saison 1 saison 3

X Files (1993-2002)

Régénération


X FILES : RÉGÉNÉRATION
(I WANT TO BELIEVE)

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Chris Carter

Plusieurs femmes, dont un agent du FBI, ont été enlevées. Un ancien prêtre pédophile déclare que Dieu lui envoie des visions des femmes enlevées, et qu'il les avait prédits. Comprenant que l'affaire échappe au cartésianisme, le FBI contacte Dana Scully, désormais médecin dans un hôpital catholique. Soupçonnant à raison qu'elle sait où se cache l'homme que le FBI cherche depuis six ans (après les événements du finale de la série), le FBI lui charge de proposer un marché à Mulder : l'abandon des poursuites s'il reprend l'enquête. Scully convainc son compagnon d'accepter le marché, et le duo séculaire de l'ancien bureau des Affaires Non Classées rempile pour une nouvelle enquête, accompagné de deux autres agents du Bureau : Dakota Whitney et Mosley Drummy...

Le film m’a beaucoup plu, même si sa réussite m’a semblé entachée de quelques faiblesses.

Cela avait pourtant fort mal débuté, le film pactisant avec l’exécrable tendance actuelle à l’absence de générique. Quand on a été transporté durant des années par un des génériques les plus aboutis et évocateurs de l’histoire des séries télé, s’en voir totalement privé demeure un tantinet rude, même si on se console avec le générique de fin.

Mais qu’importe, la scène d’ouverture s’impose comme un modèle du genre, nerveuse et sinistre au possible, dans la meilleure tradition de la série. Surtout, très rapidement, nous arrive la meilleure nouvelle du film : Mulder et Scully sont de retour et non pas simplement leurs fantômes. Le film se concentre judicieusement sur le couple, nous valant des scènes incroyablement pimentées ou émouvantes. Il en est ainsi de leur toute première rencontre, avec une reconstitution éloquente du célèbre bureau (ah, ce poster…), et surtout un duel verbal des plus stimulants.

La scène référence demeure cependant bien entendu celle dite du « Lit ». Elle prolonge habilement la série en nous faisant pénétrer dans la désormais intimité du couple, tout en demeurant fidèle à la psychologie des personnages et à l’esprit des X-Files. Apporter du neuf tout en respectant le passé, telle est l’équation particulièrement complexe qu’échoue à résoudre la plupart des portages de séries au cinéma. I Want To Believe y parvient avec une totale réussite, là où on l’attendait le plus.

Les faiblesses, voire les craquements expérimentés par le couple face à la résurgence d'un passé qu’il croyait enseveli, relèvent d’une écriture très fine et d’une parfaite compréhension des personnages que seul Chris Carter pouvait nous offrir. Ces dialogues sonnent toujours admirablement justes et constituent le grand point fort du film. Même une personne découvrant l’univers des X-Files saura y trouver de l’intérêt, tant cette relation s’affirme captivante et passionnante à suivre dans son évolution finalement très humaine.

Cette parfaite justesse de ton se retrouve également dans la partition jouée par chacun des personnages. C’est avec un infini plaisir que l’on retrouve intacts la flamme animant cet éternel Croisé de la Vérité qu’est Fox Mulder, son esprit pénétrant et combatif, son audace, son éclat unique. Le revoir tel qu’en lui-même justifierait à lui seul de découvrir le film, mais ces festives retrouvailles concernent aussi une Scully particulièrement émouvante et montrant également un grand courage dans sa propre quête. Rarement nos héros auront bénéficié d’une telle exposition et on plonge avec délice dans ce passionnant approfondissement d’un des plus vifs attraits de la série : la personnalité de ses personnages.

De plus, le duo bénéficie d’une prestation absolument époustouflante de ses interprètes, à la parfaite alchimie également retrouvée. Tous deux semblent finalement n’avoir que bien modérément subi des ans l’irrémédiable outrage. C’est avec une totale conviction et un brio irrésistible que David Duchovny et Gillian Anderson confèrent à leurs rôles un impact des plus rares. J’ai pleinement et sans restriction aucune retrouvé ces personnages m’ayant fasciné et enthousiasmé durant tant d’années, ainsi que cette délectable complicité leur permettant de se comprendre d’un simple et muet regard. Dès lors, la partie ne pouvait qu’être gagnée haut la main !

Mais la réussite parachevée de ces retrouvailles ne constitue pas l’unique attrait du film, tant s'en faut. Certes, soyons honnêtes, cette histoire de voyants ne demeurera pas comme la meilleure de celles proposées par la série, la palme revenant toujours très clairement selon moi au stupéfiant Voyances par procuration, incroyablement ludique et brillant. L’intrigue présente n’en paraît pas moins parfaitement agencée, développant sans temps morts une tension persistante et un vrai suspense. On reste ici fidèle aux standards de qualité de la série, ce qui n’est déjà pas un mince exploit, on en conviendra.

L'histoire se nimbe d'une noirceur absolue vraiment fascinante, j'ai d'ailleurs parfois eu l'impression qu'elle s'inspirait autant des X-Files que de MillenniuM, ce qui n'est pas une surprise compte tenu du producteur, et encore moins une critique ! Le Fantastique introduit par les dons du troublant et complexe personnage qu’est le Père Crissman (excellent Billy Connolly) se double d’une divertissante (et très gore !) variation sur le thème de Frankenstein. Vraiment, les amateurs de paranormal ne seront pas déçus par le film, c’est un drogué du genre qui l’affirme !

Cette belle écriture se double de très stimulantes idées de mise en scène, en plus de la toujours parfaite musique de Mark Snow. On remarque ainsi avec plaisir le regard ironique échangé entre Mulder et Scully en face des portraits symétriques de Bush et Hoover (la série a toujours manifesté un certain militantisme de gauche, en cela aussi le film demeure fidèle), l'apparition finale de Skinner, menée de main de maître quoique évidemment suscitée spécifiquement pour satisfaire les fans (et pourquoi non ? Mitch Pileggi forever !), cette géante boule de glace suintante, remplie de morceaux de cadavres et renouant avec l'immense talent des artistes de la série, etc.

Et quelle joie de retrouver les nuits glacées et obscures ainsi que les impénétrables forêts de Vancouver ! Le film accomplit un retour aux sources des plus stimulants au point de presque nous faire admettre ce titre français grotesque. On apprécie également d'entrapercevoir Vanessa Morley, l'actrice jouant le rôle de Samantha, ainsi que la vanne de Scully suggérant à Mulder de reconvertir sa passion pour le paranormal en devenant écrivain... Ah,ah,ah, et de s'installer à L.A. comme son interprète ? La mine de Duchovny vaut aussi le déplacement ! Dans le domaine des références, on se demande aussi si les larmes de sang d'un prêtre peut-être inspiré par Dieu ne représente pas un... clin d'œil à un certain Archange des plus lumineux...

À ce propos, la presse francophone reproche souvent au film sa dimension catholique. Cet aspect ne me dérange pas : outre qu'on doit à ce thème d'excellents épisodes et qu'il participe depuis longtemps au personnage de Scully, il a souvent suscité d'excellents films tels L'Exorciste et autres Damien. Ce n'est donc vraiment pas un obstacle, d'autant que Carter évoque les scandales de prêtres pédophiles, rejoignant la tradition de la série d'ouverture à l'actualité (il en va d'ailleurs de même pour les trafics d'organes). J'ai également accueilli favorablement le refus du spectaculaire pour le spectaculaire (les limites budgétaires n'y sont sans doute pas étrangères non plus), et que dans une même optique, Mulder ne soit pas devenu subitement un Jack Bauer détruisant à lui seul le QG ennemi. Comme il l'indique lui-même, les succès des Affaires Non Classées relèvent avant tout du travail d'équipe !

Alors ? Est-ce à dire qu'I Want To Believe atteint la perfection, qu'il ne présente aucune faiblesse ? Non, la vérité est bien entendu ailleurs. Le film comporte certes des défauts, j'en discerne deux principaux.

Tout d'abord, malgré toute la flamme, l'émotion, la conviction insufflées par le si beau talent de Gillian Anderson, les scènes d'hôpital m'ont paru singulièrement larmoyantes et convenues. Je m'y suis pas mal ennuyé, en attendant avec chaque fois plus... d'Urgences le retour à l'enquête, et c'est clairement ici que le film perd son quatrième point ! Honnêtement, on a déjà vu tout ça 100 fois ailleurs, et cela tombe d'autant plus mal que je suis personnellement totalement allergique aux séries hospitalières. Tout de même, quand les X-Files dérivent vers Chicago Hope, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas tout à fait... La qualité du jeu de Gillian ajoute malgré tout un intérêt supplémentaire si on regarde le film en VO (même si l'on reste toujours admiratif du travail impressionnant des acteurs de doublage, Georges Caudron et la regrettée Caroline Beaune).

D'autre part, autant le couple vedette séduit par son inaltérable charisme, autant les deux seconds couteaux demeurent, eux, totalement transparents. Dakota, dont le prénom constitue l'unique originalité, reste un simple rouage de l'intrigue, sans parvenir à s'imposer comme un personnage à part entière. Elle ne développe rien, que cela soit à propos d'elle-même ou de sa relation avec Mulder, d'une rare platitude. De plus, Amanda Peet se contente de prendre la pose et ne manifeste aucune profondeur de jeu. La disparition finalement rapide du personnage s’avère une authentique bénédiction pour le film, il n'aurait en effet plus manqué qu'elle vole de l'espace à Scully, un écueil heureusement évité.

Le pire réside néanmoins chez Drummy, ce personnage ne servant littéralement à rien sinon à exhiber Xzibit, son unique expression faciale (aussi crispée que crispante), son incapacité à formuler des phrases de plus de cinq mots et son absolu manque de talent de comédien. Très clairement, parce qu'il faut bien dire les choses, Carter abdique ici toute ambition artistique pour vendre le film auprès du public jeune n'ayant pas connu la série, et sans lequel il n'y a pas de succès possible au box-office. On peut le comprendre (la multiplication des rapeurs impavides et fadasses dans les séries semble d'ailleurs éloquente), mais cela déçoit tout de même.

Par contraste, l'insigne faiblesse de ce duo ne fait que davantage ressortir la performance jadis accomplie par Annabeth Gish et Robert Patrick, qui avaient su imposer leurs personnages dans un contexte particulièrement difficile. On se prend à rêver aux sommets qu'aurait pu atteindre le film si eux aussi avaient repris leur rôle, au prix certes d'un important travail de réécriture (Monica est intouchable !). Regrets...

À un degré mineur, je m'étonne, même s'il s'agit d'un loner, que pas une seule fois dans leurs discussions ou projets d'avenir Mulder et Scully n'évoquent la terrible échéance à venir. Je trouve aussi un peu facile qu'en deux clics sur Google (publicité ?), Scully tombe pile sur la solution de l'énigme... Est-ce qu'une discussion avec les Bandits Solitaires n'eut pas convaincu (et diverti !) davantage ? Oui mais... mais bon, je pinaille !

Mais baste, ces quelques réserves périphériques mises à part, I Want To Believe remplit excellemment son contrat : nous faire revivre encore une fois l'enchantement unique de la série ! On ne lui demandait certes pas de constituer le meilleur épisode des X-Files, mais d'en demeurer un digne représentant. L'objectif est atteint avec brio. Non, la série n'est pas morte et sa résurrection en 2016 l'aura bien prouvé !

Génial, j'ai réussi à écrire cette critique sans citer « Régénération » ! Ah, zut.

Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.