saison 1 saison 3

Le Saint (1962-1969)

Saison 1

 


1. UN MARI PLEIN DE TALENT
(THE TALENTED HUSBAND)

Date de diffusion : 04 octobre 1962 (Combustible 23 : 06 octobre 1962)

Une amie de Simon épouse un trouble auteur de théâtre, dont les épouses successives, toujours fortunées, ont la fâcheuse coutume de décéder prématurément. Ce qui lui permet au passage d'embaucher de confortables assurances vies. Simon mène l'enquête, aidé par Adrienne, la piquante détective des compagnies d'assurance. Il parvient à confondre l'assassin, juste avant que celui-ci ne passe de nouveau à l'acte.

Roger Moore s'empare du rôle avec un naturel confondant. Dès la première image, il incarne déjà pleinement Simon Templar. Il s'agit là du grand atout du pilote car, malgré la présence de plusieurs éléments identifiants (générique, Volvo, musique, dialogue d'entrée...), la série est visiblement encore en rodage. Le scénario se montre astucieux tout en démeurant prévisible (fort heureusement le maquillage est réussi) et trop orienté vers le roman à énigme classique pour définir encore ce qui constitue la spécificité du Saint. On pense d'ailleurs souvent à Agatha Christie, plusieurs scènes semblant tournées à St Mary Mead ! Par ailleurs la réalisation reste assez morne, au sein de décors d'intérieurs passablement convenus et dépourvus de cachet, hormis ces pubs si anglais où l'on croirait voir One-Ten commander une pinte. S'y déroule également la scène la plus prometteuse de l'épisode, le savoureux dialogue avec le sympathique barman italien permettant à Simon de décrire ses idéaux et son style de vie.

Surtout c'est la personnalité du méchant du jour qui détonne, certes monstrueux, mais bien davantage sordide et veule que flamboyant comme on l'aime. Il demeure assez pénible de le voir capituler ainsi quand Simon le prend sur le fait, on apprécie toujours un baroud d'honneur dans ces occasions ! Le Saint nous habituera à de balles bagarres, ici leur absence se fait cruellement ressentir. L'intervention de Simon survient d'ailleurs très tardivement dans le cours du récit. La fin se montre aussi terriblement mélodramatique, on se situe vraiment hors jeu. Demeurent de jolis extérieurs anglais, très Avengers, une interprétation de qualité, dont bien entendu Shirley Eaton, que l'on prend plaisir à voir évoluer en dehors de son rôle iconique mais bref de 007, et des références culturelles toujours plaisantes (Irma la Douce au West End, la tenue du boucher, les trains de l'époque…). De plus le pilote a la bonne idée de capitaliser sur la popularité du Saint et de nous éviter une présentation fastidieuse. Un épisode assez mineur mais contenant les prémices des succès à venir.

Shirley Eaton (Adrienne) : immortalisée par son apparition dans Goldfinger (la jeune femme asphyxiée en étant peinte en or), elle participera à deux autres épisodes : The Effete Angler et Invitation to Danger.

Dans ses mémoires (Amicalement vôtre), Roger Moore précise que le charmant village où furent tournées les scènes en extérieur est Cookham, dans le comté de Buckingham. Son charme lui vaut d'être une destination touristique très populaire, notamment pour ses promenades au bord de la Tamise.

Moore précise également qu'un policier, passant à vélo près du tournage de l'épisode, verbalisa la fameuse Volvo P1800 pour sa fausse plaque « ST1 ».

Quand Templar quitte la maison d'Adrienne, le paysage vu à travers la porte est à l'évidence une peinture (24'57''). 

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2. AVENTURE À ROME
(THE LATIN TOUCH)

Date de diffusion : 11 octobre 1962 (Le Décapode : 13 octobre 1962)

A Rome, Simon empêche un pittoresque chauffeur de Taxi (Marco) d'escroquer une jeune touriste américaine, Sue. Mais celle-ci est alors enlevée par des gangsters. Le chef maffieux Tony Unciello veut faire pression sur le Gouverneur Inverest, père de Susan, pour obtenir l'annulation de la condamnation à mort pesant aux Etats-Unis sur son frère. Alors que l'exécution approche, le sénateur demeure inflexible, malgré le désespoir de son épouse. Le Saint intervient et parvient, avec l'aide de Marco, à libérer la jeune femme et à faire arrêter les criminels.

La Ville Eternelle se voit attribuer l'insigne honneur de représenter la première destination étrangère des nombreux voyages de Simon Templar. On remarque d'ailleurs que l'épisode débute par une plaisante balade du Saint  au sein des paysages romains, tout comme, bien plus tard,  Lord Brett Sinclair. L'occasion de constater que les inserts et l'évidente qualité du décor reproduisant le Colisée ne remplacent pas tout à fait les paysages naturels !

 Bien davantage que l'atypique The Talented Husband, The Latin Touch va s'affirmer comme le véritable pilote de la série. En effet tous les ingrédients du cocktail composant le succès du Saint répondent ici à l'appel, sur un ton particulièrement relevé. Le classicisme avéré de l'argument policier, passablement rebattu est habilement contrebalancé par l'humour véhiculé par Simon et bon nombre de personnages secondaires. Le récit manifeste une belle énergie, ponctué de scènes habilement dialoguées, d'une introduction astucieuse jusqu'à la traditionnelle scène d'action finale, impeccablement filmée. L'exotisme accomplit son entrée en scène, charriant concomitamment des poncifs, plaisants mais relevant d'une certaine imagerie d'Epinal. La réalisation bénéficie déjà d'un somptueux noir et blanc (rien de comparable chez  les épisodes d'alors des Avengers) et de décors d'intérieurs particulièrement soignés et aux évidents moyens. Il semble clair que dès le départ Lew Grade ait considéré Le Saint comme stratégique.

Le vrai coup de cœur de ce polar classique mais impeccablement orchestré demeure néanmoins la distribution.  Les comédiens vétérans Alexander Knox et Doris Nolan campent  de manière tout à fait convaincante le dilemme et les tourments endurés par les parents de Susan, tandis que Bill Nagy interprète avec délectation un gangster archétypal. On ne se situe aux alentours du Nitti des Incorruptibles, ou de son personnage de Goldfinger. On regrettera un certain manque de présence chez Suzan Farmer, la Templar Girl du jour : elle se fait presque voler la vedette lors de la fugitive apparition de la chanteuse italienne. Bien entendu les amateurs des Avengers se régaleront de la performance de Warren Mitchell, aussi  joyeusement caricatural en chauffeur de taxi romain qu'en ambassadeur soviétique. The Latin Touch a l'intelligence de lui accorder l'espace que mérite son talent humoristique, d'autant que le duo antinomique formé avec Roger Moore fonctionne à merveille. Cette percutante association assure le succès de l'épisode, auquel ne manque qu'un surplus d'originalité pour totalement enthousiasmer.

Alexander Knox et Doris Nolan, les interprètes du couple Inverest, étaient également mari et femme.

Warren Mitchell (l'Ambassadeur Brodny des Avengers, entre autres participations à cette série) reprendra deux fois son rôle de Marco Di Cesari, dans The Charitable Countess et The King of the Beggars

Suzan Farmer  participera également à trois autres reprises aux aventures du Saint (The Sign of the Claw,The Convenient Monster et The Desperate Diplomat). L'actrice connaît une vraie popularité durant les années 60 et 70, avant de se retirer. Elle participe notamment à plusieurs films d'épouvante de l'époque, ainsi qu'à l'épisode That's Me over There, d'Amicalement vôtre. Elle fut l'épouse de Ian McShane.

Roger Moore indique dans ses mémoires que le sabir italien parlé par Mitchell est en fait constitué d'un chapelet de diverses insultes locales. Moore lui apprenait ces expressions, transmises par sa future épouse, l'italienne Luisa Mattioli. Il espérait que le public ne comprenne pas la plaisanterie !

Moore précise également que les scènes automobiles était souvent diffusées inversées, les voitures ne se conduisant pas du même côté en dehors de l'Angleterre.

Durant la scène d'introduction, Templar apparaît en incrustation devant une image du Colisée, avant de passer à un décor classique. Une technique pionnière à l'époque.

On aperçoit brièvement l'ombre du micro (9'58'').

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3. LE TERRORISTE PRUDENT
(THE CAREFUL TERRORIST)

Date de diffusion : 18 octobre 1962 (Le Point de Mire : 20 octobre 1962)

A New York, le journaliste de télévision Lester, un ami du Saint, est parti en croisade contre un dirigeant syndicaliste corrompu,  Nat Grendel. Celui-ci finit par l'assassiner en utilisant les talents en explosifs d'un exécuteur surnommé l'Ingénieur. Jenny, la fiancée désespérée de Lester, tente vainement de tuer Grendel. Le Saint remplace Lester dans son combat télévisuel, protège Jenny et finit par prendre Grendel et l'Ingénieur à leur propre piège.

Un idéaliste courageux en lutte avec un homme de pouvoir qui finit par l'assassiner le héros reprenant le combat, la fiancée aiguillonnée par la vengeance… L'intrigue du jour n'est pas sans vaguement rappeler celle de l'excellent L'Un et l'Autre d'Amicalement vôtre. Mais le traitement en diffère radicalement, car là où cette série instillait une solide dose d'humour et de fantaisie,  The Careful Terrorist développe un récit issu du roman noir le plus sombre. On se situe clairement dans la première partie de la série, particulièrement proche de la vision de Charteris, différant sensiblement du souvenir que les opus plus tardifs, notamment en couleurs, laisseront du Saint. Le récit se distingue par une abondance de moments particulièrement forts et glaçants, comme le sadisme consistant à exécuter le journaliste à travers sa machine à écrire piégée, ou la loi du Talion impitoyablement exercée par Templar (scène formidable). On apprécie également vivement le soin avec lequel la mise en scène et la direction d'acteurs reconstituent une atmosphère américaine plus vraie que nature (voitures, décors, attitudes…). L'atmosphère du genre imprègne tout l'épisode, avec une réelle maîtrise.

 L'épisode permet de définir plus précisément la personnalité du Saint, se refusant certes à la violence vulgaire, mais en définitive par moins inexorable pour autant, volontiers en marge de la Loi. L'intrigue apparaît également propulsée par le carburant indispensable au genre : des antagonistes de grande qualité : le visqueux et cupide Grendel et le pittoresque Ingénieur, amateur d'engins explosifs. Les amateurs des Avengers y reconnaitront comme un lointain cousin de Fitch, davantage volubile et satisfait, mais aussi non sexuellement pervers ! Le récit souligne habilement la lâcheté du duo, impeccablement interprété et veillant soigneusement à éviter toute prise de risque personnel. Malheureusement le bas blesse concernant le comparse du Saint, à l'humour démonstratif rapidement lassant, voire irritant,  et Jenny, dont les scènes mélodramatiques et appuyées datent défavorablement l'épisode. The Careful Terrorist demeure néanmoins un polar de la plus belle eau, propre à séduire le public américain, mais aussi soulignant le pouvoir de média de masse désormais véhiculé par la télévision,  alors que quelques années plus tôt Lester aurait certainement travaillé pour la presse écrite.

Durant la scénette d'introduction, Simon avoue un faible pour les omelettes et indique que selon lui les meilleures sont celles d'un restaurant normand, « The Mère Poulard », où il se rend à chacun de ses séjours en France. La Mère Poulard (1851-1931) était une cuisinière établie au Mont St-Michel. Elle devient célèbre pour son omelette idéalement goûteuse et baveuse, dont son restaurant perpétue la tradition. A l'origine elle créa ce plat soufflé, cuit à feu vif  après que le blanc et le jaune des œufs aient été battus séparément, pour que les pèlerins puissent se restaurer à toutes heures dans son auberge.

Hoppy lit le Man Junior Annual 1962, une compilation des meilleures photos de pin ups de ce magazine masculin australien, ainsi qu'un exemplaire de Rogue, publication du même style, basée à Chicago et éditée de 1955 à 1967. Ce concurrent de Play Boy est également connu des amateurs de Science fiction pour avoir publié des nouvelles écrites par de célèbres auteurs de l'époque. La couverture indique d'ailleurs un texte sur Ray Bradbury ! Des écrivains du calibre de Damon Knight ou Fredric Brown furent également publiés.

Jenny a été blessée à l'épaule, mais son manteau ne montre aucun impact de balle (21'39'').

Sally Bazely (Jenny) prolongea sa carrière jusque dans les années 80. Dans The last of the Cybernauts, elle interprète Laura.

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4. UN SOUVENIR DE FAMILLE
(THE COVETOUS HEADSMAN)

Date de diffusion : 25 octobre 1962 (Mission to Montreal : 27 octobre 1962)

Dans l'avion l'emmenant de New York à Paris, le Saint sympathise avec la ravissante Valérie North. Celle-ci vient retrouver  son frère, perdu de vue depuis les drames de la guerre. Or la police lui apprend que son frère  a été assassiné, son corps venant d'être repêché dans la Seine. Un certain George Olivant, se présente comme un ami de la famille et cherche à se lier à Valérie. En fait Olivant, ancien collaborateur nazi cherche à s'emparer de gourmettes détenues par Valérie et la victime. Celles-ci renferment le secret de l'emplacement du trésor d'un traitre vendu à l'ennemi, que leur père, résistant, avait connu. Simon se méfie rapidement d'Oliphant et mène l'enquête grâce à des amitiés parisiennes datant de la Résistance. 

Une action située  dans la Ville Lumière, des nazis à la recherche d'un objet contenant un précieux secret issu du passé, une dimension familiale, un antagoniste  classieux : de manière amusante, alors que Le Terroriste prudent évoquait quelque peu l'épisode L'un et l'autre d'Amicalement vôtre,  un souvenir de famille présente lui des convergences avec Un drôle d'oiseau ! De plus la différence d'atmosphère apparaît cette fois moins marquée, cet opus là n'étant pas non plus sans quelque peu ressembler aux épisodes plus tardifs et fantaisistes du Saint. En effet cette première expédition du Saint dans notre capitale contient déjà nombre d'ingrédients  caractéristiques. Les bagarres, volontiers spectaculaires, y occupent une bonne place, plus considérable qu'à l'accoutumée en cette première saison. A côté de la traditionnelle jeune femme en péril, on y découvre plusieurs joli minois (d'ailleurs connus par les amateurs des Avengers), sur une tonalité tout de même  plus légère que les séductrices létales du roman noir. Les policiers se montrent pittoresques et relèvent de la comédie (quel accent français !). Sans évidemment relever des Diabolical Masterminds des Avengers, le raffiné et subtil Olivant s'émancipe, certes relativement, des figures balisées du polar. Il apporte une incontestable plus-value au récit.

Evidemment le Saint demeure le Saint et, comme souvent, devient le chevalier d'une demoiselle en péril mais Valérie North bénéficie de la présence et de conviction déjà parfaitement sensible de la superbe Barbara Shelley, nous régalant ici d'un numéro nettement plus haut en couleurs que ses devancières. L'association avec un Roger Moore toujours impérial, s'avère plaisante au possible. Le scénario se montre lui plein d'entrain et tout à fait percutant dans ses rebondissements.  Pour le public de l'Hexagone la grande force de The Covetous Headsman demeurera bien entendu sa tonalité parisienne, que la mise en scène exprime à merveille par de nombreux clins d'œil et des inserts forts goûteux, mais aussi quelques plans extérieurs.  Une éloquente démonstration du savoir faire des équipes d'Elstree, auquel un somptueux noir et blanc rend un juste hommage. Du Saint jusqu'aux New Avengers, les séries anglaises évoqueront souvent avec talent The Most Romantic City in the World, on ne s'en lasse pas. Parfaitement divertissante en soi, cette première escapade du Saint exprime décidément les meilleures promesses quant au  devenir de la série.

Barbara Roscoe (l'hôtesse de l'air) accomplit plusieurs charmantes apparitions dans les séries des Sixties. Elle est ainsi la réceptionniste de l'agence matrimoniale Cœur à cœur (The Murder Market).

Carol Gray (Josie Clavel) fut également un joli visage des productions de l'époque. Elle interprète Nicki, la jeune danseuse sympathisant avec Mrs Peel dans La Danse Macabre.

Barbara Shelley (Valérie North), ancien modèle, est surnommée "The First Leading Lady of British Horror" pour ses nombreux rôles dans des films d'horreur, notamment pour la Hammer. Apparitions aussi dans Destination Danger, Des Agents Très Spéciaux, L'Homme à la Valise, Paul Temple, Bergerac, Dr Who etc. Elle participe également à deux épisodes des Avengers : Dragonsfield et Bons baisers de Vénus (Vénus Browne).

George Pastell, figure régulière d'antagoniste étranger, participa quatre fois à la série et joua Arkadi dans Honey for the Prince.

L'épisode indique que le Saint a participé à la Résistance, ce qui concorde avec le personnage littéraire, mais nettement moins avec l'âge de Roger Moore !

L'Inspecteur Quercy interviendra régulièrement au cours de la série, durant les escapades françaises du Saint, mais il sera à chaque fois interprété par un acteur différent.

La photo découverte parmi les affaires de la victime aurait du être endommagée par l'eau (6'19'').

Il est étonnant que, si peu de temps après avoir appris l'assassinat de son frère, Valérie se retrouve toute souriante dans un bar parisien aux côtés de Simon (12'45'')

Un joli insert publicitaire est réalisé en faveur de Perrier, lors de la scène du bar (13'43'').

Le Boeing de la Pan Am décolle d'Idlewild Airport. Il s'agit en fait du nom originel du grand aéroport international J. F. Kennedy, desservant New York. Il fut rebaptisé après l'assassinat du président américain, en 1963. La Pan Am y installa son hub international, le prestigieux WorldPort, en 1960. Il s'agit du bâtiment au design ultramoderne découvert dans la séquence d'introduction. Il demeure encore l'un des principaux symboles de la fabuleuse épopée de cette compagnie aérienne et apparaît dans la série actuelle Pan Am, située dans les Sixties.

Le Boing se pose à l'aéroport international de Paris-Orly, que le Général de Gaulle vient d'inaugurer en 1961.

Le kiosque à journaux de l'aéroport d'Orly (reconstitution totalement fantaisiste) contient plusieurs titres au format de l'époque : Le Monde L'Humanité… Jours de France fut un magazine féminin de standing, publié par Serge Dassault de 1958 à 1989. Il fut notamment diffusé dans les salles d'attente des médecins et dentistes, chez qui il était expédié gracieusement. Fiancé massivement par la publicité, il constitua ainsi l'un des premiers essais de presse gratuite.  Le journal Libération que l'on aperçoit est issu de la Résistance et fut publié de 1951 à 1954. En 1973 Sartre et July en reprirent le titre pour lancer l'actuelle publication.

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5. UN SINGULIER TOURISTE
(THE LOADED TOURIST)

Date de diffusion : 01 novembre 1962 (The Removal Men : 03 novembre 1962)

A Genève, Simon rencontre une famille italienne désirant émigrer en Amérique et vendre sous le manteau des diamants lui appartenant, pour financer l'installation. Le père est assassiné et les pierres volées. Le fils, Fillipo, suspecte sa belle-mère Hélène d'être à l'origine de l'affaire. Simon enquête, disculpe le négociant en diamants et découvre que Fillipo avait raison, la femme ayant agi de concert avec son amant. Aidé par un pittoresque inspecteur suisse, le Saint confond les coupables en les dressant l'un contre l'autre.

L'épisode retrouve cette fois  la tradition du roman noir, convenant parfaitement au héros tel qu'imaginé par Charteris. L'épisode restitue savamment l'atmosphère du policier le plus classique : grisbi, femme fatale, complot, figures du milieu... Toute une époque, ce qui rend très admissible le fait que le "couple maudit" soit à ce point daté. Le Saint s'y insère parfaitement, en prenant la place habituellement échue au privé, tout en conservant son identité anglaise. Les personnages italiens prennent quelques attitudes caractéristiques, mais demeurent exempts de caricature, contrairement aux Avengers dans La Loi du Silence. La confrontation finale s'avère remarquablement interprétée.

 Toutefois, si le policier suisse se montre savoureux, l'ensemble manque encore d'humour. On mesure à quel point Charteris pèse sur les débuts de la série, dont la fidélité à l'œuvre empêche la fantaisie ultérieure de s'installer dès à présent. L'amusant monologue initial de Simon ne s'en montre que plus appréciable, notamment lors d'un savoureux persiflage sur les douaniers... Durant l'entretien  du Saint avec  l'inspecteur Kleinhaus, le décor représentant en arrière fond Genêve et son lac s'avère saisissant, une authentique performance. On apprécie de nouveau les ouvertures sur l'époque, comme l'Aurore, à son zénith en ce début des années 60, ou les légendaires avions de la Pan Am.

Barbara Bates (Hélène) vit sa prometteuse carrière progressivement détruite par une grave dépression chronique, qui la força finalement à se retirer. Il s'agit ici de son dernier rôle.  Elle se suicida en 1969.

L'Inspecteur Oscar Kleinhaus réapparaîtra dans l'épisode The Russian Prisonner, toujours interprété par Guy Deghy.

Le tueur est interprété par David Cargill, qui tiendra un rôle équivalent dans Death Dispatch (Avengers, saison 2).

La scène d'introduction contient une définition du métier de douanier caractéristique de l'ironie de Simon : If you take a guy with a well-developed sense of suspicion, give him a five-year course in "How to Make People Blush", do you know what you end up with ? A customs inspector.

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6. LES PERLES DE LA PAIX
(THE PEARLS OF PEACE)

Date de diffusion : 8 novembre 1962 (The Mauritius Penny : 10 novemb62)re 19

Le Saint nous raconte la captivante et très crédible histoire de son ami Brad Ryan. Ce dernier lui a emprunté une forte somme, pour financer une recherche de perles au Mexique. Mais Brad découvre sur place que son associé, Tiltman, est un escroc ayant imaginé toute l'histoire. S'en suit un affrontement durant lequel Brad perd la vue. Il donne signe de vie seulement 3 ans plus tard à sa fiancée, Joss, qui avait refusé de l'accompagner. Entre temps celle-ci est devenue une femme riche et vénale. Elle ne part le retrouver, accompagnée de Simon, que parce qu'il lui affirme avoir retrouvé les perles. Le malheureux est en fait trompé par une mexicaine, Consuelo, qui, par amour,  lui fait vivre son rêve. Elle se tue au travail pour financer une opération lui redonnant la vue, tout en craignant qu'il ne soit rebuté en découvrant sa faible beauté. Le Saint va tout arranger, aux dépens de Joss. Enfin on le suppose, la chute de l'histoire demeurant ouverte.

Les auteurs lancent ici le Saint dans un style inédit, loin du polar coutumier. En soit la tentative n'apparaît pas condamnable, les épisodes décalés ayant souvent constitué d'excellentes surprises au sein d'autres séries. Malheureusement l'échec s'avère ici à peu près total, le Saint se trouvant embarqué dans ce qui devient vite un  récit de très mauvaise Telenovela sud-américaine. Toutes les outrances du genre s'y trouvent portés au paroxysme, tandis que sous nos yeux exorbités se déroulent un mélodrame au style antédiluvien, à la confondante naïveté et digne de la littérature populaire du XIXème siècle. Les personnages ne sont que caricatures lénifiantes, avec une interprétation plombée  à l'avenant. Les poncifs sur le Mexique et ses habitants sont également affligeants, l'un des plus mauvais épisodes du Saint rejoignant ainsi son équivalent de The Twilight Zone, The Gift.

Le plus triste réside dans la dénaturation de la griffe de la série : les formidables petits discours de Roger Moore au public deviennent ici un long laïus lénifiant, accompagnant un flash back empesé. Les causeries de Tonton Roger au coin du feu.  On retrouve ici un élément également très daté puisque l'on reconnaît une pratique caractéristique des plus médiocres anthologies des années 50. Pour le coup Rod Serling est bien loin ! De plus l'épisode indique clairement que Joss aurait du abandonner tous ses rêves pour accompagner son fiancé, comme toute femme doit le faire et qu'il est juste qu'elle soit châtiée pour ne pas l'avoir fait. Consternant. Et puis voir Simon droguer une femme pour la dépouiller, vraiment… Un opus à la crétinerie rare, les Avengers traiteront incomparablement mieux le thème de la cécité avec Second Sight (sans même parler de Father).

Erica Rogers (Joss), d'origine sud-africaine, fut avant tout une actrice de théâtre mais participa à plusieurs séries de l'époque. Elle apparaît dans quatre épisodes de la série.

Bob Kanter (Brad) et Dina Paisner (Consuelo) ne firent pas carrière au-delà de quelques rôles dans les productions des années 60.

L'appartement new-yorkais de Simon nous parle est le même que dans The  Careful Terrorist.

La porte de la demeure de Consuelo change d'apparence entre le moment où le Saint y entre (24'48'') et celui où Joss arrive (35'06'').

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7. LA FLÈCHE DE DIEU
(THE ARROW OF GOD)

Date de diffusion : 15 novembre 1962 (Death of a Great Dane : 17 novembre 1962).

Le riche Herbert Wexall réunit plusieurs convives dans sa superbe résidence balnéaire des Bahamas, près de Nassau. Alors qu'il développe une relation adultère avec sa secrétaire, Pauline Stone, son épouse décide d'inviter le célèbre Simon Templar. Le cynique journaliste Floyd Vosper apparaît à la réception, ce grand spécialiste es ragots se montrant parfaitement détestable. Le soir venu, il est découvert assassiné, transpercé par une flèche. Le Saint mène l'enquête et découvre que tous les invités, et leur hôte, ont un mobile.

The Arrow of God (plus Diane que Cupidon) apporte une certaine déception. L'intrigue va développer l'ensemble des rituels du Whodunit à la Hercule Poirot (exposé des mobiles, meurtre, enquête, grand final de la révélation) mais sur un mode appliqué, quasi mécanique. Le scénario bâtit le squelette mais oublie la chair. Les différents personnages apparaissent superficiels et peu relevés. Ils s'avèrent trop nombreux pour pouvoir être dessinés en profondeur, compte tenu de la durée de l'épisode. De fait l'ensemble manque singulièrement d'intensité dramatique, d'autant que la mise en scène demeure terne et dépourvue de scène d'action. Par ailleurs, la distribution, à la notable exception d'Honor Blackman et d'Anthony Dawson, ne brille pas par sa qualité. On notera aussi qu'à l'instar de nombreux héros de l'époque (Cf. Steed dans The Removal Men), les costumes touristiques du Saint sont devenus très datés. Les Dames s'en sortent nettement plus à leur avantage... La veste rayée multicolore de Wexall semble également jaillir de la garde-robe bariolée du Sixième Docteur. Roger Moore offre cependant aux télespectatrices un déshabillé n'ayant rien à envier à celui de Patrick Macnee dans Mr Teddy Bear !

Cependant; pour les amateurs des Avengers, le grand attrait de The Arrow of God réside bien entendu dans la présence d'Honor Blackman, alors même que débutent les aventures de Mrs Catherine Gale. Malheureusement la frustration est au rendez-vous. Honor n'occupant qu'un rôle secondaire, parmi tant d'autres, et ne dispose que de quelques lignes de dialogues, passablement convenues, avec Roger Moore. Très différent de Cathy Gale, comme de Pussy Galore, son personnage de secrétaire amoureuse lui permet néanmoins d'exposer une autre facette de son talent. On remarque l'excellent Anthony Dawson, qui se montre particulièrement brillant : les perfides réparties de Vosper confronté au Saint valant de loin ses meilleurs dialogues à l'épisode. Ici aussi le profil disert et ironique du journaliste diffère du sinistre et taciturne Pr. Dent de Dr No, d'où une vraie curiosité. La présence conjointe de Moore, et de ces deux acteurs, ainsi que la localisation de l'action aux emblématiques Bahamas finit par valoir à cet opus un arrière fond « 007 », diffus mais agréable. Au total un exercice de style évitant l'ennui mais demeurant par trop superficiel.

Malheureusement aucune autre interprète des futures collaboratrices de Steed n'apparaîtra dans la série. Linda Thorson participera cependant au Retour du Saint, d'Ian Ogilvy (1978-1979), dans l'épisode The Roman Touch.

Cette même année 1962, Robert Dawson devient l'un des premiers adversaires notables de 007 au cinéma, avec le Pr. Dent de Dr No. Il sera également la voix de Blofeld dans Bons baisers de Russie. Avec Roger Moore et Honor Blackman (Pauline Stone), l'épisode devient ainsi un amusant concentré de grandes figures de la saga James Bond ! Le scénariste se nomme également Bond, Julian Bond.

On remarque qu'à la fin de l'épisode, Pauline Stone s'envole pour Londres, galamment accompagnée à l'aéroport par le Saint. Peut-être pour débuter une nouvelle vie et rencontrer un autre partenaire, qui sait ?

Les faux extérieurs peints (notamment durant les scènes de plage) apparaissent particulièrement évidents.

Durant la scène d'introduction, le prétendu article de Vosper apparaît clairement collé sur le journal. Le même artifice se remarquera également chez les Avengers.

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8. L'ÉLÉMENT DU DOUTE
(THE ELEMENT OF DOUBT)

Date de diffusion : 22 novembre 1962 (The Sell Out : 24 novembre)

Carlton Rood est un avocat new yorkais prêt à toutes les bassesses pour que les procès des chefs de la pègre se concluent par un acquittement.  Le gangster Sholto brûle l'un de ses entrepôts, pour toucher l'assurance, ce qui entraîne la cécité d'une femme de ménage et la mort d'un policier. Rood le fait innocenter, à la grande colère du Saint. Simon va inciter les deux complices à se méfier l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'ils se détruisent mutuellement.

Episode particulièrement abouti et enthousiasmant que L'élément du doute. On retrouve un admirable roman noir, à l'atmosphère américaine parfaitement reconstituée. Hormis quelques éléments datant l'épisode, comme les voitures, on a souvent l'impression de regarder un excellent épisode des Incorruptibles. Le scénario soigne particulièrement la description et la véracité des personnages, n'hésitant pas pour cela à écarter Simon durant le quart d'heure initial, soit près d'un tiers de l'épisode ! Une jolie audace qui se révèle payante, Sholto (gangster de nouveau interprété par l'épatant Bill Nagy) et Rood se montrant irrésistibles dans leur genre ! La Templar Girl du jour se montre assez irrésistible, de même que l'ensemble de l'interprétation, savoureusement archétypale.

A défaut d'originale, l'intrigue, supérieurement dialoguée, se montre habilement construite, avec d'implacables ressorts. Simon n'est pas un tendre et ne se situe ici guère loin du mortel justicier des textes de Charteris.  Certaines scènes de violence, notamment durant l'incendie, étonnent par leur crudité et leur réalisme percutant. On se situe loin des assassinats initiaux de haute voltige des Avengers, d'où un impact de nature différente mais incontestable. Une belle mécanique de polar, impeccablement écrite et interprétée. Sur un thème similaire (l'invincible avocat marron des bandits) on préfèrera tout de même le délicieusement anglais et fantaisiste Plaidoirie pour un meurtre des Avengers, mais il s'agit de l'un des meilleurs opus de cette série, toutes saisons confondues. Il reste d'ailleurs très amusant de comparer ces deux épisodes. Quelle mouche peut bien piquer Simon pour convier le commissaire au dîner qu'il doit partager avec la jeune femme ? Le Saint paraît décidément bien prude !

Bill Nagy avait déjà interprété un gangster, très similaire à Sholto, dans The Latin Touch, deuxième épisode de la saison. On retrouve également  Alan Gifford, rejouant l'inspecteur Fernack,  découvert dans l'autre aventure new-yorkaise de cette saison, The Careful Terrorist. Il n'apparaîtra plus par la suite.

Carlton Rood est interprété par l'excellent  David Bauer, apparu dans la plupart de séries de l'époque. Il participera à pas mois de cinq épisodes du Saint. Bauer fut ainsi  l'un des Numéros 2 du Prisonnier, dans le très western  Living in Harmony. Dans Chapeau Melon, il fut l'Evêque, le chef de l'organisation criminelle Bibliotek (Les Petits Miracles) et le Colonel Ivanoff (Maille à partir avec les Taties). Bauer participe aussi à Les Diamants sont éternels (Mr Slumber).

L'épisode est l'occasion pour le Saint d'user de l'un de ses très rares déguisements. Pour changer d'identité il arbore une paire de lunettes, un procédé utilisé à plusieurs reprises dans les Avengers.

Pour compléter l'illusion, Roger Moore prend un accent américain, un effet amusant à défaut d'être pleinement convaincant ! L'acteur retentera l'expérience dans l'épisode L'un et l'autre, d'Amicalement vôtre.

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9. LE PÊCHEUR FATIGUÉ
(THE EFFETE ANGLER)

Date de diffusion : 29 novembre 1962 (Death on the Rocks : 01 décembre 1962)

A Miami, Simon fait connaissance de la sublime Gloria. Ils partent pêcher dans les îles  Bimini, mais Simon se méfie de l'empressement exprimé par sa compagne de voyage. Il s'avère qu'elle est mariée au riche et brutal Clinton, vite jaloux. Le Saint doit jeter à l'eau son bras droit, Vincent, venu le corriger. Gloria ne cesse pas pour autant de tourner autour du Saint et propose de s'enfuir avec lui aux Etats Unis, en avion. Vincent et Clinton sont arrêtés après avoir vainement tenté d'assassiner Simon. Le saint demeure sur ses gardes car il suspecte que Gloria lui dissimule quelque chose...

Le scénario de The Effete Angler se montre plaisant, même si passablement irréaliste. Les rebondissements se succèdent, mais son idée maîtresse demeure de parvenir à allier une classique intrigue de polar à l'atmosphère estivale et décontractée du nautisme des Bahamas. Un pari gagné, car cette agrégation  se perçoit comme dépourvue d'artificialité, tandis qu'aucun de ces deux aspects n'est en définitive sacrifié. Les pittoresques  Clinton et Vincent se montrent fort parlants à cet égard, entre humour et vraie violence ? La vitalité et l'a personnalité de Stassino font d'ailleurs merveille à cet égard. Il en va pareillement pour le skipper, criminel mais aussi divertissant en caricature de caboteur.

 La mise en scène soutient  parfaitement cet aspect du récit, donnant notamment lieu à une atmosphère maritime spécifiant agréablement l'épisode. La technique de la surimpression des acteurs sur un fond d'image océanique fonctionne fort correctement. On apprécie en particulier les dépaysantes scènes en extérieur, d'autant que les différents yachts d'époque se montrent fort élégants et racés. Elles ont évidemment été réalisées en Angleterre mais le noir et blanc permet d'éviter une comparaison frontale avec le bleu des eaux des Bahamas. L'habile photographie pallie également au déficit d'ensoleillement, Au total, l'illusion s'avère quasi parfaite,  hormis pour les quelques arbres aperçus sur les rivages !

Mais le grand atout de The Effete Angler demeure bien entendu la superbe et incandescente Shirley Keaton, poussant ici bien davantage le jeu de la séduction que lors du pilote de la série, The Talented Husband. Outre sa beauté, son personnage s'harmonise parfaitement au propos du scénario, Gloria se montrant à la fois très vamp et femme fatale, mais aussi amusante par sa vivacité et l'évidence de ses mensonges, souligné par l'attitude d'un Saint lui même fort diverti.  Il reste piquant de voir la fine mouche féminine se jouer des réflexes et des certitudes masculines, du moins tant qu'elle n'a pas affaire à Simon ! Au-delà du contexte 007, l'association entre l'actrice et Roger Moore fonctionne à la perfection, jusqu'à l'astucieux final. Il nous vaut un couple à la mémorable séduction et classieux en diable. 

Shirley Eaton (Gloria), immortalisée par son apparition dans Goldfinger (the Golden Girl), participera à deux autres épisodes : The Effete Angler et Invitation to Danger.

Paul Stassino participe en tout à  cinq épisodes du Saint,  ainsi qu'à de nombreuses séries de l'époque, notamment pour sa personnalité exotique lui permettant de jouer des étrangers.  Au cinéma, il est surtout connu pour son double rôle dans Opération Tonnerre. Stassinao interprète également un faux Tito dans l'épisode des Avengers  The Decapode.

Les îles Bimini, dépendance des Bahamas, se situent à 80 km à l'est de Miami. Elles sont en effet réputées pour leurs zones de pêche, ainsi que pour la beauté de leurs fonds marins. La proximité de Miami fait que de nombreux pécheurs américains se rendent sur place en bateau, tout comme le Saint et Gloria.

Les diverses scènes de bateau furent tournées dans l'estuaire de la rivière Hamble, dans le Hampshire. Ses paysages boisés et sa navigabilité en font une zone très cotée pour les navires de plaisance, avec de nombreuses marinas. Déjà pratiqué au Moyen-âge, l'estuaire est surnommé  The Heart of British Yachting.

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10. LA LEÇON DE VOYAGE
(THE GOLDEN JOURNEY)

Date de diffusion : 06 décembre 1962 (Traitor in Zebra : 8 décembre 1962)

Le Saint se rend en Espagne pour assister au mariage de l'un de ses meilleurs amis. Dans un hôtel de la Costa Brava il fait connaissance de la fiancée, Belinda Deane. Celle-ci se révèle se riche jeune femme trop gâtée, au tempérament exécrable. Désireux d'éviter une catastrophe à son ami, le Saint dérobe toutes les ressources de Belinda et entreprend avec elle une excursion forcée d'une semaine dans la nature. D'abord ulcérée, la jeune femme va progressivement apprendre les vraies valeurs et devenir une future épouse idéale.

L'épisode semble vaguement s'inspirer du classique de Shakespeare La Mégère Apprivoisée, mais où la verve et la truculence seraient remplacées par la mièvrerie et un sexisme exacerbé. Avec son bucolisme naïf et édifiant, The Golden Journey apparaît dépourvu de tous les éléments caractéristiques et du charme habituel des séries d'aventures, avec une absence totale d'opposition, de scènes d'action ou de tout enjeu autre que ce simili road movie de pale facture.  L'ineptie des situations ne permet guère à Robert S. Baker de briller lors de sa première réalisation. Les deux comédiens principaux se montrent néanmoins performants. Le pire demeure le machisme massif du récit, directement issu de l'œuvre de Charteris et qui apparaîtra tout de même davantage allégé et policé au fil de la série. Cette vision de la femme enfant devant être reprise en main par l'homme, au besoin brisée par une solide fessée, afin de devenir une épouse bien cadrée, rend antédiluvien l'ensemble du scénario.

A côté de cette consternante misogynie,  l'épisode bénéficie cependant de quelques attraits. Les guests du jour s'avèrent particulièrement plaisants, avec de divertissantes prestations des très en verve Paul Whitsun-Jones et Roger Delgado, celui-ci dépourvu de l'emblématique barbichette du Maître ! On retrouve également de nombreux et réussis extérieurs du Pays de Galles, évidemment très différents des paysages du sud espagnol, mais visuellement superbes. A l'instar de bien d'autres destinations du saint, l'évocation de l'Espagne accumule les clichés, dont l'inévitable flamenco. Mais l'ensemble demeure élégant et sans antipathie, avec notamment de superbes morceaux de guitare. The Golden Journey évite ainsi au moins le travers de l'honteux misérabilisme crapuleux de l'épisode espagnol d'Amicalement vôtre, To the Death, Baby. Après l'échec de The Pearls of Peace, cette première saison confirme néanmoins qu'elle n'a pas la main heureuse avec ses épisodes décalés !

Il s'agit du premier épisode dirigé personnellement par Robert S. Baker. Il en réalisera trois autres, tous situés durant la saison 2 (The Saint Plays With Fire, The Wonderful War et The Saint Sees it through)

Erica Rogers (Belinda), était déjà apparue dans The Pearls of Peace, pour un rôle très similaire. Elle participe en tout à quatre épisodes de la série.

L'acteur gallois Paul Whitsun-Jones est bien connu des amateurs des amateurs des Avengers, puisqu'il participa à quatre épisodes, interprétant notamment Charles, un supérieur de Steed (The Wringer, Man with two shadows)  et Max Chessman (Room without a view). Il joue en tout dans quatre épisodes du Saint.

Roger Delgado (Stay Tuned) participera également à Locate an Destroy, avant d'apparaître dans l'épisode espagnol des Persuaders, To the Death, baby.

Lors de l'insert initial, la ville balnéaire supposée être espagnole est en fait italienne. Il s'agit d'Amalfi, située près de Salerne, en Campanie. La beauté de sa côte (également aperçue à la conclusion de l'épisode) et les multiples influences architecturales méditerranéennes la caractérisant lui valent d'être inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Les nombreux extérieurs ne sont évidemment pas situés dans la région de Torremolinos, mais au Pays de Galles. La rivière traversée et la chute d'eau sont celles de Swallow Falls, près de  Betws y Coed. Les paysages montagnards sont ceux de Rhyd Ddu, dans le Gwynedd. On aperçoit notamment le Mont Snowdon, point culminant du Pays de Galles. Ces scènes sont réalisées avec d'évidentes doublures des acteurs.

L'hôtel est le même que l'établissement mexicain de The Pearls of Peace (idem pour le bar). Il servira également dans Teresa.

Baker raconte que Lew Grade ne fut pas satisfait de l'épisode, notamment du fait du manque total de scène d'action. A cette occasion il fut décidé que chaque épisode devrait désormais en comporter au moins une. Baker explique cette absence par le choix de la fidélité à l'ouvrage original de Charteris.

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11. L'HOMME QUI AVAIT DE LA CHANCE
(THE MAN WHO WAS LUCKY)

Date de diffusion : 13 décembre 1962 (The Big Thinker : 15 décembre 1962)

A Londres, le gangster Joe Luckner, surnommé Lucky, règne d'une main de fer sur le monde des paris. Il décide de racketter un bookmaker nommé O'Connor, n'hésitant pas à exécuter son associé.  O'Connor, fiancé à la belle Cora,  fait appel au célèbre Simon Templar.  Aidé de la délurée Jane et de l'Inspecteur Claude Eustache Teal, le Saint va tendre un piège diabolique au bandit et parvenir à le faire tomber.

Après le fort douteux opus précédent, la série va ici opérer une magistrale correction de trajectoire. Le récit convient ici idéalement au Saint, avec un polar de grande cuvée. L'arnaque, inépuisable source d'inspiration, fonctionne à la perfection, le fait qu'elle soit annoncée bien à l'avance n'empêchant en rien le développement d'un vrai suspense. Il demeure plaisant que cela soit en définitive la ruse qui triomphe de la force brutale, incarnée avec une étonnante intensité par Lucky. L'histoire regorge de scènes d'action, parfois d'un cruel réalisme, contribuant à survolter une intrigue déjà dépourvue de temps morts. La mise en scène démontre un remarquable sens du montage, notamment lors de la prétendue exécution. Elle bénéficie également d'un étonnant nombre de scènes extérieures, aérant le récit et soulignant joliment le retour du Saint dans la mère patrie. On savoure également à cette occasion les apparitions de la flamboyante Volvo ST1, finalement peu aperçue cette saison. Les décors intérieurs répondent également à l'appel, avec notamment le  superbe appartement de Simon. On remarque toutefois que, contrairement à ceux de Lord Sinclair ou John Steed, il demeure quelque peu neutre dans sa grande élégance formelle. Cela correspond finalement à merveille à cet impénitent voyageur qu'est le Saint, pour qui la résidence londonienne ne constitue finalement qu'un temporaire port d'attache.

Comme souvent lors des grands épisodes du Saint, The Man Who Was Lucky s'accompagne d'une relevée galerie de portraits, d'autant plus appréciable que l'efficace scénario parvient à parfaitement gérer un nombre important de personnages et que l'interprétation s'avère globalement excellente. Si O'connor reste un tantinet fade les gangsters archétypaux sont remarquables. Teal, sympathique et plus extraverti qu'il ne le deviendra avec Ivor Dean, apporte un humour bienvenu à l'intrigue. Sa complicité avec Simon fait déjà plaisir à voir ! On retiendra cependant avant tout l'enthousiasmant duo féminin, à l'admirable solidarité face à l'épreuve. Habilement antinomique, il joue également admirablement de l'opposition entre la forte Clara, à la tête solidement juchée sur les épaules, et la superbe et plus évaporée Jane, au cœur d'or. On apprécie deux voir ces deux dames participer plus activement qu'à l'accoutumée à l'action, sans pour autant, bien entendu, rivaliser avec le Saint. L'épisode, l'un des plus enthousiasmants de la saison, se conclue idéalement sur une ultime élégance de Simon, particulièrement en forme tout au long du récit.

L'épisode voit l'apparition de l'Inspecteur Teal, appelé à participer à nombre des aventures anglaises de Simon. Cependant Teal ne sera pas tout de suite joué par Ivor Dean, Son interprète au long cours. Il est ici incarné par l'excellent Campbell Singer, le Major B de Who's Who ?.

Aperçue dans la scène d'introduction, la course de lévriers (Greyhound Racing)  est une discipline très populaire en Grande Bretagne, comme dans l'ensemble des pays anglo-saxons. Depuis 1926, elle donne effectivement lieu à un système de paris assez similaire à notre PMU. Après un certain déclin, à l'issue des années 60, ces courses connaissent une grande vogue ces dernières années. Les courses se déroulent en plusieurs endroits spécialisés et sévèrement encadrés par les autorités. On trouve 26 de ces « Greyhound Stadiums » dans le pays.

Durant une scène en extérieur, la voiture de Lucky se gare devant une façade aux nombreuses portes fenêtres. Or, vue depuis l'habitacle, celle-ci devient un mur de briques (42'52''). Le bâtiment, situé non loin d'Estree, est désormais un Mac Donald's !

L'épisode se caractérise par un nombre inhabituellement élevé de plans extérieurs, comparé à ce que propose habituellement la série. On reconnaît ainsi plusieurs sites londoniens : Picadilly, Trafalgar Square, les nombreux cabarets de Stratton Street (surnommé Club Land), dans Mayfair etc

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12. LA COMTESSE CHARITABLE
(THE CHARITABLE COUNTESS)

Date de diffusion : 20 décembre 1962 (Death Dispatch : 22 décembre 1962)

 A Rome, de nombreux orphelins connaissent la misère. La Comtesse Kristina Rovagna prépare un grand bal de charité, visant à recueillir les dons de la haute société en faveur des petits nécessiteux. Mais cette ancienne strip-teaseuse et demi mondaine, anoblie par un superbe mariage, capte la majeure partie de l'argent et n'en remet qu'une fraction  aux bonnes œuvres religieuses. Le Saint, qui a participé au bal, découvre le pot aux roses. Il va rétablir l'équité aux dépends de la charmante mais vénale Comtesse, avec l'aide de son ami le chauffeur de taxi Marco de Cesari

La saison se conclue sur un nouvel opus décalé, ce qui suscite d'emblée l'inquiétude, après l'échec des tentatives équivalentes précédentes (The Pearls of Peace et The Golden Journey). Or on se laisse saisir par le charme de cette véritable fable que constitue The Charitable Countess. Evidemment le spectateur sera d'emblée passablement surpris par la représentation hautement naïve et hors d'âge  des orphelins, entre Oliver Twist et Sans Famille et aux antipodes du néoréalisme italien. Mais, avec un peu de bonne  volonté, on se laissera gagner par la fraicheur des enfants, assez formidables de naturels. Les auteurs ont également la malice de tisser quelques savoureuses convergences entre le leader de la bande et le Saint lui-même.

On oublie par ailleurs assez facilement la maigreur de l'intrigue pour admirer les formidables comédiens : Roger Moore impérial en grande tenue, Warren Mitchell toujours épatant de pittoresque en Marco de Cesari et Nigel Davenoport parfaitement convaincant dans son rôle intéressant de figure mondaine et de soupirant officiel de la Comtesse, aussi brillant que jaloux.  Le charme et la vivacité de la belle Patricia Donahue emportent l'affaire, le duel souriant, empreint de séduction  mais acéré, opposant la Comtesse et la Saint nous valant plusieurs scènes piquantes. Le public français y reconnaîtra avec plaisir quelques similitudes avec les confrontations de Vidocq et de la Baronne. La longue scène finale pourrait sombrer dans le démonstratif, mais se voit sauvée par l'étonnante conviction de Roger Moore. Derrière son vibrant appel aux grands de ce monde en faveur de l'enfance nécessiteuse, on devine déjà le futur Ambassadeur de l'UNICEF, ce qui confère une aura supplémentaire au récit.

L'on ressort finalement séduit par cette aventure hors normes, dont la date de diffusion nous indique qu'il s'agit en définitive d'un épisode de Noël. Ainsi s'achève cette première époque du Saint, réussie malgré quelques inévitables trous d'air. Elle constitue effectivement une solide concurrence pour une saison 2 des Avengers encore en demi-teinte.

Des acteurs déjà aperçus dans Aventure à Rome se retrouvent ici. C'est le cas de l'inénarrable Warren Mitchell, qui reprend son rôle de Marco de Cesari.

Nigel Davenport (Aldo Petri) est connu dans le Monde des Avengers pour avoir interprété le Major Robertson (Les Chevaliers de la Mort), ainsi que Lord Barnes (Double personnalité).

Le fait de fermer la porte suffit à déplacer le miroir accroché au mur, on se rend ainsi bien compte qu'il s'agit d'un décor (12).

Durant cette première saison, les aventures du Saint se seront déroulées en Grande Bretagne, aux Etats-Unis (New York et Miami), en France, en Italie, en Espagne, aux Bahamas, en Suisse et au Mexique.

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Images capturées par Estuaire44.