saison 1 saison 3

Thriller (1973-1976)

Saison 4


1. L'HYSTÉRIQUE
(SCREAMER)

Un superbe épisode, savamment construit et passionnant de bout en bout, ce qui le place numéro deux de la série pour moi, juste derrière A Coffin for the Bride, l'entame de la troisième saison. Je ne pense pas d'ailleurs que cela soit une coïncidence que ces deux opus aient été diffusés en début de saison. Nicola Stevens, une touriste américaine, rencontre dans le train une vieille lady, qui lui parle d'un article du Times évoquant un violeur en série en liberté. A l'arrêt suivant, Nicola se retrouve seule dans le compartiment, avant l'arrivée d'un homme correspondant à la description du journal.

Arrivée à la gare de Sawford, elle prend à pied la direction de la maison de ses amis, les Holt, dans la nuit noire, mais elle est suivie par l'homme du compartiment. A leur retour, au petit matin, le couple trouve les murs du salon souillés de sang et Nicola blessée et prostrée. Admise dans un établissement psychiatrique, la malheureuse refait surface, mais elle est trop traumatisée pour aider la police à identifier son agresseur. Après plusieurs mois, elle quitte l'institution, apparemment rétablie, mais elle pense voir le violeur dans le train qui la ramène avec le couple, puis ensuite devant une production d'œufs, proche de la maison. La police insiste sur le fait que le coupable a été arrêté entre-temps ; pourtant, Nicola Stevens est persuadée que ce n'est pas le cas et elle entreprend de résoudre l'affaire par elle-même.

La particularité et l'attrait de l'épisode sont dans sa construction ; toute l'histoire est perçue par le personnage principal, Nicky Stevens, dans une prodigieuse interprétation de Pamela Franklin, vue dans l'excellent Préméditation des Rues de San Francisco. Elle croit voir dans chaque homme qu'elle côtoie le visage de l'agresseur, que cela soit le médecin ou le policier. L'intrigue fait parfois penser à Seule dans la nuit, et l'agencement du scénario est complètement l'opposé à celui de l'épisode de la saison précédente, I'm the Girl He Wants to Kill, où la police avait appréhendé un innocent. Contrairement à certains épisodes, il est facile de se laisser prendre à la manipulation du scénariste.

C'est l'épilogue, à l'asile, plus que la scène finale dans la maison, qui 'scotche' le téléspectateur, et lui divulgue l'ampleur du désastre, qui fait froid dans le dos. Nicola Stevens a imaginé le violeur dans plusieurs hommes qu'elle a assassinés : un touriste allemand, qui cherchait son chemin, un fermier et un voisin. En fait, elle n'a jamais approché le véritable coupable, qui a été arrêté, et la dernière image laisse supposer qu'elle finira ses jours à l'asile. Les petits détails de l'histoire sont également très intéressants ; la phrase de la lady: 'I suppose if it happens to me at my age, I could take it as a compliment!', la façon cynique de mettre ses essuie-glaces pour nettoyer les œufs du pare-brise après avoir renversé le fermier, le détective qui recherche le citoyen allemand (l'homme du compartiment a une pochette d'allumettes de Hambourg) et puis, il y a le sosie de Philo en chef de gare, qui parle anglais et fume la pipe !

Un excellent et incontournable épisode. Brian Clemens a, comme souvent, utilisé les bases d'un fait divers, malheureusement ordinaire, pour en faire une histoire angoissante jusqu'à son terme. A noter que la version 'film' américaine débute par une scène de viol, tournée et ajoutée aux USA, qui ne rentre pas du tout dans le climat de la série.

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2. L'INFIRMIÈRE
(NURSE WILL MAKE IT BETTER)

Cette histoire est bien ridicule avec en vedette une infirmière machiavélique, un boudin qui fume la pipe en cachette ; en fait, Satan himself ! Elle pousse aussi des râles en agitant vigoureusement une bouteille pleine de sang (non, rien à voir avec un film spécial…), et l'épisode renvoie à de nombreux autres de la première saison que j'ai détestés.

Le cauchemar effroyable de la scène d'introduction vaut le coup d'œil, la repoussante sorcière Bessie aussi, mais l'intrigue en elle-même n'est pas folichonne pour tout esprit cartésien. En donnant son âme au diable, Charley Harrow, une tétraplégique, peut remarcher (My god ! God ?). La nouvelle infirmière, Bessie, est attentive, dévouée et gagne la confiance de Charley, qui accepte cette nurse alors que beaucoup d'autres ont échoué. Il faut dire qu'un coup de poing dans la figure peut avoir raison des esprits les plus récalcitrants !

La famille est très satisfaite, mais, en réalité, Bessie est le diable, The Collector of Souls, qui a promis à Charley de retrouver sa mobilité en échange de son âme. Ruth, la sœur de Charley, suspecte Bessie et enquête sur son passé avec de terribles conséquences. Jamais la série n'avait été aussi loin dans le surnaturel et on n'y retournera plus, fort heureusement. Diana Dors est convaincante en sorcière, c'est peut-être même ce que beaucoup retiendront, mais j'ai un faible personnellement pour la jolie brune Andrea Marcovicci (Ruth), vue dans le superbe épisode de Kojak, Amour fou, qui interprète le seul personnage sain d'esprit qui trouvera le moyen de remettre de l'ordre dans la bâtisse ! Le titre américain, The Devil's Web, est plus explicite que le français et l'anglais.

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3. LA NUIT EST FATALE
(NIGHT IS THE TIME FOR KILLING)

L'espionnage ne fait pas bon ménage avec Thriller et cette deuxième tentative n'est pas beaucoup mieux que la première, An Echo of Theresa. Les services secrets britanniques attendent l'arrivée d'un dissident soviétique, mais ce dernier est très surveillé. L'action se passe presque exclusivement dans un train dans lequel a pris place Helen Marlow (jouée par Judy Geeson), une jeune femme déboussolée par la perte de son amoureux, qui se retrouve mêlée à une histoire d'espionnage. Helen pense que sa raison vacille lorsqu'elle aperçoit trois fois le même homme, tantôt décédé, tantôt bien vivant.

Avec l'aide de Bob, un Australien, elle essaie de découvrir qui veut la mort de cet homme et pourquoi il a été remplacé. Si on passe les vingt-cinq premières minutes fastidieuses, l'histoire devient intéressante avec la participation remarquée de Charles Gray (Blofeld, Mycroft Holmes), un des intérêts de l'épisode. C'est lui, Hilary Vance, personnage sarcastique et amusant, qui n'en finit pas de mourir !

Il y a une sérieuse référence au célèbre Meurtre de l'Orient-Express d'Agatha Christie (jusqu'à dans le titre US, Murder on the Midnight Express) et du suspense face à ce nonsense d'un homme vu trois fois mort par la pauvre Helen Marlow, mais l'ensemble est bavard, longuet et pas très original. En bref, un épisode convenable, mais loin d'être un des meilleurs de la série et, chose assez rare, c'est seulement le final qui justifie l'importance de la scène d'introduction. A noter que le ministre est joué par Edward Burnham (Meadows des Marchands de la peur).

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4. L'ASSASSIN AUX DEUX VISAGES
(KILLER WITH TWO FACES)

Un imbroglio déconcertant dans cette histoire de frères jumeaux, Bob et Terry Spelling, dont un est supposé être sain d'esprit et l'autre un dangereux criminel au lourd passé psychiatrique maniaque de la perfection. Une fois n'est pas coutume, je vais dévoiler l'intrigue, ou, tout du moins, ma façon de l'appréhender, car il y en a vraisemblablement plusieurs. Seribibi sur le forum n'a pas la même et j'encourage les futurs amateurs à nous communiquer la leur !

Ma théorie : Terry Spelling s'échappe de l'asile et assassine la dame d'âge mûr dans son appartement, celle qui sera découverte plus tard par la femme de ménage. Pendant ce temps, Bob, l'architecte, fait la connaissance dans le train de la jolie Patty Heron (il lui donne une carte et ça ne peut pas être Terry). Bob, en costume gris (il s'est changé depuis le train), congédie sa copine 'collante', pendant que Terry essaie de noyer une femme dans une piscine. Cela commence à être bizarre, car le costume de Terry est foncé et ressemble à celui de Bob dans le train. Bob lit le journal et apprend l'évasion de son frère jumeau, (Inmate escapes), et c'est la fin du premier acte.

J'ai eu la mauvaise idée d'arrêter là mon visionnage et de reprendre le lendemain : à ne pas faire dans ce genre d'histoire ! Début du second acte, c'est ici que tout se joue car on croit que c'est Bob qui reprend son journal ; en fait, je pense que c'est Terry qui vient d'arriver chez son frère, et surement de lui piquer un costard car il est en gris ! La fille 'collante' se pointe et Terry l'étrangle, puis confirme le rendez-vous avec Patty qui l'appelle. Donc, c'est normal que les deux femmes trouvent que l'individu a changé vu que ce n'est pas le même. Patty passe prendre Terry, qui tue l'agent immobilier qui l'a reconnu.

Pendant ce temps, Bob a lu le journal et s'est rendu à l'asile pour s'entendre dire de rentrer chez lui, ce qu'il fait et il est cueilli par la police. Le policier vérifie qu'il n'a pas la cicatrice au bras, la seule différence avec son frère meurtrier. Bob rencontre ensuite un type richissime pour lequel il a conçu un appart dernier cri. C'est là que Terry a emmené Patty et Bob arrive avec le propriétaire. Finalement, Terry assomme Bob et fait croire à Patty qu'il a mis hors d'état de nuire l'homme recherché par la police, mais les questions de Bob, derrière la porte, intriguent Patty, qui tue Terry dans la dispute. Brian Clemens veut nous 'faire croire' pour nous donner une version 'normale' en définitive. Terry a la clé de l'appartement conçu par Bob, sûrement pris quand il était chez lui. Ce qui est difficile à avaler est le fait que Bob lit le journal à la fin de l'acte 1 en costume gris et que la première image de la seconde partie nous montre Terry avec le même journal dans le même costume !

Une véritable histoire de fous; j'ai rarement vu un truc pareil ! Moi, ce qui me gêne surtout, ce sont les changements de costumes…En tout cas, ce n'est pas un de mes épisodes préférés. Ian Hendry fait néanmoins une grande prestation, bien meilleure que son retour Avengers dans Pour attraper un rat, mais, malgré quelques excellents passages (la séquence de la piscine, la fille collante étranglée), l'épisode nous laisse sur notre faim. Donna Mills, la jolie blonde naïve, est une des deux étudiantes de la maison possédée (Someone at the Top of the Stairs) et aussi Helen Cook, la propriétaire de la Rolls, dans One Deadly Owner.

On se demande ici ce qui lui prend d'inviter un parfait inconnu dans sa maison ! A noter la nouvelle rencontre dans le train ; British Rail devait avoir des actions dans la série  vu les nombreuses scènes s'y déroulant dans de multiples épisodes (The Colour of Blood, Screamer…).

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5. UN TUEUR À CHAQUE TOURNANT
(A KILLER IN EVERY CORNER )

Un très bon qui est, bien entendu, dans mon top ten de la série. Cette histoire est un huis-clos angoissant au suspense prodigieux et au final diabolique. On pourrait même l'apparenter à un film d'horreur tellement elle est terrifiante. C'est, en tout cas, un des quelques épisodes qui fait vraiment sursauter. Je ne dévoile pas trop le sujet en écrivant qu'un éminent professeur (Patrick Magee) invite chez lui trois étudiants en psychologie pour un séminaire d'un week-end. En fait, le professeur Carnaby (Street ?) veut se servir de ces apprenants comme de cobayes sur la récidive. Le personnel de sa demeure est composé d' (anciens) criminels notoires, mais sont-ils aptes à retrouver la normalité ?

Les trois invités ne sont que des appâts et l'expérience doit démontrer si des assassins, a priori incurables, peuvent résister à la tentation sans conditionnement ni médicaments. Si deux des trois estudiantins, Tim et Helga, payent au prix fort leur naïveté, la jolie Sylvia découvre ce qui se trame, mais elle ne peut compter que sur un allié, un journaliste également convié et apparemment normal (si ce qualificatif peut convenir à un journaliste…). Il y a peu de temps mort dans ce scénario et la séquence pré-générique met tout de suite…en appétit : un cuisinier devient fou enragé au bruit de la cloche, déambule dans la maison le hachoir à la main et massacre un mannequin ! C'est une des séquences les plus incroyables de la série.

D'autres scènes clouent sur le fauteuil comme le meurtre de Tim, commenté par Carnaby, qui observe par la lorgnette, puis Kesselheim, le vieux patient, lessive tranquillement les taches de sang. Il y a donc trois tueurs dans la maison : Boz, l'obsédé de la cloche, Kesselheim, obnubilé par les chaussures lustrées, et un troisième qu'on ne voit jamais mais qu'on devine progressivement. Ce superbe épisode, violent et sinistre, y compris dans les dialogues, est servi par une distribution époustouflante, en particulier l'interprétation des deux tueurs, qui sont Don Henderson  (Boz) et Max Wall (Kesselheim).

A voir la scène lorsque Kesselheim révèle à Boz: 'The professor told she's yours that means that the little one is mine!' Sophia est interprétée par la très jolie Joanna Pettet (à croquer dans sa robe de soirée noire) et le journaliste Slattery est Eric Flynn (l'ami de Mrs Peel dans Le village de la mort). J'évoquais les films d'horreur pour cet épisode et cela concerne aussi le final, brutal et expéditif, car la dernière image interrompt le récit abruptement à la façon des films de ce genre dans les années 80. J'y vois une légère référence au Dernier des sept et, surtout, à Mon rêve le plus fou des Avengers (séquence pré-générique).

A noter que la rencontre des trois étudiants a lieu, bien entendu, dans un train. La réplique de l'épisode est pour Carnaby, lorsque Kesselheim pense que la piqûre n'est pas utile pour lui : I'm cured !'[Je suis soigné]. Et le professeur répond: 'There are women in the house!' [Il y a des femmes dans la maison!]. Un des épisodes les plus terrifiants et dérangeants de la série ! Excellent!

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6. UN MAUVAIS PERDANT
(WHERE THE ACTION IS)

Pour les amateurs de jeux de cartes et, plus particulièrement, de poker. Donc, pas pour moi. L'histoire est banale ; Eddie Vallance, joueur professionnel, est retenu contre son gré dans la demeure d'un vieux excessivement riche, Walter "Daddy" Burns, qui a Ilse, une belle blonde, comme appât. Vallance doit faire une partie de poker contre Burns, parieur compulsif, incapable de perdre et tricheur invétéré. Une seule solution : quitter la propriété avant qu'il ne soit trop tard mais est-ce possible ?…

Tout le personnel est composé de joueurs et, si parfois on a l'impression de regarder une comédie, certaines scènes nous rappellent que Thriller est une série de suspense et d'angoisses avant tout ! La séquence pré-générique avec le duel au pistolet dévoile déjà une partie de ce que sera le dénouement, bien qu'il y ait une astuce finale. A voir aussi pour Ingrid Pitt, vue dans plusieurs séries et des films d'horreur de la Hammer. D'origine polonaise, elle a quitté la zone-est en plongeant dans la rivière Spree à Berlin et elle fut secourue par un soldat américain qui devint son mari ! Ingrid Pitt est décédée en novembre 2010.

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Captures photo : Denis Chauvet.