saison 1 saison 3

L'homme à la valise

Bonus: Interview de Richard Bradford

1. Making it real - Interview de Richard Bradford - 2004

 


1. MAKING IT REAL - INTERVIEW DE RICHARD BRADFORD (2004)

Grant Taylor est l’interviewer et le producteur exécutif, et Jaz Wiseman, le caméraman et metteur en scène. L’entretien fut filmé au Studio à Los Angeles en octobre 2004.

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L’entretien qu’accorda Richard Bradford fut réalisé en 2004 et la physionomie de l’acteur a beaucoup changé depuis le tournage de la série en 1967. C’est un long bonus de 69 minutes sorti sur certaines éditions DVD (ndlr : la série n’est toujours pas sortie en France). Bradford parle de la série mais aussi de sa méthode de préparation, de ses débuts, de son admiration pour Marlon Brando. Bradford marmonne beaucoup – comme dans la série – et il est parfois très difficile à comprendre, même pour les anglophones d’après ce que j’ai lu. Un critique oscille même entre les qualificatifs ‘soûl’ et ‘défoncé’ pour certains passages, mais il ne devait pas connaître bien l’acteur, car son débit est reconnaissable et les anecdotes méritent qu’on prête attention.

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Richard Bradford ne voulait pas que son personnage ressemble à James Bond, John Wayne ou au héros de Mickey Spillane, le détective Mike Hammer. Il voulait que McGill soit plus réel, plus humain et il ne devait pas se servir d’une arme à tout moment, à moins qu’il soit obligé d’y avoir recours. Dans de nombreuses séries, un type était assommé mais il pouvait courir cinq minutes plus tard comme si rien ne s’était passé. Dans la même situation, McGill se levait, essayait de courir mais le téléspectateur devait percevoir que le personnage n’avait pas retrouvé toutes ses facultés.

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Il pense que la série était bonne, particulièrement pour l’époque. Il s’est investi totalement pour que L’homme à la valise soit le mieux possible. Il évoque les problèmes lors du tournage avec l’équipe technique totalement britannique. Au début, par exemple, il trouvait que le caméraman, Lionel Banes (ndlr : il travailla sur 57 épisodes du Saint et six de la quatrième saison des Avengers), bien que talentueux, était trop lent et que cela compromettait les impératifs des dates. Il devait parfois revenir tourner une scène pour un épisode complété plusieurs semaines auparavant. Il essayait aussi que l’évolution de ses blessures soit crédible et Jimmy Evans, le maquilleur, faisait ce qu’il pouvait mais Bradford remarqua qu’il ne voyait plus bien et l’acteur décida de faire ses propres maquillages.

Il appréciait tous les metteurs en scène, même si ce n’était pas réciproque pour certains d’entre eux, comme Pat Jackson. D’ailleurs, Bradford ironise sur le fait qu’il ne fut pas un des trois réalisateurs retenus pour les treize derniers épisodes. Les relations avec Charles Crichton étaient parfois épineuses, car il était assez dur – on disait même qu’il buvait beaucoup – et il fallait faire ce qu’il voulait. Bradford ne suivait pas toujours les consignes et cela explosait entre les deux hommes en ‘artistic argument’ comme le souligne l’acteur. Il aimait la façon de travailler de Freddie Francis car il faisait bouger la caméra. D’autres, au contraire, étaient trop figés. Bradford cite ainsi l’exemple où il doit tomber, inconscient, la tête dans du verre, et alors qu’il joue la scène, le réalisateur ne le suit pas avec la caméra jusqu’à terre et reste au niveau du visage à la position initiale. Cela avait le don d’énerver l’acteur ! Se donner la peine de rendre crédible une scène sans que le réalisateur en tire profit ! ‘To make it real’ comme aime à le répéter Richard Bradford. Il voulait faire quelque chose qui n’avait pas été fait auparavant à la télévision.

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Il y avait des scripts ‘terribles’, pas très bons, souvent recyclés, de Destination danger entre autres et Bradford, toujours en recherche de la perfection, se plaint également que certaines actrices ont tourné sans talent. Il ne sait pas si elle le faisait exprès, si elle ne l’aimait pas ou si elle était bon marché mais le résultat était pitoyable ; ce n’était pas le niveau qu’il voulait. Il reconnait qu’il n’était pas assez mature pour aller dans le bureau des producteurs et leur dire ce qu’il pensait. Il lâche qu’il y avait ‘a lot of bullshit actors’….Brainwash est l’épisode préféré de Richard Bradford, et c’était son idée de faire réciter les mois de l’année à McGill pendant le lavage de cerveau afin de montrer le personnage lutter pour ne pas perdre la raison (‘A great moment in acting ; a great moment to film’) mais l’impact a été bousillé au montage à son grand désespoir. Il se rappelle du premier épisode, Brainwash, et de quelques autres mais pas des titres.

Bradford n’a jamais été impliqué dans la partie technique. Il se remémore certains acteurs qui ont joué dans la série. Colin Blakely, qu’il appréciait beaucoup (‘a great guy’) mais il ne voulait pas de relations spéciales même entre amis ; Patrick Cargill : il ne se rappelle pas de l’épisode mais il se souvient de lui, Rodney Bewes avec qui il tourna un ‘épisode mauvais’ intitulé The Bridge. Il s’attarde sur cet épisode qu’il déteste. Dans le script, McGill devait assister à une tentative de suicide d’un désespéré, qui voulait sauter d’un pont, en le testant par des applaudissements, ce qui ne correspondait pas du tout au personnage pour l’acteur. En aucun cas, d’après son contrat, Bradford ne devait aller sur ce pont. Pourtant, le jour du tournage, par un temps brumeux, personne du contrat n’était présent et il dût suivre l’acteur Rodney Bewes qui jouait le jeune qui voulait se balancer. Il alla moins loin que Bewes, mais Bradford réalisa par la suite qu’en cas de chute, l’assurance ne le couvrait pas. Tout le monde se serait tourné vers le contrat. Il s’ensuivit une entrevue orageuse avec Sidney Cole et Barry Delmaine, les producteurs, qui laissa longtemps des traces. On ressent dans les propos qu’il garde toujours une certaine animosité envers Cole (l’histoire du punching-ball à son effigie n’est peut-être pas que des racontars). En tout cas, cet incident et ce manque de considération marquèrent beaucoup l’acteur. Il reproche aussi qu’on lui demandait rien avant de l’annoncer à l’équipe, comme lorsqu’ils devaient travailler tard : ‘Just ask me first’ disait-il. A une occasion, il est d’ailleurs parti des studios avec son chauffeur. A chaque fois, Il aurait fallu qu’il gueule : ‘NO !’

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Bradford ne fumait pas mais il décida que McGill fumait. Et il fumait beaucoup ce que les producteurs voulaient freiner. Mais il continua car il était très borné.

Il a particulièrement apprécié le tournage en extérieurs en Angleterre où la campagne est merveilleuse. Il se souvient du Ritz aussi, mais il reconnaît qu’il n’a pas profité à sa juste valeur de l’environnement, son attention étant prise par le tournage. Il se rappelle de la première scène de tournage de la série où il devait courir, sprinter dans tous les sens dans le stade (ce qu’il appelle ‘Get The Yank Day’) et il fallait avoir une forme olympique, ce qui lui attira du respect de l’équipe de tournage. Il détaille cette dépense d’énergie qui est le passage final de l’épisode Man from the Dead ; une séquence classique de la série. Il se dit avec le recul que peu de personnes auraient pu faire ce qu’il a fait, et en plus deux fois de suite, aussi rapidement, et qu’ils devaient le tester ce jour là ! Après cette course, il se fait rosser et il devait dire un texte qu’il se rappelle avoir prononcé très lentement, tellement qu’il était exténué. Angela Browne, (Bradford ne se souvient que du ‘last name’) qui tournait l’échange final, ne fut pas satisfaite de la réplique. La veille, il avait rencontré Roy Vincente, le coordinateur des cascades, à Hyde Park et ils avaient effectué le tour du lac en courant (ndlr : la Serpentine). Il était un athlète et il s’impliqua beaucoup dans les scènes d’action.

Bradford spécule finalement sur la place de McGill dans la société contemporaine ; “Where’s McGill Today?” et le statut de la série, culte 37 ans après le tournage. Il est étonné de la popularité de la série, mais il estime que son personnage, la série et sa carrière d’acteur auraient pu être plus prospères que ce qu’ils ont été. Même s’il ajoute, dans une excellente partie de l’interview, que jouer l’intégrité à Hollywood est dangereux, car c’est un monde où tout est superficiel et artificiel. Il discute des raisons de sa décision de quitter la série et de ne pas avoir continué sur une seconde saison. Il regrette de n’avoir pas tourné plus d’épisodes mais il était fatigué des éternelles batailles pour que son avis soit pris en compte. En fait, il critique les économies de bouts de chandelle : une journée de tournage était supprimée pour économiser quelques pennies alors que cela aurait fait gagner des dollars. Pour une éventuelle seconde saison, il aurait aimé avoir de meilleurs scripts et que McGill soit plus impliqué avec des femmes car il préfère tourner avec des dames plutôt que des hommes ! D’un autre côté, il pense aussi que les producteurs en avaient marre de lui (‘They had enough of me’). Il avoue qu’il n’était pas très amical (surtout avec ses partenaires masculins, sauf pour son pote Anton Rodgers) pour le bénéfice de la série. Il n’était pas désagréable mais il n’allait jamais à la rencontre des acteurs invités sur un épisode. Bradford ne cache pas que ce n’était pas facile de travailler avec lui. L’aspect de crédibilité passait avant tout pour lui. Ainsi, lorsque Donald Sutherland revint pour tourner un second épisode, Bradford n’a pas essayé de se lier d’amitié avec lui prétextant qu’il jouait le rôle d’un salopard dans l’intrigue et qu’un rapprochement aurait pu nuire à la crédibilité du tournage. Sutherland en fut affecté. Et Bradford le regrette aujourd’hui. 

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La crédibilité passait avant tout pour Bradford, surtout dans les scènes de bagarre. Il disait à ses opposants de ne pas hésiter à le frapper (‘Don’t worry about anything’), car il ne tombait pas théâtralement s’il n’avait pas été déséquilibré.  Il reconnaît aussi qu’il agissait méchamment dans ces séquences, et qu’il aurait pu faire autrement. Certains acteurs ne voulaient d’ailleurs pas tourner avec lui. Bradford aimait vraiment cette vieille valise qui tenait à peine lors du tournage mais il ne sait pas ce qu’elle est devenue. A la fin de la série, Bradford eut un abcès dentaire et il n’avait pas confiance en la médecine britannique. Il rentra aux USA et il ne revint jamais !

Cet interview est un document car Richard Bradford se livre honnêtement, avec parfois une pointe d’humour, même s’il faut tendre l’oreille pour capter ses souvenirs quelquefois décousus. Il apparaît sincère et perfectionniste avec pour objectif primordial de rendre Man in a Suitcase le plus crédible possible au détriment de bonnes relations sur le plateau de tournage. Sur sa carrière, il concède qu’elle aurait pu être plus riche mais la superficialité d’Hollywood ne le fait rien regretter : "I'm truly just one blessed human being on this planet."

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Images capturées par Denis Chauvet.