Saison 1 Volume 3Saison 2 Volume 2

Le Virginien

Saison 2 - Volune 1


1. RIDE A DARK TRAIL 
INÉDIT EN FRANCE

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

Histoire d’Arthur Browne Jr. Adaptation : E.M. Parsons. Réalisation : John Peyser.

Résumé :

Le virginien raconte à un jeune homme ivre de vengeance, Lon, l’histoire de Trampas. Son arrivée au ranch Shiloh, sa rencontre avec le juge Garth, Steve et le virginien.

Critique :

Il s’agit, par le biais d’un flash back d’une très longue durée (1h00 sur 1h12), d’une manière de nous présenter un véritable pilote de la série. Nous y assistons à la première rencontre de Trampas avec le juge Henry Garth, ainsi que Steve et le virginien.

On ne s’ennuie pas une seconde dans ce qui ressemble davantage à un long-métrage pour le grand écran qu’à un épisode de série TV. Si par son métier et son talent, Lee J. Cobb domine largement la distribution en juge, Doug McClure et James Drury nous épatent. Au cours de la première saison, ils ne nous avaient pas habitués à de tels numéros d’acteur.

On apprend que le père de Trampas se prénommait Frank (On ne sait jamais en revanche celui du fils), qu’il a été tué par le juge Garth lequel a agi en état de légitime défense. Le récit du virginien à Lon prend consistance devant nos yeux comme si l’action se déroulait à l’instant présent. On se croit bien souvent en pleine tragédie grecque : Garth sauve Trampas de la noyade, alors que ce dernier ivre de haine ignore qu’il est l’homme qu’il s’est juré d’abattre.

Trampas nous est montré ici comme un personnage futile, tricheur au jeux (cartes, dés), menant une vie chaotique, capable de frapper son père, et ce n’est pas une mince affaire que de nous le transformer à la fin en l’un des héros de la saga.

On regrettera, si l’on excepte des entraîneuses de saloon plus très jeunes, l’absence totale de personnage féminin dans l’intrigue. Royal Dano illustre, avec le rôle de Faraway, la mauvaise conscience de Trampas. Par la faute de ce dernier, il est à moitié dévoré par des loups.

Or, Faraway est le seul à avoir fait preuve de quelque compassion envers le jeune homme.

Nous sommes à des lieues de la protection des loups, ici présentés comme des créatures sauvages et sanguinaires qu’il convient de tuer à moins d’être dévoré. Le juge déclare qu’ils sont pires que les voleurs de bétail, et comparables aux ours. Ce premier épisode de la saison 2, diffusé le 18 septembre 1963 sur NBC et est resté inédit dans nos contrées. Il est très violent (Le sang, en couleurs, lors de l’attaque de Faraway par les loups confirme que Le Virginien contrairement à une idée reçue n’est pas destiné à un jeune public.

L’autre héros de la série, Steve (Gary Clarke) est présent mais le personnage est moins fouillé, tout au plus remarque-t-on son hostilité à Trampas. On a du mal en voyant cet opus à imaginer les héros chevauchant de concert ensemble au générique.

La mise en scène est absolument superbe et dispose de moyens importants, destinés à en mettre plein la vue au spectateur. Le Virginien est une véritable incitation, en 1963, à acheter un récepteur de télévision en couleurs, car en noir et blanc, on perd beaucoup de la splendeur de ce joyau.

Série d’une autre époque, qui en fonction du politiquement correct ne serait plus programmée aujourd’hui, elle vante les vertus du travail et du courage. Elle donne une idée assez probante de ce que furent la vie des pionniers de l’Amérique. Dans ce monde, la lâcheté et la tricherie n’ont pas de place. C’est un peu tout ce que symbolise durant les trois quarts du métrage Trampas, un garçon futile et égoïste, qui va devenir un homme mais au prix de sang, de violence et d’innocentes victimes dont Faraway n’est pas la moindre.

On est scotchés devant le petit écran durant 1h12 sans jamais regarder sa montre. C’est de la très grande télévision, je serais tenté de dire « presque du cinéma ». Un bon western, avec une intrigue solide, une interprétation prodigieuse. On applaudit la pirouette des scénaristes d’avoir fait, après une saison de trente épisodes, un pilote que l’on pourrait d’ailleurs regarder avant la saison 1 tant il introduit bien le téléspectateur au monde du Virginien.

Anecdotes :

  • Peu d’éléments sont tirés, contrairement à ce que l’on pourrait penser, du roman Le Virginien d’Owen Wister, dont la série est inspirée. Dans le roman, le virginien arrive après Trampas au ranch Shiloh. Trampas d’ailleurs est un bad guy qui trouve la mort au terme d’un affrontement avec le héros. En revanche, les scénaristes se sont assez inspirés du livre pour le personnage du juge Henry Garth.

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2. TO MAKE THIS PLACE REMEMBER
INÉDIT EN FRANCE

Scénario : Harold Swanton. Réalisation : Robert Ellis Miller.

Résumé :

Le juge Garth se rend dans une petite ville où un jeune homme dont il a payé les études a été lynché, accusé de meurtre.

Critique :

Cet épisode n’appartient pas au genre western, mais pourrait figurer dans Perry Mason . C’est en effet un procès passionnant qui nous est proposé sans le virginien ni Trampas. En ce sens, la série est une anthologie puisqu’elle permet, d’un épisode à l’autre, de passer à un nouveau genre de récit.

Sans problème, Lee J. Cobb domine l’opus en juge Garth, voulant ramener quelque raison et idée de justice auprès d’habitants d’une petite bourgade haineux et partisans du lynchage. Il est prévisible, dès les premières images, que la victime était non coupable.

Le juge retrouve un de ses meilleurs amis dans ce contexte, Frank Sturgis (John Dehner). Il n’y a pas d’action, comme dans toutes les histoires de procès. Ce sont les joutes oratoires qui les remplacent.

Audacieux pour 1963, le scénario nous dépeint un homme qui a été jugé sur ses origines sociales, la mère étant une entraîneuse de saloon.

To make this place remember rappelle beaucoup le film de John Sturges Un homme est passé (1955) avec Spencer Tracy et Anne Francis, la violence en moins. L’exploit de cet épisode est de nous tenir en haleine 1h12 sans jamais sombrer dans l’ennui.

Lee J. Cobb insuffle à son personnage de juge une sorte de force tranquille. Garth symbolise l’homme foncièrement bon et juste, qui ne se laisse pas influencer par la haine. Il est la voix de la raison. On se doute qu’après la saison 4, son départ va cruellement se faire sentir dans la série.

Anecdotes :

  • Pour situer temporellement la série, la victime a eu son diplôme le 30 juillet 1882.

  • John Dehner (1915-1992) a tourné dans Doris Comédie, Le jour du dauphin, Ces garçons qui venaient du Brésil et Y-a-il enfin un pilote dans l’avion ?

  • Joan Blondell (1906-1979) qui incarne la mère de l’homme lynché a commencé sa carrière en 1930. On retiendra d’elle L’ennemi Public, Le retour de Trooper, Le lys de Brooklyn et Grease.

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3. EN SOUVENIR DU PASSÉ
(NO TEARS FOR SAVANNAH)

Histoire de William R. Cox. Adaptation : Carey Wilber. Réalisation : Don McDougall.

Résumé :

Le virginien se rend dans une petite ville, Santa Rita, afin de récupérer le montant d’un chèque sans provisions. Il retrouve à cette occasion son ancienne fiancée Cathy, devenue patronne de saloon. Elle est peu après accusée de meurtre du fils à papa auteur du chèque. Le père très puissant veut la pendaison de Cathy.

Critique :

Devant assurer des scènes intimistes et psychologiques, James Drury se trouve en difficulté, il est bien plus à l’aise dans les chevauchées et les bagarres.

Face à Gena Rowlands, comédienne de grand talent, le jeu de Drury est faible. Heureusement, Lee J. Cobb arrive à la rescousse. Il est le grand comédien de la série, ce qui est évident à chacune de ses apparitions.

C’est à nouveau un opus de procès judiciaire comme le précédent, du moins dans sa première partie. En procureur, Harold Gould est odieux à souhait, et fait preuve de son talent habituel. Le scénario cependant est assez caricatural. Les personnages sont peu crédibles, avec des traits trop appuyés.

Vaughn Taylor en juge Shelly pris sous la coupe du père de l’homme dont Cathy est accusé du meurtre, manque de conviction en raison d’un script mélodramatique. Gena Rowlands ne peut faire preuve de son talent, l’écriture de son personnage l’obligeant à jouer des rebondissements improbables.

Cet épisode a bien vieilli. La réalisation grandiloquente multiplie les effets faciles. Plusieurs scènes en extérieurs ne font plus illusion aujourd’hui (rochers et décors de carton pâte). Les studios Universal sont un peu trop mis à contribution.

Dès que le juge Garth, soit Lee J. Cobb disparaît, la faiblesse de Drury revient comme une évidence. On ne croit jamais à la romance Savannah/le virginien. Gena Rowlands doit passer du personnage de patronne de saloon à celle d’ingénue, ce qui relève du grand écart périlleux. Une musique sirupeuse avec violons vient alourdir l’aspect mélodrame.

La suite traîne en longueur. Le spectateur regarde sa montre et s’ennuie. Le twist final est téléphoné. Sans la prestation de Cobb, l’opus écoperait de la note minimale.

Anecdotes :

  • La romance de Cathy Devlin et du virginien date de sept ans avant l’épisode.

  • Gena Rowlands (1930-) qui fut l’épouse du réalisateur John Cassavetes reste célèbre pour Une femme sous influence, Gloria, Une nuit sur Terre.

  • Harold Gould (1923-2010) est connu pour son rôle de mafioso Honore Vashon dans quatre épisodes de Hawaii Police d’état.

  • Le doublage français est approximatif, on note le mouvement des lèvres non synchronisés particulièrement évident. 

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4. LE TUEUR
(A KILLER IN TOWN)

Scénario : Bob et Wanda Duncan. Réalisation : John English.

Résumé :

Un chasseur de primes soupçonne un accident de chariot qui a causé la mort d’un homme d’être en fait un assassinat déguisé. Et selon lui, Trampas est le meurtrier.

Critique :

Série collégiale dont le titre n’est finalement pas excellent (The men from Shiloh titre utilisé pour la saison 9 est meilleur), Le Virginien met tour à tour en vedette l’un des protagonistes : le juge, Trampas, Steve Hill ou le virginien.

C’est Trampas qui est ici le principal protagoniste. Il est soupçonné d’être un tueur recherché par un certain George Wolfe (Broderick Crawford), chasseur de primes. Wolfe pense que Trampas a tué son indicateur en aidant à le dégager un soir d’orage de sous son chariot.

Le scénario du couple Bob et Wanda Duncan est ingénieux. La thèse de l’accident est remise en question par Wolfe, un homme cruel et vicieux auquel Broderick Crawford apporte son épaisseur et son talent. Le script astucieux se révèle sous la forme de plusieurs tiroirs. Le passé de Trampas est ici habilement mis en lumière.

Une deuxième intrigue impliquant une épidémie pour fièvre typhoïde vient se superposer au reste. Betsy, la fille du juge, est atteinte. Cela écarte pendant un temps le personnage de Wolfe.

On évite l’écueil du mélodrame avec une histoire solide. Trampas est innocenté au profit d’un personnage dont on est à mille lieues de se douter qu’il est un criminel en fuite. Ce spoiler est bien entendu la clé de l’épisode.

Le point faible de la distribution est Gary Clarke en Steve. Le comédien semble trop sûr de lui. Or, il joue faux. Il affiche en permanence une arrogance qui finit par lasser. La fin est poignante, faisant triompher la justice et les bons sentiments. Les comédiens jouent sur du velours à partir d’un scénario en béton. Il y a certes quelques rebondissements, mais l’on évite de tomber dans les invraisemblances, et Le tueur relève plus du film policier à énigme que du western, accréditant la thèse que la série est une anthologie.

On passe un moment vraiment agréable et Broderick Crawford apporte une plus value incontestable à l’ensemble.

Anecdotes :

  • Broderick Crawford (1911-1986) a joué dans Il bidone de Fellini et l’épisode de Banacek : la croix de Madère.

  • Retour de Roberta Shore en fille du juge Garth.

  • Le juge Garth déteste les chasseurs de primes.

  • Les scénaristes Bob et Wanda Duncan ont œuvré pour L’immortel (avec Christopher George), Au cœur du temps, Perdus dans l’espace.

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5. THE EVIL THAT MEN DO
INÉDIT EN FRANCE

Scénario : Frank Chase. Réalisation : Stuart Heisler.

Résumé :

Le juge Garth décide de donner une chance de réinsertion à un jeune homme passé directement de l’orphelinat au bagne, et qui peut bénéficier d’une liberté conditionnelle.

Critique :

Cet épisode, sans conteste le meilleur depuis le pilote de la saison 1, doit tout à l’interprétation magistrale de Robert Redford qui triomphe d’un scénario mièvre pour nous donner une grande leçon de comédie et nous scotcher durant 72 minutes devant le petit écran.

En effet, le scénariste a chargé la mule : Matthew Cordell a été abandonné à la naissance, et le seul objet qu’on lui ait jamais donné en signe d’amour fut – enfant – un petit soldat de plomb par une femme qui a hésité à l’adopter pour finalement le laisser dans l’enfer. Aussi, le jour où un autre garçon lui a cassé son jouet, Matthew a-t-il tenté de le tuer et il purge une peine de prison à vie dans un bagne.

Lorsqu’il tourne cet épisode, Robert Redford est dans le métier depuis trois ans : on l’a vu dans Maverick, Perry Mason, Alfred Hitchcock présente, La quatrième dimension et les Incorruptibles. C’est son avant-dernier rôle à la télévision, l’année suivante il passe au cinéma et crève l’écran. On peut donner un bonnet d’âne aux programmateurs de l’ORTF d’avoir eu la sottise de ne pas choisir cet épisode pour la diffusion française dès 1966, Robert Redford étant déjà alors connu pour La poursuite impitoyable et Propriété interdite (avec Natalie Wood).

La réinsertion est un éternel sujet toujours d’actualité. Cet épisode pourrait être tourné aujourd’hui sans aucun souci. Mais la performance de Redford, beau comme un dieu mais jouant avec une maîtrise évidente, est stupéfiante. Il fallait un talent énorme pour sortir de ce script larmoyant et manichéen avec les honneurs et faire une composition sobre, toute en retenue, et démontrant un talent indéniable au point que dans la distribution, seul Lee J. Cobb est à son niveau.

On devine le cheminement de l’épisode, les nombreux clichés, la réinsertion qui tient de la mission impossible. Redford magnétise la caméra, attirant toute l’attention sur lui. Son jeu est absolument éblouissant, et parvenir à rendre crédible Matthew Cordell, là où un Michael Landon aurait fait pleurer dans les chaumières, n’était pas gagné d’avance.

Bien entendu, les scènes qui l’opposent à James Drury, au talent limité, sont cruelles pour ce dernier. Robert Redford a déjà le talent de L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux alors qu’il est seulement âgé de 27 ans en 1963. Il est censé incarner un personnage de son âge puisqu’au sortir de l’orphelinat (à 15 ans), il a écopé de onze années de bagne.

Au ranch Shiloh, Cordell va faire des ravages, manquer un tuer un cowboy, mais aussi sauver un cheval de Betsy que le virginien voulait abattre. La vie a fait de lui un démon, mais le juge, en lui donnant sa chance, fera émerger l’être « normal » qu’il aurait pu être. Pour nous montrer cette mutation, Redford adopte un jeu réservé, subtil, doté d’un talent qui n’égale que son physique. Les dieux se sont penchés sur le berceau de cet homme vraiment gâté par la vie. Dire que c’est un très grand comédien n’est pas un scoop, mais à le voir dans ce téléfilm, on mesure l’étendue de la frustration qu’il pouvait ressentir : il avait déjà en 1963 l’étoffe et le calibre de tête d’affiche du septième art.

Redford nous fait oublier les péripéties improbables du chemin de croix et de rédemption de Matthew Cordell. Ses scènes avec Lee J. Cobb sont un régal. Les autres comédiens (Doug McClure a l’énorme chance d’être absent) sont totalement inexistants. Drury n’est convaincant que dans les scènes d’action et il y en a peu dans cet opus, Gary Clarke et Roberta Shore se prennent très au sérieux. Redford lui est tout simplement génial et l’on a d’yeux que pour lui. Il le mérite grandement. Il fait un sans fautes total.

Anecdotes : 

  • Robert Redford (1936-) acteur, producteur, réalisateur est une légende du cinéma. Il suffit de citer Butch Cassidy et le kid, l’Arnaque, Les hommes du Président, Out of Africa, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.

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6. IT TAKES A BIG MAN 
INÉDIT EN FRANCE

Scénario : Harry Kronman. Réalisation : Bernard McEveety.

Résumé :

Un ami du juge lui confie l’un de ses fils, indomptable, afin qu’il en fasse un homme. Mais le garçon en question, une petite frappe, se montre odieux jusqu’au jour où Trampas est obligé de le tuer.



Critique :

Dans le précédent épisode, nous avions un scénario fragile, et une interprétation en or. Ici, pas de miracle côté distribution. Ryan O’Neal, vedette surestimée de Love story n’est pour rien dans la réussite de l’opus. C’est le scénariste qui a mijoté une tragédie grecque dont le far West n’est que le décor.

Wade Anders (Llyod Nolan) est un vieil ami du juge Garth. Il a deux enfants dont Hank dont il a peur. Un garçon violent, instable, tout le contraire de son frère effacé Ben (Ryan O’Neal). Wade confie Hank au juge Garth afin qu’il le dresse. Le larron n’arrête pas de provoquer au point de se faire mettre à la porte de Shiloh, ce qu’il souhaitait depuis le début. Mais il provoque Trampas qui doit le tuer pour sauver sa vie, en état de légitime défense. Dès lors, Wade Anders jure de se venger de son vieil ami le juge, et surtout de tuer Trampas. Ravagé par la peine, il ne se rend pas compte qu’il n’a jamais témoigné le moindre amour à Ben, pourtant gentil, se concentrant sur l’indomptable fauve qu’était Hank.

L’épisode aborde le racisme, qui n’est pas chose coutumière dans la série, Hank détestant les métis et les indiens. Si Llyod Nolan assure son rôle de patriarche dépassé, Ryan O’Neal ne se démène guère pour nous convaincre. Il est vrai que Chris Robinson prend toute la place en Hank, jusqu’au moment du duel fatal avec Trampas. Véritable tête à claques, lâche et écorché vif, se sachant fils d’une squaw (et donc demi-frère de Ben, un secret de famille bien caché qu’il a percé à jour), il en veut à la Terre entière. Il fera, une fois mort,  culpabiliser Betsy qui a repoussé ses avances mais se reprochera de ne pas avoir été aimable.

Hank ne nous fait guère pleurer sur son sort tant le personnage est détestable, ce que Chris Robinson restitue parfaitement à l’image. Llyod Nolan est brillant en père dépassé par les évènements, quasi paralysé des mains, faisant le malheur de ses deux fils. Si la première partie de l’opus se concentre sur son amitié avec le juge, c’est ensuite la haine qui anime le personnage, tant envers le malheureux Trampas qui n’a fait que se défendre qu’à l’adresse de Garth. Lee J. Cobb est comme d’habitude brillant, Gary Clarke énervant au possible de prétention et James Drury se contente de faire des apparitions, une mission loin de Medecine Bow arrivant à point nommé pour l’éclipser de l’action.

J’ai passé un excellent moment, sans une seconde d’ennui, l’épisode se découpant nettement en deux parties, avant et après la mort de Hank. On se gardera de dévoiler la fin surprenante qui vient couronner un script et une réalisation sans failles.

Anecdotes :

Chris Robinson (1938-) tourne toujours. Il a tenu des rôles récurrents dans deux soap-opera Hôpital central et Amour, gloire et beauté.

Lloyd Nolan (1902-1985) a tourné jusqu’à la fin de sa vie, son dernier film Hannah et ses sœurs sortant un an après sa mort.

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7. UNE VIEILLE CONNAISSANCE
(BROTHER THADDEUS)

Scénario : William Fay. Réalisation : John English.

Résumé :

Willy Kane, un ex gangster raté, revient à Medecine Bow comme curé. Un de ses anciens comparses, Benny, de mèche avec un certain Homer Slattery qui prépare un mauvais coup, le reconnaît.

Critique :

Le genre comédie se marie mal avec la série, contrairement au mystère, au drame, à la tragédie, aux suspenses et aux scènes de procès. Le premier quart d’heure est assez difficile à supporter. Les mimiques d’Albert Salmi en frère Thaddeus font sourire une fois, mais deviennent vite lassantes.

C’est à partir du moment où Joe Maross en Homer Slattery apparaît que notre intérêt se développe. Mais trop de temps a été gaspillé en scènes inutiles pour que l’opus soit un chef d’œuvre  . Trampas et Steve ne sont pas en forme. L’amour de Trampas envers la chanteuse Floss (Kathie Browne), femme tourmentée sous la coupe de Slattery, font basculer la farce dans le drame. Ce déséquilibre de ton dans l’épisode, avec un Albert Sami cabotin jamais crédible, fait perdre toute efficacité à l’intrigue. Vers la fin de l’épisode, Willy/Sami change radicalement de rôle, passant de l’abruti au héros. C’est un retournement de situation improbable, et le comédien ne fait pas dans la subtilité.

Le manque d’action, la lenteur de l’histoire, font de cet épisode un film plutôt ennuyeux. Kathie Browne est particulièrement émouvante en chanteuse de cabaret Floss, et relève le niveau de l’interprétation du reste de la distribution.

Lee J. Cobb se contente d’une simple apparition (tout comme sa « fille » Roberta Shore) et Doug McClure ne nous paraît pas à la hauteur pour maintenir la tension. Les décors en studios sont un véritable désastre. Par rapport à la moyenne de la série, cet épisode est le parent pauvre. On remarque qu’une scène n’a pas été doublée (donc occultée de la diffusion française) et l’on se demande bien pourquoi. Elle est présente dans cette édition restaurée.

La pauvreté scénaristique de toute la fin est censée être cachée par une longue fusillade destinée à meubler le temps. On sauvera de ce ratage la scène des retrouvailles de Trampas et de la danseuse Floss, mais pour tenir 75 minutes c’est léger.

Anecdotes :

  • Kathie Browne (1930-2003) est une actrice de télévision vue dans Les mystères de l’ouest, Star Trek, Mannix, La croisière s’amuse, Banacek, L’homme de fer, Sam Cade. Elle était l’épouse de Darren Mc Gavin, héros de Dossiers brûlants The night stalker.

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8. MARIE VALONNE
(A PORTRAIT OF MARIE VALLONE)

Scénario : Dean Riesner. Réalisation : Earl Bellamy.

Résumé :

Le virginien et Steve sont à la Nouvelle Orléans pour vendre un troupeau. Le virginien flirte avec une femme de la haute société, Marie Valonne, qui cache d’importants secrets. La police est en effervescence suite à l’assassinat d’un magistrat. Marie disparaît.

Critique :

Le virginien amoureux avec un James Drury trop rude pour vraiment nous émouvoir. L’épisode est un mélange de policier et de romance. Cela ne convient guère à James Drury, plus à l’aise dans les chevauchées et les bagarres.

Madlyn Rhue en Marie Valonne ne rend pas l’histoire passionnante. Peter Mark Richman en Johnny Madrid, un notable local propriétaire qui jadis engagea comme chanteuse Marie et en fit sa maîtresse, semble avoir de l’influence sur la police. Cette intrigue embrouillée au bout de quarante cinq minutes nous plonge dans la perplexité, sans jamais nous passionner.

Johnny Madrid s’avère être un ancêtre des mafieux. On s’ennuie ferme et l’enquête officieuse et privée du virginien pour retrouver Marie Valonne en marge de la police est tout sauf palpitante. Même Richman, habituellement brillant, semble peu inspiré en Johnny Madrid. Ce n’est pas un scénario pour la série. Le réalisateur est bien en peine, en raison d’un tournage aux studios Universal, d’illustrer la Nouvelle-Orléans.

Histoire mélodramatique et à l’eau de rose, Marie Vallone déconcerte le spectateur. L’épisode est construit en nombreux flash-back venant éclairer à la fois le spectateur et le héros sur l’histoire de Marie, tombée sous la coupe de Madrid.

Le script aurait convenu aux Incorruptibles avec la rivalité entre leaders du monde du crime. Marie devient un enjeu convoité et se voit livrée de force à des monstres. Big Jim Todd (Ken Lynch) se révèle un juge corrompu et le chef de Johnny Madrid. On se désintéresse du sort du virginien pour nous montrer la corruption de la police. Si cette analyse de l’implantation de la mafia aux Etats-Unis est élaborée de façon convaincante, c’est totalement hors sujet dans notre série western. Le virginien n’est pas Eliot Ness, et pour avoir voulu s’y risquer, il va provoquer bien des drames.

On préfère, et de loin, les épisodes qui se situent au ranch Shiloh.

Anecdotes :

  • Peter Mark Richman (1927-) faisait sa première apparition dans la série, dans laquelle il reviendra dans trois autres épisodes dans d’autres rôles (saison 3, 5 et 9).

  • Madlyn Rhue (1935-2003) elle aussi refera une apparition dans la saison 9.

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9. RUN QUIET
 INÉDIT EN FRANCE

Scénario : Norman Katkoy et Ed Adamson. Réalisation : Herschel Daugherty.

Résumé :

Steve prend sous son aile Judd, un sourd-muet rejeté de tous,  et le fait engager au ranch Shiloh. Bien mauvaise idée car l’homme va lui causer des tas d’ennuis. Il est même suspecté de meurtre.

Critique :

Belle interprétation de Clu Gulager, ici le simple d’esprit Judd, mais qui reviendra des saisons 3 à 6 dans le rôle du shérif Emmet Ryker. Il trouve le ton juste et n’en fait pas trop. En temps de présence à l’écran, on le voit bien davantage que Steve et le virginien.

Gary Clarke joue mieux que d’habitude, son personnage de Steve Hill est mieux écrit et a davantage d’épaisseur. C’est son épisode, le virginien et Betsy ne faisant que des apparitions au début, Trampas et le juge Garth étant aux abonnés absents.

Le film se découpe nettement en deux parties : avant et après la fausse accusation de meurtre. Rien ne nous est épargné avec les poncifs et clichés sur le rejet des handicapés. Mais Clu Gulager évite les pièges et nous propose une superbe interprétation rendant crédible l’histoire. Si l’enquête trouve son aboutissement, on regrettera la fin quelque peu bâclée. Nous sommes en 1963 et la télévision américaine est encore empreinte d’une volonté moralisante.

Les décors servent une mise en scène soignée, qui est bien davantage ce que l’on attend (un western en couleurs) que Marie Valonne.

Dans le rôle de Ruth Ferris, femme qui a perdu ses illusions, Gail Kobe s’en sort avec les honneurs, ne tombant jamais dans la mièvrerie. C’est Ruth qui apprivoisera Judd, accordant du crédit à ce qu’il arrive à communiquer. On passe un excellent moment, sans jamais regarder sa montre, signe d’un bon opus de la série.

Il n’était pas gagné d’avance de mettre en avant un seul (et le moins bon) des protagonistes de la série, Gary Clarke. Le pari est réussi. Le scénario relève du genre policier, avec l’énigme du meurtre du joueur professionnel de cartes dont est faussement accusé Judd. Run Quiet méritait nettement mieux une version française que Marie Valonne.

Le Virginien peut sembler une série inégale, en fait, c’est le principe de l’anthologie, les épisodes sont très indépendants les uns des autres, avec plus ou moins de réussite lorsque certains thèmes sont abordés. Avec son équipe collégiale de héros, on se rapproche en effet davantage d’une simili-anthologie plus qu’une vraie série western.

Anecdotes :

  • Depuis l’épisode The evil that men do, L.Q Jones tient le rôle récurrent d’Andy au ranch.

  • Gail Kobe (1932-2013) est surtout connue pour les soaps Haine et passion et Amour, gloire et beauté.

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10. INTERMÈDE À MEDECINE BOW
(STOPOVER IN A WESTERN TOWN)

 

 

Scénario : Carey Wilber. Réalisation : Richard L. Bare.

Résumé :

Un train se trouve immobilisé à Medecine Bow en raison d’un éboulement du pont. Il transporte une jeune femme, Caroline Witman, qui en profite pour faire la connaissance d’un ami du Virginien, Tolliver et résider un certain temps en ville.

Critique :

Il s’agit, au début, d’une comédie, genre qui réussit peu à la série. Dans le rôle de Caroline, jeune femme stricte d’une bonne famille, Joan Freeman ne manque pas de piment et illustre son interprétation d’une fougue et d’un dynamisme étonnant. Dick York est Jeff Tolliver, personnage pittoresque qui arrive dans le train porté par quatre entraîneuses de saloon complètement ivre.

C’est l’émancipation de Caroline qui sert de fondement au script. Le virginien la traite de pauvre petite fille riche. Bien que très jolie, Caroline l’agace fortement avec ses manières et ses agissements sans penser aux conséquences.

Le scénario part dans des directions légères et futiles, et le spectateur a du mal à se passionner à l’ensemble. Ce sera un peu toujours le cas avec les épisodes comédie du Virginien.

Pour donner une tonalité dramatique, on évoque une association d’éleveurs de vigiles voulant protéger leurs propriétés. L’épisode alterne donc scènes de marivaudage et de tension dramatique. Pour séduire Caroline, Tolliver va franchir les frontières de la légalité. A ce moment là, la narration bascule dans le drame. Il n’est plus du tout question de rire, et l’introduction du film dans le compartiment du train est un lointain souvenir.

En amoureux transi d’une fille de riche prêt à voler et tuer, Dick York est vraiment convaincant. Jusqu’à la tragédie. Pour une fois, sorti de ses expressions de cowboy, James Drury est bouleversant. Son personnage n’a pas compris qu’il était aimé par Caroline qui par ses manipulations est le centre de gravité de tous les drames de cet épisode.

Anecdotes :

  • Seul épisode joué par Dick York (1928-1992), le héros de Ma sorcière bien aimée.

  • Alternant cinéma et séries télévisées, Joan Freeman (1942-) était déjà bouleversante dans la saison 1 avec l’épisode Les enfants du diable. On la reverra dans les saisons 3 et 4. Elle a arrêté de tourner au début des années 90. Sa dernière apparition au cinéma sera en 1984 dans Vendredi 13 chapitre final.

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