Qui suis-je???5-17-01Le retour des cybernautes

LA PORTE DE LA MORT
(DEATH'S DOOR)

Steed relives a nightmare – Emma sees daylight

Tournage : Terminé le 7 juin 1967

Diffusion :ITV, 7 octobre 1967 – Antenne 2, 30 septembre 1987

Scénario : Philip Levene

Réalisation : Sidney Hayers

Clifford Evans (Sir Andrew Boyd), William Lucas (Stapley), Allan Cuthbertson (Lord Melford), Marne Maitland (Becker), Paul Dawkins (Dr. Evans), Michael Faure (Pavret), Peter Thomas (Saunders), William Lyon Brown (Dalby), Terry Yorke (Haynes), Terry Maidment (Jepson).

Résumé

Un membre de la délégation britannique refuse d'assister à une conférence internationale et trouve la mort violemment, conformément à son rêve prémonitoire ! Son successeur ayant les mêmes craintes, les Avengers sont à la recherche d'une solution rationnelle…

Épilogue

Mrs Peel tire Steed, assoupi sur le sofa, d'un rêve érotique et elle lui prédit qu'ils vont aller au théâtre. Elle a peur de rater le début : "Shall we go ? I hate to miss the curtain."


CRITIQUES

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Denis Chauvet

Avis : Un épisode "sérieux" à l'histoire ingénieuse. Autant les scénarios de la série peuvent avoir un ton léger, autant ils peuvent arborer un côté grave... mais toujours avec la même efficacité. Les prémices de l'Europe sont abordées (on n'y voit que des Français et des Anglais pourtant) et la série peut être considérée, une fois de plus, en avance sur son temps. On peut regretter l'absence de véritable mastermind, le dénouement ridicule du passage du champ de tir et les doublures apparentes lors de la scène finale (surtout Steed). La musique est agréable (même si elle est parfois empruntée à la saison 4) et de circonstance lorsqu'elle accompagne les scènes de cauchemars qui constituent la grande attraction de l'épisode. Welcome to Nightmare Alley.

Avec le recul (nouvel avis, janvier 2012): Un épisode qui souffre à la rediffusion par ses rêves prémonitoires répétitifs mais, aussi, à cause de trois gros défauts : la scène de l’accident de voiture, et l’alternance studio avec les acteurs/extérieurs avec les doublures, est choquante ; la scène du fusil est ridicule et digne de la saison 6, et les doublures de Patrick Macnee et de l’autre acteur lors du combat final sont tellement criantes qu’on se demande s’il n’y a pas quatre combattants au lieu de deux dans la salle de conférence ! Toujours trois (petits) melons néanmoins pour l’intrigue, les deux acteurs, déjà vus dans la saison quatre, et puis, on apprend comment Steed a rencontré Mrs Peel.

Steed3003 11 juin 2004

Un très bon scénario qui part de l'irrationnel pour déboucher sur une explication somme toute très rationnelle (comme par exemple dans L'homme transparent ou Le mort vivant de cette même saison) écrit par le très talentueux Philip Levene.

Malheureusement, la réalisation n'est pas à la hauteur de ce scénario : les scènes de rêve font très studio (ce que l'on comprendra paradoxalement par la suite), les quelques scènes d'action ne sont guère réussies (voir notamment celle avec les freins de la voiture de Steed : l'alternance doublures/studio est bien trop évidente) ou très confuses (la scène du fusil).

Je pense qu'une réalisation plus formelle, c'est-à-dire avec moins de mouvements et de zooms qui vieillissent considérablement la série, aurait été plus adéquate. La musique, de plus, est plutôt discrète et loin d'être inoubliable, les décors aussi. Cependant, l'épisode, monté avec minutie, est un de ceux que l'on prend plaisir à voir et à revoir ; parce que son scénario est très riche et complexe et parce qu'on y apprend comment Steed et Mme Peel se sont rencontrés !

EN BREF : Une histoire très originale pleine de surprises !

 

Estuaire44 15 Septembre 2013

La Porte de la mort développe ce binôme original d'espionnage entremêlé d'étrange constituant l'un des piliers du succès des Avengers. Toutefois son succès laisse un goût d'inachevé, tant le contraste d'intérêt de deux éléments se monte ici patent.

En effet le premier volet ne convainc guère. Le thème de la tentative de sabotage d'une conférence internationale relève des clichés les plus éculés du genre. Il peuple la plupart des spy shows du temps, jusqu'à déboucher ici sur une sensation de simple prétexte. Certaines facilités scénaristiques étonnent également. On a du mal à croire que Steed tombe aussi aisément dans le piège enfantin de Becker. Il était déjà miraculeux que ce dernier portât sur lui l'adresse de l'entrepôt fatidique, mais qu'il en aille pareillement derechef avec l'adversaire de Mrs Peel s'avère presque touchant.

On reconnaît également aisément le cliché (très répandu notamment chez le Saint) du personnage bien présent, mais ne servant en fait pas à grand chose, donc infailliblement le félon. D'ailleurs l'intrigue s'efforce tout du long de maladroitement gommer l'indice massif voyant Stapley apparaitre dans le rêve de Lord Melford, jusqu'à une providentielle prise de conscience. Alors même que sa coupure a fait réagir son supérieur devant Steed et que celui-ci l'avait interrogé sur les personnages y figurant, dont Becker. Décidément La Porte de la mort arbore certes les oripeaux du récit d'espionnage, mais trop a minima pour leur conserver substance.

Fort heureusement c'est à juste titre que l'opus parie tout sur son aspect onirique, aux lisières du Fantastique jusqu'à l'explication finale, un cas de figure régulier cette saison. Les scènes de cauchemar se voient filmées avec talent et suggestivité, exprimant un vrai sens de l'étrange, voire de l'effroi. De fait, l'épisode parvient à se montrer davantage inquiétant que bon nombres d'autres, notamment vis à vis de l'épouvante empesée et insipide d'Interférences. L'astucieux Levene comprend que le véritable impact nait du spectacle du dérèglement de l'esprit humain, préfigurant les succès futurs de la saison 6, tels Le Visage ou Mon rêve le plus fou.

Evidemment, ce recours à la dimension onirique n'a rien d'original en soi, on se souvient naturellement de La Maison du docteur Edwardes et des compositions surréalistes de Dali (1945) mais aussi des précognitions horrifiques de Les Yeux de la Nuit (1948). De fait La Porte de la mort prend élégamment place au voisinage d'un courant irriguant une bonne partie du Fantastique anglo-saxon, les Sujets Psi (les Psychics évoqués à plusieurs reprises par Steed, trouvant écho dans les Psionics des univers de Science-fiction). Celui-ci puise sa source au spiritisme des Victoriens, s'étendant jusqu'à un jeu de rôle aussi marquant que Donjons et Dragons. Une belle excursion à la lisière de cette dimension du paranormal, sur un tempo très Avengers.

La grande habileté de Levene consiste à prolonger cette saveur onirique au-delà des seules séquences de pseudo rêve et de l'impressionnant plateau de l'entrepôt. Il peut ainsi s'appuyer sur les couleurs particulièrement chatoyantes, quasi psychédéliques, des tenues de Mrs Peel ainsi que sur des décors éminemment raffinés et construits. Les travelings sur la porte fatidique se montrent particulièrement évocateurs, de même que la vaste splendeur de la salle de conférence ou l'aspect féérique du spectaculaire bâtiment l'abritant. Les nombreuses vues extérieures recèlent égalent de superbes couleurs et bénéficient d'une photographie parlante. Le symbole réitéré de la Licorne dans la chambre d'hôtel (emblématique du Merveilleux depuis les temps médiévaux, mais aussi chez Lewis Carroll et consorts) illustre idéalement cette dimension à mi chemin entre la réalité et la fantasmagorie. Plus que jamais le monde des Avengers interpénètre les royaumes de l'imaginaire.

L'épisode peut également compter sur une brillante et talentueuse distribution, composée de figures régulières des séries d'aventure des Sixties, mais aussi d'anciens de la Hammer. Ainsi Clifford Evans exprime avec une parfaite expressivité l'angoisse taraudant Sir Andrew, de même pour Allan Cuthbertson dans le rôle de Lord Melford. Tous apportent également un très appréciable cachet authentiquement anglais à leur rôle. Marne Maitland parvient à se montrer réellement inquiétant,  out comme chez le Saint (Teresa). Toujours si complices et particulièrement épanouis dans cette atmosphère si particulière, Diana Rigg et Patrick Macnee excellent sur le registre du regard incrédule et diverti porté sur les évènements. Tout juste regrettera-t-on que leur vérification du parcours se prolongeât  jusqu'à avoisiner le fastidieux. Leur talent ne parvient cependant qu'à limiter la cruelle déception suscitée par la disparition du succulent rituel du Mrs Peel, we're needed, sacrifié sur l'autel publicitaire américain.

EN BREF :Levene sait habilement prolonger l'ambiance onirique au-delà des scènes de cauchemar. La stylisation de la mise en scène et le talent des comédiens contribuent également à cette palisante impression de rêve éveillé.


VIDÉO

Les rêves de Steed !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

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Tournage

o Le centre de conférence est le Royal Masonic Senior School à Bushey (plus tard Bushey International University) ; c'est également Saint Bode's dans L'économe et le sens de l'histoire de la saison 4. On aperçoit l'horloge brièvement dans la scène d'introduction du Retour des cybernautes.

o Les freins de la Bentley lâchent sur Old House Lane à Langley Bury. Dans l'épisode, le nom du lieu de l'accident est "Spout Hill".

o Steed et Sir Andrew passent le pont de la M1 à Patchett's Green, en route pour la conférence.

o Steed et Lord Melford montent dans la limousine et assistent à un problème de déménagement. Scène tournée devant l'Hôtel de ville de Watford.

o Steed et Mrs Peel font le trajet de Lord Melford et entendent le bruit d'une "mitraillette". Scène filmée à Oxhey.

o La scène de tir avec Steed et Becker a été filmée à Little Westwood, Kings Langley.


Continuité

o On voit deux ombres de micro remonter (en haut à gauche et au milieu) lorsque Steed raccroche le combiné après que Sir Andrew lui ait conseillé de faire attention à Spout Hill.

 o La séquence de Spout Hill alterne les scènes en studio avec celles des doublures des héros (photos). C'est tellement habituel que cela finit par faire le charme de la série. Les autres scènes en voitures sont également tournées en studio ; lorsque Sir Andrew et Steed se rendent à la conférence, un film est projeté pour donner le change, procédé utilisé à maintes reprises dans la série. Idem lors du trajet Lord Melford/Steed.

o La Bentley de Steed évite un camion blanc à Spout Hill, venant en sens inverse, mais il réapparaît dans l’arrière-plan lorsque la voiture s'est immobilisée quelques secondes plus tard.

o Que fait le cendrier par terre ? Steed ramasse un cendrier en sortant de la pièce avec Sir Andrew. Or, il était sur la table quelques secondes plus tôt (à gauche). De plus, le cendrier ne fait pas partie des objets récurrents des divers cauchemars.

o Comment voulez-vous ne pas avoir de cauchemars lorsque la chambre d'hôtel a des reflets rouges et verts des néons extérieurs ?

o Ce n'est pas Diana Rigg qui marche dans Duchess Mews. Lors du combat final, Diana Rigg est brièvement remplacée alors que Steed n’est pas Patrick Macnee pendant toute la séquence d’action (sauf dans les gros plans bien entendu).


Détails

o Premier épisode sans sous-titres ni teaser…sous la pression américaine !

o Sir Andrew lit le même journal dans sa limousine que Mrs Peel dans le train avant de se battre avec la mariée (Une petite gare désaffectée). Le titre de la première page est : "Prime minister returns to n°10".

o Le grand calendrier "THURSDAY 12" apparaît aussi dans l'épisode Mission... très improbable.

o Lord Melford est photographié à terre après avoir refusé d'entrer dans la salle de conférence. Le titre du journal est : "Conference – Further delay."

o Steed et Mrs Peel récupèrent une clé de leur victime respective. L'adresse inscrite est celle de l'entrepôt : "TEMP Storage Company. Western Lane, W4".



o Le lion en pierre qu'aperçoit Sir Andrew avant de mourir est-il le même que celui de la porte d'entrée de The House That Jack Built ?



o La première rencontre Steed/Mrs Peel est évoquée. Mrs Peel à Steed : "I ran into the back of your car, remember?"



o Steed demande à Mrs Peel de régler leur talkie-walkie sur la même fréquence et elle répond : "You know my wavelength." Cela peut s'apparenter à une devil mind. Ces petites répliques sont beaucoup plus rares que dans la saison précédente. En restant dans le sujet, Steed a un beau point de vue lorsque Mrs Peel descend de la table de conférence après avoir vérifié le chandelier !

o Spout Hill existe réellement : située dans le Yorkshire, près de Brantingham, il s'agit d'une route boisée et en hauteur, nommée ainsi d'une source située à proximité, au sommet d'une colline. Elle s'intégre dans un populaire chemin de randonnée, accueillant piétons et cyclistes.

o Lors de la diffusion initiale de la porte de la mort (octobre 1967), le gouvernement britannique est dirigé par Harold Wilson (1964-1970, puis 1974-1976). Ce premier ministre travailliste se distingue effectivement pour son vif attachement à la construction européenne. L'épisode se situe particulièrement dans l'actualité car Wilson vient de déposer en mai 1967 la demande officielle d'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté Européenne. En novembre de cette même année, celle-ci fera néanmoins l'objet d'un véto de la part du général de Gaulle.

o La voiture dans laquelle les officiels se rendent à la réunion est une Limousine Daimler DR450. Elle fut produite de 1961 à 1968, à 864 exemplaires. Elle était  pour son parfait équilibre entre confort, taille de la cabine et performances du moteur.

o Lors du tag final, Mrs Peel et Steed partent assister à un mystérieux "spectacle musical, aux mélodies gaies et chantantes et se déroulant à Paris" (A musical. Gay, lilting melodies. Parisian setting). Il s'agit sans doute d'un clin d'œil : en cette fin d'année 1967 Laurie Johnson est en pleine composition des musiques et répétitions de The Four Musketeers, adaptation musicale et humoristique du classique d'Alexandre Dumas. Le livret est écrit par le scénariste Michael Pertwee, frère de Jon Pertwee apparaissant dans Bons baisers de Vénus et interprète du Troisième Docteur. Les paroles des chansons sont dues à Herbert Kretzmer, spécialiste du genre dont l'adaptation similaire des Misérables connut un immense succès à partir de 1985. Le fantaisiste Harry Secombe interprète D’Artagnan. Malgré une presse catastrophique, The Four Musketeers, donné le 5 décembre 1967, tint plus d'un an à l'affiche du Theatre Royal, au West End. 

The Four Muskeeters

o Steed remémore leur première rencontre à Mrs Peel. Il déclare qu’il fut distrait par la chevelure d’Emma, ce qui provoqua l’incident automobile : It was those Titian tresses, they distracted me. Le roux Titien fait références à la prédilection pour cette teinte de chevelure féminine qu’exprimait le peintre vénitien dans ses peintures. Le roux Titien, qui serait donc la vraie désignation de la couleur de la chevelure d’Emma, est une teinte subtile, plus proche d’un brun doré que du roux flamboyant. Elle est désignée par les professionnels comme étant glamour et fascinante, et recherchée par de nombreuses stars.

Flora (Le Titien, 1515)

Flora Le Titien


Acteurs – Actrices

o Clifford Evans (1912-1985) était un acteur, écrivain et metteur en scène gallois. Il a tourné dans deux autres épisodes de la série : Meurtre par téléphone (saison 4) et George et Fred (saison 6). Il fut l'un des nombreux "Numéro deux" dans la série Le prisonnier et participa également aux séries Les champions et Le Saint. Il était également grand amateur d'échecs.

o Allan Cuthbertson (1920-1988). Né en Australie, il est arrivé en Angleterre en 1947. Il joua dans quatre épisodes de la série : The Deadly Air (saison 1), Mort en magasin (saison 4), La porte de la mort (saison 5) et Le document disparu (saison 6).

o Marne Maitland (1916-1991) est né en Inde et a joué des rôles exotiques dès les années 50 au cinéma (Lord Jim, Khartoum, Shaft en Afrique, L'homme au pistolet d'or) ou à la télévision (Destination danger, Le Saint, Les champions, Département S).

À noter que……

o Le script de l'épisode sur TAF : http://theavengers.tv/forever/peel2-18a.htm

o Patrick Macnee déclare que Philip Levene a travaillé dans une morgue pathologique, ce qui peut expliquer son goût pour le macabre (source : DVD 5 de la collection Optimum, Granada Plus Points).

Fiche de La porte de la mort des sites étrangers

En anglais
http://theavengers.tv/forever/peel2-18.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/emmacol/518.html
http://deadline.theavengers.tv/PeelS2-18-DeathsDoor.htm
En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/peel45.htm
En italien
http://www.intrigo.net/Avengers/18col.htm
En espagnol
http://losvengadores.theavengers.tv/peel_door.htm