saison 1 saison 3

L'Homme de fer

Saison 4



1. MEURTRE À ÉCHÉANCE
(A KILLING WILL OCCUR)



Scénario : Alvin Sapinsley. Réalisation : Don Weis.

L’homme de fer reçoit des coups de fils anonymes d’un homme qui veut commettre un meurtre.

A la rentrée 1970, « L’homme de fer » est programmé le jeudi sur NBC face à « The CBS Thursday night movie » et sur ABC une série vite annulée, « Barefoot in the park ». Ce premier épisode ne laisse rien augurer de bon, car NBC persiste dans ses tournages en studio, qui rendent la série ringarde, tout en multipliant les plans du fourgon de Dacier dans les rues de San Francisco.

Pour les téléspectateurs français, qui ont connu trois tranches de 13 épisodes (novembre 1969, juin 1971, janvier 1973), l’effet nostalgie de cette saison 4 ne joue pas puisque ces épisodes n’ont pas été achetés à l’époque et qu’on les a découverts bien tard,  sur M6,  en 1989.

De plus, en pleine saison, une catastrophe survient : Barbara Anderson plante l’équipe avec armes et bagages, et il faudra attendre la saison 5 pour qu’elle soit remplacée par une héroïne de série populaire, Elizabeth Baur, la Teresa O’Brien de la série « Le Ranch L ». Il est souvent avancé que Barbara a quitté la série car elle s’est mariée, mais en réalité c’est un conflit avec la production sur son salaire qui est à l’origine de son départ.

Ce premier épisode, qui a mal vieilli en raison de sa mise en scène, bénéficiait d’un bon scénario, et de la présence de deux comédiens talentueux, Dane Clark et Barry Brown. On comprend vite que l’histoire est liée au passé de Dacier, qui fut le seul à témoigner il y a quinze ans en faveur d’un policier, Borrow. Il rend d’ailleurs visite à sa veuve dans l’épisode. Le fils, Charles (Barry Brown) apparaît vite au téléspectateur le plus distrait comme l’auteur des coups de fils. Dane Clark est bon comme d’habitude. Mais le peu de charisme de Raymond Burr au bout de quatre saisons devient flagrant, tout comme l’inutilité de Don Galloway qui en 79 épisodes n’a pas trouvé ses marques. Trop de bavardages dans cet opus, et pas assez d’action, avec une fin interminable dans un autocar.

En raison de la faiblesse des moyens mis à la  disposition du réalisateur, ce dernier ne parvient pas à nous tenir en haleine malgré une bonne histoire. Années 70 obligent, le personnage de Mark commence à s’émanciper et à faire de l’ombre à ses partenaires. Il bénéficie d’ailleurs d’une scène plutôt pittoresque, montant sur le toit d’une maison qui abrite une station de radio à l’enseigne du capitaine Crochet.

On reste sur sa faim avec trop de scènes nocturnes et une réalisation qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

  • Dans une scène flash-back, Dacier revoit l’attentat qui l’a laissé en fauteuil roulant.

  • Barry Brown (1951-1978) qui incarne Charles Borrow a connu un destin tragique, se suicidant en 1978 après avoir sombré dans l’alcoolisme et la drogue. Une véritable malédiction pèse sur sa famille. Sa sœur, la comédienne Marilyn Brown fera le même geste irréparable à 44 ans en 1997. Sa mère, bipolaire, a tué une personne mais après quelques années de prison a été libérée et a obtenu sa garde, le père ayant refait sa vie avec leur babysitter. Peu connu en France, on l’a vu dans « Piranhas » en 1978 qui fut son dernier rôle.

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2. INTERDIT AU AMATEURS
(NO GAME FOR AMATEURS)

Scénario : Sy Salkowitz. Réalisation : John Florea.

Un jeune homme, Johnny, et Nancy, veuve enceinte d’un soldat tué au Vietnam et militante pacifiste, font une halte au bas d’un immeuble. Johnny quitte quelques instants sa compagne, monte dans un étage et abat un témoin crucial lors d’un procès.

Barbara Anderson, sur le point de quitter la série, a complètement changé de coiffure.

Pendant le premier quart d’heure, Dacier nage complètement par manque d’indices. Mais dès qu’il comprend le subterfuge (Nancy ayant servi de moyen au tueur Johnny/Martin Sheen pour passer les barrages après le crime), le suspense retombe quelque peu.

Pamela Mc Myler en Nancy manque d’assurance et de métier, et c’est regrettable pour son personnage de militante pacifiste acharnée. Une actrice qui a tourné une quarantaine de rôles entre « Des agents très spéciaux » en 1964 et « Côte Ouest » en 1989, dont le talent est dans un registre nettement moins étendu que Martin Sheen.

L’épisode est bien ancré dans son époque (les réseaux de déserteurs qui ne veulent pas partir pour le Vietnam, au look de hippies). On a même droit dans un café pour étudiants à une Joan Baez du pauvre. Une véritable paranoïa existe dans ce réseau de fuyards, filière restituée de façon crédible. Mark s’y intègre sans peine avec sa coiffure afro qui est de plus en plus affichée au fil des saisons. Le personnage de Mark évolue, tandis que ceux d’Eve et Ed stagnent au rang de simples comparses de Dacier comme en 1967.

Le tournage en studios, avec une intrigue solide et beaucoup de scènes nécessitant des intérieurs, n’est pas cette-fois gênant.

A partir de la 30e minute, on comprend que l’homme de fer a gagné la partie. Pourtant, on ne s’ennuie pas. La dernière partie, avec un retournement de situation en faveur de Johnny, change la donne. Sheen joue nettement mieux que le reste du casting, est-ce l’influence de la suite de sa carrière qui nous saute aux yeux ? Mais son talent et sa maîtrise de jeu sont évidents.

L’épisode aurait mérité quatre étoiles sans la fin bâclée et un peu mielleuse, Dacier se rangeant au mépris de toute vraisemblance du côté des déserteurs (et donc contre la guerre du Vietnam). L’épisode fut diffusé le 24 septembre 1970, signe d’une opinion américaine en train de changer d’avis sur la question ? Le problème est que Raymond Burr agit avec les pacifistes comme avec les jeunes délinquants repentants, affichant un paternalisme (et un angélisme) assez déconcertants. Même si l’épisode fut peu et tardivement diffusé en France, on peut considérer que ce genre d’épilogue improbable a bien mal vieilli.

Les admirateurs de Martin Sheen seront aussi frustrés par la fin, alors qu’il dominait, de très loin, toute la distribution. « Interdit aux amateurs » reste quand même une réussite car adaptée au tournage en studios. Eve et Ed sont relégués au rang de figurants, et l’on comprend que Barbara Anderson outre un litige sur son salaire n’ait pas eu envie de s’éterniser dans la série.

  • Martin Sheen (1940-) a fait une belle carrière télévisée (« Hawaii Police d’état », « Cannon », « Mannix », « Les rues de San Francisco », « Sam Cade », « Le Ranch L », « La nouvelle équipe », « Au-delà du réel », « Mission Impossible », « Columbo ») avant de devenir une star de cinéma en 1979 avec « Apocalypse Now ». C’est sa seule contribution à « L’homme de fer ».

  • L’un des déserteurs lit Jean-Paul Sartre.

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3. HALLUCINATIONS
(THE HAPPY DREAMS OF HOLLOW MEN)

Histoire de Carol et Sy Salkowitz. Adaptation : Sy Salkowitz. Réalisation : Don Weis.

Mark conduit Dacier dans un chalet en haute montagne chez un vieil ami, Harry Peters, qui ne semble pas dans son état normal. L’homme de fer est seul isolé du monde avec un drogué.

Episode doublé tardivement, avec de nouvelles voix françaises qui déconcertent le téléspectateur. Roger Rudel, voix de Ross Martin dans « Les mystères de l’ouest » double Joseph Campanella. Les voix de Burr et Mitchell ne leur vont pas du tout.

L’opus rappelle parfois un peu, en beaucoup moins bien, le sixième numéro de la saison 2, « Rencontre désespérée ». Mais dans ce huis clos, tous les codes de la série sont joyeusement transgressés et envoyés loin de ce que nous voyons habituellement. Dacier sert de « nounou » à un ancien copain drogué à l’héroïne. On comprend vite que l’entreprise est vouée au désastre total. Le téléspectateur, à aucun moment, n’a l’impression de regarder « L’homme de fer ».

Une tempête de neige coince le toxicomane Harry, en manque, avec Dacier. Très bavard, l’épisode nous montre les limites évidentes de Raymond Burr, et même l’excellent Joseph Campanella est mauvais. A l’impossible, nul n’est tenu, on lui fait jouer ici un personnage artificiel et pas crédible une seconde.

On se doute qu’il n’était pas question de montrer un spectacle aussi scabreux lors de l’ère ORTF (Après tout, l’épisode aurait pu être inclus dans les vingt six opus diffusés à partir de juin 71 et janvier 73). D’une violence psychologique intense, mais fondée sur un script ressemblant à un édifice construit sur du sable, « Hallucinations » nous montre à nouveau (après « Rencontre désespérée ») Dacier capable de remonter sur son fauteuil après s’être déplacé en rampant.

Au bout de trente minutes, le téléspectateur s’est soit endormi, soit a zappé sur une autre chaîne. Le couple Salkowitz croyant innover a bâti un épisode qui n’a rien à voir avec la série.

Les scènes avec Mark/Don Mitchell, qui est resté attendre le chef Dacier, dans une station de sports d’hiver en bas de la montagne, nous permettent de faire une pause. En effet, la confrontation Burr-Campanella est pénible. On a parfois l’impression de voir un documentaire contre les méfaits de la drogue.

Pour une fois, la production tourne en décors naturels, dont elle use et abuse, un paysage de montagne enneigée.

L’entreprise était perdue d’avance. On ne peut pas dire que c’est mauvais, c’est hors sujet. Don Weis essaie de distiller un peu de suspense en nous montrant Mark côtoyant le pourvoyeur de poudre blanche d’Harry Peters. L’homme, un certain Mickey Blain, interprété par Llyod Battista, est un lâche, un pleutre qui ne constitue aucun danger. Il tente de fuir et se laisse arrêter. Pour être franc, le comédien n’a pas grand-chose à jouer, son personnage de dealer étant totalement inconsistant.

48 minutes de leçon de morale : « La drogue, ce n’est pas bien ». La dernière scène nous montre Burr jouer les nounous et plus les inspecteurs de police, ce qui est quand même un peu gênant.

  • Eve et Ed sont absents de l’épisode.

  • Deuxième des quatre participations de Joseph Campanella, chaque fois dans un personnage différent. Il avait inauguré la saison 3 avec « Alias Mr Braithwaite ».

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4. HUIT ANS APRÈS
(THE PEOPLE AGAINST JUDGE MCINTYRE)

Histoire de Liam O’Brien et Mark Rodgers. Adaptation : Liam O’Brien. Réalisation : Abner Biberman.

Le juge McIntire, qui enseigne le droit à Mark, a été victime d’une tentative de meurtre et demande à Dacier de trouver le coupable.

Il est question ici d’un procès datant de huit ans jamais évoqué dans la série, l’affaire John Parkman. On reconnaît avec peine une Tyne Daly juvénile en étudiante, Joanna Leigh.

Parmi les étudiants, Drescher (Alan Hale Jr.), un témoin à charge contre Parkman, lequel a été exécuté pour meurtre avec préméditation.

L’ambiance tourne vite au whodunit à la Agatha Christie. L’un des étudiants, le plombier Anderson (George Murdock) a une attitude bizarre et hystérique. Juré persuadé de l’innocence de Parkman, il semble assez dérangé. Deux étudiants d’âge mûr sont donc mêlés à l’affaire.

Parmi les suspects possibles, l’épouse du juge, Evelyn (Mala Powers), la jeune étudiante Joanna venue semble-t-il de nulle part et affichant une arrogance perpétuelle. Le téléspectateur dispose de toute une palette d’assassins possibles.

La première demi-heure est passionnante. Il s’agit d’une reconstitution du procès plus vraie que nature où les interlocuteurs, qui rejouent les rôles de protagonistes, se prennent au sérieux, se mettent en colère. La tension est palpable.

Joanna Leigh s’avère être la fille de Parkman. La confrontation des Daly père et fille vaut la peine d’être vue, même si de toute évidence, Tyne n’est pas à la hauteur de ce que le réalisateur lui demande. James Daly éclipse un peu toute l’équipe de l’homme de fer. Mal équilibré, le script dans sa seconde partie est moins percutant. L’attention du spectateur fléchit.

Dans cette affaire, Dacier était impliqué comme policier et a omis de faire un examen, ce qu’il considère comme une négligence.

A la 42e minute, le téléspectateur est mis dans la confidence et voit l’auteur des tentatives de meurtre.

Après la réflexion, l’action. Mais on nous abreuve de trop de péripéties, de retournements de situations, en 48 minutes. La fin moralisante est un peu pesante. Après un bon début, l’opus rate sa cible. A force d’accumuler les invraisemblances du scénario, le spectateur décroche. Lors de sa première diffusion US, le 8 octobre 1970, l’épisode a dû avoir beaucoup de succès, mais aujourd’hui, ce type d’intrigues aux ficelles épaisses donne un coup de vieux à la série. Parti pour obtenir quatre étoiles, « Huit ans après » n’en récolte finalement que deux. Ce n’est pas un désastre, mais on passe à côté d’un grand moment avec une seconde partie ratée.

Quant aux français, ils seront agacés de constater que seul Don Galloway garde sa voix doublée, peut-être une incitation – car c’est assez agaçant – à regarder la série en VO.

  • Cet épisode réunit James Daly (1918-1978), l’associé de David Vincent dans le pilote des « Envahisseurs », et sa fille Tyne (1946-) vedette de « Cagney et Lacey ».

  • James Daly est doublé par Dominique Paturel.

  • Il est écrit au tableau noir, en français, « Je ne regrette rien », et le professeur fait allusion au succès d’Edith Piaf. L’assassin citera la chanson vers la fin de l’épisode.

  • L’affaire a commencé le 14 août 1962.

  • George Murdock (1930-2012) tenait le rôle de l’assureur Cavanaugh dans les deux saisons de « Banacek ».

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5. L'HOMME PRESSÉ
(NOEL'S GONNA FLY)

Scénario : Sy Salkowitz. Réalisation : Don Weis.

Noel Seymour a des hallucinations. Il voit des grilles devant la société où il travaille ainsi que devant les fenêtres de sa villa. Il finit par s’enivrer et être arrêté pour tapage sur la voie publique. Puis s’enfuir.

Episode inhabituel, c’est vraiment le moins que l’on puisse dire. La quasi-totalité est consacrée à Noel Seymour (Richard Basehart). Aujourd’hui, on dirait de cet homme d’affaires qu’il est victime d’un burn-out. Il décide de subventionner un jeune musicien, Richie (Tim Considine), qui a besoin de 1500 dollars et se laisse prendre dans les filets d’une jeune femme qui pourrait être sa fille, Judy Blue (Jill Banner), sans avoir d’aventure avec elle alors qu’elle ne serait pas contre.

Très vite, Seymour se fait escroquer par les musiciens qui sont en fait une bande de filous. Beaucoup de hippies dans cet épisode. Il n’y a pas vraiment d’enquête policière ni d’énigme, et tout cela ne relève pas des compétences de Robert Dacier, Seymour ayant plutôt besoin d’un psychiatre.

Le scénariste semble avoir laissé libre cours à son imagination en oubliant complètement qu’il écrivait pour « L’homme de fer ». Richard Basehart fait un beau numéro de comédien, préfigurant Michael Douglas dans « Chute libre » en 1993, film auquel cet opus fait beaucoup penser. Mais ici, le drame est évité.

On se demande si Robert Dacier, qui ici joue les conseillers matrimoniaux et les psys n’est pas tombé sur la tête. D’inspecteur de police consultant, il semble avoir changé de vocation, et ce pour un homme qu’il connaît à peine, l’ayant croisé lors d’une soirée.

Le scénariste est en roue libre, mais le résultat n’est pas la catastrophe que l’on aurait pu craindre. Une bonne partie du temps, l’équipe de l’homme de fer est absente, on assiste à la déchéance (provisoire) de cet homme d’affaires qui donne sa démission à son patron, s’adonne à la boisson, décide d’arrêter de penser toujours aux autres (sa sœur divorcée qui avec trois enfants ne travaille pas et qu’il entretient, sa mère, sa femme qui ne pense qu’à faire ses parties de bridge) pour, en proie à une crise d’adolescence, déambuler dans San Francisco pas rasé, 5000 dollars en poche, puis croiser des hippies dans un parc, et le tout à l’avenant.

J’ai passé un bon moment grâce à un Richard Basehart au sommet de son talent, sauvant du naufrage un épisode tout de même étrange dans une série policière. Je ne mets cependant que deux étoiles car il y a ici tromperie sur la marchandise, ce n’est pas un véritable épisode de « L’homme de fer » mais une sorte de délire visuel. L’opus rappelle parfois « Le grand voyage » dans la saison 1 de « Hawaii Police d’état » lors des scènes de drogue. L’exploit de Basehart est de nous faire croire à ce personnage en dérive. Mais le téléspectateur lambda, qui attend une enquête de Robert Dacier, s’ennuie au bout de cinq minutes et éteint son téléviseur au bout de quinze, d’autant plus que la virée dans San Francisco est agencée de façon assez catastrophique, avec des scènes filmées en arrière-plan quand Noel prend un taxi, les boîtes de nuit ressemblant à des décors en carton pâte. Tout est réalisé en studios alors que notre homme est censé tomber dans les bas fonds de la grande ville. Sans doute l’épisode où l’on voit le moins, montre en main, l’équipe de Robert Dacier.

  • Unique participation à la série de Richard Basehart (1914-1984), héros de la série « Voyage au fond des mers ».

  • Triste destin que celui de Jill Banner (1946-1982), qui perdit la vie dans un accident d’auto provoqué par un poids lourd dont le chauffeur était ivre. Elle n’avait pas mis sa ceinture de sécurité et fut éjectée, ne survivant pas ensuite au coma.

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6. SOLITAIRE
(THE LONELY WAY TO GO)

Scénario : Donn Mullally. Réalisation : Richard Benedict.

Jason Banning s’accuse du meurtre de sa secrétaire Kathy. Elle était sa maîtresse, pour laquelle il avait quitté sa femme, mais se rappelle du meurtre comme l’ayant vu lors d’un cauchemar.

Enfin un bon épisode ! Le scénario de cet épisode rappelle beaucoup un « Mannix » : « La nuit hors du temps ». L’homme de fer a été diffusé le 22 octobre 1970, et Mannix : « Night out of time » le 7 décembre 1968.

Jason Banning se croit coupable. Mais Dacier doute de son récit. La victime, Kathy Dana, monnayait ses charmes. Nous disposons d’une bonne intrigue policière, avec une énigme solide, ce que « L’homme de fer » peut nous offrir de mieux. Pour une fois, le tournage en studios n’est pas un obstacle à notre plaisir.

Banning n’est pas un inconnu pour Dacier, car il administre les fonds de retraite de la police. L’enquête est menée conjointement par l’homme de fer comme consultant et le lieutenant Carl Reese (Johnny Seven) dont c’est la première des vingt-sept collaborations jusqu’à la saison 8 en 1975. Seven a aussi joué trois autres rôles différents dans les premières saisons.

A mi-chemin, le script s’écarte complètement de celui de « Mannix » et il faut reconnaître que l’intrigue est particulièrement astucieuse. On regrettera que le grand et baraqué Denny Miller ait été choisi pour incarner un peintre délicat et amoureux, une erreur de casting évidente, car ce n’est pas du tout dans son registre. Eve et Ed disposent de plus de temps que d’ordinaire pour enquêter, mais malheureusement, Don Galloway ne se départir jamais du monolithisme de son jeu en sergent Brown. L’épisode comporte de bons mots comme Dacier s’indignant que sa subordonnée Eve lui parle familièrement : « Depuis combien de temps mademoiselle Whitfield commence-t-on un rapport par « je vous le donne en mille ? ». L’homme de fer fait aussi des entorses à la vérité pour minimiser les actes d’un homme amoureux, mais lorsqu’il s’agit d’une tentative de meurtre, on peut se poser des questions sur les droits que s’arroge le héros en fauteuil roulant, enquêteur, juge et partie. Le personnage de Mark Sanger est mis en retrait dans l’épisode.

Carl Betz en Banning fait un sacré numéro d’acteur, car il va en quarante huit minutes, et nous n’en dirons pas plus pour ne dévoiler le spoiler, changer trois fois de personnalité tout en restant toujours dans une tonalité crédible. Il fallait beaucoup de talent pour cela, et un autre comédien aurait pu s’y casser les dents. Banning est le levier de cette intrigue, et le téléspectateur passe son temps à se demander pourquoi un innocent tient tant à se déclarer coupable, jusqu’à convoquer un journaliste dans sa cellule pour faire des aveux.

On peut considérer l’épisode comme une partie d’échecs entre l’homme de fer et Banning. Elle est passionnante du début à la fin. Jusqu’aux dernières images, le téléspectateur est dans le brouillard, ne pouvant déterminer qui est le coupable. Le scénariste Donn Mullally a eu le génie de nous entraîner sur une fausse piste, le fait que la victime vive de ses charmes : nous n’en dirons pas plus. On aimerait que tous les épisodes de la série soient de cette teneur.

  • Après ses tenues strictes depuis 1967, Eve, sur le point de quitter la série, porte une jupe assez courte qui nous fera d’autant regretter son départ.

  • Denny Miller (1934-2014) fit une prestation remarquable dans le rôle d’un simple d’esprit dans l’épisode du « Fugitif » de 1966 : « Un être inoffensif ».

  • Jeanne Cooper (1928-2013) fut Katherine Chancelor dans « Les feux de l’amour ». Elle incarne une voisine de la victime, Mrs Talley.

  • Carl Betz (1921-1978), emporté par un cancer à 56 ans, ne laisse pas une filmographie inoubliable, mais est surtout connu pour avoir été la vedette d’une série inédite en France, « Judd for the defense ». Sinon, on l’a vu dans « Starsky et Hutch », « La nouvelle équipe », « Mission Impossible », « Cannon » et « Les rues de San Francisco ».

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7-8. ECHEC ET MEURTRE
(CHECK, MATE; AND MURDER) 

Scénario : Sandy Stern. Réalisation : David Lowell Rich.

L’homme de fer arrive à Montréal pour un congrès de criminologie. Il y a vingt ans, il a vécu une folle histoire d’amour avec une certaine Jeanine qui s’est mariée mais est veuve depuis un an. Il la retrouve tandis qu’un quatuor de terroristes pose des bombes pour la libération du Québec.

Ce double épisode est un des plus gros ratages de toute la série. Pour la première fois, l’intrigue combine quatre lignes scénaristiques différentes, qui vont se croiser :

Une histoire d’amour entre Dacier et une canadienne française, Jeanine (Karin Dor), datant de 1950.

La lutte contre un groupe terroriste dont le fils de Jeanine, Robert, appelé ainsi en mémoire de Dacier, est membre.

Un groupe de voleurs de jeux d’échecs de grande valeur qui n’hésitent pas à tuer en tentant de faire croire à des actes du groupe séparatiste.

Les mésaventures d’une vieille dame excentrique, Ernestine Mugford (Hermione Gingold), romancière, qui se prend pour un personnage d’Agatha Christie et empiète sur les plates bandes de la police.

Le tout, parsemé de stock shot de Montréal, étant filmé au rabais en studios à Universal, où l’on reconnaît même des « rues » de San Francisco, figurant dans des plans utilisés dans les premières saisons.

Le résultat est indigeste. Tout d’abord, pas une seconde, on ne croit à l’histoire d’amour de Jeanine et Dacier. Notons que Jeanine en vingt ans n’a pas pris une ride, et pour cause, en 1950, l’actrice qui l’incarne, Karin Dor, avait douze ans ! Pour mémoire, Raymond Burr était né en 1917.

Cet épisode ressemble à un cadeau dont l’emballage serait énorme, mais qui à l’ouverture ne révélerait une verroterie. Les effets sont téléphonés, les situations vues mille fois ailleurs. Le groupe terroriste, qui comporte un professeur et trois jeunes élèves paumés, est caricatural. A eux quatre, ils espèrent bouter l’anglais hors du Canada. Le script de Sandy Stern est si confus que l’on ne sait plus très vite si les méfaits sont le fruit du groupe ou des voleurs d’un jeu d’échecs précieux. Personne ne s’étonne de voir quatre touristes américains, Dacier, Eve, Ed et Mark, s’arroger le droit de mener l’enquête officielle et arrêter des suspects en pays étranger ! Quand à l’ersatz de Miss Marple, elle devient vite irritante, se prenant au sérieux, mais semble amuser Dacier, sauf lorsqu’elle s’incruste à un dîner en amoureux qu’il mène avec Jeanine.

On tombe dans le mélodrame. Jeanine révèle qu’elle était enceinte d’un certain Jacques, qui deviendra son époux, qu’elle n’aimait pas, lors de sa folle passion avec Dacier qui dura trois semaines et demi. Vingt ans après, veuve, elle croit pouvoir tout recommencer, laissant un homme de fer songeur devant une telle perspective. L’époux défunt était un séparatiste québécois, Duvalier, dont le fils, Robert ( !) veut reprendre la cause en tuant des innocents avec des bombes à la façon de l’IRA.

Les personnages se multiplient, mais l’intrigue ne s’étoffe jamais. Ed devenant « docker » pour les besoins de la cause, espionnant les poseurs de bombes et les trafiquants de jeu d’échecs volés, rend Don Galloway hautement ridicule.

La belle Karin Dor fait ce qu’elle peut, mais à l’impossible nul n’est tenu, et ici l’entreprise était perdue d’avance. A la différence de Vera Miles dans « Qui est vous Barbara ? », elle n’est pas un instant crédible en grand amour de l’homme de fer.

Nous sommes donc conviés à assister à un désastre total, à la différence des épisodes double de « Hawaii Police d’état ». Le suspense a un goût de mégot refroidi, et les grosses ficelles du scénario ne passent pas auprès du téléspectateur le plus naïf. Sandy Stern dans l’écriture rivalise de médiocrité avec le malheureux David Lowell Rich qui n’a que des décors de carton pâte à nous offrir, passant d’un hôtel à un aéroport sans que l’on remarque la différence. Le summum du ratage est le mauvais raccord entre les scènes filmées de la fête québécoise (une immense parade à la française) et les gros plans sur les acteurs, tandis que le fils repenti de Jeanine veut désamorcer la bombe. On a de plus la nette impression que les stock shots sont là pour faire durer l’intrigue deux fois 47 minutes, aussi s’attarde t’on sur les chars et les  majorettes. Lors de l’arrivée à l’aéroport dans la première partie, une grande limousine vient cueillir les invités, mais défile en second plan un décor filmé dans la pare brise arrière qui fait très « fauché ».

Que diable la malheureuse Karin Dor est elle venue faire dans cette galère ? Sans doute des impôts à payer, car si l’on compare sa prestation dans « L’homme de fer » avec « On ne vit que deux fois » et « L’étau », on a pitié pour elle.

Lorsque Raymond Burr tente de nous faire croire à cette idylle du passé, il joue terriblement faux. Il semble même s’ennuyer. Aucune allusion n’est faite à son handicap entre 1950 et 1970 que Jeanine n’évoque pas. Les flash-back d’ailleurs ne nous montre jamais Burr et seulement Karin Dor, tant l’histoire d’amour d’il y a vingt ans est improbable.

Barbara Anderson en rajoute dans le mauvais goût en changeant de tenue et de coiffure à chaque séquence. Eve semble en pleine représentation de mode, comme si le personnage se moquait de l’enquête. Don Galloway, avec des lunettes et en habits de docker, est fier de gagner, comme touriste, 400 dollars par jour, mais il est censé donner le change aux trafiquants de jeu d’échecs en portant simplement des lunettes, pour ressembler à Arnold Berckman (William Lanteau), plus âgé que lui. Le scénariste a misé sur le fait que les trafiquants étaient myopes et n’allaient pas le reconnaître. La scène m’a fait penser au ridicule moment du James Bond « Au service secret de Sa Majesté », où après une confrontation dans l’épisode précédent (Sean Connery/Donald Pleasence), Blofeld/Telly Savalas est censé ne pas reconnaître James Bond/George Lazenby juste parce qu’il porte des lunettes.

Le gâchis est tel que l’on comprend que la France n’ait pas acheté l’épisode en son temps. L’image que donne la série « L’homme de fer » est ici pathétique : tournage au rabais, intrigue qui ressemble presque à une enquête policière au sein de « La croisière s’amuse ».

Hermione Gingold en rajoute dans l’insupportable, semblant fière d’incarner cette Miss Marple de pacotille. Mal écrit, mal réalisé, mal interprété, « Echec et meurtre » est surtout un des plus gros, sinon le plus gros, échec tout court de la série.

  • Karin Dor (1938-) n’a jamais retrouvé la notorité d’Helga Brandt dans « On ne vit que deux fois » (1967) et Juanita de Cordoba dans « L’étau » (1969). Juste avant cet épisode, elle venait de tourner dans la série « Opération vol » (épisode « Les trois vierges de Rome »).

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9. OVERDOSE
(TOO MANY VICTIMS)

Scénario : Irving Pearlberg. Réalisation : Corey Allen.

Barbara, la fille d’un ami de Dacier, Milt Stein, se drogue et a un grave accident de voiture.

En moins dramatique, cet épisode évoque le meilleur épisode de la série toutes saisons confondues, « Où est la limite ? » que j’ai évoqué longuement  dans la saison 2. Le fléau de la drogue sur les jeunes frappe ici la fille d’un valeureux policier. L’épisode a un côté pédagogique, mais nous émeut jamais comme l’a fait Susan O’Connell dans la saison 2.

C’est la première fois que l’on voit Barbara Anderson se mettre en colère. Cela nous permet de constater les limites de son jeu de comédienne.

La grande faiblesse de l’épisode est la fade interprète de Barbara, Kathleen Lloyd, qui ne convainc jamais dans son personnage. Elle ne s’investit pas et nous offre le minimum syndical, là où Susan O’Connell, dans un rôle similaire, nous remuait les tripes.

La déontologie policière est abordée avec le fait que Milt Stein, le père, pour confondre le dealer, cache de la drogue chez lui. Dacier réprouve ce genre de méthodes, et déclare que c’est le chemin ouvert vers les milices. Politiquement correct avant l’heure, Robert Dacier semble protéger les délinquants si on compare son attitude avec celle du père de Barbara. Raymond Burr n’est pas très à l’aise dans le rôle. Il nous fait regretter un Karl Malden, un Telly Savalas ou un Jack Lord à sa place. Au contraire, alors que Stein lui a sauvé la vie jadis, il veut le faire chasser de la police. Sans tomber dans la justice expéditive de Dirty Harry, on aurait pu attendre un peu plus de fermeté chez un inspecteur qui a de la bouteille.

Forrest Tucker est très bon dans son personnage, mais sa partenaire Kathleen Llyod ne lui renvoie pas la balle. Lors d’une scène d’hystérie contre Dacier vers la fin, l’actrice fait un peu illusion.

La conclusion est consternante et marque la première défaite de la police, une immense surprise dans la série. Voir le méchant gagner et être libéré, et le policier sanctionné plonge le téléspectateur dans un profond malaise. Arrivant à la fin, on a l’impression d’être dans un mauvais rêve, qu’il va se passer un coup de théâtre, mais non. L’épilogue est d’ailleurs complètement bâclé. Il y a habituellement une petite scène de débriefing (même dans « Où est la limite ? » après l’emprisonnement du personnage de Kim Channing, la nièce d’Eve). Il n’y en a pas ici. L’opus se termine comme si sur l’écran allait s’inscrire « to be continued », mais non, il faut se résoudre à cette incohérente victoire du crime. Première défaite de Dacier, mais pas crédible pour un sou. Le cahier des charges de la série vole en éclats. On se croirait dans les années 2000 dans « Cold Case », lorsque le tueur George Marks de l’épisode 9 de la saison 2, « Chasseur de têtes », incarné par John Billingsley, s’en tire (provisoirement) à la stupeur de l’équipe. Ici, l’abominable narcotrafiquant Marty Beale (Jonathan Steele, un inconnu qui n’a quasiment fait que cet épisode) s’en sort la tête haute et le policier plonge. On regrette presque que Dirty Harry ne soit pas dans les parages pour lui régler son compte tellement cette fin est révoltante. Une aberration.

  • Forrest Tucker (1919-1986) fait ici son unique apparition dans la série. Il est connu au cinéma pour  « Iwo Jima » (1949), « Le redoutable homme des neiges » (1957), « Ma tante » (1958), « Chisum » (1970).

  • Eve déclare qu’elle ne s’est jamais droguée.

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10. TRAHISON
(THE MAN ON THE INSIDE)

Histoire de Brad Radnitz. Adaptation : Brad Ratnitz et Sy Salkowitz. Réalisation : Don McDougall.

Un membre important de la police serait acheté par le syndicat et compromis dans un trafic de drogue à grande échelle. Les soupçons se portent sur ... Robert Dacier!

Episode dont on aurait espéré qu’il soit la suite du précédent, puisqu’il s’agit de drogue encore (d’héroïne et non plus de Marijuana). Mais ce n’est pas le cas. Plus que de drogue, il est question de corruption de la police, comme dans « Hawaii Police d’état » : « Massacre sur commande », premier épisode de la saison 5 avec le climat de paranoïa entre deux services de police et le fameux traître Lahani joué par George Chakiris. L’épisode d’Hawaii date du 12 septembre 1972, et celui de « L’homme de fer » du 19 novembre 1970, on ne peut donc accuser les scénaristes de « Ironside » de plagiat. C’est dans les deux cas la même construction scénaristique.

C’est Robert Dacier qui se retrouve ici dans la tourmente, accusé d’être un ripoux. Un drogué et un petit trafiquant le mettent en péril. Bien entendu, seule l’équipe de l’homme de fer ne doute pas de lui.

On a du mal à se passionner pour cette intrigue, assez tirée par les cheveux, et loin d’atteindre la réussite deux ans plus tard de Mc Garrett. Tout d’abord, Raymond Burr ne semble pas concerné par les accusations qui pèsent sur son personnage. Dacier se retrouve suspendu, sans s’en émouvoir plus que cela. Dennis Randall/Gene Lyons, chef de Dacier qui n’est que consultant, n’a pas l’air plus étonné que le héros.

On atteint le sommet du ridicule lorsque le sergent Ed Brown vient perquisitionner  son chef tandis qu’Eve proteste. Ed trouve des preuves contre Dacier ! Pourtant on n’y croit pas, quoiqu’avec la conclusion de l’opus précédent, on peut s’attendre à tout désormais. L’homme de fer acheté par le syndicat, compromis avec des titres fonciers et de la drogue cachés chez lui. Lorsque Dacier veut corrompre Ed, on réalise qu’il s’agit d’une manipulation du téléspectateur (et de l’équipe de l’homme de fer).

A la 38e minute, Dacier est incarcéré. Mc Garrett se faisait arrêter volontairement dans « Les voies de l’amour », mais le téléspectateur était dans la confidence. Ici, nous sommes dans le brouillard. Deux minutes plus tard, Dacier manipule l’un des hommes qui l’a fait mettre sous les verrous. Le vrai coupable se fait avoir comme un enfant de chœur. Dacier avait manigancé tout depuis le début, créant les fausses preuves qu’Ed a trouvé à son domicile.

Cet opus nous fait mesurer la faiblesse de la série, puisqu’on peut ici la comparer directement avec une série quasi contemporaine, « Hawaii Police d’état ». « Massacre sur commande » était une réussite, et « Trahison » un épisode anecdotique sans aucune vraisemblance. La fin faussement comique avec les talents de peintre amateur de Dacier saccagés par une étourderie d’Eve et de Mark nous fait croire que l’on est en train de regarder « Les Cordier, juge et flic » !

On sauvera quelques scènes avec Gerald S. O’Loughlin qui compose un brillant lieutenant Burwell. Bien entendu, je ne révèlerai pas le spoiler que constitue le nom du véritable traître (son arrestation trop facile est une véritable déception), mais l’ensemble est très convenu, faussement innovateur. Dacier ne sera pas resté longtemps en prison, et l’on aurait aimé davantage d’audace dans le script.

  • Gerald S. O’ Loughlin (1921-2015) fait ici sa seconde et dernière apparition après « Bombe ou pétard » qui concluait la saison 2.

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11. RETOUR DE MANIVELLE
(BACKFIRE)

Scénario : Frank Telford. Réalisation : John Florea.

En cours de droit, Mark étudie une véritable affaire criminelle qui s’est déroulée il y a quatre ans, quand Dacier venait d’être blessé et était à l’hôpital. Mais en rouvrant le dossier, il met dans l’embarras Ed Brown qui se retrouve accusé de persécution policière et de mensonge.

Le statut d’étudiant en droit de Mark devient de plus en plus important au fur et à mesure que l’on avance dans la série. Mark et Ed se trouvent pris dans la tourmente, mais se réconcilient vite. L’intrigue, verbeuse, devient vite ennuyeuse. Des stock shot d’un incendie qui menace San Francisco sont mal raccordés aux images de studio. Gerry Foster, en semi-liberté, travaille avec les pompiers et s’évade facilement.

James Wainwright incarne Foster sans grande conviction. Il fait très « beau gosse » et pour quelqu’un qui est emprisonné (injustement ?) depuis quatre ans, il joue trop sobrement. Johnny Seven en lieutenant Carl Reese revient et est nettement plus crédible et intéressant que le commissaire Randall. Reese nous devient familier et complète l’équipe de l’homme de fer.

Le thème de l’innocent accusé à tort est rebattu, et n’impressionne plus personne aujourd’hui. Au bout de trente minutes, le téléspectateur est tenté par une certaine somnolence. Il y a quelque chose d’artificiel dans la construction du script, trop d’invraisemblances, de coïncidences, et on veut nous faire croire qu’un étudiant en droit (Mark en l’occurrence) peut remettre en question l’autorité de la chose jugée.

Un deuxième coupable est trop facilement trouvé. Les scènes de flash back sont intercalées avec 1970. Le nouveau p meurtrier est un certain Garvie Durko (Robert F. Lyons). Dans un de ces flash back, on voit Garvie et sa petite amie sur une plage, scène grotesque faite en studio devant un écran. Cela saute tellement aux yeux que l’on se demande comment le téléspectateur de 1970 pouvait admettre cela vu la qualité d’autres productions de l’époque.

Mark n’a pas le pouvoir de mener cette enquête, n’étant qu’étudiant et adjoint d’un consultant de la police, mais personne ne s’en émeut. La fin mélodramatique, moralisante et larmoyante, achève de dater l’épisode. Un coup de théâtre survient à la 42e minute alors qu’un nouveau coupable est sorti d’un chapeau, mais que Gerry Foster détient Eve en otage.

Tout cela atteint péniblement deux étoiles. L’utilisation du flou artistique dans la dernière scène n’est pas une réussite. Raymond Burr joue mal, et s’il faisait illusion à l’époque, il donne un terrible coup de vieux à la série. Toute la galerie des rôles secondaires (à part l’excellent Vaughn Taylor) semble fade. Il faut dire qu’elle n’est guère aidée par le scénario.

J’ai noté que le titre original, retour de flamme, convenait à la fois à l’incendie et à l’affaire criminelle. Ce que le titre VF occulte.

  • Il ne faut pas confondre la « Susanville State Prison » ouverte en 1963 avec la « High Desert State Prison » datant de 1995. Elle est située à Lassen County en Californie. L’histoire est censée se dérouler ici dans une prison expérimentale.

  • Vaughn Taylor (1911-1983) a été vu notamment dans « La guerre des cerveaux » de Byron Haskin et jouait Mr Kemper dans le pilote des « Envahisseurs ». C’est sa seule apparition dans la série.

  • L’ORTF programma très tôt l’épisode après sa diffusion américaine (3 décembre 1970), soit dans la deuxième tranche de treize épisodes programmée à partir de juin 1971.

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12. IMPOSITION DES MAINS
(THE LAYING ON OF HANDS)

Scénario : Tom Seller. Réalisation : Don McDougall

L’épouse handicapée d’un ami de Dacier est victime d’un charlatan, un gamin de quatorze ans, qui prétend la faire remarcher en faisant l’imposition des mains.

Robert Dacier a véritablement une armada d’amis, en 195 épisodes, nous en découvrons toujours un nouveau. Celui du jour est Frank Wickham, mari d’une femme qui a passé sa convalescence avec Dacier.

Pablo Esteban (David Barton) serait doté de pouvoirs extraordinaires. Le tout sur fond d’église et de religion. Cet épisode typiquement américain sur ce sujet laisse un peu froid le spectateur français. C’est le genre d’intrigues que l’ORTF écartait systématiquement (on peut penser aussi à certains « Mannix » ou à l’épisode des « Envahisseurs : le prophète »).

Un miracle se produit sous les yeux ébahis de Dacier à la 14e minute : l’épouse de Wickham, Jeannie (Phyllis Love) remarche. Je ne savais pas que Jésus Christ avait été guest star dans « L’homme de fer ». Ed Brown, sceptique, consulte son médecin et pense que Jeannie (il est prononcé « Janice » en français) n’était pas aussi paralysée que l’on pouvait le croire.

Plus que le jeune mexicain Pablo, ce sont deux escrocs qui gravitent autour de l’enfant prodige qui intéressent la police, Carter (Alan Hewitt) et Wade (Paul Fix). A la 33e minute, le jeune homme comprend qu’il a été dupé, Carter et Wade payant des simulateurs à chaque séance de guérison.

Cet épisode n’est pas du tout déplaisant, et se suit avec intérêt. Son thème est intemporel. Mais à partir de la fugue de Pablo, dans la dernière partie, le rythme faiblit. On est plus dans le registre social que policier. Le jeune David Barton, à la carrière éphémère (9 rôles) est convaincant en Pablo. Mais la fin est une fois de plus mélodramatique et moralisatrice.

Cet aspect mièvre nuit à la crédibilité de Dacier, une fois de plus davantage assistant social que policier.

Ed : « Chef, qui sait, les miracles ça existe peut-être ».

Dacier : « Pour ceux qui veulent bien y croire ».

Ed : « Et pour les autres ? »

Dacier : « Il faut espérer qu’un jour ils croiront ».

  • Par rapport à « Retour de manivelle », on retrouve les « nouvelles voies françaises » des acteurs, puisque l’épisode fut doublé tardivement.

  • Eve ne fait qu’une apparition au début, étant en vacances. Barbara Anderson prépare son départ de la série.

  • La scène du match de baseball semble un copié collé de celle de « Lettres anonymes » avec Gary Collins (02-24).

  • Le personnage de Wade s’appelle Cripple dans la VO.

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13. SOUVENIRS PERDUS
(THIS COULD BLOW YOUR MIND)

Histoire de Stephen Cannell. Adaptation : Stephen Cannell et Sy Salkowitz. Réalisation : James Neilson.

Dacier accepte, à la demande du commissaire Randall, de participer à une expérience pour la Maison Blanche. Mais des mafieux veulent lui arracher le nom d’un « donneur ».

Episode à l’intrigue bancale : Dacier doit subir des tests psychologiques, faisant partie d’une liste de quatre candidats pour une expérience à la maison blanche. Pendant ce temps, des truands du syndicat veulent faire parler l’homme de fer pour retrouver un homme qui les a trahis.

On n’adhère pas à l’histoire dès le début, tant tout est tiré par les cheveux. Bradford Dillman joue complètement faux, alors que c’est un excellent comédien habituellement. Il est un médecin, le docteur Danner, dont la femme et les filles sont kidnappées par la mafia. Dillman fait preuve d’une froideur et d’une absence d’émotion qui nous laisseraient presque penser qu’il se moque comme l’as de pique du sort de sa famille.

Robert Dacier veut jouer les psychologues et inverser les rôles, mais Raymond Burr ne nous fait pas croire une seconde à son personnage dans cette situation, comme un comédien qui sur scène étoufferait un fou rire. On se demande bien aussi comment le syndicat du crime a pu infiltrer un centre ultra-secret d’expériences du gouvernement, piratant les circuits de télévision et surveillant Danner et Dacier. Pourquoi aller régler leurs comptes dans un endroit aussi risqué ?

Le test du début est téléphoné. Et le reste ne vaut pas mieux. En représentant de la mafia, George Grizzard est celui qui tire le mieux son épingle du jeu, en fait le seul vu que Dillman passe complètement à côté de son rôle. Il faut un sacré talent avec un scénario aussi plombé pour jouer juste, Grizzard s’en tire avec les honneurs dans le rôle de Larry Saunders.

Eve et Mark manquent cruellement, car Ed, joué par Don Galloway au faible charisme, associé à un Raymond Burr limité, constituent une distribution faible. On regrette de ne pas voir davantage la réceptionniste infirmière du début, Mary (Ann Whitfield) qui rappelle un peu Patricia English en Dr James dans « Chapeau melon » : « Interférences ». Stephen Cannell (pas crédité de son « J ») a écrit un scénario qui ne permet pas aux comédiens de le défendre. James Neilson tente de distiller du suspense au sujet du sort des otages, mais en vain. A la 34e minute, on se lasse complètement, l’intrigue tournant en rond. L’ennui s’installe alors, Dillman semblant quant à lui se demander ce qu’il est venu faire dans cette galère.

Le spectateur devine facilement la fin. L’ambiance nocturne de cette partie dénote une photographie médiocre. Une fois de plus, tout est sacrifié avec le tournage en studios. L’histoire, qui consiste à trouver la faille, la peur, la phobie d’abord chez Dacier pour qu’il livre l’homme recherché, puis chez Saunders sommé de dire où se trouvent les otages, évoque « Les marchands de peur » des « Avengers ». Mais dans le cas présent, la mayonnaise ne prend pas. Ne parlons pas de l’épilogue abracadabrante où les hommes du syndicat attendent gentiment qu’on vienne les cueillir. Un gros ratage.

  • Eve et Mark sont absents de l’épisode, étant en vacances. Dans l’épilogue, Don Mitchell apparaît, Barbara Anderson non.

  • Deuxième et dernière apparition de Bradford Dillman après la saison 3 (« Eve et son prince charmant »).

  • Le personnage de Saunders devient « Sanders » en VF.

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14. SILENCE DE MORT
(BLACKOUT)

Scénario : Robert Pirosh. Réalisation : Don McDougall.

Une panne générale d’électricité survient à San Francisco. Elle a été provoquée par des gangsters avec des explosifs. Au quartier général de la police où des microfilms les intéressent, quelqu’un les informe et Dacier doit trouver son identité. Mais ceci cache un autre complot.

Les ambiances nocturnes ne réussissent pas à la série, en raison de prises de vue à l’économie. L’image laisse vraiment à désirer. Bien entendu, le téléspectateur n’est pas étonné des cambriolages et autres vols commis à la faveur de la panne.

Eve au tout début annonce qu’elle a rencontré un garçon et que c’est sérieux, rejoignant presque la réalité de Barbara Anderson qui s’est mariée le 15 juin 1971 avec l’acteur Don Burnett. Le dernier épisode de la saison 4 fut diffusé deux mois auparavant, le 15 avril. D’après le livre « Les grandes séries américaines des origines à 1970 » (8e art), « Silence de mort » serait son dernier tournage pour la série. Elle ne fait ici qu’une apparition éclair mais on la verra encore dans des épisodes ultérieurs.

On s’ennuie très vite, Raymond Burr cabotine, Don Galloway fait des rondes « de nuit » pour traquer les voleurs, Don Mitchell est toujours là fidèle au chef, tandis que Barbara Anderson brille par son absence. C’est un épisode très bavard. De faux policiers prêtent la main à des cambrioleurs qui s’affairent à un gros coup. Les pistes se multiplient, mais l’état de crise au commissariat devient l’objet d’une overdose d’informations diverses que le spectateur peine à retenir.

Eve est de retour dans les dernières minutes (l’actrice mérite-t-elle d’être payée pour un épisode complet ?), annonçant qu’elle ne s’est pas entendue avec l’homme de son rendez-vous.

Dacier est content d’avoir démasqué le ripoux, mais le téléspectateur a l’impression qu’il a subi une panne d’inspiration et non vu l’intrigue une panne générale d’électricité. Toute cette mise en scène pour voler des papiers, qui devaient servir à faire de faux titres. L’inquiétant Sandy Kenyon (« Les envahisseurs : La soucoupe volante ») incarne avec maladresse Kinney, que le spectateur le moins attentif soupçonne dès le début, ce qui nuit au suspense.

En voyant des épisodes aussi faibles, on se demande comment la série a pu durer huit saisons, alors que par exemple en 1972-73, elle était diffusée à la même heure que « L’homme de Vienne » avec Robert Conrad. Les scènes extérieures nocturnes nous laissent de marbre, et pour le huis clos dans le commissariat, si l’on compare avec un autre épisode de ce genre, « Une heure à tuer » (03-21), la baisse de qualité est vertigineuse. La panne d’électricité était une bonne idée de départ, mais elle est vraiment mal exploitée. Il ne se passe quasiment rien sinon une multiplication de discours de Robert Dacier dans le commissariat, sans jamais que le suspense ou une quelconque tension puissent s’installer. On aurait aimé une intrigue comme la fera en 1976 John Carpenter pour « Assaut » ou encore un des meilleurs épisodes de « Mannix » : « Par delà la mort » qui se déroule également durant une nuit, dans un endroit isolé où les protagonistes sont cernés par des policiers corrompus, avec un suspense autrement plus convaincant. C’est ce qui manque ici, de façon flagrante, on devrait trembler, et l’on s’ennuie.

  • Roman Gabriel (1940-) qui incarne le lieutenant Holloway est en fait un joueur de football du Los Angeles Rams.

  • L’épisode a sans doute été inspiré par la panne de courant de New York du 9 novembre 1965 qui dura 13 heures.

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15. EN QUINCONCE
(THE QUINCUNX)

Scénario : Max Hodge. Réalisation : Don Weis.

Une amie d’Eve, Jane Gaylord, membre d’un trio de chanteurs folk psychédélique, a disparu. En menant l’enquête, Eve est courtisée ardemment par le leader du groupe, Luke Roberts, tombé amoureux d’elle.

Enfin un bon scénario, innovant. Cela donne un coup de fouet à la série. Barbara Anderson y tient la vedette autant que dans « En service commandé ». Bien qu’elle n’ait que changé de coiffure, elle, enfin son personnage, est courtisée de toutes parts. Même un homme qui lui donne un simple renseignement, et qui pourrait être son père, tente de lui donner un rendez-vous. David Carradine incarne ici avec justesse, et sans tomber jamais dans la caricature des rock stars, Luke Roberts, qui tombe amoureux d’Eve, une fille différente de ses conquêtes habituelles, et qui en retour ne lui montrera que de l’indifférence.

L’amitié entre Eve, qui vient de la haute société, et Jane (Carla Borelli, qui arrive trop tard dans l’épisode pour réussir une prestation éblouissante comme dans « Mannix » et « Opération vol »), aurait pu paraître factice, mais reste plausible. On est surpris ici par la justesse de ton de l’ensemble de la distribution, il est vrai portée par un scénario sans failles de Max Hodge.

Le gimmick de l’épisode est la façon dont le public du trio applaudit, en claquant des doigts et non des mains pour ne pas tomber, je cite, « dans l’idolâtrie ». David Carradine, deux ans avant « Kung Fu », est excellent en idole « sexe, drogue et rock and roll », même si son personnage de Don Juan en fait un peu trop avec le personnage d’Eve.

Barbara Anderson vole la vedette à ses partenaires, et montre une détermination absente jusqu’ici. L’équipe de Dacier est donc un peu en retrait. Aucun temps mort, mais le réalisateur prend le temps de raconter l’histoire sans nous submerger d’informations ou de rebondissements inutiles.

Comme toujours, le tournage en studios se voit, notamment dans la poursuite en voiture finale. Mais les nombreuses scènes de cabaret ou de boutiques hippies nécessitent des tournages en intérieurs. Cela permet à l’opus de rester majeur.

L’introduction est d’une rare violence, montrant en flash back le meurtre sauvage d’une jeune femme, Olivia, juxtaposée au concert de deux des membres du trio, Jane ayant disparu. Cette dualité « chanson pacifiste/violence » est magnifiquement présentée par le réalisateur Don Weis, un des habitués et des plus doués de la série.

Carradine efface un peu son partenaire Michael Blodgett (1940-2007) en Mathieu, personnage pourtant crucial. Le scénario dose savamment la partie enquête policière et le marivaudage (les tentatives de séduction d’Eve par Luke). Nous ne sommes jamais surpris de voir Robert Dacier dans un cabaret hippy entouré de son équipe et écouter des ersatz de Simon et Garfunkel (Nous n’assistons, en raison de l’absence de Jane, qu’à des duos Luke-Mathieu).

Témoin de son époque (la présence des hippies en Californie en 1971), l’épisode pourra surprendre les nouvelles générations. On y voit, mais sans jamais le caricaturer, le décor de ce monde qui disparaîtra au cours de la décennie. C’est Eve et non Dacier qui mène l’enquête au premier plan, n’hésitant pas à s’exposer au danger. Luke est à la fois un ange et un démon, mais dès qu’il est en présence d’Eve, qui qualifie de « poulette et de femme policier », il devient un agneau.

Vers le dernier quart de l’épisode, Dacier reprend les rennes de l’enquête et sa place naturelle de leader. L’assassin va donner bien étrangement des indices avec un code secret bien difficile à déchiffrer sur l’endroit où se trouve Jane et ce dans une chanson. Il fallait des as de la police en face, munis d’un magnétophone, pour le décrypter.

Cette réussite montre que la série souffre trop souvent de mauvais scénarii. Elle serait un joyau s’il n’y avait que des titres comme celui-là, mais aussi « L’ombre d’un doute », « En service commandé » et « Où est la limite ? ».

Pour une fois, la conclusion n’est pas bâclée. Spectaculaire, elle donne son lot de sensations au téléspectateur. Elle est cohérente par rapport à tout ce que l’on a vu auparavant. Nous avons donc une réussite totale.

  • Dans la VO, le personnage de Jane s’appelle Jan et Mathieu Roberts « Matthew ».

  • Mathieu pilote une Jaguar Mark II, modèle qui fut construit de 1959 à 1967. On est surpris de voir distinctement une voiture de cette valeur être détruite (apparemment pas un trucage) lors d’une chute dans un ravin.

  • Le scénariste Max Hodge (1916-2007) signait là sa première contribution à la série. Il reviendra dans ce poste quatre fois jusqu’en 1972.

  • Deuxième des trois apparitions de David Carradine (1936-2009) dans la série après « La course de la justice (01-28) et avant « Meurtre par procuration » (05-13).

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16. BONS BAISERS DE HRUSKA
(FROM HRÛSKA, WITH LOVE)

Scénario : Robert Shapiro. Réalisation : Alf Kjellin.

Un échange doit avoir lieu au Mexique entre la veuve d’un réalisateur tchèque arrêtée par le FBI et un savant américain prisonnier à l’est. Dacier comprend que la jeune Hruska veut fuir le régime communiste et rester aux Etats-Unis. Un gang se substitue aux agents tchèques pour récolter une rançon pour la restitution de Hruska.

Les intrigues d’espionnage se marient mal d’ordinaire avec l’action policière de « L’homme de fer ». Cet épisode possède un grand atout, la présence (durant tout le métrage en minijupe !) de la belle et regrettée fiancée de Travolta, Diana Hyland, fauchée par le cancer à 41 ans en 1977.

Jolie fille, mais excellente actrice, elle a joué dans trois épisodes des « Envahisseurs » (« Vikor » et le double « Conférence au sommet ») mais aussi un excellent opus de la saison 4 du « Fugitif » : « Les anges sataniques », diffusé en France dès 1969 où son personnage avait un destin tragique, membre d’une bande de motards « hell’s angels », elle faisait une chute bousculée par un membre de sa bande et se cassait les reins.

C’est à nouveau une absence de happy end qui nous attend après l’épisode 9 « Overdose ». Un tournant dans la série ? On nous a habitués à des fins moralisantes et familiales, ce qui n’est pas le cas ici.

Toute la partie qui se déroule au Mexique sent les studios Universal, mais le malaise que l’on éprouve en voyant cet opus aujourd’hui est l’extrême misère des mexicains symbolisée par le petit garçon cireur Emiliano Zapata Hernandez (Lee Joseph Casey, qui fit une carrière éphémère d’enfant acteur). Le gosse est prêt à donner son âme pour avoir quelques dollars de Mark. Il propose pelle mêle d’aller visiter un endroit où Pancho Villa a laissé sa signature dans le marbre, et moult autres services. La misère du Mexique n’émouvait pas le téléspectateur américain de 1971. D’où cette vision de carte postale à laquelle personne ne trouvait à redire.

Au début, dans cet épisode qui reflète l’anticommunisme de l’époque, Dacier n’a guère de compassion pour la jeune tchèque. Mais lorsqu’il apprend qu’elle-même ne souhaite pas retourner dans son pays contre lequel elle s’est révoltée, il la prend sous son aile. Malheureusement, la jolie « espionne » tchèque devra se sacrifier à la raison d’état. On note durant les échanges verbaux entre Burr et Diana Hyland que le premier n’est pas un grand comédien, se cantonnant à son interprétation assez fade du personnage, alors que la comédienne dispose d’une palette d’émotions assez large et d’un talent sûr.

Diana Hyland n’a pas du tout le physique d’une fille de l’Est, mais le téléspectateur s’en moque. Le destin a été cruel avec elle, car c’était une grande comédienne, disparue alors qu’elle avait encore tant à offrir. On comprend l’immense chagrin de John Travolta, qui brisé par la mort de sa compagne, ne goûta pas le triomphe de « La fièvre du samedi soir ».

La guerre froide très présente dans les esprits encore en ce début 1971 évoque le printemps de Prague et sa figure de proue, Alexander Dubcek. La démocratie n’a pas vaincue et les espions tchèques (soviétiques ?) qui « récupèrent » l’infortunée Hruska ont des airs de robots comme on en voit dans le pitoyable « Halloween 3, le sang du sorcier » de Tommy Lee Wallace (1982) ou surtout les envahisseurs à apparence humaine qu’affronte David Vincent.

Barbara Anderson est omniprésente à l’écran, ce qui nous surprend car elle est sur le point de quitter la série. Eve Whitfield n’a jamais eu autant de responsabilités que dans cet opus ou le précédent, « En quinconce ». Mais pour NBC et MCA-Universal, le sort de Barbara Anderson est scellé, litige avec les producteurs sur son salaire, toutefois il ne faudrait pas d’avance avoir des préjugés sur sa remplaçante, la merveilleuse Elizabeth Baur, populaire pour son rôle de Teresa O’Brien dans « Le Ranch L » qui n’est strictement pour rien dans le départ de l’interprète d’Eve.

Seul Don Galloway, piètre acteur, ne tire pas son épingle du jeu, disposant pourtant de nombreuses scènes en solo, le chef Dacier étant retenu prisonnier avec l’espionne. Don Mitchell et le jeune Lee Joseph Casey ont des réparties brillantes, représentant chacun des minorités (les noirs, les hispaniques), et leur teneur sociale a peut être échappé au téléspectateur de 1971.

Alf Kjellin, avec des moyens limités, nous fait croire à ce western dans un Mexique de pacotille, tout en donnant libre cours à l’émotion (les parties jouées par Diana Hyland).

Cet épisode méconnu, tardivement diffusé en France avec des voix différentes (Le DVD ne propose pas la VO), mérite tous les lauriers et constitue consécutivement une seconde réussite totale dans cette saison 4.

  • Diana Hyland est née en 1936. Elle a débuté à 19 ans dans l’anthologie « Robert Montgomery presents ». Dès 1959, à 23 ans, elle triomphe à Broadway  sur scène dans « Doux oiseau de jeunesse » aux côtés de Paul Newman. Elle a joué outre les séries citées plus haut « Peyton Place » incarnant pendant 56 épisodes le personnage de Susan Winter. On la vue dans « La quatrième dimension », « Match contre la vie » avec Ben Gazzara, « Les espions », « Des agents très spéciaux », « Alfred Hitchcock présente », « Cannon », « Kojak », « Mannix ». Elle n’a fait malheureusement que quatre apparitions au cinéma. Un cancer du sein l’a emportée le 27 mars 1977.

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17. LA CIBLE
(THE TARGET)

Scénario : Sy Salkowitz. Réalisation : Don Weis.

Gordy, un prisonnier libéré sur parole père d’un petit garçon, travaille sur un chantier où des terroristes veulent qu’il récidive en leur procurant de la dynamite pour faire sauter un laboratoire. Devant son refus, ils kidnappent son fils.

Après deux épisodes exceptionnels, on revient au niveau habituel de « L’homme de fer » avec un suspense tiède et une inventivité du script limitée.

Gordy est un protégé de l’homme de fer et malgré les menaces des ravisseurs, il le prévient.

Ce que l’on peut reprocher à cet épisode est son intrigue linéaire au déroulement prévisible, l’homme prévient Dacier, un piège est tendu, l’inspecteur accepte qu’il livre la dynamite pour sauver son fils, puis veut évidemment coincer les malfrats.

Earl Holliman est tellement propre sur lui que l’on a du mal à croire que c’est un repris de justice qu’il incarne. Il règne une certaine tension au début sur le chantier avec le chef de Gordy, Franklin, corrompu, qui pensait que le nouvel employé allait accepter l’offre sans sourciller.

Dès la quatorzième minute, Gordy avertit l’équipe de Dacier. Il ne doute pas une minute qu’il met en danger la vie de son fils. L’absence d’hésitation, la confiance aveugle en Dacier, nous paraissent assez simplistes et manquer de véracité.

Avec la libération de l’enfant, Sonny (Vincent Van Patten) par Ed et Gordy son père, il n’y a plus guère d’enjeux de suspense. Il y a une bombe à trouver, posée par les terroristes kidnappeurs dans une valise.

L’abus de scènes nocturnes n’est pas une réussite. Gordy prête main forte à l’équipe et aide à désamorcer la valise trouvée providentiellement dans une conduite d’air conditionné. Dacier et Gordy se retrouvent coincés avec la bombe dans un immeuble.

On ne croit pas une seconde, avec le jeu réservé de Raymond Burr et Earl Holliman, que leurs personnages puissent échouer et mourir dans l’explosion de la bombe. Ce sont des situations vues mille fois ailleurs. Comme dans Fort Knox dans le James Bond « Goldfinger », c’est à une minute près que le danger est écarté. Si cela produisait de l’effet lors de la première diffusion américaine de 1971, ce genre de script est téléphoné et le suspense n’opère pas aujourd’hui.

Le trio de terroristes Ned Harrison/Mel Jackson/Nina  Loring est joué par des acteurs assez fades, sans aucun relief. Darwin Joston qui incarne le chef Ned, avec sa fine moustache et son allure hispanique assez fière, semble s’être trompé de série et sortir de « Zorro » dans le rôle du commandant Monastorio.

L’épisode est trop bavard (L’interrogatoire du contremaître Franklin-Joe Mantell est interminable). Tout cela semble conçu pour gagner du temps et atteindre les 47 minutes syndicales. Idem pour la savante préparation de la valise explosive par Ned et Mel.

Notons la facilité déconcertante avec laquelle le trio capture deux vigiles. Le scénario n’est pas assez  fouillé, et les clichés abondent. Sy Salkowitz ne s’est pas creusé la cervelle avec cette histoire passe partout.

Les motifs des terroristes sont à peine esquissés (« ébranler le pouvoir en place »).

Cette-fois, Barbara Anderson, Don Mitchell et Don Galloway retrouvent leurs rôles secondaires comme en 1967, sans aucune marge d’initiative. Mais le duo Burr-Holliman ne fait pas des étincelles.

  • Earl Holliman (1928-) est surtout connu pour son rôle de partenaire d’Angie Dickinson dans « Sergent Anderson ».

  • Darwin Joston (1937-1998) est surtout connu pour « Assaut » (1976) de John Carpenter.

  • Luana Anders (1938-1996) qui incarne Nina a joué dans « Easy Rider » en 1969.

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18. DOPAGE
(KILLING AT THE TRACK)

Histoire de Robert Pirosh. Adaptation : Robert Pirosh et Max Hodges. Réalisation : Don McDougall.

Le commissaire Randall demande à l’homme de fer d’aider Bill O’Brien, qui surveille le dopage dans le milieu des courses hippiques. Dacier découvre que c’est un jockey qui est dopé à son insu, et pousse Eve à renouer avec un ancien amant propriétaire d’une écurie.

Du point de vue réalisation, cet épisode est irregardable aujourd’hui, mêlant avec une maladresse inouïe des images d’archives et des scènes tournées en studio. Reste le scénario, où l’on retrouve la signature de l’excellent Max Hodges. On est assez choqué de voir Dacier demander à Eve ce qui frise la prostitution : renouer avec un de ses anciens amants, Scott Bradley (Ron Ely, le Tarzan télévisuel). Aujourd’hui la chose choque profondément. L’épisode nous rappelle qu’Eve vient de la haute société que fréquente Bradley. Joel Grey incarne le jockey drogué à son insu, Mike Yeager, dont la femme tremble à chaque nouvelle course. C’est la très belle Sherry Lansing qui incarne l’épouse. On retrouve le chef de « Mac Gyver », Dana Eclar, en Bill O’Brien, policier chargé de surveiller les courses.

En dehors du bémol du tournage en studios ici catastrophique (dans une scène, il est évident que Dacier parle à son interlocuteur depuis les studios Universal, alors que l’autre est dans un haras), cette enquête a le mérite de l’originalité. Ron Ely n’est pas très crédible et semble plus un très beau gosse qu’un acteur. C’est la première fois qu’il est clairement évoqué une ancienne liaison d’Eve, pas si sainte nitouche que les premières saisons voulaient nous le faire croire. Joel Grey en fait parfois un peu trop dans son rôle de jockey piégé et drogué à son insu. Le méchant est à peine évoqué en fin d’épisode, comme si l’on s’en moquait allègrement, il faut dire que l’on a tellement mis en valeur Ron Ely en Scott Bradley – dont le personnage gagne sur tous les plans, prouvant son innocence et refaisant la conquête d’Eve – que l’autre protagoniste est plutôt mis en marge. Cochran (Frank Corsentino) n’est même pas certain d’être arrêté à la fin, tout au plus mentionne-t-on dans l’épilogue, dont le téléspectateur se fiche, sa culpabilité. Il est vrai que les retrouvailles d’Eve avec Bradley, alors qu’elle était très réticente à jouer ce petit jeu, accaparent l’attention. Très présente au début, Sherry Lansing en Marcia Yeager est un peu perdue de vue à la fin. Il s’agit pourtant d’un personnage émouvant, et sa scène avec Raymond Burr est le grand moment d’émotion de l’épisode. Dana Eclar également passe au second plan vers la fin, alors que c’est lui qui a demandé l’enquête, enfin Bill O’Brien.

On imagine mal aujourd’hui une chaîne de télévision programmer « L’homme de fer », série plombée par des tournages en studios bien pires que ceux du « Saint » avec Roger Moore.

Si l’on fait fi de ces grosses ficelles de mise en scène, c’est un très bon épisode. Le script est solide d’un bout à l’autre et nous confirme le talent de Max Hodges. Barbara Anderson n’a jamais été aussi présente, et le spectateur devait être loin de se douter, devant le développement du personnage d’Eve, qu’elle était sur le départ.

  • Ron Ely (1938-), qui tourne toujours, est essentiellement connu à la télévision pour le « Tarzan » de 1966, mais aussi au cinéma pour « Doc Savage ».

  • Joel Grey (1932-) a joué dans « Cabaret » (1972) et « Dancer in the dark » (2000).

  • Sherry Lansing (1944-) a joué dans « Rio Lobo » (1970) avant de devenir productrice : « Liaison fatale » (1987), « Proposition indécente» (1993).

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19. ÉVASION
(ESCAPE)

Scénario : Adrian Spies. Réalisation : John Florea.

Eve et Ed enquêtent dans un état imaginaire d’Amérique centrale, Santa Cruz, pour sauver un ressortissant américain soupçonné d’un double meurtre.

Tout l’épisode est présenté comme un long flash back de 47 minutes. Cet épisode constitue une première dans la série puisque Dacier et Mark en sont quasiment absents, toute l’enquête est donc menée par Eve et Mark, qui forment un couple genre Purdey et Gambit ou Dempsey et Makepeace.

En dehors de l’intrigue policière, cet épisode montre les tensions qui existent entre les USA et le Mexique. Notons que ce pays n’est jamais cité, l’action se déroulant dans un pays imaginaire de l’Amérique centrale, Santa Cruz (Rien à voir avec la ville de Californie). Mais à de nombreux indices, on comprend qu’il s’agit du Mexique non cité, comme dans le James Bond « Permis de tuer » (Isthmus City).

Deux frères policiers se ressemblant assez, les Mercado (Nico Minardos et Cal Bellini) entendent mener une justice expéditive envers un certain Lonnie Burnett (Scott Glenn), et le trouver coupable, mort si possible, d’un double meurtre sur une plage de Santa Cruz. Or, avant de mourir, une des victimes a identifié Lonnie qui est un protégé de Dacier. L’homme de fer l’a fait libérer de prison à San Francisco, accusé de meurtre, pour insuffisance de preuve. Eve correspondait avec ce dernier en prison et au cours de l’intrigue le vrai coupable (à San Francisco) est retrouvé, ce qui aux yeux des Mercado n’est pas une preuve d’innocence.

Le couple s’en sort assez bien, face à des policiers « mexicains » méprisants et détestant les américains. Ce n’est pas tellement l’enquête policière, dont l’action est rondement menée, que l’on retient mais l’ambiance. Barbara Anderson et Don Galloway s’en sortent avec les honneurs. La diplomatie dont les policiers américains doivent faire preuve nous fait parfois penser qu’ils agissent dans une dictature !

Lonnie est fiancée à Teresa Delgado (Victoria Racimo), une compatriote des Mercado. L’épisode accumule les rebondissements, avec nos deux sergents obligés de marcher en permanence sur des œufs.

Le happy end est de rigueur, il n’y a d’ailleurs pas de surprise puisque c’est un flash back et que l’on parle d’un mariage au début (Celui de Lonnie et Teresa). Don Galloway pour une fois fait illusion et se montre à la hauteur. Toutefois, c’est un Mexique de carte postale, caricatural, qui est présenté. On insiste sur le caractère hautain et fier mais aussi complexé des officiers de police de Santa Cruz.

La police est corrompue, puisque le capitaine Emilio Mercado (Nico Minardos) a pistonné son frère au grade de lieutenant. Les deux hommes préfèrent commettre une injustice plutôt que de perdre la face. Le double meurtre (une mère et sa fille) a été fait pour des motifs obscurs par un nommé Moreno qui a trouvé de l’aide, pour écarter tout soupçon, auprès d’un journaliste américain hostile à Dacier et qui a publié un pamphlet contre lui dans son quotidien.

Le fonds de l’intrigue est simpliste, et la conclusion nous montre Eve n’hésitant pas à risquer sa vie. On veut, mais un peu tard, en faire un alter égo d’Emma Peel ou de Cinnamon Carter. Elle est convaincante dans la scène finale. On voit à peine Don Mitchell, et très peu Raymond Burr, ils avaient sans doute besoin de vacances. Un opus hors normes pas du tout représentatif de la série, mais réussi.

  • Scott Glen (1941-) qui incarne l’accusé innocent a joué au cinéma dans « Le silence des agneaux », « La vengeance dans la peau », « Jason Bourne : l’héritage ».

  • Dans l’épisode précédent, Dacier tutoyait Eve. Il revient ici au vouvoiement de rigueur.

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20. MEURTRE AU THÉÂTRE
(LOVE, PEACE, BROTHERHOOD AND MURDER)

Histoire de Robert Earll. Adaptation : Robert Earll et Sy Salkowitz. Réalisation : Don Weis.

Robert Dacier a investi, comme producteur, 900 dollars dans une pièce de théâtre jouée par des jeunes hippies. Le jour de la présentation, l’une des actrices est retrouvée morte d’une overdose. Il s’agit en fait d’un meurtre.

L’homme de fer, fidèle à ses penchants d’assistante sociale, subventionne des hippies qui le traitent malgré cela de « bourgeois réactionnaire » et de « flic ». Sans commentaires !

Cela nous donne une version Ironside des « Dix petits nègres » d’Agatha Christie. En huis clos, il faut trouver l’auteur d’un meurtre et de deux tentatives. Le problème vient du ridicule de la situation. La bande d’acteurs ou supposés tels est affligeante, et évoque plus un cours de yoga de personnes ayant fumé des substances douteuses qu’un théâtre. Dans la distribution, seule Rhoda Ontkin (Ellaraino) émerge en flirt de Mark, et échappe à la stupidité ambiante. Les supposés participants à la pièce en font des tonnes, dans leurs tenues bariolées, et  invectivent le pouvoir bourgeois et la police. On se demande si Dacier n’est pas masochiste d’investir son argent pour eux.

Le schéma policier multiplie les fausses pistes : le producteur, Bonner (David Bailey) avait une liaison avec la victime, et son épouse Marge (Karen Arthur) l’a mis dehors. Mais c’est dans le passé que Dacier trouvera la clé de l’énigme et le mobile, certes un peu tiré par les cheveux. Une infirmière s’est glissée dans la troupe et jugeait responsable de la mort de son petit ami la victime Carol Fisher. Là où l’histoire devient grotesque, c’est qu’il y a plusieurs infirmières dans la troupe.

Une compagnie à laquelle ce serait faire trop d’honneur de la qualifier de théâtrale, tant les  énergumènes gesticulent comme des pantins sans âme, évoquant parfois, en beaucoup moins bien, le Big Bazar de Michel Fugain.  

Dacier coincera la coupable, mais celle-ci est sans étoffe, et l’épisode ne nous a pas permis de faire vraiment connaissance avec elle, privilégiant l’infirmière qui fait la cuisine, Sandy (Sally Struthers), une petite grosse sympathique qui est vite écartée de la liste des suspectes. La criminelle a tout de même des motifs tirés par les cheveux pour agir, après avoir tué Carol, elle veut éliminer tous ceux qui peuvent l’identifier. Mais c’est un personnage secondaire, qui n’attire pas l’attention, et le téléspectateur est un peu déçu à la fin.

Ce qui plombe l’intrigue, c’est cette troupe d’amateurs improbables qui sont fauchés et veulent bien l’argent des riches pour ensuite prôner des idées révolutionnaires et collectivistes. C’est caricatural et peu inspiré.

Eve et Ed quittent leur statut de privilégiés de l’épisode « Evasion » pour redevenir de simples subordonnés de Dacier, tandis que Mark tire son épingle du jeu en flirtant avec la diabétique Rhoda

  • La pièce s’appelle « Love, peace and brotherhood », le titre VO a ajouté « Murder ».

  • Les préjugés raciaux persistent : c’est une actrice noire qui fait les yeux doux à Mark. On avait vu l’ébauche d’une romance avec une blanche dans « Candy ».

  • Ellaraino (1938-) a tourné une cinquantaine de rôles jusqu’à la série « Urgences » en 2008.

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21. FAUX TÉMOIN
(THE RIDDLE IN ROOM SIX)

Scénario : Stephen Cannell. Réalisation : John Florea.

Dacier doit trouver un juré véreux qui a offert à un mafieux ses services contre une forte somme.

J’ai trouvé cet épisode long et ennuyeux, là où « Hawaii Police d’état » nous a offert « Procès » (Jury of one), 24e épisode de la saison 5 diffusé le 13 mars 1973 sur un thème similaire. « Le faux témoin » date du 25 février 1971, et est infiniment moins inspiré.

Le méchant, Barbosa, qu’incarne Paul Stevens, familier des séries de l’époque et au physique menaçant, est un vieil ennemi de Dacier. Capturé par la justice, il veut se débarrasser d’un témoin que l’homme de fer à mis sous haute protection, son comptable Nick Kirby (incarné par Bruce Kirby, le sergent Kramer dans neuf épisodes de « Columbo »). Malheureusement, Bruce Kirby a plutôt l’air d’un looser et d’un pauvre type que d’un comptable ayant frayé avec la mafia.

Raymond Burr a pris soin d’éviter une ambiance à la « Perry Mason », il y a donc peu de scènes de procès et beaucoup de place est accordée à l’enquête sur les jurés (et non les témoins comme le titre français l’indique faussement).

Deux jurés sont soupçonnés : Molina, dont l’épouse et les enfants ont été menacés, et le businessman Howard Benson (Anthony Eisley, vu dans deux épisodes consécutifs des « Envahisseurs : « Les défenseurs » et « La rançon »). Benson a reçu un virement d’un compte en Suisse au moment opportun où son entreprise vacillait et menaçait de faire faillite.

Le suspense est surtout centré sur le comptable Kirby, qui commet la folie de s’échapper au lieu de rester bien tranquille dans le programme de protections de témoins que lui propose Dacier.

Mal distribué, Andrew Duggan, en avocat de Barbosa, a l’air de se demander ce qu’il fait là. Je l’ai rarement vu si mal jouer. Quant au juge, une femme aux faux airs d’Hilary Clinton, Mme Kline (Marsha Hunt), elle ne fait pas le poids. Face à un Paul Stevens majestueux et menaçant en mafieux, elle ne semble pas du tout à la hauteur de la situation.

Mark est assez en retrait, Eve a quelques scènes, et c’est Ed qui apparaît le plus après Dacier. Il lui incombe notamment de retrouver Kirby, le comptable. Le procureur, Bill Turner, est incarné par l’excellent Joe Maross, seul acteur avec Stevens qui tire son épingle du jeu dans cet épisode improbable.

Le ratage de cet opus est dû à trop de bavardages, d’explications de scènes que le téléspectateur a compris depuis longtemps, et le faux suspense sur la nature du juré corrompu fait long feu. Stephen Cannell est bien peu inspiré en travaillant sur cette série. Pas ou peu de scènes d’action (l’évasion de Kirby qui menace son ange gardien, un policier et le séquestre), une fin prévisible. Un épisode à éviter, trop terne, sans aucune étincelle créative qui puisse sortir le spectateur de sa torpeur.

  • L’oncle d’Eve est agent de change.

  • Cela fait dix ans que l’homme de fer traque Barbosa.

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22. FUMÉE D'ORIENT
(THE SUMMER SOLDIER)

Scénario : Jameson Brewer. Réalisation : Don Weis.

Un vieil arménien, Arschag Divinian, propriétaire d’une fabrique de tabac, dont la nièce Adrina est amie avec Eve, se retrouve mêlé en raison de ses neveux, à un trafic d’héroïne.

Je dois dire que l’épisode est gâché par une VF épouvantable, ce pauvre Theodore Bikel en Divinian étant affublé d’un accent ridicule et, si l’on ose encore employer ce terme de nos jours, parlant en « petit nègre ». Notons que la notion d’Orient est ici vague, les arméniens tenant un cabaret qui évoque un harem, avec des danseuses voilées à demi nues.

L’épisode dégage un parfum de profonde naïveté, et un manichéisme assez maladroit, avec les deux neveux dont la culpabilité se lit sur la figure. On regrettera que la très belle et trop rare Linda Marsh quitte quasiment l’image à la 27e minute, lorsque l’un des neveux la projette contre un mur où une tige en métal fixée la transperce. Elle s’en sort par miracle, mais sa participation à la suite du métrage est anecdotique.

Si « Fumée d’Orient » nous impose une fois de plus des scènes de studios approximatives, et un cabotinage de Theodore Bikel évident (Son personnage en fait des tonnes dans le genre « bon citoyen »), le téléspectateur sera ravi de voir Eve partir en mission déguisée en femme de harem comme Emma Peel dans « Du miel pour le prince ». Mais à la différence de Diana Rigg, Barbara Anderson incarne ici la femme soumise. Son personnage subit sans s’émouvoir les avances du patron et les mains baladeuses des clients.  C’est au moment où elle quitte la série que l’on assiste à son émancipation de sage petite inspectrice sous les ordres de Dacier.

L’épisode, au-delà de la participation de ravissantes créatures, de scènes de danse du ventre anachroniques chez les arméniens, ne décolle jamais vraiment. Les neveux sont trop coupables, et le vieil homme, arrivé depuis 62 ans d’Arménie suite au massacre des turcs, trop propre sur lui, trop naïf. On ne croit pas une seconde à l’amitié entre Eve et Adrina, Linda Marsh jouant une orientale de carte postale et ne perdant jamais son identité et son allure d’américaine des classes moyennes.

Ce que l’on ne comprend pas surtout dans ce scénario assez faible est la mollesse de la police alors que la culpabilité des neveux trafiquants d’héroïne est évidente dès les premières images.

La réalisation de Don Weis joue à fond la carte de l’exotisme, mais ne suffit pas à en faire un opus majeur. Il y a également trop de personnages (la famille arménienne est grande) et l’on s’y perd quelque peu.

  • L’épisode ne serait plus programmable de nos jours, à la 7e minute du doublage français, Ed parle, en évoquant Divinian « Dangereux maniaque, accent étranger, race indéfinie, peau claire, 82 ans ». Ou alors, il faudrait refaire le doublage.

  • Le titre original est une citation d’un des fondateurs de la Pennsylvanie, Thomas Penn (1702-1775) qui parlait des « summer soldiers », que Dacier traduit par le terme « soldat d’opérette ».

  • Le génocide arménien est évoqué mais très brièvement.

  • Linda Marsh puis Barbara Anderson revêtent la tenue de serveuse de cabaret, danseuse de harem.

  • Theodore Bikel (1924-2015) a joué au cinéma dans « La reine africaine » (1951), « La chaîne » (1958) et « My fair Lady » (1964). C’est son unique participation à la série.

  • Linda Marsh (1939-) est surtout connue pour le film « La tour des monstres » (« Homebodies »). Elle a inexplicablement arrêté sa carrière en 1979 après un « Hawaii Police d’état ». Elle a tourné en 1970 un film érotique jamais sorti, « Stop », de Bill Dunn, considéré comme perdu. Il ne fut projeté que lors de festivals et de conventions professionnelles du cinéma.

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23. L'ACCIDENT
(ACCIDENT)

Histoire de William Douglas Lansford. Adaptation : William Douglas Lansford et Irving Pearlberg. Réalisation : Don McDougall.

Mark renverse accidentellement une vieille dame noire, Melissa Babcock. Mais un avocat, Carl Sloan, tente de profiter de l’affaire en tenter d’établir que Mark était endormi au volant. En réalité, Mme Babcock a mis au point une escroquerie à l’assurance pour simuler de faux accidents. L’homme de fer s’intéresse lui à une affaire de vol de bijoux.

Les choses sont viciées dès le début du fait que la victime de l’accident est noire, comme Mark. Une romance s’installe avec la fille de la victime, Nancy (Chelsea Brown), mais elle reste à peine amorcée. La mère au lieu de gagner sa vie en faisant des ménages a mis au point une escroquerie à l’assurance. C’est un peu tiré par les cheveux.

Le chevauchement de deux enquêtes policières (le vol des bijoux, l’escroquerie montée par Melissa) donne un scénario totalement bancal. L’intrigue de l’accident passe au premier plan.

Le gros problème de cet épisode est qu’il s’écarte du genre policier pour tomber dans le mélodrame avec happy end obligé. Rien ici n’est réaliste pour un sou. Une femme qui a passé sa vie à escroquer les assurances promet de tout rembourser (au passage, elle a payé les études de sa fille) et on donne un coup d’éponge sur l’ardoise. On regrette la trop faible participation de l’excellente et regrettée  Ahna Capri. Don Mitchell vampirise l’épisode par sa présence, et il n’y en a que pour lui, comme par exemple dans « Candy », ses partenaires et son chef étant satellisés.

La fin qui promet d’aléatoires retrouvailles entre Nancy et Mark faisait illusion dans les années 70, c’est le genre d’épilogues que l’on retrouve souvent dans « Mannix », mais ce n’est pas crédible.

Au lieu d’un suspense policier, nous subissons de nombreuses scènes en milieu hospitalier, de discours où l’on refait le monde de façon succinte. Un script aussi léger, destiné à faire pleurer dans les chaumières, donne un coup de vieux à la série. Les scénaristes passent complètement à côté de leur sujet en ne creusant pas la piste de l’avocat marron qui pourrait mettre Mark dans l’embarras. Reste donc un fatras de bons sentiments indigestes, que la présence des belles Ahna Capri et Chelsea Brown ne permet pas de sauver.

« L’accident » est typiquement le genre d’épisodes qui donne à « L’homme de fer » un aspect suranné et peu regardable aujourd’hui. Le voleur Hansen, brillamment interprété par Bill Fletcher, est laissé au second plan et on a davantage qu’une série policière l’impression de regarder « La petite maison dans la prairie », avec une absence de suspense et une surabondance de bons sentiments. Dommage.

  • Anha Capri (1944-2010) était la fiancée de David Vincent dans l’épisode des « Envahisseurs » : « Contre-attaque ».

  • Eve remplace Mark comme chauffeur de Dacier, mais on ne la voit pas au volant du fourgon.

  • Bill Fletcher (1922-) qui incarne le voleur de bijoux Hansen a joué dans « 200 dollars plus les frais », « Le Virginien », « Mission Impossible », « Les envahisseurs », « Les mystères de l’ouest », « Opération vol », « Opération danger », « Drôles de dames », « Baretta », « Shérif fais moi peur », « L’homme qui tombe à pic », « L’île fantastique », « L’homme qui valait trois milliards », « Super Jaimie », « Les têtes brûlées », « Wonder Woman », « Cannon », « Kung Fu », « Chaparral », « Bonanza ». Il ne tourne plus depuis 1983. Il a participé cinq fois à « L’homme de fer », nous avons déjà vu « La lumière au bout du voyage » et  « Le macabre Micawber », et il reviendra dans les saisons 5 et 6.

  • Chelsea Brown (1947-) a très peu tourné après cet « Homme de fer » et on le regrette. Elle s’est mariée et a résidé en Australie jusqu’à la mort de son époux en 2002. Après une longue absence, elle a repris le chemin des studios en 2015 pour la série « Peter Allen : Not the boy next door ».

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24. TERRORISME
(LESSON IN TERROR)

Scénario : Donn Mullally. Réalisation : James Neilson.

Un jeune homme, Ted Berringer Jr, fils d’un avocat, fait un stage chez Dacier. Il a de la sympathie pour un groupe de révolutionnaires anarchistes, les prédateurs, dont le leader, Houseman, vient de s’évader.

Les anarchistes des années 70 vus dans « L’homme de fer » sont évidemment limités à la caricature et aux poncifs. Un fils de la grande bourgeoisie, Ted Berringer Jr, fils de l’avocat du même nom, s’est laissé entraîner par une jeune et jolie fille en mini jupe, Lori (Heather North, dont le reste de la carrière semble avoir été consacré à la série animée « Scoubidou » pour la part vocale dans la VO). Le moins que l’on puisse dire est que ses motivations de départ n’ont rien à voir avec le petit livre rouge !

Trois ans après la mort de Che Guevara, les révolutionnaires affrontent ici l’ordre établi symbolisé par Robert Dacier. Tout cela a un aspect terriblement factice. Un certain Houseman (David Burk) est au centre de l’intrigue. Il est le leader qui une fois repris par la police, prend en otage le fils de l’avocat qui va vite revenir de ses idées révolutionnaires.

La sœur de Lori, Edie (Christina Crawford) fait partie du noyau dur des anarchistes. On n’imagine pas une seconde Ken Hutch du fameux tandem Starsky et Hutch en ardent révolutionnaire. En fait, le groupe est un quatuor d’allumés qui joue à se faire peur, et pense avoir une chance de prendre le pouvoir aux Etats-Unis « réactionnaires ».

C’est encore un épisode complètement raté. Si l’on veut éprouver la nostalgie du début des années 70, mieux vaut revoir les premiers « Columbo » infiniment plus regardables.

Dans « Terrorisme », tout est rempli de clichés, et le téléspectateur n’a aucune surprise. Bien évidemment, le jeune Ted  fait acte de repentance et trouve qu’à côté des « prédateurs » anarchistes, la démocratie américaine est tout à fait acceptable. Le fonds moraliste de l’intrigue, qui s’appuie sur une intrigue peu solide, tombe complètement à plat. Les quatre enragés iront se morfondre de longues années en prison à méditer sur le renversement de la société capitaliste.

On a l’impression que les comédiens n’y croient pas et jouent faux sans pouvoir faire autrement. « L’homme de fer » n’est pas une série qui permette une étude socio-politique sérieuse des révolutionnaires. Le quatuor ressemble à de simples malfrats qui auraient fait un hold-up ou un quelconque trafic. On aurait aimé moins d’ambition (vu le résultat) et passer un bon moment avec une intrigue policière classique.

  • David Soul (1943-) faisait là son unique apparition dans « L’homme de fer », quatre ans avant le début de sa série « Starsky et Hutch ».

  • Quatrième participation du lieutenant Reeves joué par Johnny Seven. Il semble moins à l’aise que d’habitude, il est vrai que le script ne l’aide guère.

  • Deuxième des trois participations de Simon Oakland à la série, il reviendra dans la saison 6. Il joue chaque fois un personnage différent.

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25. LES BIJOUX DE MA GRAND-MÈRE
(GRANDMOTHER'S HOUSE)

Scénario : Preston Wood. Réalisation : Don Weis.

Une vieille dame amie de Dacier, Margaret Brainard, veuve du chef des services de police, se fait voler son sac dans un parc. Il contenait des bijoux précieux (250 000 dollars) que Margaret voulait montrer à une petite fille.

Depuis « La main au collet » et « La mort aux trousses », on connaît le jeu de Jessie Royce Landis, qui est le même à chaque fois. Elle incarne ici Mrs Brainard qui passe pour une folle en faisant appel à Robert Dacier pour retrouver un sac à main. Un des administrateurs, l’avocat Martin Cahill de la société qu’elle dirige souhaite en profiter pour l’écarter de sa compagnie. Son petit-fils Peter (Burr DeBenning) aimerait bien aussi qu’elle passe la main.

L’intrigue est d’emblée ennuyeuse. Voilà le genre de suite d’épisodes médiocres qui ont dû consoler Barbara Anderson de quitter la série. Le suspense ne prend pas, le téléspectateur au bout de vingt minutes a envie de zapper. L’enjeu pour Dacier est de prouver que son amie n’est pas sénile, c’est un bien faible argument pour un scénario policier.

Le téléspectateur n’arrive pas à se passionner pour cette histoire. Les voleurs se sont fait avoir par le recéleur qui leur a dit que c’était des copies sans valeur. L’un des truands a gardé une broche et l’offre à une fille aux mœurs légères, Bonnie, dont l’amant découvre l’authenticité du joyau.

Raymond Burr lui-même semble s’ennuyer. Il fait ce qu’il peut pour nous faire croire que Dacier prend cette mission au sérieux, mais il accuse une forme de lassitude. Eve, Mark et Ed pour leur avant-dernière mission ensemble sont comme dans la saison 1 relégués aux corvées.

Intrigue bien peu passionnante qui traîne en longueur. La tentative de meurtre sur les deux voleurs par le petit ami de la fille bénéficiaire de la broche oblige Dacier à rendre l’affaire publique, menaçant ainsi le statut de présidente du conseil d’administration de Margaret Brainard.

Vers la fin, avec la mort d’un des voleurs, l’intrigue prend une tournure dramatique. Mais ce sont des efforts en vain. L’épilogue sur la jetée, dans l’obscurité, ne nous sort pas de notre torpeur. Il est incompréhensible que « Kojak » ait duré cinq saisons et que « L’homme de fer » ait été renouvelé jusqu’à la huitième. Est-ce le prestige acquis par la série « Perry Mason » qui permettait à Raymond Burr de maintenir les audiences au beau fixe ? Voilà une véritable énigme à résoudre, bien plus intéressante que ce vol de bijoux à une vieille dame fort riche.

  • Les voleurs utilisent une Ford Mustang modèle 1967.

  • L acteur qui incarne l’un des personnages, le lieutenant Rice, n’est pas crédité au générique.

  • Eve nous démontre ses talents de combattante en ceinturant Bonnie (Vanguie dans la VO) incarnée par Quinn O’Hara.

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26. ENFERMÉS DEHORS
(WALLS ARE WAITING)



Scénario : Sy Salkowitz. Réalisation : Barry Shear.

Dernier épisode avec Barbara Anderson, qui reviendra dans le téléfilm reunion “Le retour de l’homme de fer” en 1993.

L’homme de fer fait tout pour qu’un libéré sur parole, Tommy Sanchez, ne retourne pas derrière les barreaux. Le procureur Don Brand, lui, est menacé de mort et victime d’une tentative de meurtre. Or, il s’acharne contre Sanchez.

Quand on a vu William Shatner dans « Star Trek », on a un peu de mal à ne pas le voir en capitaine Kirk dans ses autres rôles. C’est pourtant un excellent acteur, vu dans « Columbo », « Mission Impossible », « Mannix », « Le fugitif », « Le Virginien », « Hawaii Police d’état », et fut la vedette de « Hooker ». Ici, il incarne Don Brand, l’homme qui veut renvoyer le protégé de Dacier en prison. L’homme en apparence dur cache une faille : sa sœur internée en psychiatrie, ravagée par la drogue. En ce sens, Shatner est convaincant en homme voulant voir tous les trafiquants de drogue derrière les barreaux. Mais ici, on a l’impression qu’il fait toujours le minimum syndical, qu’il s’économise, et on peut aisément penser qu’un autre acteur aurait mieux convenu.

Beaucoup d’action dans cet épisode décousu, où une fois de plus, Dacier joue les assistantes sociales. A la fois avec le libéré sur parole, mais aussi avec Millie Brand (Patricia Mattick), sœur de Don.

Un élément crucial nous est révélé à la 28e minute, brisant l’énigme, du moins le croit-on. Quant au trop jeune Lazaro Perez, il a l’air d’un agneau, et n’est pas convaincant une seconde en libéré sur parole Tommy Sanchez. Grosse erreur de casting. Qui veut tuer Brand ? Brand fait il une mise en scène lui-même pour accuser Tommy ? Mike Elman, l’avocat marron de Tommy (Roger C. Carmel), Ted Morgan, le petit ami (Michael Larrain), Tommy le repris de justice ? Pourquoi nous montrer Ted manipuler une arme dans l’obscurité ?

On jurerait que Dacier a des dons d’extra-lucides soupçonnant Ted Morgan sur le champ et lui promettant la prison. L’évasion de Millie et la fin poignante remettent tout en question. Le spoiler de la 28e minute était une fausse piste. L’identité du coupable est un électrochoc pour le téléspectateur et rehausse considérablement la qualité de l’ensemble.

C’est sur cette fin pleine de tension que se termine « L’homme de fer » première équipe, avec le départ de Barbara Anderson. Il ne faut pas chercher une comparaison avec sa remplaçante, Elizabeth Baur, qui a un style différent mais plein de charme et de sensibilité . Les producteurs ont eu la bonne idée, au lieu de prendre une inconnue, de choisir une actrice populaire (héroïne du « Ranch L »), jouant ainsi sur une valeur sûre et évitant une déception. Notons que Barbara et Elizabeth se rencontreront en 1993 dans le téléfilm réunion alors qu’elles ont toutes deux quitté le métier, Elizabeth se dédiant à la peinture après « L’homme de fer ». Barbara Anderson ne fera jamais de cinéma et est sans doute passée à côté d’une belle carrière, mais elle est l’un des atouts de « L’homme de fer ».

Même si « Enfermé dehors » nous permet de terminer la saison 4 sur une note positive, on regrettera les tournages en studio et la faiblesse de beaucoup de scripts. Le visionnage en 2015 de « L’homme de fer » écorne un peu le souvenir que l’on avait (sans doute une impression embellie) de la série des années 60.

  • William Shatner fait sa deuxième apparition après « Le fils du prisonnier » (saison 3). Il reviendra dans un double épisode dans la saison 7.

  • Le titre original fait allusion à la jeune sœur de Brand, Millie, internée en hôpital psychiatrique (en VF « Maison de convalescence »), devenue folle en raison de la drogue. Elle collectionne des clefs pour ouvrir les portes fermées à clé dans son cerveau !

  • Morte d’un cancer à 52 ans, Patricia Mattick (1951-2003) fait une formidable prestation en Millie. Elle a peu tourné, moins de vingt rôles, et tout arrêté en 1979. Son interprétation surclasse le reste de la distribution.

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Images capturées par Patrick Sansano.