PRÉSENTATION

 

 

 

Une vaste conspiration se développe depuis des décennies au sein des Gouvernements des États-Unis et d’autres puissances mondiales, en vue de préparer un funeste évènement devant survenir le 22 décembre 2012. Mais, pas d’inquiétude, un duo d’agents du FBI est sur l’affaire. Hélas, bien d’autres complots de moindre envergure se nouent dans l’ombre, des plus odieux aux plus fantaisistes. Tout en apportant leur soutien au front principal, John Byers, Melvin Frohike et Richard Langly, combattants de la Vérité et paranos bon teint, sillonnent le pays dans leur van ayant connu des jours meilleurs pour révéler ces troubles manipulations au peuple américain, à travers leur journal, enfin leur publication, "The Lone Gunman". Deux alliés viennent se joindre à leur croisade : l’enthousiaste Jimmy Bond et la troublante Yves Adèle Harlow.

En 2001, Chris Carter lance ce spin off des X-Files en mobilisant la fine fleur des auteurs des productions Ten-Thirteen (Frank Spotnitz, Vince Gilligan, John Shiban). Les Bandits Solitaires deviennent cette fois les héros à part entière d’aventures à leur image, plus légères et fantaisistes que celles des Affaires non Classées, où ils vont mettre en œuvre à la fois leur génie pour le renseignement et leur inaptitude chronique à l’action. La série développe beaucoup d’humour, avec une avalanche de gags désopilants liés à la personnalité des Bandits Solitaires ou à d’excellentes parodies. Le personnage crédule et bon enfant de Jimmy Bond, entre absurde et naïveté touchante, apporte aussi sa pierre à cet édifice humoristique. On a parfois l’impression que le spin off sert de défouloir aux auteurs des sombres X-Files (sans même parler de MillenniuM) tant ils laissent libre cours à un comique débridé et savoureux. Mais la série n’oublie pas de développer de véritables enquêtes, astucieuses et développant souvent derrière la plaisanterie les prises de positions politiques déjà observées dans les X-Files. Yves vient souvent y mettre son irrésistible grain de sel, dans un antagonisme absolu très adroit avec les personnages masculins. Pendant ce temps le Trio brille toujours par sa complicité et l’on retrouve avec un vif plaisir les paysages de Vancouver, bien après la migration au sud des X-Files.

Malgré tout l’audience se révèle bien inférieure aux attentes de la FOX et la série s’arrête à l’issue d’une unique saison de 13 épisodes, avec de plus un cliffhanger ouvert. Fort heureusement Au Cœur du Complot trouve une véritable conclusion, certes tragique, dans l’épisode des X-Files: N’abandonnez jamais. Les causes de l’insuccès apparaissent de divers ordres. Hormis pour le pilote et la conclusion, les budgets deviennent bien plus faibles que pour les X-Files, et la comparaison donne parfois un côté un peu bon marché à la série. De plus la série mère n’apporta que peu de soutien à sa dérivée, avec de bien rares apparitions de personnages emblématiques. Skinner joue un rôle important dans Jeux de menteurs, Fletcher intervient en fin de parcours, et Mulder apparaît brièvement quand les deux séries commencent à converger (Roméo 61), mais c’est à peu près tout. De plus Au cœur du complot ne relève du fantastique que marginalement comparé aux X-Files, ce qui a pu décourager le noyau dur des fans de ces derniers. Surtout le public américain semble avoir eu du mal à admettre qu’un trio de seconds couteaux, certes sympathiques mais anti–héros au possible, puisse soutenir toute une série. Et le regard finalement très dérangeant que jette la série sur l’Amérique ne facilita sans doute pas les choses !

Quelques années plus tard Au Cœur du Complot ne s’en redécouvre pas moins comme une petite merveille d’humour pétillant et audacieux, avec des enquêtes finement décalées par rapport aux X-Files mais néanmoins toujours captivantes.

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1. PILOTE FANTÔME
(PILOT)

 

Byers apprend la mort de son père, mais l’enquête conduite par le Trio sur ce qui ressemble beaucoup à un assassinat révèle que, non seulement ce dernier est vivant, mais qu’un complot particulièrement épouvantable se noue dans les hautes sphères du complexe militaro industriel américain. Un Boeing télécommandé va s’écraser, avec ses innocents passagers, sur le World Trade Center, laissant croire à un effroyable attentat. Cela relancera la production d’armements, en déclin depuis la fin de la Guerre Froide. Byers et son père montent à bord de l’avion mais le seul moyen d’en reprendre le contrôle réside dans un processeur révolutionnaire détenu par la mystérieuse Yves Adèle Harlow…


Diffusé le 4 mars 2001 (nous en sommes aux deux tiers de la saison 8 des X-Files), ce pilote demeure particulièrement remémoré pour la troublante similitude existant entre la conspiration décrite et l’attentat survenu le 11 septembre de la même année. Cette coïncidence a bien entendu stimulé l’imagination des conspirationnistes de toutes obédiences, forçant Carter à s’expliquer encore et encore sur le caractère fortuit de l’évènement ! Hélas, cette controverse finit par dissimuler les grandes qualités intrinsèques de l’épisode.

Les Bandits Solitaires et leur environnement sont bien connus, notamment depuis l’épisode Les Bandits Solitaires de la saison cinq des X-Files (Frohike fait d’ailleurs une allusion à Suzanne). Ceci permet au pilote de se dispenser des lourdeurs inhérentes aux épisodes de présentation et d’entrer directement dans le sujet, même si l’on redécouvre avec un vif plaisir leur QG-forteresse lugubre, leur journal, leur van crasseux…

L’histoire démarre d’emblée avec un spectaculaire et divertissant pastiche du fameux fric-frac suspendu du Mission Impossible de Tom Cruise, plaçant dès l’origine la série sous l’emblème de la comédie et de l’auto-dérision. Cet humour pétillant va imprégner le récit par les dialogues savoureux entre les Lone Gunmen et plusieurs scènes absolument désopilantes, comme le raid sur le cimetière de voitures, les unes improbables du Lone Gunman, ou une description joyeusement satirique des FPS de l’époque, rappelant Maitreya. La tendance au pastiche s’y retrouve car, tandis qu’Yves y ressemble beaucoup à Lara Croft, on y aperçoit brièvement un sosie de Duke Nukem, deux figures légendaires de ce type de jeu.

Cette fantaisie apporte à la série sa spécificité vis-à-vis des X-Files, il en va pareillement avec la musique de Mark Snow, ici très Rock à l’image de ces Ramones et de leur album Mondo Bizarro que Langly exhibe sur son tee shirt. Si la puce miracle tient de la très légère anticipation, le contexte ne se situe plus guère dans le paranormal, à l’image de l’ensemble d’Au Cœur du Complot. Mais l’épisode nous narre cependant une enquête consistante et présentant son lot de rebondissements, avec une tonalité la situant malgré tout dans l’univers de Chris Carter : source aux motivations troubles, complot au cœur de Washington, dénonciation des travers de la société contemporaine (poids du lobby militaire dans le gouvernement, intrusion dans notre vie privée par les géants de l’informatique via l’Internet).

Comme souvent dans les X-Files les relations entre père et fils s’avèrent compliquées et expliquent en grande partie le présent. La relation entre Bertram et John Fitzgerald Byers n’est ainsi pas sans évoquer celle des Mulder. La mise en scène de Rob Bowman se montre très efficace, disposant de moyens atteignant les standards des X-Files, notamment lors de l’introduction et de l’haletante approche aérienne du World Trade Center.

Si ce pilote (joli jeu de mots dans le titre français) réserve des scènes fort plaisantes aux gagmen que sont Langly le Geek et Frohike l’homme d’action, l’intrigue se centre néanmoins sur la figure plus complexe de Byers, l’idéologue du groupe. Comme porte-parole de Chris Carter, Byers exprime sa touchante fascination envers Kennedy et son rêve perdu, déjà évoquée dans Les Bandits Solitaires et Brelan d’As. Sous son aspect plus réservé, Byers se montre astucieusement plus "jusqu'au boutiste" et passionné encore que ses collègues extravertis. Ce beau portrait, dont la gravité rend bien compte de la double nature, héroïque et comique, des Bandits Solitaires, bénéficie de la composition éloquente de Bruce Harwood. Celui-ci s’identifie véritablement au personnage qu’il incarne déjà depuis des années et supporte aisément le passage au premier plan.

L’épisode permet également d’introduire deux nouveaux personnages. Kimmy apparaît comme une caricature encore plus extrême du hacker que Langly. Ayant autant de conscience politique qu’une huître, il donnera à l’occasion des coups de main au Trio pour le plaisir de se mesurer à son rival et camarade, lors d’interventions très Cyber. Surtout nous découvrons, porté par la beauté ténébreuse et sculpturale, ainsi que par le grand talent de Zuleikha Robinson (Rome, Lost…), le personnage très post Emma Peel d’Yves Adèle Harlow, anagramme de Lee Harvey Oswald. Encore brièvement dessinée, suivre son épanouissement au cours de la série, de rivale vénale à alliée souvent exaspérée des Bandits Solitaires, va constituer un fil rouge des plus agréables pour la série…

Ce pilote s’avère des plus aboutis, donnant son ton à la série, entre énigme captivante et humour acidulé. La coïncidence historique tant commentée apparaît finalement bien secondaire face à cette tonitruante réussite.

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2. AGENT TRIPLE ZÉRO
(BOND, JIMMY BOND)


Alors que les Bandits Solitaires connaissent les pires difficultés financières, mettant en cause la survie du journal, Yves les oriente vers une affaire potentiellement vendeuse : l’assassinat d’un hacker très réputé. Durant l’enquête ils font la connaissance d’un jeune homme idéaliste, James Bond (dit Jimmy). À son insu celui-ci sert de paravent à des agents d’une puissance étrangère levant des fonds en vue d’acheter des armes biologiques. Le hacker travaillait pour eux mais s’est révolté quand il a découvert le pot aux roses. Langly est enlevé par les espions pour le remplacer mais fort heureusement Yves vient à la rescousse des héros qui lancent un raid sur l’ambassade ennemie. Le complot est éventé mais Yves disparaît avec l’argent prévu pour l’achat des armes… Les Bandits Solitaires entament leur collaboration avec Jimmy, qui leur apporte un soutien financier.


Une jolie audace caractérise cet épisode constituant, comme l’indique son titre, un pastiche des aventures de James Bond. Outre plusieurs réparties liées au patronyme de Jimmy, la structure narrative épouse en effet celle des aventures de 007, en évitant le piège de paraître par trop caricatural.

Ainsi l’épisode s’offre un prologue somptueux et riche en péripéties, sans rapport direct avec l’histoire se déroulant ensuite, dans la grande tradition du genre. Alliage japonisant hautement improbable entre Mission Impossible et Matrix, cet hilarant passage permet à Frohike (comme à Tom Braidwood) d’inscrire une nouvelle victoire sur la liste de ses hauts faits (trois bons mètres cette fois-ci). Les amateurs des X-Files reconnaîtront Hiro Kanagawa, un acteur régulier de Ten-Thirteen apparu dans deux épisodes des X-Files (Synchrony et Firewalker), mais aussi dans quatre de MillenniuM.

Par la suite Yves (prononcer Ève) prend le rôle d’un "M" des plus décalés, démontrant au passage une nouvelle fois que le noir lui va à ravir. Tandis que des gadgets high tech surgissent de-ci de-là, Alexander Kalugin apparaît comme un tueur sophistiqué et agréablement typé, une figure bien connue du genre. La voiture joue également un grand rôle dans le récit, le van peu reluisant et régulièrement en panne d’essence (mais nanti de nombreux gadgets électroniques !) remplaçant la fastueuse Aston Martin. L’histoire se conclut bien évidemment par l’affrontement de rigueur dans la base du grand méchant, même si nos héros parachèvent davantage leur entreprise par une fuite éperdue que par des exploits guerriers… Toutefois, à la place de la célébration rituelle avec la séduisante Bond Girl du jour, le Trio tombe sur Jimmy qui les attend, prêt pour une nouvelle aventure. On comprend leur léger manque d’enthousiasme.

Parallèlement à ce pastiche des plus distrayants, le Trio continue à développer son humour bien à lui, les catastrophes diverses se succédant à un rythme élevé. À côté des déglingues diverses de Langly et Frohike, la palme revient cette fois-ci à Byers pour qui, égal à lui-même, il est plus éthique de prélever un litre d’essence dans 10 voitures différentes, plutôt que dix dans une seule (surtout quand c’est Langly qui s’y colle).

La découverte drolatique du jour demeure bien cependant Jimmy Bond, que nous rencontrons à l’entraînement d’une équipe de football américain composée d’aveugles. Ce passage riche en gags visuels (pauvre Melvin) évoque furieusement un autre symbole britannique, non plus 007 mais les Monty Pythons, tant il s’assimile à leurs fameuses Olympiades des handicapés à l’humour si grinçant. Outre son idéalisme, qui le rapprochera de Byers, Jimmy apporte une nouveauté tranchant totalement dans l’univers de Chris Carter, par sa naïveté proche de l’absolu et ses élans très juvéniles qui seront source de nombreux effets comiques. Le personnage permettra également d’expliciter nombre de techniques usitées par les Bandits Solitaires en leur servant de public. Ce disciple perpétuellement enthousiaste leur apportera un répit financier et une force de frappe renouvelée, mais également de fréquents maux de tête…

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3. L’EMPOISONNEUSE D’ALSACE
(EINE KLEINE FROHIKE)


 

Une Alsacienne travaillant pour les Nazis durant la Guerre a empoisonné de nombreux Résistants. Elle s’enfuit devant l’avance des Alliés, tandis que son bébé est envoyé à Berlin. Les Bandits Solitaires reçoivent la visite d’un homme se présentant comme le fils d’une des victimes de l’Empoisonneuse, ayant repéré que celle-ci passe des petites annonces pour retrouver son fils disparu. Or le père de cet enfant, un officier SS, est le sosie de Frohike. Il demande donc à celui-ci de se faire passer pour l’enfant, afin de découvrir les preuves de l’identité de la tueuse. Mais alors que Frohike s’est ainsi introduit auprès de la supposée Empoisonneuse, Yves révèle une toute autre vérité…


Comme souvent la série soigne particulièrement sa séquence d’introduction, avec un étonnant pastiche des actualités cinématographiques de jadis, couronné par l’apparition du sosie de Frohike en officier nazi furieux d’être capturé ! Effet garanti. De fait cette étrange histoire chevauchant les décennies et se déroulant dans le milieu original de vieilles dames alsaciennes installées en Amérique, apporte sa pierre à la vision de la France pour le moins particulière manifestée par les séries de Chris Carter. Après les essais nucléaires de Mururoa, Jenny le Génie et les chansons de Karl Zéro, l’Hexagone est gâté. Le coup de périscope s’étend à nos amis Belges puisque Plastic Bertrand a les honneurs de la bande-son, avec son tube Ça plane pour moi.

Si l’épisode nous vaut un réjouissant numéro de Frohike entre paranoïa exacerbée par la menace des gâteaux empoisonnés et son embarras devant la forte personnalité de la prétendue enpoisonneuse, l’humour de l’épisode se voit entaché par certains gags assez lourds, comme cette succession de plaisanteries appuyées et d’exhibitions répétées concernant cette tache de naissance située sur le popotin. Si l’idée originale séduit, le développement alambiqué des motivations du duo mère-fils tient tout de même du prétexte mal maîtrisé. On s’amuse beaucoup, d’autant que l’histoire dresse un portrait aussi affectueux que caustique de ces vieilles dames, mais l’intrigue se réduit vite comme peau de chagrin. L’épisode vaut également pour l’apparition surprise de l’excellent Alan Dale (Lost, 24h Chrono, Ugly Betty…), jouant par ailleurs le Toothpick Man, le Super Soldat introduit dans les hautes sphères du FBI.

Mais L’empoisonneuse d’Alsace jette surtout les jalons d’une nouvelle relation dans l’univers sombre, mais finalement si romantique, de Chris Carter, Jimmy ressentant de premiers émois envers la ténébreuse et glaciale Yves, qui lui décoche en retour les moqueries les plus cinglantes. La série développera progressivement cette histoire, mais n’aura pas le temps d’aller très loin en la matière. L’épisode terminal Jump The Shark montre cependant un Jimmy passionnément amoureux et une Yves considérablement plus attendrie mais encore distante…

L’altière et chaloupée jeune femme commence par ailleurs à se rapprocher des Bandits Solitaires, éprouvant à son corps défendant une sympathie agacée envers le Trio et s’impliquant dans leur combat avec une âme plus généreuse qu’il n’y paraît au premier abord. Conduisant nerveusement une élégante voiture de sport, vêtue de noir et de cuir, manifestant de multiples talents et connaissances ainsi qu’une personnalité des plus affirmées, ayant souvent un tour d’avance sur ses partenaires masculins, Yves évoque plus que jamais une Emma Peel contemporaine, plus dure et matérialiste. L’épisode se conclut d’ailleurs joliment sur sa voiture s’éloignant dans la nuit, Yves et ses mystères s’affirmant décidément comme des atouts essentiels de la série.

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4. DE L’EAU DANS LE CARBURATEUR
(LIKE WATER FOR OCTANE)


Un document militaire tombe miraculeusement dans les mains des Bandits Solitaires. Il les oriente vers l’inventeur du moteur à eau, aujourd’hui décédé mais dont la voiture existe toujours quelque part. Une chasse au trésor s’engage entre le Trio et l’homme de main des compagnies pétrolières. Ce dernier a engagé Yves pour l’assister et ne recule pas devant le meurtre pour parvenir à ses fins. Mais la jeune femme a son propre agenda…


L’épisode débute par un vertigineux retour dans le passé, nous décrivant les enfances des futurs Bandits Solitaires. La scène est hilarante tant les enfants sont bien choisis et jouent totalement le jeu. Mention spéciale pour le jeune Langly (dit Ringo) doté d’une coupe brosse permettant de mieux appréhender ses futures errances capillaires ! Le tout se voit narré avec emphase par le toujours aussi enthousiaste Jimmy, apportant une savoureuse autodérision à l’ensemble. Le passage introduit également finement l’épisode car la plupart des personnages vont s’y retrouver à l’heure du choix face aux idéaux de la jeunesse. L’histoire reste ainsi une formidable évocation de cette période pleine d’allant et un vibrant appel à en conserver la flamme malgré les vicissitudes de la vie.

À travers cette reprise maligne de la légende urbaine de voiture à eau, les auteurs exploitent avec succès le filon toujours fécond de la chasse au trésor : rebondissements, énigmes, rush final, rien ne manque à l’appel pour faire de Like Water for Octane un récit d’aventures trépidant et au vif suspense maintenu jusqu’au terme du voyage. Le tout se voit agrémenté par l’humour inhérent aux Bandits Solitaires (Jimmy est en grande forme) d’une plaisante saveur country, soulignée par la musique de Kathy Mathea. L’altruisme du Trio demeure décidément communicatif car, pour la première fois, Yves renonce à agir autrement que pour la noble cause.

L’histoire s’enrichit également de deux personnages secondaires attachants et fort bien dessinés en quelques dialogues : Shelley Mizer (Shareen Mitchell, la Billie Lapierre de Sein und Zeit) et Jason Guthrie (Timothy Webber, intervenant lui trois fois dans les X-Files) finissant la main dans la main dans un final marqué par une allégresse particulièrement communicative ! La chute finale se montre d’ailleurs particulièrement astucieuse car inversant les perspectives observées jusqu’alors (le fameux moteur constitue en fait un fléau) et donnant à méditer sur la complexité des problèmes écologiques. Enfin, bien avant de jouer les fantômes récurrents dans Fringe, Mark Valley donne une impressionnante présence à son personnage de méchant sarcastique et glacé, le lobby pétrolier ne ressortant pas grandi du récit…

Épisode aussi divertissant que subtil dans son écriture, Like water for Octane bénéficie également d’une mise en scène très alerte de Richard Compton, et apparaît comme l’une des très grandes réussites de cette unique saison.

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5. TROIS HOMMES ET UN BAMBIN
(THREE MEN AND A SMOKING DIAPER)


La secrétaire d'un sénateur en pleine campagne pour sa réélection décède dans un accident de voiture. Les Bandits Solitaires soupçonnent un scandale sexuel que le Sénateur aurait voulu étouffer. Tandis que Jimmy, assisté par Byers, intègre l'équipe de campagne, Langly et Frohike mènent l'enquête, tuyautés par une source mystérieuse. Ils découvrent que la secrétaire et le sénateur avaient bien une relation de longue date, et même qu'un bébé en est né ! Néanmoins ces apparences vont s'avérer trompeuses...


Cet épisode mineur développe un message sympathique, explicitant que les affaires de mœurs ne doivent pas prendre le pas sur la qualité des hommes politiques, et qu'elles se réduisent souvent à peu de choses. Chris Carter, ici à l'écriture, se positionne ainsi en opposition aux rituelles campagnes de déstabilisation menées aux États-Unis, tandis qu'il jette un regard incisif sur le fonctionnement du système électoral américain et ses campagnes proches du Barnum. Le sénateur Jefferson, par ses attitudes et son apparence physique, évoque ainsi très clairement Bill Clinton.

Malheureusement cette approche se voit sapée par un humour souvent pesant (Frohike rénovant la tradition française du Pétomane) ou tombant à côté. L'histoire tente de faire rire avec des Bandits Solitaires ayant à gérer un bébé, mais les divers effets paraissent tout de même bien appuyés. Yves, qui semble désormais avoir porte ouverte à la rédaction du Lone Gunman, revêt une dimension plus limitée que de coutume en maman providentielle, tandis que Jimmy en rajoute dans la maladresse, sur un registre proche de Pierre Richard. Le manque de moyens se fait criant lors d'une reconstitution de meeting manquant d'ampleur. La scène d'ouverture demeure tout de même très rythmée, avec un fiasco du Trio qui s'avère, lui, spectaculaire !

Le coup de grâce est asséné à la conclusion du récit, quand le sénateur décide que son fils se prénommera William : décidément il existe bien des prénoms maudits...


6. ADAM CONTRE CHARLIE
(MADAM, I’M ADAM)


Les Bandits Solitaires sont contactés par Adam, un homme se plaignant que sa vie lui ait été dérobée. Sa maison est occupée par un couple inconnu, tandis que son épouse a disparu. Personne ne le reconnaît et aucune trace de son existence n'apparaît nulle part. Il pense venir d'un univers parallèle mais le Trio, assisté d'Yves, découvre une fiche électronique insérée dans sa nuque, menant à un réseau de câbles minuscules enserrant son cortex. Les Bandits Solitaires estiment qu'une fausse personnalité lui a été insérée, mais reste alors à savoir pourquoi et surtout qui est vraiment Adam...


L’épisode Cyber d'Au Cœur du Complot renoue avec le succès de Clic mortel et surtout de Maitreya, dont il paraît très proche par l’humour et la thématique de l’univers virtuel (on oubliera l’intermède limité que constitue Un fantôme dans l’ordinateur). Même s’il ne bénéficie pas de signatures aussi prestigieuses que celles de Gibson et Maddox, il n’en développe pas moins une réflexion pertinente, et finalement plus nuancée qu’il n’y paraît, sur l’influence que peut exercer ce monde artificiel dans lequel nous nous immergeons chaque jour davantage. Au-delà de l’idée très Cyberpunk d’un implant de personnalité ou de talents via l’informatique (exploitée récemment dans Dollhouse), l’histoire constitue en effet une parabole très parlante sur les dangers de perte du soi véritable contenus dans les abus du réseau et de ses tentations virtuelles.

L’épisode, prophétique, s’est vu rattrapé par l’évolution récente de plates-formes de jeu et systèmes équivalents, particulièrement néfastes quand leur abus entraîne un détachement du réel. La quintessence de l’aspect Cyber du récit survient lors de l’élégante et astucieuse jonction des deux univers, un joli tour de force de la part de Bryn Spicer prouvant que l’on peut faire bonne chère avec peu d’argent. Le fait que nous découvrions progressivement les troublants contours du simulacre permet d’établir un joli pont avec les univers truqués de Philip K. Dick. Au total l’épisode nous offre un récit de Science-Fiction à plusieurs facettes, ambitieux et de qualité.

Fort heureusement, encore une fois plus à l’image de Maitreya (où le Trio jouait déjà un grand rôle) que de Clic mortel, Adam contre Charlie évite l’un des principaux travers des Cyberpunks : le manque total d’humour. L’épisode nous régale d’un véritable festival comique, avec des gags aussi excellents que variés dans leur style. Il commence par jouer avec les codes de la série, l’intrigue très Science-Fiction le situant bien davantage à hauteur des X-Files que d'Au Cœur du Complot. Le spectateur a ainsi la surprise amusée de voir un Byers refuser de croire à cette histoire d’univers parallèle qu’il juge trop folle (on se souvient de lui déclarant à Mulder qu’il l’adore pour ses théories encore plus démentielles que celles du Trio, dans Entité Biologique Extraterrestre). Même Frohike, sceptique, se déclare pas encore prêt à appeler Mulder ! Découvrir les Lone Gunmen dépassés en matière de dinguerie reste un plaisir rare…

On retrouve également de nombreux gags plus insérés dans l’esprit de la série, comme cet IRM bricolé par Frohike et Langly, l’un des nombreux gadgets étranges aperçus au fil des épisodes, ou le jouissif humour de répétition résidant dans les crises de nerfs successives d’Adam, se traduisant toujours par un tabassage de Langly. La recherche d’indices concrets, entre gamin insupportable et maison effondrée, se révèle encore plus calamiteuse que de coutume ; pas de doute, les Bandits Solitaires sont en grande forme. Suprême habileté du récit, la récupération de la vraie personnalité de Charlie ne se traduit pas par un retour à la normale mais nous fait pénétrer dans un univers encore plus coloré, celui des catcheurs nains (on retrouve quelques échos de Fight Club), avec les figures pittoresques du très excité Marvin et de l’attendrissante Sadie. Un épisode totalement timbré, de A à Z.

Adam contre Charlie bénéficie enfin de deux superbes guests, particulièrement convaincants. Marie Stillin (X-Files et MillenniuM mais aussi SG1, Andromeda, Highlander…) sait conférer une vraie émotion à son personnage se démarquant habilement de l’adversaire standard. Lois se montre convaincue de son bon droit et persuadée d’apporter une réconfortante solution aux soucis de Charlie. L’enfer est pavé de bonnes intentions et l’aimable Lois glace finalement plus le sang en apprenti sorcier qu’un méchant classique. Mais le héros du jour demeure incontestablement le toujours excellent Stephen Tobolowsky (Buffy, Deadwood, Heroes, Nightstalker…) parvenant admirablement à jouer sur plusieurs palettes, de la comédie au romanesque. Le courant passe à l’évidence parfaitement bien avec les interprètes du Trio et l’humanité que dégage Adam/Charlie évite à l’épisode de tomber dans le piège de l’expérimental désincarné, même si virtuose.

Adam contre Charlie reste comme un exemple des plus relevés du ton si particulier d’Au Cœur du Complot : un regard critique sur la société américaine, à travers un humour pétillant et la rencontre de personnages parfaitement excentriques. Un cocktail qui ne déplaira pas aux amateurs des Avengers !

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7. LA PLANÈTE DES FROHIKES
(PLANET OF THE FROHIKES : A SHORT STORY OF MY DEMEANING CAPTIVITY)


Les Bandits Solitaires reçoivent un mail mystérieux d'un individu se plaignant d'être retenu contre son gré dans un hôpital militaire, afin d'y subir des expériences secrètes. Après avoir soupçonné une nouvelle manipulation d’Yves, ils découvrent, effarés, que leur correspondant n'est autre qu'un chimpanzé nommé Peanuts, à qui des manipulations génétiques ont conféré une intelligence humaine. Ils le font s'évader avant de prendre la fuite, mais Peanuts leur complique la tâche avec ses propres projets et, un à un, les Bandits Solitaires et leurs alliés tombent aux mains des militaires...


Après le déjà fort réussi Adam contre Charlie, La planète des Frohikes représente le second épisode d’Au Cœur du Complot versant totalement dans le paranormal. Mais la Science-Fiction est un vaste océan constellé d’une myriade d’archipels et, laissant derrière nous les mirages du Cyberespace, nous abordons ici les rivages de l’œuvre au combien particulière de Pierre Boulle, bien plus riche et dérangeante que ses adaptations à l’écran. De fait Vince Gilligan n’écrit pas seulement l’épisode comme un joyeux pastiche de La Planète de Singes mais, en sollicitant à peine l’imagination du spectateur, se positionne habilement comme un prologue explicitant la montée au pouvoir des Singes ! Sur la tonalité propre à la série, tout en humour et fantaisie, il interpelle également sur la triste condition des animaux de laboratoire. Subtilement il évite tout effet mélodramatique en soulignant le caractère fondamentalement détestable de cette situation même en cas de chercheurs relativement sympathiques.

Assez logiquement dans cette configuration, les Bandits Solitaires, malgré de nombreuses scènes amusantes, se voient voler la vedette par les étonnants chimpanzés. Ceux-ci causèrent un travail de romain à l’équipe technique, mais le résultat en vaut largement la chandelle. Peanuts réalise une performance proprement époustouflante de persuasion et de crédibilité, au point d’apparaître comme un acteur à part entière. On se prend véritablement d’affection pour cette petite boule de poils au visage expressif et finalement bien plus rusée que les humains. On aurait pu à bon droit rebaptiser l’épisode La Belle et la Bête, car Yves reste le second personnages à tirer son épingle du jeu. Définitivement irrésistible en robe de soirée noire comme la nuit ou en tenue de cuir, Zuleikha Robinson accroche l’œil comme jamais dans cette histoire où Yves surclasse ses partenaires en tous points, hormis la psychologie simiesque où la palme revient sans surprise à Jimmy.

Le dynamisme de la mise en scène pallie presque à la modestie des moyens mais l’on reprochera à l’intrigue de trop tirer sur la corde des substitutions en dernière partie, jusqu’à devenir confuse et virer au vaudeville, même s’il fallait bien trouver une porte de sortie. Néanmoins, ce vibrant hommage au génie visionnaire de Boulle, au-delà de donner son nom au centre de recherches militaires (Boulle Behavioral Institute), nous vaut l’ultime bonne surprise d’une tonalité française très réjouissante. Yves se découvre une maîtrise des langues étrangères évoquant une nouvelle fois Emma Peel, le français venant s’ajouter à l’allemand. Avant de se voir interrompue par les Bandits Solitaires, elle tentait de séduire un gangster français aux manières exquises et très romantique (forcément romantique). Parallèlement Peanuts se choisit un invraisemblable nom français à rallonge, revêt la fatuité maniérée qui sied et n’a finalement d’autre objectif que de pouvoir tranquillement compter fleurette à sa dulcinée. Les Français de tout poils sont tous décidément de fougueux amoureux au pays des séries anglo-saxonnes…

Relecture amusante mais finalement très respectueuse de Boulle, La planète des Frohikes rejoint son questionnement à propos de la nature de l’humanité, par le regard incisif que jettent sur elle les singes, et constitue un nouveau récit de science-fiction étonnant de pertinence sous le couvert d’un humour bon enfant et tonique. On ne peut décidément qu’amèrement regretter la fin précipitée d’une série nous offrant des épisodes aussi marqués par l’audace la plus vive et malicieuse qui soit, en un mot irrésistibles.

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8. PEINE CAPITALE
(MAXIMUM BYERS)


Une fidèle lectrice du Lone Gunman vient solliciter l’aide des Bandits Solitaires : son fils, condamné pour meurtre, va bientôt être exécuté et il semble avoir perdu toute envie d’obtenir sa grâce. Persuadée de son innocence, elle leur demande d’intervenir. Byers et Jimmy pénètrent dans la prison en se faisant passer pour des prisonniers mais découvrent que le fils est bien coupable, agissant sur les ordres de son propre avocat. Un autre condamné à mort dans la même affaire s’avère par contre innocent. Une course contre la montre s’engage pour sauver ce dernier, tandis qu'Yves vole à la rescousse de ses amis en difficulté.


Au Cœur du Complot illustre une nouvelle fois sa verve satirique en nous offrant un fort amusant pastiche des films et séries de prison. L’idée retenue évoque d’ailleurs fort clairement Prison Break, même si la magie informatique de Langly facilite bien les choses ! La parodie apparaît d’autant plus pétillante que pour concevoir leur plan, Byers et Jimmy s’inspirent explicitement de ces productions, ce qui autorise quelques clins d’œil à divers clichés. Par la suite, les éléments essentiels du genre se succèdent effectivement (gardiens cassants, brutes épaisses, dérives psychologiques, scènes de parloir ou d’infirmerie…).

Mais, si l’ensemble ne se dépare pas d’un humour réjouissant, on aurait aimé découvrir plus de férocité et de mordant dans une caricature demeurant bon enfant. Le récit sait cependant trouver une vraie intensité dans une évocation critique de la peine de mort, dont il évoque avec éloquence l’inhumanité, combien même l’accusé serait coupable. À cet égard le personnage de Pfeiffer, déjà comme retiré de ce monde, dote l’épisode d’une gravité ayant d’autant plus d’impact qu’elle tranche avec l’atmosphère de la série.

Fort heureusement la mise en scène de Vincent Misiano se montre alerte et servant efficacement l’alternance de moments humoristiques ou dramatiques que propose l’intrigue de Spotnit et Gilligan. La qualité de l’interprétation s’impose comme un autre atout de l’épisode, avec notamment deux spécialistes de ce genre d’histoires : Robert Lasardo (X-Files, Nip/Tuck) et Kevin McNulty (City Hall, Robson Arms), chacun se situant dans son meilleur registre. Les personnages principaux continuent à évoluer, avec un tandem idéaliste de plus en plus développé entre Byers et son padawan Jimmy. Yves fait désormais quasiment partie du groupe et se montre prête à des prises de risques autrefois inimaginables, ce qui permet à Zuleikha Robinson de faire étalage de ses dons pour la comédie. Langly et Frohike restent au second plan mais nous valent d’hilarants moments grâce à leur proverbiale maladresse.

La série persévère à développer une bande-son aussi éclectique qu’irrésistible, avec cette fois l’entrée en scène du King et de son formidable Hound Dog, annoncés par une introduction, elle, parfaitement décapante sur le thème si populaire de la survie de la star.


9. CHIRURGIE MORTELLE
(DIAGNOSIS JIMMY)


À la bordure du Canada, les Bandits Solitaires enquêtent sur un braconnier massacrant des grizzlis en vue d’exportation vers la Chine. Jimmy tente de photographier un échange entre le suspect et les Triades mais est alors victime d’un accident de ski. À l’hôpital, en regardant la télévision (John Walsh dans son propre rôle), il apprend qu’un chirurgien assassin est en fuite et aurait revêtu une nouvelle identité. Plusieurs indices lui font soupçonner son propre médecin… Yves vient lui rendre visite, mais est-ce vraiment par souci de sa santé ?


Le récit de John Shiban prend le parti de se diviser en deux tronçons totalement distincts, ce qui induit toujours une prise de risques car Qui trop embrasse mal étreint. De fait les deux histoires que nous raconte l’épisode se résument chacune à peu de choses, mais retiennent néanmoins l’attention par leur humour débridé. Les Bandits Solitaires se montrent particulièrement déchaînés et accumulent les catastrophes sans faiblir, avec un comique visuel des plus efficaces (trognes désopilantes des acteurs, Frohike et Langly pris dans les pièges du trappeur, panique généralisée…). La passion écologiste d’un Byers, si idéaliste qu’il en vire à la parodie, s’insère à merveille dans les magnifiques paysages des forêts et montagnes de la région de Vancouver, qui évoqueront de grands souvenirs aux amateurs des X-Files. En braconnier misanthrope et solitaire l’impressionnant Richard Fitzpatrick (Kingdom Hospital, Re-genesis) fait preuve d’une belle sauvagerie.

Le tronçon le plus relevé demeure cependant celui de Jimmy car développant un pastiche enjoué des séries hospitalières. Les différents clichés afférents au genre s’y retrouvent joyeusement déviés. Le staff médical, d’habitude si compétent et humainement formidable, se retrouve ainsi représentés par un serial killer parfaitement cinglé et une infirmière délurée et nymphomane se prenant pour Marilyn Monroe.

Robin Mossley (déjà apparu trois fois comme docteur dans les X-Files !) et la charmante Shawn Batten (Spyder Games) réalisent d’épatants numéros, n’hésitant pas à jouer pleinement la carte de la comédie. Bien entendu le pathos n’est pas oublié, avec un médecin atteint d’une maladie chronique mais néanmoins volontaire bénévole en Afrique ou un patient acariâtre mais se révélant comme de bien entendu pétri d’humanité. Malade avant tout de solitude il se réconcilie finalement avec son fils, et la petite famille nous quitte radieuse de bonheur. N’en jetez plus, le panier est plein.

La relation encore faiblement esquissée entre Jimmy et Yves participe à l’humour ambiant, la brune incendiaire s’exaspérant que tout le monde la prenne pour la petite amie de l’ahuri. Seule réserve, Stephen Snedden en fait perpétuellement trop sur le registre de la bêtise infantile et extravertie. Si Jimmy s’avère très amusant comme personnage secondaire source de gags, il devient quelque peu lassant en tant que héros principal de l’intrigue.

Tandis que les héros masculins connaissent une totale déroute, Yves parvient à résoudre simultanément les deux affaires. Ses capacités déjà brillantes quittent l’ordre du vraisemblable pour évoquer de manière très divertissante la surenchère perpétuelle existant autour d’Emma Peel et de Cathy Gale. Les rigueurs du climat lui font abandonner ses noires tenues de cuir pour des pulls colorés des plus seyants…


10. LE DERNIER TANGO À MIAMI
(TANGO DE LAS PISTOLEROS)


Au grand dam de Jimmy, les Bandits Solitaires et Yves se retrouvent en concurrence pour faire tomber l’un des grands parrains du trafic de cocaïne, qui se lance désormais dans l’espionnage. Originaire d’Argentine, ce criminel basé à Miami est également un danseur passionné et émérite de tango. Il doit communiquer des renseignements top secrets à un terroriste lors d’un concours de danse. Yves parvient à s’infiltrer auprès du caïd comme sa partenaire de danse, mais se révèle très sensible à son charme hispanique. Byers, Langly et Jimmy échouent lamentablement aux éliminatoires et c’est alors que Melvin Frohike révèle un passé de danseur à succès, où il était connu comme El Lobo (Le Loup). Il tente de retrouver sa partenaire d’alors, à laquelle l’unissait une brûlante passion…


L’argument de l’épisode demeure certes des plus classiques ; après tout, attraper des trafiquants de cocaïne à Miami lors de deals, Sonny Crockett et Rico Tubbs pratiquaient déjà cela en 1984… Cependant l’intrigue apporte de savoureuses variations à cette trame usée aux mites.

Le récit nous régale ainsi par des Bandits Solitaires particulièrement toniques, comme électrisés par le retour à la compétition de jadis face à Yves. Langly, surnommé Courtney Love, est régulièrement pris pour une femme blonde au cours de l’épisode et accumule les pires catastrophes. Les tentatives des bandits Solitaires pour démontrer leur talent pour leur tango sont hilarantes, d’autant qu’ils essaient à peu près tous les styles, hormis celui-ci ! De la valse au disco en passant par le classique ou le contemporain, tous les genres se voient pareillement massacrés… Kimmuy le Geek, toujours aussi fanfaron et vénal, fait également un retour remarqué, mais la vedette revient incontestablement à un Frohike impérial en tombeur latino sur le retour ! Les retrouvailles, pour le moins explosives, avec celle qu’il abandonna jadis, nous valent un joli pastiche des nombreuses scènes similaires peuplant les Telenovelas sud-américaines.

La singularité de l’épisode comme son intérêt reposent néanmoins avant tout sur l’évocation réussie de la farouche beauté et de la sensualité exacerbée du tango. D’excellents et variés morceaux de cette musique sublime entre toutes irriguent l’ensemble de l’épisode, lui apportant un cachet unique. On observe également de jolis moments de danse, que l’on aurait aimés plus nombreux, dans une introduction à la poésie funèbre originale, mais aussi dans l’admirable scène finale du concours. Toujours dans une optique très Emma Peel, nous découvrons la nouvelle compétence du jour d’Yves, la maîtrise de cette danse nécessitant à la fois virtuosité technique et flamme authentique qu’est le tango. L’épisode se conclut avec émotion lors d’un ultime pas de danse entre Jimmy et une Yves à laquelle il offre le réconfort de sa présence. Leur relation semble décidément s’enraciner alors que la série se précipite déjà vers sa conclusion.

Zuleikha Robinson se montre convaincante dans cet exercice malaisé (davantage que Tom Braidwood….) et démontre également ses solides qualités d’actrice en exprimant avec éloquence le tiraillement que connaît Yves entre sa mission et les sentiments que lui inspire le sincèrement amoureux Santavos ; pour le coup on pense à Cathy Gale dans Six mains sur la table. En criminel latino raffiné et romantique, John Vargas manifeste beaucoup de classe et d’élégance. Le décès de son personnage s’avère l’occasion d’un joli pastiche du Cha Cha Cha mortel d'Opération Tonnerre car c’est cette fois volontairement qu’il s’expose pour recevoir le mortel lancer de couteau visant Yves ! En tueur sanguinaire mais non dénué d’astuce, l’imposant David Palffy (Anubis dans SG1 !) compose également un numéro aussi pittoresque que réussi.

Certes la mise en scène de Bryan Spicer manque cruellement de moyens pour évoquer Miami, et on y croit encore moins que pour Miami Vice, tourné comme on le sait à Hollywood, hormis quelques inserts. Mais qu’importe, il sait admirablement mettre en valeur les numéros de danse, tout en donnant à l’occasion une vraie saveur hispanique au récit. Pour peu que l’on soit sensible à la sombre magie (embrujo) du Tango, Dernier tango à Miami demeure bien un exercice de style aussi séduisant qu’original.


11. JEUX DE MENTEURS
(THE LYING GAME)


La prétendue sœur d’un ancien camarade d’université de Byers contacte ce dernier, pour lui demander d’enquêter sur l’assassinat de son frère. Les Bandits Solitaires découvrent que l’individu avait développé une activité de maître chanteur. Un document vidéo montre que la dernière victime qu’il avait abordée, très peu de temps avant sa mort, n’est autre que Walter Skinner ! Appelée à la rescousse, Yves découvre également une connexion avec une figure importante de la mafia russe, présente sur les lieux du meurtre. Dès lors l’équipe du Lone Gunman va tout tenter pour démontrer l’implication du Directeur Adjoint du FBI dans cette ténébreuse affaire. Mais elle va au devant de considérables surprises !


Comme l’indique son titre, et comme le souligne Jimmy au cours d’une narration à la Woody Allen, l’épisode se développe autour du thème du secret, chaque personnage de l’histoire occultant un élément important aux autres : difficultés financières pour Jimmy, identité sexuelle pour Carol, connaissance de ce fait pour Byers, enquête en cours pour Skinner et son agent etc. Cette accumulation de cachotteries plus ou moins graves conduit à une succession de révélations donnant un caractère rythmé au récit, même si parfois quelque peu artificiel. Hormis quelques pitreries de Langly ou Jimmy, on quitte le domaine de la comédie, pour se rapprocher du policier plus traditionnel, avec comme conséquence une moindre fantaisie que dans de nombreux autres épisodes.

Mais ce travers relatif ne présente en définitive que peu de conséquences car le grand attrait de Jeux de menteurs réside dans la visite concomitante de Walter Skinner dans l’univers azimuté des Bandits Solitaires. Cette irruption vient pallier avec bonheur au manque de connexion entre les deux séries, de plus en plus pesant au fil des épisodes. L’effet apparaît d’autant plus réussi que l’histoire se déroule sous la pluie et dans les paysages de Vancouver, ce qui accentue encore davantage une savoureuse nostalgie. Les relations crispées, voire exaspérées entre Skinner et le Trio nous valent des scènes très pétillantes, ainsi qu’une allusion aux « deux amis » que les Bandits Solitaires ont au FBI. Le cross over ne transparaît pas artificiel, car après tout les Affaires non Classées ne représentent qu’une fraction du portefeuille d’activités de Skinner, que l’on a d’ailleurs vu à plusieurs reprises confronté au grand banditisme et au terrorisme dans les X-Files (Le pré où je suis mort, Les nouveaux Spartiates, Nicotine…). Il n’y hésitait jamais à recourir à sa paire d’As pour le sortir d’embarras, sous des prétextes plus ou moins fallacieux de paranormal, mais semble ici bien réticent à faire intervenir les Bandits Solitaires. Walter Skinner a toujours eu un sens aigu des réalités…

L’ensemble de la distribution se voit bien entendu dominé par la prestation une nouvelle fois époustouflante de Mitch Pileggi, d’autant que celui-ci a l’occasion de s’essayer au registre nouveau de la loufoquerie quand Jimmy revêt l’apparence de « Walt ». L’acteur s’amuse visiblement beaucoup, et nous aussi ! Peter J. Lucas, acteur et chanteur à succès polonais, et Anthony John Denison (Prison Break, The Closer…) réussissent des prestations convaincantes, respectivement en mafieux russe méthodique et en solide agent secret quelque peu déboussolé par les méthodes d’investigation pour le moins particulières des Bandits Solitaires. Catherine Dent (The Shield, Sarah Connor Chronicles…), la mère de Trévor dans les X-Files, apporte une belle émotion en sœur éplorée, otage sans défense des tueurs. La réalisation de Richard Compton demeure fonctionnelle mais sans cachet particulier. On remarque que, après le 11 septembre, la série reste étonnamment prophétique avec cette histoire de Russes empoisonnant leur victime avec des éléments radioactifs, comme cela a été évoqué dans l’affaire Litvinenko.

On regrettera que l’arrêt prématuré de la série ait empêché d’autres visites du même ordre, on aurait tant adoré voir les Lone Gunmen croiser le fer avec Alex Krycek (bon courage !). Une confrontation Marita Covarrubias/Yves Adèle Harlow aurait valu également le coup d’œil. Hélas…


12. CAPITAINE TOBY
(THE CAP’N TOBY SHOW)


— Even in this bold new century, kids need a friend who's always looking out for them. Someone who'll help them grow up strong and true. And who will never make fun of their hair. . . That last one is important.

Les Bandits Solitaires enquêtent sur le suspect double assassinat de deux techniciens travaillant sur le plateau d’une émission de télévision pour enfants. Ses héros, le Capitaine Toby et son fidèle crabe, étaient les héros des jeunes années de Langly. Malheureusement l’émission, redémarrant après des années d’arrêt, ne ressemble plus à ses souvenirs. Les évènements se précipitent quand le Capitaine Toby est accusé par une redoutable agente du FBI d’être le coupable ainsi que d’espionnage au profit de la Chine. Malgré les preuves Langly refuse de croire à la culpabilité de son idole et, aidé par ses amis, va tout faire pour démêler les fils de l’intrigue.


Au-delà d’une intrigue somme toute très conventionnelle, l’épisode s’avère une charge féroce sur la télévision telle qu’elle se pratique aujourd’hui. En opposition à l’enthousiasme des enfants, le producteur imbu de lui-même qu’est John Gillnitz (excellent Ben Bass, The Eleventh Hour) symbolise en effet tous les travers que l’on observe aujourd’hui : omniprésence de l’audimat, incompréhension totale de la magie du spectacle, lubies personnelles, carriérisme annihilant tout courage artistique, effets spéciaux primant toutes autres considérations, recherche effrénée du spectaculaire, dictature du politiquement correct… Le capitaine Toby doit ainsi renoncer à sa pipe à bulles pour ne pas donner l’impression de propager le tabagisme ! La série se situe encore une fois dans l’actualité quand on se souvient de l’affaire Jacques Tati. Une remarque toutefois : Chris Carter et ses auteurs ironisant sur cette émission ayant recours au rap pour embrasser l’air du temps, les spectateurs de I Want to believe s’autoriseront à tiquer quelque peu…

Décidément très engagé, le récit apparaît également comme une critique acerbe des préjugés, notamment xénophobes, car, au-delà des manipulations de l’agente félonne, le public accepte avant tout l’hypothèse de la culpabilité du Capitaine parce qu’il est marié à une Chinoise. La scène de cette épouse filmée en pleurs par la télévision tandis que l’on emmène son mari, sous le regard effondré de Langly, apparaît à cet égard d’une gravité inusitée dans la série. La presse en prend également pour son grade, meute hurlante recherchant bien plus le scoop que la vérité. Parmi les reporters, on reconnaît Norma Jean Wick, authentique journaliste de la télévision canadienne. Elle interpréta à trois reprises ce rôle dans les X-Files, mais aussi dans de multiples autres séries ! Sous son apparence humoristique, l’épisode constitue une attaque finalement violente des mœurs médiatiques américaines, leur hypocrisie et leur cynisme. Le spectateur français pourra d’ailleurs s’interroger s’il en va vraiment différemment chez nous…

Les gaffes de Jimmy et des Bandits Solitaires continuent néanmoins à insuffler un humour décapant à l’histoire tandis que l’acteur vétéran Tom Poston compose un attendrissant Capitaine et que Langly émeut davantage qu’à l’accoutumée. Mais cet épisode, réalisé par une femme (l’habile et audacieuse Carol Banker, scripte au long cours sur les X-Files, apparue dans All Things), reste avant tout marqué par ses figures féminines. Il bénéficie ainsi d’une étonnante guest star avec une encore toute petite Jodelle Ferland, à l’orée de sa carrière après une apparition dans Dark Angel. Celle qui s’est depuis taillée une jolie popularité dans le domaine du Fantastique (Dead like me, Le Messager des Ténèbres, Kingdom Hospital, Supernatural, SG1, Masters of Horrors, Silent Hill etc.) campe ici avec éclat une de ces enfants insupportables dont les séries de Chris Carter ont le secret, comme s’en rend compte le malheureux Frohike !

À l’exception très particulière de l’empoisonneuse d’Alsace, l’Agent Blythe constitue l’unique adversaire féminine des Bandits Solitaires. Au-delà de cette curiosité elle se montre particulièrement meurtrière mais aussi intelligente et calculatrice, d’autant que la blonde Cyia Batten (par ailleurs danseuse classique très réputée au Canada) lui donne un tempérament glacial très convaincant.

Les auteurs ne ratent pas l’occasion d’une confrontation directe avec la ténébreuse Yves, qui à cette occasion obtient ce qui lui manquait pour achever de s’imposer en héritière d’Emma Peel : une démonstration de maîtrise des arts martiaux. Alors que, comme son illustre devancière, elle continue à acquérir de nouvelles compétences à chaque épisode, ici la toxicologie (il lui suffit d’un coup d’œil à une ampoule quasi vide pour déterminer la nature du poison utilisé et ses diverses caractéristiques), elle triomphe en effet d’un combat féminin violent et sans merci, bien dans la tradition des Avengers ! On remarquera qu’elle s’y montre animée d’une farouche colère, occasionnée par une blessure empoisonnée de Jimmy, les deux faisant de plus en plus souvent équipe. Elle se précipite d’ailleurs à son secours, passablement bouleversée. Si l’on se positionne encore dans le registre de l’amitié, on se situe tout de même bien loin de l’ironie cinglante des débuts…

Pour l’anecdote le nom "John Gillnitz" est une running joke de la série car porté en tout par six personnages différents. Dans Dreamland, Fletcher révèle qu’il s’agit du nom de l’acteur interprétant Sadam Hussein ! Et d’ailleurs l’ami Fletcher sera bientôt là, car la fin approche à grands pas.


13. ROMÉO 61
(ALL ABOUT YVES)


Les Bandits Solitaires font tomber dans une leurs habituelles arnaques un certain Fletcher, membre de l'organisation Majestic. Après quelques démêlés ils finissent par faire équipe pour percer le mystère d'un groupe nommé Roméo 61, qui serait à l'origine des plus grands attentats commis durant les dernières décennies, à commencer par l'assassinat de Kennedy. De plus Fletcher accuse Yves de travailler pour ce groupe et de lui avoir dérobé des documents secrets. Dynamisés par la découverte de la plus grande des conspirations, les Bandits Solitaires traquent Yves et parviennent à pénétrer dans l'antre de Roméo 61. Hélas ils y découvrent une toute autre vérité : Roméo 61 n'était qu'un leurre tramé par l'astucieux Fletcher afin de récupérer les documents, qu'Yves souhaitait remettre à Mulder, et de mettre la main sur la jeune femme pour le compte d'un mystérieux commanditaire. L'épisode, comme la série, s'achève sur l'image d'un Fletcher triomphant, ayant capturé Yves et les Bandits Solitaires.


Cet épisode "mythologique" conclut idéalement cette unique saison en optimisant les différents personnages, tout en opérant un habile cross-over avec les X-Files. Le mystère de la véritable identité d’Yves, se dissimulant derrière les multiples anagrammes de Lee Harvey Oswald, habite la série depuis son commencement et il était judicieux de le faire figurer au cœur de cet épisode terminal. Yves apparaît elle-même plus énigmatique et ambivalente que jamais, grâce à des scènes habilement à double sens. Zuleikha Robinson accomplit de nouveau une superbe performance, dosant admirablement les parts d'ombre et de lumière de son personnage, à la fois dominateur et violent mais montrant une véritable sensibilité ainsi qu'une belle solidarité avec des Bandits Solitaires qui ne l'auront pas épargnée de leur côté.

Ces mêmes Bandits Solitaires, qui nous auront tant et tant divertis, cette fois nous émeuvent véritablement. Comme l'avait prédit le matois Fletcher, la perspective du Saint Graal des conspirations leur fait perdre tout sens critique, tout comme souvent Mulder dès qu'il s'agissait de Samantha. On partage leur sincère trouble devant la victoire qui s'offre à eux après tant d'années de combats et de sacrifices et voir le regard de Byers se brouiller devant la possibilité de résoudre le mystère du meurtre de Kennedy s'avère poignant. Évidemment le spectateur comprend, lui, aisément qu'il s'agit d'un piège. C'est avec une certaine détresse que l'on voit les Bandits Solitaires déployer courage, astuce et énergie, mais aussi, obnubilés par leur quête, réserver coups bas et de défiance envers leur amie Yves.

Le final de la saison s'avère très amer pour ces sympathiques personnages, mais cette crise violente plonge également Jimmy dans un véritable dilemme. Écoutant l'élan du cœur il quitte les Bandits Solitaires pour rallier Yves envers laquelle ses sentiments ne font plus guère de doutes. Les auteurs ne négligent décidément aucune option pour faire de l'épisode une tornade entraînant tout l'univers de la série, développant ainsi une saisissante intensité dramatique

Les invités du jour en provenance des X-Files ne paraissent pas en reste face à ces personnages magnifiquement écrits. Voir Mulder enfin débouler dans Au Cœur du Complot satisfait un des rêves du spectateur, d'autant que la rencontre avec Jimmy, hilarante, se situe aux frontières du surréalisme avec deux esprits que l'on va dire très divers. Malgré sa brièveté, la scène demeure tout à fait électrique ! Mais la vedette revient incontestablement à Fletcher, qui se montre aussi irrésistiblement drôle et crapuleux que dans Zone 51, entre dragues minables, humour sarcastique, intense satisfaction de soi et lourdeur de chaque instant. On est au spectacle devant ce faisan que l'on adore détester, d'autant que l'épatant Michael Mckean se montre totalement en roue libre, surjouant son personnage avec génie. Comme toujours les auteurs évitent soigneusement de trop le noircir (jamais de sang sur les mains), afin que l'amusement demeure total.

La réalisation de Bryan Spicer anime avec panache cette intrigue implacable et au constant suspense, d'autant qu'elle bénéficie de moyens plus conséquents que pour les épisodes classiques de la série. La caméra varie les angles avec bonheur pour encore accroître le rythme trépidant du récit et l'on assiste à de nombreuses bonnes idées de mise en scène, comme ce remake improbable des expériences pratiquées sur Mulder durant son enlèvement, destiné à piéger Fletcher. De même, la spectaculaire apparition de Mulder se voit soulignée par l'indicatif des X-Files et se déroule dans un parking désert, décor archétypal de cette série, on s'y croirait ! À une échelle bien moindre que plus tard dans TheTruth, une jolie scène entre Yves et un individu trouble permet de jeter un agréable coup d'œil dans le rétroviseur, évoquant les grandes trouvailles des Bandits Solitaires, comme la voiture à eau.

Cet épisode dense et enthousiasmant s'achève sur un de ces cliffhangers dont les X-Files se sont fait la spécialité, particulièrement réussi ici, avec un Fletcher ricanant de toutes ses dents devant Yves et les Bandits Solitaires réduits à l'impuissance.

L'histoire était évidemment appelée à se poursuivre dans une seconde partie, mais la décision brutale de non renouvellement prise par la FOX laisse la série s'achever de cette manière particulièrement abrupte. Les Bandits Solitaires poursuivront néanmoins leur trajectoire au cours des X-Files, avec Langly apparaissant le visage bleui du fait de cet épisode dans l’arc Nothing important happened today puis leur mini-bus (le fameux « centre mobile de commande ») connaîtra une brusque fin dans Provenance. Jump the shark verra cependant la triste conclusion de leur épopée, avec la faillite du Lone Gunman et leur propre décès.

Ce bien triste épisode, marqué par la participation de tous les personnages récurrents d'Au Cœur du Complot et d'un Fletcher toujours aussi sournois, mettra néanmoins un point d'honneur à résoudre la question de l'identité d'Yves, de son vrai nom Lois Runtz, fille rebelle d'un criminel international qui n'est autre que le commanditaire de Fletcher.

Grâce à leur fantaisie et à leur complicité, mais aussi à leur indomptable courage, les Bandits Solitaires auront réussi à devenir des figures majeures de l'univers de Chris Carter, adorés tout particulièrement par les fans malgré des apparitions relativement espacées dans les X-Files. Leur personnalité si délicieusement décalée aura aussi durablement marqué les esprits que les X-Files eux-mêmes. Ils survivent d'ailleurs à travers ces geeks plus ou moins allumés et maîtrisant la haute technologie peuplant diverses séries où ils sont devenus indispensables : le Trio hostile de Buffy (également nanti d’un van bourré de gadgets), les Ghosftacers de Supernatural ou le Dave de Invasion, entre autres.

Après X-Files, ainsi s'achève notre balade à travers les séries Ten-Thirteen, mais celles-ci comportent deux autres joyaux : la très cyber Harsh Realm et surtout MillenniuM, chronique sombre et esthétiquement somptueuse d'une autre Apocalypse, que le héros Frank Black combat inlassablement. Une série d'un très haut niveau, marquée par un fantastique parfois horrifique, autant que les X-Files ont pu l'être par la Science-Fiction. À découvrir !

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.