Serge KORBER, d'après une histoire originale de Geza VON RADVANYI
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : Serge KORBER
Musique : François de ROUBAIX

Les mésaventures d'un maître de ballet paternaliste en prise avec un neveu volage et avec des danseuses trop intéressées par la gent masculine.

GENÈSE :

Le scénario est inspiré d'une histoire de Geza Von Radvanyi, un scénariste et réalisateur hongrois inconnu en France, mais de premier plan dans son pays.

Serge Korber est persuadé que le rôle de ce maître de ballet ne vivant que pour son métier est idéal pour Louis de Funès dont il connaît le passé de pianiste et le don pour la danse, déjà mis en exergue dans un film comme Le Grand Restaurant. Ces qualités sont évidemment essentielles dans un film à la limite de la comédie musicale. De Funès, alors au sommet de sa popularité, accepte de tourner avec ce jeune metteur en scène peu connu, mais à qui l'on promet un brillant avenir.

Korber espère moderniser l'image de Louis de Funès, et l'on sait que Louis ne rechigne pas innover. On va donc voir Fufu dans un rôle inhabituel de saltimbanque affublé de vêtements tous plus excentriques les uns que les autres !

RÉALISATEUR :

Serge Korber a débuté dans la réalisation en 1965, réunissant Jean-Louis Trintignant et Marie Dubois pour Le dix-septième ciel, film qui recueille des critiques positives. Dans la foulée, le producteur Alain Poiré lui confie la réalisation de la nouvelle histoire de Michel Audiard, Un idiot à Paris, une comédie sans prétention avec Jean Lefebvre. L'ascension de ce metteur en scène prometteur est fulgurante puisque seulement quatre ans après ses débuts, le voilà aux commandes d'un film avec Louis de Funès, l'acteur comique le plus populaire du moment et roi du box-office.

Korber travaille avec Jean Halain qui signe la majeure partie du scénario et les dialogues, mais aussi les paroles des chansons. Halain est bien connu de Louis de Funès depuis la série des Fantômas où il avait également écrit le scénario et les dialogues, et réalisé l'adaptation.

DÉCORS :

Les producteurs savent qu'un film avec Louis de Funès est un investissement qui a toutes les chances d'être très rentable et bénéficient de surcroît du renfort de producteurs romains. Korber dispose donc d'un budget conséquent qui lui permet de nombreux tournages en extérieur.

La première partie du film est tournée à Nice et dans ses environs. Peille, le village traversé lors de la première scène, est situé sur les hauteurs de la ville.

La seconde partie est tournée à Rome et se révèle tout aussi agréable que la première du point de vue des décors naturels, ce qui ne surprendra nullement de la part de la capitale italienne.

Les intérieurs ont été tournés dans les studios de Billancourt.

GÉNÉRIQUE :

Il est étonnant qu'un film se voulant résolument moderne ne comporte pas de séquence pré-générique. Néanmoins, l'action démarre dès les dernières images du générique, constitué de vues aériennes de deux voitures lancées dans une poursuite sur une route sinueuse de l'arrière-pays niçois nimbé de soleil : la rouge est pilotée par Evan Evans et la jaune par un jeune homme qui entend bien faire la course avec le maître de ballet. Cependant, on ne découvrira l'identité des pilotes qu'une fois le générique terminé, à l'entrée dans Monaco.

La musique est signée François de Roubaix. Il s'agit là aussi d'une modernisation pour Louis de Funès : De Roubaix est, tout comme Korber, une étoile montante dans son domaine. Spécialisé dans les musiques de films, ce fou de jazz a déjà travaillé avec Robert Enrico, José Giovanni, Jean-Pierre Melville, Jean Herman, et Jean-Pierre Mocky. Par la suite, il deviendra un pionnier en matière de musique électronique et composera aussi pour des séries télévisées (La mer est grande, Commissaire Moulin...) et même pour l'émission destinée aux enfants Chapi Chapo.

Le destin sera cruel pour François de Roubaix puisqu'il trouvera la mort en 1975 à l'âge de 36 ans, suite à un accident de plongée sous-marine. Le César de la meilleure musique de film lui sera décerné à titre posthume lors de la première cérémonie organisée en 1976.

Sur L'Homme-orchestre, son travail est particulièrement important puisqu'il s'agit d'un film à demi musical. Ses compositions sont un régal, et on peut le constater dès le générique qui mêle plusieurs styles musicaux : la partie jazz, notamment, est excellente.

SCÉNARIO :

Le film est assez court (une heure vingt minutes) et les séquences musicales tiennent une part importante, laissant peu de place pour un scénario très développé, quoiqu'ici réduit à une suite de sketches au lieu d'une histoire plus construite (comme les Jacques Demy, sans parler des films américains).

Un homme d'âge moyen, qui aime être le premier partout y compris en voiture, se livre à une course sans merci avec un automobiliste qui a les mêmes prétentions. Il finit par proposer à son jeune adversaire d'aller avec son bolide dans sa propre rue afin que tous les deux puissent être les premiers dans leurs quartiers respectifs.

Le monsieur n'est autre qu'Evan Evans, un compositeur et maître de ballet d'une troupe de danseuses basée à Monaco, et de style musical résolument orienté vers la pop. Une inspiration subite le pousse à révolutionner son spectacle, et il enchaîne une répétition sur la nouvelle musique, aidé de son neveu Philippe qui tient la batterie de son orchestre pop.

Une des danseuses annonce qu'elle va quitter la troupe pour se marier ; il faut donc lui trouver une remplaçante, et une audition est organisée afin de dénicher la perle rare. Après avoir vu plusieurs candidates qui lui déplaisent, le maître engage la jolie Endrika mais la prévient, ainsi que ses consœurs, qu'il ne tolérera plus d'aventures masculines. Chat échaudé craint l'eau froide...

Evans enseigne le judo à ses protégées afin qu'elles puissent se débarrasser des mâles trop entreprenants. Les jeunes femmes expérimentent leur nouvelle technique sur Philippe qui finit la séance à terre. Sans doute inspiré par les pratiques en vigueur dans certains cabarets parisiens, Evans a également imposé la pesée quotidienne : celles qui dépassent cinquante kilogrammes sont mises au régime et doivent pédaler sur des vélos d'entraînement alors que les autres sont condamnées à manger de la salade et des légumes pour rester minces, seules les plus méritantes ayant droit à un supplément de riz.

Une surveillance nocturne est mise en place, ce qui permet à Evans de découvrir une escapade de Françoise, la capitaine des danseuses. Philippe et lui se vêtissent d'imperméables de flics pour mener leur enquête qui les conduit sur un yacht. Françoise est amoureuse d'un bel Italien, mais hésite à quitter la troupe pour se marier ; elle annonce à son prétendant qu'elle lui communiquera sa décision par téléphone dans les deux jours suivants.

Après avoir déjà perdu une danseuse pour raison de mariage, la défection de Françoise n'est pas envisageable pour Evan Evans. Donc, il échafaude une machination, basée sur l'amour de son neveu pour la belle Françoise, ceci pour rompre l'idylle de la demoiselle avec le yachtman.

Malgré quelques ratés techniques, la machination s'achève sur une réussite totale, et la tournée mondiale de la troupe peut commencer sous les meilleurs auspices.

Evans ignore que la charmante Endrika a eu un enfant qu'elle a placé en nourrice à Rome. Lors du passage de la tournée dans la ville éternelle, elle rend visite à son bébé, et la nounou lui apprend qu'elle ne peut plus garder le petit garçon. Endrika se confie à Françoise ; jamais à court de ressources, la capitaine des danseuses a l'idée de déposer le nourrisson dans la chambre d'hôtel d'Evan Evans, accompagné d'une lettre manuscrite le présentant comme le fils de Philippe !

Justement, ledit Philippe avait eu une aventure avec une jolie Sicilienne lors de passage précédent de la troupe à Rome, il pense donc que l'enfant est né de cette liaison. Arrivés chez les Siciliens, Evan et son neveu découvrent que l'ex de Philippe est en fait la mère d'une petite fille ! Les Siciliens ne se gênent pas pour jouer du couteau et somment les Evans de réparer leur faute. Et voilà l'oncle et le neveu nantis de deux bébés au lieu d'un seul, ce qui ne manque pas de stupéfier les danseuses lorsqu'elles profitent de l'absence du maître pour aller voir le garçonnet de leur camarade !

Philippe suppose que l'enfant inconnu est le fils de la bonne d'un marquis avec qui il a eu une autre liaison. Mais le marquis vient de se marier avec sa servante et affirme qu'elle n'a jamais eu d'enfant. Heureusement, Endrika finit par avouer la vérité aux Evans alors que Philippe décide d'épouser la mère de son enfant. Toujours passionné par son métier, Evans pense déjà à initier les deux enfants à la danse...

DISTRIBUTION :

Louis de Funès passe sans problème de ses habituels rôles de bourgeois conformistes à un personnage plus flamboyant de maître de ballets pop ancré dans les années soixante-dix naissantes et tout leur décorum bien connu. Il parvient à mener à bien sa composition habituelle d'homme nerveux et autoritaire. On peut admirer son sens inné de la musique et ses qualités remarquables de danseur.

Son fils Olivier de Funès obtient un des rôles les plus consistants de sa courte carrière. S'il n'est plus le pré-adolescent de ses débuts, mais presque un adulte avec ses multiples aventures féminines, il a gardé le caractère un peu gamin de ses compositions habituelles. Amoureux de la belle Françoise, une femme plus âgée et surtout plus mature que lui, il reste suffisamment peste pour que cette dernière se venge de ses assauts répétés en faisant passer le bébé d'Endrika pour le sien.

La ravissante Françoise, justement, est interprétée par Noëlle Adam, choisie car elle est à la fois actrice et danseuse. En apparence soumise à son patron, Françoise mène en réalité sa barque comme bon lui semble, et n'est pas la dernière à entraîner les danseuses sur la voie de la rébellion. Après avoir été l'épouse de Sydney Chaplin, Noëlle Adam fut pendant plus de trente ans la compagne de Serge Reggiani.

Autres danseuses marquantes, la dernière venue Endrika, interprétée par Puck Adams, a pris la place de celle qui s'est mariée, dont les traits ont dû rappeler des souvenirs aux fans de Louis de Funès : Martine Kelly a été vue dans Les Grandes Vacances et Hibernatus. Sans doute la ravissante Martine est-elle une piètre danseuse puisqu'elle est bel et bien absente de toutes les scènes de danse précédant sa seule apparition pour l’affrontement verbal avec Louis de Funès. Il est bien dommage qu'elle n'ait pas obtenu un rôle plus développé.

Parmi les autres danseuses, seule Danielle Minazzoli dispose d'une carrière cinématographique un rien consistante. Citer les noms des autres actrices serait vain tant elles sont toutes aussi inconnues que jolies et bonnes danseuses. Il est probable qu'il s'agit en fait de danseuses et non d'actrices, ce qui paraît logique puisqu'elles font avant tout de la figuration dans les scènes de ballet.

Du côté français, on retrouve quelques connaissances de Louis de Funès avec Daniel Bellus dans le rôle de l'automobiliste concurrent. Ce jeune acteur aux cheveux longs a joué aussi dans Les Grandes Vacances où il interprétait le cancre aristocrate, celui-là même qui disait « Mère ! Le dirlo dans les cageots ! ».

Mais aussi Christor Georgiadis, le majordome au fusil du Gendarme en balade, le film précédent de Louis, reconverti ici en cuisinier et preneur de son de la troupe. Il a le don de calmer Evans lorsque ce dernier est énervé, ce qui arrive évidemment souvent. Comment ? En imitant le chant des oiseaux...

Et surtout l'éternel Paul Préboist, un des rares acteurs secondaires français présents sur la partie du film se déroulant à Rome (mais en fait dans les intérieurs tournés à Boulogne...), où il interprète le directeur de l'hôtel. Quant à Micheline Luccioni, c'est la passagère du yacht qui drague Philippe ; cette actrice de talent qui avait déjà tourné dans des films de Louis de Funès (Les Bons Vivants et Le Tatoué) est décédée en 1992 à l'âge de 62 ans.

Max Desrau et Jacqueline Doyen ne tiennent que des tout petits rôles d'automobilistes lors de la première scène des feux rouges, alors que l'inénarrable Ibrahim Seck joue le personnage du chauffeur de car.

La coproduction italienne a apporté un certain nombre d'acteurs, à commencer par Franco Fabrizzi, en quelque sorte l'inverse de Paul Préboist puisqu'il est présent sur la partie française du film dans le rôle du fiancé de Françoise. Tout le monde aura reconnu en lui le concurrent malheureux de Louis de Funès dans Le Petit Baigneur, toujours aussi séducteur bien qu'ayant pris en seulement trois ans un sérieux coup de vieux.

Tiberio Murgia, c'est le père de la fiancée sicilienne de Philippe, elle-même incarnée par Paola Tedesco. Marco Tulli joue le rôle du commissaire, et Franco Volpi celui du marquis.

TEMPS FORTS :

La première chose qui frappe dans ce film est sa modernité : la tonalité est résolument seventies alors qu'il a été tourné à l'aube des années 70. Korber voulait rajeunir l'image de De Funès et a atteint cet objectif, de façon parfois exagérée. Louis de Funès porte un complet rouge, sous lequel on découvre une chemise à damiers rouges et noirs ! Et les danseuses arborent systématiquement des tenues de couleurs chaudes : jaune, rouge, orange, rose. Voilà qui crée un ensemble à mi-chemin entre la mode années soixante-dix et les couleurs psychédéliques de la fin des années soixante.

La seconde chose qui interpelle le spectateur, et qui est d'ailleurs une conséquence directe de la première, c'est une ressemblance certaine avec la série britannique... Amicalement vôtre ! Et en particulier avec les épisodes tournés sur la Côte d'Azur : même ambiance ensoleillée, mêmes jolies filles, mêmes tenues caricaturales de ce que furent ces années 70. La similitude s'observe parfois jusque dans les détails.

Ainsi, la première scène, qui débute dès le générique, nous montre une course entre deux voitures sur les routes de montagne au-dessus de Nice. La voiture d'Evans est rouge et celle de son jeune concurrent jaune. Voilà qui fait irrésistiblement penser au pilote des Persuaders. Pourtant, le film est antérieur à la série, il ne s'agit sans doute que d'une coïncidence. Jusqu'au cuisinier d'Evans qui présente une ressemblance physique certaine avec Larry Storch, l'interprète du camarade de jeunesse de Danny Wilde dans l'épisode Un ami d'enfance...

Même les scènes filmées à Rome rappellent les aventures de l'autodidacte américain et du lord anglais. À tout moment, on s'attend presque à voir surgir la camionnette de Sid vue dans l'épisode Minuit moins huit kilomètres. 

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Le film compte deux parties bien délimitées, et c'est au sein de la première, celle qui se déroule sur la Côte d'Azur, que l'on trouve les scènes les plus intéressantes : les démêlés avec l'automobiliste impétueux, l'inspiration soudaine d'Evans, le départ de la danseuse et l'audition, puis les scènes décrivant la façon de gérer sa troupe employée par le maître : toutes ces séquences sont fort agréables, avec un De Funès irrésistible. On remarquera que ce sont finalement les scènes les moins scénarisées, celles qui sont basées sur de simples gags lors des répétitions de la troupe, qui sont les plus réussies. Ce fait est assez fréquent dans les films de Fufu.

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Autres très bons moments, la démonstration de comique visuel de Louis de Funès qui raconte Le Loup et l'Agneau à ses danseuses sans prononcer un mot (mimes et cris d'animaux suffisent...), et l'enquête menée par Philippe et son oncle lors de l'escapade de Françoise. Le jeune homme est d'autant plus intéressé qu'il est amoureux de la danseuse au point d'avoir menti lors de la séance de pesée afin de lui éviter les exercices d'amaigrissement. Il ne rechigne donc pas à partir en pleine nuit, vêtu comme son oncle d'un imperméable clair, caricature du policier parfaitement assumée par le scénario et non cliché involontaire et maladroit.

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Le plan élaboré par Evans pour retenir Françoise est bien conçu : il s'agit de faire croire à Philippe que sa bien-aimée est follement amoureuse de lui et de l'inciter à la harceler de ses assiduités au téléphone pendant la nuit jusqu'à ce que la jeune femme finisse par l'envoyer sur les roses. Evan enregistre les conversations, puis appelle le fiancé et diffuse la voix de Françoise selon un montage astucieux qui laisse à penser que sa promise ne veut plus de lui. Bien joué, M. Evans !

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La seconde partie à Rome, heureusement plus courte, est assez inégale, avec un certain essoufflement du scénario. Cependant, le duo De Funès père et fils sur la chanson incitant Philippe à plus de prudence dans ses relations féminines ne manque pas d'attraits. Il s'agit probablement d'une des scènes qui est le plus restée dans les mémoires des spectateurs :

Quand tu fais la, la, la, pense aux conséquences... Tout ça, c'est bien joli, mais c'est sérieux la vie !

La chanson « Quand Evan Evans n'est pas là, toutes les souris dansent » et les chorégraphies associées sont très agréables, agrémentées par un fameux passage final jazzy qui entraîne jusqu'aux clients de l'hôtel dans des danses endiablées. On pourrait faire remarquer aux dites souris qu’elles dansent tout autant, et même probablement plus, lorsqu'Evan Evans est présent…

Entre un début qui frise la note maximum et une fin quelconque qui ne vaut pas plus que deux bottes, la note de trois bottes apparaît donc la seule logique pour ce film, globalement meilleur que je l'imaginais compte tenu de mes souvenirs.

POINTS FAIBLES :

L'affaiblissement de la qualité au cours de la seconde partie est ennuyeux dans la mesure où le spectateur reste souvent sur l'impression finale. Il est toujours préférable que les séquences les plus intéressantes d'un film soient placées plus près de la fin que du début car on garde alors une sensation de progression. Ici, la sensation est plutôt un sentiment de délitement, qui n'atteint certes pas la déliquescence, mais reste nettement perceptible.

Quelques passages musicaux sont moins réussis que d'autres, en particulier la chanson entre Françoise et Philippe, en fin de première partie, donne trop dans le genre « comédie musicale un peu niaise ».

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ACCUEIL :

Avec 2 400 000 entrées en France, on ne peut objectivement parler de bide, mais Louis de Funès est devenu tellement habitué à des scores astronomiques que L'Homme-orchestre est alors considéré comme un échec commercial.

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Le film rencontre un gros succès en Allemagne et surtout dans les pays de l'Est où il aurait dépassé les trente millions d'entrées. Louis de Funès tenait beaucoup à ce que ses films soient diffusés en URSS, quitte à les vendre pour une bouchée de pain. Il pensait qu'à force de voir le mode de vie capitaliste occidental, le luxe, et de belles voitures, les Russes évolueraient peu à peu et finiraient par se rallier à l'économie de marché et à la démocratie. On ne sait pas quelle part a pu représenter la filmographie Funésienne, mais le fait est que le pronostic de l'acteur était assez juste...

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SYNTHÈSE :

Cette première collaboration entre Louis de Funès et Serge Korber s'avère sympathique, agréable, et fort drôle, bien que loin de confiner au génie.

LES SÉQUENCES CULTES :

Je veux être le premier

Elisabeth, la ferme !

Tout de suite, la riposte !

Oui, c'est Françoise.

Je voudrais un pot de chambre

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2. LE GENDARME EN BALADE

Production : Société Nouvelle de Cinématographie, Gérard BEYTOUT
Scénario : Jacques VILFRID, Jean GIRAULT
Adaptation : Jacques VILFRID, Jean GIRAULT
Dialogues : Jacques VILFRID
Réalisation : Jean GIRAULT, Edmond SECHAN (seconde équipe)
Musique : Raymond LEFÈVRE

La brigade de gendarmerie de Saint-Tropez est mise à la retraite dans son ensemble afin de laisser la place à de jeunes éléments aux méthodes modernes. Après six mois d'ennui, l'adjudant Gerber et ses hommes vont s'embarquer dans une folle équipée sous le prétexte de raviver les souvenirs de Fougasse, devenu amnésique. Mais le zèle de Cruchot à faire échouer le plan de ses successeurs pour capturer les nudistes va entraîner le groupe dans de gros ennuis.

GENÈSE :

Quatrième opus de la série des Gendarme et dernier tourné avant la maladie de Louis de Funès. La recette est connue et son succès populaire ne s'est jamais démenti. Pour la dernière fois, on va retrouver l'équipe idéale et historique des fameux gendarmes au grand complet.

Le titre initial était Le Gendarme à la retraite. Les producteurs ont dû trouver qu'il ne sonnait pas très bien, et il constituait par ailleurs une escroquerie dans la mesure où les scènes de véritable retraite ne durent qu'un petit quart d'heure en début de film. Le titre retenu est beaucoup plus évocateur de l'histoire puisque nos gendarmes passent effectivement la majeure partie du film à vadrouiller d'un coin à l'autre de la Côte d'Azur.

Il s'agit du premier film de la série où Nicole est absente. Logique puisqu'elle s'était mariée avec un bellâtre blond le même jour que son père dans l'épilogue du Gendarme se marie.

RÉALISATEUR :

Jean Girault reste bien entendu aux commandes, assisté comme à son habitude par Tony Aboyantz, et bénéficie cette fois-ci du renfort d'une seconde équipe dirigée par Edmond Séchan, qui n'est autre que l'oncle du chanteur Renaud.

DÉCORS :

Le château de Nandy, en Seine-et-Marne, a servi de cadre à la retraite de Cruchot en début de film. Josépha possède un Modigliani accroché dans le salon ; le tableau rappelle des souvenirs aux amateurs de Louis puisque c'est le même dessin qui était gravé sur le dos de Jean Gabin lors de sa dernière rencontre avec Fufu sur Le Tatoué.

Les autres extérieurs ont été tournés comme d'habitude dans le Var, à Saint-Tropez, Gassin, ou La Croix-Valmer. Et aussi au Château de Saint-Amé situé à Ramatuelle pour les scènes du couvent.

La scène des hippies se déroule sur le site de Cap Taillat sur la presqu'île de Saint-Tropez.

GÉNÉRIQUE :

Les innovations hasardeuses du film précédent ont heureusement été abandonnées. Ainsi, on retrouve une séquence pré-générique, constituée de la mise à la retraite forcée des gendarmes. Le générique présente leur départ et leur remplacement par les jeunots au son d'une musique à la fois solennelle et martiale, plus réussie que celle du Gendarme se marie qui était assez mièvre. Bien entendu, Raymond Lefèvre reste aux commandes de toute la partie musicale.

Pour le final, il est agréable de revenir au traditionnel défilé sur le port de Saint-Tropez. Nos gendarmes sont devenus de telles vedettes que des admirateurs viennent leur demander des contredanses en guise d’autographes !

SCÉNARIO :

Finalement, ce Gendarme en balade est peut-être le film bénéficiant du scénario le plus élaboré de toute la série puisque l'action survient rapidement, dès le départ des gendarmes pour La Pinsonnière. La structure habituelle étant plutôt basée sur une longue série de gags peu scénarisés suivie d'une intrigue de quatre sous n'intervenant qu'en fin de film.

Le colonel de gendarmerie rend visite à la célèbre brigade de Saint-Tropez, il annonce qu'en raison du monde « qui bouge », un certain renouvellement s'impose au sein des personnels. Comme on ne peut faire du neuf avec de... l'ancien, nos six compères sont « autorisés » à faire valoir leurs droits à la retraite.

En fait d'autorisation, il s'agit plutôt d'une obligation car, en dehors de Fougasse, très heureux d'obtenir enfin la « quille », nos représentants de l'ordre se trouvaient très bien à leur poste et sont catastrophés de devoir le quitter. Pourtant, en récompense de leurs bons services, l'État se montre particulièrement généreux puisqu'il va leur allouer à titre exceptionnel, et chaque année, en sus de leurs quatre cents francs mensuels de pension... un sac de cinquante kilos de charbon (!).

Six mois plus tard, Cruchot s'ennuie à mourir dans le magnifique château normand de son épouse. Josépha organise ses loisirs de manière systématique : lorsqu'il pêche, un homme-grenouille accroche des poissons à son hameçon et cela devient trop facile. S'il monte à cheval, un chariot élévateur le hisse sans effort sur le harnais, et un domestique lui raconte l'histoire du petit chaperon rouge (!) pour le distraire.

M. le curé, dont la chapelle a été victime d'une « méchante bourrasque » vient quémander son obole. L'occasion pour Ludovic de se distraire en se livrant à l'insu de Josépha à un concours de grimaces après une série de gestes significatifs sur son intention de ne pas donner un sou à son visiteur. Ce dernier a le tort de vouloir répliquer et Mme Cruchot finit par se demander si cet étrange curé n'est pas un peu dérangé. Elle l'invite à revenir « plus tard » ce qu'il interprète comme « demain matin ».

Aux prises avec un braconnier, puis avec sa femme qui prétend l'empêcher de laver la voiture, Cruchot prend une décharge de carabine de la part de son domestique anglais, ce qui n'est guère agréable même lorsque ce n'est « que du gros sel », comme le fait remarquer Josépha.

A cette occasion, Ludovic en profite pour régler ses comptes et tabasse sans ménagement le valet de chambre au gros sel qui « le hait » puisqu'il veut lui ôter ses bottes de force après lui avoir tiré le coup de fusil, puis la bonne qui « le hait encore plus » : la péronnelle a le culot de l'empêcher de tourner les robinets de la baignoire.

Josépha ne sait plus que faire pour amuser son mari. Elle lui offre un système radar couplé avec des pièges pour qu'il puisse enfin attraper son braconnier. Manque de chance, c'est l'adjudant Gerber et son épouse, venus en visite, qui tombent dans la trappe du salon suite à l'affolement de Mme Cruchot au sujet de ses bijoux et du Modigliani.

Ravi de cette visite, Cruchot emmène son ancien chef au grenier où il a aménagé un véritable musée regroupant les souvenirs du bon vieux temps ainsi qu'une salle de projection. Les deux hommes se plongent avec délices dans les photos de la brigade, les uniformes, les feuilles de vigne prises aux nudistes, et les pavés de mai 68 aux origines « contestées ».

Mais Josépha les rappelle en hâte, Merlot vient d'arriver avec une nouvelle étonnante : le gendarme Fougasse a fait une chute en apportant son aide lors de la capture d'un malfaiteur et est devenu amnésique. Cruchot saute sur l'occasion pour proposer de reconstituer la brigade et de tenter de raviver les souvenirs de leur collègue admis au centre de convalescence de la gendarmerie nationale à Aix-en-Provence. Gerber et Merlot acceptent avec enthousiasme, alors que Josépha prévient son époux qu'il n'a plus le droit de porter l'uniforme sous peine de suppression de sa pension et autres sanctions.

Tricart et Berlicot se joignent aux trois autres sur le chemin de la Provence, et la 504 de Cruchot se retrouve bien garnie. Problème : Fougasse ne les reconnaît pas ! Ses collègues l'enlèvent et l'emmènent à Saint-Tropez. Le déclic ne se produit pas puisque l'amnésique appelle cette ville « Saint-Trospète ». Ses compères ne résistent pas à l'envie de mettre de l'ordre sur la route lorsqu'ils constatent un accident, et ressortent leurs uniformes malgré l'interdiction.

Merlot suggère de conduire Fougasse vers des nudistes pour provoquer un choc psychologique. Lorsque Gerber ordonne de déshabiller le prétendu amnésique en souvenir de son action lors du premier opus de la série, Fougasse finit par craquer. Il admet n'avoir jamais été amnésique, mais avoir profité indûment de l'hospitalité du centre de convalescence de La Pinsonnière.

C'est alors que les nouveaux gendarmes interviennent pour capturer les nudistes. Outré par la débauche de moyens employés (jusqu'à un parachutiste), Cruchot décide de leur faire rater leur coup et prévient les nudistes de l'arrivée de ses successeurs. Ces derniers s'enfuient, mais dans la hâte du départ, un petit groupe emprunte alors la voiture de nos amis qui se retrouvent fort dépourvus lorsque la plage vide fut venue : leurs vêtements civils étaient restés dans le coffre...

Nos aventuriers n'ont d'autre solution que de partir dans la voiture des nudistes, une belle décapotable peinte en vert avec une gigantesque marguerite. Ils empruntent aussi les vêtements des propriétaires du véhicule, un groupe de hippies, et se retrouvent avec des puces.

Guidés par une participante au « Grand rassemblement » qu'ils ont prise en autostop, ils s'insèrent parmi les hippies. Cruchot est ébahi par l'attitude de ses compagnons qui se prennent au jeu et commencent à se dire « je t'aime » et à fumer du cannabis. Il les extirpe de force et les emmène à la sortie juste au moment où leurs voleurs arrivent avec la 504.

S'ils ont retrouvé leur voiture, les gendarmes en retraite et en vadrouille ne disposent plus de leurs uniformes que les hippies ont jeté. Évidemment, les tenues de gendarme avaient peu de chance de leur plaire...

Les jeunes gendarmes ne restent pas inactifs. Ils ont identifié leurs prédécesseurs et informent Josépha et Mme Gerber que leurs époux se sont transformés en « guérilleros » et font du nudisme avec des filles (!). Outrées, les deux femmes décident de descendre sur le Côte d'Azur et de s'amuser, elles aussi.

L'étau se resserre sur les « guérilleros », et au moment où ils décident de se rendre, ils sont sauvés par Sœur Clotilde. Devenue la mère supérieure du couvent, elle les croit toujours en poste et les invite à prendre une collation avant de leur demander un petit service. Le couvent fait office de colonie de vacances pendant l'été, et cinq des pensionnaires ont mystérieusement disparu. Les religieuses sont d'autant plus inquiètes qu'on raconte qu'une « bande de faux gendarmes sévit actuellement dans la région » (!).

Nos héros découvrent que les disparus s'apprêtent à lancer dans l'espace une mini-fusée munie d'une tête nucléaire volée à l'arsenal de Saint-Tropez. Cruchot et Gerber arrivent à temps pour désamorcer l'engin qui a atterri sur la plage, puis dans un hôtel de la Côte, et c’est alors qu’ils surprennent leurs épouses en galante compagnie. Mais ce sont eux qui devront fournir des explications à ces dames...

Le courage dont ils ont fait preuve incite le colonel à réintégrer Gerber et ses hommes. Leur « demande de mise à la retraite » (!) se transforme en « requête refusée » !

DISTRIBUTION :

Louis de Funès reste toujours aussi hilarant en Ludovic Cruchot. Cette fois-ci, on constate peu de bisbilles entre nos gendarmes, vite contraints de lutter ensemble contre l'adversité, mais cela ne nuit pas aux effets comiques, bien au contraire.

Michel Galabru campe un adjudant Gerber sans doute plus sympathique que d'habitude, du fait de la quasi absence d'affrontements avec Cruchot. Voilà qui crée un contraste évident avec Le gendarme se marie dans lequel les deux hommes ne cessent de s'affronter pour conquérir Josépha.

Fougasse est fidèle à sa réputation de paresseux puisqu'il est ravi d’être à la retraite et qu’il n'hésite pas à « se goberger » aux frais de l'Etat comme le lui reproche Gerber, en simulant une amnésie. On sait à quel point Jean Lefebvre peut exceller dans ce type de compositions.

Christian Marin reprend avec bonheur le costume de Merlot, toujours plus en vedette que les discrets mais néanmoins efficaces Guy Grosso et Michel Modo dans leurs rôles respectifs des gendarmes Tricard et Berlicot.

Puisque désormais Ludovic est marié, Claude Gensac a été reconduite pour interpréter sa chère Josépha. Tout comme Nicole Vervil (Mme Gerber), elle est surtout présente dans les scènes de retraite au début du film.

France Rumilly retrouve ses habits de Sœur Clotilde, mais a pris du galon puisqu'elle est devenue la mère supérieure du couvent. On peut s'étonner de cette promotion : il semble que les fonctions de mère supérieure soient habituellement dévolues à des religieuses beaucoup plus âgées que Sœur Clotilde...

Dans l'aire du couvent, la sensation est évidemment de rencontrer Dominique Davray en religieuse. Cette comédienne qui a si souvent incarné des prostituées ou des mères maquerelles se montre très à l'aise dans ce costume singulier, et prouve ainsi qu'elle est capable de tout jouer. La nouvelle folle du volant n'est autre que Sœur Marie-Bénédicte, très bien interprétée par Sara Franchetti.

Yves Vincent est excellent dans le rôle du colonel, d'une rare mauvaise foi. Il est accompagné de René Berthier qui joue son adjoint.

Le personnel du château normand est constitué d'un palefrenier (Paul Préboist), d'un majordome (Chris Georgiadis), et d'une bonne. Le château est également fréquenté par des indésirables dont fait partie le curé (Paul Mercey) pour Cruchot, ainsi que le braconnier interprété par Dominique Zardi.

A Saint-Tropez, les conducteurs des voitures accidentées sont Yves Barsacq et Jean Valmence, alors que le ministre tarabusté par Ludovic n'est autre que Robert Le Béal, vu notamment dans Hibernatus. Pas très loin à Aix, le compagnon de boules de Fougasse est incarné par Henri Guégan.

TEMPS FORTS :

Bonne pioche que ce Gendarme en balade, le plus réussi de la série hormis le premier. Cruchot à New-York offrait quelques scènes irrésistibles dans un ensemble plus quelconque, alors que Cruchot amoureux était constant dans un comique de qualité mais sans scènes exceptionnelles. Avec cette longue balade, nos gendarmes retrouvent un niveau de burlesque très élevé qui se maintient jusqu'à l'orée du dénouement, seule la scène de désamorçage de la bombe se situant très en retrait.

Les mésaventures de Ludovic à la retraite sont hilarantes, tout comme son musée du grenier où il s'enferme quelques heures tous les jours selon son épouse. Bon moment de comique visuel lorsque la photo de Josépha semble s'indigner du hold-up auquel se livre Cruchot dans la réserve d'argent. Le malheureux réussit tout juste à conserver un seul gros billet en vue de son expédition, et encore avec la bénédiction condescendante de sa maîtresse-femme.

J'aime bien la joyeuse ambiance des retrouvailles qui règne jusqu'à l'épisode des hippies. Pour preuve, cette proposition de Gerber :

« Et maintenant, messieurs, rien ne s'oppose à ce que nous nous tapions une monstrueuse bouillabaisse ! »

Autre sommet avec l'incursion dans le monde des hippies. Face à Barbara, leur « petite sœur » venue de Rotterdam pour le « Grand rassemblement », nos gendarmes sont rebaptisés Paul, George, et bien entendu Ringo... La tête de De Funès lorsqu'il constate la pente sur laquelle ses collègues, y compris et surtout Gerber, glissent sans s'en rendre compte ! Les « Je t'aime » de ses camarades ne sont pas à son goût comme en atteste la réplique suivante adressée à Fougasse qui s'apprête à lui en sortir un :

« Si vous me le dites, je vous fous quatre jours ! »

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Le pauvre Cruchot a des excuses puisqu'il vient d'entendre trois « Je t'aime » de la part de l'adjudant Gerber, qui plus est prononcés avec conviction et avec un air énamouré du plus bel effet.

Les gendarmes décident de se rendre lorsqu'ils se croient victimes d'hallucinations. Le fait se produit alors que Cruchot scrute la côte avec ses jumelles :

- Ah ! Mon adjudant ! J'ai cru, enfin il m'a semblé, je ne sais pas... voir nos femmes avec des bonshommes !
- Quoi ?
- Regardez !
- Où ça ?
- Là !
- Ah !
- Alors ?
- Je ne sais pas...
- Les bonshommes, ce sont eux !
- Oui, les bonshommes, ce sont eux...
- Les femmes, je ne sais pas. Ou alors ce ne sont pas des femmes ?

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Quelle joie de retrouver la Deux-Chevaux de Sœur Clotilde, tellement plus affriolante que le side-car du film précédent ! Et nous avons droit à un joli rattrapage : deux trajets avec les religieuses, Sœur Marie-Bénédicte tenant le volant avec autant de... talent que Sœur Clotilde.

Merlot se rend vite compte qu'il a eu grand tort de faire preuve d'optimisme à l'arrivée des religieuses avec son :

« Cette fois, je crois qu'on est sauvés ! »

Et ce dialogue entre Cruchot et la mère supérieure à l'arrivée au couvent :

- Vous êtes sûre qu'elle sait conduire ?
- C'est moi qui lui ai appris !
- Vous avez créé un style...

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Et ce style, lui-même et ses hommes vont l'adopter, et par deux fois, lorsqu'il faudra qu'ils se précipitent pour éviter la catastrophe avec la fusée des garnements et sa tête nucléaire.

Peu après, entre les mêmes personnages ainsi que l'adjudant Gerber, ce dialogue décalé bien sympathique brisant le 4e mur, un procédé comique certes irrésistible, mais inédit sinon dans la panoplie comique de de Funès :

« Vous savez, ça me fait plaisir de vous revoir comme ça, de film en film ! »

C'est Louis de Funès qui a eu cette idée de religieuse-chauffard pour la série des Gendarme, et on ne peut que s'en réjouir tellement elle reste un marqueur puissant de la série dans l'inconscient collectif des amateurs de Fufu.

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On ne se livrera pas à l'énumération des autres séquences à haut potentiel comique qui serait trop longue et deviendrait fastidieuse, entre les multiples aventures à l'arsenal de Saint-Tropez dont celle du gros Gerber coincé entre deux barreaux, et l'interrogatoire surréaliste des garnements trop gâtés par les religieuses et leur incroyable naïveté.

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POINTS FAIBLES :

Le plus gros regret est la scène finale de désamorçage de la bombe, trop outrancière pour être réellement drôle. C'est Louis de Funès lui-même qui l'a réglée dans les moindres détails, mais il fut à cette occasion moins inspiré que pour l'idée de Sœur Clotilde. On voit bien que Galabru et lui ont été arrosés d'eau pour simuler de la transpiration, tout ceci est excessif.

Il est vrai que le film accusait déjà une légère baisse de régime depuis l'arrivée des gendarmes au couvent. Cependant, la très grande qualité de tout ce qui précède permet à ce quatrième Gendarme de demeurer un très bon cru.

ACCUEIL :

Le film réalise la meilleure performance commerciale de l’année 1970, confirmant l’affection du public pour le maréchal des logis-chef Cruchot.

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Le score national légèrement inférieur à 5 millions d’entrées (4 800 000 environ) et en retrait de deux millions par rapport au Gendarme se marie, pourtant un peu moins intéressant, s’explique par la désaffection du public pour le cinéma en ce début des années 70 en raison de la concurrence féroce de la télévision.

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SYNTHÈSE :

Un Gendarme fort réussi qui se revoit toujours avec grand plaisir.

LES SÉQUENCES CULTES :

Visite du curé

N'approche pas ou je te fous un marron!

T'es bien installée petite soeur?

Je t'aime !

Passez-moi une petite fourchette à huîtres !

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3. SUR UN ARBRE PERCHÉ

Production : SNC, LIRA FILMS
Scénario : Pierre ROUSTANG
Adaptation : Jean HALAIN, Serge KORBER
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : Serge KORBER
Musique : Alain GORAGUER

À la suite d'un accident de voiture, un industriel et deux auto-stoppeurs se retrouvent immobilisés dans l'automobile, perchés sur un pin parasol, à mi-hauteur d'une falaise donnant sur la Méditerranée. Complètement isolés, ils essaient d'attirer l'attention par tous les moyens pendant que leur disparition est signalée sans que les secours n'aient la moindre idée de l'endroit singulier où ils se trouvent.

GENÈSE :

Le scénario initial était prévu pour Annie Girardot et Yves Montand pour un film qui devait s'intituler L'accident. Louis de Funès tomba sur le scénario et jugea que c'était un bon sujet pour lui-même. L'anecdote démontre que même les plus grands peuvent commettre des erreurs...

Si le changement de titre fut judicieux, car le nouveau était de toute évidence plus accrocheur et moins banal que l'ancien, le film fut un échec tant artistique que commercial, et une faute de goût dans la carrière de Louis de Funès. Cependant, l'idée de Roustang avait tout de la mise en abyme, tournant autour d'un axiome original : un film dans une situation "immobile", en "surplace", une originalité qui a pu attirer Louis de Funès. Il est possible qu'un traitement dramatique eût été préférable, mais cela n'aurait pas été dans le registre habituel de Louis qui a sans doute surestimé la teneur comique du film, pensant peut-être le transcender par son don pour la comédie (ironiquement le raisonnement des producteurs les plus paresseux ayant soutenu ses moins bons films ne s'appuyant que sur sa performance sans penser au scénario).

Malgré le retour à un rôle de chef d'entreprise véreux tout à fait dans sa lignée historique, une certaine modernisation de l'image de Louis se poursuit, comme le démontre le fait qu'il porte une perruque (!).

RÉALISATEUR :

Deuxième film de Louis de Funès avec Serge Korber. Avec l'aide de Jean Halain, un habitué des productions De Funès, Korber avait toutes les conditions pour réussir un bon film, et l'échec est difficilement explicable.

Le réalisateur qui montait, qui montait, va commencer à descendre avec ce film raté et ne se remettra pas de cet échec. Après deux films quelconques avec Annie Girardot, il finira, à l'instar de nombre de metteurs en scène de l'époque, par passer à un tout autre genre de cinéma : sous le pseudonyme de John Thomas, il réalisera plusieurs films pornographiques entre 1975 et 1977 dont l'un sera interdit, et récoltera de ce fait une amende pour « outrages aux bonnes mœurs ».

DÉCORS :

Les extérieurs ont été filmés sur les falaises de Cassis, les plus élevées d'Europe. Si le résultat n'a pas été à la hauteur, il faut admettre que Korber ait pu être fier d'avoir mené à bien ce tournage techniquement très complexe. Reconstitution d'un pin parasol, équipe de cascadeurs dans la voiture pour les vues de loin, groupe d'alpinistes pour les prises de vues depuis la falaise, hélicoptère pour vues aériennes... rien n'a été laissé au hasard, et le travail accompli a été remarquable. Cependant, tout ceci a gonflé le coût du film, et ne fut pas facile à amortir compte tenu de l'échec commercial.

Pour les intérieurs, les prises de vues ont eu lieu aux studios de Boulogne. Une partie de la falaise, ainsi que le pin parasol, ont été fidèlement reconstitués. Ce travail en studio fut également complexe, avec l'emploi de machines pour simuler les oscillations de la voiture.

Louis de Funès, Géraldine Chaplin, et Olivier de Funès n'ont donc pas mis les pieds à Cassis, même si leur tâche ne fut pas forcément facile lors du tournage en studio puisqu'ils furent obligés de calquer leurs mouvements sur ceux des cascadeurs présents sur la vraie falaise.

GÉNÉRIQUE :

Une des rares réussites du film. La musique d'Alain Goraguer est de bonne qualité, même si elle n'est pas restée ancrée dans les mémoires comme celle de nombreux films de Louis.

Alain Goraguer suivra la même trajectoire que Serge Korber puisqu'il travaillera également pour l'industrie pornographique en composant lors des années 70 et 80 des musiques, d'ailleurs excellentes, sous le pseudonyme de Paul Vernon ; ceci au profit du réalisateur Claude Bernard-Aubert, reconverti dans l'industrie X sous le nom de Burd Tranbaree. Il travaillera également sous son vrai nom comme arrangeur avec Alain Chamfort.

SCÉNARIO :

Il est évident que le scénario n'a pas été assez travaillé, ce qui a entraîné son rapide épuisement et contraint Louis de Funès à en faire des tonnes pour essayer de compenser, ce qu'il n'a pu réussir malgré tout son talent. On peut se demander si Korber n'a pas gaspillé toute son énergie sur les aspects techniques compliqués du tournage au détriment de l'histoire.

Henri Roubier est un entrepreneur cynique et totalement dénué de scrupules. Il n'hésite pas à signer un contrat secret pour le marché des autoroutes en Italie tout en prétendant publiquement qu'il n'est pas intéressé par le marché transalpin. Ses concurrents français le croient sur parole et préparent leur dossier de bonne foi sans se douter qu'ils travaillent pour rien puisque tout est déjà joué.

À son retour d'Italie, sa voiture est bloquée par des grévistes et il se retrouve contraint d'accepter deux auto-stoppeurs à son bord, un jeune homme et une jeune femme.

Exaspéré par l'agitation de ses passagers, il sort de la route alors qu'il traverse la Provence pendant la nuit et la voiture dégringole dans le vide. C'est la mort assurée qui est au rendez-vous pour les trois occupants de la décapotable, mais un miracle se produit alors : la voiture s'immobilise, sans que ses passagers ne sachent où et dans quelles conditions à cause de l'obscurité.

Le lendemain matin, les rescapés de la mort découvrent que leur situation est fort précaire puisque la voiture a échoué sur un pin parasol arc-bouté à mi-hauteur d'une falaise, et que ce poids supplémentaire menace de faire tomber l'arbre et ses étranges visiteurs à la mer.

Roubier et ses passagers vont tenter par tous les moyens d'attirer l'attention, mais ils ne peuvent être vus depuis le haut de la falaise. Seul un bateau ou un hélicoptère pourrait les repérer. Hélas ! Le seul plaisancier qui va les remarquer depuis son yacht va croire qu'il est victime de visions suite à un abus d'alcool, et nos naufragés de l'espace vont le faire sauter en renvoyant la lumière du soleil avec un miroir... juste sur l'alimentation en carburant !

Privés de nourriture et d'eau, à la merci des hallucinations, le situation devient critique jusqu'à ce que nos accidentés soient enfin localisés.

Les opérations de sauvetage s'avèrent compliquées et sont retardées par l'ex-mari de l'autostoppeuse, un militaire au tempérament musclé qui veut assouvir sa jalousie féroce en trucidant la jeune femme.

Finalement, un hélicoptère parvient à détacher la voiture et ses occupants et les dépose... sur une île déserte.

DISTRIBUTION :

Louis de Funès interprète un personnage écrit spécialement pour lui, et il est vrai que ce n'est pas la première fois qu'il incarne un chef d'entreprise sans foi ni loi. Malgré une performance sans faille, il ne parvient pas à rendre le film intéressant tellement le scénario est insipide.

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Son fils Olivier de Funès lui donne la réplique pour la sixième et dernière fois à l'écran. Par la suite, ils se retrouveront au théâtre à l'occasion de la reprise d'Oscar, puis Olivier s'orientera définitivement vers l'aviation en devenant pilote de ligne. C'est un échec relatif pour Louis qui avait tenté de l'insérer dans le cinéma pour qu'il ne cède pas à sa passion de l'aéronautique.

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Pour le personnage de l'ancienne Mme Muller, c'est Géraldine Chaplin qui a été retenue. Soupçonné de bénéficier du piston puisque fille du grand Charlie, elle débute au cinéma sous les regards circonspects de la critique mais s'avère finalement bonne comédienne, et sa carrière, qui continua fort bien, sera consistante.

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La majeure partie du film se déroulant en huis-clos avec ces trois acteurs, les autres comédiens n'ont pour la plupart que des rôles sommaires. Le plus présent est encore le fidèle Paul Préboist, ici en journaliste qui commente les opérations de sauvetage pour la radio. Hans Meyer possède le physique adéquat pour interpréter le militaire jaloux, ex-mari de l'autostoppeuse.

Alice Sapritch, c'est Lucienne, la femme de Roubier. Eh oui, parmi les nombreuses comédiennes qui ont joué la femme de Fufu à l'écran, on compte même Alice Sapritch... Le frère de Lucienne, un ecclésiastique, est interprété par Roland Armontel.

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Franco Volpi, c'est l'entrepreneur italien, Fernand Sardou l'adjudant-chef, Daniel Bellus le sauveteur alpiniste, Danielle Durou la jeune fille du film d'épouvante, et Jean-Jacques Delbo le yachtman ivre.

Le speaker de la télévision est incarné par Pascal Mazotti, déjà vu avec De Funès sur Hibernatus. Le reporter de télévision par Jean Hebey, le brigadier par Jean Panisse, M. Lejeune par Charles Bayard, et le cafetier par Fransined.

Le réalisateur Serge Korber semble avoir voulu singer Hitchcock en faisant une apparition en caméo dans la scène de l'inauguration.

TEMPS FORTS :

Très peu de bons moments dans cette piteuse production. Seul le début du film, montrant le caractère malhonnête et manipulateur de Roubier, pouvant faire illusion.

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Dans la partie la plus longue, le huis-clos dans la voiture, c'est encore le gag de Louis de Funès essayant de boire l'eau du lave-glace qui semble le plus acceptable, seul susceptible d'arracher un sourire.

Rien à signaler dans la partie finale, celle du sauvetage, à un moment où même les inconditionnels de Louis de Funès auront selon toute vraisemblance déjà décroché.

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POINTS FAIBLES :

Hormis les quelques rares passages cités dans les temps forts, les points faibles sont constitués par tout le reste, donc approximativement par l'ensemble du film.

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On peut toutefois nuancer car, non seulement le scénario est indigeste, mais de surcroît sa courbe de médiocrité suit une progression exponentielle pour atteindre dans la partie finale une nullité, certes plus exceptionnelle de nos jours, mais rare pour l'époque (quoique...).

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Les séquences de début, avant l'accident, sont acceptables, puis le décrochage a lieu lors de cet interminable huis-clos entre les trois personnages dans la décapotable. Les pseudos gags s'épuisent rapidement, pour preuve cette scène ridicule du film d'épouvante, pas drôle du tout.

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On se dit que la découverte des « naufragés » est une bonne occasion de relancer l'action et le scénario, mais c'est le contraire qui se produit. La diversion du mari jaloux ne fait pas illusion longtemps et le film part complètement dans le n'importe quoi. En plus, Louis de Funès est de moins en moins présent ; on a l'impression que lors de cette partie finale, c'est Paul Préboist qui est devenu le principal acteur.

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Quant à la conclusion, elle ne rehausse pas le niveau. Cet hélicoptère qui entraîne les rescapés jusque sur une île déserte, c'est à la hauteur de ce qui précède, c'est-à-dire consternant.

Le meilleur conseil que l'on peut donc donner à quelqu'un qui ne connaîtrait pas le film est de ne pas le regarder. A quoi ça sert de perdre une heure et demie ?

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ACCUEIL :

Alors que les investissements ont été importants, le film rencontre un échec cuisant, d'ailleurs parfaitement mérité, avec seulement 1 600 000 spectateurs, score dérisoire pour un film de Louis de Funès. Ce dernier en tirera les conclusions logiques en se tournant à nouveau vers la valeur sûre Gérard Oury pour la suite de sa carrière.

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SYNTHÈSE :

Le pire des films sur la partie la plus connue de la carrière de Fufu. A oublier bien vite.

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Captures et séquences cultes réalisées par Steed3003.