saison 1 saison 3

L'homme à la valise

Épisodes 16 à 30


16. Le secret (The Whisper)

17. Pourquoi tuer Nolan ? (Why They Killed Nolan)

18. Les quatre de Boston (The Boston Square)

19. Qui perd gagne (Somebody Loses, Somebody... Wins?)

20. L'aveugle (Blind Spot)

21. Un inconnu (No Friend of Mine)

22. Le faux-fuyant (Jigsaw Man)

23. Quatre contre un (Web with Four Spiders)

24. Quelle direction, McGill ? (Which Way Did He Go, McGill?)

25. Vente aux enchères (Property of a Gentleman)

26. Les révolutionnaires (The Revolutionaries)

27. Qui devient fou ? (Who's Mad Now?)

28. Trois clins d'œil (Three Blinks of the Eyes)

29. Le château dans les nuages (Castle in the Clouds)

30. L'avion pour Andorre (Night Flight to Andorra)


 

 


16. LE SECRET
(THE WHISPER)

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Marcus Spencer, propriétaire intraitable d’une plantation de tabac en Afrique, rudoie et abuse de sa main-d’œuvre locale constituée d’ouvriers noirs, refusant de payer leurs heures supplémentaires. Leur allié est le Père Ignatius Loyola, un prêtre jésuite. Spencer engage McGill pour enquêter sur le passé de Loyola, dont le comportement insurrectionnel l’inquiète.

McGill découvre – grâce à une empreinte sur une Bible - que Loyola est un ancien mercenaire sanguinaire (‘a death collector’) répondant au nom d’Alfred Porter. Ce dernier fut soi-disant retrouvé décapité, mais le détective est persuadé qu’il est toujours bien vivant. L’enquête de McGill en Angleterre le mène de la mission jésuite de Londres à un night-club : une superbe scène où il danse avec la charmante représentante délurée du Vatican en mini-jupe (il va jusqu’à la calmer en lui mettant vigoureusement la main sur le fessier) : ‘You like my legs, darling ?’. Puis il rend visite au père de Porter, un spiritualiste excentrique obsédé par l’Afrique, qui aurait eu un laissez-passer pour un Avengers

McGill retrouve finalement Porter en Afrique et, progressivement, il est convaincu que l’ancien massacreur s’est réellement repenti et qu’il prend sa nouvelle tâche comme une rédemption de son âme en aidant les Africains opprimés du village. Spencer et surtout sa femme apparaissent alors  comme les ‘méchants’ de l’intrigue.

Comment peut-on considérer Loyola ? Un assassin répugnant ou un bienfaiteur humanitaire ? La construction de l’épisode, dont le titre initial était "The Mercenary", fait inverser l’opinion de l’audience sur les personnages : le couple Spencer devenant détestable et Loyola/Porter plus humain. Ainsi, malgré ses crimes, le Père s’attire la sympathie de McGill, qui essaie de le sauver d’une éventuelle exécution, tandis que les Spencer ont un comportement odieux. Penelope Spencer pense d’ailleurs qu’il ne faut pas payer les travailleurs en plus car ils boivent avec l’argent (première scène) ! Condamné à l’exil par le conseil du village, Porter rentre à Londres avec McGill pour faire face à ses accusations.

Un bon épisode avec l’Afrique comme thème n’est pas monnaie courante dans les séries, mais cette histoire est une exception.  Il y a des acteurs de couleur (assez rares dans les séries ITC des années 60) et certains aspects du Secret font inévitablement penser à Petit gibier pour gros chasseurs, en particulier l’héritage de la colonisation sur l’empire britannique. Évidemment, les séquences supposées se passer en Afrique alternent entre du tournage en studio et du film recyclé, mais l’illusion est excellente.

L’histoire est portée par un impeccable duo d’acteurs invités, aux visages familiers. Patrick Allen est Marcus Spencer, personnage ambigu, et l’acteur a souvent joué des rôles de méchant (Le jeu s’arrête au 13 et Moran dans Le retour de Sherlock Holmes) mais également d’aimable businessman comme lors de sa participation à Thriller. Néanmoins, Colin Blakely est plus en évidence dans le rôle du Père en pleine rédemption. Son interprétation est prodigieuse, comme l’avait été celle du tortionnaire John dans le premier épisode de la série, Brainwash (également mis en scène par Charles Crichton). Comme Bradford, Blakely était issu de l’Actors Studio, et les deux hommes s’entendaient très bien, ce qui explique cette seconde participation.

 

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17. POURQUOI TUER NOLAN?
(WHY THEY KILLED NOLAN )

Critiqué sur quelques sites anglo-saxons pour ses incohérences, j’aime beaucoup cet épisode, qui a de grands moments. Certes, certains détails peuvent interloquer, mais n’est-ce pas le cas de n’importe quel épisode de série ? Nolan demande l’aide de McGill qui, on s’en doute à la lecture du titre, ne sera pas d’un grand secours. Il a pris des photos d’une femme dans une vaste propriété avant d’être poursuivi (séquence pré-générique) puis il a brûlé les clichés. Il implore McGill de l’aider à quitter le pays mais il refuse de révéler les raisons de sa peur sous prétexte de ne pas mettre en péril la vie du détective (‘Better blind than dead’). La comparaison de McGill, qui ne veut pas mourir sans savoir pourquoi comme un insecte écrasé, est cocasse. A contrecœur, il accepte et les deux hommes descendent à un hôtel. Peu après, McGill est assommé et son arme est utilisée pour abattre Nolan, qui murmure quelques mots au détective avant d’expirer. L’ex agent, recherché par la police, doit retrouver les meurtriers pour se disculper.

Le secret de Nolan, une des critiques à l’encontre de l’épisode, n’est effectivement pas aussi vital qu’il n’y parait. Il a photographié Mrs Arnoldson qui a participé avec son mari à un gigantesque fricfrac quelques années auparavant. Cette femme, consciente de l’infidélité de son époux, avait engagé Nolan pour le prouver. Reconnue, elle est un danger aux yeux de Mr Arnoldson, qui n’hésite pas à la supprimer dans une séquence dure, où elle est cernée par son mari, prêt à l’étrangler, et le chauffeur. Arnoldson, un ‘vieux beau’, peut ainsi prendre la poudre d’escampette avec la jeune et fraiche Angela. En s’appuyant sur les quelques bribes de phrases du mourant, McGill cherche désespérément en taxi un lieu, ‘Tylers Place’, qu’il finit par trouver. Il n’a plus qu’à planquer puis à suivre Arnoldson jusqu’à chez lui.

Quelques scènes intéressantes permettent de faire oublier les bizarreries du scénario : ainsi, pourquoi le mari a eu recours à la chirurgie esthétique pour changer de visage et pas sa femme ? Le meurtre brutal, mais suggéré, de Mrs Arnoldson est un temps fort, comme l’arrivée de McGill à Tylers Place où il fait la connaissance d’Angela en se faisant passer pour un représentant d’American Express. Surtout, le final dans la demeure cossue, entourée de paons qu’on entend souvent pendant l’épisode, est un grand moment de la série. Longue - près de dix minutes -, la partie de cache-cache dans l’obscurité, arme au poing, entreprise par Arnoldson et McGill, est prenante et très bien filmée ; chacun des protagonistes semblant tour à tour avoir l’ascendant. Arnoldson n’hésite pas à utiliser le corps de sa femme pour tenter de piéger McGill.

Il n’y a pas d’acteur transcendant, aucune figure connue ayant participé aux Avengers en tout cas. On reconnaît le chauffeur de taxi, Harold Goodwin, qui fut le sergent Foley, le soldat en extase devant La Vénus disparue. Le chauffeur est Duncan Lamont qui est un villageois dans L’enlèvement. Il joua aussi dans The Avengers (Le visage) et Amicalement vôtre et il décéda sur le tournage d’un épisode de Blake's Seven. Quant à Nike Arrighi (Angela), elle reviendra pour une seconde aventure. Actrice née à Nice, elle eut le privilège de tourner dans un film avec Belmondo (Stavisky) pour son dernier rôle. A noter que le nouvel appartement des Nolan se trouve à proximité de Pennant Mews et la réponse du client de l’hôtel lorsque la jeune directrice lui demande de se conduire en homme : ‘I’ve never wanted to be !’.

Why They Killed Nolan est un très bon divertissement agrémenté d’un excellent final, ce qui fait oublier les quelques imperfections.

 

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18. LES QUATRE DE BOSTON
(THE BOSTON SQUARE)


Cette aventure est autant encensée par les critiques anglo-saxonnes que la précédente était critiquée. Je vais prendre le contre-pied, car je juge The Boston Square, truffé d’erreurs de continuité, bien inférieur à Why They Killed Nolan. Et dire qu’un lecteur d’imdb considère l’épisode comme le meilleur de la série. Wouaf, nous n’avons pas les mêmes valeurs….

McGill est engagé par une importante compagnie londonienne pour retrouver Dalby, un océanographe, qui a disparu avec en sa possession des documents confidentiels sur la culture sous-marine en Adriatique (rien de folichon !). Le détective le retrouve à Corfou, tiraillé a priori entre des agents des deux bords, en particulier des Albanais, intéressés par le rapport. La fuite de Dalby cache en fait une mission secrète qu’il doit accomplir avec l’agent Packard de la CIA : l’obtention des plans d’une base de sous-marins chinois dans l’Adriatique. L’intrigue est de l’espionnage pur mais, contrairement à James Bond, la fin n’est pas rose pour les ‘innocents’ :Dalby et Packard sont prisonniers en Albanie et ils n’intéressent plus les autorités (‘Plainly, McGill, we never heard of them!"). Une histoire où tous les protagonistes se soupçonnent et McGill, un peu déboussolé, a surtout le mérite de sauver sa peau. Aucune séquence ne ressort de l’épisode ; la seule scène d’action étant l’attaque sur McGill lors de sa visite nocturne sur le bateau (Bradford est doublé), où l’ex agent manque de se noyer. 

La Grèce est parfaitement restituée et les vues des côtes et des villages grecs pittoresques sont, encore une fois, très bien utilisées pour compenser les scènes en studio. Il n’en est pas de même lors de la première séquence post-générique sur le golf, qui alterne studio et extérieurs, exactement comme Le jeu s’arrête au 13. D’ailleurs, le terrain semble être le même.

Deux reproches à McGill/Bradford : la tenue récurrente, chemise en velours bleue ou verte, pas très classe comparée aux accoutrements antérieurs du détective. Et puis, évidemment, la cigarette qui semble scotchée à ses lèvres ; rien que pour cela, la série ne risque pas d’être rediffusée, à moins d’y mettre un avertissement comme il y a sur tous les paquets de cigarettes.

Dans la distribution, on remarque de suite Peter Arne dans le rôle du sinistre Rudnik, l’agent albanais ; il est Pasold dans Avec vue imprenable. Il interpréta de nombreux rôles de méchants et son assassinat dans son appartement londonien en août 1983 n’a jamais été résolu. Pas de femme dans ce sombre opus à part Miss Lamb, la ravissante secrétaire de Dalby aux formes généreuses, présente lors de la première scène: c’est Alexandra Stevenson, une illustre inconnue. Don Chaffey, qui doit surtout la gloire à sa participation à Destination danger et Le prisonnier, réalise un travail honnête pour sa seule contribution à la série. Quant à Peter Brace (Marco, l’homme de main de Rudnik), il n’est pas crédité. Il avait déjà eu une grande confrontation avec Bradford/McGill dans Des apprentis terreurs.

Cet épisode pur espionnage est moyen et son histoire confuse se rapproche beaucoup plus de l’univers froid et réaliste de John Le Carré que des paillettes de James Bond. D’ailleurs, la dernière scène est sûrement la plus intéressante, car elle transmet la lugubre réalité du monde impitoyable de l’espionnage. Une atmosphère qui sera développée dans l’intrigue suivante, cette fois-ci un véritable chef-d’œuvre…

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19. QUI PERD GAGNE
(SOMEBODY LOSES, SOMEBODY... WINS?)

C’est indéniablement mon épisode préféré. L’intrigue a toutes les qualités pour satisfaire les fans d’histoires d’espionnage, dont je fais partie, en reprenant la trame d’un roman référence du genre, L’espion qui venait du froid de John Le Carré. Toute personne qui a lu ce palpitant récit, publié en 1963 - quatre ans avant le tournage de l’épisode -, a fait inévitablement le rapprochement.

À Londres, McGill est approché par Ernst Liebkind, un importateur d’appareil-photos, afin qu’il se rende à Dresde pour y rencontrer un fabricant. C’est sa couverture, car il doit en fait retrouver son frère, Johann, disparu pendant cinq ans et violoniste à l’orchestre symphonique. McGill accepte à contrecœur connaissant les risques (son prix exorbitant est accepté à son désarroi) : ‘East Germany is not the safest place on earth’. Il rencontre Ruth Klinger, une ancienne conquête (encore une !), mais elle est aussi un agent britannique qui est passée à l’Est. Elle est mise à l’essai par le Kommandant qui la charge de surveiller McGill. Ce dernier, soupçonneux, échappe à la vigilance de la belle et trouve l’appartement de Johann Liebkind, qui prend la fuite en le voyant. Il réalise progressivement que l’histoire du frère disparu cache un plan bien plus machiavélique. Quand Ruth l’amène à un Bierstube où ce frère tant recherché joue du piano, McGill comprend la situation et l’ingéniosité avec laquelle il a été manipulé. Il plante Ruth et rentre à l’hôtel, décidé à faire sa valise pour Londres. Lorsque sur place l’agent américain le renseigne sur l’opération, McGill est obligé de revenir sur sa décision pour ne pas condamner Ruth. En effet, celle-ci n’a pas trahi sa patrie et sa mission est de se faire accepter comme transfuge par les autorités de la RDA pour pouvoir, par la suite, renseigner les services de sa Majesté. Pour ce faire, elle doit réussir le test et le plan des Britanniques est de sacrifier Johann Liebkind, supposé nazi, et McGill afin d’établir un lien entre les services secrets américains et les nazis. Contre 25 000$, McGill, accompagné de Ruth Klinger, se rend chez Liebkind, alors que deux agents est-allemands sont également sur les lieux.

McGill est le petit pion dans une opération d’envergure visant à installer une taupe crédible à l’Est. Il modifiera les plans, ce qui lui permettra d’échapper à l’ennemi et de repasser à l’Ouest dans une séquence éblouissante. Les chances de Ruth Klinger ne sont pas compromises pour autant mais elle devra passer un autre test et prouver sa loyauté. Cet épisode est excellent car il est construit dans les grandes lignes comme le roman de référence du genre, L’espion qui venait du froid. McGill n’a pas été attiré à Dresde pour être piégé, comme il le suspecte, mais surtout pour cimenter la loyauté de Ruth Klinger auprès des autorités est-allemandes. Lorsque Johann Liebkind est abattu, McGill doit quitter le pays au plus vite. Contrairement au roman, la taupe est une femme et le pion McGill réussira à revenir à l’Ouest, alors que Leamas est tué en franchissant le Mur dans le bouquin de Le Carré.

J’estime d’autant plus l’épisode que ma connaissance de l’Allemagne de l’Est à l’époque du Mur me permet d’apprécier les détails crédibles contés dans l’histoire. Ainsi, lorsque Ruth Klinger est arrêtée alors qu’elle prend des photos d’installations militaires, de soldats et de la frontière à Berlin. Il était en effet interdit de prendre des clichés dans certains secteurs proches du Mur et la scène du début où Ruth est questionnée dans une pièce à part est également crédible ; je l’ai moi-même vécu avec un officier me demandant de vider mes poches sur la table. La file d’attente derrière une vitre en plastique, le passeport, la question du planton pour savoir si on parle allemand, l’interdiction de quitter Berlin-Est sans en avertir la police (parfois la raison de notre visite), le coup de tampon…puis la discussion au parc plutôt que dans un café. Tout est juste et rien n’est inventé ; mes connaissances à Berlin-Est préféraient aussi les espaces aux endroits confinés car la Stasi - le ministère de la sécurité d’état - employait de nombreux civils, occasionnellement ou en permanence, et il régnait une certaine paranoïa.

L’épisode ne fut pas tourné en RDA, mais pourtant, comme c’est pratiquement le cas pour chaque destination, les subterfuges employés donnent l’impression que la production a tourné derrière le Rideau de fer. Les scènes en studio sont vraisemblables et les décors réalistes : la cabine de contrôle à Berlin-Est (avec un dialogue en allemand non traduit à l’arrière salle), le Dresdner Hotel (et la porte du téléphone (Öff. Fernsprecher’), le bureau avec les tableaux de Karl Marx et Che Guevara, le taxi noir de marque soviétique Volga, que McGill emprunte pour aller à ‘Damenstrasse’ (véritable taxi en RDA dans les années soixante), la typique Bierstube avec la chanteuse et les ruines autour du logement de Johann Liebkind, qui font penser au décor utilisé lors du final de Mes funérailles à Berlin (1966). Egalement crédible vu que la ville fut rasée pendant la guerre. Le gouvernement est-allemand n’avait pas prévu par exemple de reconstruire la Frauenkirche de Dresde mais de laisser les ruines dans leur état et d'en faire un monument commémoratif.

Les extérieurs sont des images d’archive insérées : la porte de Brandebourg, Ebertstraße, les barbelés et les gardes frontières (toujours en duo) à Berlin et le palais Zwinger à Dresde. De longues séquences sont tournées autour des studios Pinewood avec toujours le sens de la crédibilité : les jardins Heatherden Hall représentent le parc de Dresde, où les discussions McGill/Ruth sont enregistrées (alors que l’ex agent pense que c’est le seul endroit de la ville sans micro), et la forêt à la frontière est encore une fois Black Park, utilisé aussi dans les mêmes circonstances lors du tournage des New Avengers. Plus conventionnel, la première vue post-générique montre l’angle Oxford Street/Marble Arch puis Regent Street. 

L’épisode est constitué de plusieurs scénettes, et aucune n’est fastidieuse car elles s’insèrent toutes admirablement dans le récit. Deux séquences primordiales de l’aventure prédominent : la révélation au Bierstube et la fuite de McGill pour rejoindre l’Ouest. Les trois thèmes de l’épisode sont la manipulation, la trahison et le sentimentalisme (sur la même mélodie musicale qu’avec Taiko). Ruth appelle d’ailleurs Mc Gill : ‘Mac’ à leur retrouvaille, ce qui est rare dans la série. Il y a quelques clins d’œil à James Bond - le champagne, le disque vinyle truqué et surtout l’écran de fumée de la voiture, le seul gadget de la série-, mais l’atmosphère et le rythme appartiennent sans partage à John Le Carré et Len Deighton. A noter qu’on apprend que McGill ne s’intéresse pas à la politique et qu’il parle mieux l’allemand que l’espagnol !

Jacqueline Pearce est remarquable dans le rôle de Ruth Klinger, l’agent double et ancienne maitresse de McGill. L’actrice, qui se perfectionna à RADA et à l’Actors Studio, a également joué dans The Avengers (Marianne Gray dans L’économe et le sens de l’histoire), Destination danger, mais son rôle dans la série de science-fiction Blake's Seven (1978-81) fut le plus marquant. Elle participa également à l’épisode Sweet Sue (Miss Brown) où elle n’a qu’une seule scène, avec Richard Bradford.

Philip Madoc, le Kommandant, a joué dans cinq épisodes des Avengers et de nombreuses séries britanniques et il reviendra dans une seconde aventure. Il soutient activement le parti nationaliste gallois, le Plaid Cymru. Madoc explique avoir surtout joué des rôles de méchants du fait de son physique ténébreux, ce qu’il ne regrette pas car, selon lui, ce sont les meilleurs ! Wendy Hall, la réceptionniste de l’hôtel, avait un rôle plus conséquent dans Des apprentis terreurs. Bettina Jonic, la chanteuse du Bierstube, n’a pas fait d’autre apparition, mais elle est connue dans le monde musical pour son interprétation de Bertolt Brecht. A noter, toujours dans un souci de crédibilité, que deux acteurs de la distribution sont nés à Berlin !

Cet épisode est l’incontournable de la série et marque les débuts du réalisateur John Glen, qui travaillera ensuite sur cinq James Bond. Il ne retournera plus malheureusement sur la série car il avait dépassé largement le budget et le temps imparti sur cet épisode. Le final montre McGill marcher seul, la valise à la main, dans la forêt, écœuré par ce sale boulot qu‘il croyait avoir quitté, mais une connaissance, qu’il ne reverra plus,  l’a fait se replonger dedans.

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20. L'AVEUGLE
(BLIND SPOT)

McGill fait escale à Paris pour une aventure rocambolesque et intrigante.  Evidemment, le tout est tourné aux studios Pinewood et aux alentours, mais l’ensemble est convaincant. La proximité des jardins Heatherden Hall, le parc de Dresde dans l’épisode précédent, permet de symboliser ici les jardins des Tuileries. Le premier insert montre la Tour Eiffel, puis suivent les Champs-Elysées, le Sacré-Cœur, Notre-Dame et la rue de Rivoli (où McGill est censé consulter un bijoutier). Louis XI et Notre-Dame de Cléry sont également évoqués dans la scène d’introduction.

Une jeune femme, partiellement aveugle depuis sa naissance, est témoin de l’assassinat de sa mère adoptive, qui a le même handicap qu’elle. Des bijoux inestimables, dont une tiare, ont disparu et McGill répond à une petite annonce d’un journal, qui offre une récompense. Marcelle Robart vit recluse dans une villa, avenue Foch, et l’ex agent essaie de lui redonner goût à la vie. Elle tombe sous son charme dans une longue scène improbable et pénible de dispute et d’amertume qui se termine par un baiser. Sacré tombeur ce McGill ! On ne sait pas si cela reste platonique, mais, en tout cas, le détective appelle ensuite la jeune femme par son prénom.

McGill est d’abord surpris par la véhémence de la police française et de l’oncle de Marcelle à vouloir le dissuader de poursuivre l’enquête. Le détective découvre alors que les fameux bijoux volés ne sont que du toc et que les soirées pour aveugles apparemment innocentes – le seul contact de Marcelle avec le monde extérieur - sont en fait le théâtre d’un vaste trafic de drogues. Si le début est commun et un peu fade, l’intrigue s’anime pour nous offrir un final palpitant et réaliste. Le vieil oncle, Henri Thibaud, est capable de tirer deux coups avec sa canne (pas de mauvais jeu de mots !) dans une superbe scène d’action, tandis que Marcelle reconnaît le meurtrier complice grâce à son pas dans les escaliers. Le dernier passage s’attarde sur la condition de la jeune aveugle qui, horrifiée par les affres de l’existence, se voue à la solitude avant que McGill ne la pousse à profiter de la vie. Une fin optimiste, qui contraste avec de nombreuses plus sombres. A noter des passages en français, non sous-titrés, mais au fort accent anglais…

Il n’y a pas de têtes Avengers très connues dans cet épisode, mais Felicity Kendal, alors âgée d’une vingtaine d’années, personnifie la jeune femme aveugle avec exactitude et fraicheur. L’actrice, très appréciée en Grande-Bretagne, est surtout célèbre outre Manche pour le théâtre et elle fut élevée au rang de Commander of the Order of the British Empire (CBE) en 1995. Elle publia ses mémoires, White Cargo, en 1999. Si vous avez une bonne vue (et mémoire), vous reconnaitrez Leon, le portier; c’est Keith Marsh, un des deux clochards du Monstre des égouts, tandis qu’un des deux agresseurs du détective est Frank Maher, la doublure de Patrick MacGoohan dans Le prisonnier. En fait, la figure la plus connue est celle de Derek Newark, Rudy le ‘brave’ garde d’enfant illettré dans All That Glitters/L’enlèvement. Il est ici le policier ‘Maurice’ et il participa à trois Avengers (dont Bons baisers de Vénus).

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21. UN INCONNU
(NO FRIEND OF MINE)

Après deux épisodes plaisants en Allemagne de l’Est et à Paris, on retourne en Afrique pour une aventure ennuyeuse et bavarde, bien loin de l’intensité des deux opus précédents. Contrairement à The Whisper, dont l’action se situe également sur le continent africain, No Friend of Mine suscite peu d’intérêt, avec une intrigue inconsistante et une distribution quelconque.

McGill travaille pour Garfield Cameron, le propriétaire d’une compagnie minière, dont l’exploitation subit des actes de sabotage. Cameron soutient Masuto, le politicien local, pour l’indépendance du pays imaginaire, Kalunga. De son coté, James Baldwin, le gendre, commet avec l’aide de Turner ces attaques dans le but de discréditer Masuto et de retarder l’indépendance. McGill sert de ‘tampon’ entre Cameron et Masuto et il doit éviter les sbires de Baldwin. Initialement désavoué, Mc Gill reçoit la visite de Cameron qui lui demande d’empêcher un bain de sang : la fermeture des mines entraine un début de révolte et l’état d’urgence est décrété.

Voir McGill agir en ‘terroriste’, dans la scène pré-générique, est assez incongru, mais on apprend rapidement que l’ex agent est infiltré dans les forces de sécurité du site pour démasquer les coupables. Une histoire politique bien ancrée dans les années 60 et la fin de l’empire britannique avec des ‘méchants’ qui n’acceptent pas le départ et l’abandon de leurs privilèges (Petit gibier pour gros chasseur a le même thème). Le passage le plus intéressant, et dramatique, est le final. Telle une pâle reprise de celui du film Zoulou, les travailleurs noirs se rebellent et la garde blanche fait face. Pendant les échauffourées, Cameron est tué accidentellement et la dernière image montre sa fille crier son malaise à son mari : ‘Murderer, murderer, murderer !’

Parmi les interprètes, notons Allan Cuthbertson (Turner), qui joua dans quatre épisodes Avengers dont les célèbres Mort en magasin et La porte de la mort. Sinon, Harvey Hall (Bates) a fait trois petites apparitions Avengers et Peter Halliday (Baldwin) est le Français Perrier dans Je vous tuerai à midi. Quant à Philippa Gail (Patricia), une des plus belles femmes de sa génération, elle aurait mérité une carrière plus riche, interrompue trop tôt par un cancer.

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22. LE FAUX FUYANT
(JIGSAW MAN)

Tout bon ou tout mauvais pourrait être le critère de la série. Jigsaw Man est une comédie burlesque, le plus souvent stupide, comme l’est Le legs pour les Avengers. Cet épisode loufoque accumule les excentricités et il n’est pas représentatif du ‘sérieux’ de Man in a Suitcase. 

McGill est employé par Ugo, un comte italien fortuné, pour retrouver Silvio, son jeune frère, afin de le faire hériter d’une conséquente somme d’argent, à condition qu’il signe un document. L’action ramène le détective à Londres, où Silvio, qui vit avec une communauté d’artistes, décline l‘offre. De son coté, Ugo a envoyé deux truands pour s’assurer que la signature est apposée sur les papiers.

Seulement le début, heureusement, se passe en Italie (à Naples) et une voix-off, un peu comme Qui suis-je???, situe l’action (‘Swinging London’) par trois fois inutilement. Il n’y a pas d’intrigue, rien ne se passe et le ton de l’épisode ne sied pas à la série. Dès la scène d’introduction guignolesque et l’emploi d’une musique inhabituelle au piano, comme pour les films muets, l’audience sait à quoi s’attendre. Certaines critiques britanniques le comparent à Homicide et vieilles dentelles, c’est dire…Je me suis demandé si je devais le classer comme le plus mauvais de la série à ce stade. Pour les quelques touches humoristiques convenables et les jolies filles présentes, je laisse The Man Who Stood Still en lanterne rouge.

En ce qui concerne la pauvre distribution, Ugo est Maurice Kaufmann, qui fut l’époux d’Honor Blackman. Il a joué dans Ivanhoé, Destination danger, Le Saint (deux épisodes), Thriller et La danse macabre des Avengers. John Bluthal est Ivenko d’Un Steed de trop. Parmi la brochette de ‘girls’ – quatre actrices pour compenser la platitude du script -, on remarque surtout la Néo-zélandaise Bridget Armstrong (Louise Baines) et Nike Arrighi, déjà vue dans Why They Killed Nolan, lors de la séquence pré-générique.

A voir la première rencontre McGill/Louise Baines et la dernière scène, lorsque McGill s’enfuit quand sa girlfriend du moment lui offre un emploi à l’entreprise de son père. Un scénario écrit pour la mauvaise série. Episode dispensable.

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23. QUATRE CONTRE UN
(WEB WITH FOUR SPIDERS)

Dr James Norbert, un avocat américain renommé en conseil, est victime d’une machination et une série de photographies compromettantes – le représentant éméché dans un bar, au milieu de poubelles et avec une prostituée -  le contraint à faire appel au service de McGill, pour qui il a peu de considération vu son passé. Un thème de l’épisode, car l’ex agent est, en fait, bien plus attaché à l’honneur et la dignité que le sera Norbert lors du final, dans un monde où le gouvernement, les groupes de pression, les criminels et les agents secrets semblent avoir la même morale.  

Au cours de son enquête, le détective est aux prises avec des gangsters et des espions anglais, allemands et américains, ce qui l’intrigue fortement. Il est persuadé que Norbert ne lui a pas tout dit. Soutenu par Martha, sa fille, l’avoué ne fait pas entièrement confiance à McGill, mais celui-ci apprend néanmoins qu’aucune demande d’argent n’a été faite pour les photos. Il est simplement demandé à Norbert de supprimer une partie de son rapport sur l’exploration de l’espace. Un groupe de pression veut retarder les conclusions du compte-rendu et utilise le chantage pour arriver à ses fins. Le juge doit choisir entre ses idéaux et sa réputation. McGill se retrouve une nouvelle fois entre deux feux et tente l’impossible. Le message de McGill (et de la série) est qu’on ne gagne pas forcément mais qu’on doit néanmoins se battre pour ses idées quelque soit les chances de succès.

Au moment du tournage de l’épisode, la conquête de l’espace battait son plein et l’intrigue est quelque peu obsolète de nos jours. Après deux aventures à zapper, celle-ci, sans être inoubliable, renoue néanmoins avec les critères de la série ; l’histoire est alambiquée et la fin n’est pas une ‘happy end’ traditionnelle de séries des années 60.

Les meilleurs passages sont le court voyage en train, la visite de McGill au Gullivers à Manchester – bagarre, jeu de mots osé sur Digby - et le final où le détective encaisse un sérieux échec dans un plan foireux. Le début est bavard et laborieux (l’entretien McGill/Norbert dure cinq bonnes minutes), mais l’épisode se laisse suivre, sans pour autant rivaliser avec une autre histoire de chantage, Essay in Evil. L’action se passe en Grande-Bretagne - Manchester et Londres - et il est regrettable que certaines scènes – la rencontre Croft/McGill à Trafalgar Square – aient été tournées en studio avec un film en arrière-plan. Sinon, pour ceux qui ne connaissent pas, il n’y a pas d’erreur de continuité car la gare de Manchester s’appelle bien …Piccadilly depuis 1960.

John Savident, qui joue le propriétaire de la boite, Joe Gulliver, fut policier à Manchester avant d’être acteur. Il se rappelle de la seule scène qu’il eut avec Richard Bradford, une prise effectuée aux studios Pinewood, avec des termes pas très élogieux pour l’acteur vedette. Il juge que le jeu de Bradford n’était qu’une pâle imitation de celui de Brando. La scène qu’il devait jouer fut difficile car Bradford parlait très doucement, comme s’il murmurait, en bougeant à peine les lèvres. En plus, l’acteur avait un rhume ce jour-là et Savident ne savait pas lorsqu’il avait terminé de parler !

Il y a deux visages connus des fans des Avengers. L’acteur irlandais Ray McAnally (La dynamo vivante, Mais qui est Steed ?) est l’avoué au penchant prononcé pour l’alcool. Il est le plus en vue de l’épisode et sa composition est excellente. Le juge digne perd de sa prestance et se plie aux exigences des maitres-chanteurs et la dernière image le montre fixant une bouteille de whisky. Simon Oates (Meurtres à épisodes, Le document disparu, Otage) interprète ici Simon Croft, personnage nébuleux d’un puissant lobby. En 1971, il fut John Steed au théâtre. Quant à Warren Stanhope, il reprend le rôle de l’agent américain Johnson de l’épisode en deux parties.


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24. QUELLE DIRECTION, McGILL?
(WHICH WAY DID HE GO, McGILL?)

Enfin un excellent épisode après trois mauvais ou moyens. A l’instar de Colin Blakely, le retour de Donald Sutherland est gagnant dans cette aventure qui a laissé l’espionnage de côté. Une histoire de gangsters prenante, finement interprétée, qui est un classique de la série.

Cinq ans auparavant, un gang a dérobé des lingots d’or et, seul, Keith Earle s’est fait prendre. A sa sortie de prison, il recherche ses partenaires pour avoir sa part et les abat un à un, se faisant justice à défaut de récupérer le fric. McGill se trouve mêlé à l’affaire par l’intermédiaire d’Eddy, un garagiste qui possède un cliché de la bande pris quelques jours avant le casse. Contre 10% du butin de la compagnie d’assurances, McGill se lance sur la piste d’Earle et de l’or, mais Scotland Yard est aussi sur le coup. Trois truands, et également une femme, Joy, une employée du garage, sont sur la photo, et McGill fait agrandir le document. A deux reprises, Earle devance le détective et trucide ses complices. Il reste le dernier acolyte, un certain George, qui s’est emmouraché de Joy (Jennifer Jayne). Cherchez la femme pourrait être le titre de l’épisode, car McGill et Earle se retrouvent dans le haras de la dame pour une sévère explication. Joy a fait disparaître le dernier membre de la bande, qui était en possession du butin, a mené la belle vie et essaie de monnayer, en vain, le pognon qui reste avec le détective.

Le personnage de Sutherland est diamétralement opposé à celui de la première participation de l’acteur à la série. Dans Day of Execution, il est Willard, un ami d’enfance de McGill, soulard et poltron. Ici, Keith Earle est un tueur cynique et impitoyable qui se déplace en moto. Earle est un des meilleurs méchants de la série avec ce comportement démentiel et un rire sinistre et sauvage adéquat. Chacune de ses répliques fait mouche: ‘I’ve already killed two people and I’m not superstitious about three!’ Deux superbes prestations de Sutherland dans deux excellents épisodes ; l’acteur allait devenir une vedette internationale contrairement à Richard Bradford. Le point commun d’une partie de la distribution est le film Son of Dracula (1974). Le réalisateur est aussi Freddie Francis (quatre épisodes de Man in a Suitcase), la scénariste est Jennifer Jayne. Connue surtout dans les années 50, cette actrice britannique a fait de nombreuses apparitions dans les films d’horreur de la Hammer. Elle écrivit aussi des scénarii (comme Son of Dracula) sous le pseudo Jay Fairbank. Jennifer Jayne se souvient du tournage de l’épisode et de la ‘magnifique’ bagarre qu’elle a avec McGill/Bradford et des quelques bons coups qu’elle a donnés ! Joy drague McGill (dans la longue séquence de la première rencontre) et elle se balade plus tard en petite tenue assez longuement pour être remarquée, bien qu’elle ne soit pas dans mon top three des McGill’s Girls ! A noter aussi la participation dans Son of Dracula de Rachelle Miller (une carrière à seulement trois petits rôles), qui est la modèle du photographe.

Il est difficile d’extraire quelques scènes de cet excellent épisode, mais il ne faut pas rater Earle, à la gare et dans le train, qui sème le policier (la séquence pré-générique), les visites de McGill chez Douglas, un photographe très Avengeresque ; il a une modèle en bikini mais il ne dédaigne pas interrompre sa tâche pour aider McGill dans son enquête. Passer de photos de garages à une modèle n’est qu’un changement de châssis pour le photographe! Evidemment, le dernier quart d’heure dans la ferme est superbe par le décor et le suspense, agrémenté de deux scènes d’action. McGill désarme Joy puis l’échange de coups de poings dans la cour avec Earle est une des grandes bagarres de la série. A l’occasion, on remarque que Sutherland (ainsi que la doublure) est bien plus grand que Bradford. Il ne reste qu’à retrouver ce qui subsiste du butin…

Le tournage en extérieur est un autre atout de cet opus ; Leys Farm dans le Buckinghamshire est la propriété de Joy, tandis que le club de golf est celui de Denham. Episode fortement conseillé !

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25. VENTE AUX ENCHÈRES
(PROPERTY OF A GENTLEMAN)

Les histoires de doubles sont toujours des épisodes particuliers, avec de bonnes et de mauvaises surprises. Celui-ci est dans la moyenne, mais il fait penser par certains côtés au léthargique Mademoiselle Pandora.

Chester Farson est un millionnaire reclus en fin de vie, mais ses fils ont paré à toute éventualité en lui trouvant un sosie, un acteur shakespearien porté sur la boisson (séquence pré-générique). Ils n’ont pas mis dans la confidence leur sœur, Jane, qui s’émeut en voyant le tableau préféré de son père aux enchères. La peinture est d’ailleurs vraiment un Cézanne (photo) ; son nom n’est pas Property of a Gentleman mais Still Life with Peppermint Bottle et elle se trouve à la National Gallery of Art à Washington. La vente aux enchères se déroule à Burlington Arcade sur Piccadilly, une galerie marchande londonienne couverte et aménagée en 1819, qui regroupe une quarantaine de magasins haut de gamme. Pour clore le chapitre ‘locations’, les jardins de la propriété sont encore ceux de Heatherden Hall, bien rentabilisés.

Jane Farson a donc engagé McGill pour résoudre ce mystère vu que son père, à son grand désarroi, refuse de la voir. Le détective réussit à rencontrer Chester Farson - le faux car l’authentique est déjà décédé d’une crise cardiaque – mais la description qu’il en fait à Jane (buveur de brandy, séjour aux Etats-Unis) met un peu plus la jeune femme dans le doute. C’est en allant sur place que la supercherie est découverte ; une subtile machination conçue du vivant de Farson père…pour échapper aux droits de succession pendant cinq ans. Jane, trop émotive, n’a pas été mise dans le secret. Quant à McGill, on lui propose un tableau pour garder le silence et il choisit un Modigliani (ndlr : la femme à la cravate) : ‘Take your pic, McGill’.

C’est une histoire gentillette, sans prétention ni véritable méchant, à la fin, comme toujours, particulière, car la famille se retrouve avec deux cadavres sur les bras, et McGill refuse de les aider (‘I don’t have an ice-box big enough to help you’). Le double personnage Chester Farson/Gray monopolise trop l’écran par des monologues redondants. En tout cas, une intrigue plausible surtout sous un gouvernement socialiste faisant feu de tout bois…  En 1967, les droits de succession pour les riches étaient donc un sujet d’actualité en Grande-Bretagne !

Il est à noter que le scénariste Wilfred Greatorex fit retirer son nom du générique, peut-être pas satisfait du résultat. Parmi les acteurs, on remarque surtout Terence Alexander (Gerald Farson), l’irremplaçable des séries britanniques, vu, entre autres, dans The Avengers (trois épisodes dont Voyage sans retour et Meurtres distingués), Amicalement vôtre, Mission casse-cou, The New Avengers . Il confia qu’il n’avait pas beaucoup de souvenirs du tournage, mais il se souvint que Richard Bradford était de l’Actors Studio et il a éprouvé des difficultés à tourner avec lui. Alexander n’entendait pas ce que Bradford disait lorsqu’il murmurait (ce n’est pas le premier acteur à donner cet avis), mais, diplomate, il ajouta que c’était son style et qu’il le faisait très bien. Jane Farson est interprétée par Justine Lord, une habituée du Saint (sept épisodes) mais qu’on vit aussi dans Le prisonnier et elle a disparu de la circulation au début des années 80.

Un divertissement honnête mais cet épisode ne fait pas partie des meilleurs de la série.

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26. LES RÉVOLUTIONNAIRES
(THE REVOLUTIONARIES)

Dr Maza, un dissident politique, est en exile en Europe avec sa fille Chantal afin d’échapper au colonel Haider, qu’il tient pour responsable du meurtre du président de son pays et qu’il soupçonne de fomenter un coup d’état pour prendre le pouvoir. Il a écrit ses mémoires, révélant la vérité, alors que le colonel a retrouvé sa trace en Suède. Maza demande à McGill de ramener sa fille et le manuscrit à Londres, mais le détective tombe dans un piège et Haider se retrouve en position de force, avec otages et mémoires. McGill ne peut compter que sur le soutien de l’éditeur de Maza, la ravissante Toni Olsen. Seul, l’ex-agent retourne au secours de Maza et de sa fille avant que Haider ne les exfiltre vers l’Afrique du Nord. 

L’aventure suédoise met McGill au cœur d’un conflit d’intérêt d’un état africain fictif, comme dans The Whisper et No Friend of Mine. L’action se déroule exclusivement en Suède, à Stockholm et aux abords d’un lotissement coquet près d’un lac à une centaine de kilomètres de la capitale. L’habitation est en bois, style Ikea, et le titre du livre lu par la jeune femme est en suédois. De toute façon, l’illusion est parfaite, car le tournage eut lieu à Hambleden Mill dans le Buckinghamshire. Il n’y a pas non plus d’acteur arabe mais là encore, le subterfuge fonctionne (l’accent est là en VO), bien mieux que la personnification de personnages asiatiques dans les Avengers. Il faut aussi savoir que le changement du sens de la circulation eut lieu en septembre 1967 en Suède ! Néanmoins, la quasi-totalité des véhicules utilisés dans le pays était déjà configurée pour la circulation à droite, c'est-à-dire avec le siège conducteur à gauche. Par conséquent, les véhicules ont le siège conducteur à droite dans l’épisode, comme en Angleterre, et c’est une erreur de continuité !

C’est une solide histoire de conspiration politique et McGill est de nouveau pris entre factions opposées. L’intrigue n’est pas avare de séquences mouvementées, et le détective effectue même une poursuite au volant de la légendaire Volvo blanche P1800 de Simon Templar, peut-être empruntée au studio d’à-côté ! Lorsque McGill et Olsen rentrent dans l’appartement, Yuseef les attend et la bagarre – en deux temps – est excellente. Evidemment, le clou de l’épisode est la fusillade où McGill utilise avec dextérité une mitraillette pour liquider deux ‘vilains’. La fin est positive et le tour de passe-passe d’échange des deux ennemis est jubilatoire. Dans le côté négatif, les scènes avec l’ambassadeur et les deux fils du président assassiné sont laborieuses.

L’autre facette intéressante de l’aventure est le ‘politiquement incorrect’ de quelques dialogues, qui bannirait l’épisode d’une éventuelle rediffusion. Ainsi, Maza souligne que Chantal possède un passeport français, mais celle-ci s’empresse de préciser : ‘French nationality but I’m an Arab like you’. Tellement d’actualité ! Plus tard, le traitre Yuseef à Maza : ‘Why do you use Christian mythology, doctor ? We’re Arabs !’. Encore plus fort lorsque McGill reproche à Haider, et aux Arabes, de menacer les femmes pour s’en sortir, le terroriste répond : ‘I think your western ideals of emancipation give a false value to a woman’s life’. Celle-ci mérite une traduction : ‘Je pense que vos idéaux occidentaux de l’émancipation octroient une valeur erronée à la vie d’une femme’. Une telle réplique, pourtant révélatrice, provoquerait l’ire de bien-pensants. A noter également les termes employés par McGill pour s’assurer que le garde arabe ne comprend pas l’anglais :’You stupid pig’. Je vous dis, du politiquement incorrect, à choyer, car introuvable de nos jours dans les productions aseptisées. A noter aussi que la CIA est mentionnée, souvent sous-entendue jusqu’alors, et McGill se permet dans sa réponse à Maza de critiquer l’action de l’agence : “Well, that sort of backfired on us, too.”

Côté distribution, le méchant, le colonel Haider, est interprété par Ferdy Mayne, qui a souvent joué des rôles similaires dans des films britanniques des années 50 à 70. Un de ses personnages les plus connus est dans Le bal des vampires. Il est le baron von Orlak dans le piètre Legs. Les deux jolis minois de l’épisode n’ont pas fait de longues carrières ; la brune Sonia Fox (Chantal) a joué dans les séries Destination danger et Le Saint, tandis que la blonde Marga Roche (Toni Olsen) n’a qu’un seul autre rôle à son actif, celui d’une masseuse suédoise dans une comédie d’espionnage, Some Girls Do, qui rassemble un parterre de beautés comme Yutte Stensgaard et Joanna Lumley.  Elle est simplement attirante et on comprend l’impatience de McGill pour la retrouver au petit déjeuner…

A découvrir en vidéo car vous ne risquez pas de voir cet épisode sur nos chaines formatées…

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27. QUI DEVIENT FOU?
(WHO'S MAD NOW?)

McGill est contacté par Joan Heinemann, une de ses ex (encore une!), sept ans après son mariage. Elle se dit persécutée par une mystérieuse femme blonde, pendant que Jason, son mari, pense qu’elle perd la raison. La disparition de son caniche adoré –en fait, balancé dans le fleuve dès le début - renforce les convictions de Joan. Sommé de laisser tomber l’enquête par l’époux, apparemment jaloux, McGill fait suivre Jason, qui a une superbe maitresse. Alors que l’affaire semble résolue, le détective découvre que Joan a un passé troublant et qu’elle consulte régulièrement un psychiatre.

Cet épisode n’est qu’une petite histoire de détective privé et on devine rapidement les aboutissements. Le mari a une maitresse très jolie, Diane, et il a essayé de faire souscrire à sa femme une assurance pour toucher ses biens. Tout est clair et ce n’est pas l’anecdote de la mère, qui vient s’imbriquer là-dessus dans la seconde partie, qui fait changer d’avis l’audience aguerrie à ce genre de récit.

Les subterfuges employés – appels téléphoniques anonymes, panique simulée, apparitions, disque rayé – sont usés jusqu’à la corde mais cela ne fonctionne pas plus mal qu’avec d’autres épisodes de séries similaires. La séquence du cimetière dans la brume est particulièrement réussie et constitue un des sommets de l’aventure. Joan se rend sur la tombe de son père et y rencontre la mystérieuse femme au rire énigmatique. Le fog de cette scène, ainsi qu’autour de l’habitation des Heinemann, située au bord de la Tamise, renforce l’impression d’atmosphère angoissante. Le seul problème est qu’il n’y a pas vraiment de mystère. Le salopard est bien celui qu’on pense et il s’est servi du retour de la mère de sa femme après dix ans d’absence ; Diane, la poule de luxe, adepte de perruques, fait alors des apparitions en blonde dans le même accoutrement que la mère pour rendre folle Joan (l’utilisation du miroir est grotesque). L’autre grand moment est le final : la préparation du ‘suicide’ et le combat aux poings McGill/Jason. La dernière image est celle du miroir brisé avec la trainée de sang du visage de Jason.

En ce qui concerne la distribution, il n’y a pas de vedette. L’Australienne Audine Leith (Joan) et l’Américain Robert Hutton (Jason) font des compositions honnêtes mais pas extraordinaires. Hutton sera Rocco, sans Siffredi, dans Minuit moins huit kilomètres d’Amicalement vôtre. Philip Madoc, qui interprète l’inquiétant psychiatre lors de deux scènes trop courtes, a joué dans cinq épisodes des Avengers dont Meurtres distingués et Mon rêve le plus fou. Il explique avoir surtout joué des rôles de méchants du fait de son physique ténébreux, ce qu’il ne regrette pas car, selon lui, ce sont les meilleurs ! Il décrit Richard Bradford comme étant quelqu’un de toujours impeccablement habillé et à l’apparence époustouflante.

Quant à la belle Luanshya Greer (Diane) – superbe mais courte scène avec McGill –elle revient dans l’ultime épisode de la série. Patience donc, lecteurs mâles ! Il est à noter qu’elle écrivit, avec Brian Clemens, l’excellent opus de Thriller, In the Steps of a Dead Man, et qu’elle est l’épouse de John Carson, une figure des Avengers.  Quelques passages en extérieur sont à relever dont la promenade sur Victoria Embankment avec Big Ben en toile de fond, que je connais particulièrement bien et qui n’a pas beaucoup changé depuis la fin des années 60. Cet épisode présenta la série en France le 6 mars 1970 sur la première chaine de l’ORTF, et cela s’apparente à une faute de goût préjudiciable et un choix malheureux des programmateurs, car l’aventure, assez moyenne, n’est pas caractéristique de Man in a Suitcase

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28. TROIS CLINS D'OEIL
(THREE BLINKS OF THE EYES)

Après Blind Spot, un second épisode a pour cadre Paris, et même si cette aventure ne fait pas partie des excellents opus de la série, elle gagne quelques accessits grâce à des scènes et répliques qui ne peuvent que nous concerner. 

Eleanor Duzac, une femme richissime, engage McGill pour espionner Bernard, son mari, beaucoup plus jeune qu’elle, parce qu’elle est persuadée qu’il a une maitresse. Le détective prend ainsi l’avion pour Paris et il se rend au club de La Guillotine, où Bernard a effectivement une conquête, Janine, la directrice des lieux. Ne manquant pas d’audace, l’ex-agent invite la jeune femme à passer la soirée (et une partie de la nuit) avec lui. Le lendemain, Madame Duzac demande à McGill par téléphone de proposer une forte somme d’argent à la maitresse de son époux volage pour qu’elle le quitte, mais lorsque le détective va accomplir sa mission, la police est dans l’appartement car Janine a été assassinée. L’étau se resserre sur McGill, accusé d’être le meurtrier, surtout que la police française s’appuie sur son passé compromettant. Avec des menottes autour d’un poignet, il s’échappe pour retrouver Bernard, mais l’issue de l’affaire n’est pas celle qu’il avait escomptée.

Comme pour l’épisode précédent, le dénouement n’est pas une totale surprise, puisque le détective a communiqué l’adresse de la victime – rue de Rivoli – à la milliardaire. L’intérêt réside surtout dans les répliques et certaines situations, car l’intrigue est une banale histoire d’adultère et de meurtre. D’ailleurs, McGill n’accepte l’affaire qu’à cause du chèque mirobolant qui lui est offert ; il aurait dû flairer l’anguille sous roche.  Charles Crichton fait toujours du bon travail, mais le spectacle au club de La Guillotine occupe une place trop importante. La production avait dû engager une troupe de danseurs – la plupart n’a que cet épisode sur leur fiche imdb – et il fallait la rentabiliser.

Les passages les plus intéressants sont la réaction du détective, qui a écouté l’altercation des époux dans la pièce d’à-côté (scène pré-générique), McGill et le gardien de prison, et le duel au pistolet au château, qui constitue le véritable final.

Les rôles principaux ne sont pas tenus par des acteurs au palmarès conséquent, contrairement aux secondaires. D’ailleurs, Faith Brook (Eleanor) n’avait aucun souvenir de l’épisode, même si elle se souvenait d’avoir participé à la série ! Le magistrat est Charles Lloyd Pack et il a un temps de présence bien supérieur à ses deux prestations Avengers (c’est l’inoubliable Sir Manfred Fellows de La poussière qui tue : ‘Smelt like old socks !’). Ne ratez pas Colin Jeavons (Le club de l’enfer, Le vengeur volant) qui interprète le gardien, dans une seule mais superbe scène. Il explique à McGill, qui dévore un poulet dans sa cellule, qu’un condamné à mort a le temps de cligner des yeux trois fois avant de mourir lorsque sa tête est tranchée (‘it’s a very nice thought for dinner’). Un fait que je ne connaissais pas personnellement mais qui donne à l’épisode un excellent titre ! Jeavons sera un policier/poulet dans Sherlock Holmes avec Jeremy Brett dans le rôle de l’inspecteur Lestrade. Le barman, Hans de Vries, est inconnu mais il fut un prétendant pour être James Bond dans Au service secret de sa Majesté.

Peu d’extérieurs – on aperçoit Trafalgar Square et Piccadilly Circus immédiatement après le générique -  mais l’imposante façade de la demeure, où se réfugie Bernard, est The Mausoleum à West Wycombe dans le Buckinghamshire. L’intérieur fait fortement penser à la vaste salle du Dernier des sept. Aucun tournage à Paris – seulement quelques inserts montrant les Champs-Elysées, le Moulin Rouge, Pigalle, Notre-Dame (le même que dans Blind Spot) - mais la langue de Molière est présente en VO à de nombreuses reprises, dont l’échange entre Bernard et Janine. Les termes ‘gigolo’ ‘garce’ ‘little putain’ sont même employés. Sinon, le ‘tricolore’ - boisson bleu/blanc/rouge - est offert par l’établissement pour fêter son ouverture, le général De Gaulle est au mur des bureaux de la police, le tableau de Napoléon sert de cible d’entrainement et McGill conduit une DS pour se rendre au château : les clichés ont la vie dure ! Quant à McGill, il revendique qu’il est texan et avoue que son français est suffisant pour commander une bière !


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29. LE CHATEAU DANS LES NUAGES
(CASTLE IN THE CLOUDS)

Sur fond de scandale politique typiquement britannique, un haut fonctionnaire profite des vacances de sa femme aux Bermudes pour s’encanailler. Il appelle McGill au secours lorsque la belle demoiselle rompt et garde une broche inestimable appartenant à sa moitié. Sir Dennis Galt, dans l’embarras, implore le détective de faire entendre raison à la délicieuse Magda afin d’éviter un scandale. L’intrusion d’un jouailler intéressé par le bijou intrigue le fonctionnaire et l’ex-agent, surtout que Magda, soi-disant issue d’une famille aristocrate autrichienne, est sur le point d’épouser Johnny Ezard, un sans-le-sou truffé de dettes qui compte sur la broche pour les rembourser. Et qui sont les deux malfrats auxquels se heurte McGill continuellement ? Le retour de la femme répond à bien des questions.

Il est rare que j’apprécie un épisode en décalage avec la trame d’une série, mais celui-ci reste une exception. Pendant les trois quarts de l’opus, McGill essaie de récupérer la broche par divers moyens, tandis que la fantaisiste et espiègle Magda mène le détective en bateau, lui racontant fable sur fable. En fait, elle n’a plus la broche, car c’est son ami, 'Gentleman Jim Ezard', qui l’a mise en lieu sûr pour rembourser ses dettes. Cela n’empêche pas la jeune femme, menteuse invétérée, de demander à McGill de lui payer un manteau de vison contre le bijou (scène très drôle) : ‘The coat for the brooch’.

L’arrivée de Jan Read, en tant que script-éditeur dans cette fin de série, a modifié le style avec moins d’épisodes au final violent. Castle in the Clouds a un côté humoristique, sans être ridicule et grotesque comme Jigsaw Man, et le ton est plus léger que le début de la série. Personne n’est tué dans l’aventure et les méchants sont en carton-pâte ! D’après certaines critiques américaines, une éventuelle seconde saison aurait fourni une majorité d’épisodes de cet acabit. Dans ce cas, l’arrêt après une seule saison est une bonne chose, car le succès de cette aventure tient à ce qu’elle possède un caractère unique. Plusieurs intrigues de ce genre auraient dénaturé la série !

Le titre initial prévu était The Adventuress, qui mettait encore plus en avant le personnage de Magda dans cette aventure légère. Il y a d’excellents passages comme  la visite de McGill dans l’appartement de la jeune femme (sur une superbe musique à la découverte de la lettre en allemand) et surtout leur première rencontre à la boite de nuit disco de Swinging London. Magda demande à McGill : ‘You’re American ?’ et la réponse est catégorique :’No, m’dam, I’m a Texan’. A noter une succession d’images de l’épisode après le générique ; très inhabituel, surtout qu’on aperçoit Magda en mariée, ce qui correspond à la fin insolite et amusante au bureau des mariages. 

L’histoire est agrémentée par des acteurs sympathiques et convaincants. L’actrice écossaise Gay Hamilton crève l’écran en escroc naïve. Elle est aussi la lusitanienne Lucia à la fin de l’épisode en deux parties, Variation on a Million Bucks : un rôle plus grave que celui-ci pour lequel elle porte une perruque brune. Qu’elle soit portugaise ou autrichienne, le fort accent écossais de Gay Hamilton est le même ! Avant ses deux apparitions à Man in a Suitcase, elle participa à des productions historiques, inconnues chez nous, dont certaines ont pour cadre son Ecosse natale (The Heart of Midlothian et la série St Ives). A la télévision, elle tourna dans Paul Temple, Cosmos 1999, Bergerac et on peut la voir au cinéma dans deux films historiques renommés, Barry Lyndon et Les duellistes. Edward Fox, Ezard, avait la même année un autre rôle léger ; celui de Chilcott, l’amoureux transi et ridicule de Tara King, dans Mon rêve le plus fou. Au cinéma, il a un registre plus grave dans Chacal et Les duellistes. Il est aussi M dans le James Bond ‘renégat’ Jamais plus jamais et il parla de la nomination de Craig en des termes peu flatteurs : ‘So ugly! He is utterly wrong for Bond. The opposite of what Fleming intended, and I knew Fleming’. Il ne se rappelle pas grand-chose du tournage de l’épisode  après tant d’années mais il est ravi que cela divertisse toujours après tout ce temps. La femme de ménage, Jan Williams, est la belle masseuse de Grant dans Bons baisers de Russie.

Un épisode drôle et rafraichissant avec la magnifique inconnue Gay Hamilton.


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30. L'AVION POUR ANDORRE
(NIGHT FLIGHT TO ANDORRA)

McGill a rassemblé quelques voleurs pour pénétrer une forteresse inaccessible dans les Pyrénées. Alors que l’ex-agent fait miroiter à ses comparses une importante collection d’œuvres d’art à dérober, l’audience sait rapidement qu’il s’agit de bien autre chose. Pendant que la bande prépare l’opération dans une ferme abandonnée, l’arrivée d’une jeune et jolie touriste va dérégler l’organisation.

Une fin de série mitigée, mais finalement correcte grâce à un bon final. Les préparatifs sont néanmoins fastidieux – la répétition avec le planeur et l’intervention des ‘électriciens’ sont de longues séquences – et Anne Weeks est le personnage indispensable pour faire patienter. Les intrigues autour de la jeune femme sont du remplissage (récupération des affaires à l’hôtel, la police à la recherche de la voiture), même si la volonté des truands lourdauds de tuer ce témoin gênant permet à McGill de se mettre en évidence. Les meilleurs passages sont l’arrivée d’Anne et le final, où presque toute la bande de voyous est décimée. Le suspense tient pour savoir qui est le traitre parmi les criminels et le rôle exact d’Anne Weeks ; en fait un agent britannique chargée de s’assurer que McGill accomplisse sa mission.

L’interprétation est bonne même si aucun membre de la bande ne sort du lot et que le vilain au monocle n’est pas sensationnel, mais on a le plaisir de retrouver quelques têtes Avengers. Anne Weeks est la ravissante Luanshya Greer, qui est Diane, un petit rôle de Who’s Mad Now ? Il est à noter qu’elle écrivit, avec Brian Clemens, l’excellent opus de Thriller, In the Steps of a Dead Man. Elle ne tourne plus depuis 1969. Maxted, l’envoyé du gouvernement britannique, est Edward Underdown (il est aussi le serveur Rankin dans un autre épisode de la série, All That Glitters) et il participa à deux aventures des Avengers : il est le prétendant liquidé devant l’aquarium de Cœur à cœur et le ‘fantôme’ du Mort-vivant. D’ailleurs, il a une scène très Avengeresque, lorsqu’au milieu d’un champ, il répond au téléphone dans sa Rolls avec une bouteille de champagne au frais. Peter Swanwick, le ‘supervisor’ du Prisonnier, est ici le Butler. Ricardo Montez, l’officier de police, est un chauffeur de taxi dans une autre aventure de la série, censée aussi se passer en Espagne, The Man Who Stood Still, et il est Josino dans Remontons le temps. Zia Mohyeddin (Rafael) est le prince Ali dans Du miel pour le prince et Ewan Hooper (Eddy) est le sergent Moran des Espions font le service. Reed de Rouen, un des deux scénaristes, s’est réservé un petit rôle, celui du truand Buick en planeur. A défaut de Pyrénées, le tournage eut lieu à Black Park dans le Buckinghamshire.

Le vol d’un microfilm, au nom du gouvernement britannique, sert de prétexte à une aventure moyenne, illuminée par le retour de Luanshya Greer, avec un temps de présence heureusement bien plus long cette fois. Man in a Suitcase se clôt donc sur un épisode qui n’est pas considéré comme un des meilleurs opus, mais certaines séries ont vu pire…

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Images capturées par Denis Chauvet.