saison 1 saison 3

La Quatrième Dimension(1959-1964)

Saison 2


PRÉSENTATION DE LA SAISON 2

Le 11 mai 1960, CBS révèle que l'anthologie est reconduite pour une nouvelle année (avec pour sponsors General Foods et Colgate-Palmolive !). La Quatrième Dimension franchit ainsi avec succès le cap toujours délicat de la première saison et s'inscrit dans le paysage audiovisuel américain.

La série doit cependant faire face à un changement de dirigeants à la tête de CBS. Le nouveau président de la chaîne, James Aubrey, s'irrite de coûts de production jugés bien trop élevés pour des épisodes ne dépassant pas la demi-heure. La série ne s'insère pas non plus idéalement dans son projet de programmations familiales et grand public qui connaîtra de fait une immense réussite durant les années 60. À côté de sévères restrictions budgétaires avec lesquelles Rod Serling devra jongler jusqu'au terme de l'anthologie, il est décidé par mesure d'économie que seuls 29 épisodes seront tournés (contre 36 pour la saison précédente), et que certains d'entre eux seront réalisés en vidéo et non plus sur film, soit l'inverse de l'évolution que connaîtront les Avengers ! L'idée d'en allonger la durée à une heure est déjà évoquée, pour l'instant sans succès.

Cette deuxième saison, diffusée à partir du 30 septembre 1960, va néanmoins être celle de la consécration pour la série : acclamée par les critiques, elle remporte de nombreuses distinctions, dont une nouvelle fois l'Emmy Award du scénario pour Serling et le prix Hugo pour l'ensemble de la saison. L'audience s'accroît, mais toujours sans devenir massive. Des clubs de fans très motivés se créent à travers tout le pays et les différents produits dérivés connaissent un réel succès (novélisations, bandes dessinées, bande-son, jeux de plateau…). Attirées par le prestige et l'intérêt de la série, les vedettes de l'époque se recrutent désormais beaucoup plus facilement, et pour des cachets bien inférieurs à la normale.

La qualité des épisodes, selon de nombreux critiques, atteint ici son sommet, après une première saison déjà enthousiasmante. À l'issue d'une saison 2 comportant nombre de ses classiques, The Twilight Zone se situe à son apogée.

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1. KING NEUF SANS RETOUR
(KING NINE WILL NOT RETURN)



Date de diffusion : 30 septembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un bombardier américain s'écrase dans le Sahara. Le commandant reprend conscience, dépourvu de tout souvenir de l'impact. Le reste de l'équipage a inexplicablement disparu, sans laisser la moindre trace. Les évènements les plus étranges ne tardent pas à se succéder…

Critique :

D'une manière un peu dommageable, la saison 2 débute avec un épisode au thème passablement proche du premier de la saison précédente. On y retrouve en effet la solitude mystérieuse et oppressante du héros, l'hostilité du désert diffusant une angoisse supplémentaire par rapport au décor urbain précédent. Si le scénario subtilement agencé et l'efficace mise en scène distillent un stress à la savante progression, on préfèrera la profonde étrangeté de la première histoire à la profusion d'effets de celle-ci.

Pour sa première participation à l'anthologie, Buzz Kulik (Have gun - Will travel), qui en réalisera neuf épisodes, développe cependant avec réussite les diverses péripéties, insolites (les avions contemporains) ou effrayantes (les apparitions spectrales). Surtout, il parvient à éviter l'écueil de l'immobilisme, traditionnel danger pour les huis clos, en tirant le meilleur du décor de l'avion. Les passionnés se réjouiront ainsi d'une véritable visite d'un des aéronefs de la guerre de 39-45, un bombardier B-25 !

L'histoire s'inspire d'ailleurs du crash authentique d'un B-24 en plein désert demeuré inexpliqué : disparu en 1943, il n'est retrouvé en Libye qu'en 1959… L'équipage s'était volatilisé, sans avoir touché aux réserves d'eau ni aux armes personnelles. En 2010, l'Air Force considère toujours cet évènement comme l'une des plus grandes énigmes de l'histoire de l'aviation…

Néanmoins, la grande force de l'épisode réside dans l'excellente prestation proposée par l'acteur vétéran, Robert Cummings. Le comédien, très proche des milieux de l'aviation, demanda à interpréter ce rôle, acceptant un cachet des plus réduits. Par une voix off étonnante de conviction et ses attitudes éloquentes, il communique parfaitement au spectateur l'angoisse montante du personnage jusqu'à l'effondrement de celui-ci. Nous partageons avec intensité son affolement, tandis que son esprit enfiévré analyse des hypothèses successives tâchant d'expliquer la situation présente, avant d'avoir à toutes les repousser implacablement.

Cette dimension de piège inexorable fait le prix de l'épisode, lui valant d'apparaître comme une digne entrée en matière de la nouvelle saison. La Quatrième Dimension renoue avec bonheur avec l'un de ses thèmes récurrents, l'avion ayant connu un étrange détour dans les inaccessibles mystères du ciel. On regrettera toutefois une conclusion pour une fois assez conventionnelle et démonstrative, à contresens de l'effet suscité jusque-là.

King Neuf sans retour se caractérise également par la toute première présentation en personne de Rod Serling suite au succès de son apparition dans Un monde à soi, mais aussi par l'entrée en scène de Marius Constant. Ce compositeur français (1925-2004), l'un des fondateurs et premiers directeurs de la radio France Musique, collaborateur au long cours de Maurice Béjart, est l'auteur du nouvel indicatif de la série, repris ultérieurement par La Cinquième Dimension.

Acteurs :

Robert Cummings (1908-1990) fut un acteur principalement spécialisé dans les comédies. Révélé dans les revues du Broadway des années 30, notamment les Ziegfeld Folies, il devint une vedette du Hollywood d'après-guerre à travers de nombreuses comédies, mais aussi en collaboration avec Hitchcock (Le Crime était presque parfait, 1954). Il semble logiquement convaincant ici car il était un pilote accompli, domaine dans lequel il fut instructeur et commandant de bombardier décoré durant la guerre. Son rôle le plus célèbre à la télévision fut d'ailleurs celui d'un ancien pilote de chasse dans The Bob Cummings Show (1955-1959).

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2. L'HOMME DANS LA BOUTEILLE
(THE MAN IN THE BOTTLE)

Date de diffusion : 7 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Don Medford

Résumé :

Arthur et Edna, un couple de brocanteurs d'âge mûr, connaissent une vie difficile, les affaires n'étant guère florissantes. Arthur libère par hasard un Génie de sa lampe et celui-ci lui accorde quatre vœux. Arthur va s'ingénier à trouver le souhait le plus favorable, mais tout va aller de mal en pis...

Critique :

Les histoires comiques demeurent minoritaires dans l'anthologie, au point de presque apparaître comme des épisodes décalés. Leur réussite demeure inégale, mais L'Homme dans la bouteille constitue l'une des perles de ce sous-genre. L'humour, tour à tour bon enfant puis davantage  sardonique, joue de plusieurs cordes. Le couple d'antiquaires apparaît pittoresque et attendrissant, tandis que ses revers de fortune, suite aux réalisations vicieuses de ses vœux par un Génie des plus sournois, nous valent des gags aussi réussis que cruels. L'entrée en scène du contrôleur des impôts, voire d'Adolf Hitler, témoigne même d'une écriture véritablement iconoclaste. L'épisode doit aussi beaucoup au jeu des comédiens : Luther Adler donne une humanité et un enthousiasme touchants à son personnage enivré par ce prétendu cadeau du destin, mais la palme revient à Joseph Ruskin qui nous régale d'un Génie matois et cynique dont la personnalité maléfique se dissimule sous une onctueuse mais pressante courtoisie.

La réalisation se montre très réussie, avec une éloquente mise en valeur des personnages, un grand soin apporté à l'étonnant décor du capharnaüm de la boutique d'antiquités, mais aussi quelques savoureux effets spéciaux. Comme toujours dans La Quatrième Dimension, ils restent peu importants, n'écrasant pas l'action, mais lui apportant un joli grain de fantaisie bienvenue, telles la fumée s'échappant de la bouteille ou la glace brisée réparée. Ils contribuent efficacement à l'aspect de fable revêtu par l'histoire. En effet, au-delà de l'amusement, l'épisode développe une vraie morale où les promesses fallacieuses ne supplantent pas la valeur de l'acquisition par le travail, et où les mirages de réussite sociale s'effacent devant la primauté de l'amour et de la solidité d'un couple. À travers le happy end finalement connu par les sympathiques Arthur et Edna, le récit appelle à profiter des joies simples de l'existence, en évitant l'amertume tout comme les frustrations suscitées par l'excès d'avidité.

L'épisode utilise avec brio la figure traditionnelle du génie de la lampe, celui-ci apparaîtra d'ailleurs par la suite à plusieurs reprises dans les séries ultérieures, y compris dans les X-Files où l'excellent Je souhaite se lit comme un quasi remake de L'Homme dans la bouteille. Au cinéma, l'hilarant Endiablé d'Harold Ramis ou le cycle d'épouvante du Wishmaster exploiteront une veine similaire. Les amateurs de curiosités liront avec profit La patte de singe (1902), une nouvelle particulièrement macabre du spécialiste anglais W.W. Jacobs (traitant d'une version hindoue du mythe).

Acteurs :

Luther Adler (1903-1984) fut une figure de Broadway, à la fois comme acteur et comme metteur en scène. Le cinéma (Mort à l'arrivée, 1950...) et la télévision demeurèrent périphériques dans sa carrière, mais il participa néanmoins à plusieurs séries importantes : Les Incorruptibles, Mission : Impossible, Hawaï Police d'État, Les rues de San Francisco

Joseph Ruskin (1924-2013) est une figure récurrente de Star Trek, où il apparaît, sous des visages différents, dans la série d'origine, puis ses différentes dérivées, à la grande joie des fans. Il participe à de nombreuses autres productions tout au long d'une prolifique et longue carrière ; il participait encore à Bones en 2006 !

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3. L'HOMME ET SON DOUBLE
(NERVOUS MAN IN A FOUR DOLLAR ROOM)

Date de diffusion :14 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes

Résumé :

Jackie Rhoades est un petit gangster sans envergure. Pour la première fois, son patron vient de lui ordonner de commettre un assassinat. La veille du meurtre, il passe une nuit blanche très nerveuse dans un hôtel minable. Soudain, une autre version de lui-même s'adresse à lui depuis un miroir.

Critique :

L'intrigue de Rod Serling mêle fort habilement deux atmosphères différentes : celle des films noirs et celle des fantastiques. L'histoire paraît tout d'abord archétypale du film de gangsters : hôtel minable, petit malfrat subissant la loi d'un vrai dur, préparation d'un forfait, dialogues bien calibrés... Quand soudain surgit le surnaturel par le biais du miroir magique, thème très populaire chez les Anglo-Saxons, du Blanche-Neige de Walt Disney à Terry Pratchett (Mécomptes de fées) en passant par Lewis Carroll. Le tour de force de l'épisode réside dans l'habile combinaison de deux genres : le focus du récit passe successivement de l'un à l'autre avec naturel et fluidité, dynamisant l'ensemble. L'Homme et son double (titre français médiocre) ne se limite toutefois pas à un exercice de style parfaitement agencé, et évoque avec âpreté le duel opposant la conscience à la facilité au moment de chaque grande décision. Ce récit, à l'atmosphère très sombre, débouche sur une conclusion certes quelque peu prévisible, mais finalement volontariste, ce qui ne signifie pas exactement un happy end !

La mise en scène de Douglas Heyes, l'un des meilleurs réalisateurs de l'anthologie, témoigne du sens du détail et de l'inventivité manifestés lors de The After Hours la saison précédente. Les excellentes idées se comptent à foison, comme la vue du haut illustrant avec éloquence l'enfermement mental du personnage (et permettant une vertigineuse présentation par Serling), le placement subtil du personnage vis-à-vis de son double, optimisant les effets, l'utilisation inspirée de la projection arrière sur le miroir, les mouvements de caméra apportant de la vie au huis clos ou le trucage final, une nouvelle fois astucieux et percutant. Parallèlement, Joe Mantell campe avec réussite son double personnage. Avec intelligence, aucun des deux ne ressort d'ailleurs totalement positif, ressemblant davantage à un duo dominant dominé qu'à une vraie possibilité de rédemption. On évite ainsi le piège de la morale lénifiante au profit d'une conclusion plus narquoise.

Cet épisode particulièrement intense bénéficia de plus d'une postérité unique car Robert de Niro, dans un superbe hommage, reprendra une phrase clé de son texte devant le célèbre miroir de Taxi Driver (1976) : You talkin' to me ? You talkin' to me ?

Acteurs :

Joe Mantell (1915-2010) est un habitué des polars au cinéma (Storm Center 1956, Chinatown 1974...). Au petit écran, il apparaît dans Le Virginien, Mission : Impossible, Mannix (personnage semi récurrent d'Albie Luce), Lou Grant, L'amour du risque

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4. ALLEZ-VOUS-EN FINCHLEY !
(A THING ABOUT MACHINES)

Date de diffusion : 28 octobre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : David Orrick McDearmon

Résumé :

Critique gastronomique réputé, Bartlett Finchley est un homme snob et colérique, détestant son époque. Il a pris en grippe les appareils domestiques modernes, les insultant et les maltraitant perpétuellement. Ceux-ci en ont assez…

Critique :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » La Science-fiction et le Fantastique ont depuis toujours cherché des réponses à la célèbre interrogation de Lamartine. Si certaines s'avèrent délicieuses d'étrangeté (Je vois un homme assis dans un fauteuil, et le fauteuil lui mord la jambe, Sheckley/Ellison, 1968), il nous faut bien admettre que celle évoquée par l'anthologie ne compte pas parmi les plus abouties. En effet, plusieurs contresens viennent amoindrir la réussite de l'épisode.

Cette évocation d'un homme aux prises avec un environnement domestique se transformant en cauchemar aurait dû se caractériser par une montée progressive de l'angoisse, jusqu'à l'insoutenable. Mais le récit, sans doute du fait de la personnalité de l'interprète principal, hésite continuellement entre cette voie et celle de la fantaisie humoristique. Cette digression perpétuelle se traduit par des mots d'esprits incisifs certes amusants, un numéro (parfois) réjouissant de Richard Haydn, et quelques situations bien amenées comme le gamin horripilant avec sa glace, mais tout ceci écartèle le discours au lieu de l'enrichir. De plus, le dégradé de l'atmosphère ne se développe pas assez subtilement, on passe quasi immédiatement d'un calme à peine interrompu par quelques étrangetés au pandémonium final. De fait, l'histoire demeure réellement minimaliste.

Les réserves apportées à la conduite du récit trouvent un écho dans la mise en scène de David Orrick McDearmon. Certains trucages ressortent pareillement d'une facétie hors de propos, similaires à ce que Ma sorcière bien-aimée illustrera avec un succès inégalé dans un cadre tout différent (McDearmon dirigera effectivement plusieurs épisodes de cette série). C'est le cas de ce rasoir transformé en cobra ou de cette voiture censée paraître terrifiante, mais dont la poursuite du pauvre Finchley résulte plus proche du cartoon que de Christine. En dehors de ces moments particuliers, la réalisation se montre pertinente mais sans imagination particulière. On se situe ici bien loin de The After Hours, un épisode au déroulement finalement assez comparable, mais assurément supérieur en tous points. De fait, l'épisode évoque directement un opéra de Maurice Ravel (sur un argument de Colette) : L'enfant et les sortilèges, au scénario quasi identique, mais qui se caractérisait par un ton de fable congruent à son sujet de départ, ce qui n'est pas le cas ici.

Des éléments positifs subsistent cependant, dont une accentuation de cette agréable tonalité rétro participant aujourd'hui au charme de la série. En effet, ces différents objets présentés comme des symboles de modernité apparaissent aujourd'hui antédiluviens ! Surtout, l'un d'entre eux va valoir à l'épisode ses meilleurs moments : la télévision. Que cela soit par l'apparition maligne de Rod Serling pour sa désormais rituelle présentation, la diffusion d'un flamenco endiablé étrangement interrompu (seul moment vraiment déstabilisant du récit), ou le prisme aux multiples voix si évocateur du trouble panique s'emparant du héros, l'étrange lucarne s'impose comme le média et le symbole principal du monde nouveau. Preuve que, si La Quatrième Dimension se montre parfois inégale, elle a parfaitement intégré les potentialités ambivalentes de son support.

Acteurs :

Richard Haydn (1905-1985) était un populaire comédien humoristique britannique, spécialisé dans les rôles d'excentriques. Il ne tourna pourtant jamais dans les Avengers ! S'il demeure remémoré pour de nombreuses productions radios à succès, il réalisa également de savoureuses créations à l'écran, comme celle du majordome Rogers dans la célèbre adaptation des Dix petits nègres par René Clair (1945). Il apparut également dans Ma sorcière bien-aimée, Laredo, Des agents très spéciaux…  Il fut également la voix du Chapelier Fou dans Alice au pays des merveilles (1951).

Barney Phillips (1913-1982) connut une grande popularité dans les séries policières des années 50 et 60 (Les Incorruptibles, Johnny Midnight, The Brothers Brannagan...). Il  apparaît également dans trois autres épisodes : Le Lâche, Y a-t-il un Martien dans la salle ?, et Miniature.

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5. L'HOMME QUI HURLE
(THE HOWLING MAN)

Date de diffusion : 4 novembre 1960
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Douglas Heyes

Résumé :

Un Américain, égaré dans une zone reculée d'Europe centrale, est accueilli dans un monastère. Il se rend compte que les moines gardent un prisonnier ne cessant de hurler et de supplier qu'on le délivre. Le père supérieur affirme qu'il s'agit du Diable en personne…

Critique :

Par cet épisode aussi abouti que décalé au sein d'une anthologie se voulant tout à fait contemporaine, l'écrivain Charles Beaumont continue à suivre sa voie spécifique. Celle-ci se compose de sa traditionnelle attraction morbide pour l'horreur et d'une relecture avisée des grands classiques de Poe ou Lovecraft, dans la droite ligne de celle qu'il mettra bientôt en œuvre au cinéma avec Roger Corman et Vincent Price lors de films admirables (Le Masque de la Mort Rouge, La Malédiction d'Arkham...). L'homme qui hurle en constitue un saisissant et prometteur prologue. Dans sa nouvelle initiale et son adaptation ultérieure pour l'anthologie, il dépoussière et rend moins pesants les passages obligés de cette école tout en en conservant le meilleur : narration à la première personne intensifiant le récit, une certaine inclination à la grandiloquence sauvée par la beauté de la langue, fascination épouvantée pour le Mal, ainsi que certains éléments incontournables du décor (orage, bâtisse gothique…).

Au-delà de cette atmosphère parfaitement installée, le récit se construit avec grande efficacité avec un suspense maintenu jusqu'à son terme. Un étonnant twist renverse la situation d'énonciation du récit pensée par le spectateur et conduit à une chute des plus glaçantes. On y distingue un élargissement moral bien amené sur l'impossibilité consubstantielle pour l'homme de mettre fin au mal, y compris avec la meilleure volonté du monde.

L'Homme qui hurle apparaît également comme une nouvelle démonstration du talent et de l'ingéniosité du chevronné Douglas Heyes, décidément l'un des meilleurs metteurs en scène de l'anthologie. Cette histoire aux imposants dialogues aurait pu sembler statique, il n'en est rien tant Heyes apporte de la vie et de l'impact à sa réalisation via de suggestifs mouvements de caméra, le choix toujours judicieux de plans effrayants ou écrasants, ou un magnifique travail sur la lumière (on se situe assez près de l'expressionnisme allemand). Comme toujours chez lui, on retrouve des idées originales et pertinentes pour tirer parti au mieux du décor, notamment lors de la révélation du Démon, scandée par le passage derrière des piliers successifs. Heyes utilise également avec sagesse et parcimonie les effets spéciaux, visuels ou sonores, ceux-ci ne venant qu'à peine interférer avec le récit.

L'intrigue se voit de plus soutenue par une distribution étonnante de qualité. Wynant, qui tient sans doute ici le plus grand rôle de sa carrière, paraît comme habité par celui-ci, lui apportant une exceptionnelle intensité. Mais le plus enthousiasmant demeure la composition sublimement théâtrale du charismatique John Carradine, spécialiste du genre. Par sa stature, son phrasé, et son indéniable ascendance, il confère une dimension inoubliable au Père Jérôme, décidément une figure à part au sein d'une anthologie privilégiant les personnalités ordinaires subissant leur destin.

Cette allégorie particulièrement déstabilisante autour de l'éternel Mythe de Pandore reste un épisode dont l'intensité ne s'oublie pas, l'un de ceux participant à la renommée toujours inaltérée de The Twilight Zone.

Acteurs :

H.M. Wynant (1927) est une figure régulière des séries américaines. Il participe à Gunsmoke, Les Mystères de l'Ouest, Max la Menace, Hawaï Police d'État, Mission : Impossible, Dallas

John Carradine (1906-1988) fut un célèbre chef de troupe de Broadway, montant notamment des pièces shakespeariennes connaissant un grand retentissement. Au cinéma, il fut également un acteur à succès, spécialisé dans les Westerns (L'Homme qui tua Liberty Valence, 1962...) et les films d'épouvante (House of Dracula, 1945...). Il fut également Aaron dans Les Dix Commandements (1956). Sa voix profonde et sonore contribue beaucoup à sa popularité ; John Carradine était ainsi surnommé « Bard of The Boulevard » pour son habitude de déclamer du Shakespeare durant ses promenades. Il est le père de quatre acteurs, dont David, popularisé par la série Kung fu (1972-1975).

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6. L'ŒIL DE L'ADMIRATEUR
(THE EYE OF THE BEHOLDER)

Date de diffusion : 11 novembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes

Résumé :

Dans une société futuriste où l'on cantonne les personnes au physique ingrat dans des ghettos, une jeune fille au visage hideux doit absolument subir avec succès une opération lourde de chirurgie esthétique pour espérer rester dans la norme.

Critique :

Aux antipodes des productions hospitalières les plus frelatées flétrissant nos écrans, La Quatrième Dimension réussit un authentique coup de maître à l'occasion d'un de ses épisodes les plus célèbres et objet de nombreuses reprises. L'Œil de l'admirateur constitue une éblouissante variation autour de la célèbre phrase d'Oscar Wilde « La beauté est dans l'œil de celui qui regarde » (évoquée au cours de l'histoire), doublée d'un exercice de style totalement original et audacieux : filmer la quasi totalité d'un épisode en dissimulant le visage des personnages.

Pour réussir un pari aussi risqué, c'est fort logiquement que Rod Serling va s'adresser à son metteur en scène le plus imaginatif, Douglas Heyes. Usant de toute une gamme d'artifices (ombres et lumières, vues de loin, plans biscornus, mouvements des interprètes…), celui-ci va parvenir à tenir la gageure sans trop sacrifier le naturel de l'action et en développant une atmosphère aussi étrange qu'oppressante. Regarder les bandages tomber via les yeux de la patiente s'avère également une grande idée. Les maquillages, d'un terrible impact, feront également date.

On applaudit par ailleurs à la performance de Maxine Stuart qui restitue avec force les tourments endurés par son personnage sans avoir recours aux expressions du visage. Ses mouvements corporels et sa voix se montrent d'une rare éloquence, même s'il lui faut s'appuyer sur une certaine théâtralité. Les autres comédiens se montrent également parfaitement convaincants.

Mais Rod Serling ne se borne pas à la virtuosité, son récit demeurant également dans les mémoires pour ses différents niveaux de lecture. Au-delà du tragique drame humain et d'une vibrante dénonciation de l'autoritarisme des canons de la beauté (avec plus de force encore que Nip/Tuck ultérieurement), l'auteur élargit son propos aux doctrines unificatrices des dictatures dans une satire cinglante des discours des différents fascismes ayant endeuillé le siècle, jusqu'à évoquer la solution finale. Enfin, via l'un des retournements de situation les plus fameux de l'histoire des séries télé, il déstabilise totalement le spectateur, l'invitant à s'interroger sur la notion même de normalité et d'aberration.

The Eye of the Beholder (titre qui évoquera de grands souvenirs à ceux ayant pratiqué jadis le Jeu de Rôle), qui n'a en rien perdu de son actualité aujourd'hui, bien au contraire, se verra repris dans La Treizième Dimension (2003). Il fait partie des épisodes de La Quatrième Dimension les plus souvent évoqués ou parodiés dans d'autres productions télévisées, notamment par Les Simpson, Futurama, et Family Guy, coutumiers du genre, mais aussi dans Night Gallery (1970-1973) par Serling lui-même. Le satirique Saturday Night Live n'hésita pas à en produire un pastiche déjanté où la laideron éplorée n'était interprétée par nulle autre que Pamela Anderson !

Acteurs :

Donna Douglas (1932-2015), ancienne Miss New Orleans, fut très populaire durant les années 60 pour sa participation récurrente et centrale à la sitcom humoristique au long cours The Beverly Hillbillies (1962-1971) ; celle-ci, extrêmement connue aux États-Unis, créa un sous-genre marqué par l'opposition culturelle et sociale des personnages (Le Prince de Bel-Air, The Nanny…). Donna Douglas tint quelques autres rôles avant de se reconvertir dans l'immobilier.

Maxine Stuart (1918-2013) joue la jeune héroïne encore dissimulée par les bandages, Donna Douglas intervenant après la révélation. Elle participa également à Les rues de San Francisco, Le Fugitif, NYPD Blue, Chicago Hope

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7. LES PRÉDICTIONS
(NICK OF TIME)

Date de diffusion : 18 novembre 1960
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Richard L. Bare

Résumé :

Au cours de leur lune de miel, Don et Pat Carter, de jeunes mariés, font une halte dans la cafétéria d'une tranquille petite bourgade. Une machine à sous amusante leur propose des prédictions de fantaisie contre de petites pièces. Or ces prophéties, innocentes en apparence, vont se révéler d'une redoutable précision...

Critique :

Cet épisode brillantissime représente la quintessence du style de Richard Matheson. En effet, il y exploite avec un talent unique son idée d'une immixtion d'un étrange original et déroutant au sein d'une normalité tout à fait contemporaine ; cette réalité consensuelle se fissure ainsi devant les yeux de quidams totalement dépassés, se découvrant les héros d'une histoire les écrasant. Il reste très éloquent de comparer cet épisode avec The Howling man, tout aussi abouti, mais cette fois emblématique des conceptions absolument opposées de Beaumont. Aux grandes orgues majestueuses de ce dernier succède la petite musique de Matheson, subtilement discordante et troublante, d'une inaltérable modernité.

Le Fantastique, au lieu de s'imposer d'emblée par une brusque révélation, comme lors de cet autre chef-d'œuvre que constitue Un monde différent, vient ici s'installer par un subtil dégradé. D'une divertissante anecdote, le spectateur glisse en compagnie du jeune couple jusqu'au cœur d'un effroyable cauchemar, dont l'horreur semble d'autant plus indicible qu'elle demeure impalpable. Jusqu'au bout, l'auteur entretient une savante ambiguïté sur la nature du phénomène : évènement surnaturel ou simple projection des hantises d'un héros dépressif se conformant à des prophéties ainsi justifiées ultérieurement. Sans trémolo ni pathos, Matheson dresse de plus un percutant plaidoyer pour la liberté, y compris avec ses inconnues et ses périls, si préférable à la soumission à l'obscurantisme ou à toute autre forme de tyrannie.

La mise en scène de Richard L. Bare se montre astucieuse. Elle instaure une atmosphère ensoleillée de paix et de joie de vivre (encore plus sensible de nos jours avec l'aspect désormais rétro de l'épisode), ce qui, par contraste, rend d'autant plus déstabilisant l'irruption d'un absurde diabolique au sein d'une aimable cafétéria. En fluidifiant l'action et en multipliant les rencontres annexes, Bare empêche toute impression de surplace. Il évite également le contresens absolu qu'aurait représenté, au sein de la vision de Matheson, le moindre trucage pétaradant.

L'interprétation couronne le flamboyant succès de l'épisode. La très sensible Patricia Breslin défend admirablement son personnage de frêle épouse finalement plus solide que son mari et fait regretter qu'elle n'ait pas connu une plus grande carrière. Mais, avouons-le, la grande attraction demeure la présence de Bill Shatner, encore bien vert quelques années avant de s'embarquer à la tête de la Patrouille du Cosmos ! Outre la curiosité immédiate, on s'amuse beaucoup à voir le Shat camper un homme fragile, en proie à la panique et à la superstition, avant de devoir son salut à son épouse. Un exercice de style (repris en partie dans Cauchemar à 20 000 pieds) qu'il n'aura plus guère l'occasion de réitérer après son passage dans La Quatrième Dimension ! Il s'en sort avec les honneurs, même si un certain manque de métier se perçoit encore.

Nick of Time, nouveau classique dû à la plume ensorcelée de Richard Matheson, reste l'un des épisodes les plus remémorés de l'anthologie et se verra d'ailleurs repris dans La Treizième Dimension, avec une version malheureusement sensiblement plus médiocre. De nombreux fans en considèrent Nightmare at 20,000 Feet comme une suite, avec d'ailleurs un certain soutien de la part de Matheson, mais ceci est une autre histoire !

Acteurs :

Patricia Breslin (1931-2011) connut son heure de gloire au cours des années 50 et 60, après lesquelles elle mit un terme à sa carrière. Tout en apparaissant régulièrement à Broadway, elle participa à plusieurs séries : Peyton Place, General Hospital, Maverick, Perry Mason

William Shatner (1931) reste bien entendu l'inoubliable Capitaine Kirk de Star Trek Classic (1966-1969, plus sept films), un univers pour  lequel il écrivit également plusieurs romans et ouvrages. Mais la carrière de ce flamboyant extraverti, souvent surnommé « Bill » ou « The Shat » par ses nombreux fans, ne se limita pas à l'Enterprise. Outre qu'il s'essaya à la chanson comme à bien d'autres activités (dont les romans de Science-fiction à succès Tekwar), il tint également une place centrale dans Hooker (1982-1986) et dans Boston Legal (2004-2008). Il joue également dans The Outer Limits, Des agents très spéciaux, Mission : Impossible, Kung fu, Columbo, The Practice… et dans un autre épisode de l'anthologie, Cauchemar à 20 000 pieds. Shatner, très présent sur Internet, a également fait paraître son autobiographie en 2008, Up Till Now.

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8. LES ROBOTS DU DR. LAUREN
(THE LATENESS OF THE HOUR)

Date de diffusion : 2 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight

Résumé :

Le Dr Lauren, grand spécialiste des robots, vit reclus et entouré de ses créations. Sa fille Jana ne le supporte plus et désire ardemment une vie plus normale. Elle impose à son père de se débarrasser de tous ces serviteurs mécaniques à l'apparence humaine...

Critique :

Les Robots du Dr. Lauren marque le premier véritable échec de cette saison 2. L'histoire détonne par sa linéarité et son manque d'intensité, soulignés par une chute des plus prévisibles. Le ton des dialogues se fait volontiers guindé pour les parents, harassant à force d'exclamations véhémentes chez Jana. On voit bien que Serling a tenté d'écrire une parabole de la rébellion de la jeunesse frémissante du début des années 60, dont la soif de liberté aventureuse vient se heurter au conformisme et à la quiétude matérielle de ses aînés. Si quelques échanges paraissent, dans cette optique, fort bien trouvés, ils se noient dans un déluge de lieux communs sentencieux assez pénible.

De plus, le récit n'installe aucun temps fort ou crispation. Au contraire, il s'endort dans une répétitivité consternante. À plusieurs reprises, l'on voit le ton monter, Jana sortir du salon, piquer une crise avec les robots, puis revenir à la confrontation, et ainsi de suite. On regrette également que la révélation finale survienne aussi soudainement ! La Quatrième Dimension parvient quasi toujours à nous offrir des récits palpitants pour porter ses sous-entendus, ici on en est hélas loin.

Les robots se montrent quasi dépourvus de toute menace ou ambiguïté (à de trop rares exceptions près), d'où une atmosphère plus digne d'une sitcom familiale versant progressivement dans la démesure que d'une anthologie de Science-Fiction. L'intrigue souffre également d'une redoutable confrontation avec les célèbres histoires de Robots d'Isaac Asimov (certaines déjà publiées au début des années 50) avec lesquelles elle partage une ressemblance illusoire. Ici, l'on ne trouve point de détournement ludique des Trois lois de la robotique, mais essentiellement des situations à la vaine grandiloquence.

La mise en scène totalement amorphe de Jack Smight vient accentuer le marasme de l'histoire, avec de plus une involontaire circonstance aggravante : Les Robots du Dr. Lauren constitue en effet le premier des six épisodes tournés en kinescope, et le contraste avec la qualité d'image habituelle se montre des plus criants. On se situe réellement au pire niveau connu par la première période des Avengers ! L'expérience ne sera d'ailleurs pas renouvelée. Si John Hoyt manifeste un métier certain et une solide présence, il faut bien avouer que la charmante Inger Stevens ne réitère pas son éblouissante prestation de L'auto-stoppeur ; la dimension caricaturale et outrée de son personnage la pousse à surjouer, un écueil qu'elle ne parvient pas à éviter.

Acteurs :

Inger Stevens (1934-1970), actrice américaine d'origine suédoise, débuta à 16 ans dans des revues avant de devenir élève de l'Actor's Studio en 1955. Après plusieurs fugaces apparitions au cinéma et de nombreuses publicités, le début des années 60 la voit accéder à la célébrité par la télévision (Alfred Hitchcock présente, Bonanza, rôle récurrent dans The Farmer's Daughter, 1963-1966…). Par la suite, malgré une santé très fragile, elle passa avec succès au cinéma (Pendez-les haut et court, 1967 ; Madigan, 1968…) tout en faisant les délices des échotiers par ses nombreuses liaisons : Anthony Quinn, Harry Belafonte, Dean Martin, Burt Reynolds… Après une première tentative en 1959 (suite à une rupture avec Bing Crosby), elle se suicide le 30 avril 1970 par l'absorption d'un mélange de médicaments et d'alcool. Elle participe également à l'épisode L'auto-stoppeur.

John Hoyt (1905-1991) apparut dans de nombreuses séries télé : Papa Schultz, Star Trek, The Monkees, Max la Menace, Kolchak, Battlestar Galactica... Il participe également à l'épisode Y a-t-il un Martien dans la salle ?

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9. RETOUR VERS LE PASSÉ
(THE TROUBLE WITH TEMPLETON)

Date de diffusion : 9 décembre 1960
Auteur : E. Jack Neuman
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Templeton, comédien vétéran de Broadway, vit dans la nostalgie de ses vertes années. Son second mariage n'est guère enthousiasmant, de même que l'état de sa carrière. Après un accrochage avec un metteur en scène autoritaire, il s'enfuit et se retrouve soudain transporté à l'époque de sa jeunesse...

Critique :

L'épisode reprend un thème très similaire à celui de Souvenir d'enfance (saison 1) : le voyage dans le temps à la rencontre de sa jeunesse. Toutefois, il se montre bien supérieur dans le traitement de cette idée. Ainsi, au lieu d'un profil finalement très standard, le héros se voit finement décrit, et doté d'une riche personnalité. Templeton manifeste beaucoup d'élégance et de finesse d'esprit dans ses lucides récriminations contre l'âge mûr et les misères de l'existence, magnifiées par la personnalité et le métier de Brian Aherne. De plus, l'intrigue se montre plus sombre et audacieuse : la jeunesse était présentée précédemment comme un âge d'or révolu ; ici il apparaît que cette Atlantide doit immensément aux mirages de la nostalgie et qu'une redécouverte entraînerait bien des désillusions…

Quand soudain, annoncée par un admirable jeu d'ombres et lumières de la part de l'imaginatif Buzz Kulik, surgit une étonnante révélation ! Celle-ci permet à la subtile intrigue de Neuman d'acquérir une nouvelle dimension et de se conclure par une évocation éloquente et sans emphase de la magie du théâtre, sublimant la réalité tout en lui tendant un miroir des plus convaincants. Les comédiens, provenant pour la plupart de Broadway, apportent beaucoup de conviction et de sincérité à cet hommage de la télévision à son prestigieux et inaltéré ancêtre. L'ultime scène de la répétition se montre d'ailleurs d'une émotion réellement communicative.

Neuman ne se limite d'ailleurs pas à célébrer la statue du Commandeur et évoque avec une pertinente ironie ce petit monde, entre ego des comédiens et du metteur en scène (épatant Sydney Pollack dans un rôle ironique parfaitement choisi !), et vulgarité des financiers. On apprécie d'ailleurs de voir les deux premiers se réconcilier au détriment du dernier ! De plus, les folles années 20 et la Prohibition se trouvent évoquées avec une grande efficacité compte tenu des moyens limités de la mise en scène ; on ne serait qu'à moitié étonné de voir soudain débouler Elliot Ness et ses Incorruptibles !

Le texte très brillant de E. Jack Neuman vient confirmer qu'une variété d'auteurs n'entame pas la cohérence de l'anthologie, tout en pouvant lui apporter un sang neuf extrêmement vivifiant !

Acteurs :

Brian Aherne (1902-1986), comédien britannique, vint à Broadway au début des années 30. Il y connut un immense succès jusqu'à la fin des années 60 en se spécialisant dans les rôles de gentlemen de la haute société. Il mena également une belle carrière au cinéma qui lui valut une nomination à l'Oscar pour son interprétation de l'empereur Maximilien (Juarez, 1939). Il fut l'époux de Joan Fontaine.

Sydney Pollack (1934-2008) fut un réalisateur majeur du cinéma américain. Il débuta sa carrière avec des mises en scène remarquées de séries télé (Le Fugitif, Alfred Hitchcock présente...) avant d'accumuler les succès au cinéma : On achève bien les chevaux (1969), Les Trois Jours du Condor (1975), Tootsie (1982), Out of Africa (1985), La Firme (1993)... Il mena également une carrière d'acteur, apparaissant dans plusieurs films et séries (Frasier, Dingue de toi, Will & Grace, Les Soprano, Entourage...).

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10. FUTUROGRAPHE
(A MOST UNUSUAL CAMERA)

Date de diffusion : 16 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Rich

Résumé :

Un couple de voleurs de bas étage dérobe un appareil photo instantané dans un magasin d'antiquités. Ils lui découvrent une étrange propriété : les photographies prises montrent des évènements appartenant à un proche avenir. Nos héros vont tenter d'exploiter cette merveille...

Critique :

Reprise sous un angle nettement plus angoissant par Stephen King dans Le molosse surgi du Soleil, cette géniale idée d'un appareil photo révélant l'avenir nous vaut ici une farce absolument hilarante. Le brillant texte de Serling sait varier ses effets car l'on se situe dans un premier temps dans une joyeuse fantaisie où le Fantastique permet une satire bien croquée des films de gangsters de l'époque. Puis, la mécanique de l'histoire devient totalement folle, nous faisant basculer dans un humour noir très revigorant où les personnages tombent les uns après les autres dans une sarabande macabre mais finalement logique à sa manière. La vive imagination de l'auteur exploite au mieux le postulat de départ tout en tissant une habile parabole de la prédisposition humaine à se condamner à la catastrophe par excès d'avidité malgré les avertissements les plus explicites. Un constat toujours d'actualité, hélas !

Les personnages se voient joliment croqués, entre un frère et une sœur à la bêtise désespérante, dignes des frères Strokes des X-Files (Je souhaite), mais aussi un mari plus intelligent et imaginatif ; sa grandiloquente volonté de rédemption, vite oubliée devant le pactole promis, attouche à la grande comédie italienne. L'accent de l'onctueux et aigrefin employé d'hôtel, ainsi que l'inscription ornant le fatidique appareil ("Dix photos à la propriétaire") apportent une connotation française des plus plaisantes à un épisode déjà parfaitement réjouissant ; en VO du moins, car en VF le personnage présente un solide accent allemand et se prénomme Peter au lieu de Pierre ! Tous les interprètes se montrent épatants, apportant beaucoup de verve à ces pieds nickelés totalement dépassés par les évènements. La mise en scène de John Rich s'ingénie avec succès à vivifier une action quasiment délimitée dans une chambre d'hôtel, mais souffre quelque peu des contraintes budgétaires, avec notamment des inserts particulièrement évidents.

Acteurs :

Fred Clark (1914-1968) occupa de nombreux seconds rôles au cinéma (Le crime était presque parfait, 1947...) et fut une figure régulière des séries américaines : Les Incorruptibles, Addams Family, Laredo, Jeannie de mes Rêves, The Beverly Hillbillies...

Marcel Hillaire (1908-1998), d'origine franco-allemande, tint tout au long de sa carrière des rôles de Français. Relevant le plus souvent de la comédie, ses personnages se définissaient par des patronymes des plus caractéristiques et un accent joyeusement typé ! Il participa à Des agents très spéciaux, The Girl from UNCLE, The Rogues, The Time Tunnel, I Spy, Max la Menace, Mission : Impossible...

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11. LA NUIT DE NOËL
(NIGHT OF THE MEEK)

Date de diffusion : 23 décembre 1960
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight

Résumé :

Un clochard, Henry Corwin, est engagé la veille de Noël pour jouer le Père Noël dans un grand magasin. Hélas, il est renvoyé du fait de son penchant très marqué pour l'alcool. Dans la rue, il trouve alors un sac rempli de cadeaux. Les miracles ne font que commencer !

Critique :

Le calendrier impose cet épisode à Serling, où l'on ne reconnaît absolument pas l'esprit de l'anthologie. Évidement, le récit exprime avec efficacité certaines réalités à propos de l'esprit mercantile de Noël, de la dureté de la vie et de l'espoir que représentent malgré tout les enfants et leur enthousiasme. Le tout évite de plus le piège de la dialectique sentencieuse en développant les personnages finalement humains et guère antipathiques du commerçant et plus encore du policier. Un certain courage s'observe également avec la présence d'un enfant noir à une époque où cela n'entrait guère dans les mœurs de la télévision.

Mais tout de même, le récit s'engouffre dans un tunnel de mièvrerie édulcorée digne des contes pour enfants, et totalement étranger à l'esprit sombre et dérangeant animant les plus grands moments de La Quatrième Dimension. On se croirait dans les séries édifiantes peuplant les programmes de l'époque, sinon sur le Disney Channel. La chute  se montre particulièrement puérile et de premier degré : on doit se pincer pour y croire ! Le jeu des comédiens, lui aussi trop sucré, participe à cette déception, d'autant que la mise en scène de Jack Smight ne relève guère le niveau. Fort heureusement pour ce second épisode tourné en kinescope, la qualité de l'image s'avère meilleure que lors des Robots du Dr Lauren.

Malgré quelques bonnes idées, La Nuit de Noël marque un certain abandon de la série face aux contraintes du temps. Un remake en sera cependant réalisé en 1985 pour La Cinquième Dimension. Durant la troisième saison, The Twilight Zone saura créer un épisode de Noël digne d'elle avec l'étonnant Cinq personnages en quête d'une sortie.

Acteurs :

Art Carney (1918-2003) eut de nombreuses cordes à son arc : chanteur de jazz à succès, partenaire de Walter Matthau à Broadway, acteur de radio... À l'écran, il apparut dans Lassie, Batman, Le Virginien, The Honeymooners... Il devait reprendre le rôle du Père Noël à plusieurs reprises au cours de sa carrière, notamment dans The night they saved Christmas en compagnie de Jaclyn Smith (1984).

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12. POUSSIÈRE
(DUST)

Date de diffusion : 6 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Douglas Heyes

Résumé :

Au Far-West, un jeune mexicain va être pendu car, ivre, il a provoqué un accident tuant un enfant. Désespéré, son père achète à prix d'or une poudre magique censée sauver son fils par miracle. Mais le charlatan qui la lui vend est aussi celui qui a fourni la corde destinée à la pendaison…

Critique :

Nouvelle incursion dans le Weird West pour La Quatrième Dimension, un style auquel l'Européen restera sans doute plus insensible que l'Américain, mais qu'elle a souvent su exploiter avec succès. Cet épisode étonne par la quasi absence de Fantastique qu'il véhicule. En effet, l'intrigue raconte bien davantage une étonnante facétie du destin, l'enchaînement des causes et des effets se comprenant sans aucune intervention du surnaturel. Et pourtant, l'étrange surgit dans ce village agonisant grâce à la mise en scène une nouvelle fois remarquable de Douglas Heyes. Par ses angles finement alambiqués, sa maîtrise raffinée de l'éclairage, ses plans distordus des visages, sa manière empreinte d'onirisme de filmer la potence, il apporte une dimension supplémentaire magnifiant le récit.

Il se voit soutenu par le merveilleux travail des comédiens, n'hésitant pas à jouer cette fable tragi-comique sur un tempo théâtral tout à fait discordant avec ce que l'on observe habituellement à cette époque dans les Westerns. Tout à son affaire, l'imposant Thomas Gomez nous régale d'une prestation hors normes en marchand ambulant picaresque et truculent, non sans rapport avec la version de Lucifer en maquignon avisé qu'il offrit dans Immortel, moi, jamais ! Cet entrecroisement fructueux de talents très divers est mis au service d'une fable où la cruauté et la soif de vengeance se voient contrecarrées par la destinée, mais davantage encore par l'humanité et l'aptitude au pardon démontrées par les personnages. Sans emphase, l'épisode constitue un éloquent plaidoyer en défaveur de la justice dépourvue de pitié, nettement en avance sur son temps.

Pour l'anecdote : cet épisode fut diffusé la veille du lancement de Chapeau melon et bottes de cuir en Grande-Bretagne !

Acteurs :

Thomas Gomez (1905-1971) demeura très lié à Broadway où il avait débuté dans les années 20. Spécialisé dans les rôles inquiétants, il apparut au cinéma (Le Secret de la planète des singes, 1970...) et à la télévision (Le Virginien, Ma sorcière bien-aimée, Gunsmoke…). Il joua un grand rôle dans le développement du syndicalisme des acteurs. Il participe également à l'épisode Immortel, moi, jamais !

John Larch (1914-2005) connut une prolifique carrière de second rôle, principalement dans les films de genre (Westerns, policiers, ou films de guerre...) où il s'était spécialisé dans les rôles d'autorité, shérif, ou officier. Il participe à plusieurs films de, ou avec, son ami Clint Eastwood : Un frisson dans la nuit (1971), L'Inspecteur Harry (1971, comme chef de la police)… À la télévision, il apparaît dans Le Fugitif, Les Envahisseurs, Bonanza, Police Woman, Cannon, Les rues de San-Francisco, Dallas, Dynastie... John Larch joue dans deux autres épisodes de La Quatrième Dimension : La poursuite du rêve et C'est une belle vie.

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13. LE RETOUR
(BACK THERE)

Date de diffusion : 13 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : David Orrick McDearmon

Résumé :

Un homme voyage dans le temps et va tenter d'empêcher l'assassinat d'Abraham Lincoln, le 14 avril 1865. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Critique :

D'une manière amusante, le précédent épisode de Russel Johnson (Exécution) gravitait déjà autour du voyage temporel ; on le voyait en ramener un assassin condamné à mort, mais ici il est lui-même le voyageur, soit une posture beaucoup plus traditionnelle. C'est d'ailleurs ce très grand classicisme qui vient priver Le Retour de l'essentiel de son impact. Cette situation d'une expédition dans le passé visant à contrecarrer le fil du temps, mais aux conséquences inattendues, reste l'un des fondements les plus exploités de ce vaste thème de la science-fiction. Déjà Barjavel, dans Le Voyageur imprudent (1944), accomplissait la somme du sujet d'une manière bien plus troublante, tandis que l'épisode des X-Files, Aux frontières du jamais échouera pareillement à aller au-delà du cliché (Ne parlons même pas du Let's kill Hitler du Docteur). En effet, l'intrigue ne distille que quelques péripéties convenues à partir du postulat initial, jusqu'à une chute finalement assez prévisible et anecdotique.

Si cette idée de paradoxe temporel ne se voit pas exploitée avec l'audace magistrale de Ray Bradbury dans Un coup de tonnerre (1952), l'épisode retrouve tout de même quelque intérêt dans ses aspects périphériques : la musique est excellente, la reconstitution historique paraît de bonne facture, et l'interprétation des divers comédiens, en premier lieu de Russel Johnson, demeure convaincante. Surtout, on apprécie la dimension culturelle très américaine du récit, avec la primauté toujours maintenue d'Abraham Lincoln dans l'esprit collectif de la nation ; son assassinat, même après avoir accompli l'essentiel de son œuvre, demeurant ici la pierre d'achoppement majeure de l'Histoire. Rappelons que Le Retour a été réalisé avant l'attentat contre Kennedy ! Le portrait des patriciens WASP de la Côte Est vaut aussi le coup d'œil, maintenant les mœurs de la mère patrie via un club dans la meilleure tradition londonienne tout en affirmant leur particularisme par les portraits de Washington, Lincoln ou Roosevelt, et jusqu'à une réplique réduite du Washington Monument !

Acteurs :

Russel Johnson (1924-2014) fut médaillé pour ses exploits aériens durant la Guerre du Pacifique. Il débuta sa carrière durant les années 50 en accumulant les seconds rôles dans les Westerns et les films de Science-Fiction (It came from Outer Space, 1953 ; Les Survivants de l'Infini, 1955...). Durant les années 60 et 70, il intervient dans un nombre important de séries télé (Au-delà du Réel, Les Envahisseurs, Lassie...), mais reste surtout connu pour son rôle du Professeur dans L'Île aux Naufragés (1964-1967). Il participe également à l'épisode Exécution.

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14. RIEN QUE LA VÉRITÉ
(THE WHOLE TRUTH)

Date de diffusion : 20 janvier 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : James Sheldon

Résumé :

Harvey Hunnicutt, un vendeur de voitures d'occasion hâbleur et menteur comme un arracheur de dents, fait l'acquisition d'un véhicule pour une bouchée de pain. Mais celui-ci est ensorcelé : son propriétaire se voit forcé de toujours dire la vérité jusqu'à ce qu'il parvienne à s'en débarrasser !

Critique :

Avouons que le propos de l'épisode semble des plus limités. À travers une aimable fantaisie, Serling utilise la figure rituelle du vendeur de douteuses voitures d'occasion, un personnage aperçu dans de multiples productions américaines de toutes époques. L'idée de la véracité obligée ressort certes amusante – elle sera d'ailleurs reprise par Jim Carrey dans Menteur, menteur (1997) – mais l'intrigue demeure tout de même minimaliste et dépourvue du second degré identitaire de l'anthologie. Sur un sujet similaire, l'épisode The social contract de Dr.House se montrera bien plus percutant et acide. De fait, l'auteur laisse quartier libre à Jack Carson dont la présence et l'abattage rendent effectivement amusant cet escroc attachant, plus stimulé par la passion de la vente que réellement crapuleux.

La chute traditionnelle relève ici davantage de la pirouette, certes surprenante et apportant une originalité au récit en le situant pleinement dans son actualité ; l'épisode fut en effet diffusé le jour même où Kennedy prononçait son discours d'investiture ! La mise en scène s'avère pareillement paresseuse, se contentant de s'attacher aux pas de Carson tout en filmant le stand up dynamique de ce dernier. Un numéro d'acteur sympathique pour un épisode manquant cruellement de consistance, de plus pénalisé par le tournage en kinescope, et dont la bande-son française n'a été que partiellement retrouvée.

Acteurs :

Jack Carson (1910-1963) fut un robuste acteur canadien, très populaire dans le cinéma des années 40 et 50 pour ses créations comiques. Il se spécialisa dans les personnages de fanfarons sûrs d'eux régulièrement tournés en ridicule par les évènements (The male Animal, 1942 ; La Brune brûlante, 1952...). Il tint cependant plusieurs rôles dramatiques remarqués (Le Roman de Mildred Pierce, 1945...). Carson décéda prématurément d'un cancer de l'estomac qui choqua le public du fait de la forte vitalité qu'il manifesta toujours à l'écran.

George Chandler (1898-1985) se rendit célèbre pour le rôle d'Oncle Pétrie, aux commencements de la série Lassie (1954-1973). Il fut également un acteur apparaissant fréquemment dans les sérials de Western des années 50.

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15. LES ENVAHISSEURS
(THE INVADERS)

Date de diffusion : 27 janvier 1961
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Douglas Heyes

Résumé :

Une femme âgée, vivant seule dans une ferme isolée, subit l'intrusion de visiteurs venus de l'espace. Ceux-ci sont minuscules mais néanmoins redoutables car bénéficiant  d'une technologie extrêmement avancée. La confrontation ne tarde pas à dégénérer en un duel à mort…

Critique :

Ce chef-d'œuvre impressionne par la force de son propos et l'originalité de sa forme. Il s'agit en effet d'un épisode totalement muet, hormis le message final des Envahisseurs, d'ailleurs récité par Douglas Heyes en personne. Mais, bien loin de se résumer à un simple exercice de style, il s'agit sans doute de l'un des épisodes les plus marquants de l'anthologie, aux confluents de la Science-fiction et de l'Épouvante.

La raison d'un tel succès réside dans l'association féconde de grands talents qui, comme galvanisés par la splendeur de leur projet commun, vont apparaître à leur meilleur niveau. En premier lieu, Richard Matheson, dont le talent a déjà amplement été démontré par l'anthologie, concocte ici un récit parfaitement anxiogène dont l'effroi et la paranoïa ne cessent de croître continuellement. Les effets s'avèrent parfaitement dosés et l'intrigue se suit sans temps mort aucun. Quant à la chute que nous réserve ce spécialiste du genre, elle représente l'une des plus renversantes de l'ensemble de la série ! Grâce à son don unique de conteur, il nous fait vivre comme un cauchemar éveillé, admirablement soutenu par un Douglas Heyes dont l'épisode constitue le chant du cygne au sein de La Quatrième Dimension.

Malgré l'habileté du scénario, rendre palpitante une histoire muette, enserrée dans un huis clos parfaitement circonscris où les adversaires ressemblent à de minuscules poupées, relevait de la gageure la plus absolue. Le talentueux réalisateur va y parvenir haut la main malgré l'évidente faiblesse des moyens matériels dont il dispose. Si les effets spéciaux paraissent certes archaïques, la mobilité de la caméra, le choix toujours idéalement suggestif des angles de vues, et la maîtrise consommée de l'éclairage vont élever le spectacle au rang de joyau du suspense horrifique. L'on ne dira jamais assez à quel point The Twilight Zone constitue une apothéose du Noir et blanc au moment où cette technique en arrive à son terme, Les Envahisseurs apportant une démonstration magistrale de cette maîtrise de la photographie. La musique et les effets sonores de Jerry Goldsmith apportent également une très efficace contribution à l'intensité sans égale du récit.

Mais en dernier ressort, c'est bien sur les épaules de la vétérane et talentueuse Agnes Moorehead que repose le succès de l'épisode. Elle se joint ici à l'ensemble des futurs comédiens de Bewitched apparaissant dans La Quatrième Dimension, mais dans un rôle n'évoquant en rien la célèbre Endora. Nous sommes face à une forte femme qui, malgré sa terreur initiale, sa souffrance physique, et son absence de tout pouvoir particulier, va s'ingénier à survivre puis à annihiler la menace. L'actrice, dans une composition d'une rare force, incarne à merveille les sentiments de l'héroïne, l'âpreté de son combat à mort, et la rage terminale qui la saisit quand survient l'heure de la vengeance. Son jeu magistral et son expérience parviennent à sublimer le handicap de l'absence de parole en un expressionnisme du visage et du corps absolument admirable.

On note la présence d'une réplique miniature de la soucoupe de Planète interdite, un joli clin d'œil ! Cette célèbre nef réapparaîtra dans l'épisode Le vaisseau de la mort, et poursuit les liaisons existant entre l'anthologie et ce classique de la Science-fiction au cinéma (éléments de décor, armes utilisées par les Aliens, présence réitérée de Robby le robot...).

Acteurs :

Agnes Moorehead (1900-1974) reste bien entendu dans les mémoires pour la terrible Endora de Ma sorcière bien-aimée (1964-1972). Précédemment, elle connut une très belle carrière à Broadway et Hollywood. À l'écran comme sur les planches, elle travailla souvent avec Orson Welles (Citizen Kane, La Splendeur des Anderson…). Elle fut sélectionnée quatre fois à l'Oscar du second rôle féminin mais ne parvint jamais à le remporter. Elle accomplit également une mémorable apparition dans Les Mystères de l'Ouest en tant qu'Emma Valentine, une arrangeuse de mariages mortels pour époux fortunés, un rôle très proche du Mr. Lovejoy des Avengers ! (The Night of The Vicious Valentine, 1967)

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16. UN SOU POUR VOS PENSÉES
(A PENNY FOR YOUR THOUGHTS)

Date de diffusion : 3 février 1961
Auteur : George Clayton Johnson
Réalisateur : James Sheldon

Résumé :

En achetant un journal, Hector Poole, modeste employé de banque, laisse tomber une pièce de monnaie ; celle-ci s'immobilise sur sa tranche et ce miracle semble en occasionner un autre : Poole devient instantanément télépathe !

Critique :

Difficile de ne pas songer à Ma sorcière bien-aimée lorsque l'on regarde cet épisode drôle et malicieux tant Poole subit une situation déstabilisante similaire à celles qu'aura plus tard à affronter Jean-Pierre. Dick York, qui succède d'ailleurs à Agnes Moorehead, semble idéalement taillé pour ce rôle de personnage bien plus solide qu'il n'y paraît au premier abord, très différent de l'officier fataliste d'Infanterie Platon.

Nous le suivons au cours de mésaventures aux nombreux gags savoureux, multipliant les situations astucieuses par une intrigue bien plus développée que ce que démontrait Rien que la vérité sur un thème finalement assez proche. L'idée de la télépathie providentielle (ou non) se verra d'ailleurs, elle aussi, reprise au cinéma dans Ce que veulent les femmes (2000), avec cette fois Mel Gibson dans le rôle du miraculé.

La mise en scène de l'inventif James Sheldon se montre légère et sans exagération inutile des effets, trouvant toujours le ton juste pour mettre en valeur un humour parfois acide. En effet, cette fable iconoclaste, tout à fait dans le style de cet écrivain très pince-sans-rire qu'est George Clayton Johnson, va assez loin dans la satire de l'ordre social. Elle n'hésite pas à très fortement suggérer que, du fait de la bassesse de l'âme humaine et de ses penchants, l'hypocrisie et la dissimulation s'imposent comme une condition absolument nécessaire à la vie en société (Dr.House n'est pas loin). Le soulagement démontré par notre héros quand disparaît son éphémère pouvoir, malgré tous les succès qu'il lui a occasionnés, reste à cet égard parfaitement éloquent !

Acteurs :

Dick York (1928-1992) reste bien entendu le premier interprète de Darrin Stephens (Jean-Pierre), le mari de Ma sorcière bien-aimée, de 1964 à 1969. Il sera d'ailleurs rejoint dans La Quatrième Dimension par les autres futurs interprètes de cette série (Elizabeth Montgomery, Agnes Moorehead, David White). Outre quelques petits rôles au cinéma, il apparaît également dans les autres anthologies de l'époque (Alfred Hichcock présente, The Dupont Show...). Après l'avoir forcé à abandonner Bewitched, ses problèmes récurrents de santé (douleurs au dos, puis emphysème) pénalisèrent gravement sa carrière. Il se limita par la suite à de rares apparitions (Simon et Simon, L'Île Fantastique). Il participe également à l'épisode Infanterie Platon.

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17. SANS ESCALE DE VIE À TRÉPAS
(TWENTY-TWO)

Date de diffusion : 10 février 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Jack Smight

Résumé :

Louise Powell, une séduisante danseuse de revue, est hospitalisée pour fatigue nerveuse. Chaque nuit, elle refait le même cauchemar : elle arrive à la morgue de l'établissement où une inquiétante infirmière lui déclare que son emplacement est déjà réservé. Il porte le numéro vingt-deux…

Critique :

L'histoire de Rod Serling entremêle joliment l'éveil et l'onirisme, suscitant quelques frissons réussis, par exemple quand le docteur discerne quelques troublants indices de réalité dans le récit de sa patiente. L'énigme représentée par le rêve maintient jusqu'au terme du récit un suspense quasi psychanalytique, au ton très Hitchcockien (on songe souvent à La Maison du Dr Edwardes). Cette réussite se voit cependant en partie entachée par une chute plus prévisible qu'à l'ordinaire dans l'anthologie, évoquant d'ailleurs avec une étonnante similitude l'excellent Destination finale (2000) !

La vraie force de l'épisode réside dans la mise en scène intense et angoissante à souhait du cauchemar. L'expérimenté Jack Smight met toutes les chances de son côté en usant de l'ensemble de la palette à sa disposition : recherche d'angles distordus, éléments de décors bien choisis (tableaux étranges, vision en trompe-l'œil de la morgue…), superbe musique… Le résultat s'apprécie d'autant plus lors de la première scène de l'épisode, avec une immersion dans cet univers terrifiant sans aucun prologue annonciateur. Hélas, le recours une nouvelle fois exécrable à la vidéo porte préjudice à la performance du réalisateur.

Il en va de même pour l'interprétation de la spectaculaire Barbara Nichols, visiblement utilisée à contre-emploi, et qui ne peut se départir d'une certaine gaucherie dans son jeu. Elle apparaît plus à son aise dans ses rapports aigres-doux avec son impresario, une partition plus familière pour elle. Les seconds rôles se montrent bien plus efficaces, Jonathan Harris en médecin vaguement libidineux et surtout la très belle Arlene Martel, menaçante et mystérieuse, composent éloquemment leurs personnages.

Au total, Sans escale de vie à trépas se laisse regarder sans déplaisir mais se montre inégal, bien loin du chef-d'œuvre représenté sur un thème similaire par La poursuite du rêve.

Acteurs :

Barbara Nichols (1929-1976) connut une grande popularité durant les années 50 et 60. Elle tint principalement des seconds rôles comiques, très opposés à celui qu'elle tient ici (Ces folles de filles d'Ève, 1960...). Cette ancienne mannequin apparut également dans Les Incorruptibles, Batman, The Girl from UNCLE, Hawaii Police d'État

Jonathan Harris (1914-2002) fut un acteur réputé de Broadway. À l'écran, il reste remémoré pour le rôle du Dr Zachary, le méchant récurrent de Lost in Space (1965-1968). Il participe également à Zorro, Bonanza, Max la Menace, Battlestar Galactica, Ma sorcière bien-aimée, L'Île Fantastique

Arlene Martel (1936-2014) joua dans de très nombreuses séries. Elle participe ainsi à Star Trek dans le rôle demeuré fameux de T'Pring, la compagne vulcaine de Spock. On l'aperçoit également dans Des agents très spéciaux, The Outer Limits, Les Mystères de l'Ouest, Les Incorruptibles, Le Fugitif, Banacek, Mission : Impossible, Columbo, Ma sorcière bien-aimée, Papa Schultz, etc.

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18. L'ODYSSÉE DU VOL 33
(THE ODISSEY OF FLIGHT 33)

Date de diffusion : 24 février 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Justus Addiss

Résumé :

Un avion de ligne reliant Londres à New York voyage soudain dans le temps en plein ciel, se retrouvant à l'époque des grands dinosaures. Le commandant va s'efforcer de retrouver le chemin menant à leur époque de départ.

Critique :

L'épisode renoue avec le thème des mystères induits par les voyages aériens, un vrai fil rouge de l'anthologie. Cette idée du passage à travers une faille temporelle (reprise ultérieurement avec plus de souffle par Stephen King dans Les Langoliers, 1990) reflète avec une force particulière l'émerveillement encore suscité par l'aviation en ce début des années 60. Les liaisons transatlantiques régulières demeurent toujours une nouveauté, tandis qu'elles doivent encore faire face à la concurrence des paquebots de ligne (comme illustré par l'épisode Mission à Montréal des Avengers en 1962), dont l'inexorable déclin s'accélère cependant.

L'Odyssée du vol 33 constitue un passionnant témoignage de cette épopée, d'autant que le récit s'enrichit d'une véritable technicité, avec une étude précise du rôle de chaque membre de l'équipage. Les connaissances du frère de Rod Serling, journaliste spécialisé dans l'aviation, furent mises à profit à cette occasion ! D'une manière amusante, on remarque également que l'aéroport JFK se nomme encore le Idlewild Airport, achevant de situer l'épisode dans son contexte.

Cette dimension quasi documentaire n'entache pas l'intérêt de l'histoire proprement dite, celle-ci nous offrant un voyage aussi excitant qu'effrayant à travers le temps, avec au passage de nombreux rebondissements et une fin ouverte des plus astucieuses. Chaque personnage se voit finement dessiné, bénéficiant d'une vraie personnalité. Les comédiens manifestent un authentique savoir-faire, rendant parfaitement crédible la réaction de chacun à l'heure du péril.

La réalisation de Justus Aldiss s'efforce de multiplier les angles de vues pour donner de la vie à une action forcément confinée dans un espace réduit. Elle bénéficie également d'inserts très réussis, dont une reconstitution en stop motion de la Préhistoire tellement obsolète dans ses effets spéciaux qu'elle revêt aujourd'hui une certaine poésie, à l'image des films de Méliès ; l'épisode récupéra à cette fin des éléments du film Dinosaurus ! (1960). Ce passage coûta néanmoins 2 500 $ (20000 aujourd'hui), faisant de lui le plus onéreux de toute La Quatrième Dimension !

Acteurs :

John Anderson (1922-1992) fut un prolifique acteur de séries de Western, jouant dans la plupart des productions du genre. Il réalisa quelques apparitions dans d'autres domaines (Hawaii Police d'État, Aux frontières du Réel, Star Trek…) et incarna le grand-père de MacGyver (1985-1992). Il participe à trois autres épisodes (Coup de trompette, Je me souviens de Cliffordville, et Le vieil homme dans la caverne).

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19. M. DINGLE
(MR DINGLE, THE STRONG)

Date de diffusion : 3 mars 1961
Auteur :
Rod Serling
Réalisateur : John Brahm

Résumé :

Dingle est un représentant en aspirateurs, timide et effacé. Souvent la "tête de Turc" de camarades de café, il devient la cible d'une expérience menée par deux extra-terrestres qui le dotent d'une force surhumaine.

Critique :

L'histoire proposée par cet épisode n'apparaît certes pas comme la plus marquante de l'anthologie ; elle se caractérise par un humour bon enfant mais un peu simplet, ponctuée par quelques effets spéciaux des plus transparents. La morale de l'histoire (l'humanité gâchant, par sa veulerie, les dons offerts) a déjà été illustrée ailleurs avec davantage de force, et la chute, quoique astucieuse, ne semble pas non plus renversante. On apprécie cependant que la victime résignée ne se transforme pas d'un coup en super héros redresseur de torts, mais en un fanfaron à la moralité aussi peu reluisante que ses compères de bistrot.

M. Dingle (également intitulé en français Le Surhomme) ne demeure cependant pas sans attraits. Il vaut en effet par la réjouissante confrontation entre les deux comédiens totalement antagonistes que sont Burgess Meredith (une nouvelle fois excellent après Question de temps) et l'extraverti Don Rickles. Les surprenants extraterrestres se révèlent hilarants dans des costumes caricaturant joyeusement les standards pulp de l'époque. De plus, les nombreuses scènes de la vie quotidienne d'une petite ville américaine du début des années 60 revêtent aujourd'hui une plaisante saveur nostalgique.

Au total M. Dingle, récit gentiment désuet, se regarde sans ennui, mais reste bien un épisode mineur de The Twilight Zone.

Acteurs :

Burgess Meredith (1907-1997) connaît un début de carrière prometteur au théâtre et au cinéma (Des souris et des hommes, 1939...) avant d'être inscrit sur la liste noire du MacCarthysme. Revenu à la fin de cette triste période, il apparaît dans de très nombreux films, dont la série des Rocky où il interprète le vieil entraîneur de Balboa. À la télévision, il incarna le Pingouin, l'un des pires ennemis de Batman (1966-1968). Il apparaît également dans Les Mystères de l'Ouest, Bonanza, Mannix, L'Homme de fer… Avec quatre rôles, il détient le record de participations à La Quatrième Dimension à égalité avec Jack Klugman. En 1983, il se substitue d'ailleurs à Rod Serling, décédé, pour devenir le narrateur de l'adaptation filmique de la série.

Don Rickles (1926) est un humoriste particulièrement populaire aux États-Unis, notamment pour ses nombreuses apparitions dans des émissions de variété, comme le fameux Rowan & Martin's Laugh-In. Il est également réputé pour ses stand up où il s'en prend vertement au public dans la grande tradition de l'Insult Comedy.

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20. PARASITES
(STATIC)

Date de diffusion : 10 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Dans une maison de retraite, Ed Lindsay s'enferme dans le passé et mène une vie solitaire, ne se mêlant que peu aux autres pensionnaires. Un jour, il remarque que la radio diffuse des émissions datant de sa jeunesse, mais uniquement quand il est le seul à l'écouter…

Critique :

Charles Beaumont nous offre ici un récit subtil, à l'essence très littéraire. L'auteur se garde bien de distribuer les bons et les mauvais points dans cette confrontation entre les tenants du modernisme et ceux s'isolant dans la nostalgie. À chacun ses bons et ses mauvais moments, car si Lindsay paraît irascible et intolérant, la vision de ses camarades en adoration devant le poste de télévision semble tout de même bien glaçante. On remarque d'ailleurs que, après Allez-vous-en, Finchley ! l'étrange lucarne se voit de nouveau affirmée comme symbole du monde nouveau, et toujours sous un angle bien ambivalent… Ce refus d'un schéma réducteur permet à l'auteur de conférer à chacun des personnages une humanité des plus touchantes, tout en se centrant bien évidemment sur le héros dont la fragilité et le désespoir se dissimulent derrière la colère et la misanthropie.

Cette chronique douce-amère du bilan rarement pleinement satisfaisant auquel chacun se voit confronté au soir de sa vie se double d'un surnaturel s'insérant dans la meilleure tradition de l'anthologie. On assiste ainsi à l'émergence d'un étrange venant troubler un quotidien banal, avec en  suspens la question de la nature exacte des émissions captées par Lindsay : manifestation paranormale ou dérèglement de la personnalité ? Beaumont met superbement en exergue cette ambiguïté lors d'une conclusion aussi surprenante qu'ouverte. Si la réalisation de Buzz Kulik, confrontée au funeste Kinescope, demeure efficace à défaut de réellement imaginative, on applaudit à la performance des comédiens, rendant parfaitement sensibles les émois ressentis par leurs personnages. L'hommage rendu à l'Âge d'or de la radio émeut par sa sincérité et évoque celui de Woody Allen dans le formidable Radio Days (1987).

Un épisode mélancolique et finalement particulièrement troublant, relevant du Fantastique toujours raffiné de Charles Beaumont dont on regrette de n'avoir pas lu une nouvelle qui correspondrait à ce magnifique script.

Acteurs :

Dean Jagger (1903-1991) tint de très nombreux seconds rôles au cinéma (White Christmas, 1954...). À la télévision, il apparut dans Mr Novak, Bonanza, Kung fu, Hill Street Blues… En 1957, il incarna le principal personnage d'un film de Science-fiction britannique, X : The Unknown où l'on retrouve différents comédiens des Avengers (dont Edwin Richfield) et le réalisateur Peter Hammond dans un petit rôle. Dean Jagger fit alors scandale en obtenant le renvoi du metteur en scène Joseph Losey sous prétexte que ce dernier était inscrit sur la fameuse liste noire du sénateur McCarthy.

Alice Pearce (1917-1966) fut découverte par Gene Kelly parmi les jeunes talents des revues de Broadway ; il la fit venir à Hollywood où elle tint de nombreux rôles dans les comédies musicales de l'époque (On the Town, 1949...). Elle connut la consécration en 1964 en incarnant Mme Kravitz, la voisine curieuse de Ma sorcière bien-aimée. Hélas, elle dut quitter la série durant la deuxième saison suite à la découverte d'un cancer des ovaires dont elle décéda prématurément en 1966. Elle sera remplacée par Sandra Gould.

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21. LE MANIPULATEUR
(THE PRIME MOVER)

Date de diffusion : 24 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont, d'après une histoire de George Clayton Johnson
Réalisateur : Richard L. Bare

Résumé :

Deux amis, Ace et Jimbo, tiennent une modeste cafétéria. Outre un amour inavoué pour la serveuse, Ace est un passionné des jeux d'argent. Suite à un accident, il découvre que Jimbo possède le pouvoir de télékinésie : il va aussitôt décider d'employer ce don à Las Vegas…

Critique :

L'entrecroisement des talents de Beaumont et Johnson se révèle malheureusement peu fécond. L'intrigue se montre passablement prévisible, lestée d'un humour souvent bien inoffensif et anodin. La moralité de l'histoire (l'avidité doit s'effacer devant l'amour, l'on se détruit en s'abandonnant à ses basses passions) paraît assez limitée, bien inférieure à la force d'évocation montrée par de nombreux autres épisodes. La Quatrième Dimension semble atténuer son impact quand elle cède à une certaine facilité de la comédie. Le drame, effrayant ou vertigineux, lui apporte un tout autre souffle. Cette constatation se voit confirmée par la chute du récit, un happy end beaucoup trop classique, navrant par sa manière de flirter avec le sirupeux. Tout ceci reste beaucoup trop lisse.

Le Manipulateur doit heureusement son salut à la fantaisie et à l'abattage de ses comédiens, ceux-ci l'empêchant de sombrer irréversiblement dans l'ennui. On apprécie également le regard ironique porté sur la faune de Las Vegas, entre cocotte vénale et savoureuse caricature de gangsters italo-américains. On pourra comparer avec la Abondance de La Queue de Les Diamants sont éternels et les Messieurs l'ayant défenestrée ! La mise en scène de Bare joue avec professionnalisme des différents trucages, mais ne manifeste guère d'inspiration par ailleurs. Tout se récupère dans cette série tristement dépourvue de moyens que demeure The Twilight Zone, et c'est ainsi que l'on retrouve pour la troisième fois la machine à sous initialement découverte dans La fièvre du jeu !

Acteurs :

Buddy Ebsen (1908-2003) débute comme danseur à succès dans les revues de Broadway. Cela lui valut d'interpréter l'homme de fer blanc dans le classique Magicien d'Oz de 1939 avant de devoir se retirer suite à une intoxication due à des inhalations de l'aluminium de son armure. Par la suite, il réalisa une belle carrière au cinéma (Diamants sur canapé, 1961...). À la télévision, il tint le rôle principal dans The Beverly Hillbillies (1962-1971) et dans Barnaby Jones (1973-1980). Il apparut également dans Maverick, Hawaï Police d'État, Bonanza, Cannon...

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22. CONVERSATION AVEC L'AU-DELÀ
(LONG DISTANCE CALL)

Date de diffusion : 31 mars 1961
Auteur : Charles Beaumont et William Idelson
Réalisateur : James Sheldon

Résumé :

Billy, un petit garçon, affirme pouvoir parler avec sa grand-mère récemment décédée via un téléphone jouet que celle-ci lui avait offert. Le père de Billy se rend compte que la morte désire que l'enfant la rejoigne…

Critique :

Bill Idelson, jeune écrivain appartenant à la mouvance groupée autour de Matheson et Beaumont, rejoint ici ce dernier dans sa fascination pour la mort, mystère dont ils ne cessent d'explorer les différents aspects. La douloureuse question du deuil et des relations unissant les vivants et les disparus se voit ici abordée avec sensibilité, mais aussi avec un vrai sens de l'épouvante.

Cette dualité assure le succès de l'épisode avec une peinture psychologique très fine des personnages (l'innocence et l'amour inconditionnel de l'enfant, le désarroi puis la panique de la mère, le sens du devoir et de la protection du père), mais aussi un dégradé écrit avec grande habileté, conduisant d'une aimable sitcom familiale à un climat digne des meilleurs films d'horreur. Au début simplement étranges, ces conversations téléphoniques atteignent leur paroxysme lorsque le père se confronte à la grand-mère, lui expliquant la cruelle nécessité de la séparation. La présence impalpable de la morte tout au long du récit s'avère absolument extraordinaire.

L'ensemble de la distribution apparaît parfaitement convaincant, comptant pour beaucoup dans la rare intensité de l'épisode. Bill Mumy accroche déjà l'œil par l'expressivité de ses attitudes, bien avant C'est une belle vie.

La réalisation de James Sheldon se montre pertinente, refusant tout effet facile et servant admirablement le jeu des comédiens. La Quatrième Dimension reste sans doute l'unique série décrivant l'étrange avec autant d'efficacité, se refusant à tout effet spécial et parvenant à distiller un malaise prégnant autour d'un simple jouet de plastique. Conversation avec l'au-delà constitue également l'ultime épisode de l'anthologie a être tourné en kinescope, les considérables économies réalisées (5 000 dollars par unité) ne compensant pas à l'évidence le désastre occasionné vis-à-vis de la qualité de l'image. Les Avengers (qui viennent alors tout juste de débuter leur aventure) devront, eux, attendre 1965…

Acteurs :

Bill Mumy (1954) a réalisé de nombreuses apparitions à la télévision, principalement dans le domaine de la Science-fiction. Il incarne ainsi Will Robinson dans Lost in Space (1965-1968) et Lennier dans Babylon 5 (1993-1999). Il est également apparu dans Ma sorcière bien-aimée, Le Fugitif, Ultraman, Superboy, Star Trek Deep Space Nine... Il participe à deux autres épisodes de l'anthologie, Amour paternel et C'est une belle vie. Il jouera dans la suite de ce dernier, C'est toujours une belle vie (La Treizième Dimension, 2003), ainsi que dans son adaptation dans le film de 1983 ! Bill Mumy, musicien, mène également une carrière d'acteur de doublage.

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23. AU BORD DU GOUFFRE
(A HUNDRED YARDS OVER THE RIM)

Date de diffusion : 7 avril 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

En 1847, dans le désert du Nouveau Mexique, un groupe de pionniers affronte de graves difficultés. L'eau vient à manquer et un nourrisson souffre d'une forte fièvre ; son père décide de partir à la recherche de secours. Durant son expédition solitaire, il est inexplicablement transporté en 1961...

Critique :

Cet épisode s'adresse certes avant tout au public américain par l'évocation vibrante des pionniers de la Frontière (auxquels le nouvellement élu JF. Kennedy en appellera dans un discours resté fameux), un thème figurant toujours au premier rang de la mythologie nationale. Le pont établi entre ces glorieux aînés et les contemporains, davantage encore par la fraternité que par le biais du voyage temporel, parle ainsi avec éloquence aux spectateurs. Même si de nos jours on reste plutôt avec l'impression d'une confrontation entre deux passés, le récit demeure néanmoins fort intéressant pour nous.

L'épisode bénéficie ainsi d'une prestation absolument bouleversante de Cliff Robertson. Non seulement celui-ci compose avec une étonnante crédibilité un rude personnage de cette époque, mais il rend très émouvants son effarement, comme sa ténacité, face à l'énormité de l'évènement. La mise en scène de Buzz Kulik exploite avec un grand sens visuel la fascinante beauté du désert californien, avec de nombreux plans saisissants à force de splendeur implacable. On apprécie également qu'avec intelligence l'histoire n'use que modérément du procédé des anachronismes, pour s'en tenir avant tout à son enjeu psychologique. De même, la simplicité et l'immédiateté du passage créent un étrange beaucoup plus évocateur qu'un effet spécial tapageur.

Au bord du gouffre (également intitulé en Français La Piste de l'Ouest) développe ainsi une tonalité nettement plus fine et sensible que la recherche gaguesque à tout crin de nos Visiteurs, pourtant bâti sur un thème assez similaire par ailleurs.

Acteurs :

Cliff Robertson (1923-2011) connut une longue carrière au cinéma (Les Trois Jours du Condor, 1975...). Encore actif à un âge avancé, il incarne l'oncle Ben Parker dans les récents films de Spiderman. À la télévision, il apparaît également dans The Outer Limits, Les Incorruptibles, Batman, Falcon Crest... Il participe à un autre épisode de l'anthologie, La marionnette.

John Astin (1930) reste célèbre pour son interprétation de Gomez Addams dans La Famille Addams (1964-1966) et du Professeur Wikwire dans Les Aventures de Brisco County Jr (1993-1994). Tout au long de sa carrière, il se spécialisa dans les rôles d'excentriques, souvent humoristiques, parfois menaçants. Il joua dans Les Mystères de l'Ouest, Bonanza, Le Virginien, Police Woman, L'Île Fantastique, Love Boat, Arabesque, Killer Tomatoes...

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24. RENDEZ-VOUS DANS UN SIÈCLE
(THE RIP VAN WINKLE CAPER)

Date de diffusion : 21 avril 1961
Auteur :
Rod Serling
Réalisateur : Justus Addiss

Résumé :

Après le vol d'une importante quantité d'or, quatre bandits se dissimulent dans le désert. Ils vont hiberner durant un siècle dans une grotte grâce à la cryogénisation pour se faire oublier et pouvoir profiter paisiblement de leur butin. À leur réveil, ils constatent la mort de l'un d'entre eux, mais il ne s'agit que du début de leurs ennuis !...

Critique :

Au-delà de la très originale idée initiale de la cryogénisation, c'est à un très classique récit de film noir, genre alors encore très en vogue, que recourt ici Rod Serling. Selon un schéma assez classique, les gangsters vont se déchirer pour la possession du « grisbi » jusqu'à la catastrophe finale. L'épisode vaut néanmoins par l'implacable efficacité de la narration, la chute morale de ces hommes perdus les réduisant progressivement à l'état de fauves féroces avec un réalisme absolument glaçant. La leçon de cette histoire, pour convenue qu'elle soit, revêt dès lors un authentique impact. Rod Serling prouve ainsi l'étendue de son talent de conteur, même lorsqu'il aborde d'autres styles que la Science-fiction (et tant pis pour les inévitables absurdités de détail). Il pousse l'habileté jusqu'à rajouter à la prévisible conclusion une chute par contre tout à fait renversante, dont l'humour noir rejoint, lui, la grande tradition de The Twilight Zone.

L'épisode bénéficie également de deux grands numéros d'acteurs. Oscar Beregi apparaît absolument magistral en scientifique présomptueux, totalement pris de court par la variable humaine de son équation et progressivement dépouillé de sa superbe, jusqu'à rejoindre la lie qu'il toisait de haut initialement. En voyou avide et sadique, Simon Oakland lui offre une superbe opposition au cours de scènes particulièrement intenses. La mise en scène de Justus Addiss parvient à tirer le meilleur des faibles moyens impartis, même si ces simplistes caissons en plexiglas et cette fluette fumée laissent tout de même apercevoir la misère. Il souligne judicieusement le jeu des comédiens et exploite avec pertinence l'impressionnant décor naturel aride.

À ce propos, il ne s'agit en rien d'un hasard si le précédent opus se déroulait également dans le désert californien : toujours talonné par l'impérieuse nécessité de réduire les coûts, Serling couple dès que possible les tournages, et l'action se déroule ainsi exactement dans la même région de la Vallée de la Mort qu'Au bord du gouffre ! Toujours dans cette optique de gestion de la pénurie, l'anthologie récupère pour la énième fois un élément des plateaux de Planète Interdite (1956), en l'occurrence la délicieusement datée voiture futuriste. Le combat continue !

Pour l'anecdote, le titre original de l'épisode s'inspire d'une nouvelle de Washington Irving (1782-1859) parue en 1819 : Rip Van Winkle. Elle raconte l'histoire d'un promeneur que des esprits d'une montagne maintiennent endormi durant vingt ans. Il découvre alors que le monde a bien changé. Rip Van Winkle demeure une figure populaire des lointaines origines de la Science-fiction et reste souvent évoqué dès lors qu'il est question d'hibernation ou de sommeil suspendu.

Acteurs :

Oscar Beregi (1918-1976) dut à son accent et à ses origines hongroises d'interpréter de nombreux personnages d'Européens de l'Est et d'Allemands. Outre de multiples apparitions au cinéma, il joua également dans Papa Schultz, Des agents très spéciaux, Max la Menace, Les Mystères de l'Ouest, Mission Impossible, Mannix, Kojak… Dans Les Incorruptibles, il tint également le rôle semi récurrent du gangster Joe Kulak. Il apparaîtra dans un autre épisode de La Quatrième Dimension : Le musée des morts.

Simon Oakland (1915-1983) se spécialisa dans les personnages détenteurs d'autorité. Il fut ainsi le patron de Carl Kolchak dans The Night Stalker (1972-1975), et le général Moore, supérieur de Pappy Boyington dans Les Têtes Brûlées (1976-1978). Il apparut également dans Les Incorruptibles, Perry Mason, Bonanza, Max la Menace, Hawaï Police d'État… Au cinéma, il participa à Psychose, West Side Story, Bullitt, etc. Simon Oakland, violoniste de haut niveau, débuta sa carrière en donnant de nombreux concerts à travers le pays.

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25. LE SILENCE EST D'ARGENT
(THE SILENCE)

Date de diffusion : 28 avril 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Boris Sagal

Résumé :

Par son bavardage incessant, Jamie Teenyson épuise tous les membres de son club huppé. Un jour, le très respecté Colonel Taylor lui propose un étrange marché : s'il garde un silence ininterrompu durant un an, une forte somme lui sera versée. Connaissant des revers de fortune, Teenyson accepte...

Critique :

Rod Serling nous propose ici l'un des épisodes les plus étrangers à la Science-fiction de toute l'anthologie, mais néanmoins terriblement troublant par sa noirceur. D'une situation confinant initialement à la comédie, le récit s'aventure par la suite de plus en plus profondément dans les sombres replis de l'âme, dans une mécanique aussi glaciale que logique dans sa folie. Cette étude psychologique audacieuse se double d'une satire mondaine acérée autour du thème de la chute, dénonçant l'hypocrisie des représentations et la dureté sous-jacente des relations sociales. Les deux héros de cette aventure, au ton évoquant souvent Poe, construisent leur propre malheur avec une inébranlable résolution, illustrant avec un rare tranchant la folie des hommes. Cette inexorable progression débouche sur une horrifiante conclusion, comptant parmi les plus sardoniques de la série.

The Silence reste une superbe mécanique, de plus mise en valeur par le jeu intelligemment théâtral de comédiens idéalement choisis. La mise en scène parvient par ailleurs à éviter toute emphase hors de propos. Boris Sagal, père de l'actrice Katey Sagal (Mariés deux Enfants ; Sons of Anarchy...), manifeste ici le même talent pour filmer un antagonisme cruel et destructeur que bien plus tard dans Masada (1981), à l'issue d'une très riche carrière. Il arrive également à tirer le meilleur d'un aléa du tournage, une blessure au visage de Franchot Tone, pour filmer le comédien de profil en un effet très menaçant. Pour l'anecdote, le récit de Serling consiste en une variation autour d'une histoire similaire d'Anton Tchekhov : Le Pari (1899). La joute s'y effectue sur l'aptitude à vivre totalement seul durant 15 ans.

Acteurs :

Franchot Tone (1905-1968) fut une grande figure de Broadway et l'un des tous premiers comédiens de théâtre à mener parallèlement une carrière au cinéma, au début des années 30. Spécialisé dans les personnages de la haute société, il apparut régulièrement à l'écran aux côtés de son épouse Joan Crawford avant leur divorce en 1939 (Dancing Ladies, 1933...). Il participa à plusieurs anthologies des années 50, mais aussi à des séries de Western comme Bonanza ou Le Virginien.

Liam Sullivan (1923-1998) joua les méchants dans un nombre impressionnant de séries : Star Trek (le célèbre télépathe Parmen), Cheyenne, Alfred Hitchcock présente, Perry Mason, Les Incorruptibles, Honey West, The Monroes, Mannix, Magnum, Misfits of Science

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26. PEINE CAPITALE
(SHADOW PLAY)



Date de diffusion : 5 mai 1961
Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : John Brahm

Résumé :

Adam Grant semble enfermé dans un cauchemar récurrent : sans cesse il se voit condamné à mort, la séquence se poursuivant jusqu'à l'exécution. Il tente d'alerter les personnes croisées sur ce qui se déroule et de trouver une porte de sortie...

Critique :

À travers cet épisode, l'écrivain Charles Beaumont exprime avec une force particulière son attractivité quasi maladive pour la mort. Il l'aborde ici sous un angle particulièrement brutal et insoutenable, celui de la peine capitale. Si l'abomination s'en voit évoquée sans fard, il ne s'agit pourtant pas de dénonciation mais bien de fascination horrifiée. Cette optique pourra surprendre le public européen mais nous vaut un récit particulièrement fort et troublant.

Outre un suspense digne de Hitchcock autour de la concrétisation de la  prédiction de Grant, cette idée purement géniale d'un personnage accomplissant en boucle le même cauchemar suscite une exploration vertigineuse du monde onirique encore plus parachevée que lors du déjà excellent La poursuite du rêve (sans parler du plus modeste Sans escale de vie à trépas ou de l'efficace mais moins subtil Cauchemar terrifiant de La Treizième Dimension). Le récit multiplie ainsi à plaisir les détails discordants ainsi que les passages accélérés d'une scène à l'autre, caractéristiques des rêves.

La mise en scène du vétéran John Brahm se révèle particulièrement imaginative, jouant avec un art consommé de la photographie (sublime noir et blanc) et d'angles appuyés pour distiller une atmosphère distordue dans cet univers. Les décors y contribuent puissamment, volontairement schématiques et aux lignes fuyantes. L'audace va jusqu'à insérer l'un des rares effets spéciaux de l'anthologie, l'écran se divisant en deux fenêtres lors de la narration de l'exécution par Grant, avec un efficace travelling avant sur la chaise électrique.

La réalisation souligne efficacement le jeu ardent des interprètes, avec notamment l'impressionnante prestation de Dennis Weaver, particulièrement convaincant en homme désespéré dont les implacables cauchemars corrodent inexorablement la raison. Son portrait en unique détenteur de la vérité – mais, tel Cassandre, impuissant à en convaincre les autres – entre réalisme exacerbé et folie, interpelle le spectateur par sa cruelle ironie.

Bien avant Un jour sans fin (et le Monday des X-Files dont les scénaristes avouèrent explicitement l'influence), Peine capitale apporte une vision particulièrement sinistre du thème toujours efficace du verrou temporel. Il se positionne comme l'un des sommets de cette deuxième saison de The Twilight Zone par sa troublante réflexion sur la nature même de la réalité.

Fait rarissime, cet authentique chef-d'œuvre se verra parfois supplanté par son remake de La Cinquième Dimension (1986) qui constitue sans doute le meilleur épisode de cette anthologie inégale. Il ira encore plus loin dans la distorsion onirique des événements ainsi que dans l'emprisonnement du héros dans ses fantasmes morbides.

Pour l'anecdote, l'espace d'une seconde, on aperçoit parmi les prisonniers Bernie Hamilton, le futur Capitaine Dobey de Starsky et Hutch (1975-1979) !

Acteurs :

Dennis Weaver (1924-2006) a tenu plusieurs rôles marquants au cinéma, comme celui du héros de Duel (1971). À la télévision, il a interprété des personnages récurrents dans Gunsmoke (1955-1964) et Un Shérif à New York (1970-1977). Artiste complet, il a réalisé plusieurs albums de Country Music et souvent interprété Shakespeare sur scène. Militant activement pour l'écologie, il fit sensation à la fin des années 80 en emménageant dans une demeure entièrement bâtie avec des matériaux de récupération (pneus et boites de conserve).

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27. L'ESPRIT ET LA MATIÈRE
(THE MIND AND THE MATTER)



Date de diffusion : 12 mai 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Archibald Beechcroft est un aigri, imbu de lui-même, et détestant ses contemporains. À travers une méthode de contrôle de la pensée, il se découvre omnipotent. Il entreprend diverses expériences pour résoudre le problème de cette population si difficile à supporter…

Critique :

L'Esprit et la Matière aborde le thème de la souffrance sociale véhiculée par le monde du travail contemporain de manière bien plus légère et humoristique qu'Arrêt à Willoughby. Archibald Beechcroft n'est pas un individu sensible, peu à peu laminé jusqu'à désirer désespérément une porte de sortie, quelle qu'elle soit. Bien au contraire, il s'agit d'une boule de colère perpétuelle dont le dégoût envers autrui s'avère très amusant. L'épisode doit beaucoup à l'abattage de Shelly Berman, impeccable en misanthrope irascible. Il porte le récit à lui tout seul, comme lors de ces stands up dont il a le secret.

À l'opposé d'un Fantastique à la tonalité finalement morbide, cette histoire instille une joyeuse fantaisie en développant une version modernisée du thème traditionnel du génie (que l'on retrouve dans Dream of Genie et The Man in the Bottle). Le tout puissant Beechcroft s'adresse à sa conscience exactement comme d'autres l'ont fait à la créature fabuleuse, et avec un insuccès similaire de ses souhaits de plus en plus biscornus ! On remarque d'ailleurs qu'il annihile l'Humanité (momentanément !) comme plus tard Mulder dans Je souhaite, brillant hommage à ce style d'histoire. On apprécie que le scénario joue franchement la carte du délire sans aucun souci de vraisemblance, même si la conclusion se révèle finalement un peu trop classique.

La mise en scène se montre également efficace et vive, notamment appuyée par une pétillante musique. Par contre, les « sosies » du héros, représentés par des masques grossiers, illustrent avec éloquence la faiblesse des moyens de l'anthologie. Les confrontations du héros avec lui-même sont réalisées avec des effets spéciaux simples mais astucieux, comme souvent dans La Quatrième Dimension. L'épisode revêt une véritable valeur documentaire sur le quotidien du début des années 60 avec une jolie reconstitution du monde des employés du bureau et surtout du métro de l'époque. Un brin résigné, l'on se rend compte que rien n'a réellement progressé depuis…

L'Esprit et la Matière constitue une fable joyeuse et iconoclaste, en définitive optimiste, sur la dimension sociale de l'homme et la nécessaire tolérance. On pourra également s'amuser à y discerner une inversion humoristique de la fameuse sentence de Sartre selon laquelle « L'Enfer, c'est les autres » !

Acteurs :

Shelley Berman (1925) est un humoriste populaire aux États-Unis pour ses participations à de multiples émissions de variété ainsi que pour ses stands up souvent improvisés. Il apparaît également dans Des agents très spéciaux, Max la Menace, Vegas, Police Woman, K2000, Friends, Dead like Me… Toujours actif, il tient des rôles semi récurrents dans Boston Legal (2004-2008) et Curb your Enthusiasm (à partir de 2000).

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28. Y A-T-IL UN MARTIEN DANS LA SALLE ?
(WILL THE REAL MARTIAN PLEASE STAND UP?)



Date de diffusion : 26 mai 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Montgomery Pittman

Résumé :

Suite à une tempête de neige, les passagers d'un bus doivent s'abriter dans une cafétéria. Un vaisseau martien s'écrase à proximité. Deux policiers soupçonnent son pilote de se dissimuler parmi les voyageurs et entreprennent de le découvrir...

Critique :

Y a-t-il un martien dans la salle ? constitue une satire parfaitement divertissante des films de Science-fiction de l'époque, remplis à ras-bord de créatures hostiles venues d'outre-espace. Tous les poncifs apparaissent fidèles au rendez-vous : atterrissage du vaisseau martien (on ne dit pas encore « alien ») dans une zone isolée, intrus se dissimulant dans la population, paranoïa ambiante de la Guerre froide, héros des forces de l'ordre, etc. Et pourtant, dans un glissement de scénario très habile, l'on se retrouve au sein d'un vrai whodunit, pétillant d'humour corrosif.

En effet, tous les clichés coutumiers du genre se voient distordus. La population américaine, censée supporter l'épreuve avec héroïsme, se révèle un groupe de personnalités médiocres et égoïstes, ne pensant qu'à soi et totalement dépassées par les circonstances. Les policiers se montrent d'abord efficaces et consciencieux, mais tournent vite en rond, incapables d'esquisser la moindre stratégie et se cantonnant à un suivisme borné du règlement. Il faut les voir libérer le groupe dès que possible, visiblement soulagés de se débarrasser au plus vite du fardeau, avant de lorgner une jolie femme de l'assistance. Il n'y a aucun David Vincent dans la salle…

Comme Serling a l'habileté de nous raconter une véritable histoire, sans se limiter à la simple caricature, la tension finit malgré tout par monter. Mais l'intrigue accélère alors brusquement pour se conclure sur l'une des chutes les plus retentissantes et ironiques de l'anthologie où tel est pris qui croyait prendre ! Au total, l'écriture parvient à entremêler suspense et comique sans que l'un porte préjudice à l'autre, bien au contraire. La mise en scène tonique et enlevée de Montgomery Pittman réussit à animer ce huis clos, aidée par quelques effets spéciaux aussi simples que judicieusement insérés.

Les interprètes jouent avec une visible délectation la carte du pastiche, tandis que se détache un Jack Elam totalement en roue libre dans son personnage de joyeux drille sabotant avec entrain les scènes-chocs censées distiller de l'angoisse. On lui doit la superbe répartie résumant tout l'esprit de ce joyeux pendant des Monstres de Maple Street : « On dirait un film de Science-fiction, comme une histoire à la Ray Bradbury ! ». Le grand auteur allait d'ailleurs s'aventurer dans La Quatrième Dimension au cours de la saison suivante, durant une bien trop brève incursion.

Acteurs :

Barney Phillips (1913-1982) connut une grande popularité dans les séries policières des années 50 et 60 (Les Incorruptibles, Johnny Midnight, The Brothers Brannagan...). Il apparaît dans trois épisodes : Allez-vous-en, Finchley !, Y a-t-il un Martien dans la Salle ?, et Miniature.

John Hoyt (1905-1991) apparut dans de nombreuses séries télé : Papa Schultz, Star Trek, The Monkees, Max la Menace, Kolchak, Battlestar Galactica... Il participe également à l'épisode Les robots du Dr. Lauren.

Jack Elam (1920-2003) participa à de très nombreux Westerns du petit et du grand écran où son physique très particulier le prédestina toujours aux rôles de tueur. C'est lui qui enferme une mouche dans le canon de son révolver lors de la mythique scène d'ouverture d'Il était une fois dans l'Ouest (1968).

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29. L'HOMME OBSOLÈTE
(THE OBSOLETE MAN)



Date de diffusion : 2 juin 1961
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Elliot Silverstein

Résumé :

Dans une société future totalitaire, les livres sont bannis car considérés comme inutiles et pernicieux. Un libraire se voit condamné à mort pour obsolescence. Il demande à ce que l'exécution soit diffusée en direct en présence du dirigeant ayant mené son procès...

Critique :

Pour cet ultime épisode de sa deuxième saison, La Quatrième Dimension s'essaie une nouvelle fois à la dystopie après The Eye of The Beholder. L'épisode n'échappe pas à une certaine grandiloquence, soit le danger récurent inhérent à ce style littéraire décrivant des futurs cauchemardesques et opposé à l'utopie. Dans ce monde proche du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, les dialogues peuvent sembler parfois trop démonstratifs, tandis que la multitude de dispositions légales autorisant la machination du condamné ressort bien trop providentielle pour ne pas résulter artificielle.

Cet éloge de la liberté et de la littérature conserve cependant une réelle force grâce à l'éloquence des interprètes, avec un lumineux Burgess Meredith idéalement choisi pour le rôle du bibliothécaire après Question de temps, mais aussi un Fritz Weaver tout à fait étonnant en procureur diabolique. On apprécie également les sinistres décors du tribunal, parfaitement suggestifs de la folie de cette société et la mise en scène tout en angles de vue distordus d'Elliot Silverstein, achevant de conférer à cette vision de l'avenir son aspect de cauchemar.

On remarque au passage qu'après Allez-vous-en, Finchley ! ou Parasites, l'anthologie décoche un nouveau coup de griffe à l'étrange lucarne dans une troublante vision prophétique de la « télé-réalité » la plus voyeuriste, puissant outil de la déculturation d'une société. Un réalisme indéniable, donnant plus de force encore à la vibrante déclaration finale de Serling en faveur des Droits de l'Homme et de la démocratie, indissociables de la liberté de lire et d'écrire. Une conclusion éloquente pour une saison ayant toujours porté haut les valeurs de l'humanisme.

Acteurs :

Burgess Meredith (1907-1997) connaît un début de carrière prometteur au théâtre et au cinéma (Des souris et des hommes, 1939...) avant d'être inscrit sur la liste noire du MacCarthysme. Revenu à la fin de cette triste période, il apparaît dans de très nombreux films, dont la série des Rocky où il interprète le vieil entraîneur de Balboa. À la télévision, il incarna le Pingouin, l'un des pires ennemis de Batman (1966-1968). Il apparaît également dans Les Mystères de l'Ouest, Bonanza, Mannix, L'Homme de fer… Avec quatre rôles, il détient le record de participations à La Quatrième Dimension à égalité avec Jack Klugman. En 1983, il se substitue d'ailleurs à Rod Serling, décédé, pour devenir le narrateur de l'adaptation filmique de la série.

Fritz Weaver (1926) a interprété de multiples seconds rôles au cinéma et à la télévision (Des agents très spéciaux, Rawhide, Mission : Impossible, Gunsmoke, Mannix, Kung fu, Hawaï Police d'État, Magnum, Arabesque, Matlock, Law & Order, Star Trek : Deep Space Nine, Holocauste, etc.). Il a de plus assuré le commentaire de nombreux documentaires. Fritz Weaver joue également dans l'épisode La Troisième à partir du Soleil.

Harold Innocent (1933-1993), comédien britannique, a mené carrière des deux côtés de l'Atlantique, notamment dans de nombreuses séries anglaises. Cela lui vaut de figurer dans deux épisodes des Avengers : Les Sorciers et Du bois vermoulu.

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TOP 5 DE LA SAISON 2

1) Les Prédictions : L'épisode synthétise à merveille les incongrus dysfonctionnements de notre réalité, constituant l'un des courants les plus féconds de l'anthologie. Richard Matheson y excelle particulièrement et démontre encore une fois la vivacité de son imagination. Et puis découvrir William Shatner en homme influençable sauvé par la solidité de son épouse, cela n'a pas de prix !

2) Peine capitale : Magnifique variation sur le thème des mondes oniriques, mais aussi sur celui du verrou temporel. Beaumont y exprime éloquemment sa fascination pour la mort à travers une évocation de la peine capitale qui ne laissera pas intact le spectateur. L'ardent suspense se voit porté par une mise en scène implacable et un Dennis Weaver absolument magistral.

3) L'Œil de l'admirateur : Brillante dénonciation de toutes les dictatures à travers celle des canons esthétiques, cet épisode, aussi décalé qu'abouti, constitue également un pur chef-d'œuvre audiovisuel par sa réalisation des plus audacieuses et imaginatives. L'apparition des terribles maquillages reste l'une des images fortes les plus popularisées de La Quatrième Dimension. Du grand Serling.

4) Les Envahisseurs : Richard Matheson ne se résume pas à une source inépuisable d'idées originales, il s'avère également un conteur accompli comme l'illustre la palpitante narration de cet implacable duel. La mise en scène parvient à ménager de superbes effets malgré la faiblesse des moyens mis à sa disposition, tandis qu'Agnès Moorehead crève l'écran en forte femme développant une étonnante sauvagerie.

5) L'Homme qui hurle : Un épisode très à part dans cette anthologie empreinte de modernité et ouverte aux nouvelles voies du Fantastique. Charles Beaumont y exprime avec une force de conviction palpable son inspiration remontant aux classiques du genre, qu'il s'entend tout de même à dépoussiérer. Cette fable moraliste doit également beaucoup au talent de ses interprètes, réellement pénétrés par leur rôle.

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Crédits photo : Universal.

Images capturées par Estuaire44.