PrésentationPrésentation

Le Baron

Volume 1


1. IMMUNITÉ DIPLOMATIQUE
(DIPLOMATIC IMMUNITY)

L’épisode est considéré comme le pilote de la série et la scène d’après-générique, qui nous présente le héros dans une situation digne des romans d’espionnage, renforce l’idée que cet opus marque les débuts du Baron. Mannering est reconnu dans un avion à destination de Londres par une dame à l’âge canonique qui s’enquiert auprès de la ravissante hôtesse si l’illustre passager est bien le dénommé John Mannering, alias le Baron, célèbre pour ses antiquités.

Si la dame en question ne peut être décemment taxée de la sorte, elle ne soutient en aucun cas la comparaison avec l’hôtesse qui débarrasse astucieusement notre héros de l’encombrante mégère. Mannering désire la remercier en l’invitant à diner et il répond à la question de la peu farouche demoiselle : “My place, or yours?” par une réplique qui met le téléspectateur dans le bain : “Mine. I’d like to show you my… brass rubbing.” Bigre, bien osé pour l’époque surtout qu’on peut constater qu’il y a vraisemblablement une différence d’âge beaucoup plus importante entre la jeune hôtesse et Mannering qu’entre celui-ci et la vieille emmerdeuse ! Steve Forrest avait la quarantaine lors du tournage mais il parait plus âgé.

L’épisode n’a pas marqué les esprits par l’originalité de son scénario mais il est plaisant à regarder pour son côté années 60 et quelques précieuses scénettes. Il conte le vol d’une babiole Fabergé inestimable à l’intérieur de la boutique londonienne du Baron. Eva Dummel, la jolie chapardeuse (Dora Reisser), est rapidement identifiée grâce aux caméras de surveillance, mais elle est le courrier de l’ambassade de Pamaranea, un pays de l’Est fictif, et possède l’immunité diplomatique. Persuadé par John Alexander Templeton-Green (Colin Gordon, numéro 2 dans deux épisodes du Prisonnier), le chef des services secrets britanniques (un mélange de M et Q qu’on reverra souvent), Mannering est envoyé derrière le Rideau de fer pour pister la voleuse qui a plus d’un larcin de la sorte à son actif dans sa valise diplomatique.

A l’hôtel, après un bon quart d’heure, il fait la connaissance de son contact dans LA séquence de l’épisode – une à classer dans le top five de la série – où l’agent local Cordelia Winfield prend son bain, la cuisse en l’air, dans une pose lascive jamesbondienne. « I'm Cordelia Winfield, your contact in Pamaranea. » « A gorgeous country ». On comprend immédiatement pourquoi les Américains, acheteurs de la série, ont préféré revoir ce personnage, interprété par la magnifique Sue Lloyd, plutôt que l’assistant de Mannering, le palot David Marlowe, joué par le non moins palot Paul Ferris, qui a la particularité de se faire mettre rapidement hors d’état de nuire. C’est le cas dès la séquence pré-générique, lors du vol de la pièce de collection par la jeune femme blonde à perruque rousse qui lui avait présenté une petite boite à poudre spéciale de sa grand-mère.  

Avec l’aide de Cordelia, Mannering retrouve Eva et réduit les suspects à trois en la pistant jusqu’à un immeuble officiel. Le couple s’oppose à un ministre corrompu et collectionneur d’œuvres d’art dérobées qui veut leur faire endosser le meurtre de sa maitresse (la malchanceuse Eva) mais tout finira bien pour nos héros grâce à un enregistrement compromettant. De bonnes scènes d’action agrémentent l’aventure comme le faux chauffeur mais aussi un véritable coup de théâtre avec la découverte du corps d’Eva dans la chambre d’hôtel numéro 38. Mannering ramène Cordelia Winfield dans le monde libre vu que sa couverture est complètement grillée et le ‘Rule Britannia’ qui clôt l’épisode fait penser à celui de Steed entouré de moines.

Dans plusieurs scènes, la Jensen CV8 du Baron est présentée ; la voiture a de la gueule et elle n’a rien à envier à la Volvo du Saint. D’ailleurs, la bonne surprise est les extérieurs avec des rues londoniennes très bien filmées sur une musique superbement sixties d’Astley ; on aperçoit Cleveland Square dans la première séquence. C’est un plaisir de redécouvrir dans ces plans les petites voitures britanniques aujourd’hui mythiques. A l’Est, les véhicules choisis sont les mêmes que ceux des espions bulgares de Bons baisers de Russie ! Par contre, bien évidemment, les scènes montrant des personnages à l’intérieur de voitures sont, comme les séries de l’époque, avec un fond projeté, et la frontière est grossièrement reconstituée en studio.

Une bonne introduction aux relents bondiens, en tout cas dans les gadgets comme le briquet pistolet et la trousse de toilette (j’avais la même adolescent !), mais l’opus est surtout marqué par quelques scènes et la critique caustique de l’Est (le groom, la femme du ministre). Mannering, à l’instar de Templar, est un coureur de jupons et des passages, comme ceux avec l’hôtesse puis dans le taxi et les sous-entendus coquins, seraient estampillés machistes de nos jours. Retenons surtout le vol Fabergé avec la boite à fumée, la présentation de Mannering dans l’avion et, bien entendu, l’apparition de Sue Lloyd/Cordelia Winfield. 

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2. ÉPITAPHE POUR UN HEROS
(EPITAPH FOR A HERO)

John Mannering assiste aux funérailles de Jim Carey, une connaissance qui lui a sauvé la vie durant la guerre (rien à voir avec celui que vous connaissez !), mais le Baron s’aperçoit rapidement que l’individu est bien vivant et que ce subterfuge n’a pour but que de l’attirer dans un plan diabolique, le vol d’un bijou inestimable à l’intérieur d’un musée londonien hautement surveillé. Initialement, le Baron doit servir de receleur mais lorsque Cordelia est capturée, sa participation devient plus active.

Un très bon épisode avec des personnages convaincants, à commencer par Helga, la mastermind…interprétée par Patricia Haines, bien voyante en ciré rouge, ainsi qu’un acteur qui a également joué dans la fabuleuse quatrième saison des Avengers : Artro Morris, disparu en 2014, l’horripilant ventriloque de Comment réussir un assassinat.

L’aventure présente de nombreuses séquences intéressantes telles que l’enterrement du pré-générique : la veuve crache sur la tombe puis deux excentriques typiquement britanniques ricanent, ‘weird people’. Le mystérieux rendez-vous au bain-vapeur qui s’ensuit (avec encore un personnage excentrique) plonge le héros et le téléspectateur dans la perplexité avant que Templeton-Green (que le Baron appelle ‘Temp’) encourage Mannering à infiltrer le gang afin de saborder le plan dont la teneur est encore inconnue. La dette à Carey que doit le Baron est un prétexte pour le persuader à participer.

Cordelia Winfield prend contact avec Mannering dans un train en direction d’Edimbourg et on patiente cette fois une douzaine de minutes avant de découvrir la délicieuse Sue Lloyd lors de la meilleure scène de l’épisode. Oui, oui, faudra vous y habituer ! Après avoir surpris Cordelia au bain lors de l’aventure précédente, Mannering entre dans la cabine, alors que la belle réajuste sa jarretelle, et on a droit à un somptueux échange : « Don't you ever knock? »/ « If I did, I'd miss all that lovely scenery. » Evidemment, le ‘Vous ne frappez donc jamais ?’ est un clin d’œil au premier épisode…Mannering essaie de profiter de la situation en la flattant et en l’invitant à boire un verre dans sa cabine, quitte à la resservir à son insu. Tout en ne refermant pas la porte – sans jeu de mots - sur la proposition du Baron, la malicieuse Cordelia n’est pas dupe et refuse l’invitation à jouer aux cartes ou à ‘quelque chose d’autre’ : « Cards, I don’t mind. It’s the ‘or something’ I’m trying to fight » [les cartes, pourquoi pas. C’est le ‘ou quelque chose d’autre’ qui m’inquiète]. Et elle verrouille sa porte avec un regard coquin. ‘Let’s concentrate on business, please !’.

La fameuse spéculation au sujet de Steed et de Mrs Peel ‘did they or didn’t they ?’ sur le fait qu’ils aient couché ensemble ou non retrouve toute sa saveur dans les relations entre John Mannering et Cordelia Winfield. Si Mannering et Steed n’ont que le prénom en commun – l’agent anglais surclassant l’Américain sur presque tous les tableaux -, Cordelia Winfield/Sue Lloyd n’a pas beaucoup à envier à Mrs Peel/Diana Rigg.

Revenons à l’épisode. Après son extraction du train, le Baron se retrouve isolé dans la Maison des Horreurs d’une fête foraine londonienne en compagnie de la bande d’escrocs en plein préparatifs du fric-frac. Cordelia retrouve finalement sa trace grâce à un radio-transmetteur (la jamesbonderie de l’épisode) avant de se faire attraper. Le gadget permet une scène de suspense lorsqu’il tombe derrière une grille d’égout. Néanmoins, la suite se traine avec le cambriolage qui s’étale sur neuf longues minutes (une séquence tournée en studio) avec alarme neutralisée, gardes gazés, barreaux tordus et tout le tintouin habituel. Par contre, le final est nerveux et assez violent : Mannering abat Carey après avoir appris que ce n’était pas lui qui l’avait sauvé pendant la guerre.

Pour la seconde fois consécutive, l’intrigue tourne autour du vol de joyaux inestimables, ce qui sera souvent le quotidien du Baron, qui est avant tout un collectionneur d’antiquités renommé. Retenons ici les passages du cimetière, du train bien entendu et des préparatifs du larcin avec une excellente Patricia Haines. A noter que cet épisode fut diffusé aux USA sur ABC le 3 février 1966, alors qu’il ne fut présenté que le 5 octobre de la même année en Grande-Bretagne.  

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3. LES RAPACES
(SOMETHING FOR A RAINY DAY)

Le Baron est contacté par Mark Seldon, un escroc qui vient de passer sept années en prison. Il lui demande de négocier avec les assurances la restitution d’un trésor aztèque qu’il a dérobé. Mannering accepte contre un pourcentage, mais la fourbe gérante d’assurance et un duo de truands cupides vont tout faire, chacun de leur côté, pour contrecarrer les plans du Baron et s’emparer de la collection. Les deux malfrats kidnappent Anne, la fille de Seldon, qui servait d’intermédiaire, pour faire office de monnaie d’échange.

Cette aventure très plaisante aux multiples rebondissements se déroule en France et la reconstitution est plutôt réussie, surtout pour l’époque, avec, pour l’occasion, des véhicules bien de chez nous comme une Simca, une Peugeot 404 et la fameuse DS. Il n’y a pas beaucoup de temps mort dans cet épisode mouvementé dont l’action commence à Londres avec la libération d’un vieil homme de la célèbre prison de Wormwood Scrubs ; il est attendu par sa fille mais aussi un duo inquiétant dont les trognes ne sont pas inconnues des fans de séries britanniques : Derek Newark et Patrick Allen, qui est également le ‘bad boy’ dans Chapeau melon et bottes de cuir (Le jeu s’arrête au 13) et le colonel Moran de la série Sherlock Holmes Granada. Si le Baron devra jouer des poings avec ces sinistres individus –excellente scène de combat dans l’escalier avec Allen -, il se méfiera aussi de Charlotte Russell, la sournoise directrice d’assurances interprétée par Lois Maxwell, la Miss Moneypenny des premiers James Bond, qui espère rouler tout le monde et faire économiser de l’argent à la compagnie.

De nombreuses scénettes constituent un ensemble divertissant, bien interprété et à l’humour omniprésent. La meilleure séquence est la rencontre Mannering/ Charlotte; il la prénomme ‘Charley’ car il la trouve sans cœur mais il y a une réelle connivence entre les deux. L’échange de l’épisode est dans ce passage : lorsque le Baron répond à une proposition de ‘mariage commercial’ de Charlotte, soulignant qu’elle a un ordinateur à la place du cœur et qu’il peut facilement s’en acheter un (pourtant à l’époque…), l’agent d’assurance se tourne en dévoilant la lingerie fine qu’elle porte : « Not in a cabinet like this ». J’aime aussi la filature dans Londres de la Jensen du Baron par un taxi londonien commandé par l’homme de main au chapeau melon de Charlotte qui termine bloqué par son propre parapluie dans une cabine téléphonique d’un bureau de poste !

Et Cordelia Winfield dans tout ça me direz-vous ! Elle est présente dès le début lorsque le Baron s’entraine au golf d’intérieur : “The trouble with golfers, they have no sense of humour ». Pour l’occasion, elle apprend qu’elle est engagée comme assistante permanente même si elle ne connaît rien au monde des antiquités, avec la bénédiction de Templeton-Green, qu’on ne voit pas mais qui pense que cela fera une excellente couverture. Cordelia déclare avec un sacré aplomb qu’elle lira quelques livres et qu’elle en saura autant que Mannering dans deux semaines. C’est une nouvelle jubilatoire mais le personnage sera malheureusement absent de quelques épisodes car l’excellente décision américaine de remplacer le transparent David Marlowe s’est faite en cours de production. En tout cas, lors de cette aventure, la pétillante Cordelia a un rôle déterminant dans l’enquête en localisant (facilement) le camping de Seldon et en déduisant sur la carte l’importance de la carrière (où se déroule le final). Cela ne sera pas toujours le cas et certaines critiques britanniques vont jusqu‘à écrire que la valise de McGill a été mieux servie par les scénaristes que Cordelia Winfield !

On craint que sa participation à l’aventure se termine ici à l’aéroport d’Orly, car Mannering la congédie à l’hôtel pour aller seul à son rendez-vous (d’après la carte, au nord d’Etampes, près de Brières ; pas facile à trouver de nuit sans GPS !). Néanmoins, Cordelia se pointe à l’aube en rase campagne dans une 404 accompagnée de Charlotte et tire le Baron d’une mauvaise posture suite à sa rencontre avec le duo de malfrats. La rivalité entre les deux femmes est amusante et la scène au café où Sue Lloyd téléphone et baragouine quelques mots en français avec un fort accent est cocasse tout en faisant avancer l’enquête. A noter qu’elle est affublée de couvre-chefs ridicules, que cela soit le galurin noir (avec son manteau rouge, elle ressemble à un horse-guard !) ou le foulard grand-mère. Quel gâchis ! Il est pourtant précisé au générique que Miss Lloyd est habillée par Wallis. Comptez cependant sur moi pour qu’elle ait droit à son paragraphe dans chaque critique !  

Mark Seldon, interprété par Michael Gwynn - Bill Bassett, l'ami de Steed, dans Noël en février - a la sympathie des téléspectateurs car les véritables méchants sont le duo de bandits prêt à tout pour mettre la main sur le trésor. La place de Charlotte est ambiguë et on apprécie lorsque Cordelia lui subtilise la mallette contenant les biffetons de la récompense dans la dernière scène. A noter que la fameuse séquence de la Jaguar blanche des truands précipitée du haut de la falaise fut tournée initialement pour Le Baron, mais de nombreuses séries ITC ont repris le passage final car le tournage avait coûté cher au studio.

L’aventure bénéficie de beaux extérieurs hivernaux et neigeux qui donnent un cachet à un ensemble distrayant et superbement interprété. Lois Maxwell fait une  prestation remarquable délaissant l’attitude feutrée de Moneypenny et Patrick Allen a toujours  eu de merveilleux rôles de salopards dans toutes les séries auxquelles il a participées. La séquence finale, dont les scènes alternent les extérieurs (la carrière) et le studio (la cache du trésor), a le mérite de rassembler tous les protagonistes  pour un dénouement mouvementé et astucieux. 

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4. LES QUATRE CAVALIERS
(RED HORSE, RED RIDER)

Le Baron se rend au Khakania, un état imaginaire sous régime fasciste en pleine guerre civile, pour prendre possession d’une rare statuette des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, qui doit servir, une fois vendue à Londres, à financer les rebelles. Le plus dur pour Mannering et Savannah, la petite-fille du vieux donateur affaibli surnommé le Père de la nation, est de sortir du pays vivant. En effet, la police secrète est rapidement sur leurs traces et semble avoir toujours un coup d’avance sur le duo qui est devenu un trio avec l’arrivée providentielle de Miros, le chef des insurgés, chargé de guider Mannering et sa protégée jusqu’à la frontière.

On baisse d’un cran avec cette aventure en terre inconnue dans laquelle trop peu de passages enthousiasmants sont à dénombrer. A part les deux scènes d’action – la fusillade au check-point et le défi lancé par Miros au Baron-, l’épisode se traine en longueurs et il n’est guère relevé par les prestations des participants à l’opus. Pourtant, la ravissante Jane Merrow est au générique mais son rôle n’a pas autant d’envergure que ceux qu’elle tient dans l’excellent Double personnalité du Prisonnier et Mission très improbable de Chapeau melon et bottes de cuir.  Aucune scène ne la met en relief et c’est regrettable car cette actrice talentueuse fut pressentie pour succéder à Diana Rigg. Les autres personnages sont soit exaspérants - Miros et son long monologue bouche-trou par exemple -  soit inutiles comme David Marlowe présents dans deux scènes brèves.

Parlons maintenant de Steve Forrest, que j’ai peu évoqué jusqu’à présent, car je voulais voir plusieurs épisodes avant de juger. L’acteur n’est pas charismatique pour deux sous et il ne soutient pas la comparaison avec ses contemporains tels que Steed/Macnee ou Templar/Moore. Mis en parallèle avec un autre Américain évoluant dans la Perfide Albion, l’homme à la valise alias McGill, on ne peut que constater que Richard Bradford, obsédé par la crédibilité de son personnage jusqu’à ignorer ses collègues sur le plateau, est également un cran au-dessus. D’ailleurs, sur les bonus (absents malheureusement de la version française), il est signalé que Baker et Berman, les producteurs, avaient ‘un problème avec Steve Forrest’ car l’acteur était raide et tendu. Cette rigidité se retrouvait dans la démarche bizarre du comédien qui semblait être d’un bloc, un peu comme John Wayne à mon avis. Néanmoins, Forrest s’avère crédible lors des scènes d’action.

Un des bons points de l’épisode est qu’il permet de connaître les origines du surnom du Baron dans la scène post-générique. Alors qu’il se divertit en compagnie d’une ravissante femme blonde docile et soumise, Mannering confie à sa conquête du soir que le terme Baron provient du ranch de son grand-père au Texas. Dans ce même passage, on a droit à une réplique qui passerait difficilement de nos jours lorsque la jeune écervelée est étonnée de l’allure de Mannering pour un type qui s’intéresse à l’art et la peinture : « What did you expect ? Long hair and dirty shirt? » [Qu’est-ce que vous espériez ? Des cheveux longs et une chemise sale ?]. On remarque à l’occasion que l’appartement du Baron est équipé d’une caméra à l’entrée.

Bien que l’épisode présente quelque intérêt et du suspense (‘Must sell four horsemen, contact the Baron at once’) ainsi que deux bonnes scènes d’action, il est néanmoins beaucoup trop bavard, lent à se mettre en route et sans second rôle mémorable. De plus, le déguisement la plupart du temps du Baron en fermier ne convainc pas et le transmetteur est un gimmick du pauvre qui permet aux méchants de ne pas perdre la trace des fuyards. Mais dès la scène du train, Mannering est au courant et la découverte est trop tardive. Dès que le trio abandonne la voiture, les extérieurs sont du studio essentiellement et cela ne redore pas l’ensemble. Pour finir, l’absence de Cordelia Winfield se fait cruellement sentir car il n’y a pas un brin d’humour ou de scénette Avengerish dans cet épisode sérieux à l’intrigue plate, bien en deçà des trois précédents. Il manque l’étincelle Sue Lloyd…

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5. L'ENNEMI DE L'ÉTAT
(ENEMY OF THE STATE)

Toute bonne série d’espionnage des années 60 compte une aventure qui se passe de l’autre côté du Rideau de fer, principalement en République démocratique allemande. C’est clairement stipulé dans l’excellent épisode de L’homme à la valiseQui perd gagne – qui reprend la trame de L’espion qui venait du froid de John Le Carré, le meilleur roman du genre incontestablement.

L’ennemi de l’état se déroule dans le bloc de l’Est et c’est également en RDA, même si le pays n’est jamais mentionné. Plusieurs indices ne trompent pas : le rendez-vous au Bar Koblinz, les uniformes des policiers très ressemblants à ceux des VoPos (Volkspolizei), les accents des deux officiers de l’Est (en V.O.)  et les voitures utilisées, que cela soit la coccinelle rouge ou le van, sont de marque allemande, l’actuellement décriée Volkswagen. Evidemment, des Trabant auraient été plus adéquates ! D’autre part, le final, dont on reparlera, avec les barbelés, les miradors et le fleuve, présente de fortes similitudes avec les tentatives de passages à l’Ouest en traversant à la nage la Spree à Berlin. 

Mannering et son assistante Cordelia sont de passage dans ce ’mystérieux’ pays du bloc communiste pour une exposition d’œuvres d’art. En réalité, comme on l’apprend plus tard, Templeton-Green a chargé le duo de financer le réseau dormant d’espions. Cependant, un de ces hommes de l’ombre s’est fait prendre et a éventé le rendez-vous. Alors que le Baron traine à l’exposition, Cordelia se rend seule au bar avec la valise pleine d’argent et elle tombe dans la souricière tendue par la police secrète qui attendait en fait Mannering. La jolie espionne risque un enfermement prolongé et le Baron ébauche alors un plan audacieux : kidnapper le chef de la police et procéder à un échange.

Après une babiole Fabergé, des bijoux dans un musée londonien, un trésor aztèque et une statuette des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, c’est la plus belle perle que le Baron doit retrouver : son assistante Cordelia. L’aventure est purement ancrée dans le registre espionnage et présente toutes les caractéristiques du genre.

De nombreux personnages agrémentent l’épisode mais ils n’ont pas tous le même intérêt. Passons par exemple sur les deux espions locaux, sans relief. Par contre, Anton Diffring incarne excellemment Szoblik, le chef de la police secrète froid et méthodique au manteau à col de fourrure. Diffring est né en Allemagne (et il est décédé en France) et il joua de nombreux rôles de Nazis sadiques dans sa riche carrière. On aurait aimé revoir ce personnage dans d’autres épisodes! Quant à Joseph Fürst, qui interprète le colonel Bucholz, il était d’origine autrichienne. Le troisième protagoniste qui attire l’attention est la traitresse Claire Bradfield dont les agissements sont rapidement perçus. L’actrice qui tient le rôle est Veronica Strong et ce nom ne doit pas vous dire grand-chose comme ce fut le cas pour moi. Après recherches, je me suis frotté les yeux en constatant qu’elle sera trois ans plus tard la vilaine au mégot qui stigmatise les femmes de ménage dans Amour, quand tu nous tiens des Avengers…Les seconds rôles sont légèrement dessinés avec la rivalité Szoblik (police secrète)/Bucholz (armée) ; ce dernier est ainsi amusé par l’attitude provocatrice de Cordelia à son arrivée au poste et il sortira grandi vis-à-vis de son ‘comrade’ à l’issue de l’aventure. Il y a également les disputes du couple Bradfield qui donnent plus d’épaisseur à ces deux personnages.

Les relations entre Mannering et Cordelia semblent bien plus que professionnelles comme le suggère le colonel. Jamais le Baron n’envisage d’écouter Templeton et de rentrer à Londres sans son assistante qui risque cinq ou six ans de prison avant un éventuel échange ! Le monde de l’espionnage n’est pas régi par les bons sentiments mais par des secrets d’état ; ainsi, Mannering se fait assommer par un allié pour éviter qu’il ne mette en danger le réseau. Le même raisonnement est également de rigueur de l’autre côté comme le souligne Szoblik lorsque Cordelia refuse de signer sa confession : « If things go wrong, you are alone. ». C’est pourquoi la visite de Mannering à Cordelia au poste est le moment fort de l’épisode pour l’authenticité des sentiments partagés par les deux protagonistes. Sue Lloyd retranscrit parfaitement la sensation d’abandon qui est soudainement remplacée par une lueur d’espoir à la venue du Baron, censé être son sauveur. 

Cordelia Winfield remplit sa tâche avec dévouement même si elle aurait dû attendre Mannering qui eut vent de la trahison sur les lieux de l’exposition, ce qu’elle concède. Elle ne manque pas d’aplomb au poste en prétendant que l’argent est le sien : « My holiday money, I’m a very extravagant girl’ et en refusant de signer des aveux d’espionnage très compromettants. Sinon, Sue Lloyd est encore affublée d’un couvre-chef dispensable – une sorte de bonnet rouge phrygien – qu’elle ne porte pas dans les locaux de la police, ce qui met en valeur sa chevelure. 

Les nombreuses scènes intéressantes de l’opus sont la longue séquence de l’interrogatoire à la lumière blafarde (pré-générique, « This man’s knowledge is vital to us. His life isn’t. »), la rencontre fugace de Cordelia avec l’agent manipulé au Bar Koblinz (« Vodka, please »), l’échange émotionnel Mannering/Cordelia décrit plus haut, l’évasion du Baron qui se débarrasse brutalement en voiture de ses deux gardes du corps et le barrage policier dans le village.

Les points négatifs sont l’étrangeté du Baron de s’accrocher à l’arrière de la Coccinelle – Forrest est doublé -  alors que cette acrobatie est peu crédible et ne se justifie pas dans le plan d’enlèvement bancal mais réussi. Et puis, il y a le final où on a l’impression que Dennis Spooner, le scénariste, ne savait pas comment conclure. Szoblik et Bucholz sont enfermés dans le van peu solide tandis que Mannering et Cordelia coupent les barbelés et nagent vers le monde libre sous la mitraille nourrie des soldats. Peu en ont réchappé de la sorte à Berlin ; encore moins coiffé d’un bonnet rouge phrygien, cible idéale ! Malgré ces quelques imperfections, cet épisode change des thèmes précédents et crée une atmosphère de guerre froide convaincante. 

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6.MASCARADE [1/2]
(MASQUERADE)

Cet épisode en deux parties – sorti au cinéma en Allemagne sous le titre original The Man in a Looking Glass – tourne autour d’une histoire de double, un thème qui a souvent inspiré les scénaristes des séries d’espionnage et d’aventure. C’est néanmoins un sujet à manier avec précaution car le résultat n’est pas toujours positif. Précisons-le tout de suite : Masquerade est une réussite, bien que l’intrigue ne soit pas aussi fouillée que celles du somptueux Double personnalité du Prisonnier et Mais qui est Steed ? des Avengers

Un chauffeur conduit John Mannering dans la demeure d’un lord qui l’a convié tardivement pour une affaire pressante. Le Baron est laissé sur place dans la bâtisse apparemment déserte, mais l’aventurier est assommé lors de sa prospection. Pris au piège, il quitte sa cellule par un ingénieux subterfuge et découvre rapidement qu’un double parfait a été créé à son image par un expert en chirurgie esthétique afin de le remplacer. Mannering se substitue à sa réplique et prévient brièvement Cordelia par téléphone. Le gang élimine alors Eddie, le double, pensant avoir exécuté l’original. Jouant son propre rôle, le Baron apprend que le vol des joyaux de la couronne britannique est le but de l’opération organisée par les criminels, alors que Cordelia, qui a découvert la maison sans l’aide de la police, se retrouve prisonnière. 

Cet opus, sans présager de la seconde partie, est un des meilleurs de la série jusqu’à présent, car il associe la préservation du suspense, une solide interprétation et une intrigue originale. Il y a de longs passages sans aucun dialogue comme lorsque Mannering quitte sa cellule pour découvrir les agissements des personnes qui le retiennent. Cela permet d’ailleurs à Astley de nous fournir quelques partitions très sixties. En se débarrassant de sa doublure puis en prévenant Cordelia de son lieu de détention (‘The Gables’), le Baron a toujours la main et il se paye même le luxe de se retrouver à l’air libre mais la volonté de connaitre la vérité l’emporte sur son désir de fuite et il retourne dans sa geôle où il bidouille la serrure à la McGyver.

La distribution est alléchante avec Kenneth J. Warren (Z.Z. von Schnerk de Caméra meurtre) dans le rôle de l’inspecteur Fox-Stuart de Scotland Yard, qui remplaçait Colin Gordon indisponible pour le tournage. On ne perd pas au change car Warren, disparu prématurément à 43 ans, est excellent en policier scrupuleux et déterminé. L’opposition est également bien représentée par Bernard Lee – le meilleur M des Bond - qui est Morgan Travis, le cerveau de l’opération, et l’acteur profite de l’intervalle entre le tournage de deux James Bond pour jouer les ‘bad boys’. Il est secondé par l’énigmatique, dépressif et jaloux médecin Revell, incarné par John Carson, dont l’excellente prestation rappelle par certains côtés son rôle de Fitch, le tueur aux horloges, de Meurtre par téléphone, un autre grand épisode de Chapeau melon et bottes de cuir. Le dernier membre du complot est interprété par une actrice française, Yvonne Furneaux, qui joue la fille de Travis et aguiche les hommes qui lui tournent autour. Bien qu’installée en Angleterre, cette jolie comédienne tourna avec des grands noms du cinéma.

Cordelia Winfield dans une robe Wallis violette à bandes vertes est immédiatement inquiète de la disparition de Mannering et aiguillonne Fox-Stuart dans ses investigations. Cependant, son rôle n’est malheureusement que secondaire, surtout au début de l’enquête. D’ailleurs, lorsqu’elle demande ce qu’elle peut faire, l’inspecteur répond par : « Get some coffee and sandwiches », puis elle est consignée au téléphone. On est loin d’une écriture de personnage à la Mrs Peel ! Néanmoins, elle s’arme d’un pistolet et revêt un manteau de fourrure très élégant pour porter secours au Baron dans la seconde moitié de l’épisode. Elle s’évanouit ensuite après avoir vu deux Mannering : un mort et un vivant (excellente réplique du Baron qui parle comme sa doublure : « Who is this chick ? »). Sue Lloyd est encore une fois superbe et convaincante même si son personnage se situe entre Mrs Peel et Tara King. Mention spéciale également à Steve Forrest qui différencie d’une façon concluante l’attitude des doubles qu’il a à interpréter.

Les autres séquences notables sont l’arrivée du Baron dans la bâtisse déserte (pré-générique), le très long passage sans parole où Mannering parvient à s’échapper de sa cellule et à découvrir son double, la conversation à travers la porte des deux Mannering (« My name is John Mannering »), la tentative de rébellion d’Eddie/Mannering réprimée par Travis et le cri d’horreur de Cordelia à la découverte du cadavre du (faux) Baron dans la remise.

Cette aventure sans temps mort réserve des surprises sur un thème pourtant éculé. Elle bénéficie aussi de superbes photographies du réalisateur Cyril Frankel comme la séquence post-générique filmée d’une voiture dans le centre de Londres (on reconnaît Marble Arch au premier plan). Dennis Spooner et Terry Nation, les deux scénaristes principaux de la série, ont joint leur effort pour fournir cet excellent divertissement dont on a hâte de découvrir la suite….

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7. MASCARADE [2/2]
(THE KILLING)

Les producteurs ont décidé de changer le titre de la seconde partie, un procédé plutôt rare, qui ne fut pas repris dans l’appellation française. Le second opus est dans la lancée du premier, même si je le trouve légèrement en-deçà. 

Il y a deux raisons à cela ; la première est un suspense moins présent car la finalité des criminels est connue et l’intrigue de ce volet se concentre surtout sur les préparatifs du larcin. La seconde concerne la distribution; les excellents Kenneth J. Warren (l’inspecteur Fox-Stuart) et John Carson (le médecin Revell) disparaissent après vingt minutes, même si Carson nous gratifie d’une excellente séquence lorsque son personnage, sous l’emprise de l’alcool, découvre que Mannering n’est pas mort. A leurs places, Frank Martin, un complice, entre en scène, mais le comédien Frank Wolff n’est pas plus convaincant ici que lors de son autre participation à la série dans Les quatre cavaliers et il ne fait pas oublier ses deux collègues.

Dans le reste de la distribution, Bernard Lee, qui personnifie M, le patron de Bond, à la perfection, est moins probant sur la distance en chef de complot impitoyable. C’est donc Revell, la véritable tête pensante malgré son addiction à la boisson ; il a deviné, il soupçonne la raison du changement de son protégé, mais il n’est pas cru par son boss et lorsqu’il détient la preuve, il est trop tard. Tout le monde lève le camp pour se rendre à Londres, théâtre de l’acte final, et la logique aurait voulu que le Baron fasse taire définitivement ce gêneur, mais dans les années 60, un héros ne tue pas de sang-froid ! Il est seulement attaché et bâillonné dans le parc, ce qui permet d’avoir une superbe et unique confrontation Fox-Stuart/Revell où Warren en chapeau et imper sombres a de faux airs de Kojak ! La disparation de ces deux personnages évoquée plus haut  - l’inspecteur ne revient que dans l’ultime scène- permet à la jolie Yvonne Furneaux, qui joue Selina Travis, d’avoir une emprise plus prépondérante que lors de la première partie.

Le Baron ne sait pas pourquoi sa présence est indispensable à l’élaboration du plan de la bande qui consiste à s’emparer des joyaux de la couronne britannique. La raison gardée longtemps secret est un peu tiré par les cheveux : il a un accès illimité aux joyaux pendant leur rénovation. Il fait équipe avec Martin, un ancien complice, qui finira par le démasquer lors d’un passage tendu et captivant. Ce moment tombe à point car les longs préparatifs servent un peu de bouche-trou avant un final mouvementé mais également cousu de fil blanc avec l’évanouissement du Baron qui doit faciliter l’arrivée de complices déguisés en infirmiers dans la chambre forte. Comme lors d’Epitaphe pour un héros, Mannering participe au fric-frac pendant que son assistante est retenue en otage.

Cordelia Winfield n’est définitivement pas Emma Peel, et on le constate dès la superbe séquence pré-générique. Enfermée à son tour dans la cellule, elle est affolée lorsqu’elle entend quelqu’un descendre les escaliers. Le suspense est accentué par la nuit, l’orage, la tempête, la maison déserte et le fait que le téléspectateur ne voit que les pieds…du Baron. Elle est effrayée par la venue de celui qu’elle croit mort (« You are not him. John Mannering is dead. Dead. Dead »). Cordelia est humaine et a une réaction apeurée d’une femme ‘normale’ sans la capacité de contrôle d’une Mrs Peel, ni, à l’opposé, la soumission à son mentor par des battements de cils comme Tara King. Sue Lloyd interprète parfaitement cette demoiselle en détresse néanmoins capable de se défendre seule et de faire preuve d’initiatives à bon escient comme lorsqu’elle désarme Selina et parvient à prendre temporairement le contrôle.

Les autres séquences notables de la seconde partie sont les explications convaincantes de Mannering à son assistante (scène post-générique), le face-à-face Mannering/Revell en deux temps, Cordelia à l’attaque, la discussion avengerish Mannering/Cordelia (« Ultimately, they have to kill us » « Great ») et la fusillade finale.

Quelques extérieurs donnent le change tel que les abords de la Tour Blanche et de Tower Bridge près de la Tamise puis The Monument, mais la rue de la Crown Treasury est la même en studio que les bureaux de la police secrète de L’ennemi de l’état. Pour joindre l’utile à l’agréable, le téléspectateur a également un petit cours d’histoire avec la référence à Captain Blood, un aventurier irlandais qui déroba les joyaux en 1671 !

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8. POUR USAGE DE FAUX
(THE PERSUADERS)

David Marlowe, l’associé du Baron, est kidnappé et les ravisseurs demandent à Mannering de vendre en guise de rançon un faux Renoir pour £100 000 à un lord collectionneur. L’aventurier va s’efforcer de connaître la raison de cet étrange deal et il découvre que Roddy Harrington, le neveu de l’acheteur, n’y est pas étranger. Tout ne se déroule pas comme prévu lors de la remise de l’argent dans une carrière et le cerveau de l’opération donne finalement rendez-vous au Baron dans une ferme abandonnée.

Rien de franchement original dans cette histoire de kidnapping, même si le chef des truands a planifié magistralement son opération, ce qui donne un rythme soutenu à l’épisode. L’intrigue est certes banale mais le déroulement retient donc l’attention et ne lasse pas l’audience ; l’arrivée du Baron à l’auberge en est un bon exemple. Et pour une fois c’est Mannering qui demande la coopération de Templeton-Green, et non pas le contraire.

James Villiers interprète très bien le neveu cupide, violent, parasite et amateur de golf de salon. L’acteur est incontestablement l’atout de l’opus et il n’est pas un inconnu des amateurs de séries britanniques ; il est, par exemple, un des comploteurs de Petit gibier pour gros chasseurs de la quatrième saison de Chapeau melon et bottes de cuir. Sa petite amie, qui répond au doux nom de Verity, est jouée par Georgina Ward, dont la courte apparition en manteau de fourrure et bikini dans Les aigles a marqué tous les fans des Avengers ! Sa coupe de cheveux ne l’avantage pas ici et il faut avoir vu son nom au générique pour faire le lien. Les autres protagonistes ne retiennent guère l’attention.

A noter les inserts plaisants de vues de Londres des années 60 qui réveillent notre nostalgie de cette époque ; la première image est un Routemaster sur Westminster Bridge avec Big Ben en arrière-plan. Ces vignettes se marient parfaitement aux séquences tournées dans les studios Elstree, telle la rue de la boutique d’antiquités de Mannering. Les alentours boisés de Borehamwood furent aussi judicieusement mis à contribution avec la filature de la Jensen. Néanmoins, on peut remarquer que de courtes scènes de la voiture ont été recyclées (l’arrivée à la ferme présente des images de l’épisode Les rapaces). Et n’oublions pas cette cabine téléphonique rouge en pleine campagne !

Les deux bottes attribuées à l’épisode sont dues à la banalité de l’intrigue et au manque de scènes captivantes. Je n’en ai dénombré que deux : la venue de Verity dans la boutique de Mannering, qui met le marché en main au Baron, et la longue séquence de suspense lors du paiement de la rançon dans la carrière. Quant au final avec la valise piégée, comme souvent, la mèche fait long feu…

Et qui se soucie de l’insipide Marlowe, assez naïf pour aider à décharger la caisse du camion, qui aurait pu avec un destin tragique au terme de l’aventure simplifier le casse-tête de la production…

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9. MORTELLE DÉCOUVERTE
(AND SUDDENLY YOU'RE DEAD)

Mannering et Cordelia voyagent en Suisse lorsqu’ils sont impliqués dans une affaire d’espionnage après le décès mystérieux d’un ami de l’assistante du Baron. L’enquête mène nos héros à un laboratoire scientifique où une chercheuse a mis au point une bactérie mortelle qu’elle est prête à vendre au plus offrant.

On abandonne une nouvelle fois l’antiquité et les objets d’art pour une histoire  purement d’espionnage avec l’implication de la CIA (Peter Franklin, l’ami de Cordelia) et l’évocation de la guerre bactériologique, déjà une hantise pour les gouvernements de l’époque. Contrairement aux épisodes vus jusqu’à présent, la participation du Baron est complètement fortuite. Alors que Cordelia propose à la morgue de récupérer les affaires personnelles de Franklin, Mannering est entrainé dans l’aventure à la suite de la visite d’un sinistre barbu dans la chambre de son assistante. Tout le monde court alors après un stylo creux et l’intérêt, que lui portent la chercheuse Sorensen et ses sbires, conforte le Baron dans l’idée qu’il est sur la bonne voie…

Personnellement, cet opus ne m’a que moyennement plu. Le transport du germe mortel dans un stylo n’est pas innovant et l’intrigue ne m’a pas captivé malgré de bonnes idées et quelques scènes intéressantes. La conception de ce genre d’aventure renvoie à James Bond mais le scénario n’a pas l’épaisseur d’une production de cette envergure. On ne croit pas un instant que l’invention de ce savant soit capable de provoquer un cataclysme mondial.

Concernant la distribution, je pense qu’une inversion dans le casting aurait été bénéfique. Bien que la prestation de Kay Walsh – que je ne connaissais pas - dans le rôle de la chercheuse Sorensen soit honorable, Vladek Sheybal, qui est ici Reiner l’assistant, semblait à mon avis plus convaincant. L’acteur d’origine polonaise a quelques rôles de méchants traumatisants à son actif tels que Kronsteen dans Bons baisers de Russie et Zarcardi d’Un chat parmi les pigeons, un des meilleurs épisodes des New Avengers. On remarquera aussi la présence d’Alan MacNaughton en agent de l’opposition Holmes, acheteur potentiel de l’arme chimique, quelques années avant ses apparitions Avengeresques dont celle, superbe, du maitre d’école Brandon dans Voyage sans retour.

Je suis certain que vous attendez le petit paragraphe consacré à Cordelia/Sue Lloyd. Enjouée et pétillante comme à l’accoutumée, il est à noter que Wallis lui a fournie plusieurs tenues ; la marque n’avait dénié qu’une seule robe pour le double épisode (un peu juste même si l’intrigue ne se prêtait pas à un défilé de mode !). Dans l’ensemble, c’est sobre y compris le fameux manteau rouge ; cette fois sans le couvre-chef noir qui faisait ressembler Sue Lloyd à un horse-guard !

Quelques inserts suisses laissent imaginer les contrées verdoyantes mais beaucoup de scènes furent en fait tournées dans le Borehamwood (la filature de la Dauphine) ou tout simplement en studio (la vulgaire peinture qui sert de vue sur la terrasse de l’hôtel, Mannering inspectant l’épave) et c’est beaucoup trop visible. Dans le même registre, les accents allemands des ‘méchants’ sont à la limite du caricatural.

Une petite astuce des studios ITC (producteur de nombreuses séries culte britanniques) est intéressante. Certaines productions coûtaient assez cher et il était courant de recycler quelques scènes, comme on a vu avec la Jaguar blanche des Rapaces. Ici, devinez quel est le lien entre cet épisode et L’héritage Ozerov d’Amicalement vôtre, à part le fait que les deux épisodes se passent en Suisse? La Dauphine rouge. Dans chaque épisode, un protagoniste gênant pour les complotistes – Franklin ici - est balancé d’une falaise dans sa Dauphine. Afin de recycler les dernières images de la chute de la voiture, il suffisait aux producteurs d’Amicalement vôtre de se procurer une nouvelle Dauphine qui, cette fois, ne sera pas détruite.

Les meilleures scènes sont la fuite de Franklin (pré-générique), l’incursion du méchant barbu (non, non, je ne parle pas d’un célèbre spécialiste de séries) dans la chambre de Cordelia. Mais qu’a-t-elle donc ingurgité pour ne pas se réveiller avec tout le raffut ambiant ? En tout cas, une séquence qui plaide en faveur du ‘no’ pour l’interrogation avengerish,  ‘did they or didn’t they ?’. Mannering semble même avoir une chambre à un autre étage ! Il y a aussi la confrontation au chalumeau avec l’agent Holmes dans le garage et le finale, seulement la partie lorsque Mannering et Cordelia se libèrent de leur lien, car je trouve la mort de la savante bien trop théâtrale.

Un épisode convenable – pour l’instant, aucun n’est vraiment ennuyeux – qui souligne une angoisse de l’époque et la philosophie des scientifiques cyniques qui voient leur production d’une façon mercantile, sans aucun patriotisme. 

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10. LES LÉGIONS D'AMMAK
(THE LEGIONS OF AMMAK)

Il faut atteindre la dizaine d’épisodes de la série pour en voir un nettement en-dessous du lot ; un opus qui suscite beaucoup d’ennui et très peu d’intérêt. L’attraction de l’histoire est la présence de Peter Wyngarde, acteur incontournable des productions britanniques. Si vous possédez l’édition anglaise, vous avez même droit à sa présentation, qui est malheureusement absente chez nous. Néanmoins, Wyngarde ne sauve pas ce scénario laborieux, le seul écrit par Michael Cramoy.

Le Baron est dupé par un faux roi d’Ammak – en fait, un acteur sosie- qui permet la vente d’un collier inestimable du royaume, les légions d’Ammak, ce qui doit entrainer la chute du souverain. Les conspirateurs comptent sur le certificat et le cliché de la transaction pour désavouer le roi auprès de son peuple. 

Tout se serait déroulé sans accroche si David Marlowe n’avait pas remarqué la cravate d’Arnold Noyes, l’acteur qui personnifie le roi. Evidemment, un Américain comme Mannering n’est pas apte à distinguer les couleurs universitaires. Mais si Marlowe l’a relevé, tout Britannique doit être en mesure de le faire….Noyes et sa copine Sirocco, la danseuse du ventre, sont deux escrocs qui se montrent trop gourmands et font chanter le duo de méchants, ce qui sera fatal au comédien. Mannering, contacté pour authentifier le bijou, doit retrouver le collier, l’argent et empêcher un coup d’état.

Peter Wyngarde incarne un double rôle (le roi et l’acteur) mais je conseille aux amateurs du comédien de plutôt repasser les deux cultissimes épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir dans lesquels il est excellent, Le club de l’enfer et Caméra meurtre - une coïncidence : Isa Miranda, Damita, a un petit rôle dans cet épisode. En roi d’Ammak borgne, la prestation de Wyngarde est honnête, sans plus, mais il demeure le seul intérêt de l’aventure. Les fans des Avengers reconnaitront aussi en milliardaire radin excentrique George Murcell (Needle dans Meurtres à épisodes). C’est tout.

David Marlowe mérite quelques lignes tant le personnage est un des plus ridicules de l’histoire des séries britanniques. Il ne sait pas déboucher une bouteille de champagne, se fait poudrer, assommer et il laisse trainer une arme sur la cheminée….mais il a une copine plutôt mignonne alors qu’on le prendrait pour à peine déniaisé. Le jeu empesé de Paul Ferris est à la limite du néant. Quant à Mannering/Forrest, il a beaucoup moins de subtilités que Templar/Moore, comme le démontre sa réplique à la danseuse : « If you ever decide you want to wrestle again, I’m in the book. »

Les deux affreux, Ahmed et son homme de main Abdullah, sont détestables à comploter sans vergogne, pour destituer un roi, certes antipathique, dont le royaume, possesseur de pétrole, fait étrangement penser au Qatar qui, comme ce roi d’opérette qui vient se faire opérer à Londres, bénéficie de largesses britanniques.

Un épisode bavard à l’intrigue laborieuse et au suspense inexistant. 

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11. L'ÉTERNEL SAMOURAÏ
(SAMURAI WEST)

Mannering achète un sabre ancestral à Asano qui est obligé de s’en séparer pour raisons financières au grand dam de Yasugi, son serviteur, très attaché aux traditions. Cette vente réveille de vieilles rancœurs entre Asano, un ancien commandant d’un camp japonais, et le colonel Stirling, un prisonnier anglais. Après une querelle lors d’une réception à son appartement, le Baron se retrouve entre deux feux et tente de calmer des tensions qui sont toujours vives vingt ans après la guerre.

Lorsqu’Asano est retrouvé avec un couteau dans le ventre, la thèse du suicide n’est pas crédible pour le Baron qui considère Stirling comme le principal suspect. De son côté, Yasugi, le fidèle serviteur, récupère le sabre afin de venger l’honneur de son maitre. Mannering doit alors protéger le colonel d’une terrible attaque.

Cet épisode enregistre des avis mitigés parmi les critiques et il est vrai qu’il a autant de points positifs que négatifs. L’histoire se situe en 1966, une vingtaine d’années après la fin du conflit mondial et il est normal qu’une série de l‘époque traite du sujet ; dans les années 70, de nombreuses séries américaines ont aussi abordé les conséquences de la guerre du Vietnam. L’intrigue est assez solide avec le thème central de la vengeance. Stirling veut faire payer à Asano son emprisonnement inhumain puis Yasugi, à son tour, se lance dans une vendetta.

A travers les différents dialogues, le scénario montre les affres de la guerre qui fut injuste des deux côtés. La volonté de Stirling d’infliger à Asano un châtiment est obsessionnelle car son frère est interné à l’hôpital, traumatisé à vie, tandis que le Japonais a perdu sa femme à Hiroshima. Le second thème abordé est les traditions et là, le bât blesse, car les scénaristes ont caricaturé la culture japonaise et le résultat est parfois ridicule avec une succession d’accents exagérés. Plus de vingt ans plus tard, en 1989, le film Black Rain de Ridley Scott avec Michael Douglas abordera superbement les traditions nippones.

Un autre gros point négatif – c’est récurrent dans les séries britanniques de l’époque – est l’emploi d’acteurs sans aucune origine asiatique. Ainsi, Larry Taylor, qui a souvent joué des rôles de Latinos, est Yasugi, le samouraï moustachu ! Ça ne fait pas sérieux, surtout que le personnage est omniprésent. Cela passe mieux pour Jeanne Roland, originaire de Rangoon, qui interprète Samantha, la fille d’Asano. L’actrice avait un rôle similaire dans un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir- Avec vue imprenable - et elle est une des masseuses japonaises de Bond dans On ne vit que deux fois

Les meilleurs passages sont l’altercation Stirling/Asano à la réception (post-générique), la séquence de l’hôpital – Colin Jeavons est excellent en traumatisé dans son unique apparition -, la rencontre fatale Stirling/Asano et le tragique finale en deux temps : « Samantha, the samurai has but one master. » Au contraire, la palme du crétinisme revient à Marlowe qui manie stupidement le sabre en parodiant : « Ah so, most sorry. Regret must cut off honorable head. »

Une intrigue évidemment dépassée comportant moult défauts mais néanmoins intéressante en la replaçant dans le contexte des années 60 avec deux points de vue post-guerre opposés mais cohérents. 

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12. LE LABYRINTHE
(THE MAZE)

The Maze est particulier car la plupart des critiques s’accorde à trouver de nombreuses similitudes entre cet épisode et Chapeau melon et bottes de cuir. Pour commencer, il faut savoir que derrière le nom irlandais du scénariste Tony O’Grady, se cache tout simplement Brian Clemens ! Ça met en appétit !

Par une belle matinée, John Mannering chercha un raccourci que jamais il ne trouva…non, oups, je me trompe de série ! Le Baron rentre d’une exposition en passant par la campagne verdoyante lorsqu’il trouve soudainement sur sa route une jolie blonde qui débouche d’un bois et qu’il manque de peu de renverser. Effrayée, elle est traquée par trois gugusses armés de fusils telle une biche à l’ouverture de la chasse. Le Baron a à peine le temps de prendre la demoiselle en détresse dans sa Jensen qu’une balle explose le pare-brise et provoque un accident.

A son réveil, vingt-quatre heures plus tard, la police et Cordelia ont beaucoup de mal à croire à la version de l’antiquaire, qui ne se rappelle que de la fille, de l’accident et d’hallucinations. Aidé par sa fidèle assistante, Mannering reconstitue le puzzle : il retrouve l’endroit où s’est produit l’accident, la station service où il s’est arrêté pour faire le plein puis la jeune femme qui nie avoir rencontré le Baron avant que celui-ci ne découvre finalement un véritable complot pour assassiner un général de l’Otan !

Ce résumé est sciemment troué comme un gruyère car j’invite tous les fans de Chapeau melon et bottes de cuir à connaître cet épisode, une œuvre méconnue de Brian Clemens qu’il a dû composer quelques mois avant la quatrième saison des Avengers. On y retrouve la même ambiance, un suspense analogue et une intrigue qui permet à tout fan assidu de faire des parallèles avec plusieurs épisodes de Chapeau melon…Clemens dans son introduction au Labyrinthe (absente des DVD français) déclare : « It's not a dream sequence but a puzzle ». A l’occasion, il révèle qu’il utilisa un nom d’emprunt car il était en contrat exclusif pour une autre série !

Amusons-nous à lister les ressemblances, et je suis certain que vous en trouverez d’autres à l’occasion. Le Baron s’arrête pour faire le plein et discute du temps avec le garagiste qui lui parle ensuite de l’ouverture de la chasse lorsque des coups de feu se font entendre (deux particularités de Voyage sans retour), l’accident et la perte du temps, ici 24 et pas une heure (L’heure perdue), le héros tiré comme un lapin, blessé et en délire (La poussière qui tue), mais aussi, et surtout, les hallucinations, telles que la tête de chat déformée, le mur vert, le doigt pointé, qui trouvent leur justification a posteriori (La porte de la mort). Il y a aussi le pub du village The Ancient Golfer avec l’enseigne qui se balance au vent ("The Inebriated Gremlin" dans Voyage sans retour), le fusil dans le sac de golf (Le jeu s’arrête au 13), une somptueuse demeure réquisitionnée par des complotistes pour un assassinat (Noël en février).

La distribution est composée d’acteurs britanniques et américains et on remarquera surtout Alan MacNaughton, qu’on a déjà vu dans l’aventure précédente, également dans le rôle d’un ‘bad boy’ ; une preuve supplémentaire que l’ordre de diffusion n’est pas celui de production.

Cordelia Winfield est présente dans cette aventure – une condition sine qua non pour que l’épisode obtienne quatre bottes – et on découvre plus longtemps qu’à l’accoutumée sa DAF Daffodil 33– promotion oblige -, une petite voiture qui ne paye pas de mine. La longue séquence de Mannering et Cordelia au milieu de la campagne à la recherche d’indices puis au garage où le pare-brise de la voiture fut réparé fait penser au duo Peel/Steed de L’heure perdue. Deux personnages, la nature, une station-service déserte et rien, ni personne d’autre. Sept minutes de pure atmosphère Avengerish. Très sceptique au départ, Cordelia pense que le coup sur la tête a troublé le jugement du Baron mais elle le suit docilement et elle est parfois condescendante dans ses remarques (« oh brother » « Is this one of your days for being transfixed ? »). Ironie et autodérision planent dans sa voix à  presque chaque réplique et les mimiques de Sue Lloyd sont amusantes. Néanmoins, la découverte de la station-service à l’endroit indiqué commence à la faire changer d’avis progressivement malgré les apparences. Elle finit par se rendre à l’évidence au labyrinthe. Avec quelques répliques pleines d’humour – Miss Winfield pense qu’elle sera bien vieille lorsqu’elle trouvera la sortie du dédale-, le personnage, trop souvent escamoté, présente de très grandes qualités pas assez exploitées. Cordelia n’est pas Emma et lors du combat entre Mannering et l’homme qui les menace, elle reste derrière un arbuste dans son tailleur tout propre, son élégant sac à main noir au bras. Elle est plus le genre à encourager son patron et à lui faire remarquer où se trouve le danger qu’à bouger son joli postérieur pour lui sauver la mise comme le fait Mrs Peel. Ce n’est pas bien grave lorsqu’on fait équipe avec une brute épaisse comme le Baron aussi prompt avec ses poings que l’est Steed avec brolly et chapeau melon. 

Une autre qualité de l’épisode est ses extérieurs et un œil avisé notera que la route empruntée par le Baron est celle d’Ivinghoe Beacon (que Mrs Peel contemple dans L’héritage diabolique) et la demeure est l’école des Aigles. Dommage que plusieurs scènes puent le studio comme l’intérieur du labyrinthe, la maisonnette et la fenêtre d’où le tueur est censé abattre le général. Il est très difficile d’extirper quelques passages particuliers dans cet ensemble divertissant. Néanmoins, la première séquence (la fuite de la jeune femme de la maison et à travers les bois, pré et post-générique) est une excellente entame et place le téléspectateur dans une atmosphère avengerish qui ne le quittera pas jusqu’à l’épilogue.

Sans temps mort, Le labyrinthe est un petit bijou et n’hésitez pas si vous ne devez voir qu’un épisode du Baron, car tous n’ont pas la même intensité et une intrigue aussi ingénieuse.  

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13. LE PORTRAIT DE LOUISA
(PORTRAIT OF LOUISA)


Louisa Trenton, une ancienne amie de Mannering, est victime d’un chantage, mais elle refuse toute aide qu’on lui propose et préfère payer. Le Baron est intrigué et Louisa l’appelle finalement d’une discothèque. Au rendez-vous, elle est retrouvée morte dans l’arrière-salle. La police pense à un suicide, tandis que l’antiquaire est persuadé qu’elle a été assassinée. Le Baron mène l’enquête et met à jour une machination glauque: un séducteur et un photographe exercent un chantage sur des femmes riches et mariées photographiées en situation compromettante après avoir bu un verre drogué.

Il n’y a pas grand-chose d’original dans l’intrigue même si j’ai laissé de côté le twist final dans mon résumé : l’implication de Jane, la sœur de Louisa, dans le complot afin d’extorquer de l’argent facilement. La première partie de l’épisode tourne autour de Louisa et de l’identité du/des mystérieux maîtres-chanteurs alors que la seconde se concentre sur les investigations du Baron.

Cet épisode n’est pas renommé pour son intrigue ou son interprétation mais pour sa conception. Terry Nation, le scénariste, est fortement soupçonné d’avoir fait tout simplement un remake – même un copié-collé -  d’une aventure du Saint (Lida de la troisième saison). Cette pratique était courante dans les séries britanniques des années 60, mais les deux épisodes ont eu leur ‘moment de gloire’ lorsqu’ils furent diffusés le même soir aux Etats-Unis ! La réputation de Terry Nation en prit un petit coup !

Les personnages sont stéréotypés et ne présentent pas beaucoup d’intérêt ; le séducteur poltron, le cynique photographe ricanant, le directeur de discothèque affairiste et l’inspecteur enrhumé et inutile. Les quelques moments intéressants sont les scènes d’action et Mannering se montre violent et déterminé avec Peter, le redoutable dragueur qui ne paye pas de mine, puis Sutton, le photographe. Tous les deux sont abattus en sa présence, comme par hasard. Notons aussi la séquence pré générique au cimetière-studio, de nuit, avec l’aboiement d’un chien, qui donne une pâle illusion de film Hammer, et la visite de Louisa à Peter marquée par l’apparition d’une autre conquête en petite tenue, une scène cocasse. 

Sinon, le Baron est flanqué de son boulet David qui se fait assommer à deux reprises et qui décoche la phrase de l’opus qui ne passerait pas aujourd’hui, lorsque Louisa conduit trop vite et manque de peu de télescoper la Jensen : « That’s got to be a woman driver ! ». Le personnage a aussi des répliques stupéfiantes comme le : « How are you feeling ? » à la sœur de la victime quelques minutes après le drame !

Le patron de la boite est Terence Alexander, un habitué des productions britanniques, qui eut quatre rôles dans Chapeau melon et bottes de cuir dont Piggy Warren à qui Steed brûle la moustache. Les deux sœurs sont plutôt jolies, avec une préférence pour Louisa ; Moira Redmond qui joua dans Hot Snow le tout premier épisode Avengers. Quant au photographe – le personnage le plus malsain de l’aventure -, il est interprété par Brian Wilde (Raven dans Les marchands de peur).

C’est loin d’être un des meilleurs épisodes de la série car l’intrigue est archi-vue, l’interprétation très moyenne et l’ensemble un tantinet bavard. 

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14. MEURTRE À L'EXPOSITION
(THERE'S SOMEONE CLOSE BEHIND YOU)

Certaines critiques jugent cet épisode comme étant un des meilleurs de la série ; c’est pour moi un des plus mauvais du premier coffret ! Comme quoi, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. 

L’opus traine en longueurs et il est principalement centré sur trois personnages, dont deux sont soit horripilant, soit insipide. Si on ajoute à cela que Sue Lloyd est très peu présente et qu’on a le sentiment que ses scènes ont été ajoutées pour satisfaire au contrat de l’actrice, vous aurez compris que l’ensemble ne m’a pas laissé bouche bée d’admiration.

Mannering apprend par un informateur qu’un musée sera cambriolé le soir même. Présent sur place, l’antiquaire ne peut empêcher le meurtre d’un ami policier. L’assassin appréhendé est un chef de gang et il lance un tueur sur la piste de l’indic et du Baron, qui l’a reconnu.

L’intrigue est des plus banales et certains passages, beaucoup trop longs, font penser à un remplissage pour tenir les quarante-neuf minutes réglementaires ; ainsi, la séquence pré-générique de l’indic et des truands dans le fog, puis celle du cambriolage, juste après, occupent un tiers du temps de l’épisode. Si on ajoute que la confrontation finale du Baron avec le gangster, qui s’est échappé, dure presque autant – avec deux acteurs pas renommés pour leur jeu flamboyant-, on comprend que l’attribution d’une botte est justifiée.

Evoquons la distribution et les personnages évoqués ci-dessus. L’indic Cranwell est interprété par Ken Parry qui est B. Bumble dans Du miel pour le prince. Si le rôle d’excentrique de Chapeau melon et bottes de cuir était astucieux, celui d’un indicateur poltron rondouillard et transpirant ennuie profondément. Richard Wyler, le boss, laisse une impression négative malgré un gros temps de présence à l’écran, surtout dans le final. Finalement, c’est le tueur élégant au chapeau melon, parapluie et pistolet silencieux qui marque les esprits. Joué par Philip Madoc – cinq participations aux Avengers -, le personnage a indéniablement une touche Avengeresque, et il est malheureusement hors course trop tôt lors de la confrontation avec le Baron dans l’arrière-salle d’un cabaret de musique classique, un des rares bons moments à retenir de l’épisode !

Quant à Cordelia/Sue Lloyd, elle n’apparaît qu’après un gros quart d’heure. Elle est cantonnée à la boutique d’antiquités où elle répond au téléphone, essaie les babioles à sa disposition – c’est le meilleur passage de l’épisode -, et elle doit s’incruster dans la voiture des policiers pour avoir droit à deux scénettes supplémentaires, car le Baron a des propos de pacha à son égard : ‘I want you to stay here’.

Dire qu’ils se sont mis à deux –Nation et Spooner – pour concocter ce scénario lassant et conventionnel. Je retiendrai de l’aventure la présence de Philip Madoc, qui disparaît à peu près au milieu de l’épisode – et environ les trois minutes et demie (j’ai calculé) de Cordelia/Sue Lloyd. Vous pouvez la sauter (l’aventure !). 

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15. LE CAMÉE DE LADY THERESA
(TIME TO KILL)

On termine ce coffret en beauté. A vrai dire, cet épisode est dix-septième dans l’ordre de diffusion, mais l’éditeur LCJ n’a sûrement pas voulu placer Storm Warning, le véritable quinzième, car il est en deux parties et cela aurait obligé les fans à attendre la sortie du second coffret. Cela a donc des inconvénients d’éditer la série en découpage lucratif, contrairement à tous les pays anglo-saxons qui ont tout sorti d’un bloc.

Time to Kill conte l’histoire d’un célèbre camée aux pouvoirs maléfiques. Toute personne qui s’en approche connaît un destin tragique comme les Vitale, père et fille. Peu avant son accident fatal, Cristina Vitale, effrayée, avait contacté Cordelia pour lui vendre ce bijou indésirable  - the ‘death stone’ - à l’insu de son père. Miss Winfield se retrouve ensuite seule en possession de la broche au milieu d’une sombre machination et elle sera finalement kidnappée et enfermée dans un local radioactif. La malédiction du camée est-t-elle authentique ou simplement une couverture pour quelque chose de tout aussi sinistre ?

L’épisode se déroule en Espagne et comme pour les différentes séries ITC – Le Saint, L’homme à la valise entre autres -, la production n’a pas bougé d’Angleterre. Le rendu n’est ni plus mauvais, ni meilleur que les autres avec de la musique locale et quelques inserts. Le gros intérêt de l’aventure est qu’elle est axée sur Miss Winfield. Mannering/Steve Forrest est seulement présent au début et lors du dernier quart d’heure, permettant sûrement à l‘acteur de prendre quelques vacances. Un procédé connu de Chapeau melon et bottes de cuir avec des classiques comme L’héritage diabolique ou Le Joker dans lesquels Steed brille par son absence. Tel l’agent au chapeau melon, le Baron volera au secours de sa collaboratrice lors des dernières minutes. 

L’opus permet donc d’apprécier les performances de Sue Lloyd, jamais autant présente à l’écran jusqu‘alors, dans ce rôle de Cordelia Winfield, ancienne espionne devenue assistante du Baron. Mannering se rend à Madrid pour une exposition et laisse Cordelia, souffrante, seule à l’hôtel. On craint même que cela soit un moyen de la virer du script, mais c’est le contraire ! Ses qualités, son jeu et ses mimiques sont très plaisants tout au long de l’épisode et je risque de m’attirer quelques foudres en osant écrire que j’aurais préféré voir Cordelia Winfield/ Sue Lloyd lors de la saison 6 des Avengers plutôt que Tara King/Linda Thorson. J’imagine Eric Cazalot, le spécialiste français de Chapeau melon et fan de Tara, s’étrangler en lisant ces lignes….Cette fois, Wallis a embelli l’actrice par de belles tenues dont le tailleur rose. En tout cas, comme en Suisse, les deux héros font chambre à part. La fameuse question, ‘did they or didn’t they ?’, sera remise pour le second coffret.

Il y a de nombreux passages intéressants qui mettent en valeur Cordelia/Sue Lloyd. A commencer par la façon avec laquelle elle repousse les avances de l’expert espagnol (« Thank you, Carlos, another time, another place »), puis la longue scène où Cordelia explique les faits au capitaine sur les lieux du ‘suicide’ (« Let me show you something ») ; c’est, à mon avis, le meilleur passage car, en presque quatre minutes, la démonstration de Sue Lloyd la qualifie pour être une Avengers girl crédible. La séquence suivante dans la chambre d’hôtel montre que Cordelia est non seulement drôle et pertinente mais également pleine de ressources (au moins autant que Miss King) dans malheureusement la seule scène où Lloyd joue avec Bowles. Astucieuse, Miss Winfield l’est aussi pour quitter sa cellule de l’institut bien que la présence de Mannering soit indispensable pour la libérer du local radioactif, comme Steed le fut pour extraire Tara du sablier (Jeux).

La distribution est également digne d’intérêt. Peter Bowles est le méchant de l’épisode (même si le savant excentrique est la tête pensante), car Menendez est chargé des basses besognes. Ce rôle n’est néanmoins pas aussi marquant que ceux qu’il tient dans Chapeau melon et bottes de cuir, particulièrement Waldo Thyssen (Remontons le temps) et Ezdorf (Les évadés du monastère). Il est cependant très convaincant lorsqu’il menace Cordelia d’une lame pour la forcer à téléphoner. George Murcell est le capitaine de police et il est méconnaissable en comparaison du rôle de milliardaire qu’il interprète dans Les légions d’Ammak (N°10 de la série). Geraldine Moffat, pressentie pour être la New Avengers girl, est Cristina mais elle est beaucoup moins sexy que lors de son apparition dans Get Carter avec Michael Caine. A noter pour finir Steven Scott qui est Boris Kartovski dans Double personnalité.

Cette intrigue astucieuse met en lumière une cinquième Avengers girl, qui présente quelques similitudes avec April Dancer, The Girl from Uncle, dans une aventure qui ne manque pas d’humour bien British jusqu’à la fin : « Is he dead ? » « Very ». 

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